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Le moyen de parvenir, tome 3/3

Chapter 3: I. Leçon.
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About This Book

An episodic miscellany of satirical tales and sketches that skewers hypocrisy, social pretension, and sexual mores through comic misunderstandings, mock disputations, and ribald anecdote. Short narratives, witty digressions, and grotesque set pieces alternate with playful lists and paradoxes, repeatedly exposing the gap between public reputation and private conduct. Recurring motifs include the misuse of language, bodily appetites as moral proof, and the folly of those in authority. The work blends farce and pointed critique, assembling diverse vignettes into a single, loosely structured satire that alternates levity with moral provocation.

The Project Gutenberg eBook of Le moyen de parvenir, tome 3/3

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Title: Le moyen de parvenir, tome 3/3

Author: Béroalde de Verville

Release date: September 9, 2018 [eBook #57880]

Language: French

Credits: Produced by Laurent Vogel, Guy de Montpellier and the
Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
(This book was produced from scanned images of public
domain material from the Google Books project.)

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MOYEN DE PARVENIR, TOME 3/3 ***

LE
MOYEN
DE
PARVENIR.

NOUVELLE ÉDITION.

Augmentée d'une Table sommaire des Chapitres.

Caritas inter jocosve regnat Moria.

TOME TROISIEME,

A LONDRES.

M. DCC. LXXXI.

On a recopié, dans cette version électronique, le sommaire de ce tome troisième, extrait du tome premier de l'original.

SOMMAIRE
DES CHAPITRES.

TOME TROISIEME.

I. Sortie contre l'hipocrisie des prédicateurs. Conte de la femme du meûnier complaisant.

Le meûnier complaisant, p. 2, cont. p. 10, fin. p. 10.

II. Il n'est repris qu'après le conte de la naïveté d'une fille violée; & de celle du galant qui n'entendoit pas la différence de questionner à ordonner. Explication du mot sot; subtilité d'une femme, dont, je crois, elle fut dupe.

La file violée, p. 8.

L'amant trop complaisant, p. 9.

La femme chere à vivre, p. 10.

III. Histoire du vin répandu, & le trou par où il s'est écoulé.

Conte du ministre et de la servante, p. 13.

IV. Conte de l'âne bâté. Plaisante façon de déguiser un nom sotisier.

Conte de l'âne bâté, p. 15.

Conte du nom du paysan, p. 17.

V. Satire contre les Espagnols. Pourquoi Guillaume & Gautier sont deux mauvais noms. Lequel vaut mieux de se voir présenter à son arrivée dans une maison, du vin ou de l'eau. Conte de la famille bien élevée. Naïvetés d'un président. Celle d'un paysan, qui va remercier son rapporteur, a plus l'air d'un sarcasme que d'une balourdise. Plaisantes délicatesses d'un curé. La fille Lyonnoise guérie singuliérement.

La famille bien élevée, p. 23.

Le paysan et le rapporteur, p. 25.

VI. Chien couchant de léchefrite, c'est un moine en cuisine. Ici la conversation se brouille. Cicéron y dit une suite de bourdes des plus impertinentes. Bonne raison de l'orgueil des barbiers. Parallele de la femme & de la fortune. Conte du barbier amoureux; il s'interrompt par l'explication du sort des hommes mariés, sur les quatre doigts de la main.

Conte du barbier, p. 32.

VII. Vengeance d'un médecin sur son barbier indiscret. Garçon barbier qui entend mal. Pari d'un paysan gagné sans replique. Réparties singulieres.

Le barbier ladre & le médecin, p. 35.

L'homme saigné par quiproquo, p. 39.

Pari d'un paysan, p. 40.

VIII. Stupidités sont aussi bien gibier de gens d'église que de séculiers; il y en a dans ce chapitre plus d'une preuve. Conte de Pâques & du jambon, Naiveté d'une fille de chambre qui pouvoit être vérité. Histoire de l'abbé de Grammont & de l'amiral. L'ambassade grotesque. Paysan attrapé y regarde de près, comme chat échaudé craint même l'eau froide.

Conte de Pâques & du jambon, p. 44.

L'abbé de Grammont & madame l'amiralle, p. 47.

L'ambassade grotesque, p. 48, cont. p. 50.

IX. Augurelle fait des vœux, & est la preuve que tôt ou tard les prieres sont exaucées. Exclamations dolentes sur les malheurs passés, présens & futurs qui environnent l'église. Nouvelles sotises de prédicateurs.

X. Conte d'un curé curieux. Conversation d'un savant & d'un crocheteur; explication des mots premiere messe & premieres nôces. Ici les convives s'embrouillent terriblement fort, & c'est un défi général à qui déraisonnera. Excès d'amour pour une fille prouvé. Pourquoi les Turcs ne se torchent pas le cul. Rien n'est si aisé que de connoître un Turc d'un François.

Le curé curieux, p. 55.

Conte de l'amant en preuve de son amour, p. 60.

XI. Différence d'une femme & d'un prêtre. Conte du cheval chrétien. Plaisante explication de la mere des histoires. Maniere d'essayer une épée fort dangereuse pour ceux qui se rencontrent sur la ligne de circonférence qu'elle décrit, quand un fou fait le point central. Combien de fois il arrive qu'on lâche ce qu'on veut garder, & qu'on presse ce qu'on veut lâcher. Mots mal rendus & faisant des sens très-singuliers. Le curé qui brûle son crucifix pour cuire son oie, qui fut, sans doute par vengeance, mangée par les saints de l'église. Maniere de se débarasser de parasites trop acharnés.

Conte du cheval chrétien, p. 64.

La fille & l'œuf, p. 66.

Conte du crucifix du curé, p. 67.

XII. Soldat pris en maraude. Savoir des prieres c'est le métier des prêtres, & non celui des charons. Un plaideur normand paie ses avocats & rapporteurs d'une singuliere monnoie. On les attrape une fois, mais ils s'en vengent mille. Le paysan tout consolé de sa mort. Le ramonneur pris pour un diable. Un moine menant un diable en lesse, & réflexion juste que ce tableau doit donner à l'imagination. Un moribond dans le transport au cerveau.

Soldat pris en maraude, p. 73.

Le ramonneur pris pour le diable, p. 77.

XIII. Les quatre mendians, quels ils sont, & leur parallele avec quatre nations de l'Europe. Histoire du serrurier de Bourgueil. Une connoisseuse & bonne ménagere détaille les grandes nécessités du ménage. Les trois filles mariées le même jour, qui conversent avec leur mere, le lendemain des nôces. Chose qu'on peut comparer à une narine. Conte de la fourchette de St. Carpion.

Le serrurier de Bourgueil, p. 82.

La fourchette de S. Carpion, p. 86.

XIV. Façon de guérir, capable de ruiner les médecins. Devinez ce qui peut empêcher de manger, sans ôter l'appétit. Tableau de la vie des femmes des gens de justice. Celle qui offroit à son mari de louer ce qu'il en trouvoit de trop, avoit bien raison. Les allusions recommencent encore. Conversation de Frostibus & de Luther.

XV. Savante dissertation du poëte Lucrèce sur les gueules. Avis d'une abbesse sur ce qui est dur & dure. Attention qu'ont les convives, pour rendre ce livre plus intéressant, & plus méritant l'immortalité. On recommence le combat des machoires. Origine du proverbe, le faire pour épargner le pain. Histoire de Michelle & de ses amans. Curé trahi & privé de tout droit, tandis que tant de femmes sont si bonnes & si reconnoissantes.

