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L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques / OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII cover

L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques / OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII

Chapter 79: NOTES.
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About This Book

This work presents a systematic approach to applying the European alphabet to Asian languages, aiming to simplify their complexities for better understanding and communication. It discusses the challenges and methodologies involved in transcribing various Asian languages, including Hebrew, into a more accessible format. The author reflects on previous attempts and the evolution of his ideas, emphasizing the need for a unified alphabet that can accommodate the diverse sounds of these languages. The text serves as both an elementary guide for travelers in Asia and a scholarly exploration of linguistic principles, advocating for a more efficient means of literacy and education across cultures.

TRADUCTION LITTÉRALE
DU PSAUME,
C’EST-A-DIRE
DU CHANT CX, SELON L’HÉBREU,
CIX, SELON LE LATIN.


Remarquez que le mot grec ψαλμός ou ψάλμα formé de ψάλλω, jouer du luth, chanter avec le luth, n’est que le sens littéral du mot hébreu. Le Latin aurait dû traduire cantus, et le Français chant; mais le génie du temps et de la chose ont préféré l’obscur.

TITRE. Héb. Le DaωD MaZMωR.
  Fr. A David chant.

Nos docteurs ont traduit chant de David, ce qui est très-différent: il est vrai que la particule -Le- comporte un équivoque; mais si le titre du Psaume 98 est chant à ïehωh—MaZMωR l’ïehωh; si celui du Psaume 92 est chant au jour du sabbat,—MaZMωR l’iωM he šabat, on ne dira pas que le sabbat ou ïehωh les aient composés; c’est donc le sens du contenu qui doit décider la question: je soutiens que c’est ici un chant en l’honneur de David par un prêtre qui le complimente de ses victoires (et David traita les prêtres de manière à mériter leurs remerciemens).

VERSET I. Nâm iehωh l’aDoN-i.
  A dit Dieu à maître mien.

L’hébreu, comme on le voit, n’a point le jeu de mots du latin (Dominus, Domino meo), qui a introduit un équivoque d’autant plus vicieux que le mot iehωh signifie l’existant même si l’on veut, l’Éternel. Pourquoi les anciens Grecs et Latins n’ont-ils jamais écrit ce mot? La raison en est bizarre et vraie; en ce temps là, il était de dogme que le mot iehωh avait des vertus magiques si terribles qu’il faisait trembler la terre et apparaître les démons; voilà nos maîtres! ils convinrent de le remplacer par le mot seigneur.

ŠeB L’iamiN-i ăD ašit Bi-K HaDM LRegli-K.
Assieds-toi à droite mienne jusqu’à ce que j’ai posé ennemis tiens escabeau à pieds tiens.

Pourquoi le Latin dit-il, je poserai?

VERSET II. MeԎԎeH ăZZ aK ieŠlaҤ iehωh Me ṣîωn.
  Le bâton de puissance (ou force) tienne lancera Dieu de Sion.

Cet ordre de mots est vicieux, on nous le dit élégant: comment nos docteurs appellent-ils baguette (virga) le mot -MeԎԎeH- ou plutôt -MenTeH-, dérivé de -natah- signifiant un bâton capable de former un poteau ou les barres d’un lit (de sangles)? La baguette (virga) comme celle de Moïse, semblable à un serpent de 28 à 30 pouces (tels qu’on les voit encore dans les mains des jongleurs d’Égypte), se nomme ŠeBeԎ. Pourquoi rendre deux mots si différens par un même? De tous temps, chez les Arabes, l’homme puissant qui est en marche, mène devant lui des sbires armés de gros bâtons dits nabbout, avec lesquels ils exercent sur le peuple une dure police. Voilà le bâton instrument et signe de pouvoir auquel il est fait ici allusion.

ReDeh Be QeRB Bi-K.
domine dans l’assemblée d’ennemis tiens.
VERSET III. aMM-aK NaDaBT.
  Avec toi je me suis élancé de plein gré

(c.-à-d. je t’ai accompagné)

B M ҤÎL aK; Be HaDaRi Qo
au jour de force (ou puissance) tienne dans les pompes de la sainteté.

Pourquoi le Latin dit-il tecum principium (avec toi le principe au jour de ta force): cela n’a pas de sens.

Me RaҤm MaŠReq L’-aK Le-Ka ԏel ieLaDT-aK.
du sein de l’aurore à toi   rosée j’ai engendré toi.

Cela est inintelligible. Il faut qu’il y ait eu ici erreur de copiste: si l’on pouvait dire que Le et Ka sont deux particules équivalentes au latin in sicut rorem (comme une rosée), il en résulterait ces mots du sein de l’aurore comme une rosée (bienfaisante) je t’ai engendré: cette image serait dans le génie du pays. Le Latin a tout brouillé et mutilé: ex utero ante luciferum genui te.

VERSET IV. NoŠBă ïehωh ωa La ieNaҤM:
  A fait serment Dieu et ne se repentira;
aTah Kahen L’ aωLaM ăL DeBRaTI MELKIṢeDeq.
toi prêtre a toujours sur (ou selon) les paroles de Melkisedek.
VERSET V. aDonaï ăL iaMiN-aK MaҤa B
  Dieu sur (ou par) droite tienne a brisé au
ïωm af-ω MaLeKiM.
jour de colère sienne les rois.

Ici adonaï est un des noms propres de Dieu; aussi les Juifs l’ont-ils orthographié bien différemment d’adon-i (mon maître).

VERSET VI. iaDiN Be GωïM: MaLa gωïωT.
  Il jugera dans les nations: Il a rempli les sépulcres.
MaHa RAŠ ăL aRṢ RaBaH.
Il a brisé tête sur ou contre terre nombreuse ou innombrable.

Ici, le mot gωiωT n’est pas clair, il est susceptible de deux sens: l’un vallée et toute ouverture profonde; l’autre cadavre: l’analogie combinée de ces deux choses m’a conduit à l’idée de sépulcre ou grand trou dans lequel on jette en masse les corps morts d’un champ de bataille.

VERSET VII. Me NaҤL Be DaReK iàštah; aL KaN iaRîm RaŠ.
  Du torrent en route il boira; sur quoi il élèvera la tête.

Le mot Naɦl torrent se dit spécialement de celui d’Égypte près de Gaza.

Tel est mot-à-mot le sens de ce chant qui n’est guère poétique pour nous, mais qui a pu l’être pour les Hébreux; voici ma traduction au net.

