Auguste triomphant pour Virgile fut juste.
J'imitai le poète, imitez donc Auguste,
Et laissez-moi sans nom, sans fortune et sans fers,
Rêver au bruit des eaux, de la lyre et des vers72.
Si Bonaparte conçut quelque humeur de cette résistance, il ne le témoigna point; l'estime et l'affection générale furent l'égide qui couvrit toujours l'aimable poète. Il vécut donc paisible et mourut trop tôt, puisque, avec les sentiments qu'il a conservés, il n'a pas joui du retour des princes qu'il n'avait cessé d'aimer.
Dans le temps que Bonaparte n'était encore que consul, et qu'il s'amusait à poursuivre jusqu'aux plus petites évidences, il eut fantaisie de se faire voir à M. Delille, espérant peut-être le gagner, ou du moins l'éblouir. Madame Bacciochi fut chargée d'inviter le poète à passer une soirée chez elle; quelques personnes, parmi lesquelles je me trouvais, furent conviées. Le premier consul survint. Il y avait bien dans son entrée quelque chose de l'appareil éclatant de Jupiter Tonnant, car il était environné d'un grand nombre d'aides de camp qui se rangèrent en haie, ne se montrant pas peu surpris de voir leur général se déranger, pour faire des frais auprès de ce chétif vieillard, vêtu d'un habit noir, et que, je crois, ils effrayaient un peu. Bonaparte, par contenance, se plaça à une table de jeu, où il me fit appeler. J'étais dans ce salon la seule femme dont le nom ne fût point inconnu à M. Delille, et je compris que Bonaparte m'avait choisie comme le lien entre le temps du poète et celui du consul. Je m'efforçai d'établir une sorte de relation; Bonaparte consentit à ce que la conversation fût littéraire, et d'abord notre poète ne parut point insensible aux prévenances d'un tel personnage. Tous deux s'animèrent, mais chacun à sa manière; je remarquai bientôt que ni l'un ni l'autre ne parvenaient à produire l'effet réciproque auquel ils prétendaient tous deux. Bonaparte aimait à parler, M. Delille était un peu bavard et fort conteur; ils s'interrompaient mutuellement, ils ne s'écoutaient point, leurs discours se choquaient au lieu de se répondre; ils étaient habitués tous deux à être loués; ils se sentirent avertis promptement qu'ils ne gagneraient rien l'un sur l'autre, et finirent par se séparer assez fatigués, et peut être mécontents.
Après cette soirée, M. Delille disait que la conversation du consul sentait la poudre à canon; Bonaparte trouvait que le vieux poète radotait l'esprit.
Je ne sais pas bien les particularités de la jeunesse de M. de Chateaubriand. Ayant émigré avec sa famille, il connut en Angleterre M. de Fontanes, qui vit ses premiers manuscrits, et le fortifia dans l'intention d'écrire. À son retour en France, il reprit ses relations avec lui, et je crois bien qu'il fut présenté au premier consul par M. de Fontanes. Ayant publié le Génie du christianisme, lors du concordat de 1801, il crut devoir dédier son ouvrage au restaurateur de la religion. Il était peu riche; ses goûts, la nature un peu désordonnée de son caractère, un fonds d'ambition assez fort, quoique vague, une excessive vanité lui inspirèrent le désir et le besoin de se rattacher à quelque chose. Je ne sais pas bien sous quel titre il fut employé dans une légation à Rome. Il s'y conduisit toutefois imprudemment; il blessa Bonaparte. L'humeur qu'il lui causa, jointe à l'indignation qu'il éprouva de la mort de M. le duc d'Enghien, les brouillèrent complètement. M. de Chateaubriand, de retour à Paris, se vit entouré de femmes qui le saluèrent et l'exaltèrent comme une victime; il embrassa assez vivement le système d'opinion qu'il a suivi depuis; il n'était ni dans son goût, ni dans son talent, d'échapper au monde et de se faire oublier. Devenu un objet de surveillance, il en tira vanité. Ceux qui prétendent le connaître intimement disent que si Bonaparte, au lieu de le poursuivre, avait paru vouloir rendre plus de justice à son mérite, il l'eût depuis, et toujours, séduit facilement. L'écrivain n'eût point été insensible à des louanges venues de si haut. Je rapporte cette opinion, sans assurer qu'elle soit fondée; je sais bien qu'elle était celle de l'empereur, qui disait assez volontiers: «Mon embarras n'est point d'acheter M. de Chateaubriand, mais de le payer ce qu'il s'estime.» Quoi qu'il en soit, il se tint à part, et ne fréquenta que les cercles d'opposition. Son voyage en terre sainte le fit oublier pendant quelque temps; il reparut tout à coup, et publia les Martyrs. Les idées religieuses qu'on retrouvait à chaque page de ses ouvrages, ornées du coloris de son brillant talent, firent de ses admirateurs comme une secte, et lui suscitèrent des ennemis parmi les écrivains philosophiques. Les journaux le louèrent et l'attaquèrent; il s'établit sur lui une sorte de controverse, quelquefois assez amère, que l'empereur favorisa, «parce que, disait-il, cette controverse occupe la belle société».
