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Missions au Sahara, tome 1 cover

Missions au Sahara, tome 1

Chapter 17: CHAPITRE VI
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About This Book

The author presents a synthetic account of multiple expeditions across the northern Sahara, combining field observations, maps, photographs, and bibliographic synthesis to analyze geology, stratigraphy, hydrography and prehistoric ethnography. He distinguishes northern sedimentary terrains from the metamorphic central regions and contrasts Quaternary remnants: incised riverbeds in the north and fossil dunes in the south. Chapters treat place-names and onomastics, a monograph of a former river, and interpretations of stratigraphic architecture, while appendices collect survey, astronomical and topographical data. Photographs and maps accompany the discussion and paleontological material is acknowledged but largely deferred to specialists.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl. XXXVI.

Cliché Gautier

67. — KSAR DE ZERAMRA ; tout petit, on le voit tout entier.

A droite, la Koubba de la photographie 68 (fagots contre le mur).

Cliché Gautier

68. — A ZERAMRA, KOUBBA DU SAINT QUI GARDE LE BOIS A BRÛLER.

On voit des fagots et des souches appuyés au mur.

Ougarta et Zeramra sont au pied de la chaîne d’Ougarta, au contact des grès éodévoniens et des couches mésodévoniennes. Ce contact est aquifère ; les deux palmeraies sont alimentées par de petites sources. Elles le sont maigrement, et les deux ksars sont de bien petites agglomérations humaines. La photographie de Zeramra en rend déjà sensible l’exiguïté, dont les chiffres du recensement permettent de se rendre un compte précis. Zeramra a 50 habitants dont 9 hommes adultes. (Voir pl. XXXVI, phot. 67.)

Ces noms de Zeramra et d’Ougarta qui sont d’usage courant et que les cartes ont fixés, ne sont pourtant que des déformations arabes des véritables noms Berbères, encore en usage et qui sont respectivement Mezremour et Ouggart. Ce dernier d’ailleurs est le même que le nom beaucoup plus connu de Touggourt.

Je ne sais pas si cette coexistence du nom berbère et du nom arabe implique la persistance d’un dialecte berbère dans ces deux petits ksars. En tout cas elle semble indiquer une arabisation plus tardive et plus imparfaite.

Ougarta et Zeramra sont en effet à une assez faible distance de la Saoura, une quarantaine de kilomètres, mais ce sont des kilomètres de reg nu, et qui suffisent à les isoler beaucoup. Ils sont en dehors des routes habituelles, nos patrouilles y sont venues tard et rarement. On s’étonne que des agglomérations aussi faibles aient pu subsister dans une situation aussi dangereuse, aussi en l’air, sur une frontière aussi peu sûre que la marocaine.

Ça n’a été possible naturellement qu’à force d’humilité et de ménagements vis-à-vis des deux partis. Zeramra et Ougarta ne savent pas qui ils doivent redouter le plus des Beraber ou de nous et se comportent en conséquence.

A fortiori peut-on en dire autant de Tabelbalet qui est beaucoup plus éloigné, et sur lequel nos renseignements sont très lacunaires.

On sait que l’oasis contient trois ksars, et qu’elle est importante ; qu’il y existe une petite zaouia.

On se rend assez bien compte des conditions de la culture. La nappe d’eau est à fleur de sol, dans les hauts de cet oued Tabelbalet, qu’on suit tout le long de l’erg er Raoui.

A Ougarta, où la prononciation a chance d’être plus correcte qu’à Beni Abbès, on prononce Belbala, par suppression des T initial et final — de même qu’on dit indifféremment au lieu de Tafilalet, Tafilala, d’où on tire l’adjectif filali. Et que les noms d’origine berbère soient restés ainsi un mot vivant, séparable en ses éléments grammaticaux, on serait tenté de croire que cela suppose chez les indigènes une familiarité avec la grammaire berbère.