Histoire de Michelle & de ses amans, p. 105.

XVI. Histoire du mitron & de la femme du conseiller. Toute bonne cuisiniere trouve toujours sur qui faire passer ce qui manque à la maison. Métier de huguenot à vendre.

XVII. Grande dissertation sur le cocuage. Sapho s'égaye en poésie dans son genre.

XVIII. Scrupule d'un curé. Tous causent, & aucun ne s'entend. Quels sont les quatre élémens d'essais pour les médecins. Pierre à Lyon semblable au tombeau de Sémiramis ouvert par Darius. Les aumôniers ne sont pas obligés de savoir le latin d'inscriptions; il leur suffit de débiter le latin de leur bréviaire. Histoire de l'abbé de Turpenai.

Histoire de l'abbé de Turpenai, p. 125.

XIX. Sapho cause & ne rougit pas. Conte de la tante de maître Philippes. Bravoure d'un Breton après une bataille. Conte du pot de fer en tête. Ce qui est malfait sans crime, & bienfait sans mérite. Réception d'un maître boucher. Inutilité de la science, pour être élu. Pour être ministre, c'est à peu-près de même.

XX. Vengeance de Bersault sur un curé. Les deux moines dans sa maison. Ridiculité des moines de parler toujours par nous.

Confession du Chien, p. 135.

XXI. Il est rare de trouver un moment où une femme obéisse. Grande dissertation sur l'excellence de ce livre. Conte du paysan de la Rochelle qu'on menoit pendre. Propos d'un homme à pendre & d'un bourreau. L'éloge du livre continue. Réponse d'un chirurgien à un moine, qui le voyoit embrasser la statue de Charles VIII. Les prédicateurs sont faits pour tout savoir. Origine du proverbe, avoir le boudin par le nez. Trois choses ne veulent être pressées. Dans le pays de madame, il y a d'honnêtes maisons où les gens s'ébaudissent avec les dames. Pourquoi on appelle une femme vesse. Pourquoi les femmes ne prient pas les hommes. Conte du cordonnier & de la chambriere. Ce que c'est que le sotier de Genêve.

Conte du cordonnier & de la chambriere, p. 153.

XXII. Conte des génitoires noires. Délicatesse dans la maniere de faire des confitures. Qui est le meilleur, ou l'ame d'un solliciteur, ou l'épaule d'un procureur. Faute dans Virgile, d'avoir dit audaces. Obstination d'une femme. Invention du célibat.

Conte des génitoires noires, p. 156.

XXIII. Preuve du libertinage des femmes, quand elles parlent aux prêtres. Cas de conscience d'une femme qui refusoit sa bouche, parce que cette bouche avoit juré fidélité à son mari. Observation à faire, quand on passe devant la porte d'une putain.

XXIV. Histoire du pendu de Douai. Suite de propos sans suite, & de mots plaisans. La bonne fortune de Colette. Bon mot d'un maréchal.

Le Pendu de Douai, p. 166.

La bonne fortune de Colette, p. 170.

XXV. Homme difficile à guérir. Conte du lendemain des nôces.

XXVI. Pourquoi les prêtres excommunient leurs femmes au memento.

XXVII. Prudence d'un homme sur le compte de sa femme. Une prise sur le fait de boire à la cave, quand elle s'en défendoit à table. On cherche la raison pourquoi il y a tant d'ivrognes & de putains. Effets singuliers qu'avoit fait un sermon sur une servante.

XXVIII. Femme dupée par Jean Tenon. Maniere de faire des cendres à peu de frais. Les quatre Saints Jean du calendrier. Un chaudronnier pris pour le diable.

Conte de Jean Tenon, p. 181.

Le chaudronnier pris pour le diable, p. 184.

XXIX. Les noms sont communs. L'auteur s'étend sur la sottise de ceux qui croient toujours se reconnoître dans tout ce qu'ils lisent. Les qualités d'un étron. Ce que c'est qu'un pauvre musicien. Pirrhus prouve clairement que Rabelais a été évêque.

XXX. Satyre contre les nobles & les gentilshommes. Façon de s'exempter des droits du roi. Plaisanterie sur une femme qui rend le pain béni. Question lequel des deux bœufs est le plus gras. Plaisantes réparties. Procès par gestes, entre un homme & sa femme. Thése théologique soutenue par un savant & un menuisier.

Femme qui rend le pain béni, p. 195.

XXXI. Conte de la femme qui a des remords. Médecin diseur de bons mots. Rêverie de Cardan.

XXXII. Quatre noms différens pour signifier une même chose. Plaisante demande d'une femme à l'article de la mort. Un instant, un rien décide de la conversion d'un scélérat, témoin celle d'un sergent. Conte de la femme battue.

XXXIII. Continuation du même conte. Examen de la fortune visible & de l'invisible. La vérole est la visible, & le cocuage l'invisible.

XXXIV. Injustice dans les affaires du monde, d'être obligé de donner de l'argent pour offrir ses services, soit aux femmes, soit aux rois. Véritable nom de l'enfant prodigue. Sortie sur les scrupules, les cas de conscience, & le sujet de ces cas. Le jeu de la courte-paille. Maniere de connoître les hommes & les femmes fideles.

La femme battue, p. 208.

Le jeu de la courte-paille, p. 216.

XXXV. Cette nouvelle expérience donne grande force à la conversation de part & d'autre. Quatre lettres, auxquelles on donneroit réponse favorable, suffiroient pour faire la fortune d'un simple prêtre. Conte de la femme bercée. Bon remede qu'on devroit plus mettre en pratique; on en seroit plus tranquille. Le grand secret de la composition de ce livre, est ici dévoilé. Rêves de deux gentilshommes, dont l'un gâte ses affaires par trop de zele de son valet.

Conte de la femme bercée, p. 220.

XXXVI. Nouvelle tirade contre les prêtres & les moines. Conte de la bouteille d'osier. Mots ridicules, & chansons grotesquement prononcées. Nécessité de prier Dieu démontrée. Secret de faire vingt paires de souliers en une heure.

XXXVII. Demandes faites à des femmes d'apoticaires. Un docteur d'Oxfort demande à entrer pour se décider s'il se fera huguenot ou catholique.

XXXVIII. Seconde Satyre contre la maniere de recevoir que pratiquent les Espagnols. Conte du jardinier & de sa femme. Eloge des chanoines aux dépens des cordeliers. Conte du faiseur d'enfans. La conversation s'anime poétiquement, & chacun y fourre son quatrain. Tour d'une marchande qui gausse ceux qui la vouloient gausser. Origine de la façon de se torcher le cul avec du papier blanc.

Le jardinier & sa femme, p. 239.

Le faiseur d'enfans, p. 242.

XXXIX. Le conte de la religieuse à qui on montre la musique. Moment où une fille serre les mains de plaisir de voir; que feroit-elle du plaisir de sentir? Ce que c'est que la messe paresse. Pourquoi tout homme de femme qui pete est heureux. Il y a vin mâle & femelle. Choses dont il faut se servir sans le sentir. Le jeu de gripeminaut. Pendu qui n'appelloit pas de sa sentence, mais en appelloit de ce qu'on le condamnoit à une amende. Sort des valets de chambre. Réflexion d'un libraire à l'article de la mort.

