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Œuvres de P. Corneille, Tome 02 cover

Œuvres de P. Corneille, Tome 02

Chapter 48: LYSANDRE, ARONTE.
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About This Book

The play stages comic intrigues among lovers and city folk in a vividly drawn Parisian arcade where booksellers, a mercer, and a linen-seller intersect; a lively maidservant supplants the old nurse figure, sparking new comic roles. Scenes mix mistaken intentions, witty shopfront banter, and commentary on changing literary tastes and fashions, with satirical sketches of publishers, courting rituals, and theatrical self-awareness. Period details about costume and public reading habits punctuate the dialogue, and the action resolves in reconciliations and paired marriages that close the comedy.

SCÈNE VII.

CÉLIDÉE[151].

Quel étrange combat! Je meurs de le quitter,
Et mon reste d'amour ne le peut maltraiter[152].
Mon âme veut et n'ose, et bien que refroidie,
N'aura trait de mépris si je ne l'étudie.570
Tout ce que mon Lysandre a de perfections
Se vient offrir en foule à mes affections[153].
Je vois mieux ce qu'il vaut lorsque je l'abandonne,
Et déjà la grandeur de ma perte m'étonne.
Pour régler sur ce point mon esprit balancé,575
J'attends ses mouvements sur mon dédain forcé;
Ma feinte éprouvera si son amour est vraie.
Hélas! ses yeux me font une nouvelle plaie.
Prépare-toi, mon cœur, et laisse à mes discours
Assez de liberté pour trahir mes amours.580


SCÈNE VIII

LYSANDRE, CÉLIDÉE.

CÉLIDÉE.

Quoi? j'aurai donc de vous encore une visite?
Vraiment, pour aujourd'hui je m'en estimois quitte.

LYSANDRE.

Une par jour suffit, si tu veux endurer
Qu'autant comme le jour je la fasse durer.

CÉLIDÉE.

Pour douce que nous soit l'ardeur qui nous consume[154],585
Tant d'importunité n'est point sans amertume.

LYSANDRE.

Au lieu de me donner ces appréhensions,
Apprends ce que j'ai fait sur tes commissions.

CÉLIDÉE.

Je ne vous en chargeai qu'afin de me défaire
D'un entretien chargeant et qui m'alloit déplaire[155].590

LYSANDRE.

Depuis quand donnez-vous ces qualités aux miens?

CÉLIDÉE.

Depuis que mon esprit n'est plus dans vos liens[156].

LYSANDRE.

Est-ce donc par gageure ou par galanterie?

CÉLIDÉE.

Ne vous flattez point tant que ce soit raillerie.
Ce que j'ai dans l'esprit, je ne le puis celer,595
Et ne suis pas d'humeur à rien dissimuler.

LYSANDRE.

Quoi? que vous ai-je fait? d'où provient ma disgrâce?
Quel sujet avez-vous d'être pour moi de glace[157]?
Ai-je manqué de soins? ai-je manqué de feux?
Vous ai-je dérobé le moindre de mes vœux?600
Ai-je trop peu cherché l'heur de votre présence[158]?
Ai-je eu pour d'autres yeux la moindre complaisance?

CÉLIDÉE.

Tout cela n'est qu'autant de propos superflus.
Je voulus vous aimer, et je ne le veux plus;
Mon feu fut sans raison, ma glace l'est de même;605
Si l'un eut quelque excès, je rendrai l'autre extrême[159].

LYSANDRE.

Par cette extrémité vous avancez ma mort.

CÉLIDÉE.

Il m'importe fort peu quel sera votre sort.

LYSANDRE.

Quelle nouvelle amour ou plutôt quel caprice[160]
Vous porte à me traiter avec cette injustice,610
Vous de qui le serment m'a reçu pour époux?

CÉLIDÉE.

J'en perds le souvenir aussi bien que de vous.

LYSANDRE.

Évitez-en la honte et fuyez-en le blâme.

CÉLIDÉE.

Je les veux accepter pour peines de ma flamme.

LYSANDRE.

Un reproche éternel suit ce tour inconstant[161].615

CÉLIDÉE.

Si vous me voulez plaire, il en faut faire autant.

LYSANDRE.

Est-ce là donc le prix de vous avoir servie[162]?
Ah! cessez vos mépris, ou me privez de vie.

CÉLIDÉE.

Eh bien! soit, un adieu les va faire cesser;
Aussi bien ce discours ne fait que me lasser.620

LYSANDRE.