Pourtant on vient d’apprendre, d’une façon incontestable, que l’idiome propre de Tabelbalet est entièrement original, il n’est ni arabe ni berbère ! L’assertion est tellement extraordinaire qu’on se hâte de la placer sous la haute autorité de M. R. Basset. L’éminent arabisant et berbérisant a entre les mains un vocabulaire de Tabelbalet, recueilli par un officier. Il n’a pas encore eu le temps d’en faire une étude détaillée ; mais il croit avoir affaire à un sabir où les mots sonr’aï sont particulièrement nombreux. Cet îlot de langue soudanaise à proximité du Maroc est inattendu, quoiqu’on ait déjà signalé au Touat un sabir analogue. Il semble, il est vrai, que Tabelbalet, aujourd’hui en pleine décadence, ait été un grand marché d’esclaves ou un relais important de négrier. Il jalonne aujourd’hui, comme point stratégique important, la route du Tafilalet au Touat celle des rezzous et des harkas. L’oasis est d’ailleurs sous le patronage des Aït R’ebbach. Les bandes de Beraber qui à différentes reprises sont venues nous inquiéter aux oasis y ont toutes fait étape ; depuis la première qui a donné l’assaut à Timmimoun jusqu’à la dernière, qui a enlevé les chameaux au pâturage d’Haci R’zel et qui a été surprise au retour par le maghzen de Beni Abbès à Noukhila, dans l’oued Tabelbalet. Nous hésitons à fermer aux razzias cette porte d’entrée en occupant l’oasis, parce que si près du Tafilalet on craint apparemment d’être entraîné plus loin qu’on ne le voudrait ; et ici donc, sur un petit point, nous saisissons sur le fait ce que les frontières entre pays organisés et pays barbares ont de nécessairement phagédéniques.

Les précieuses notes manuscrites, au poste de Beni Abbès, ne contiennent pas d’étude sur l’organisation politique et municipale.

On se rend compte seulement que les ksars ont une organisation démocratique, la djemaa y concentre l’autorité. Chez les nomades au contraire, et dans les zaouias, la plus grande part d’autorité revient en pratique à des familles ou à des personnages influents.

Les notes manuscrites nous apprennent qu’il y a dans chaque ksar un impôt et un seul ; celui qui doit permettre de subvenir aux besoins des hôtes et des pauvres. Dans ce but tout individu valide doit fournir une guessaa d’orge et quelques poignées de blé ; les propriétaires de palmiers doivent une mesure déterminée de dattes par groupes de cent palmiers (cette unité d’imposition — les cent palmiers — porte le nom de mezrag). Il y a dans chaque ksar une chambre commune où on emmagasine le produit de cet impôt en nature pour y puiser le jour du besoin.

Auprès du ksar de Zeramra se dresse un tombeau de saint, aux murailles duquel sont accotés des fagots. C’est la provision de bois individuelle des habitants ; chacun y dépose la sienne parce qu’elle y est en parfaite sécurité ; nul n’oserait en dérober un brin ; elle est protégée efficacement par la crainte de ce saint particulier ; car ce ne sont pas tous les saints en général qui ont le privilège de veiller sur le bois à brûler. (Voir pl. XXXVI, phot. 67 et 68.)

Voilà donc un pays où la police est exercée par un tombeau, et où le seul service public organisé est celui de l’assistance publique. Ce sont deux détails charmants et touchants, et qui évoquent une Salente. Si d’une vieille société défunte, dans quelques lignes de fastes dépareillés, ces deux seules institutions avaient survécu, et qu’on voulût à l’aide de ces fossiles uniques reconstituer tout le corps social, on serait conduit à imaginer un peuple idéalement doux et heureux, incarnation d’un rêve philanthropique. Elles font partie intégrante de la société la plus violente et la plus misérable qui soit.

A Ougarta, les ksouriens invités à augmenter le débit de leurs sources par un récurage facile, et dont ils reconnaissaient l’urgence, suppliaient qu’on leur en donnât l’ordre, dût-on même n’en pas surveiller l’exécution ; n’y ayant pas chez eux d’autorité d’où pût émaner cette chose qui nous paraît si simple, un ordre administratif. Curieux exemple d’imbécillité, d’aboulie sociale.

Les notes manuscrites donnent de curieux détails sur l’irrigation à Beni Abbès, c’est-à-dire sur l’organisation de ce qui est la base unique de la vie économique.

La grande source a un débit de 15 à 18 litres à la seconde ; il faut y ajouter le débit, insignifiant il est vrai, de neuf petites foggaras.

Cette masse d’eau est divisée en 41 parts, chacune d’un jour ou d’une nuit. Ce nombre étant impair, ceux qui à la première tournée ont eu l’eau de jour se trouvent à la seconde l’avoir de nuit et vice versa.

Chaque part d’arrosage (journée ou nuit) est divisée en cinq redjala (pluriel de radjel). — Et chaque radjel est divisé lui-même en soixante habbas.

Prix courant du radjel : 200 francs ; de la habba : 3 fr. 33.

Il existe un répartiteur, qui s’appelle habbar, et qui est établi près de la mosquée. Il mesure le temps au moyen du vase de cuivre percé d’un trou qui est d’un usage courant à Figuig et ailleurs sous le nom de karrouba, et qui porte ici le nom de tsirira, un sablier d’eau, à cela près que l’eau entre goutte à goutte dans le récipient tandis que le sable fuit grain à grain de notre sablier. La tsirira est un bateau troué qu’on fait flotter sur un baquet et qui coule en un temps donné. En été on compte 18 tsirira de jour et 13 de nuit. En hiver c’est l’inverse. La tsirira s’emplit donc 31 fois en vingt-quatre heures, ce qui fait l’unité de temps équivalente à 46 minutes 27 secondes.