XL. Le poëte Beze rentre, & avec Æneas Sylvius il fait toutes sortes de contes. Laquais adroit à donner un verre de vin à son maître. Description d'une tapisserie. Visite rendue à monsieur de Vendôme, & quelques naïvetés. Maniere de dire la messe très-promptement. Secouer le prunier, devinez ce que c'est.

XLI. Dernier effort que font les convives: & réflexion de quelqu'un sur l'essentielle efficacité de ce merveilleux livre du MOYEN DE PARVENIR.

LE
MOYEN
DE
PARVENIR.

Leçon.

I. Il n'y a rien tel que faire bonne chere, besogner un peu, & avoir de l'argent. Voilà, le sage Ulisse préféroit la cuisine au nectar & à l'ambroisie de la belle Calipso. Aussi, que diable servent tant de vétilles? Il n'est que de faire grand-chere, & se réjouir; c'est vivre cela: &, n'en déplaise à ces couillasses de prédicateurs, qui se crévent tous les jours de la semaine, pour jeûner la nuit, comme bons catholiques, lequel vaut mieux crever de graisse ou sécher de pauvreté? C'est ce que me disoit mon compere Bagautier, qui avoit la vérole: autant vaut pourir sur terre, qu'en terre, & puis qu'on a un jouet, que Dieu a donné pour s'ébattre, que si cela ne se faisoit, on troubleroit toutes les fusées du grand dévidoir du destin.

César. Je ne sais quel petit semblant; mais jamais je ne fus sur aucune pour néant.

Herodote. Ne le prenez pas là pour néant; c'est-à-dire, un coup, & puis plus. Cela vaut autant qu'à coupe-cul. Il m'en avint ainsi, quand je donnai une chaîne d'or à la belle Drogueuse; qui la prit, & me fit passer une nuit avec elle joyeusement. Depuis, quand j'y voulus aller, ne me connut plus. Elle est de celles qui le veulent faire sans péché & scandale. On ne s'apperçut jamais pour un coup. Un refus à un, qui l'a fait une fois, est le corrigement de toutes les autres; & afin que vous ne me gaussiez, je vous déduirai mon aventure de cette-ci. Un meûnier avoit une belle femme; elle se nommoit Denise, aimoit mieux chauffer son cas, que brûler sa chemise: & puis on dit que je radote, ramenant les vieux proverbes.

Erasme. Mais comment diriez-vous en un mot, une femme qui se chauffe, & a un chat entre les jambes ou sous ses robes?

Hérodote. C'est consumis. Et s'il n'y avoit point de chat, ce seroit convoitison. Or vous qui en savez tant, dites-moi en grec ou en latin, c'est tout un, comment vous diriez en un mot un homme qui n'a point d'argent, qui en voudroit bien avoir, qui en feroit grand-chere.

Erasme. Voilà bien des paroles, ô, ho, a, ha; il ne faut que dire: ego; parguoi, vous vous y entendez, comme un aveugle à tirer des cirons. Mais revenons un peu à cette meûniere.

Hérodote. Le curé présente donc son service d'amour à Denise; & elle le refuse tout sec, d'autant qu'elle n'étoit pas encore saoule de son mari. Il la presse, & continue importunément sa recherche, parce qu'en usage de prêtre, il ne faut que pousser & s'encrucher.

Cusa. Je pense que tu as été prêtre, ou moine, pour autant que tu les déprises ainsi; & que tu ne saurois tant de leurs affaires.

Hérodote. Oui, j'étois le nourricier de leur cul, je lui baillois de la bouillie, & ce qui me demeuroit aux doigts, je le vous faisois lécher. Denise fâchée, & aussi importunée qu'une garce qui a deux maîtres d'ordinaire, lesquels sont comme les bouchers de notre pays, qui sont deux à une bête, dit à son mari que ce prêtre la requeroit de lui faire tout ainsi qu'il lui faisoit, quand ils s'ébattoient pour s'endormir. Le mari y ayant pensé, & s'estimant trop homme de bien, pour n'être point cocu, jugea qu'il le falloit être à profit; & qu'aussi bien ne pouvoit-il faillir que cela n'avînt, ou pour néant, ou à son désavantage, ainsi qu'ordinairement il échet à vous autres messieurs. Ne voulant donc demeurer à l'être, comme une pauvre sorte de marauds qui n'ont point d'amis, lui dit qu'il falloit y aviser, & que si ce curé lui vouloit donner ses quatre septiers de froment, qu'il avoit eu de son gros de saint Maurice d'Angers, (qui est le fils de celui de Tours, à ce qu'on m'a dit) qu'elle ne feroit point mal d'y entendre. Ma mie, il fait bon gagner quelque chose, cette année que tout est si retiré: une nuit n'est pas tant, il y en a plus que de semaines. De par dieu, soit. Il est bonne personne; il n'en sera que plus gentil, & nous en aimera mieux; il nous confessera pour rien; fait bon épargner. Il n'est si bel argent qui ne s'en aille. J'irai aux champs; & tu lui donneras une assignation. Une fois n'est pas tant, pour avoir du bled; s'il le veut, il aura du plaisir; mais il le paiera. Est-ce pas raison? Promets-lui; mais n'y faudroit pas retourner. Pour une nuit, passe; tu auras eu autant de bon tems, tandis que je m'épargnerai pour une autre fois; aussi-bien me faut-il un peu reposer; mais n'y faudroit pas retourner. O! mon ami, j'aimerois mieux être tombée sur la pointe d'un oreiller, & m'être rompu le cou sans me faire mal, saine & sauve soit la compagnie, que d'y avoir pensé. Le complot pris, Denise attendit le curé, qui ne faillit à venir encore pour tendre ses gluaux. Ainsi qu'il est à deviser avec elle sur le sujet d'enfiler des perles, elle lui dit: en da vere, vous causez assez, vous autres prêtres, & voulez avoir ébat; mais vous ne voulez rien donner. O, ho! & ne tient-il qu'à cela? Demande-moi tout ce que tu voudras; tout ce que j'ai est à toi, mon connaud; dis-moi ce que tu veux. Mon mignon, j'ai un mari fâcheux; & il me gronde, parce que j'avons faute de bled. Donnez-moi vos quatre septiers de froment; & venez coucher avec moi, quand vous voudrez, pourvu que mon mari soit allé aux champs. Il pourra bien y aller ce soir; attendez & revenez après vêpres, & je vous le dirai; si d'aventure vous ne le voyez passer sur son grand mulet. Le curé sortit. Le mari, tout averti, monte sur son mulet; il passa, sur la soirée, par devant le presbitere, où le curé le guettoit à passer. Il fut bien aise, & lui dit: où allez-vous compere? Je m'en vais à cinq lieues d'ici quérir du bled, monsieur le curé. Dieu vous conduise, mon compere. Adieu, monsieur le curé; & d'aller; & le curé de venir au moulin, d'où l'autre âne fut envoyé au presbitere quérir le bled. Cependant le chapon rôtissoit. Le curé, qui tant avoit ouï dire de tours faits aux autres, se voulut assurer & en prendre une poignée sur la mine, avant que de se coucher; ce qu'il fit gracieusement, forçant la meûniere, en dépit qu'elle le vouloit bien. Puis ils souperent, puis ils se coucherent, puis s'embrasserent, & puis ils firent la belle joie, & de ce qu'il peut: on ne fait pas ce qu'on veut. Il s'ébatit à bon escient pour son bled; & sans apostrophe, avec plénitude d'efficace réelle. Et boute, mon ami, boute; tout ce bon bled passera bien par une trémie. Il est vrai qu'elle n'osoit y prendre autant de plaisir qu'avec son mari, de peur de le faire cocu, & qu'elle prît goût au revas-y. Voilà comment elle étoit forcée.