Ah! redouble plutôt ce dédain qui me tue,
Et laisse-moi le bien d'expirer à ta vue;
Que j'adore tes yeux, tout cruels qu'ils me sont;
Qu'ils reçoivent mes vœux pour le mal qu'ils me font.
Invente à me gêner quelque rigueur nouvelle:625
Traite, si tu le veux, mon âme en criminelle,
Dis que je suis ingrat, appelle-moi léger,
Impute à mes amours la honte de changer,
Dedans mon désespoir fais éclater ta joie:
Et tout me sera doux, pourvu que je te voie.630
Tu verras tes mépris n'ébranler point ma foi,
Et mes derniers soupirs ne voler qu'après toi[163].
Ne crains point de ma part de reproche ou d'injure:
Je ne t'appellerai ni lâche, ni parjure;
Mon feu supprimera ces titres odieux;635
Mes douleurs céderont au pouvoir de tes yeux;
Et mon fidèle amour, malgré leur vive atteinte,
Pour t'adorer encore étouffera ma plainte[164].

CÉLIDÉE.

Adieu: quelques encens que tu veuilles m'offrir,
Je ne me saurois plus résoudre à les souffrir.640


SCÈNE IX.

LYSANDRE.

Célidée, ah tu fuis! tu fuis donc, et tu n'oses
Faire tes yeux témoins d'un trépas que tu causes!
Ton esprit, insensible à mes feux innocents,
Craint de ne l'être pas aux douleurs que je sens:
Tu crains que la pitié qui se glisse en ton âme645
N'y rejette un rayon de ta première flamme[165],
Et qu'elle ne t'arrache un soudain repentir,
Malgré tout cet orgueil qui n'y peut consentir.
Tu vois qu'un désespoir dessus mon front exprime
En mille traits de feu mon ardeur et ton crime;650
Mon visage t'accuse, et tu vois dans mes yeux
Un portrait que mon cœur conserve beaucoup mieux.
Tous mes soins, tu le sais, furent pour Célidée;
La nuit ne m'a jamais retracé d'autre idée,
Et tout ce que Paris a d'objets ravissants655
N'a jamais ébranlé le moindre de mes sens.
Ton exemple à changer en vain me sollicite:
Dans ta volage humeur j'adore ton mérite,
Et mon amour, plus fort que mes ressentiments,
Conserve sa vigueur au milieu des tourments.660
Reviens, mon cher souci, puisqu'après tes défenses[166]
Mes plus vives ardeurs sont pour toi des offenses.
Vois comme je persiste à te désobéir,
Et par là, si tu peux, prends droit de me haïr.
Fol, je présume ainsi rappeler l'inhumaine,665
Qui ne veut pas avoir de raisons à sa haine.
Puisqu'elle a sur mon cœur un pouvoir absolu,
Il lui suffit de dire: «Ainsi je l'ai voulu.»
Cruelle, tu le veux! C'est donc ainsi qu'on traite
Les sincères ardeurs d'une amour si parfaite?670
Tu me veux donc trahir? tu le veux, et ta foi
N'est qu'un gage frivole à qui vit sous ta loi?
Mais je veux l'endurer, sans bruit, sans résistance;
Tu verras ma langueur, et non mon inconstance;
Et de peur de t'ôter un captif par ma mort,675
J'attendrai ce bonheur de mon funeste sort.
Jusque-là mes douleurs, publiant ta victoire,
Sur mon front pâlissant élèveront ta gloire,
Et sauront en tous lieux hautement témoigner[167]
Que sans me refroidir tu m'as pu dédaigner.680

FIN DU SECOND ACTE.


ACTE III


SCÈNE PREMIÈRE.

LYSANDRE, ARONTE.

LYSANDRE.

Tu me donnes, Aronte, un étrange remède.

ARONTE.

Souverain toutefois au mal qui vous possède.
Croyez-moi, j'en ai vu des succès merveilleux
A remettre au devoir ces esprits orgueilleux:
Quand on leur sait donner un peu de jalousie[168],685
Ils ont bientôt quitté ces traits de fantaisie;
Car enfin tout l'éclat de ces emportements[169]
Ne peut avoir pour but de perdre leurs amants.

LYSANDRE.

Que voudroit donc par là mon ingrate maîtresse?

ARONTE.

Elle vous joue un tour de la plus haute adresse.690
Avez-vous bien pris garde au temps de ses mépris?
Tant qu'elle vous a cru légèrement épris,
Que votre chaîne encor n'étoit pas assez forte,
Vous a-t-elle jamais gouverné de la sorte?
Vous ignoriez alors l'usage des soupirs;695
Ce n'étoient que douceurs, ce n'étoient que plaisirs[170]:
Son esprit avisé vouloit par cette ruse
Établir un pouvoir dont maintenant elle use.
Remarquez-en l'adresse: elle fait vanité[171]
De voir dans ses dédains votre fidélité.700
Votre humeur endurante à ces rigueurs l'invite[172].
On voit par là vos feux, par vos feux son mérite;
Et cette fermeté de vos affections
Montre un effet puissant de ses perfections.
Osez-vous espérer qu'elle soit plus humaine,705
Puisque sa gloire augmente, augmentant votre peine?
Rabattez cet orgueil, faites-lui soupçonner
Que vous vous en piquez jusqu'à l'abandonner[173].
La crainte d'en voir naître une si juste suite
A vivre comme il faut l'aura bientôt réduite;710
Elle en fuira la honte, et ne souffrira pas
Que ce change s'impute à son manque d'appas.
Il est de son honneur d'empêcher qu'on présume
Qu'on éteigne aisément les flammes qu'elle allume.
Feignez d'aimer quelque autre, et vous verrez alors715
Combien à vous reprendre elle fera d'efforts[174].