«(Le Dieu) Iehouh a dit à (David) mon maître: siège à ma droite, jusqu’à ce que j’aie posé tes ennemis l’escabeau de tes pieds: Iehouh lancera de Sion le bâton de ta puissance: domine sur l’assemblée de tes ennemis; je t’ai accompagné de ma bienveillance au jour de ta force (ou victoire) et dans les pompes de la sainteté (David aima beaucoup les processions). Du sein de l’aurore je t’ai engendré comme une rosée.—Iehouh a juré et ne se repentira point: tu es grand prêtre pour toujours selon les paroles de Melkisedek (qui fut fondateur, roi et prêtre de Jérusalem): Adonaï, au jour de sa colère, a brisé les rois par ta main droite; il jugera les nations: il a rempli les sépulcres; il a brisé contre terre une multitude de têtes: dans la route, il boira du torrent, et pour cela il élèvera la tête[196]

[196] Par transition brusque, le poète n’applique-t-il pas ce verset à David? L’histoire remarque que, sortant à pied de Jérusalem, chassé par Absalon, ce roi passa d’abord le torrent de Cédron, puis monta sur la cime ou tête du Mont-Olivet, où il adora le Dieu auquel se reporte sa victoire. Il y aurait ici une allusion de quelque mérite—aL KaN prend aussi le sens de sur cela, après cela.

Il y a dans ces pensées des allusions à des faits, à des dictums nationaux dont nous ne sentons pas la valeur, mais il est clair que c’est une composition du genre Pindarique, où le poète, comme égaré par l’inspiration, saute d’une idée à l’autre; et de plus, il est clair que c’est un chant guerrier, puisque toutes ses images sont de haine, d’inimitié, de combats, de victoires, d’ennemis tués, etc. Comment se fait-il que les premiers Chrétiens et leurs suivans en aient fait un chant mystique, dénaturé au point que l’on voit dans les traductions suivantes?

TRADUCTION
DE LE MAISTRE DE SACI[197]
(1701.)
TRADUCTION
DES RÉFORMÉS (PROTESTANS)
(Basle, 1818. Petit in-4o.)
PSAUME DE DAVID. PSAUME DE DAVID.


(Préambule.) David, comme figure de J.-C., et sous l’idée de l’association de Salomon à son règne, décrit ici sa génération éternelle, son divin sacerdoce, son triomphe et son règne sur toutes les nations. Psaume prophétique du règne de Jésus-Christ.


1Le Seigneur a dit à mon Seigneur: asseyez-vous à ma droite, 1L’Éternel a dit à mon Seigneur: sieds-toi à ma droite,
2Jusqu’à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marche-pied. 2Jusques à ce que j’aie mis tes ennemis pour le marche-pied de tes pieds.
3Le Seigneur fera sortir de Sion le sceptre de votre puissance: régnez au milieu de vos ennemis. 3L’Éternel fera sortir de Sion le sceptre de ta force, disant: Domine au milieu de tes ennemis.
4Vous posséderez la principauté et l’empire au jour de votre puissance, et au milieu de l’éclat qui environnera vos saints. Je vous ai engendré de mon sein avant l’étoile du jour. 4Ton peuple sera un peuple plein de franche volonté[198], au jour que tu assembleras ton armée avec une sainte pompe, ta postérité sera comme la rosée qui est produite du sein de l’aurore.
5Le Seigneur a juré, et son serment demeurera immuable: que vous êtes le prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech. 5L’Éternel a juré, et il ne s’en repentira point, que tu es sacrificateur à toujours, selon l’ordre de Melchisédec.
6Le Seigneur est à votre droite; il a brisé et mis en poudre les rois au jour de sa colère. 6Le Seigneur est à ta droite; il transpercera les rois au jour de sa colère.
7Il exercera son jugement au milieu des nations; il remplira tout de la ruine de ses ennemis; il écrasera sur la terre les têtes d’un grand nombre de personnes. 7Il exercera ses jugemens sur les nations; il remplira tout de corps morts; il écrasera le chef qui domine sur un grand pays.
8Il boira de l’eau du torrent dans le chemin, et c’est pour cela qu’il élèvera sa tête. 8Il boira du torrent dans le chemin, c’est pourquoi il lèvera la tête en haut.

[197] Avec lequel il ne faut pas confondre M. Sylvestre de Sacy.

[198] Les biblistes anglais et les réformés ont lu ici

  àmm ak NadaBat,  
peuple tien s’est porté;

il est vrai que àmm signifie aussi peuple; mais il gouvernerait le singulier NadaB, ou le pluriel NadaBω, et non pas le féminin NadaBat; et puis, quel sens! En général, ils s’éloignent de jour en jour davantage du sens vrai pour un sens illuminé.

Qu’on me permette encore une remarque sur ce dernier verset: les attributs propres des eaux du torrent, surtout dans les montagnes rapides de Syrie et de Judée, sont d’être imprévues, passagères, dévastatrices. N’est-ce pas là l’image naturelle et physique des accidens de ce que nous nommons adversités? Alors le verset dernier appliqué à David, comme je l’ai dit, devient une métaphore réellement ingénieuse et noble; il en résulte le sens suivant:

«Dans la route (de sa vie) il boira l’eau du torrent (de l’adversité); puis il relèvera sa tête (triomphant de prospérité).»

Je demande à tout lecteur si l’on peut dire que nous possédons les livres juifs dans leur vérité, dans leur sens droit et naturel? et voilà sur quelles bases, avec quels matériaux, avec quels architectes se trouve construit un édifice vraiment prodigieux dans son élévation, sa forme et sa durée.

NOTES.


[F2] Pour la page 341.

Eusèbe, Prépar. évang., liv. IX, chap. IX.

Eusèbe nous cite un ancien poète grec nommé Chœrilus, qui, dans une description des divers peuples dont se composa l’armée de Xercès, a dit:

«Vient ensuite une race d’hommes d’un aspect étrange: leurs bouches poussent les cris de la langue phénicienne; ils habitent les monts de Solime près d’un immense marais; leurs têtes rasées et sales offrent le hideux spectacle d’un casque formé du cuir fumé de la tête d’un cheval.»

Il est bien clair que ce sont-là les Juifs ou Hébreux de Jérusalem, et que le langage phénicien leur est pleinement attribué.

Walton, auteur de la Bible polyglotte anglaise, dans ses Prolégomènes, page 17, § 19, colonne 1re, cite une foule de passages des pères de l’Église, Augustin, Ambroise, Jérôme, etc., ainsi que du savant Samuel Bochart (en son Phaleg et Chanaan), lesquels prouvent, sinon l’identité, du moins l’extrême analogie de l’hébreu avec le kananéen, ou phénicien des Carthaginois, dont les paysans, même du temps de saint Augustin, se servaient encore en déclarant qu’ils étaient Kanani.

Le même Walton, § 14, même page, cite un grand nombre de noms de villes et de personnes tant hébreux que phéniciens, qui confirment cette identité; mais on ne peut admettre la preuve que lui et d’autres biblistes veulent tirer du verset 18 d’Isaïe, chapitre 19 (En ce temps-là, il y aura en Égypte cinq villes parlant la langue de Kanaan), attendu que tout le chapitre est si obscur, et le temps mentionné si incertain que l’on n’en peut faire aucun usage raisonnable. Au reste, depuis cette page 17 jusqu’à la page 27, l’estimable et savant Walton abonde en preuves intéressantes, au soutien de tout ce que j’ai dit sur les points-voyelles.

[F3] Note relative à la page 351.

Eusèbe, Prépar. évang., liv. X, chap. V.