Le bon homme. Elle l'étoit, comme celle qui fit mettre en prison messire Ambroise; lequel, à ce qu'elle disoit, l'avoit forcée; mais achevez ce curé.

César. Laissez-le un peu faire à son aise.

Superstition.

II. Le bon homme. Vous savez que ceux qui sont en prison, sont instruits par les autres, ainsi que le fut cettui-ci, qui, étant amené devant l'official, fut interrogé en la présence de la fille. Venez ça, mon ami. Connoissez-vous pas bien cette fille-là? Oui, monsieur. L'aimez-vous pas bien? Oui, monsieur. L'avez-vous baisée quelquefois? Oui, monsieur. L'avez-vous quelquefois poussée, pour vous accoupler avec elle? Oui, monsieur; mais elle remuoit & tempêtoit, se trémoussant si fort, que je ne sais si j'ai mis dedans ou dehors? Elle va répliquer: hélas! monsieur, le grand menteur! Je ne remuois pas, par mananda, non plus qu'une pauvre piece de bois. O, ho, dit le compagnon, je ne vous ai donc pas prise par force? Que fait notre curé.

Hérodote. Laissez-le moudre son bled. Il fait possible, comme le jardinier qui trouva sa maîtresse endormie, une jambe en bas & l'autre sur le lit. Il leve sa robe, pour voir si elle faisoit semblant, puis la cotte, puis la chemise; & lors il vit le but d'amour, aussi prêt à s'émouvoir qu'une rose fraîche: il y fiche sa fleche; & comme il poussoit trop fort, elle s'éveilla, & le voyant, lui dit: qui vous a fait si hardi? Je m'ôterai, s'il vous plaît, madame. Je ne vous dis pas cela, vous êtes un sot; je vous demande qui vous a fait si hardi?

Gratian. Ce mot de sot est fâcheux, si est-ce que le chevalier de Brin l'endura bien de mademoiselle de Morfaut, qui, sur les discours qu'ils tenoient à l'usage de chevalerie Maltoise, lui demanda: or ça, mon gentilhomme, en bonne foi, voudriez-vous pas bien m'avoir besognée? Oui vraiment, madame; & ne vous en déplaise, je voudrois bien vous avoir embrassée amoureusement, homocentriquement & résolutivement. Allez, vous êtes un sot, le plaisir seroit passé; pour être content, il voudroit mieux me le faire.

Hérodote. Comme possible fait notre nouveau meûnier. Faisons-le lever: il est trop aise. Si-tôt qu'il fut debout, il s'en va chez lui, la queue entre les jambes, honteux comme un coq plumé tout vif. Quelques jours pensant à ses évacuations de la premiere, seconde & troisieme figure.

Néron. Il étoit aussi étonné que le conseiller de Blois, à qui sa femme demandoit une robe: vraiment, ma mie, je ne le vous fais coup qui ne me coûte plus de dix écus. Et certes voire, faites le tant qu'il ne vous revienne qu'à un douzain; il ne tiendra pas à moi, si vous pouvez, que vous ne me deviez du reste.

Hérodote. Le meûnier revenu, vit bled, dont il fut content; mais il dit à sa femme qu'elle n'y retournât plus, à peine d'avoir le cou rompu. (Ainsi la nécessité fait faire des choses qu'il faut quitter, quand on a ce qu'on demande.) Mon ami, je l'entends ainsi; je ne ferai jamais que ce qu'il vous plaira. Or bien n'en parlons plus. Deux ou trois jours après que le meûnier étoit aux champs, le curé vint voir Denise, & se mit à la caresser & baiser. Laissez-moi, monsieur le curé; si mon mari venoit, il nous feroit méchef. Quoi! je vous ai bien fait tout ce que j'ai voulu; & vous faites la revêche? Quoi! votre cas est-il plus cher ou plus sage que l'autre jour? Voyez, monsieur le curé, je n'en ferai rien; il est résolu: ce qui est fait est fait; & rien n'aurez davantage, y fussiez-vous d'ici à cent ans. Pour le moins, baisez-moi, ma mignonne. Que vous êtes importun! Il la baisa, il la tâta au tetin, il mit la main sous sa cotte, il veut prendre le chose; elle l'empêche, & fit trop la courroucée & pleureuse. Comme il veut prendre le calendrier historial, pour marquer le nombre: hélas! que voulez-vous faire? Si mon mari venoit, je serois perdue. Laisse-moi, je te prie; je ne te ferai pas plus de mal, que je fis l'autre nuit. Que tu es fâcheuse! Et pourquoi non? Pour un petit coup, comme l'autrefois. Si mon mari venoit? Il ne viendra pas. C'est tout un; je n'en ferai jamais rien; il ne l'a pas dit. Or ça, laissez-moi; ôtez-vous. Quoi! à tout sans revenir? Oui. Pour le moins, pour lui dire adieu; puisque tu es si mauvaise, que je voie ton chose. Vous ne m'importunerez plus, si je vous le montre? Non, je t'assure, & je te le jure, foi de consistoire. Cela promis, elle se retrousse, & lui montre son chose; ce qu'ayant vu, il se signa, en s'écriant: ô quel grenier, où j'ai mis mon bled!

Galien. Elle ne fit pas comme la femme du grand Pierre de Barace, qui me trompa. Nous parlions de faire le petit verminage, & de voir les pieces; sur quoi elle me dit: si vous me vouliez donner un teston, je vous monterois mon con. J'y allois à la bonne foi, & mis la piece d'argent en main tierce; & elle monta sur un coffre: or ça, je vous ai dit que je le monterois. Je ne le vois pas. Je ne vous ai pas dit que vous le verriez, ou que je le montrerois, mais monterois: allez étudier.

Aristote. Or réfléchissons sur ces moult beaux adages & rencontremens: c'est donc du fait de ce meûnier qu'est procédé le proverbe pour ceux qui ont dépendu de l'argent, ou bien pour tels pertuis: il a mis son bled au grenier au prêtre.

Crespin. L'âne & le meûnier sont relatifs.

Cedrenus. Il faut ici mettre l'âne du peintre.

Glycas. Ayez patience; nous voulions donner à boire à ce curé; puis l'âne viendra son petit train.

Thême.

III. Un ministre avoit une piece de bon vin, qu'il gardoit aux bonnes bouches. Il avint qu'il en voulut avoir, pour envoyer à un sien ami; & il descendit lui-même avec la chambriere, pour faire emplir la bouteille; mais il n'y avoit pas d'ordre: il étoit trop bas. (Il eût eu besoin de priere, comme la bonne femme qui prioit dieu que hausse qui baisse, & que baisse qui hausse: hausse qui baisse, étoit pour son vin; & baisse qui hausse pour son lard, qui étoit pendu au plancher, qui haussoit, plus on en prenoit.) Le ministre n'étoit point content que son vin fût diminué sans s'en être senti. Comme il s'en tourmentoit, la chambriere disoit: il faut qu'il s'en soit allé par quelque part. Et elle faisoit l'empêchée de regarder par-tout; puis elle s'avisa de monter sur le tonneau, pour voir s'il n'y auroit point quelque fente derriere. Etant dessus, & se baissant la tête, voilà ses robes qui se renversent sur son échine, chemise aussi; & son maître qui tenoit la chandelle, va voir la grande essoine qu'elle avoit entre les cuisses. Elle faisoit si beau jeu, qu'on l'eût vu jusqu'à l'herbier. Allons, allons, dit-il, ôtez-vous de-là; l'ai vu la fente par où mon vin a coulé.