Le répartiteur chargé de la tsirira réunit par la partie supérieure autant de feuilles de palmier qu’il y a de propriétaires ayant droit à l’eau dans la journée ou dans la nuit, et à chaque tsirira il fait un nœud à une feuille. Dès qu’il y a à la feuille autant de nœuds qu’il revient de tsiriras au propriétaire, le successeur de celui-ci, qui assiste à l’opération, sort en courant du ksar et crie à son métayer ou à son esclave, posté dans le jardin, d’y mettre l’eau.

La plus grande latitude est laissée aux propriétaires pour se céder la totalité ou une partie de leur eau, ou pour changer de tour de répartition.

La source étant située à quinze cents mètres environ de Beni Abbès l’eau est amenée au moyen d’une séguia (canal à ciel ouvert). La séguia vient-elle à se rompre hommes et femmes se précipitent pour le réparer sur l’ordre de la djemaa. S’il y a dépense on la répartit au prorata des droits de chacun.

Dans l’organisation vermoulue des oasis, la réglementation traditionnelle de l’irrigation est apparemment ce qu’il y a de plus solide et de plus respecté.

D’après Demontès[159] on a recensé dans l’annexe de Beni Abbès 6469 habitants. Toute cette population parle arabe, exclusivement, à partir de Beni Abbès, encore bien que les noms des ksars attestent un vieux fonds berbère (Tametert, Timr’arin, etc.). Le long de l’oued quand on vient du nord Mazzer est le dernier ksar où le berbère se soit conservé.

[137]Se reporter à la carte en couleurs hors texte.

[138]Flamand, Aperçu général sur la géologie, etc., du bassin de l’oued Saoura. Extrait des Documents pour servir à l’étude du Nord-Ouest Africain, par Lamartinière et Lacroix, p. 37, etc.

[139]Voir carte Prudhomme. La montagne de sel a été vue, je crois, par M. le capitaine Dinaux.

[140]Notons cependant l’existence, dans le laboratoire de géologie de la Sorbonne, de clyménies envoyées par M. le lieutenant Bavière ; elles proviennent, sauf erreur peu vraisemblable d’étiquette, de deux points appelés Bou Maoud et Dkhissa, qu’on trouvera sur la carte à l’intérieur de la chaîne. La présence en ces deux points du dévonien supérieur est donc à peu près certaine. Ces clyménies, d’après M. Haug, n’appartiennent pas au même étage que celles de Beni Abbès. Il est évident que la chaîne d’Ougarta apparaîtra beaucoup moins simple à mesure qu’on la connaîtra mieux.

[141]Est-ce un mot berbère ? faut-il le rapprocher du mot arabe qui signifie noir ? la chaîne noire de Tabelbalet ? la première hypothèse est de beaucoup la plus vraisemblable.

[142]A proximité de Beni Abbès, il y a là une question assez simple qui pourrait tenter un officier du poste.

[143]M. le lieutenant Bavière a envoyé à la Sorbonne des clyménies qui proviennent, sauf erreur, d’Ougarta et de Zeramra. La présence en ces points du dévonien supérieur n’a certainement rien de surprenant. Mais ces gisements de clyménies, que je n’ai pas vus, sont nécessairement distincts des gisements à orthocères. Les schistes marneux et les calcaires dans la sebkha d’Ougarta me paraissent au contraire très susceptibles, d’après le facies, de contenir des clyménies, quoique je n’en ai pas trouvé une seule.

[144]Voir Ém. Haug, Sur deux horizons à Céphalopodes du Dévonien supérieur dans le Sahara Oranais (C. R. Ac. Sc., 6 juillet 1903).

[145]Haci Touil signifie « le puits profond ».

[146]Voir appendice VII (analyse du minerai).

[148]Notes manuscrites qui m’ont été communiquées au poste de Beni Abbès par M. le capitaine Martin.

[149]Communication orale du Père de Foucault, le célèbre voyageur au Maroc.

[150]On sait que Nazaréen est la traduction littérale de Nsara.

[151]Faidherbe, Langues sénégalaises, wolof, arabe, hassania, etc. Paris, 1887.

[152]Les Touaregs du Niger portent ce nom de Gourdana ; ce sont, je crois, les nègres qui le leur donnent en langue Sonr’aï. Y a-t-il là autre chose qu’une simple coïncidence ?

[153]Bulletin du Comité de l’Afrique française, supplément du 15 janvier 1905.

[154]Voir là-dessus : Doutté, La Géographie, 1903, I, p. 185 et suiv.