LYSANDRE.

Mais peux-tu me juger capable d'une feinte[175]?

ARONTE.

Pouvez-vous trouver rude un moment de contrainte?

LYSANDRE.

Je trouve ses mépris plus doux à supporter.

ARONTE.

Pour les faire finir, il faut les imiter.720

LYSANDRE.

Faut-il être inconstant pour la rendre fidèle?

ARONTE.

Il faut souffrir toujours, ou déguiser comme elle[176].

LYSANDRE.

Que de raisons, Aronte, à combattre mon cœur,
Qui ne peut adorer que son premier vainqueur!
Du moins auparavant que l'effet en éclate[177],725
Fais un effort pour moi, va trouver mon ingrate:
Mets-lui devant les yeux mes services passés,
Mes feux si bien reçus, si mal récompensés,
L'excès de mes tourments et de ses injustices;
Emploie à la gagner tes meilleurs artifices:730
Que n'obtiendras-tu point par ta dextérité,
Puisque tu viens à bout de ma fidélité?

ARONTE.

Mais, mon possible fait, si cela ne succède?

LYSANDRE.

Je feindrai dès demain qu'Aminte me possède.

ARONTE.

Aminte? Ah! commencez la feinte dès demain;735
Mais n'allez point courir au faubourg Saint-Germain.
Et quand penseriez-vous que cette âme cruelle
Dans le fond du Marais en reçût la nouvelle?
Vous seriez tout un siècle à lui vouloir du bien,
Sans que votre arrogante en apprît jamais rien[178].740
Puisque vous voulez feindre, il faut feindre à sa vue;
Qu'aussitôt votre feinte en puisse être aperçue[179],
Qu'elle blesse les yeux de son esprit jaloux,
Et porte jusqu'au cœur d'inévitables coups.
Ce sera faire au vôtre un peu de violence;745
Mais tout le fruit consiste à feindre en sa présence.

LYSANDRE.

Hippolyte en ce cas seroit fort à propos;
Mais je crains qu'un ami n'en perdît le repos.
Dorimant, dont ses yeux ont charmé le courage,
Autant que Célidée en auroit de l'ombrage.750

ARONTE.

Vous verrez si soudain rallumer son amour,
Que la feinte n'est pas pour durer plus d'un jour;
Et vous aurez après un sujet de risée
Des soupçons mal fondés de son âme abusée.

LYSANDRE.

Va trouver Célidée, et puis nous résoudrons[180]755
En ces extrémités quel avis nous prendrons.


SCÈNE II[181].

ARONTE, FLORICE.

ARONTE, seul.

Sans que pour l'apaiser je me rompe la tête,
Mon message est tout fait, et sa réponse prête.
Bien loin que mon discours pût la persuader,
Elle n'aura jamais voulu me regarder.760
Une prompte retraite au seul nom de Lysandre,
C'est par où ses dédains se seront fait entendre.
Mes amours du passé ne m'ont que trop appris
Avec quelles couleurs il faut peindre un mépris.
A peine faisoit-on semblant de me connoître,765
De sorte....

FLORICE.

Aronte, eh bien! qu'as-tu fait vers ton maître?
Le verrons-nous bientôt?

ARONTE.

N'en sois plus en souci[182];
Dans une heure au plus tard je te le rends ici.

FLORICE.

Prêt à lui témoigner[183]....

ARONTE.

Tout prêt. Adieu: je tremble
Que de chez Célidée on ne nous voie ensemble.770


SCÈNE III.

HIPPOLYTE, FLORICE.

HIPPOLYTE.

D'où vient que mon abord l'oblige à te quitter?

FLORICE.

Tant s'en faut qu'il vous fuie, il vient de me conter....
Toutefois je ne sais si je vous le dois dire.

HIPPOLYTE.

Que tu te plais, Florice, à me mettre en martyre!

FLORICE.

Il faut vous préparer à des ravissements[184]....775

HIPPOLYTE.

Ta longueur m'y prépare avec bien des tourments.
Dépêche, ces discours font mourir Hippolyte.

FLORICE.

Mourez donc promptement, que je vous ressuscite.

HIPPOLYTE.

L'insupportable femme! Enfin diras-tu rien?

FLORICE.

L'impatiente fille! Enfin tout ira bien.780

HIPPOLYTE.

Enfin tout ira bien? Ne saurai-je autre chose?