Dans le cours de ce chapitre, Eusèbe établit comme un fait palpable l’identité du nom des lettres de l’alfabet grec, avec celui des lettres hébraïques. Car, dit-il, en quoi aleph diffère-t-il d’alpha? en quoi beta diffère-t-il de beth, gamma de gimel, delta de delth, ou e-psilon de he, ou zaï de zeta, ou theta de theth? etc. Ces noms, ajoute-t-il, n’ont point de sens en grec, mais ils en ont en hébreu (et de là il déduit pour l’alfabet grec une origine hébraïque ou syrienne); par exemple: alph signifie discipline, enseignement; beth, une sorte de maison; gimel, la plénitude; delt, des livres: he, elle-même; de manière qu’il en résulte cette phrase: la discipline de la maison; la plénitude des livres elle-même.

Ouau signifie en elle-même; zaï, il vit; heth, vivant; d’où résulte cette phrase; en elle vit vivant; leth, bon; ioth, principe; ce qui fait bon principe; chaph signifie cependant; labd apprenez; mem signifie d’eux; nun, éternel; samch, secours; ain, œil ou fontaine; phe, bouche; sade, justice; kôph, appellation; res, tête; sen, dents; thau, des signes (signa). Voilà, ajoute-t-il, le sens des lettres en hébreu, et nous ajoutons que maintenant cela est bien connu pour faux et ridicule; le plus instructif de ce passage est l’orthographe usitée à cette époque avec des altérations remarquables du texte même: par exemple l’hébreu porte lamd et non pas labd; mais, à cette époque, les hommes de la trempe d’Eusèbe, fascinés d’une seule idée, n’y regardaient pas de si près.

D’autre part, nous savons très-bien que dans le vieil alfabet grec, le ouan avait laissé sa trace dans Episemon bau, le Qoƒ dans Episemon qoppa, le sade dans Sampi, qui tous trois ont été conservés pour chiffres. Les Coptes ont gardé cet ordre. (Voy. Walton, Prolégomènes, § 8, page 8, chap. 2). Enfin, ajoutez que, dans tous les mots de deux syllabes, Eusèbe n’offre point le c ou tcheva que l’on voit aujourd’hui; ce qui prouve l’addition qu’en ont faite les rabbins depuis l’an 325, où il écrivit; il dit: alph pour aleph, delth pour dalet, labd pour lamed, samch pour samech.

[F4] Note pour la page 371.

Notes extraites de Briant Walton en ses Prolégomènes à la Bible polyglotte, page 53, § 30, col. première.

Les Juifs divisent la loi en deux branches, l’une loi écrite, l’autre loi orale, c’est-à-dire transmise de bouche en bouche; dans ce second cas elle est appelée Qabalah, c’est-à-dire reçue (par le disciple); au contraire, elle est appelée massoura (en latin tradita), c’est-à-dire transmise (par le maître, par le docteur.)

La différence principale entre ces deux branches est que qabalah se compose surtout de sens mystiques, d’acceptions allégoriques, données aux faits les plus naturels par des esprits rêveurs et visionnaires, et cela à une époque où ceux que l’on appelle païens furent assez généralement infatués de ce travers; les rabbins de cette secte ont acquis un si grand crédit, que, parmi les Juifs, on regarde comme niais celui qui ne sait et ne croit que la doctrine écrite. Cette doctrine pour eux est seulement une chandelle allumée à l’effet de trouver la pierre mystérieuse des sens cachés.

Les auteurs chrétiens qui ont le mieux traité de la qabalah sont Pic de la Mirandole, après lui Pierre Galatin (de arcanis catholicæ Veritatis, 1512), Sextus Cinensis, en sa Bibliothèque chrétienne, Bonfrerius et Serrarius.

D’après eux, la qabalah se divise en trois branches: une première est celle qui a existé avant notre ère, et encore un peu après elle; elle se compose de sens allégoriques, absolument dans le sens des disciples de Pythagore et de Platon; elle ne diffère en rien des interprétations mystiques de ceux des premiers Chrétiens, qui prétendirent que la loi de Moïse n’était qu’une figure de celle qu’ils introduisaient, et qui voulurent absolument trouver des sens cachés sous les sens littéraux les plus simples. Walton, page 53, colonne 1re, cite, à ce sujet, un passage remarquable de Grotius, duquel résulte que l’apôtre saint Paul doit être considéré comme le chef de cette branche judéo-chrétienne.

(Il résulte de ces faits qu’il y avait dans l’Asie occidentale une doctrine intérieure comme on l’a retrouvée de nos jours dans l’Asie orientale, chez les sectateurs de Boudga et de Brama; il est extrêmement probable que ce sont les allégories mythologiques qui ont donné lieu en première instance à cette manière d’alambiquer et de subtiliser les choses naturelles.)

La seconde branche de la qabalah est purement la pratique de la magie, au moyen des vertus et forces supposées inhérentes à certaines paroles. Les Juifs expriment par ce moyen tous les miracles des Chrétiens. (Les anciens Chrétiens expliquaient de même tous les miracles et prodiges des païens. L’ancien monde a été généralement infatué de cette croyance à la magie. Voy. Apulée, en son Ane d’or.)

La troisième branche, qui est la plus moderne, consiste à tirer des divinations et des horoscopes au moyen de la combinaison fortuite des lettres et des mots de la loi. (C’est une pure folie d’ignorance dont le pendant se trouve encore de nos jours dans toute l’Europe.)

Le même Walton, Prolégomène 8, page 44. La masωrah, qui est l’autre branche de science, a pour radical le mot masar, signifiant transmettre. Par massore et massorète, il faut entendre une succession d’hommes studieux qui ont fait, sur les livres écrits, des remarques très-souvent minutieuses et superstitieuses, mais quelquefois utiles sur les variantes des manuscrits: leurs notes, transmises de main en main, ont fini par former une espèce de code; sous ce point de vue, on peut dire que la massore a commencé peu après Ezdras, dont l’exemplaire, d’abord unique, puis perdu avec le laps du temps, a fourni des copies dans lesquelles s’introduisirent nécessairement des fautes par l’inadvertance des scribes. Les persécutions d’Antiochus ayant détruit beaucoup de ces manuscrits, il dut en être refait une édition sous les Asmonéens, et c’est à cette époque et aux procédés qui furent employés pour cette opération que l’on doit attribuer plusieurs graves différences de la version grecque et du texte hébreu.

Parmi les notes marginales que les rabbins apposèrent sur leurs manuscrits, l’on en reconnaît deux de très-haute antiquité: l’une dite keri ou plutôt qori, qui signifie lu ou lisez; l’autre ketib, qui signifie écrit, et qui avertit qu’on doit lire de telle ou telle autre manière. Walton n’admet leur existence que peu avant le Talmud, c’est-à-dire vers le début de notre ère.

L’une des grandes opérations des massorètes a été de faire le compte des versets, des mots, des lettres de chaque livre et de leur totalité; ils ont compté combien de mots commencent par la lettre sade ou finissent par la lettre t, etc., etc. Avec un détail aussi vaste qu’inutile, ce chapitre de Walton est curieux. La somme totale des livres est de 815,280 lettres, sauf les contestations de quelques rabbins qui en comptent quelques-unes de plus ou de moins; la lettre ω est la plus répétée: elle se compte 76,922 fois; la lettre θ est la moins nombreuse, 1,152 fois; puis la lettre sameck, 13,580; puis šen, 32,148 fois; puis sad, 21,822 fois, etc., etc.