[155]Depont et Coppollani, Les Confréries religieuses musulmanes, p. 501.

[156]Bulletin de la Société de Géographie d’Alger, 1904, p. 331.

[157]De Foucault mentionne un usage analogue. « La debiha est l’acte par lequel on se place sous la protection perpétuelle d’un homme ou d’une tribu. Cette expression a pour origine l’ancien usage, qui n’est suivi aujourd’hui qu’en circonstances graves, d’immoler un mouton sur le seuil de l’homme à qui on demande son patronage. » (De Foucault, p. 130 ; voir aussi Bulletin du Comité de l’Afr. fr., suppl. de janvier 1905, p. 20.)

[158]Communication orale du capitaine Martin, commandant l’annexe de Beni Abbès, jadis officier de bureau arabe chez les Trafi. On trouvera d’ailleurs l’idée développée dans : Bernard et Lacroix, Évolution du Nomadisme.

[159]Bulletin du Comité de l’Afrique française, janvier 1903, p. 12.


CHAPITRE VI

GOURARA ET TOUAT[160]

Le Touat, le Gourara et le Tidikelt forment un complexe d’oasis, dont l’unité géographique est incontestable, et qui pourtant n’a pas d’appellation commune. Il en a bien une dans l’usage courant, il est vrai, celle de Touat ; mais on ne peut pas s’en contenter, puisque le nom de Touat, dans son sens restreint et précis, le seul adéquat, s’applique seulement à une des trois provinces.

M. Flamand a cherché a combler cette lacune d’onomastique avec le néologisme improvisé d’archipel Touatien du Sahara.

Le Touat (lato sensu), et l’on pourrait dire aussi « le groupe occidental » s’oppose au groupe oriental d’Ouargla. L’un se rapporte à l’oued Igargar, et l’autre à l’oued Messaoud : l’un a des puits artésiens et l’autre des foggaras. Les oasis du groupe Touatien, d’ailleurs, se continuent toutes les unes les autres en « rue de palmiers », vivant dans une certaine mesure d’une vie commune. A quelques restrictions près, elles s’abreuvent à la même nappe d’eau, celle qui sourd à la base du Tadmaït dans les grès Albiens ; toutes les oasis en effet depuis el Goléa jusqu’à In Salah, en passant par Timmimoun et Adr’ar, jalonnent fidèlement en un immense demi-cercle le pied de la falaise terminale du Tadmaït.

Cela n’empêche pas que les trois provinces ont un nom et une individualité distincts. Le Tidikelt en particulier doit être étudié à part pour des raisons à la fois géologiques et ethnographiques. Le Touat et le Gourara, en revanche, se pénètrent assez mutuellement pour qu’il y ait intérêt à les rapprocher dans une étude commune.

Géologie du Gourara.

Le Gourara, comme la Saoura, et d’ailleurs comme le Touat, est essentiellement une pénéplaine primaire, entrevue à travers les déchirures d’un placage horizontal de terrains plus récents. Ces derniers sont crétacés et mio-pliocènes.

Terrains crétacés. — Les terrains crétacés du Gourara sont bien et anciennement connus. Leur âge est déterminé par les fossiles abondants d’el Goléa ; on retrouve ces fossiles d’ailleurs tout le long de la grande falaise calcaire, qui borde le Gourara au sud et que les indigènes appellent le Baten ; cette falaise est le dernier ou, si l’on préfère, le premier étage des plateaux calcaires du Tadmaït ; elle est turonienne.

Ces calcaires turoniens reposent directement et en concordance sur des marnes ou des argiles gypseuses (cénomaniennes ?), qui reposent elles-mêmes sur des grès à sphéroïdes. Cette formation ne contient d’autres fossiles que des arbres silicifiés en abondance ; il n’a jamais été fait une étude quelconque de ces fossiles végétaux ; mais les grès à sphéroïdes, autrement dits à dragées, contenant des arbres silicifiés, sont bien connus dans le sud de l’Algérie.

On les a signalés à Beni Ounif, ils sont très développés dans la chaîne des Ksour, au djebel Amour, à Djelfa, où ils ont été bien étudiés par Ritter, et où ils sont incontestablement d’âge albien[161]. La parité de facies n’implique pas nécessairement celle de l’âge : notons pourtant que partout, au Grouz, à Djelfa, au Gourara, la succession et la puissance des trois étages est la même : grès albiens, argiles gypseuses cénomaniennes (?), calcaires turoniens, avec une puissance totale de 100 à 150 mètres. Sur la route suivie par la mission Foureau, au Djoua, une formation gréseuse et argileuse à lits de gypse a livré des ossements fossiles de poissons ; M. Haug lui attribue un âge albien et un caractère lagunaire[162].