FLORICE.

Il faut que votre esprit là-dessus se repose.
Vous ne pouviez tantôt souffrir de longs propos,
Et pour vous obliger, j'ai tout dit en trois mots;
Mais ce que maintenant vous n'en pouvez apprendre,
Vous l'apprendrez bientôt plus au long de Lysandre.

HIPPOLYTE.

Tu ne flattes mon cœur que d'un espoir confus.

FLORICE.

Parlez à votre amie, et ne vous fâchez plus[185].


SCÈNE IV.

CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.

CÉLIDÉE.

Mon abord importun rompt votre conférence:
Tu m'en voudras du mal.

HIPPOLYTE.

Du mal? et l'apparence?790
Je ne sais pas aimer de si mauvaise foi[186];
Et tout à l'heure encor je lui parlois de toi[187].

CÉLIDÉE.

Je me retire donc, afin que sans contrainte....

HIPPOLYTE.

Quitte cette grimace, et mets à part la feinte.
Tu fais la réservée en ces occasions,795
Mais tu meurs de savoir ce que nous en disions.

CÉLIDÉE.

Tu meurs de le conter plus que moi de l'apprendre[188],
Et tu prendrois pour crime un refus de l'entendre.
Puis donc que tu le veux, ma curiosité....

HIPPOLYTE.

Vraiment, tu me confonds de ta civilité.800

CÉLIDÉE.

Voilà de tes détours, et comme tu diffères
A me dire en quel point vous teniez mes affaires.

HIPPOLYTE.

Nous parlions du dessein d'éprouver ton amant[189]:
Tu l'as vu réussir à ton contentement?

CÉLIDÉE.

Je viens te voir exprès pour t'en dire l'issue:805
Que je m'en suis trouvée heureusement déçue!
Je présumois beaucoup de ses affections,
Mais je n'attendois pas tant de submissions.
Jamais le désespoir qui saisit son courage
N'en put tirer un mot à mon désavantage;810
Il tenoit mes dédains encor trop précieux,
Et ses reproches même étoient officieux.
Aussi ce grand amour a rallumé ma flamme:
Le change n'a plus rien qui chatouille mon âme;
Il n'a plus de douceurs pour mon esprit flottant,815
Aussi ferme à présent qu'il le croit inconstant.

FLORICE.

Quoi que vous ayez vu de sa persévérance,
N'en prenez pas encore une entière assurance.
L'espoir de vous fléchir a pu le premier jour
Jeter sur son dépit ces beaux dehors d'amour[190];820
Mais vous verrez bientôt que pour qui le méprise
Toute légèreté lui semblera permise.
J'ai vu des amoureux de toutes les façons.

HIPPOLYTE.

Cette bizarre humeur n'est jamais sans soupçons[191]:
L'avantage qu'elle a d'un peu d'expérience825
Tient éternellement son âme en défiance;
Mais ce qu'elle te dit ne vaut pas l'écouter[192].

CÉLIDÉE.

Et je ne suis pas fille à m'en épouvanter.
Je veux que ma rigueur à tes yeux continue,
Et lors sa fermeté te sera mieux connue;830
Tu ne verras des traits que d'un amour si fort,
Que Florice elle-même avouera qu'elle a tort[193].

HIPPOLYTE.

Ce sera trop longtemps lui paroître cruelle.

CÉLIDÉE.

Tu connoîtras par là combien il m'est fidèle,
Le ciel à ce dessein nous l'envoie à propos.835

HIPPOLYTE.

Et quand te résous-tu de le mettre en repos?

CÉLIDÉE.

Trouve bon, je te prie, après un peu de feinte,
Que mes feux violents s'expliquent sans contrainte;
Et pour le rappeler des portes du trépas,
Si j'en dis un peu trop, ne t'en offense pas[194].840


SCÈNE V.

LYSANDRE, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.

LYSANDRE.

Merveille des beautés, seul objet qui m'engage....

CÉLIDÉE.

N'oublierez-vous jamais cet importun langage?
Vous obstiner encore à me persécuter,
C'est prendre du plaisir à vous voir maltraiter.
Perdez mon souvenir avec votre espérance,845
Et ne m'accablez plus de cette déférence[195].
Il faut, pour m'arrêter, des entretiens meilleurs[196].

LYSANDRE.

Quoi? vous prenez pour vous ce que j'adresse ailleurs?
Adore qui voudra votre rare mérite,
Un change heureux me donne à la belle Hippolyte:850
Mon sort en cela seul a voulu me trahir,
Qu'en ce change mon cœur semble vous obéir,
Et que mon feu passé vous va rendre si vaine
Que vous imputerez ma flamme à votre haine,
A votre orgueil nouveau mes nouveaux sentiments[197],855
L'effet de ma raison à vos commandements.

CÉLIDÉE.