À l'époque où les Martyrs parurent, une manière de conspiration royaliste éclata en Bretagne.
Un des cousins de M. de Chateaubriand, convaincu d'y avoir trempé, fut conduit à Paris, jugé et condamné à mort. J'étais liée avec des amis intimes de M. de Chateaubriand; ils me l'amenèrent, et m'engagèrent, de concert avec lui, à solliciter, par le moyen de l'impératrice, la grâce de son parent. Je lui demandai de me donner une lettre pour l'empereur; il s'y refusa, en me montrant une grande répugnance, mais il consentit à écrire à madame Bonaparte. Il me donna, en même temps, un exemplaire des Martyrs, espérant que Bonaparte parcourrait le livre et s'adoucirait en faveur de l'auteur. Comme je n'étais pas sûre que ce motif suffît pour apaiser l'empereur, je répondis à M. de Chateaubriand que je lui conseillais d'essayer de plusieurs moyens à la fois. «Vous êtes parent, lui dis-je, de M. de Malesherbes; c'est un nom qu'on peut prononcer devant qui que ce soit avec la certitude d'obtenir égard et respect73. Essayons de le faire valoir, et appuyez-vous sur lui en écrivant à l'impératrice.»
M. de Chateaubriand me causa une vive surprise en repoussant ce conseil. Il me laissa entrevoir que son amour-propre serait blessé s'il n'obtenait pas personnellement ce qu'il demandait. Son orgueil d'auteur l'emportait visiblement sur le reste, et voulait arriver jusqu'à l'empereur. Il n'écrivit donc pas précisément ce que j'aurais voulu; je ne laissai pas de porter sa lettre. Je l'appuyai de mon mieux, je parlai même à l'empereur, et je saisis un bon moment pour lui lire quelques pages des Martyrs; enfin je rappelai M. de Malesherbes.
«Vous êtes un avocat qui ne manque point d'habileté,» me dit l'empereur, «mais vous savez mal toute cette affaire. J'ai besoin de faire un exemple en Bretagne; il tombera sur un homme assez peu intéressant; car le parent de M. de Chateaubriand a une médiocre réputation. Je sais, à n'en pouvoir douter, qu'au fond son cousin ne s'en soucie guère, et ce qui me le prouve même, c'est la nature des démarches qu'il vous fait faire. Il a l'enfantillage de ne point m'écrire, à moi; sa lettre à l'impératrice est sèche et un peu hautaine; il voudrait m'imposer l'importance de son talent. Je lui réponds par celle de ma politique, et, en conscience, cela ne doit point l'humilier. J'ai besoin de faire un exemple en Bretagne, pour éviter une foule de petites persécutions politiques. Ceci donnera à M. de Chateaubriand l'occasion d'écrire quelques pages pathétiques qu'il lira dans le faubourg Saint-Germain. Les belles dames pleureront, et vous verrez que cela le consolera.»
Il était impossible d'ébranler une volonté exprimée d'une manière qui vous déjouait ainsi. Tout ce que l'impératrice et moi nous tentâmes fut inutile, et la condamnation fut exécutée. Le jour même, je reçus un petit billet de M. de Chateaubriand, qui, malgré moi, me rappela les paroles de Bonaparte. Il m'écrivait qu'il avait cru devoir assister à la mort de son parent, et qu'il avait frissonné en voyant des chiens se désaltérer, après, dans son sang. Tout le billet était écrit sur ce ton. J'étais émue, il me glaça; je ne sais si c'est moi ou lui qu'il faut accuser. Peu de jours après, M. de Chateaubriand, en grand deuil, ne paraissait point fort affligé, mais son irritation contre l'empereur s'était fortement accrue.