L’attribution de nos grès à l’albien reste pourtant incertaine ; cette formation dépourvue de fossiles marins, et qui renferme en revanche de gros troncs d’arbres, est probablement continentale ; l’uniformité du facies est assez remarquable, elle n’est pas absolue pourtant, il y a des intercalations argileuses, des poudingues d’un type très aberrant (falaises de Taourirt par exemple) ; cette formation peut représenter des dépôts continentaux d’âges très divers.

Dans l’Atlas les grès albiens ne sont pas le moins du monde le terme inférieur de la série crétacée. Ils reposent sur des assises infra-crétacées à fossiles marins, calcaires urgo-aptiens, grès et calcaires néocomiens. Ces étages font certainement défaut au Gourara et dans tout le Sahara ; partout où le contact est visible, c’est-à-dire en un grand nombre de points, on constate que les grès albiens reposent directement sur le substratum primaire. Ici donc comme à Colomb-Béchar nous constatons la transgression cénomanienne.

Tertiaire. — Nous retrouvons ici le Mio-Pliocène (?) avec ses caractéristiques habituelles (base plus ou moins sableuse et chapeau calcaire). Il joue vraisemblablement un rôle important dans le Gourara septentrional, que je n’ai pas vu (les oasis éparses dans l’erg au nord de la sebkha). Depuis Ksabi on le suit jusqu’à Charouin, en ce dernier point il est couronné par une croûte calcaire épaisse d’un mètre, au-dessous de laquelle on distingue dans la falaise (très masquée d’éboulis) une formation gréso-argileuse en feuillets minces, très chargée de gypse.

Là se place la limite méridionale du Mio-Pliocène, au sud de la sebkha on ne le revoit plus, sauf en lambeaux insignifiants ; on ne le retrouvera plus, en tant que grande formation continue et puissante, ni au Touat, ni au Tidikelt, ni au Sahara central. Ces couches, bien caractérisées en somme, que nous avons appelées mio-pliocènes (terrain saharien de Pomel, terrain des gour de Flamand), restent collées à l’Atlas, elles représentent manifestement l’amas de ses déjections, depuis qu’il a commencé à surgir, à l’époque oligocène.

Et il va sans dire qu’on retrouve ailleurs, dans tout le Sahara, des dépôts continentaux susceptibles d’être fort anciens, tertiaires, mais ils sont extrêmement loin d’avoir cette masse énorme, et cette uniformité de facies, qui donnent au Mio-Pliocène subatlique une sorte d’individualité.

Le Gourara est une région déprimée, le point le plus bas entre l’Atlas au nord et le Tadmaït au sud. — C’est la cuvette allongée, ouverte à l’ouest, vers laquelle convergaient tous les oueds quaternaires de l’Atlas (oued Namous, oued R’arbi) et du Tadmaït (oued Aflissès). Il y a apparence que ces oueds, venus de tous les points de l’horizon, se réunissaient ici en une grande artère, affluent de la Saoura. Il est certain, en tout cas, qu’on les voit se réunir dans la sebkha de Timimoun, étirée vers le S.-O. sur 80 kilomètres de long.

L’érosion de ce grand réseau a largement mis à nu le sol de la pénéplaine primaire.

Il court une large bande primaire, somme toute, entre les palmeraies du nord qui doivent leurs eaux aux couches tertiaires, et les palmeraies du sud qui doivent la leur aux couches crétacées.

Malheureusement, cette bande primaire est souvent voilée par des dunes, des dépôts quaternaires, des témoins tertiaires ou crétacés ; et par surcroît, là même où elle affleure elle est bien loin d’avoir été étudiée d’une façon suffisante.

La série des étages primaires semble très complète depuis le Dévonien.

Dévonien inférieur. — Du Dévonien inférieur on n’a pas rapporté de fossiles. Mais on a de bonnes raisons stratigraphiques pour rapporter à cet étage les grès blancs à patine noire dont le facies rappelle ceux d’Ougarta et du Mouidir.

Dans la région qui nous occupe, ces grès ne tiennent plus qu’une place subordonnée. Au delà de Foum el Kheneg, la chaîne d’Ougarta se continue par des débris ennoyés. A Ksabi, les grès éodévoniens ne constituent plus qu’une arête de 500 mètres d’épaisseur et de 50 mètres de relief.

Entre Ksabi et Timimoum on revoit les grès éodévoniens une première fois à la Gara Zaleg (et au sud de cette Gara), une seconde fois à mi-chemin entre Tesfaout et Timimoun.

Ces deux fois l’Éodévonien affleure au cœur d’un anticlinal hercynien.

En somme, l’Éodévonien ne s’étale plus largement, il est masqué presque partout par des couches moins anciennes.

