II
M. Ferdinand Fabre a, le premier, tenté une étude sincère, large, approfondie, de cette intéressante classe d'hommes. Il se trouvait dans les meilleures conditions pour affronter une si difficile entreprise. A-t-il traversé le grand séminaire? je l'ignore. Mais il a passé son enfance chez un curé de campagne et il a dû continuer un certain temps à voir des prêtres: on sent qu'il connaît ce monde à fond et qu'il l'a observé de près et à loisir. Il est respectueux, sérieux, équitable. On sent dans la curiosité de son observation une très réelle sympathie. Je ne crois pas qu'un prêtre intelligent trouve rien de choquant dans les Courbezon et dans Mon oncle Célestin, sinon l'idée même de faire des romans sur les prêtres. Et il pourrait fort bien être édifié par endroits, car rien dans ces livres ne laisse voir que l'auteur n'est plus un croyant, si ce n'est l'exactitude et la franchise de l'observation.
Préparé comme il l'était, doué d'ailleurs d'un talent dont la force et l'austérité convenaient à ce genre de sujets, M. Ferdinand Fabre a pu écrire des romans de mœurs cléricales d'une valeur éminente, et dont quelques-uns sont bien près d'être des chefs-d'œuvre.
D'abord il a su placer ses personnages dans leur milieu, créer autour d'eux comme une atmosphère ecclésiastique. On entre, en le lisant, dans un monde absolument nouveau: on est vraiment dépaysé. Les détails précis abondent sur l'organisation de ce monde singulier, sur sa hiérarchie, ses règles, ses usages, même sur sa garde-robe; et ces détails viennent naturellement, au courant de récits ou de conversations. M. Fabre se souvient d'une langue qu'il a sue, voilà tout. Et l'on assiste à des messes, à des pèlerinages, à des conférences ecclésiastiques; on comprend que monsieur le curé-doyen de Bédarieux est un personnage et aussi monsieur l'archiprêtre de la cathédrale; et l'on conçoit tout ce qu'il y a dans ce mot: «Monseigneur». Et le langage que parlent tous ces hommes graves n'est pas non plus celui des laïques. Ils sont, à l'ordinaire, infiniment polis; car la politesse leur est recommandée dès le séminaire comme une vertu chrétienne et comme une arme défensive: elle est pour eux une des formes de la charité, une expression de leur respect pour les âmes, et un rempart où ils se retranchent contre les familiarités et les indiscrétions. Mais, de plus, M. Fabre met communément dans leur bouche les formules de la phraséologie religieuse, auxquelles s'ajoutent, dès que la situation devient dramatique, toutes celles de la rhétorique profane. C'est qu'en effet les gens du clergé donnent assez volontiers dans l'élocution oratoire, arrondie et pompeuse. Ce style leur paraît être en harmonie avec la dignité de leur fonction; et ils en ont, au surplus, souvent besoin, ayant à enseigner nombre de vérités indémontrables et qui, par suite, ne sauraient être développées que par des procédés oratoires. En réalité, M. Ferdinand Fabre fait quelquefois parler ses personnages comme ils écriraient, en style de mandement; mais cette convention, si c'en est une, est des plus efficaces pour l'effet général de ses peintures. Ajoutez que, par un hasard heureux, M. Fabre, étant Méridional, prodigue, même dans les dialogues familiers, le passé défini. L'abus qu'il fait de ce temps, qui est, à Paris et dans tout le centre, un temps littéraire, contribue encore à donner aux discours de ses prêtres quelque chose de solennel et de tendu. Ainsi pas une phrase qui ne sente en plein l'église; pas une qui ne porte la soutane. Ces romans sur les curés semblent écrits par un curé: c'est merveilleux.
Et M. Fabre a su peindre aussi les âmes, avec des vertus et des passions qui sont bien des passions et des vertus de prêtres. Parmi tant de belles et vivantes figures ecclésiastiques, je n'en prendrai que quatre: du côté des saints, l'abbé Courbezon et l'abbé Célestin; du côté des ambitieux et des violents, l'abbé Capdepont et l'abbé Jourfier.
III
L'abbé Courbezon est un Vincent de Paul absolument dénué de sens pratique. Je rappelle en deux mots son histoire. Partout où il a été curé, il s'est lancé dans de telles entreprises, écoles, hospices, orphelinats, que tout le bien de sa mère y a passé, et il s'est mis dans de tels embarras d'argent que son évêque, après l'avoir quelque temps suspendu de ses fonctions, l'a relégué à Saint-Xist, un village perdu dans la montagne. Il arrive là avec sa vieille mère et commence par recueillir chez lui une pauvresse et sa bande d'enfants. Il a pour voisine une sainte fille, Sévéraguette, orpheline et riche. Sévéraguette regarnit la bourse de monsieur le curé sans qu'il s'en doute, et bientôt le pauvre desservant est repris par sa manie de bâtisse: il rêve d'une école de Sœurs. Il s'ouvre à Sévéraguette de ce désir secret et, après quelque résistance, accepte l'aide de la bonne fille. Mais Sévéraguette a deux amoureux, Fumat et Pancol; et, comme ce ne sont pas des paysans de bergerie, Pancol, une belle nuit, se débarrasse de Pumat; peu après, voyant les écus de Sévéraguette fondre à la cure, il guette un soir le curé et s'apprête à l'envoyer rejoindre Fumat; mais le pauvre saint homme, qui a le poing lourd, assomme son agresseur en se défendant. L'abbé Courbezon, déjà malade, ne survit que quelques jours à cette aventure et meurt en montant à l'autel.