Cet événement me mit en relation avec lui. Ses ouvrages me plaisaient, sa présence troubla mon goût pour eux. Il était, et il est encore, fort gâté par une partie de la société, surtout par les femmes. Il impose à qui le fréquente un assez grand embarras, parce qu'on voit promptement qu'on n'a rien à lui apprendre sur ce qu'il vaut. Partout il prend la première place, s'y trouve à l'aise, et alors devient assez aimable. Mais ses paroles, qui annoncent une imagination vive, découvrent en même temps un fonds de sécheresse de coeur, et une personnalité peu ou point dissimulée. Ses ouvrages sont religieux, ses paroles n'indiquent pas toujours de saintes convictions. Il est sérieux quand il écrit; il manque de gravité dans son attitude. Sa figure est belle, sa taille un peu contrefaite, et il est minutieux et affecté dans sa toilette. Il paraîtrait que ce qu'il aime le mieux de l'amour, c'est ce qu'on appelle communément les bonnes fortunes. L'évidence est ce qu'il préfère à tout, il a des adeptes plutôt que des amis; enfin j'ai conclu de tout ce que j'ai vu qu'il valait mieux le lire que le connaître. Plus tard, je raconterai ce qui lui arriva au sujet des prix décennaux.
J'ai à peine vu madame de Staël, mais j'ai été entourée de personnes qui l'ont beaucoup connue. Ma mère et quelques-unes de mes parentes la fréquentèrent dans sa jeunesse, et m'ont souvent raconté que, dès ses premières années, elle annonça un caractère qui devait la placer en dehors de presque toutes les habitudes sociales. À l'âge de quinze ans, son esprit dévorait déjà les lectures les plus abstraites, les ouvrages les plus passionnés. Le fameux Franclieu de Genève, la trouvant un jour avec un volume de J.-J. Rousseau dans les mains, et entourée de livres de tout genre, dit à sa mère, madame Necker: «Prenez-y garde, vous rendrez votre fille folle, ou imbécile.» Ce jugement sévère ne se réalisa sur aucun des deux points; on peut dire cependant qu'il y a bien eu quelque sorte d'égarement de l'esprit dans la manière dont madame de Staël a entendu son métier de femme au milieu du monde. Entourée chez son père d'un cercle composé de ce que la ville offrait d'hommes célèbres dans tous les genres, excitée par les conversations qu'elle entendait, et par sa propre nature, ses facultés intellectuelles se développèrent à l'excès peut-être. Elle prit le goût de cette brillante controverse qu'elle a tant pratiquée depuis, et où elle se montra si piquante et si distinguée. C'était une personne animée jusqu'à l'agitation, parfaitement vraie et naturelle, qui sentait avec force et exprimait avec feu. Tourmentée par une imagination qui la consumait, trop ardente à l'éclat et au succès, gênée par les lois de la société qui contiennent les femmes dans un cercle borné, elle brava tout, surmonta tout, et souffrit beaucoup de cette lutte orageuse entre le démon qui la poussait, et les convenances qui ne purent la retenir.
Elle eut le malheur d'être excessivement laide et de s'en affliger, car il semblait qu'elle portât au dedans d'elle le besoin de tous les succès. Avec un visage passable, peut-être eût-elle été plus heureuse, parce qu'elle eût été plus calme. Il y avait dans son âme trop d'habitudes passionnées pour qu'elle n'ait pas beaucoup aimé, trop d'imagination dans son esprit pour qu'elle n'ait pas cru souvent qu'elle aimait. La célébrité qu'elle acquit lui attira des hommages, sa vanité s'en réjouit. Quoiqu'elle eût un grand fonds de bonté, elle a excité la haine et l'envie; elle effrayait les femmes, elle blessait une foule d'hommes auxquels elle se croyait supérieure. Cependant quelques amis lui sont demeurés fidèles, et son dévouement, à elle, était toujours complet.