Dévonien moyen. — La présence du Dévonien moyen est constatée authentiquement dans la région étudiée. Il est représenté par des calcaires amarantes qui contiennent de nombreux fossiles, entre autres Calceola sandalina.

Les premiers échantillons rapportés par M. le commandant Laquières ont été recueillis « à trois heures de marche avant d’arriver à Charouïn par le sud (route des Ouled Rached), dans un fond pierreux de 3 kilomètres de largeur[163] ». Mes propres échantillons proviennent d’un point voisin, mais que je ne crois pas rigoureusement identique ; j’y reviendrai.

Sur la route entre Fgagira et Charouïn (à 10 kilomètres du premier point) on rencontre d’autres calcaires amarantes, d’aspect analogue à ceux dont il vient d’être question. Ils ne contiennent pas à ma connaissance Calceola sandalina ; je n’y ai trouvé que des Orthocères indéterminables et des Zaphrentis. Leur position stratigraphique permet de croire qu’ils représentent un autre affleurement de Dévonien moyen.

Dévonien supérieur. — On connaît dans la région considérée au moins deux gisements du Dévonien supérieur. — A Fgagira, les fossiles se trouvent dans des calcaires en bancs minces intercalés dans des bancs d’argiles beaucoup plus puissants.

Au sud de Charouïn, route d’Ouled Rached, la formation est constituée à la base par du calcaire violacé très compact, et au-dessus par des schistes mous en minces feuillets rougeâtres.

Les deux gisements ne sont pas contemporains ; tous deux sont du Dévonien supérieur, mais celui de Charouïn représente « un niveau incontestablement plus élevé ». « Le niveau est probablement le même qu’à Beni Abbès » et l’aspect pétrographique du gisement présente en effet de l’analogie (malgré l’énorme distance entre les deux).

Charouïn représente l’étage à Clyménies et Fgagira la « zone à Gephyroceras intumescens ». Ce sont « deux niveaux fossilifères du Dévonien supérieur, nettement dessinés par des faunes riches et caractéristiques. Leurs affinités paléontologiques avec les couches du même âge de l’Allemagne centrale sont tout à fait remarquables et accentuent encore le caractère « hercynien » ou mieux « armorico-varisque » des chaînes paléozoïques du Sahara septentrional[164] ».

Les Ktoub. — Ces formations du Dévonien moyen et supérieur tiennent en superficie un espace bien restreint. La roche la plus répandue de beaucoup est malheureusement d’un âge difficile à préciser.

Ce sont des schistes feuilletés passant à des grès en plaquettes, de couleur sombre, dans les tons violet noir. Les indigènes les appellent ktoub (feuillets de livre) et les redoutent pour les pieds de leurs chameaux, que les ktoub sont susceptibles de couper comme au couteau.

Ces schistes ne sont pas tout à fait dépourvus de fossiles. Sur la route de Tesfaout à Timimoun, à quinze kilomètres environ de ce dernier point (rive occidentale de la Sebkha), j’ai trouvé dans les schistes, à proximité d’une lentille calcaire, un Céphalopode que M. Henri Douvillé et M. Haug ont vu et qui est une goniatite indéterminée.

Sur la rive orientale de la sebkha (route de Timimoun à Deldoul), le commandant Deleuze a recueilli des échantillons de grès en plaquettes, couverts de Leptæna (M. Haug ne croit pas pouvoir préciser l’étage).

Enfin, M. Chudeau a recueilli quelques fossiles, qui ne sont pas encore parvenus en Europe.

Tout cela n’est pas concluant, je crois.

D’autre part, à Fgagira, on voit les ktoub reposer directement, et, à ce qu’il semble en concordance sur les couches à Gephyroceras. Dans la sebkha de Timimoun (comme aussi au Touat), on voit aussi le calcaire carboniférien reposer directement sur les ktoub. Et ceci permettrait de conclure assez légitimement à l’âge dévonien supérieur des Ktoub.

Pourtant, dans le gisement dévonien moyen (ou présumé tel), à 10 kilomètres est de Fgagira, des ktoub bien nets sont intercalés entre les bancs calcaires. D’autre part le Silurien supérieur au Sahara, on le verra, est probablement représenté par des ktoub à graptolites. Il semble donc que cette formation, quoique d’aspect assez homogène, ne soit pas nécessairement synchronique.

Comme il faut conclure, on a attribué les ktoub, sur la carte, au Dévonien supérieur, partout où il y avait doute sur leur âge. Mais naturellement la question reste entière.

Ajoutons, pour être complets, qu’un forage pratiqué dans la palmeraie de l’Aouguerout a ramené au jour, d’une faible profondeur (une dizaine de mètres)[165] un fossile, que M. Chudeau croit dévonien, sans pouvoir préciser l’étage.