Cedrenus. Vous aviez cela à dire, pendant que je faisois paître mon âne.

These.

IV. Un viel peintre avoit une femme jeune, belle & jolie, dont il étoit fortement jaloux, ainsi qu'il est séant à tel âge. Cette jeune femme faisoit semblant de n'y penser pas. Toutefois elle n'étoit point contente de ce que son mari ne tiroit pas si souvent au naturel, qu'elle eût désiré: à quoi elle pourvut au moyen & aide d'un jeune peintre, en quoi elle se gouvernoit tant simplement & faisant la chatemite, qu'il sembloit qu'elle n'y touchât pas. Même elle portoit un semblant tant nice & honteux, qu'elle faisoit presque difficulté de regarder l'endroit de la braguette, & eût fait conscience d'ouïr parler un homme. Toutefois cela n'effaça point l'ombrage de son mari, qui, ayant affaire aux champs pour quelque temps, sur le point qu'il falloit partir, ne pouvant plus s'en excuser, étant necessaire qu'il y allât, avoit fort mal à la tête. (Les dames de Touraine font distinction entre mal & douleur de tête. Mal, c'est quand il est comme de ce peintre; douleur, quand le sens triste l'occupe. Quand donc l'opinion cornue est en la tête, c'est mal; & cela fait ainsi, à ce que m'a conté le sire André T. comme quand une dent perce; c'est que, la corne perçant, cela fait mal.) Etant le peintre sur la conclusion de son partement, il dit à sa femme: ma mie, je vous aime beaucoup; mais je désire de vous quelque chose, qui me fera assurance de votre honnêteté. Mon ami, tout ce qui vous plaira; je ne vous ai jamais refusé de rien, ni ne ferai. Sur cet accord, & lui ayant dit son intention, sur la peau de son ventre, où elle est plus licée & polie, il y peint un âne, puis s'en alla. Il ne fut pas gueres loin, que le compagnon ne vînt voir la belle, & garder le corps de cette femme, à laquelle il savona bien & beau les fauxbourgs des fesses. Comme elle sentit le proche retour de son mari, elle avisa son ami de cet âne, qui, y regardant, le vit tout effacé, excepté la tête & les jambes. Hélas! que ferai-je, dit-elle? Ne vous souciez; je les racoûtrerai bien. Ce qu'il fit, & le vêtit d'un petit joli bât tout neuf, si que le voilà joyeux près la pâture vitale, & étoit si bien qu'il n'y manquoit que la parole. Le mari revenu, fut reçu, avec une douce liesse & bonne chere, comme le bien aimé, à force accollées & baisers mignons. Sur le soir, en devisant, il s'avisa: Eh bien ma mie, notre âne? Mon ami, je n'ai point pensé à lui; je ne sais comment il se porte. Il leve la chemise de sa femme, & le regarde. A, ha, dit-il, en grande admiration, voilà bien mon âne; mais au grand diable soit qui me l'a bâté. Depuis, pour parler en paroles couvertes, on a dit: bâter l'âne, pour signifier faire, verminer, besogner, &c.

Antiphon. Les filles de notre pays disant en paroles couvertes, parlent bien autrement, témoin la fille de chambre de mademoiselle de la Forest, femme d'un conseiller. Un paysan lui apporta un lievre, qu'il mit, en l'absence de monsieur, ès mains de la fille de chambre nommée Andrée, laquelle il prie affectueusement de le présenter à monsieur, & lui recommander son procès, dont il étoit rapporteur, & qu'il avoit nom le Vit. (Une dame ne fit pas, un jour, difficulté de le nommer. Je lui faisois je ne sais quelle petite haire; & elle me vouloit dire: vous faites bien les trois lettres, S, o, t, sot; elle brocha des babines, elle me dit: vous faites bien des trois lettres, V, i, t, vit.

Leon l'Hébreu. Et ma cousine Esther, qui avoit nommé son cela naturellement, me répondit naïvement. O ma mignonne! lui dis-je, qu'avez-vous dit? Vraiment, mon cœur, dit-elle, je n'ai pas dit con).

Antiphon. Durant le dîner, Andrée s'avisa de son message, & dit: à propos, monsieur, il est venu ici un homme qui vous a apporté un grand lievre. Où est-il? Je le vais quérir. Le voilà. Vraiment il est beau; il le faut mettre en pâte. Monsieur, il vous recommande ses affaires, ce pauvre homme. Comment a-t-il nom! Je ne l'oserois dire; il est trop sale. Si vous ne le dites, je ne saurai qui m'aura donné ce lievre. Ardez, monsieur, vous savez bien qui il est; je n'oserois dire ce nom-là, il est trop sale. Mademoiselle lui dit: dites-le en paroles couvertes. Bien donc, Monsieur, il a nom comme cela avec quoi on fout.

Munster. D'un âne vous êtes venu à un lievre, je crois que c'est à cause des oreilles; à raison de quoi, pour le mettre en cosmographie, je vous dis que je ne vis oncques âne plus joli, que celui d'un apothicaire de Tours. Son maître même m'en a assuré, nous en faisant le discours ainsi. J'ai l'âne le meilleur du monde: même il est si naturel, qu'il me sent d'une demi-lieue.

Chapitre.

V. Vous me faites souvenir d'un voyage que nous fîmes en Espaigne; l'année que l'empereur devint fou. Je pense qu'Espaigne, c'est-à-dire, Espargne, i, pour r, comme il est écrit ès prologues des institutions de droit. Etant avec ces magnifiques, ils nous fêtoyerent aussi magnifiquement, & le tout de paroles. Je ne vis jamais tant de beaux banquets de paraphrases; les paroles y étoient apprêtées en toutes sortes; il y en avoit de couvertes en mode de pâtés de venaison; il y en avoit de rassises, pour manger avec du pain frais: le menu étoit de ces petites paroles, syllabes & lettres que l'on mange en poésie & en prose. Certainement ils nous en firent bonne chere: mais cela pourtant nous passoit apostrophiquement par la bouche. Les confitures & le dessert étoient révérences: & pour la bonne bouche, nous eûmes le mot de guet, & le mot pour rire. Voilà comment nous fûmes traités, avec belle eau fraîche, si nous en voulions. Cela étoit mal au ventre. (Ils ne nous traiterent pas, comme le mercier de Loches faisoit sa femme. Sa mere lui dit: mon ami, traitez-là bien doucement. Vraiment il le faisoit; il lui bailloit des oussemens. Ainsi les sages-femmes l'entendent, quand elles disent aux premieres grosses des autres: consolez-vous, ma mie, il en sortira plus doucement qu'il n'y a entré.) Or, nous fûmes bien arrivés auprès de la bonne eau d'Espaigne. Vraiment, si jamais je refais ma cosmographie, je ferai telle description de ce pays là, que l'on croira aisément que les peuples y sont enragés.