Quand Bonaparte parvint au consulat, on sait quelle célébrité madame de Staël avait déjà acquise par ses opinions, sa conduite et ses ouvrages. Un personnage tel que Bonaparte excita la curiosité, et d'abord un peu l'enthousiasme, d'une femme si éveillée sur tout ce qui était remarquable. Elle se passionna pour lui, le chercha, le poursuivit partout. Elle crut que le concours heureux de tant de qualités distinguées, de tant de circonstances favorables, devaient chez lui tourner au profit de la liberté, son idole favorite; mais elle effaroucha promptement Bonaparte, qui ne voulait être ni observé ni deviné. Madame de Staël, après l'avoir inquiété, lui déplut. Il reçut ses avances froidement; il la déconcerta par des paroles fermes et quelquefois sèches. Il blessa quelques-unes de ses opinions; une sorte de défiance s'établit entre eux, et, comme ils étaient tous deux passionnés, cette défiance ne tarda point à se changer en haine.
À Paris, madame de Staël recevait beaucoup de monde, on traitait chez elle avec liberté toutes les questions politiques. Louis Bonaparte, fort jeune, la visitait quelquefois, et prenait plaisir à sa conversation; son frère s'en inquiéta, lui défendit cette société, et le fit surveiller. On y voyait des gens de lettres, des publicistes, des hommes de la Révolution, des grands seigneurs. «Cette femme, disait le premier consul, apprend à penser à ceux qui ne s'en aviseraient point, ou qui l'avaient oublié.» Et cela était assez vrai. La publication de certains ouvrages de M. Necker acheva de l'irriter; il la bannit de France, et se fit un tort réel par cet acte de persécution si arbitraire. Bien plus, comme rien n'échauffe comme une première injustice, il poursuivit même les personnes qui crurent devoir lui rendre des soins dans son exil. Ses ouvrages, à l'exception de ses romans, furent tronqués en paraissant en France; tous les journaux eurent l'ordre d'en dire du mal; on s'acharna sur elle sans aucune générosité. Tandis qu'elle était repoussée de son pays, les étrangers l'accueillaient avec distinction. Son talent se fortifia des traverses de sa vie, et parvint à un degré d'élévation que beaucoup d'hommes lui auraient envié. Si madame de Staël avait su réunir à la bonté de son coeur, à l'éclat, je dirais presque de son génie, les avantages d'une vie tranquille, elle eût évité la plupart de ses malheurs, et saisi de son vivant le rang distingué qu'on ne pourra lui refuser longtemps parmi les écrivains de son siècle. Il y a dans ses ouvrages des aperçus élevés, forts et utiles, une chaleur qui vient de l'âme, une vivacité d'imagination quelquefois excessive; elle manque de clarté et de goût. En lisant ses écrits, on voit qu'ils sont les résultats d'une nature agitée que l'ordre et la régularité fatiguaient un peu. Sa vie ne fut point précisément celle d'une femme, et ne pouvait pas être celle d'un homme; le repos lui a manqué; c'est une privation sans remède pour le bonheur, et même pour le talent.
Après la première Restauration, madame de Staël est rentrée en France, au comble de la joie de se retrouver dans sa patrie, et d'y apercevoir l'aurore du régime constitutionnel qu'elle avait tant souhaité. Le retour de Bonaparte la frappa de terreur. Elle se vit errante encore une fois, mais son exil ne dura que cent jours. Elle reparut avec le roi; elle était heureuse, elle venait de marier sa fille au duc de Broglie, qui unit à la considération de son nom celle que doit obtenir un esprit sage et distingué; la libération de la France la satisfaisait; ses amis l'entouraient, le monde se pressait autour d'elle. Ce fut à ce moment que la mort la frappa, à l'âge de cinquante ans74. Le dernier ouvrage qu'elle n'avait point terminé, et qu'on a publié depuis sa mort, la fait connaître entièrement75. Cet ouvrage peint de même aussi le temps où elle a vécu, et donne une idée nette et juste du siècle qui l'a enfantée, qui pouvait seul la produire, et dont elle n'est pas un des moindres résultats.
J'ai quelquefois entendu Bonaparte parler de madame de Staël. La haine qu'il lui portait était bien un peu fondée sur cette sorte de jalousie que lui inspiraient toutes les supériorités dont il ne pouvait se rendre le maître, et ses discours étaient souvent d'une amertume qui la grandissait malgré lui, en le rapetissant lui-même pour ceux qui l'écoutaient dans la plénitude de leur raison.