Tant s'en faut que je prenne une si triste gloire,
Je chasse mes dédains même de ma mémoire,
Et dans leur souvenir rien ne me semble doux,
Puisqu'en le conservant je penserois à vous[198].860

LYSANDRE, à Hippolyte.

Beauté de qui les yeux, nouveaux rois de mon âme,
Me font être léger sans en craindre le blâme....

HIPPOLYTE.

Ne vous emportez point à ces propos perdus,
Et cessez de m'offrir des vœux qui lui sont dus;
Je pense mieux valoir que le refus d'une autre[199].865
Si vous voulez venger son mépris par le vôtre,
Ne venez point du moins m'enrichir de son bien.
Elle vous traite mal, mais elle n'aime rien.
Vous, faites-en autant, sans chercher de retraite
Aux importunités dont elle s'est défaite.870

LYSANDRE.

Que son exemple encore réglât mes actions!
Cela fut bon du temps de mes affections:
A présent que mon cœur adore une autre reine,
A présent qu'Hippolyte en est la souveraine....

HIPPOLYTE.

C'est elle seulement que vous voulez flatter.875

LYSANDRE.

C'est elle seulement que je dois imiter.

HIPPOLYTE.

Savez-vous donc à quoi la raison vous oblige?
C'est à me négliger, comme je vous néglige.

LYSANDRE.

Je ne puis imiter ce mépris de mes feux,
A moins qu'à votre tour vous m'offriez des vœux[200];880
Donnez-m'en les moyens, vous en verrez l'issue.

HIPPOLYTE.

J'appréhenderois fort d'être trop bien reçue[201],
Et qu'au lieu du plaisir de me voir imiter,
Je n'eusse que l'honneur de me faire écouter[202],
Pour n'avoir que la honte après de me dédire.885

LYSANDRE.

Souffrez donc que mon cœur sans exemple soupire,
Qu'il aime sans exemple, et que mes passions
S'égalent seulement à vos perfections.
Je vaincrai vos rigueurs par mon humble service,
Et ma fidélité....

CÉLIDÉE.

Viens avec moi, Florice:890
J'ai des nippes en haut que je veux te montrer[203].


SCÈNE VI.

HIPPOLYTE, LYSANDRE[204].

HIPPOLYTE.

Quoi? sans la retenir, vous la laissez rentrer?
Allez, Lysandre, allez: c'est assez de contraintes;
J'ai pitié du tourment que vous donnent ces feintes.
Suivez ce bel objet dont les charmes puissants895
Sont et seront toujours absolus sur vos sens.
Quoi qu'après ses dédains un peu d'orgueil publie[205],
Son mérite est trop grand pour souffrir qu'on l'oublie:
Elle a des qualités et de corps et d'esprit
Dont pas un cœur donné jamais ne se reprit.900

LYSANDRE.

Mon change fera voir l'avantage des vôtres,
Qu'en la comparaison des unes et des autres
Les siennes désormais n'ont qu'un éclat terni,
Que son mérite est grand, et le vôtre infini.

HIPPOLYTE.

Que j'emporte sur elle aucune préférence!905
Vous tenez des discours qui sont hors d'apparence;
Elle me passe en tout, et dans ce changement
Chacun vous blâmeroit de peu de jugement.

LYSANDRE.

M'en blâmer en ce cas, c'est en manquer soi-même,
Et choquer la raison, qui veut que je vous aime[206].910
Nous sommes hors du temps de cette vieille erreur
Qui faisoit de l'amour une aveugle fureur,
Et l'ayant aveuglé, lui donnoit pour conduite
Le mouvement d'une âme et surprise et séduite.
Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissoient pas[207];
C'est par les yeux qu'il entre[208] et nous dit vos appas:
Lors notre esprit en juge; et suivant le mérite,
Il fait croître une ardeur que cette vue excite[209].
Si la mienne pour vous se relâche un moment,
C'est lors que je croirai manquer de jugement;920
Et la même raison qui vous rend admirable[210]
Doit rendre comme vous ma flamme incomparable.

HIPPOLYTE.

Épargnez avec moi ces propos affétés.
Encore hier Célidée avoit ces qualités;
Encore hier en mérite elle étoit sans pareille.925
Si je suis aujourd'hui cette unique merveille,
Demain quelque autre objet, dont vous suivrez la loi,
Gagnera votre cœur et ce titre sur moi.
Un esprit inconstant a toujours cette adresse[211].


SCÈNE VII.

CHRYSANTE, PLEIRANTE, HIPPOLYTE, LYSANDRE.

CHRYSANTE[212].

Monsieur, j'aime ma fille avec trop de tendresse930
Pour la vouloir contraindre en ses affections.

PLEIRANTE[213].

Madame, vous saurez ses inclinations;
Elle voudra vous plaire, et je l'en vois sourire[214.
Allons, mon cavalier, j'ai deux mots à vous dire[215].