[F5] Note pour la page 373, ligne 1.

Sur les livres conservés par les Juifs établis en Chine.

Divers monumens chinois, cités par les missionnaires jésuites, déclarent, les uns, que les Juifs parurent en Chine (pour la première fois) vers la fin de la dynastie des Tcheou, vers l’an 224 avant notre ère; les autres, que ce fut seulement vers l’an 73 de notre ère, un an après la ruine de Jérusalem par Titus.

La première de ces dates (224) répond au règne d’Antiochus, dit le Grand, qui fut le sixième des rois grecs, successeurs d’Alexandre en Syrie et en Judée; il serait naturel et probable que les Juifs, persécutés par ces princes, eussent cherché un asyle d’abord dans la Perse, où ils avaient conservé des relations depuis la captivité de Babylone, et que, de là ensuite, ils se fussent portés jusqu’aux provinces orientales de la Chine où on les signale; mais il ne reste pas de traces directes de cette ancienne colonie: l’on voit seulement à diverses époques subséquentes les Juifs mentionnés de manière à faire penser que depuis lors ils n’ont cessé d’exister en cet empire, et d’y avoir leurs synagogues et leurs livres, sinon tels, du moins semblables à ce que les jésuites y ont trouvé dans le dix-septième siècle.

La relation[199] de deux voyageurs mahométans en Chine, entre les années 851, et 877, parlant d’un massacre terrible qui fut fait dans la ville de Caï-fond-fou, mentionne expressément les Juifs comme y ayant été compris avec les Mahométans et les Chrétiens: puisque ces Juifs furent en nombre, l’on peut assurer qu’ils eurent une synagogue et tout ce qui en est inséparable, c’est-à-dire la loi de Moïse et les livres qui lui sont habituellement joints. M. de Sacy, dans un mémoire inséré tome 4 des Manuscrits orientaux, page 592, passe en revue diverses dates où ces Juifs sont cités depuis le onzième et le douzième siècle; il cite plusieurs particularités mentionnées par les jésuites au sujet de leurs livres; il en résulte que ces livres ont essuyé de très-fâcheux accidens d’inondations et d’incendies qui en ont détruit une partie et endommagé l’autre: que l’un des manuscrits est venu de la main d’un mahométan qui dut le tenir (s’il ne l’apporta lui-même) des pays d’Occident; que l’écriture de tous ces manuscrits est du genre chaldaïque sans aucune idée ni mention du samaritain: par conséquent, dussent-ils venir de la colonie de l’an 224, on doit les regarder comme ayant celui d’Ezdras pour type primitif; il est très-fâcheux que des corrections modernes les aient altérés, et que nous n’ayons pas les copies des premières dates.

[199] Traduite de l’arabe par Eusèbe Renaudot, in-8o.

L’état de ces Juifs peut nous faire juger de ce qu’ils ont été dans les divers pays de notre occident pendant les siècles de guerres et de barbarie; leur ignorance est profonde; ils conservent leurs livres, mais ils ne les comprennent point. Leurs riches et leurs docteurs ne portent aucun zèle, ni à les étudier ni à les transcrire; ils ont tellement pris les mœurs et l’accent chinois, qu’ils ne peuvent prononcer plusieurs lettres essentielles à l’hébreu: ils disent Tavit pour David; ïalemeiohang pour ïeremiah, etc. Walton, citant l’autorité d’un jésuite[200], dit qu’ils ne se donnent point le nom de Juifs, mais qu’ils s’appellent seulement Israël; cela indiquerait une assez grande antiquité; il ajoute d’abord qu’ils n’avaient point ouï parler de Jésus ni de chrétiens; cela ne prouverait pas du tout qu’ils fussent partis de l’occident avant notre ère; car, n’ayant d’autre livre que la Bible, ils n’ont eu ni intérêt ni moyen de garder le souvenir de leurs ennemis. M. de Sacy observe qu’ils ont divers mots persans, cela prouve seulement qu’ils ont eu avec la Perse des rapports de commerce qui peuvent être assez récens.

[200] Prolégomènes.

[F6]Note pour la page 374.

Extrait du Livre intitulé: Elementa linguæ hebraicæ, auctore Rodolpho Cevallerio, etc.

Les grammairiens divisent les accens ou signes de prononciation en deux grandes sections, les accens grammatiques et les accens historiques.

Les grammatiques se subdivisent en rois et en vizirs (ou ministres.)

(Je prie le lecteur d’observer que le motif de cette division a dû se tirer de l’état stationnaire ou sédentaire de certaines lettres, par opposition à la mobilité officieuse et servile des autres.)

Les rois sont supposés au nombre de dix-neuf.

Les vizirs ou ministres sont au nombre de onze.

Le premier des accens rois se nomme silωq et signifie la fin d’une phrase; c’est une petite barre verticale sous la lettre.

Le 2e, nommé atnah ou atnatah (respiration), (distingue les périodes ou repos d’haleine).

Le 3e, zeqf qotωn: le petit éleveur de voix.

Le 4e, rabîă: le cavalier assis sur la lettre.

Le 5e, zeqf gadωl: le grand hausseur de voix.

Le 6e, zarqa: le répandeur (a la forme du Ouesl arabe).

Le 7e, garš: l’expulseur de voix.

Le 8e, gaim: les expulseurs.

Le 9e, tališah gadωlah: le grand arracheur (qui se met en tête du mot; il est toujours musical).

Le 10e, tabîd: fractus (de sa figure).

Le 11e, tefɦa: le fatigué.

Le 12e, ïatid: (de sa figure cornue retournée).

Le 13e, fašta: l’étendeur de voix.

Le 14e, lagremîh: la bouche brisée.

Le 15e, fazar gadωl: grand disperseur.

Le 16e, šaalat: la chaîne.

Le 17e, fasîq: terminant.

Le 18e, qorni farah: cornes de vaches.

Le 19e, segωl: collier.

Les ministres ou serviteurs.

Le premier, qadema: qui précède le roi garš en sa marche.

Le 2e, daraga[201].

[201] Le hamza des Arabes a exactement la forme de ces deux signes dans l’hébreu.

Le 3e, mωnaɦ: posé sous la corne.

Le 4e, ïeraz bet ïωmeh: une fille de son jour.

Le 5e, mahfak: corne retournée.

Le 6e, tarša: bouclier.

Le 7e, mirka fašωlah: prolongeur simple.

Le 8e, kafωlah: prolongeur double.

Le 9e, mekrabel.

Le 10e, ăïlωi.

Le 11e, maïla: corne de faon.

Ces accens désignent de presser la syllabe sans pause, la pause n’appartenant qu’au roi assis (le serviteur en Orient toujours debout).

Les accens rhétoriques ont pour but de ralentir un peu la syllabe qui en est marquée, en lui donnant de la grace.