Tandis que madame de Staël pouvait se plaindre si justement des poursuites dont elle fut l'objet, il est une autre femme assurément très inférieure, et moins célèbre, qui n'eut qu'à se louer de la protection que l'empereur lui accorda. Ce fut madame de Genlis. À la vérité, il ne trouva chez elle ni talent ni opinions qui lui fussent contraires. Elle avait aimé et exalté la Révolution; elle sut profiter de toutes ses libertés. Devenue vieille, un peu prude et dévote, elle s'attacha à l'ordre, et manifesta par cette raison, ou sous ce prétexte, une profonde admiration pour Bonaparte. Il en fut flatté; il lui donna une pension, et l'autorisa à une sorte de correspondance avec lui, dans laquelle elle l'avertissait de ce qu'elle lui croyait utile, et lui apprenait de l'ancien régime ce qu'il voulait savoir. Elle aimait et protégeait M. Fiévée, alors fort jeune écrivain; elle le fit entrer dans cette correspondance, et ce fut ainsi qu'il s'établit entre lui et Bonaparte cette sorte de relation dont il s'est vanté depuis. Tout en tirant parti des admirations de madame de Genlis, Bonaparte la jugeait assez bien. Il s'exprima une fois sur elle, devant moi, d'une manière fort piquante, en disant à propos de cette espèce de pruderie qui se fait remarquer dans tous ses ouvrages: «Quand madame de Genlis veut définir la vertu, elle en parle toujours comme d'une découverte.»
La Restauration n'a point rétabli de relations entre madame de Genlis et la maison d'Orléans. M. le duc d'Orléans n'a voulu la voir qu'une fois. Il s'est contenté de lui continuer la pension de l'empereur.
Ces deux femmes ne furent pas les seules qui publièrent des ouvrages sous le règne de Bonaparte. J'en pourrais citer quelques-unes, à la tête desquelles il faudrait mettre madame Cottin, si distinguée par la chaleur d'une imagination passionnée qui se communiquait à son style; madame de Flahault, qui épousa, au commencement de ce siècle, M. de Souza, alors ambassadeur du Portugal, et qui a composé de jolis romans. Il en est d'autres encore dont on trouvera les noms dans tous les journaux du temps. Les romans se sont multipliés en France depuis trente ans, et, par leur lecture seule, on peut assez bien saisir la marche qu'a suivie l'esprit français depuis la Révolution. Le désordre des premières années de cette révolution détournèrent d'abord l'esprit de foules ces jouissances auxquelles il ne prend intérêt que lorsqu'il est en repos. La jeunesse manqua communément d'éducation, les dissidences des partis détruisirent l'opinion publique. Dans le moment où ce grand régulateur avait entièrement disparu, la médiocrité put se montrer sans inquiétude; on risqua toute espèce d'essais en littérature, et les conceptions de l'imagination, toujours plus faciles à proportion qu'elles sont plus bizarres, se publièrent très impunément. Les âmes, échauffées par les événements, se livraient à une exaltation qu'on retrouvait surtout dans l'invention des fables et dans le style de nos romans. La liberté, qui manquait aux hommes, peut seule développer, avec grandeur et profit pour le génie, les émotions que nos grands orages politiques leur avaient fait éprouver. Mais, dans tout les temps, sous tous les règnes, les femmes peuvent parler et écrire sur l'amour, et chez elles la disposition générale tourna au profit des ouvrages de ce genre. Ce n'était plus l'élégance régulière de madame de la Fayette, la recherche spirituelle et fine de madame Riccoboni; on ne s'amusa plus à décrire les usages des cours, les habitudes d'un état de société à peu près détruit; mais on représenta des scènes fortes, des sentiments passionnés, la nature humaine aux prises avec des situations un peu désordonnées. On dévoila souvent le coeur dans ces fables animées, et quelques hommes même, pour donner le change à leurs sensations actives et contenues, se livrèrent aussi à ce genre de composition.