Carbonifère. — Des calcaires carbonifères riches en fossiles se montrent dans le nord du Gourara, à la lisière des dunes.

Sur la route de Ksabi à Charouïn par H. Mallem, à 20 kilomètres de Ksabi, le sentier traverse des calcaires bleu sombre et amarante, fossilifères, plongeant légèrement à l’est. M. Haug les croit carbonifériens.

C’est dans l’angle nord-est de la sebkha de Timimoun que le Carboniférien est le plus largement étalé.

Dans la sebkha même, exactement à la hauteur de Timimoun, on voit reposer sur les ktoub, d’abord des calcaires bleus fossilifères, puis des marnes contenant beaucoup de fossiles libres.

Dans l’erg au nord de la sebkha, à Tala, Kali, Ouled Saïd, el Hadj Guelman on retrouve le calcaire bleu fossilifère à Productus.

A noter que le Carboniférien peut être aussi développé au sud de la sebkha qu’au nord.

En effet à Timimoun même, au-dessous du ksar, et par conséquent au sud de la Sebkha, on voit le Carboniférien s’enfoncer sous le Crétacé.

L’allure des plissements hercyniens. — Ces formations primaires sont affectées de plis hercyniens sur la direction desquels on a le droit d’être assez affirmatif.

Fig. 42. — Coupe du synclinal de Fgagira. — Échelle : 1/300000.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VI, p. 751, fig. 12.)

Synclinal de Fgagira. — Les dépôts de Fgagira (fig. 42) forment manifestement un synclinal dont l’épaulement sud-occidental est formé par les derniers débris de la chaîne d’Ougarta, au delà de Foum el Kheneg — les trois étages dévoniens sont représentés — l’orientation du pli est N.-O.-S.-E.

Synclinal au sud de Charouïn. — Les dépôts au sud de Charouïn forment un autre synclinal (fig. 43). J’y ai observé des couches du Dévonien moyen et d’autres du Dévonien supérieur. Les calcaires amarantes à Calceola sandalina que j’ai vus constituent l’épaulement du synclinal du côté de Charouïn, ils plongent énergiquement au sud-ouest. Si j’ai bien compris les explications qui m’ont été données, les fossiles Laquière provenaient de l’épaulement opposé (côté d’Ouled Rached) que je n’ai pas vu, mais où le Dévonien moyen serait largement découvert et étalé à l’air libre. Les dépôts dévoniens supérieurs au cœur de l’anticlinal plongent légèrement au N.-E.

Il n’est donc pas douteux que ce synclinal ait à peu près la même orientation que le précédent N.-O.-S.-E.

Les deux coupes ont d’ailleurs un air de parenté. Ce pli ne semble pas symétrique. Les plongées les plus rapides regardent l’ouest.

En somme entre Ksabi et Charouïn les plis hercyniens sont manifestement orientés N.-O.-S.-E.

Fig. 43. — Coupe du synclinal au S.-O. de Charouïn. — Échelle : 1/200000.

(Bull. soc. géol. Fr., 4e série, t. VI. p. 752, fig. 13.)

Bords de la Sebkha. — Ce qui est curieux c’est que plus à l’est la direction est toute différente.

Sur la route la plus orientale et la plus directe de Charouïn à Ouled Rached (fig. 44), celle qui coupe la dune au lieu de la contourner, il est malaisé sans doute de deviner l’allure du Dévonien sous-jacent (précisément à cause des dunes) ; pourtant, j’ai noté au départ de Charouïn, à l’entrée de l’erg, des affleurements orientés S.-O.-O.-N.-E.-E. Nous sommes tout près du synclinal à couches fossilifères, une dizaine de kilomètres peut-être et pourtant dans l’intervalle la direction des plis a obliqué de près de 90°. Dans la sebkha même et sur ses bords l’allure des plis est assez compliquée.

Un pli anticlinal bien marqué, orienté grossièrement est-ouest est transversal au grand axe de la sebkha à peu près en son milieu à la hauteur de Beni Melouk. Aussi bien la sebkha est-elle nettement étranglée en ce point.

Au sud et au nord de ce point les bandes de ktoub sont franchement allongées dans le même sens que le grand axe de la sebkha S.-O.-N.-E. C’est bien net en particulier au pied du ksar de Timimoun où les couches carbonifériennes plongent est 64° sud (154° à partir du nord en comptant par l’est) (fig. 45).

Fig. 44. — Route directe entre Charouïn et O. Rached. — Échelle : 1/400000.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VI, p. 752, fig. 14.)

Enfin au nord de la sebkha dans la région de Tala, Kali, el Hadj Guelman, les plis hercyniens ont subi une nouvelle torsion, ils sont orientés franchement N.-S. A Tala les couches plongent à 274° soit sensiblement O. vrai.