Le premier, matag: le frein, la bride (c’est notre trait-jointure dans Hôtel-Dieu, en hébreu bait-al).

Le 2e, maqef: le lien. Il y a encore le râfé, petite barre verticale sous la lettre, indiquant de couper la voix comme fait le hamza arabe. Ainsi ïeraω signifie ils voient; mais si vous coupez ïe-râω, il signifiera ils ont peur. (Ce ïe-râω hébreu peut s’écrire en notre alfabet ïe’râω).

[F7] Note pour la page 459 ligne 24.

Sur la langue des Berbères.

Le nom de Berbères que nous appliquons à une race d’indigènes africains est plus ancien et plus universel qu’on ne l’imagine; il est le même que le barbare os et us, des Grecs et des Latins, cités dès le temps d’Homère. Hérodote nous apprend que c’était un mot de la langue des Égyptiens, qui s’en servaient pour désigner tout peuple étranger, parlant ou bredouillant un langage qu’ils n’entendaient pas. Il existe dès long-temps dans la langue arabe, quelle qu’y soit son origine égyptienne ou grecque. Par un cas plus singulier il existe dans le Sanskrit, qui donne le nom de barbara à quelques pays ainsi nommés par les anciens géographes occidentaux; et de plus il est chez les Brahmes un terme presque injurieux, comme chez les Grecs et chez nous.

Un ancien pays de Barbara est cité près du détroit de Bab-el-mandem, ayant à son sud un pays de Zengitan, comme aujourd’hui notre Barbarie sur la Méditerranée tient vers son ouest au pays de Tengitania des Latins que nous appelons Maroc.

L’ancien zingui-tan se retrouve dans le Zingui ou Zingue-Bar, côte Est de l’Afrique; ce mot Barr est arabe et signifie terre et pays.

Le mot zingui, prononcé tsingui et tchingui, se retrouve dans Zingari race errante que nous appelons Bohémiens, démontrée depuis quelques années par de savans anglais et allemands n’être qu’une race d’Indous émigrés depuis quelques siècles, laquelle heureusement a conservé assez de son langage originel pour y faire reconnaître celui qui se parle encore aux bords de l’Indus, et qui sûrement s’y parle depuis bien des siècles: je laisse aux savans étymologistes à expliquer comment ce mot zingui, indiquant un peuple, s’est trouvé près de Maroc.

Me bornant aux Berbères, je dis que les nombreuses peuplades désignées par ce nom sont encore aujourd’hui répandues depuis Maroc jusqu’à l’Égypte et l’Abyssinie, et de plus vers le sud, jusqu’à la ville et au pays de Tim-boucktou: des voyageurs anglais récens en fournissent la preuve en nous apprenant que, près de cette ville célèbre, sont des tribus de Shillahs ou Shelous, nom qui est précisément celui que, dans les pays de Maroc et d’Alger, on donne aux Berbères montagnards. Les Berbères des plaines portent celui de Qabaïlis: mais ces peuples eux-mêmes ne se nomment point ainsi en leur langue; ils se donnent le nom de Amzir au singulier en grasseyant fortement l’r, et de Mazir au pluriel, l’r toujours grasseyé. Dans mon alfabet européen, je peins cet r par g ou ɠ; j’écrirai donc désormais Amzig et Mazig.

Ces deux mots signifient libre et libres; ainsi ils s’appellent eux-mêmes hommes libres.

C’est évidemment le mot Mazig que nous trouvons dans Mazikes que des auteurs grecs nous citent comme le nom de peuplades africaines existantes dès les premiers temps de notre ère: ces peuplades vexèrent beaucoup les anachorètes de la Thébaïde et de la Nubie; elles étaient alliées des Blemmies, autre race sauvage. Le savant grec Eustathios, commentateur d’Homère, parlant de Iarbas, roi de Gétulie au temps de Didon, dit qu’il était roi des Mazikes; Virgile nous dit qu’il était roi des Gœtules; et cela reporte l’existence des Berbères et leur nom de Mazikes plus de huit siècles au-delà de notre ère, en même temps que cela les identifie aux Gœtules, qui nous sont désignés comme indigènes ou autochthones.

De nos jours où le langage des peuples est devenu un sujet de recherches si intéressant, celui-ci méritait d’exciter le zèle de quelques voyageurs éclairés: cette honorable tâche fut remplie, en 1787, par feu M. Vanture, l’un de nos plus habiles drogmans en turk et en arabe: tandis qu’il remplissait près du dey d’Alger une mission diplomatique et commerciale dont il était chargé, le hasard lui procura la connaissance d’un chef de Berbères, qui eut besoin de sa protection. Il profita de cette occasion pour l’attirer fréquemment chez lui; et, dans un espace de quelques mois, au moyen de la langue arabe, qu’ils parlaient tous deux, il dressa une Grammaire et un recueil de mots berbères très-considérable. A son retour à Paris, en 1788, nos études communes nous rapprochèrent: il me montra sa minute, composée de 89 feuillets in-fol., et finit par vouloir me la donner: je le priai de faire mieux, je le déterminai à en dresser une copie au net, qui se trouve formée de 9 cahiers, même in-fol., en tout 178 pages. Alors, j’acceptai la minute, et il garda la copie. Le berbère était exprimé en caractères arabes, je voulais l’établir en caractères français; la politique survint et gâta tout. En 1795, à mon départ pour les États-Unis, je déposai ma minute à la bibliothèque royale, afin qu’elle ne pût se perdre. En 1798, à mon retour, je trouvai la belle copie aux mains de madame Vanture: lorsque ensuite nous apprîmes la mort de son mari, en Syrie, je l’engageai à céder ce manuscrit à la bibliothèque du Roi, qui le paya une modique somme. Le savant conservateur, M. Langlès, qui a connu ces faits, les a indiqués sommairement dans sa traduction du Voyage de Hornemann en Afrique, tome II, imprimé en 1803; il y a inséré un extrait de la Grammaire et du Vocabulaire; mais il nous reste toujours à regretter que l’ouvrage entier de Vanture n’ait pas été mis en ordre et imprimé. Ce travail était digne de la libérale et philanthropique société africaine-anglaise. Un tel volume, qui serait léger, procurerait aux voyageurs d’Europe, dans tout le nord de l’Afrique jusqu’au Niger, non seulement un moyen de reconnaître les tribus berbères, mais encore de se faire entendre d’elles, ce qui est inappréciable.

Du reste, d’après les extraits que j’ai conservés, je me crois autorisé à regarder ce langage comme d’origine particulière; il s’est rempli d’arabe, peut-être de phénicien; sa prononciation abonde en grasseyemens comme le provençal, en θ grec, en th anglais dur, en notre ja pur, usité des Perses et des Turks seulement. Il n’est pas construit précisément comme l’arabico-hébreu; mais il a un fond de simplicité que l’on ne juge bien qu’en le dépouillant de ce que depuis tant de siècles ce peuple errant et inculte a emprunté des étrangers, à commencer par les Carthaginois.

Extrait du Livre intitulé: Arcanum Punctationis revelatum, auctore Th. Erpenio, Leyden, 1624. 312 pages in-4o.