On sait que ce roman a commencé la réputation de M. Ferdinand Fabre. Il a beaucoup de charme et de puissance. Vous y trouverez, à côté de scènes d'une violence sauvage (peut-être même l'auteur a-t-il forcé le contraste: Pancol et la vieille Pancole sont d'horribles fauves), d'autres scènes d'une douceur, d'une simplicité, d'une piété exquises. La Sévéraguette, la Courbezonne et le curé sont délicieux; le livre est par endroits tout parfumé de prière et tout embaumé de charité, et cela n'a rien de fade et cela fait songer au Vicaire de Vakefield: mais ce clergyman n'est qu'un très digne homme; l'abbé Courbezon est un prêtre et un saint.
De là les caractères particuliers de sa charité. Un philosophe donne, comme don Juan, pour l'amour de l'humanité. S'il est d'un cœur tendre et ardent, il peut se sacrifier, mais non pas sans réserve, et il ne sacrifie pas les autres. Mais le premier effet de la foi et de la profession de l'abbé Courbezon, c'est le dévouement complet, l'abandon entier de sa personne. Il donne tout, il se dépouille à chaque instant, il vit de rien; qu'est-ce que le corps, cette guenille de péché? Au reste, garder quelque chose pour soi serait douter de Dieu et n'observer qu'à demi son commandement. Le second effet, c'est la subordination de certains devoirs humains au devoir religieux et supérieur, un penchant à attendre ou même à exiger des autres ce dont on est capable soi-même, à les sacrifier avec soi, fût-ce un peu malgré eux, à l'œuvre de Dieu, qui prime tout. Ce saint n'hésite pas, pour secourir les pauvres, à réduire à la pauvreté la vieillesse de sa mère. Ce quelque chose d'impérieux, de tyrannique sous la mansuétude extérieure, cette absence de certains scrupules dans l'accomplissement de la tâche imposée par Dieu est bien encore d'une âme sacerdotale.
Une autre particularité, c'est l'imprudence et l'imprévoyance, on dirait presque l'ignorance de la vie réelle et de ses conditions, assez commune en effet chez les prêtres très saints. C'est que ni leur éducation ni leurs préoccupations habituelles ne sont bien propres à leur faire connaître le train du monde; puis, leur confiance en Dieu est absolue, et elle ne peut être absolue que si elle est folle, si elle trouve le miracle chose naturelle.—Une dernière marque enfin, c'est que cette charité sans bornes est pourtant une charité catholique, pour qui les hommes sont frères moins par une communauté de destinée et une solidarité d'intérêt que parce qu'ils ont été rachetés tous par le Christ; et cette charité n'a point pour véritable but le soulagement de la souffrance, mais elle poursuit, par le bien qu'elle fait aux corps, la conversion des âmes. Certes, l'abbé Courbezon se dépouille souvent sans arrière-pensée, par le mouvement irrésistible de son grand cœur; mais cependant c'est surtout de fondations religieuses qu'il rêve.
Il est bien vivant du reste, encore qu'il puisse passer pour le type même de la charité sacerdotale. Il a sa grosse face couturée de petite vérole, sa carrure de paysan, ses yeux à fleur de tête, ses gestes de fou et de rêveur quand ses grands projets le ressaisissent. Et quelle bonne joie naïve quand il peut enfin dresser ses plans, mesurer le terrain, planter ses jalons et embaucher ses ouvriers!
IV
Si l'abbé Courbezon est le héros de la charité, c'est plutôt la naïveté qui est la marque de l'abbé Célestin, une naïveté de prêtre, à la fois presque enfantine et un peu solennelle. L'éducation et la profession ecclésiastiques développent chez certaines âmes une extraordinaire candeur. Un bon prêtre ne saurait être un raffiné. L'idée très simple et toute grossière que le dogme catholique lui donne du monde, partagé en deux camps, n'est pas pour le pousser à l'étude ni à l'analyse des dessous de la réalité. S'il est curé de campagne, le confessionnal même et les péchés peu compliqués de ses ouailles ne lui apprendront pas grand'chose. Puis le scepticisme, le sens critique, le sentiment du ridicule, l'ironie, qui vient du diable, sont tout ce qu'il y a de plus opposé à l'esprit de sa profession. Un bon prêtre a l'âme simple, prend tout au sérieux et fait tout sérieusement. Son «détachement» surnaturel n'a rien de commun avec les «airs détachés» d'un homme du monde; l'humilité même les lui interdit.