Apicius. Mais à propos d'eau, quand un homme entre où l'on dîne, lequel est le plus excellent, si on lui présente de l'eau ou du vin!

Le bon homme. C'est à ce coup, que l'on connoîtra vos bons esprits. O la belle proposition! ô le beau problême notable, qui fut débattu au concile des trois dixaines! Or boivez, pour décider cette affaire.

Apicius. Quant à moi, pour le premier j'en dirai ma ratelée, & ce d'autant que j'ai un beau nom. Et pour vous amuser un peu, qui sont les deux noms les forts délicats; nous n'avions garde d'avoir plus mauvais à un homme? Vous êtes quinaux; vous êtes quarante fesses. C'est Guillaume & Gautier, parce que l'on dit aux gens de nôces; venez, mes amis; mais ne m'amenez ni Gautier, ni Guillaume. En avez-vous? Or, quand j'irai où l'on dîne, je serai bien aise que l'on me présente de l'eau. L'eau, en ce temps là, c'est le juste & parfait symbole d'honneur & de profit à venir; c'est signe qu'il se faut laver, & se mettre le plus près de la table que l'on pourra, & sur-tout vers le milieu. Le vin a sa vérité quant & soi; c'est fait, il ne prophétise rien: l'eau prophétise le dîner; le vin, ayant été présenté & pris, signifie, boivez, & vous en allez. Ainsi, par l'eau, est représentée la jouissance future, & abondance; par ce peu de vin, est montrée une dayée de commodité qui se passe vîte. Ainsi l'eau présentée, alors représente le mystere dînatoire; & le vin dit congé. On baille de l'eau pour disposer l'appétit, non pas seulement pour laver les mains; aussi qu'en est-il besoin? Il ne faudroit, si cela étoit nécessaire, mouiller seulement que le bout des doigts; on ne met pas la soupe dans le creux de la main: ce lavement est donc pour exciter l'appétit; la main est la figure du foie, son rapport unique & formel, laquelle mouillée donne au foie une vertu cuisante. Voyez, je vous prie, les poissonnieres, lesquelles pour avoir toujours la main en l'eau & le feu au cul ont les joues vermeilles; elles sont gaillardes, aiment le bon vin, toujours étant en appétit. Voilà des points secrets de la très-profonde sagesse.

Diogenes. Que males mules aient ces philosophes foireux qui ne font qu'ânonner: je les envoierai à mon métayer & à ses gens. Il y a plus de mille ans que le conte en est fait; mais on l'a mal retenu. La fille de ce métayer apporta des prunes à notre femme, qui lui dit: il n'en falloit point, ma mie. C'est votre gresse, mademoiselle; prenez-les, s'il vous plaît; aussi-bien nos pourceaux n'en veulent point. L'après-dînée, celle de chez nous rencontra la mere de cette fille, à laquelle elle dit ce que sa fille lui avoit dit. Ardez, répondit-elle, mademoiselle, elle dit vrai; ces méchans pourceaux aiment mieux manger la merde. Sur le soir, je rencontre le bon homme, auquel je conte le tout. Pardé, monsieur, dit-il, ce sont bêtes: leur bouche est en paroles aussi honnêtes que le trou de mon cul.

Antiphon. Appelez-vous cela des paroles couvertes? Je crois qu'il les faut servir à couvert, de peur qu'elles ne s'éventent.

Diogenes. Si vous avez peur qu'elles s'éventent, avalez-les vîtement, & faites comme en Italie, baillez-leur du plat de la langue.

Horace. Si j'eusse su cela, j'eusse bu, & eusse pris congé.

Quintilien. Comme quoi? Est-ce selon que le prononça le president Gascon? L'appellant voyant sa partie ne comparoître pas, demanda congé: je demande congé, messieurs. Le président ayant recueilli le conseil, chacun ayant dit: congé; il prononça: qu'il s'en aille. Il y eut un chaste abbé qui l'alla voir, & lui présenta son frere, lui disant: monsieur, je vous supplie de faire cette faveur à mon frere, de le tenir pour votre serviteur. Quoi! faveur! dit-il; je ne fais point de faveur; je fais justice.

Laertius. Je me souviens qu'étant à Paris, chez un conseiller, j'ouis un bon apophthegme. Il y avoit un bon paysan, qui avoit gagné son procès, & étoit allé parler à son procureur, qui lui avoit donné avis d'aller voir ce conseiller qui avoit été rapporteur, afin qu'il le remerciât. Ce bon homme allant, pensoit en lui-même, que possible il lui faudroit encore donner quelque chose: toutefois il s'assura qu'il auroit tant de conscience, qu'il ne lui demanderoit plus rien, vu que pour payer les épices, il avoit même été contraint de vendre sa vache, seul reste de son bien. Le pauvre homme vint saluer monsieur son rapporteur, qui lui dit: mon ami, je vous sais bon gré de m'être venu voir; je prends plaisir à m'employer pour les gens de bien; remerciez dieu, que vous ayez eu tel qui vous a conservé votre droit. Or il y avoit en la même salle un peintre qui faisoit une chasse en un paysage, où il y avoit plusieurs sortes d'animaux, que ce paysan se mit à regarder. Le conseiller lui dit: que regardez-vous-là, bonhomme? Je regarde si entre tant de bêtes qu'on vous donne, ou qu'on emploie pour vous apporter de l'argent, je ne verrai point ma vache; au moins que la moitié y fût, parce que vous l'avez bien eue & davantage. Ainsi que Laërtius parloit, voilà que la petite chienne de madame, qui demandoit à manger, aboie & le fâche: il étoit assez près, & lui cria: paix, petite vilaine, petite putain; voyez-vous un peu que cette petite vesse fait de bruit! Ce que voyant notre curé, va dire: je m'ébahis que ce philosophe n'a honte de donner le nom d'une personne, & le surnom d'une chrétienne à une chienne. C'étoit lui, qui, prêchant; disoit: enfans, apprenez la patenostre & l'ave à vos peres & meres. Il étoit des enfans de Moulins, auxquels on frotte le cas de beurre, quand ils sont malades. La fille d'un marchand de Lyon, qui s'étoit retirée à Genève, de peur de jeûner en carême, en fut punie, d'autant que, mangeant d'une bonne truite, une arête lui demeura en la gorge: hélas! elle étoit fille unique, uniquement aimée. On courut aux remedes. Médecins, chirurgiens, apothicaires, alquemistes, empiriques, sorciers, charlatans, secrétaires & bimblotiers de drogues furent appellés; mais on n'y pouvoit remédier. Déjà l'arête, ainsi passée, l'ulcéroit; & y avoit crainte qu'elle n'en mourût avec douleurs. Il passa par-là un vieil homme, qui, ayant ouï le bruit & la pitié, fut ému de compassion; il entra en la salle, fit faire un grand feu, & fit apporter une livre de beurre; puis, ayant fait sortir tout le monde, prit cette fille sur ses genoux, s'étant assis comme une nourrice, & lui montra le cul au feu, lequel muni de deux belles grosses fesses rebondies, il graissoit de ce beurre. L'opération en fut merveilleuse, d'autant qu'aussi-tôt l'arête fut avalée, & la fille guérie; & hoc certo certius.

Marot. Je ne sais pourquoi vous nous dites cela; vous ne faites que nous mettre en goût.

Consistoire.