CHRYSANTE.

Vous en aurez réponse avant qu'il soit trois jours.935


SCÈNE VIII.

CHRYSANTE, HIPPOLYTE.

CHRYSANTE.

Devinerois-tu bien quels étoient nos discours?

HIPPOLYTE.

Il vous parloit d'amour peut-être?

CHRYSANTE.

Oui: que t'en semble?

HIPPOLYTE.

D'âge presque pareils, vous seriez bien ensemble.

CHRYSANTE.

Tu me donnes vraiment un gracieux détour;
C'étoit pour ton sujet qu'il me parloit d'amour.940

HIPPOLYTE.

Pour moi? Ces jours passés, un poëte qui m'adore
(Du moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore[216];
Je me raillois alors de sa comparaison[217]:
Mais si cela se fait, il avoit bien raison.

CHRYSANTE.

Avec tout ce babil, tu n'es qu'une étourdie.945
Le bonhomme est bien loin de cette maladie;
Il veut te marier, mais c'est à Dorimant:
Vois si tu te résous d'accepter cet amant.

HIPPOLYTE.

Dessus tous mes desirs vous êtes absolue,
Et si vous le voulez, m'y voilà résolue.950
Dorimant vaut beaucoup, je vous le dis sans fard;
Mais remarquez un peu le trait de ce vieillard:
Lysandre si longtemps a brûlé pour sa fille,
Qu'il en faisoit déjà l'appui de sa famille;
A présent que ses feux ne sont plus que pour moi,955
Il voudroit bien qu'un autre eût engagé ma foi,
Afin que sans espoir dans cette amour nouvelle,
Un nouveau changement le ramenât vers elle[218].
N'avez-vous point pris garde, en vous disant adieu,
Qu'il a presque arraché Lysandre de ce lieu?960

CHRYSANTE.

Simple, ce qu'il en fait, ce n'est qu'à sa prière[219];
Et Lysandre tient même à faveur singulière....

HIPPOLYTE.

Je sais que Dorimant est un de ses amis;
Mais vous voyez d'ailleurs que le ciel a permis
Que pour mieux vous montrer que tout n'est qu'artifice,
Lysandre me faisoit ses offres de service.

CHRYSANTE.

Aucun des deux n'est homme à se jouer de nous:
Quelque secret mystère est caché là-dessous.
Allons, pour en tirer la vérité plus claire,
Seules dedans ma chambre examiner l'affaire;970
Ici quelque importun pourroit nous aborder[220].


SCÈNE IX.

HIPPOLYTE, FLORICE.

HIPPOLYTE[221].

J'aurai bien de la peine à la persuader[222]:
Ah! Florice, en quel point laisses-tu Célidée?

FLORICE.

De honte et de dépit tout à fait possédée.

HIPPOLYTE.

Que t'a-t-elle montré?

FLORICE.

Cent choses à la fois,975
Selon que le hasard les mettoit sous ses doigts:
Ce n'étoit qu'un prétexte à faire sa retraite.

HIPPOLYTE.

Elle t'a témoigné d'être fort satisfaite?

FLORICE.

Sans que je vous amuse en discours superflus,
Son visage suffit pour juger du surplus[223].980

HIPPOLYTE regarde Célidée[224].

Ses pleurs ne se sauroient empêcher de descendre;
Et j'en aurois pitié si je n'aimois Lysandre.


SCÈNE X.

CÉLIDÉE.

Infidèles témoins d'un feu mal allumé,
Soyez-les de ma honte, et vous fondant en larmes[225],
Punissez-vous, mes yeux, d'avoir trop présumé985
Du pouvoir de vos charmes.

De quoi vous a servi d'avoir su me flatter[226],
D'avoir pris le parti d'un ingrat qui me trompe,
S'il ne fit le constant qu'afin de me quitter
Avecque plus de pompe?990

Quand je m'en veux défaire, il est parfait amant[227];
Quand je veux le garder, il n'en fait plus de conte;
Et n'ayant pu le perdre avec contentement,
Je le perds avec honte.

Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret;995
Par là mon désespoir davantage se pique.
Quand je le crus constant, mon plaisir fut secret,
Et ma honte est publique.

Le traître avoit senti qu'alors me négliger[228],
C'étoit à Dorimant livrer toute mon âme;1000
Et la constance plût à cet esprit léger
Pour amortir ma flamme.

Autant que j'eus de peine à l'éteindre en naissant,
Autant m'en faudra-t-il à la faire renaître:
De peur qu'à cet amour d'être encore impuissant,1005
Il n'ose plus paroître;

Outre que de mon cœur pleinement exilé,
Et n'y conservant plus aucune intelligence,
Il est trop glorieux pour n'être rappelé
Qu'à servir ma vengeance.1010

Mais j'aperçois celui qui le porte en ses yeux.
Courage donc, mon cœur; espérons un peu mieux.
Je sens bien que déjà devers lui tu t'envoles;
Mais pour t'accompagner je n'ai point de paroles:
Ma honte et ma douleur, surmontant mes desirs,1015
N'en laissent le passage ouvert qu'à mes soupirs.