Cet ouvrage, imprimé sous le nom d’Erpenius, a eu pour véritable auteur Louis Cappel, Français protestant de Saumur, qui ne put le publier en France. Si un tel livre paraissait aujourd’hui en notre langue, il serait considéré comme un modèle de saine argumentation et de judicieuse critique. L’histoire des points-voyelles y est traitée avec une clarté qui ne laisse plus de doute sur la question; je crois faire une chose agréable au lecteur de lui en citer quelques passages.

C’était une opinion dominante, chez les savans juifs et chrétiens, que les points-voyelles sont inhérens aux livres de Moïse et qu’ils ont été établis par lui même ou par Ezdras, lorsque vers l’an 1530 le témoignage du rabbin Elias-Levita vint y apporter un trouble inattendu. On produisit un passage de son livre sur la Massore, dans lequel il dit:

«Qu’après la confection du Talmud, les docteurs massorètes commencèrent à imaginer et à poser des signes appelés points-voyelles sur les consonnes; puis, après un laps de temps, il en fut arrêté un système complet, par un concile de rabbins, et dans la ville de Tibériade, environ 436 ans après la ruine du second temple par Titus, qui eut lieu l’an 72 de Jésus-Christ.»

D’autre part, le rabbin Abenezra écrivait vers l’an 1150:

«Tel est l’usage des sages de Tibériade, qui sont nos guides (de lecture) et de qui viennent les massorètes ou traditionnaires auxquels nous devons toute la ponctuation.»

Notre auteur, dans les chapitres III et IV, démontre la force de ces assertions; il cite de plus un autre passage d’Elias-Levita, ainsi conçu:

«Il est très-certain que la loi présentée par Moïse fut un livre écrit sans aucun point, sans aucune distinction de versets.»

Au chapitre V, viennent de nombreuses preuves tirées du Talmud et des cabalistes.

Le Talmud est une masse de doctrine divisée en deux parties: l’une dite mišnah, est l’ouvrage de Rabbi-Juda, environ 180 ou 200 ans après notre ère; l’autre, gemara, est une compilation par divers inconnus, jusqu’à l’an 500 où elle fut close. Dans l’une et dans l’autre, il n’est pas dit un seul mot des points-voyelles. Notre auteur cite des passages concluans.

Chapitre VI, page 37, il produit des preuves tirées de l’ancien caractère hébraïque, c’est-à-dire, de notre samaritain actuel. «Les Juifs, dit-il, sont d’accord que leurs lettres actuelles ont été introduites par Ezdras, et qu’auparavant régnaient les lettres kananéennes.» Ce sont les propres expressions de Saint-Jérôme in prologo galeato, et dans son commentaire sur Ezéchiel, chapitre IX, verset 4, où il dit que la dernière lettre de l’alphabet a la figure d’une croix dans l’ancien caractère hébreu, encore usité de son temps par les Samaritains.

D’autre part, Walton remarque, dans ses prolégomènes, que ces Samaritains furent une branche de Juifs, qui ne voulurent point reconnaître Ezdras; ils n’ont conservé de livre national que le Pentateuque; leur texte diffère en plusieurs endroits de l’hébreu et du grec; il est cité par l’évêque Eusèbe, par saint Jérôme, etc. Ses propres adversaires ne peuvent nier qu’il n’existe sain au moins depuis l’an 300 de notre ère; ce texte n’a aucune trace de points-voyelles, etc., etc.

L’auteur de l’Arcanum Punctationis continue d’exposer ses preuves dans la fin de ce chapitre, et dans le suivant, chapitre VII, page 40, etc.; il démontre, par nombre de passages concluans, que ni Origène, né l’an 185 de notre ère, ni Jérôme, mort après l’an 400, n’ont donné la moindre indication de l’existence des points à cette époque.

Au chapitre IX, page 58, passant en revue le Targum de Onkelos, écrit un peu avant notre ère, et celui de Jonathan, vers l’an 200, il montre que s’ils eussent lu un texte ponctué, ils n’auraient pas différé, comme ils le font, sur la lecture et le sens de plusieurs mots maintenant divers chez les Massorètes. Les traductions latines d’Aquila et de Jérôme lui fournissent les mêmes argumens; il continue dans le chapitre X, où il cite beaucoup de mots qui, écrits des mêmes lettres, ont été pris en des sens divers, parce qu’ils n’avaient pas de points-voyelles. Il cite ce passage de Jérôme, qui dit: «Il n’importe qu’on dise salem ou salim, puisque rarement les Hébreux emploient les lettres-voyelles au corps des mots (in medio verborum), et que, selon l’usage (volonté) des lieux et la diversité des pays, l’on prononce les mêmes mots par divers sons et accens.»

L’interprétation de ce passage a égaré plusieurs savans, qui ont voulu donner aux mots sons et accens des acceptions forcées: la preuve qu’accent signifie un son vocal, une voyelle, est que le même Jérôme dit ailleurs (Commentaire sur Amos, chapitre VIII): «Bersabeæ, selon les divers accens qu’on lui donne, signifie puits du serment ou de la satiété ou du septième.» Il est évident que les accens sont ici les petites voyelles, ainsi que je l’ai développé dans les préliminaires. Au chapitre XI, page 73, il discute les variantes diverses qui existent entre les textes et les manuscrits de chaque texte; il produit des mots en plus, des mots en moins, des lettres omises, des lettres surabondantes, etc. Les notes Qori et Kat eurent pour objet d’indiquer ou de corriger ces fautes; il est arrivé que les correcteurs ont quelquefois laissé en blanc la place d’un mot, en y posant seulement les points-voyelles qui lui conviennent: il se récrie sur le procédé étrange des massorètes qui ont appliqué à un mot désigné, la ponctuation d’un autre établi par eux en marge, et cela répété de manière à prouver que ce n’est point par erreur, mais par dessein prémédité. Les talmudistes citent cinq accidens de cette espèce en toute l’écriture; aujourd’hui l’on en compte onze.

Il est encore arrivé que le texte portant des mots trop grossiers, les annotateurs se sont permis de les changer; notre auteur en cite des exemples dans le discours du général assyrien, qui, parlant aux gens du roi Ezéchias, emploie le mot ɦaRHem, qui signifie leur merde, et le mot ŠiNihem, pissat, urine. Les docteurs ont substitué des mots signifiant l’eau des pieds et les excrémens.

Un autre genre d’altération, plus grave peut-être, a échappé aux recherches de notre savant critique: on lit au chap. XV verset 33 du livre Ier de Samuel le mot—ïŠsF—toutes les versions grecque, latine, syriaque, arabe, et le Targum de Jonathan l’ont lu ïaŠseF, signifiant que, (Samuel) hacha lui-même à coups répétés (le roi Agag). Aujourd’hui le texte hébreu veut lire ïeŠasseF avec le sens de fit hacher par autrui. Comment obtient-il cette lecture? par la seule addition du point de redoublement (daghès), inséré dans l’s de ïŠsF. Et cette forme est bien plus arabe qu’hébraïque; mais, lorsque toutes les versions, depuis celle du roi Ptolémée, se sont accordées à lire ïaŠseF, n’est-il pas évident que ce sont les rabbins, qui, par pudeur de l’acte atroce, se sont permis d’ajouter ce point si petit et si efficace? Qui pourra nous assurer que les Hébreux aient eu le factitif des verbes, quand il est constant que le syrien ne l’a pas?