Au reste, il y a quelque chose de vrai et de naturel dans le ton des ouvrages publiés depuis l'époque dont nous parlons, et, même dans les romans, l'exaltation a plutôt trop de force que d'affectation. Du moins, elle n'est point, en général, déviée par un goût faux. L'égarement de notre Révolution a ébranlé la société française; plus tard cette société n'a pu se reformer sur les mêmes errements. Chacun des individus qui la composaient s'est non seulement déplacé, mais a même entièrement changé. Les usages purement de convention ont à peu près disparu, et les relations, les discours, les écrits, les tableaux se sont ressentis de cette différence. On a donc cherché des émotions plus fortes et plus vraies, parce que le malheur développe l'habitude des sensations profondes. Bonaparte ne fit rien reculer, mais il comprima. Le retour d'un ordre régulier dans le gouvernement ramena celui de ce que M. de Fontanes appelait les bonnes lettres. On sentit que le bon goût, la décence, la mesure devaient entrer pour quelque France, les modèles passés dont on cherchait à ne point s'écarter, firent que tout ce qu'on produisit fut en général marqué au coin de l'élégance et de la correction. Tous ceux qui se mêlaient d'écrire écrivaient à peu près bien; mais on se tenait dans une prudente médiocrité, car c'est toujours la force de la pensée qui fait la première qualité du génie, et, quand la pensée se trouve restreinte, on se borne à perfectionner la rédaction. On mit donc toute sa conscience à faire le mieux possible ce qui était permis; de là cette teinte uniforme qui me semble répandue sur la plupart des ouvrages du commencement de ce siècle. Mais, aujourd'hui, la liberté qu'on vient d'obtenir pouvant s'étendre sur tous les points à la fois, ces mêmes progrès de rédaction ne seront point inutiles, et nous avons légué à nos enfants des habitudes de perfectionnement d'exécution, dont l'essor du génie s'enrichira à son tour.
J'ai dit toutefois que, la force nous étant défendue, du moins le naturel nous resta, et, en effet, on le retrouve dans la plupart des productions littéraires de notre temps. Le théâtre, qui craignit de représenter les vices ou les ridicules de chaque classe parce que toutes les classes étaient recréées nouvellement par Bonaparte et qu'il fallait partout respecter son ouvrage, se débarrassa de l'afféterie des temps qui avaient précédé la Révolution. À la tête de nos auteurs comiques, il faut placer Picard, qui souvent, avec originalité et gaieté, a donné l'idée des moeurs et des usages de Paris sous le gouvernement du Directoire; après lui, Duval et quelques auteurs de jolis opéras-comiques. Nous avons vu naître et mourir des poètes distingués: Legouvé, qui avait débuté par la Mort d'Abel, qui fit, depuis la Mort d'Henri IV, et composa de jolies poésies fugitives; Arnault, auteur de Marius à Minturnes; Raynouard, qui eut un grand succès dans les Templiers; Lemercier, qui débuta par Agamemnon, le meilleur de ses ouvrages; Chénier, dont le talent porta une empreinte trop révolutionnaire, mais qui montra quelque connaissance du tragique.
Viennent ensuite une foule de poètes76, tous plus ou moins élèves de M. Delille, et qui, ayant appris de lui la facilité de rimer élégamment, célébrèrent les charmes de la campagne, des plaisirs simples et du repos, au bruit du canon que Bonaparte faisait résonner d'un bout à l'autre de l'Europe. Je ne m'engagerai point dans une longue nomenclature qu'on pourra trouver partout. Il se fit de bonnes traductions. On écrivit peu d'histoires; les temps étaient arrivés où il eût fallu les tracer fortement, et personne ne s'en fût avisé. On était heureusement dégoûté de ce ton léger et moqueur de la philosophie du dernier siècle, qui, renversant toutes les croyances à l'aide du ridicule, parvint à flétrir les choses les plus sérieuses de la vie, et fit un dogme intolérant et railleur de l'irréligion. L'expérience du malheur commençait à repousser l'impiété; l'esprit des hommes se sentait attiré vers une meilleure route; il l'a toujours suivie, quoique un peu lentement77.