SCÈNE XI.

DORIMANT, CÉLIDÉE, CLÉANTE.

DORIMANT.

Dans ce profond penser, pâle, triste, abattue,
Ou quelque grand malheur de Lysandre vous tue,
Ou bientôt vos douleurs l'accableront d'ennuis[229].

CÉLIDÉE.

Il est cause en effet de l'état où je suis,1020
Non pas en la façon qu'un ami s'imagine,
Mais....

DORIMANT.

Vous n'achevez point, faut-il que je devine?

CÉLIDÉE.

Permettez que je cède à la confusion[230]
Qui m'étouffe la voix en cette occasion.
J'ai d'incroyables traits de Lysandre à vous dire;1025
Mais ce reste du jour souffrez que je respire,
Et m'obligez demain que je vous puisse voir.

DORIMANT.

De sorte qu'à présent on n'en peut rien savoir?
Dieux! elle se dérobe, et me laisse en un doute....
Poursuivons toutefois notre première route;1030
Peut-être ces beaux yeux, dont l'éclat me surprit,
De ce fâcheux soupçon purgeront mon esprit.
Frappe[231].


SCÈNE XII.

DORIMANT, FLORICE, CLÉANTE.

FLORICE.

Que vous plaît-il?

DORIMANT.

Peut-on voir Hippolyte?

FLORICE.

Elle vient de sortir pour faire une visite.

DORIMANT.

Ainsi tout aujourd'hui mes pas ont été vains.1035
Florice, à ce défaut, fais-lui mes baisemains.

FLORICE, seule.

Ce sont des compliments qu'il fait mauvais lui faire[232].
Depuis que ce Lysandre a tâché de lui plaire,
Elle ne veut plus être au logis que pour lui,
Et tous autres devoirs lui donnent de l'ennui.1040

FIN DU TROISIÈME ACTE.


ACTE IV.


SCÈNE PREMIÈRE.

HIPPOLYTE, ARONTE.

HIPPOLYTE.

A cet excès d'amour qu'il me faisoit paroître[233],
Je me croyois déjà maîtresse de ton maître;
Tu m'as fait grand dépit de me désabuser.
Qu'il a l'esprit adroit quand il veut déguiser[234]!
Et que pour mettre en jour ces compliments frivoles,
Il sait bien ajuster ses yeux à ses paroles!
Mais je me promets tant de ta dextérité,
Qu'il tournera bientôt la feinte en vérité.

ARONTE.

Je n'ose l'espérer: sa passion trop forte
Déjà vers son objet malgré moi le remporte;1050
Et comme s'il avoit reconnu son erreur,
Vos yeux lui sont à charge et sa feinte en horreur:
Même il m'a commandé d'aller vers sa cruelle
Lui jurer que son cœur n'a brûlé que pour elle,
Attaquer son orgueil par des submissions....1055

HIPPOLYTE.

J'entends assez le but de tes commissions.
Tu vas tâcher pour lui d'amollir son courage[235]?

ARONTE.

J'emploie auprès de vous le temps de ce message,
Et la ferai parler tantôt à mon retour
D'une façon mal propre à donner de l'amour;1060
Mais après mon rapport, si son ardeur extrême
Le résout à porter son message lui-même,
Je ne réponds de rien. L'amour qu'ils ont tous deux
Vaincra notre artifice et parlera pour eux.

HIPPOLYTE.

Sa maîtresse éblouie ignore encor ma flamme,1065
Et laisse à mes conseils tout pouvoir sur son âme[236].
Ainsi tout est à nous, s'il ne faut qu'empêcher
Qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher.

ARONTE.

Qui pourroit toutefois en détourner Lysandre,
Ce seroit le plus sûr.

HIPPOLYTE.

N'oses-tu l'entreprendre?1070

ARONTE.

Donnez-moi les moyens de le rendre jaloux,
Et vous verrez après frapper d'étranges coups.

HIPPOLYTE.

L'autre jour Dorimant toucha fort ma rivale,
Jusque-là qu'entre eux deux son âme étoit égale[237];
Mais Lysandre depuis, endurant sa rigueur,1075
Lui montra tant d'amour qu'il regagna son cœur.

ARONTE.

Donc à voir Célidée et Dorimant ensemble,
Quelque Dieu qui vous aime aujourd'hui les assemble.

HIPPOLYTE.

Fais-les voir à ton maître, et ne perds point ce temps,
Puisque de là dépend le bonheur que j'attends.1080


SCÈNE II.

DORIMANT, CÉLIDÉE, ARONTE.

DORIMANT.