D’autres fois des mots ont été mal-à-propos divisés ou joints. Par ex.: dans Ezéchiel, chap. 27, vers. 6, on lit: BeTorim traduit par fille des Assyriens, tandis qu’il faut lire Be-Torim signifiant: (des bancs de rameurs construits) en bois de buis[202].

[202] Les Bibles françaises de Paris, de Bâle et de Genève n’ont pas manqué de conserver cette faute.

Enfin il cite les accidens nombreux d’une lettre écrite au lieu d’une autre (voy. pag. 79 et 80): les voyelles a, H, I, ω, sont surtout dans ce cas: le grammairien Elias a compté 488 mots ainsi altérés.

La majeure partie de ces fautes est mentionnée par les Talmudistes, et par conséquent est très-ancienne, puisque les sages de Tibériade, ayant trouvé les manuscrits en cet état, n’ont osé rien y changer.

Notre auteur, en son chapitre XIII, a payé tribut aux préjugés de son siècle, en ne voulant reconnaître que cinq voyelles absolues: comme il n’a eu aucune connaissance pratique de la prononciation arabe, il n’a pas eu d’idée juste sur la valeur ni des grandes, ni des petites voyelles; il termine son livre par une longue discussion des objections opiniâtres qui étaient faites à cette époque, et qui aujourd’hui ne méritent pas même de mention.

Sur la Bible vulgate.—Ses sources et ses antécédens.

On parle souvent de la bible vulgate, en distinguant la vulgate ancienne de la vulgate moderne: bien des personnes ne savent pas clairement ce que c’est; le voici:

Lorsque le christianisme commença d’acquérir des sectateurs lettrés, c’est-à-dire, vers la fin du deuxième siècle, ce fut, parmi eux, une émulation de traduire l’ancien Testament en latin; mais comme ils ne savaient pas l’hébreu et que le grec leur était usuel, leurs traductions latines furent toutes faites sur les copies grecques: à cette époque le texte hébreu était pour ainsi dire décrédité. L’une de ces traductions, plus estimée par les anciens docteurs ou pères de l’Église, est devenue ce qu’on appelle première vulgate sans nom d’auteur. Ensuite, combinée avec la traduction de saint Jérôme, elle est devenue la vulgate actuelle, consacrée par une assemblée encore assez récente, de théologiens italiens, dont la presque totalité ne savait pas un mot d’hébreu. Il est remarquable que la traduction de saint Jérôme n’eut aucun crédit de son temps; qu’elle fut vivement blâmée par saint Augustin et autres pères éminens de l’Église: si aujourd’hui elle est canonisée par les théologiens dominans, quels sont les vrais infaillibles, ou de ceux-là qui disent noir, ou de ceux-ci qui disent blanc?

Un utile ouvrage serait une impartiale histoire des livres juifs considérés en leur origine, en leurs divers textes et versions. Il paraît que, depuis cinquante ans, les universités allemandes ont produit beaucoup de bons matériaux pour cet édifice. En France, notre vieille école est toujours sorbonnique, c’est-à-dire, fixe dans les vieilles idées et à peu près hostile pour les nouvelles. Néanmoins, en recueillant les aperçus les plus raisonnables de quelques esprits indépendans, nous commençons à voir, comme assez clairement prouvés, les faits suivants:

1o Que le Pentateuque actuel n’est point l’ouvrage immédiat de Moïse, comme l’ont tardivement décidé de prétendus infaillibles; mais que, contenant réellement des pièces originales venues de ce législateur, leur assemblage et leur union à d’autres pièces posthumes, ont été l’ouvrage du grand-prêtre Helqîah, tuteur du roi Josiah, et régent du royaume de Juda, pendant la minorité de ce prince;

2o Qu’il n’est pas probable que des manuscrits de papyrus, tels qu’ils furent usités au temps de Moïse, aient pu se conserver pendant près de huit cents ans, dans un climat aussi rongeur que celui de Jérusalem, où les vers et les mites dévorent tous les matériaux des livres avec une incroyable activité; qu’il est plus naturel de penser que des copies en avaient été faites au temps des rois David ou Salomon, encore que l’absolu silence de leurs archives soit un grand préjugé contraire;

3o Qu’il paraît démontré que ce fut le grand prêtre Helqîah qui, vers l’an 621 avant notre ère, mit au jour pour la première fois le Livre de la loi, nommé aujourd’hui Pentateuque, compilé et rédigé par lui, ou sous sa direction, par des prêtres dont Jérémie est indiqué avoir été l’un[203];

[203] Voyez le tome I des Recherches nouvelles sur l’Histoire ancienne.

4o Que le manuscrit autographe, envoyé par Helqîah au roi Josiah, selon qu’il est écrit au Livre des rois, lib. II, chap. 22, fut écrit en lettres phéniciennes, dites aujourd’hui samaritaines (sans idée de points-voyelles);

5o Que ce manuscrit a été le prototype unique de tout ce qui, depuis, a pu être publié de semblable;

6o Que, confié à la garde des prêtres, il a dû être difficile d’en multiplier les copies, vu leur caractère mystérieux et jaloux; et que cependant il a dû en être tiré quelques-unes, puisque ce fut un devoir imposé au roi d’en tirer copie de sa propre main pour son usage (ainsi qu’il est dit au Deutéronome, chap. 17, verset 18 et 19). D’ailleurs quelques personnages éminens par leurs richesses et leur zèle ont dû avoir le désir de posséder un livre aussi précieux. Ici la richesse a été une condition nécessaire, vu l’extrême cherté des livres anciens[204];

[204] Un beau manuscrit du Pentateuque a dû passer 3000 fr.

7o Qu’il y a eu un grand intérêt et assez de facilité de sauver cet ouvrage, lors de la prise de Jérusalem et de la captivité au pays de Babylone (cinq cent quatre-vingt-sept ans avant notre ère, et trente et un an depuis Helqîah);

8o Qu’après le retour de la captivité (vers l’an 450 avant notre ère), le lévite Ezdras a certainement eu à sa disposition un exemplaire du Pentateuque, et qu’il a pu en avoir plus d’un;

9o Que ce prêtre en ayant opéré la transcription et refonte en caractères chaldéens (notre hébreu actuel), son nouveau manuscrit devint le prototype dominant parmi les Juifs; mais qu’il ne s’ensuit pas de là que les copies de Helqîah aient été immédiatement détruites ou n’aient plus été consultées;

10o Qu’au contraire il est possible qu’elles l’aient été par les traducteurs du texte grec, composé environ 180 ans plus tard (vers l’an 277 avant notre ère), en sorte que l’autorité de ce texte ne saurait être mise légèrement au dessus de l’hébreu lui-même;