M. Ferdinand Fabre a su placer l'abbé Célestin dans les conditions les plus propres à mettre au jour et à montrer sous toutes ses faces cette délicieuse naïveté ecclésiastique.
L'abbé Célestin, desservant de la paroisse des Aires, atteint de phtisie laryngée et obligé de demander son changement, est envoyé à Lignières-sur-Graveson, dans un climat plus doux. Mais il a pour doyen son ancien condisciple, l'abbé Clochard, qui est devenu son ennemi depuis que l'abbé Célestin, dans un concours ouvert par la Société archéologique, a emporté le prix sur son envieux confrère. Or l'abbé Célestin rencontre à Lignières une fille très pieuse, très pure et très innocente, Marie Galtier, une de ces pastoures à qui la sainte Vierge apparaît quelquefois. Mais ici ce n'est pas de vision qu'il s'agit. Pendant un pèlerinage qu'elle fait avec monsieur le curé, Marie est assaillie et mise à mal par des ermites et par un santi-belli (marchand de statuettes et d'objets de piété), et elle est si parfaitement ignorante qu'elle ne se doute point de ce qui lui est arrivé. «Ils l'ont renversée, dit-elle, et l'ont mordue partout.» Quand elle sait son malheur, elle s'enfuit et parcourt longtemps la montagne. L'abbé Célestin et l'officier de santé Anselme Benoît la retrouvent, une nuit, dans une vieille tour abandonnée. Elle est proche de son terme: le curé la recueille au presbytère, et c'est là qu'elle met son enfant au monde. Mais le haineux Clochard accuse l'abbé Célestin d'avoir fait le mal avec la bergère. Un saint et naïf ermite, ami du curé de Lignières, intercepte, par un zèle aveugle, les lettres qui arrivent de l'évêché: l'abbé Célestin apprend son interdiction avant d'avoir su l'accusation portée contre lui et tombe foudroyé.
Une maladie, un déménagement, un pèlerinage, un acte de charité imprudente et candide, voilà donc toute l'action; mais de quelle adorable façon se révèle l'innocence du bon curé! Les conversations avec Marianne qui ne veut pas qu'il jeûne pendant le carême («Vous avez bien soixante-quatre ans, vous, Marianne, et pourtant vous pratiquez la loi de l'Église dans sa rigueur.—Moi, c'est différent... Si vous l'avez oublié, je suis née à Éric-sous-Caroux, dans une pauvre cabane..., et je ne vous ressemble pas plus...—Marianne, ne vous comparez pas à moi, je ne suis qu'un malheureux pécheur fort en peine de son salut; vous, vous êtes une sainte, et, je vous le dis en vérité, un jour vous verrez Dieu»); le voyage des Aires à Lignières, par la montagne, derrière la voiture de déménagement, un humble exode et qui a pourtant je ne sais quoi, parmi sa simplicité, d'auguste et de biblique; le déjeuner du bon ermite Adon Laborie au presbytère; le pèlerinage de Saint-Fulcran; la joie et l'orgueil du bon vieux prêtre quand son doyen lui permet de dire la messe dans la chapelle miraculeuse..., tout cela est délicieux, d'une franche poésie, familière et pénétrante. Et quelle trouvaille que «ces tasses de M. l'abbé Combescure» qui reviennent régulièrement dans toutes les circonstances solennelles! Voulez-vous un fragment de dialogue qui vous donne le ton et l'accent de cette idylle ecclésiastique?
...Et M. le vicaire Vidalene, auquel, pour obtenir son appui, j'ai rappelé les menus services que je lui rendais au grand séminaire, que pensera-il, lui?...
Mon oncle continua, scandant chaque mot:
—Ce n'est pas mon miroir à barbe seulement que je lui prêtais, mais aussi mes rasoirs, ma savonnette, mon plat et souvent mes livres. Vous savez Marianne, la tache qui est à la page 240 de mon Theologiæ cursus completus? Eh bien, c'est lui qui l'a faite; M. l'abbé Clochard me le dénonça...
Pour comble de naïveté, le bon curé écrit, sur un beau cahier bien relié, une Vie de son patron, le pape Célestin: «Vie de saint Célestin, pape, par l'abbé Célestin, curé-desservant de la paroisse des Aires..., membre correspondant de la Société archéologique de Béziers, auteur d'une notice sur l'Ermitage de saint Michel archange.» Et toujours la mention de ce grand ouvrage revient, comme celle des tasses de M. l'abbé Combescure. Vous reconnaissez là l'espèce ingénue des curés archéologues et écrivains qui, avec les anciens magistrats et les anciens notaires, assurent le recrutement des académies de province. Le prêtre qui écrit sera volontiers archéologue, étant par profession conservateur du passé. Il sera très sensible aux prix académiques, aux récompenses officielles. Vous avez tous rencontré de ces abbés lauréats qui prennent tous les membres de l'Institut au sérieux, enclins à respecter, en littérature comme ailleurs, les jugements qui se formulent par voie d'autorité, d'un amour-propre littéraire très éveillé et à la fois très ingénu, et où se révèle un fond, sinon d'humilité, au moins de docilité chrétienne, de soumission aux puissances constituées,—toutes, et même celles que signalent les palmes vertes, émanant en quelque sorte de Dieu lui-même.