Il semble bien qu’on ait le droit de conclure comme suit :

La Gourara est pour les plis hercyniens une zone de rebroussement — à l’ouest de Charouïn ils ont une direction qu’on pourrait appeler armoricaine — sur les bords de la sebkha une direction qu’on pourrait appeler varisque.

Antérieurement, nous avons abouti à des conclusions analogues. Les plis de la Zousfana seraient varisques — ceux d’Ougarta armoricains.

Fig. 45. — Coupe de la sebkha de Timimoun. — Échelle : 1/200000.

Cr, Crétacé ; Cc, Carboniférien.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VI, p. 753, fig. 15.)

Failles récentes. — Il n’est pas douteux que la topographie actuelle ne doive beaucoup à des failles récentes.

Un examen attentif révélera je crois des diaclases en relation avec la sebkha de Timimoun.

En tout cas les ksars de l’Aouguerout sont bâtis sur une muraille de couches crétacées verticales (argiles et grès), qui se dresse brusquement au milieu des couches voisines horizontales. Il y a là certainement un accident post-crétacé, qui a ramené, on l’a vu, le sous-sol primaire à proximité de la surface, et en amont duquel les foggaras vont capter la nappe d’eau (fig. 52).

La palmeraie d’Ouled Mahmoud est, elle aussi, en relation avec des diaclases qui ont amené dans le crétacé la formation d’une cuvette synclinale[166]. Aussi bien on sait depuis longtemps que les couches crétacées du Sahara sont faillées.

Géologie du Touat.

Le Touat est une grande plaine de composition géologique très complexe. L’horizontalité en est due à des dépôts pour la plupart, je crois, crétacés. A travers les fenêtres de ces dépôts, on peut observer çà et là la pénéplaine hercynienne sous-jacente. Le Dévonien et le Carboniférien sont certainement représentés.

Éodévonien. — A la limite du Touat et du Tidikelt, à Aïn Cheikh, un gisement fossilifère éodévonien est connu depuis quelque temps déjà[167]. Ce sont exactement les mêmes roches et les mêmes fossiles qui existent dans tout l’Ahnet et dans tout le Mouidir.

Au Touat proprement dit, en revanche, je ne connais pas de gisement de fossiles éodévoniens. Mais plusieurs affleurements me semblent devoir être rapportés à cet étage.

Le djebel Heirane est composé presque tout entier de grès fin et dur, à cœur blanc et à patine noire, c’est-à-dire d’une roche que nous sommes habitués à considérer comme caractéristique de l’Éodévonien.

Ces mêmes grès, ou du moins, des grès d’aspect tout à fait analogue, se retrouvent à 20 kilomètres nord-est de Haci Sefiat sur la route de Tesfaout.

Dévonien moyen. — Dans toute l’étendue du Touat, y compris le gisement d’Aïn Cheikh, je ne connais pas de fossiles mésodévoniens.

Fig. 46. — Coupe du Timmi au dj. Heirane. — Échelle : 1/600000.

Cri, Crétacé inférieur.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VI, p. 754, fig. 16.)

Les Ktoub. — Au Touat comme au Gourara un rôle relativement considérable est joué en surface par des schistes durs, fissiles, pour lesquels nous avons adopté la dénomination indigène de ktoub. Immédiatement à l’ouest du Timmi, en particulier, s’étend un lambeau important de ces roches. Elles ont tout à fait l’aspect des ktoub du Gourara. Je n’y ai cependant pas trouvé un seul fossile, malgré des recherches que le voisinage d’Adrar rendait faciles. En revanche, j’ai constaté à l’ouest de Temassekh la superposition en concordance à ce qu’il semble de Carboniférien fossilifère incontestable sur les ktoub comme à Timimoun. Au même point une lentille calcaire dans les ktoub. Il paraît donc possible, sous bénéfice d’inventaire, de les considérer provisoirement comme supradévoniens (fig. 47).

Notons pourtant que M. Mussel attribue aux ktoub du Timmi un âge silurien, parce qu’il les trouve identiques à ceux de l’Iguidi[168], ce qui est une constatation intéressante. En l’absence de fossiles toutes les attributions sont possibles et indifférentes ; tous les schistes noirs se ressemblent ; ceux du Gourara, qui contiennent des fossiles dévoniens, ne m’ont pas paru différents des schistes alunifères siluriens (?) d’Aïn Chebbi. Ceux du Timmi restent certainement indéterminés.

Carboniférien. — On trouve au Touat un grand nombre de gisements fossilifères carbonifériens. Aïn Cheikh mis à part, l’étage carboniférien paraît ici le seul fossilifère ; en revanche il l’est abondamment.