11o Que le texte dit samaritain a pu émaner directement des copies de Helqîah, par la voie des Saducéens, et cependant avoir reçu quelques corrections posthumes de la part de ses conservateurs, qui l’auraient confronté au grec ou à l’hébreu d’Ezdras;

12o Qu’en considérant la traduction libre et quelquefois inexacte du grec que nous possédons, on est obligé de croire que ses auteurs n’ont pas parfaitement compris la langue hébraïque, ou qu’ils ont été peu scrupuleux envers un livre que le temps et l’engouement n’avaient pas encore consacré;

13o Que, malgré ses défauts, le texte grec, dans les premiers temps du christianisme, fut généralement préféré à l’hébreu;

14o Que les copies de l’un et de l’autre, multipliées successivement, reçurent les altérations inévitables en ce genre de travail, et que, par ses altérations, il est devenu impossible de dire laquelle, ou si aucune, est conforme au manuscrit d’Ezdras;

15o Qu’Ezdras, dans sa transcription, ayant été le maître absolu de faire tels changemens et corrections qu’il lui a plu, même aux copies de Helqîah, nous n’avons aucune certitude de posséder l’ouvrage autographe de celui-ci;

16o Que les énormes différences de la chronologie anté-diluvienne qui se trouvent maintenant entre les trois textes hébreu, grec, et samaritain, ne peuvent être attribuées à des fautes de copiste, mais à une intention préméditée de reculer la fin du monde, qui, selon une croyance populaire en cette partie de l’Asie, devait clore la période de 6000 ans, alors très-avancée; et, parce que le grec et le samaritain ont conservé le nombre des années le plus considérable, il y aurait lieu d’attribuer la suppression des quinze cents ans de l’hébreu au sanhédrin des princes Asmonéens, environ un siècle et demi avant notre ère, et il y aurait une analogie frappante entre cette opération et celle qui fut faite chez les Perses au temps d’Ardschir Ier, vers les années 226 à 230 de notre ère, où les mages, de concert avec ce roi, supprimèrent trois cents ans de la série des rois Parthes;

17o Que les livres juifs, dans leurs moyens de transmission, de transcription et traduction, n’ont différé en rien de tous les autres livres dits profanes qui nous sont venus de l’antiquité, en sorte que l’on ne voit ni sur quoi se fonde, ni à quoi sert le moyen d’invention surnaturelle qu’une aveugle passion a imaginé de leur attribuer;

18o Enfin, l’imprimerie employée en Europe depuis trois siècles n’a pas empêché que de nouvelles altérations s’introduisissent dans les livres juifs, puisque leurs traducteurs, surtout français et anglais, se sont permis de changer le sens de plusieurs mots et passages, contre l’autorité de toutes les anciennes versions, et contre le génie de la langue originale elle-même; je n’en citerai qu’un exemple capable de donner une idée des autres.

On lit au Deutéronome, chap. 1, vers. 1 et 5, et chap. 4, vers. 46: Ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël au-delà du Jourdain: cette expression au-delà est répétée trois fois. Les versions grecque, latine, syriaque, arabe, et la paraphrase de Jonathan sont toutes d’accord sur ce mot au-delà du Jourdain. Le mot hébreu BeBeR comporte si positivement ce sens, que c’est par cette raison que les Israélites reçurent ou prirent le nom d’Hébreux ăberim, c’est-à-dire, d’hommes venus d’au-delà de l’Euphrate (d’où vint réellement leur auteur, Abraham). Eh bien! malgré toutes ces autorités, la Bible française de Lemaitre de Sacy, approuvée, en 1701, par les autorités ecclésiastiques, a commencé de traduire au-deçà, n’osant dire en-deçà, et les Bibles françaises, l’une des pasteurs de Genève, imprimée à Paris en 1805, l’autre des protestans, imprimée à Bâle en 1818, ont franchi le pas, et traduit en-deçà. Pourquoi ce faux matériel? parce que nos modernes théologiens se sont aperçus que le mot au-delà plaçait le narrateur sur la rive ouest du Jourdain (à Jérusalem); or, comme Moïse n’est jamais venu de ce côté, et qu’ils veulent absolument le constituer narrateur immédiat, ils aiment mieux faire des faux matériels que de renoncer à leurs décrets; maintenant, si des hommes, d’ailleurs éclairés, se permettent de telles violations en face du public, sur des imprimés, qu’on juge de ce qu’a osé l’ignorance fanatique sur des manuscrits qui n’avaient que peu de témoins. Que de livres, que de passages assassinés pour exterminer les témoins de vérités contrariantes!

L’ardente dévotion des biblistes anglais est allée plus loin: ouvrez la bible de Wil. Tyndale, traduite par ordre du roi Henri VIII, imprimée vers 1549, petit in-folio, beaux caractères gothiques, vous lirez, au chap. 1, et au chap. 5, première colonne du verso de la page 93, XCIII et XCVI recto: Moïse parla à Israël: on the other syde Jordan, sur l’autre côté du Jourdain, ce qui est bien littéralement au-delà. Actuellement, comparez la Bible moderne publiée par la société établie à Londres en 1804, traduite par ordre spécial de Sa Majesté, et imprimée, petit in-4o, stéréotype, à Cambridge, vous lirez aux endroits cités sans nombre de page (ces docteurs n’ayant pas trouvé convenable de les coter, plus que l’année de l’impression), vous trouverez, dis-je: ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël: on this syde Jordan, de ce côté du Jourdain, c’est-à-dire, en-deçà. Le contraste est manifeste, le faux matériel est saillant; si un tel délit avait lieu dans un acte du parlement, dans un titre de famille, que prononcerait un jury anglais?

Chez nous il serait grave; au reste, scrutez cette Bible anglicane si vantée, et vous y trouverez cent altérations aussi graves du texte hébreu; et voilà ce livre dont on répand un demi-million d’exemplaires dans l’Asie et dans l’Amérique, jusqu’aux îles de la mer du Sud! Mais ce livre est une clef sourde qui ouvre les portes des nations; par lui, avec lui on leur glisse pieusement des marchandises, des baïonnettes, et des chaînes. Qu’importe la vérité? Il est plein de récits qui choquent la pudeur, qui heurtent la justice. Qu’importe la morale? Le fait est que tous ces manufacturiers de bibles, ces colporteurs de religion, ne sont que des aventuriers spéculateurs, qui rêvent au fond du cœur de petites dominations à la jésuite, en des pays neufs et niais. Princes prudents, défiez-vous de ces hommes à sandales qui, d’abord prosternés aux vôtres, ont fini par vous faire baiser la leur! Peuples simples, défiez-vous de ces hommes qui, en se présentant avec l’anneau et le filet du pêcheur, insinuent qu’ils vous regardent comme des poissons. Ces gens-là n’ont à vous donner pour pâture que la coque de Levant[205].

[205] Drogue enivrante qui trouble l’instinct du poisson à se conserver, comme la crédulité trouble l’instinct de l’homme à raisonner. Ce poison est indigène du Levant, d’où il s’est répandu dans le monde par la main des Juifs et adhérens.....