V
Après les humbles, voici venir les orgueilleux. Le prêtre doit à Dieu plus qu'un autre homme et se sent plus qu'un autre sous la main de Dieu; mais en même temps il est ministre de l'Éternel; il est élevé par l'onction sacerdotale fort au-dessus des laïques, même au-dessus des grands de l'esprit et des puissants. En sorte que la conscience qu'il a de cette élection surnaturelle peut également développer en lui, selon son caractère, l'humilité ou l'orgueil. Il arrive même que les deux sentiments se rencontrent chez lui à la fois, et c'est ce qui rend souvent si énigmatique, aux yeux de ceux qui ne sont pas avertis, la conduite de certains «oints du Seigneur» dans les affaires humaines. Mais, dans les âmes où il règne seul, l'orgueil sacerdotal peut devenir formidable et démesuré. Vous trouverez des traces de cet orgueil jusque dans les cantiques du Manuel des catéchismes. Voici ce qu'on chante à une «première messe»:
Venez tomber à ses genoux,
Et devant ce prêtre qui passe,
Anges du ciel, prosternez-vous.
C'est le sentiment qu'exprime, dans le Livre de mon ami, sans l'éprouver assurément dans sa plénitude et même sans savoir exactement ce qu'il dit, le pauvre petit abbé Jubal, récitant ce lieu commun ecclésiastique, que les ministres du Seigneur sont autant au-dessus des ministres des princes que Dieu est au-dessus des plus grands rois.
L'abbé Capdepont est dans les romans de M. Ferdinand Fabre, le représentant le plus farouche—et le plus connu—de cet orgueil sacerdotal qui, chez lui, se complique d'ambition. Car l'ambition est peut-être la passion où les prêtres donnent le plus aisément. Elle a parfois chez eux une intensité extraordinaire et toujours, comme on pense, un caractère particulier.
C'est la grande ambition, celle qui veut agir sur les âmes, les conduire et les dominer. Ce plaisir si rare et si noble, le plus pauvre desservant peut sans doute le goûter; mais on connaît, d'autre part, l'état de sujétion absolue où les prêtres sont tenus par leurs évêques. Lors donc que le désir vient à quelques-uns de secouer ce joug et aussi de goûter dans toute leur étendue ces joies superbes de la domination spirituelle, ce qu'ils voient forcément au fond de leurs rêves ambitieux, c'est l'épiscopat, à moins que ce ne soit la direction de quelque ordre monastique. Ainsi leur passion du pouvoir garde toujours un caractère religieux, car l'épiscopat est la plénitude du sacerdoce. C'est Dieu qui vous y appelle, et c'est répondre à ses desseins que d'y aspirer. Une ambition de cet ordre ne laisse donc le plus souvent ni scrupule ni inquiétude de conscience: en priant Dieu de l'éclairer sur sa vocation épiscopale, le prêtre se convainc presque inévitablement qu'il se conforme, en effet, à la volonté divine. L'histoire nous montre assez quels ambitieux le sacerdoce a produits. C'est qu'il n'est pas de profession où les vues et les passions personnelles paraissent mieux s'identifier avec le dévouement à un intérêt supérieur, à l'intérêt de la cause de Dieu; et de là, chez le prêtre, cette surprenante sécurité morale dans le gouvernement des choses de ce monde et dans les voies qu'il choisit pour y parvenir. Et souvent aussi la passion du pouvoir s'exaspère chez lui par l'absence des autres «divertissements» (pour parler comme Pascal), par les contraintes du célibat. Toutes les énergies du prêtre, refoulées sur d'autres points, se précipitent par la seule issue qui leur reste ouverte.
C'est ce que M. Ferdinand Fabre a nettement vu et ce qu'il a fait très fortement sentir dans son Abbé Tigrane. Que cette ambition, que j'ai tenté de définir, rencontre un tempérament violent et colérique, et vous aurez Rufin Capdepont. On a dit que sa passion du pouvoir n'avait guère les allures d'une passion ecclésiastique; qu'elle était trop fougueuse, imprudente et emportée; qu'il n'est pas vraisemblable qu'un vicaire général laisse dehors, la nuit, devant la porte fermée de la cathédrale, sous le vent et la pluie, le cercueil d'un évêque: l'esprit de corps est si puissant dans le clergé qu'il est infiniment rare que les haines particulières s'y manifestent par des actes capables de compromettre le clergé tout entier, de scandaliser les fidèles et de réjouir les impies; et comme ici la publicité de la vengeance s'aggrave d'une sorte de sacrilège, on peut hardiment contester la vérité de cet épisode si lugubrement dramatique. Il se peut qu'on ait raison sur ce dernier point; mais, au reste, l'impétuosité de Rufin n'exclut point l'habileté. Puis il n'y a pas seulement, dans l'Église, des doux et des patients; Grégoire VII ni Jules II n'ont laissé une réputation de mansuétude, et, de nos jours encore, on a vu des hommes d'Église au nom desquels on avait pris l'habitude d'accoler le mot «fougueux» comme une épithète homérique. Et, quand Rufin serait dans le clergé une figure d'exception, je ne vois pas en quoi il serait moins intéressant.