VI. J'aimerois mieux dépuceler une gueuse, que d'avoir le reste d'un roi: toutefois, à cause de ce que ce jaseur vient de dire, je suis tout dégoûté. Cela m'a fait souvenir que je n'ai point d'appétit.

Louvet. Pargoi, mon ami, si tu es tant dégoûté, je te prie & conseille de te faire procureur, & alors tu mangeras à toutes mains jusques aux os.

Marot. Je pourrois manger autant que douze, que je ne m'engraisserois pas.

Louvet. Vraiement, tu n'as garde: comment engraisserois-tu, vu que tu chies tout ce que tu as mangé? A cela, va dire un chien couchant de léchefritte: quelle prodigieuse invention!

Marot. Qu'est-ce là? Quel animal nouveau?

Louvet. C'est un moine de cuisine; aliàs un boute-cul, qui va dire qu'ordinairement on chie au prix que l'on mange.

Le bon homme. Que vous êtes sale! Laissez ces paroles. Vraiment, si j'eusse été le maître, vous n'en eussiez pas ainsi dit; & en ai laissé passer, parce que je m'amusois à faire mon état, qui est de considérer vos actions.

Ciceron. Ne vous trompez pas, monsieur mon ami; les paroles ne sont point sales; il n'y a que l'intelligence. Quand vous orez une parole, recevez-là, & la portez à une belle intelligence; & lors elle sera belle, nette & pure. Mais cela fâche les oreilles? Si les oreilles étoient pures & nettes, cela ne les incommoderoit point. Un étron incommode-t-il le soleil, bien que ses rayons s'y jettent? Sachez aussi, mon pere se puisse tuer, que, si on ôtoit ces paroles d'ici, ce banquet seroit imparfait. Seriez-vous bien aise que l'on vous ôtât le cul, parce qu'il est puant, & ce jusqu'à la mort? Vous seriez un bel homme sans cul! Il faut suivre nature; ainsi notre discours le suit. Et, si vous vous scandalisez, oyez une prophétie que j'ai apprise dans l'abbaye des grottes de Memphis. «Moines, Prêtres, ministres, &c. présidens, conseillers, avocats, &c. marchands, ouvriers, artisans, &c. de quelqu'état, qualité & condition qu'ils soient, qui diront mal des mémoires du Moyen de parvenir, seront atteints & convaincus de tous crimes que la sottise embrasse, que l'imprudence couve, & l'hipocrisie nourrit, &c.» Avez-vous ouï cela? Si vous oyez un mot qui vous fâche, dites que vous ne l'entendez pas, ainsi que je l'enseigne aux sages filles de la cour. Ma mie, si vous oyez parler de ceci ou cela, ou de ficher sans pic, dites que vous n'y entendez rien, & n'en faites aucun semblant; d'autant, que si vous vous fâchez, quand on dira des paroles de fouaillerie, on dira que vous les entendrez, ce qui seroit honteux. Avez-vous ouï, encore un coup, monsieur mon ami. Or donc, soyez sage, & faites votre état.

Hérodote. J'y suimes. Il étoit un beau barbier.

César. Pourquoi dit-on glorieux barbier?

Hérodote. Parce qu'il vous coupera bien le poil du cul, sans en être honteux.

Diogenes. Et si je n'avois point de poil au cul?

Hérodote. Tu serois comme les femmes.

Diogenes. Et dà, pourquoi? Est-ce que les femmes n'ont point de poil au cul?

Hérodote. Grosse pécore, grand âne que tu es, fils d'un coq de Ludonnois, ne sais-tu pas: fronte capillata est, sed post occasio calva. En voilà la raison. Il faut que je fasse le prêcheur, que j'interprete mon latin: c'est parce que la fortune a du poil au front; c'est là où il faut la prendre: entre les deux gros orteils des femmes, il faut se prendre là, parce qu'il n'y a point de poil derriere.

Madame. Là, là, à ce barbier.

Hérodote. Par mon serment, sans jurer, je pense que je l'oubliois, tant vous êtes folle. Ce barbier aimoit très-ardemment une sienne voisine, femme d'un mercier: & avoit le mot du guet avec elle: il ne falloit que trouver le moyen & l'occasion: (voilà adapter les mots, je parle aux doctes; il n'y a gens qui soient moins cocus que merciers demeurant en boutique; parce que toujours leurs femmes sont présentes, & ils leur sont présens.

Uldric. Mais, encore avant que passer outre, monsieur le notaire, je vous demande, pourquoi est ce qu'on se marie?

Archimede. Or regardez, je vous le dirai sur ces quatre doigts, ayant le pouce en la main. Le premier doigt, qui est index, nota; on se marie pour avoir une femme. Le second, pour avoir de l'argent. Le troisieme, pour avoir du plaisir. Le petit doigt, pour avoir des enfans: aussi est-ce là que les Gyptiens & les Bomians les trouvent marqués. Or çà, mon frere, regarde les deux doigts du milieu, & les vois baissés: c'est signe que le plaisir se passe, l'argent s'en va. Vois ces deux doigts restés de bout; ils signifient que la femme & les enfans demeurent avec droit de brancards.)

Hérodote. Et voilà donc l'usage auquel est sujet, comme tout autre marié, ce mercier, la femme duquel desiroit avidement l'accointance du chirurgien son voisin; mais on ne pouvoit y trouver ordre. Ils s'aviserent en parlant à la boutique, les étoffes les séparant, & exécuterent leur dessein. Voilà ma commere la merciere, qui fait la malade; elle plaint sa tête; elle fait semblant d'avoir des soulevemens de cœur: le mari, tout étonné, envoie querir maître Pierre; aussi-tôt qu'il est venu, il la visite. O mes amis, dit-il, & vous, mon compere, parlant au mari, voilà ma commere qui est bien malade; c'est la contagion: mais il y a moyen. Çà un peu de vinaigre; vous avez bien fait de venir au devant; si vous eussiez tardé, il n'y eût plus eu de moyen. Çà, venez ici, apportez cela; ici du feu; là une écuelle; de l'eau, du linge, fermez ces huis un peu; là, parlez bas; des ciseaux; je suis tout étourdi, tant j'ai hâte. Ainsi faisant l'empêché, il fait un emplâtre fort léger, & dit au mercier: mon compere, il faut que vous mettiez cet emplâtre sur le bout de votre membre viril: & que vous le poussiez dans la nature de votre femme. Quoi! dit le mari, faites votre état, maître Pierre. Mais c'est votre femme. Faites votre état, mon ami. A donc le barbier mit l'emplâtre sur le bout de son inconvénient, & le porta à la ruelle du lit; mais quand ce fut à ficher, il ôta le linge poissé, qu'il pausichonna en sa pochette; & mit maître cas dans la belouse, autrement dit, le trou de service, frais, vif & en bon point: & ainsi guérit madame la merciere; & qu'ainsi en puisse prendre à toutes celles qui le desirent.

Committimus.