Aronte, un mot. Tu fuis? Crains-tu que je te voie?

ARONTE.

Non; mais pressé d'aller où mon maître m'envoie,
J'avois doublé le pas sans vous apercevoir.

DORIMANT.

D'où viens-tu?

ARONTE.

D'un logis vers la Croix-du-Tiroir[238].

DORIMANT.

C'est donc en ce Marais que finit ton voyage?1085

ARONTE.

Non, je cours au Palais faire encore un message.

DORIMANT.

Et c'en est le chemin de passer par ici[239]?

ARONTE.

Souffrez que j'aille ôter mon maître de souci:
Il meurt d'impatience à force de m'attendre.

DORIMANT.

Et touchant mes amours ne peux-tu rien m'apprendre?
As-tu vu depuis peu l'objet que je chéris?

ARONTE.

Oui, tantôt en passant j'ai rencontré Cloris.

DORIMANT.

Tu cherches des détours: je parle d'Hippolyte.

CÉLIDÉE.

Et c'est là seulement le discours qu'il évite.
Tu t'enferres, Aronte, et pris au dépourvu,1095
En vain tu veux cacher ce que nous avons vu.
Va, ne sois point honteux des crimes de ton maître:
Pourquoi désavouer ce qu'il fait trop paroître?
Il la sert à mes yeux, cet infidèle amant,
Et te vient d'envoyer lui faire un compliment.1100

(Aronte rentre.)


SCÈNE III.

DORIMANT, CÉLIDÉE.

CÉLIDÉE.

Après cette retraite et ce morne silence,
Pouvez-vous bien encor demeurer en balance?

DORIMANT.

Je n'en ai que trop vu, mes yeux m'en ont trop dit:
Aronte en me parlant étoit tout interdit,
Et sa confusion portoit sur son visage1105
Assez et trop de jour pour lire son message.
Traître, traître Lysandre, est-ce là donc le fruit
Qu'en faveur de mes feux ton amitié produit?

CÉLIDÉE.

Connoissez tout à fait l'humeur de l'infidèle:
Votre amour seulement la lui fait trouver belle.1110
Cet objet, tout aimable et tout parfait qu'il est[240],
N'a des charmes pour lui que depuis qu'il vous plaît;
Et votre affection, de la sienne suivie,
Montre que c'est par là qu'il en a pris envie,
Qu'il veut moins l'acquérir que vous le dérober[241].1115

DORIMANT.

Voici, dans ce larcin, qui le fait succomber.
En ce dessein commun de servir Hippolyte,
Il faut voir seul à seul qui des deux la mérite:
Son sang me répondra de son manque de foi,
Et me fera raison et pour vous et pour moi.1120
Notre vieille union ne fait qu'aigrir mon âme,
Et mon amitié meurt voyant naître sa flamme.

CÉLIDÉE.

Vouloir quelque mesure entre un perfide et vous[242],
Est-ce faire justice à ce juste courroux?
Pouvez-vous présumer, après sa tromperie,1125
Qu'il ait dans les combats moins de supercherie?
Certes pour le punir c'est trop vous négliger,
Et chercher à vous perdre au lieu de vous venger.

DORIMANT.

Pourriez-vous approuver que je prisse avantage[243]
Pour immoler ce traître à mon peu de courage?1130
J'achèterois trop cher la mort du suborneur,
Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur[244],
Et montrerois une âme et trop basse et trop noire
De ménager mon sang aux dépens de ma gloire.

CÉLIDÉE.

Sans les voir l'un ni l'autre en péril exposés,1135
Il est pour vous venger des moyens plus aisés.
Pour peu que vous fussiez de mon intelligence,
Vous auriez bientôt pris une juste vengeance[245];
Et vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant....

DORIMANT.

Quoi? Ce qu'il m'a volé?

CÉLIDÉE.

Non, mais du moins autant.

DORIMANT.

La foiblesse du sexe en ce point vous conseille:
Il se croit trop vengé, quand il rend la pareille;
Mais suivre le chemin que vous voulez tenir[246],
C'est imiter son crime au lieu de le punir;
Au lieu de lui ravir une belle maîtresse,1145
C'est prendre à son refus une beauté qu'il laisse.

(Lysandre vient avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant avec Célidée[247].)

C'est lui faire plaisir, au lieu de l'affliger;
C'est souffrir un affront, et non pas se venger.
J'en perds ici le temps. Adieu: je me retire;
Mais avant qu'il soit peu, si vous entendez dire1150
Qu'un coup fatal et juste ait puni l'imposteur,
Vous pourrez aisément en deviner l'auteur.

CÉLIDÉE.

De grâce, encore un mot. Hélas! il m'abandonne
Aux cuisants déplaisirs que ma douleur me donne.
Rentre, pauvre abusée, et dedans tes malheurs,1155
Si tu ne les retiens, cache du moins tes pleurs!