Il est bien d'un prêtre, en tout cas, ce revirement soudain de l'abbé Tigrane qui, à peine devenu évêque, s'apaise, se fait onctueux, demande pardon et oublie. Sans doute il y a là la détente qui suit l'assouvissement des grandes ambitions, et l'on y peut voir aussi quelque hypocrisie. Mais il y a certainement autre chose encore. L'abbé Capdepont est un bon prêtre, un prêtre croyant: il se sent élu de Dieu, quoiqu'il ait lui-même fortement aidé à l'élection; et, comme l'épiscopat est l'achèvement du sacerdoce et confère un surcroît de grâce, il sent déjà cette grâce en lui, et son âme est transformée du moment qu'elle croit l'être. Son orgueil même n'exclut point, en cet instant, une sorte d'humilité; car, s'il est plus grand devant les hommes, il doit plus à Dieu. Et c'est ainsi que plus tard, devenu archevêque et tout proche du cardinalat, un jour que, dans un accès de délire ambitieux, il hausse son rêve jusqu'à la tiare, nous l'entendons gémir «avec une lueur de bon sens et une profonde humilité»:—«Moi, né dans une hutte au hameau de Harros, je pourrais gravir les marches du trône pontifical!... Moi, pécheur (tu le sais, je péchai souvent en ta présence, Malum coram te feci, comme dit le roi David)...» Le sentiment d'une vie surnaturelle, se mêlant intimement aux passions humaines, produit ainsi chez les prêtres des états d'esprit fort singuliers. Quand, par hasard, ils sont méchants, ils ne le sont peut-être jamais autant qu'ils le paraissent, comme aussi parfois, quand ils sont saints, ils ne sont peut-être pas aussi bons qu'ils en ont l'air. Ils sont à part; ils sont, comme ils s'appellent eux-mêmes, les «hommes de Dieu». L'ensemble d'idées et de sentiments que suppose leur profession agit toujours en eux, fût-ce à leur insu; c'est un élément secret dont il faut toujours tenir compte dans l'appréciation de leurs actes, car il y est toujours présent, même quand ils agissent en apparence comme les autres hommes. Personne assurément n'a mieux démêlé ce mystère que M. Ferdinand Fabre.
VI
Et voilà pourquoi il a su exposer et développer, avec lucidité et avec grandeur, le cas très original d'un prêtre qui n'a pas l'esprit ecclésiastique (Lucifer). L'abbé Jourfier, fils de parlementaire et petit-fils de conventionnel, que ses confrères ont un jour appelé Lucifer à cause de son orgueil laïque et du souci purement humain qu'il prend de sa dignité, est entré dans les ordres avec une grande foi et un grand courage, mais sans avoir senti toutefois cette illumination et cette douceur intérieure qui est le signe de la vocation. Le libéralisme qu'il tient de ses origines le fait gallican et ennemi des ordres religieux. Après une longue lutte contre les moines et contre un évêque qui les soutient par peur, il est lui-même porté à l'épiscopat par la révolution de 1848. Un voyage à Rome lui démontre brutalement qu'il n'y a plus de place dans l'Église pour un homme comme lui et que c'est contre le pape lui-même qu'il s'est insurgé. Dès lors il sent sa foi même crouler et finit par le suicide.
Dans l'admirable conversation de l'évêque Jourfier avec le cardinal Finella (Balzac eût certainement signé ces pages), le subtil cardinal a une réflexion qui éclaire jusqu'au fond le caractère de «Lucifer» et toute cette histoire d'un prêtre qui n'est qu'un honnête homme:
Le ton de votre langage m'épouvante, et c'est moins par sa vivacité, hors de toute mesure, que par un tour trop direct où, passez-moi une expression hasardée, ne sonne pas assez l'âme ecclésiastique. Vous ne parlez pas comme un prêtre, vous parlez comme un laïque. Mon oreille a de singulières finesses pour entendre vibrer Dieu au fond de la voix humaine. Or je trouve que Dieu ne vibre pas au fond de votre voix. L'homme, encore l'homme, toujours l'homme. Si Dieu est votre préoccupation constante—un évêque doit vivre en présence du Seigneur, a écrit saint Cyprien, in conspectu Domini,—obéissez sans discussion, aveuglément, à l'autorité qu'il a placée sur vous.