VII. Il en prit autrement à un petit barbier de Vendôme. Monsieur le médecin Taillerie, menoit en pratique ce petit chirurgien; & parce qu'il avoit long temps à être chez la noblesse ou il alloit, monsieur le médecin, jà vieillard, menoit sa femme qui étoit encore jeune, que le barbier accompagnoit en trousse. Etant en chemin, le médecin demanda au barbier comme se portoit sa femme. Vraiement, dit il, monsieur, il faut qu'elle se porte bien, si elle veut; d'autant que je l'ai approvisionnée six bons coups, cette nuit, sans ce qui s'est fait depuis. Cela leur servit de risée, tant qu'ils furent arrivés à la noblesse, où ils alloient. Le soir, chacun étant retiré, le médecin devisant avec sa femme: laquelle lui avoit entamé le propos de ce jeune barbier, lui demandant, possible en songeant à ce qu'il avoit dit tantôt, pourquoi il s'en servoit plutôt que d'un autre. Ma mie, ce dit-il, je me sers de lui, parce que je desire qu'il ait sa vie toute gagnée, d'autant qu'il n'a plus que deux ans ou environ à travailler, à cause qu'il paroîtra tout ladre. Cette réponse fut cause, que la demoiselle s'en dégoûta. Comme ils s'en retournoient, le médecin gaussa sa femme; & ainsi qu'ils furent en un carroi, où il y a de grand arbres, il lui dit: ma mie, mettez pied à terre; je vous veux baiser entre cul & con. Mon ami, dit-elle vous êtes fâcheux. Non suis; le pied à terre, je le veux. Etant à bas tous deux, il la prend & la baisa en la bouche, comme au jour de leur nôces; puis elle dit: pourquoi me disiez-vous cela? Parce que je l'ai fait; ne vous ais-je pas baisée? Oui. Ha! ma mie, voilà un ruisseau qui se nomme cul, & celui-là con; nous sommes entre-deux. Ainsi, beaux esprits, voilà de belles paroles; elles sont claires comme eau.

Mahomet. Comment voudriez-vous faire entre con & cul une muraille seche?

Cesar. Je ne sais.

Mahomet. Il faudroit boire l'eau, & manger le mortier: achevez.

L'autre. Etant de retour de fortune, mademoiselle du médecin se trouvant chez une commere; (c'est-là où on cause) vint qu'on parla de maître Claude ce barbier. Vraiment, dit cette demoiselle, je suis marrie de son inconvénient, il sera ladre dans deux ans; mon mari me l'a dit. Cela alla de bouche en bouche, ou de couche en couche, tellement que le barbier le sut, qui, tout scandalisé, vint trouver monsieur le docteur, auquel il fit sa plainte, & demanda s'il l'avoit dit, & pourquoi. Parce qu'il ne faut pas, vous qui êtes jeune, que vous parliez devant ma femme, en ma présence, de le faire six coups; & soyez sage.

Beroaltus. Je connois ce barbier, il est honnête homme: il a fessé un chien; il est Gascon & a demeuré à Tours chez un de nos amis. Vraiment il fit un jour un trait notable. Une femme d'honneur étoit malade, & il falloit, au carême, avoir dispense, pour lui faire manger des viandes qui sont interdites en saint temps.

Aristote. (Mais la cause pourquoi la chair terrestre est-elle plutôt défendue que l'aquatique?

Pythagoras. Mais aussi vous dirai-je, un étron est-ce chair ou poisson?

Aristote. Il y faudroit goûter: & puis vous sauriez que tandis qu'il a le sens chaud, il sera chair; s'il l'a froid, il sera poisson & vous en soulez. Ce n'est pas cela. Répondez au prêtre: je vous dirai: c'est parce que la chair fout, & on seroit fou toujours, & le poisson fraie.

Neron. Voilà de belles raisons. J'aimerois autant celles de Jannotin, qui dit: qu'il faudroit être sergent pour aller en paradis, d'autant que les sergens vont devant: da, da. Il est bon, s'il n'y avoit que les gens de justice qui allassent en paradis. Et c'est le contraire, & je l'ai vu en la danse macabrée de Fubourg, où les présidens, conseillers, avocats, procureurs & clercs, sont par les sergens conduits en enfer, & t'en guette).

Beroaltus. Or vela beau cauré? laissez-les dire: j'acheverai mon discours. Maître Pierre le Grand, petit barbier de Tours, avoit chez lui ce compagnon qui se tenoit fidélement à la boutique. Ainsi qu'il fut avisé: ce maître eut un certificat du médecin, afin que l'official ou grand vicaire: (au diable soient-ils, si je me souviens auquel il faut avoir recours, si d'aventure on ne joue deux personnages comme le maréchal de Ballan, qui étoit notaire & aussi barbier, & quand on le demandoit, il disoit: me voulez-vous pour ferrer, ou barber, ou écrire, ou ajourner, parce que depuis il fut sergent.) Le certificat fait par le médecin, le chirurgien le porte chez lui, & dit à son homme: va faire signer cela à monsieur l'Official. Le garçon ouit de biais, & pensoit que le maître eût dit: va faire une saignée chez monsieur l'official. Il prend son manteau & ses outils, & y va. Il heurte à la porte, & le neveu de monsieur lui vint ouvrir, auquel il demanda comment se portoit monsieur. Il se porte fort bien. Si est-ce qu'il y a ici quelqu'un malade, que mon maître m'a envoyé saigner, en voilà l'ordonnance. Le neveu, fort suffisant vit le papier, & ne pouvant rien connoître, pour faire le savant, dit: il faut que ce soit pour moi, d'autant que je suis morfondu; venez & entrez. Ce qu'il fit & le saigna bien & beau. Je m'ébahis qu'il n'en fût mal, mais dieu fut aide aux innocens, & puis la risée lui racoutra le foie. Si le valet fut trompé, le maître le fut aussi. Il vit un vieil paysan, qui se plaignoit d'une douleur en la joue. O, lui dit-il, viens, je la guérirai, je t'arracherai la dent qui te fait mal. Pargoi, vous ne sauriez. Pardienne, si ferai. Je gage demi écu que non. Le voilà: je gage que si, or allons. Quand ils furent en la boutique, & que le patient fut sur la chaire, le barbier se met à regarder en sa bouche, & n'y trouva aucune dent. Et qu'est-ce que cela? C'est que j'ai gagné, dit le pied-gris. Il y a plus de trente ans que je n'ai pas une dent; & dis que tu en as, soulier à belles oreilles.

Ciceron. Je vous reprends, vous jurez. Etes-vous des consuls de Tours?

Beoraltus. Que voulez-vous dire des consuls de Tours?

Ciceron. Rien que bien, sinon que mon compere le sire François, je ne dirai pas son surnom, étant consul, condamna un marchand. Le marchand lui dit: par dieu, vous n'avez pas bien jugé. Le consul lui dit: vous payerez l'amende, par dieu, vous avez juré. Et vous aussi, dit l'autre. Ha! dit le consul: tenez, greffier, voilà mon amende, recevez la sienne.

Arnobe. Cela est aussi bon que le fait de monsieur de Césarée, évêque portatif, qui faisoit sa visite par le diocese d'un qui l'en avoit prié, & où il avoit autrefois tenu les ordres. Il se trouva qu'il interrogea un prêtre qu'il trouva ignorant. O! dit-il, gros bedier, âne que tu es, qui t'a fait prêtre? Qui est le veau d'évêque qui t'a conféré cet ordre? C'est vous, monsieur. Par dépit, bédier, je paierai cent sols d'amende; & toi, dix francs. Mon secrétaire, faites vous payer.

Aristote. Si c'étoit à moi, je corrigerois bien tous ces abus-là.

Alexandre. O! oui, vous êtes brave correcteur, comme celui des bons hommes; corrector à corrigendo.

Le bon homme. En ma conscience, je le crois; ils s'arrousent bien le cœur; je pensois que cela fût hors du monde.