Qu'est-ce donc que cet esprit laïque ainsi opposé à l'esprit ecclésiastique? C'est, en somme, et si l'on va au fond, la morale naturelle opposée à la morale religieuse; et la raison opposée à la foi. Un honnête homme selon le monde est déjà fort éloigné d'être un vrai catholique. Quelques-uns même des sentiments dont est formée sa vertu sont réprouvés ou suspectés par l'Église: ainsi, dans certains cas, le souci de l'honneur, la tolérance pour les opinions, l'indulgence pour certaines faiblesses. Mais surtout l'indépendance de pensée est un crime. Dans la réalité, cela s'accommode. L'Église souffre ce qu'elle ne peut empêcher: elle consent que les fidèles, qui ne sont que le troupeau, se composent un mélange de morale humaine et de morale chrétienne; elle ne leur demande que d'accepter ses dogmes en bloc et d'observer certaines pratiques. Beaucoup de fidèles sont d'ailleurs des âmes simples, dont la religion est toute de sentiment. Il est des questions que les fidèles écartent, qu'ils ne se posent même pas: la foi d'un grand nombre repose sur des malentendus, ou sur beaucoup d'ignorance et d'irréflexion. Un laïque peut donc, sans trop se damner, n'être au fond qu'un honnête homme. Un prêtre, non: il faut qu'il soit beaucoup plus, ou, si l'on veut, autre chose. L'abbé Jourfier, qui n'a que des vertus humaines, est placé par sa profession dans des circonstances telles qu'il s'aperçoit que ces vertus vont contre les fondements mêmes de la foi, car elles impliquent toutes la confiance aux lumières naturelles et, plus ou moins, l'orgueil de l'esprit (superbia mentis). Or le prêtre peut se permettre un autre orgueil, mais non celui-là. Le jour où l'évêque Jourfier prononce l'oraison funèbre de son grand-père, le conventionnel régicide et déiste, il fait acte d'honnête homme, mais de mauvais prêtre. De même quand il lutte avec tant de fureur contre les congrégations et qu'il proteste contre la tyrannie de Rome. C'est évidemment lui qui a tort. Une religion fondée sur une révélation surnaturelle doit, à mesure que son domaine terrestre s'étend, se résoudre dans l'infaillibilité d'un chef unique, et c'est à cela, en effet, qu'a tendu l'Église à travers les âges. Elle doit être de plus en plus, par la force des choses, une monarchie absolue dans le monde des âmes, une théocratie. En vain Jourfier veut défendre son pouvoir d'évêque contre les émissaires de l'autorité centrale et se réserver quelque liberté dans son for intérieur. Il parle de dignité personnelle; mais «le prêtre est un être qui s'abandonne, se sacrifie, abdique». Il avait cru pouvoir sauver quelque chose de lui-même: laïque, il l'aurait pu; prêtre, membre de l'Église enseignante, il ne le peut pas. L'Église ne demande pas toujours au prêtre le sacrifice de son être tout entier; mais elle peut toujours le lui demander, et surtout elle le lui demande dès qu'il paraît vouloir se reprendre. Jourfier s'en aperçoit peu à peu, et l'histoire de cette douloureuse découverte est tout le roman. Il se convainc qu'un prêtre ne fait pas à l'Église sa part; et dès lors il faut ou qu'il se révolte ou qu'il s'immole. Encore un coup, il est rare que la question se pose avec cette netteté tragique et que l'Église ait l'occasion de revendiquer ses droits sur toute l'âme; mais la question se pose ainsi pour tout prêtre qui réfléchit dès que certaines circonstances mettent en opposition directe ses sentiments naturels et sa foi.
M. Ferdinand Fabre n'a jamais mieux montré ce qu'est un prêtre catholique que dans cette peinture d'un prêtre qui ne l'est pas.
VII
J'aurais voulu vous montrer encore d'autres figures de prêtres: l'abbé Ferrand, le bon théologien; Mgr de Roquebrun, l'évêque gentilhomme; le doux abbé Ternisien, le vieux et timide Clamouse, les trois ravissants vieux chanoines de Lucifer, et Grégoire Phalippou, le moine fondateur d'ordre, et des fanatiques comme la baronne Fuster et le marquis de Pierrerue. Les abbés Courbezon, Célestin, Capdepont et Jourfier m'ont trop retenu, et cependant je n'ai pas tout dit sur eux. C'est un grand signe pour un romancier qu'on puisse s'attarder si longtemps sur chacun de ses personnages et qu'on y sente de tels «dessous». Mais ces prêtres, dont l'intérieur est si intéressant, M. Fabre sait les faire vivre, en outre, d'une vie extérieure, leur donner une physionomie, une allure, nous les faire voir. Et, quant à lui, non seulement il les voit, mais il les voit plus grands que nature; l'intensité du regard qu'il fixe sur eux les gonfle, les rend démesurés; il les admire, il les craint, il les trouve sublimes ou redoutables, il frémit sous leur parole. Il a, au même degré peut-être que Balzac, le don de s'absorber en eux, de s'en éprendre, de s'en émerveiller. Il a, comme le poète de la Comédie humaine, des stupéfactions devant les êtres qu'il crée. De là des outrances et des naïvetés: continuellement il nous avertit que ce que nous voyons ou entendons est terrible, et, comme il le croit, il nous le fait croire. «Tout à coup il eut un soubresaut, et de sa bouche s'échappèrent ces paroles épouvantables.» Ou bien: «On ne saurait croire l'expression de force, de fermeté, que la figurine de ce vieillard de soixante-quinze ans, molle, souriante auparavant, venait de prendre tout à coup.» Et voyez quelle conviction dans cette réflexion candide: «En vérité, l'homme est-il ainsi fait que la passion le puisse ravaler à ce point? Hélas! oui, l'homme est ainsi fait, Rufin Capdepont, plus faible, eût été plus modéré peut-être...» Et quelle pédanterie naïve dans ce tour de phrase: «Sa tête surtout paraissait transfigurée. Certes, c'étaient toujours les belles lignes sculpturales, pleines de noblesse, qui nous ont arrêté dès le commencement de cette étude...»
Cette espèce d'ingénuité s'explique par la vigueur même et la profonde sincérité de la conception. Et c'est aussi pourquoi les héros de M. Fabre s'épanchent avec tant d'abondance et pourquoi ses romans sont presque entièrement en discours. Ce sont des âmes qui débordent. Et le romancier déborde aussi. Il y a dans ses histoires des longueurs, de la diffusion, des redites, des situations répétées, mais toujours de la grandeur et du mouvement. Et le style est touffu, pesant, laborieux, excessif, mais solide aussi, robuste, savoureux et coloré.
Ce qui domine, c'est une impression de force. Et vous la retrouverez, si vous passez des romans ecclésiastiques aux romans campagnards. Les paysages sont rudes, les personnages simples et violents. Les amoureux aiment jusqu'à la folie, jusqu'au meurtre ou au suicide: voyez Pancol, Eran, Félice l'hospitalière. La Pancole, la Galtière, la Combale sont d'épouvantables mégères. Il y a chez Barnabé, cet ermite digne de Rabelais, une magnifique et formidable surabondance de vie animale. Et voici, tout à côté, d'exquises figures: Méniquette et Marie Galtier, d'une pureté de fleurs, pareilles à des bergères de vitraux, à des petites saintes de Puvis de Chavannes, et le neveu de l'abbé Célestin, échappé à travers la grande nature maternelle comme un petit faune en soutanelle rouge, petit faune innocent qui a des pudeurs de petit clerc ou de jeune fille...
Le Chevrier et Barnabé ne sont pas de moindres chefs-d'œuvre que Lucifer ou Mon oncle Célestin. M. Ferdinand Fabre est un peintre incomparable des prêtres et des paysans: s'il tente d'autres peintures, s'il aborde Paris (comme dans certaines pages du Marquis de Pierrerue), il y paraît gauche et emprunté. C'est qu'il a eu deux nourrices: la montagne et l'Église. Il est lui-même un montagnard poète qui a failli être prêtre. Je soupçonne que c'est, au fond, l'amoureux de la nature qui a détourné le lévite; que c'est Cybèle qui l'a enlevé à Dieu. Sans doute il était trop ivre de la beauté de la terre pour devenir le ministre d'une religion qui sépare si absolument Dieu du monde visible. La nature est une grande hérésiarque: elle nie l'indignité de la matière. L'œuvre de M. Ferdinand Fabre n'en reste pas moins «une», car il n'a dit que les sentiments les plus simples—ou les plus sérieux; il n'a peint que les âmes qui suivent le mieux la nature, ou celles qui s'élèvent le plus au-dessus. Il a peu connu les autres, et la vie moderne passerait presque tout entière entre ses pastorales et ses drames cléricaux. Mais cela même n'est-il pas tout à fait particulier et digne d'attention? Pour moi, je ne serais pas étonné que l'œuvre candide, sévère et un peu fruste de ce Balzac du clergé catholique et des paysans primitifs restât comme un des monuments les plus originaux du roman contemporain.
FIN
Sceaux, Imp. Charaire et fils.
NOTES:
[1] Poèmes antiques.—Poèmes tragiques.—Poèmes barbares, Lemerre
[2] M. Sully Prudhomme.
[3] Les Spectres.
[4] Le Runoïa.
[5] La Tristesse du diable.
[6] Le Vent froid de la nuit.
[7] Dies iræ.
[8] Œdipe à Colone.
[9] Polymnie, 46.
[10] Énéide, IX.
[11] Iliade, III.
[12] Hérodote, Polymnie, 47.
[13] Le Massacre de Mona.
[14] Le Barde de Temrah.
[15] Le Massacre de Monah.
[16] Un acte de charité.
[17] Les Ascètes.
[18] L'Agonie d'un saint.
[19] Les Deux glaives.
[20] Le Corbeau.
[21] La Maison du berger.
[22] La Ravine Saint-Gilles.
[23] La Fontaine aux lianes; la Ravine Saint-Gilles; les Éléphants; la Forêt vierge; la Panthère noire; le Jaguar; Midi, etc.
[24] Le Parnasse contemporain, 1866, 1869, 1876 (Lemerre).—Revue des Deux Mondes, 15 mai et 1er novembre 1888.—Véridique histoire de la conquête de la Nouvelle-Espagne, par le capitaine Bernal Diaz del Castillo, traduction, 4 volumes (Lemerre).—Sonnets inédits.
[25] Poèmes dorés; les Noces corinthiennes; les Désirs de Jean Servien, chez Lemerre.
Jocaste et le Chat maigre; le Crime de Sylvestre Bonnard; le Livre de mon ami chez Calmann Lévy.
[26] Le Néo-hellénisme (les Contemporains, première série.)
[27] Victor Hugo, le Pas d'armes du roi Jean.
[28] Deux vol. in-12, par M. E. Deschanel, 1884. Calmann Lévy.
[29] I, p. 5.
[30] Ibid.
[31] I, p. 209.
[32] II, p. 5.
[33] II, p. 173.
[34] II, p. 175.
[35] I, p. 61.
[36] Flaubert, Préface des Poésies de Louis Bouilhet.
[37] Pascal.
[38] I, p. 61.
[39] I, p. 123.
[40] I, p. 20 et suiv.
[41] I, p. 107.
[42] I, p. 109.
[43] I, p. 149.
[44] I, p. 151.
[45] I, p. 175.
[46] I, p. 184.
[47] I, p. 202.
[48] I, p. 257.
[49] I, p. 256.
[50] I, p. 251.
[51] I, pages 317, 327.
[52] II, p. 11.
[53] Iphigénie, II, sc. 1.
[54] 1. Iphigénie, II, sc. 1.
[55] II, p. 121.
[56] II, p. 72.
[57] II, p. 70.
[58] II, p. 189.
[59] II, p. 205.
[60] II, p. 215.
[61] II, p. 226.
[62] II, p. 275.
[63] II, p. 276.
[64] Mithridate, I, sc. 1.
[65] Mithridate, IV, sc. ii.
[66] Préface de Bajazet.
[67] I, p. 115.
[68] Baudelaire, Fleurs du mal.
[69] Ép. à Racine.
[70] Mme de Sévigné.
[71] Louis Racine.
[72] Mme de Sévigné.
[73] Préface de Bérénice.
[74] Maximes de la vie.—Ollendorff.
[75] Essais sur l'histoire de la littérature française (1 vol. Calmann Lévy).—Chroniques dramatiques à la Revue politique et littéraire et au Journal des Débats (1882-1885).
[76] Voy. notamment les articles sur le Roi s'amuse, Fédora, Un roman parisien (de M. Octave Feuillet), la Tour de Nesle, dans la Revue des 4 novembre, 2 et 16 décembre 1882, 10 février 1883.
La Revue des cours littéraires a publié des conférences de M. J.-J. Weiss sur Favart, Piron, Gresset, dans ses numéros des 18 février et 29 avril 1865.
[77] Les Amoureuses.—Lettres de mon moulin.—Contes du lundi.—Tartarin de Tarascon.—Les Femmes d'artistes.—Robert Helmont.—Le Petit Chose.
[78] Le Petit Chose.
[79] Le Petit Chose.
[80] Lettres de mon moulin.
[81] Études et paysages (à la suite de Robert Helmont).
[82] Études et paysages.
[83] Contes du lundi.
[84] Ibid.
[85] Ibid.
[86] Contes du lundi.
[87] Ibid.
[88] Femmes d'artistes.
[89] Contes du lundi.
[90] Idem.
[91] Études et paysages.
[92] Id.
[93] Lettres de mon moulin.
[94] Femmes d'artistes.
[95] Id.
[96] Lettres de mon moulin.
[97] Idem.
[98] Lettres de mon moulin.
[99] Contes du lundi.
[100] Lettres de mon moulin.
[101] Essai sur le goût.
[102] Je ne parle ici que des Contes de M. Alphonse Daudet. Je reprendrai plus tard en la remaniant l'étude que j'ai eu l'occasion d'écrire sur ses romans: j'attendrai pour cela l'apparition du premier roman que M. Daudet publiera.
[103] Julien Savignac, le Chevrier, l'Abbé Tigrane, Mon oncle Célestin, le Roman d'un peintre, le Roi Ramire, Lucifer, Barnabé, chez Charpentier.—Les Courbezon, Mademoiselle de Malavieille, le Marquis de Pierrerue (2 vol.), la Petite Mère (4 vol.), chez Dentu.