Note 77: (retour) Voici ce que pensait mon père de ce chapitre d'histoire littéraire: «Les jugements de ma mère sur la littérature et sur les arts pourront paraître un peu incohérents. C'est, en effet, sous ce rapport qu'il lui restait le plus de ce que j'oserais appeler les préjugés de son éducation. Elle avait une admiration de parti pris pour Louis XIV, avec des aspirations politiques qui seraient insensées, si le gouvernement de Louis XIV était le modèle du gouvernement. De même, elle s'était attachée à la régularité un peu froide et factice de la littérature de ce règne, au point d'en faire le signe et le caractère de la beauté; et cependant, ce qu'elle aimait le mieux quand sa conscience classique n'était pas avertie, c'étaient les choses fortes et vives, naturelles et inattendues. Elle avait, toute jeune, préféré Rousseau à tout. Dès qu'elle eut entrevu la lumière politique, elle s'enthousiasma pour madame de Staël; les nouveautés de Chateaubriand l'avaient séduite. Elle a vu poindre l'aurore du mouvement romantique; elle était passionnée pour les romans de Walter Scott, pour la Parisina et le Childe Harold de Byron, et pour les tragédies de Schiller. Cependant elle paraît penser que la littérature du temps de la Révolution a été désordonnée, applaudir au retour, aux progrès, sous l'Empire, des formes du style correct et de la composition décente, et croire foncièrement, comme tout son temps au reste, qu'elle avait assisté à une renaissance des arts du meilleur aloi.»Ce qu'elle dit de Chateaubriand est un peu sec. Elle ne parle pas assez du goût qu'elle avait pour son talent et qui était assez vif. Il est vrai que son rôle et ses écrits, de 1815 à 1820, lui déplurent beaucoup, et, comme son caractère ne lui avait jamais agréé, elle se laissait aller à quelque sévérité à son égard. Elle l'avait attiré chez elle, de loin en loin, sous l'Empire. Elle aimait qu'il eût l'air de l'apprécier. Il est cependant vrai que sa manière sèche et pincée ne lui allait pas; et cette manière, il ne la quittait que pour prendre un certain laisser aller moqueur et dégoûté, insouciant, voltairien, qu'il n'eut jamais avec elle, et qui ne lui aurait pas convenu davantage. C'est sous ce dernier aspect de sans façon et d'artiste un peu débraillé que le présentait une partie de la société qui l'avait assez connu, et notamment Molé, qui avait eu avec lui quelque camaraderie. Dans ce qu'on pourrait appeler la société du faubourg Saint-Honoré, on jugeait Chateaubriand sévèrement. Ma mère avait vécu loin de madame de Staël; elle avait contre elle les préventions de son éducation et de sa société. Elle n'en entendit guère parler à gens qui l'eussent connue qu'à M. de Talleyrand, qui s'en moquait, et qui était mal pour elle. Comme nos impressions sont beaucoup moins indépendantes de nos opinions qu'il ne le faudrait, celles de ma mère l'empêchèrent d'abord de sentir aussi vivement l'esprit et le talent de madame de Staël qu'elle ne l'aurait dû avec sa propre nature. Ce n'est pas qu'elle n'aimât Corinne et Delphine; mais elle craignait de les aimer, et ce n'était jamais qu'avec des scrupules et des restrictions qu'on se laissait aller, du temps de sa jeunesse, à l'admiration d'ouvrages où l'on croyait entrevoir quelque influence de la philosophie ou de la Révolution. Tout cela était fort changé en 1818. Il y a cependant des traces marquées de l'ancienne manière dont ma mère la jugeait dans ce qu'elle dit ici de sa personne, et même de ses écrits. Je ne puis m'empêcher de sourire un peu quand je la vois donner le repos comme une des conditions du talent. C'est bien là une idée du xviie siècle, ou plutôt de la manière dont les rhéteurs du temps nous faisaient juger le xviie siècle.»
(P. R.)
Les arts, qui n'ont pas tant besoin de liberté que les lettres, n'ont pas cessé de faire des progrès. Mais j'ai déjà dit ailleurs qu'ils ont eu pourtant leur part de la gêne générale. Parmi nos plus fameux peintres, on a compté David, qui malheureusement flétrit sa réputation en se livrant aux plus dégoûtants égarements de l'enivrement révolutionnaire. Après avoir refusé en 1792 de peindre Louis XVI, parce que, disait-il, il ne voulait point que son pinceau retraçât les traits d'un tyran, il se soumit de fort bonne grâce devant Bonaparte, et le représenta sous toutes les formes. Viennent ensuite: Gérard, qui a l'ait tant de portraits historiques, une immortelle Bataille d'Austerlitz, et tout à l'heure une Entrée de Henri IV à Paris, qui a remué toutes les émotions vraiment françaises; Girodet, si recommandable par la pureté de son dessin et la hardiesse de ses conceptions; Gros, peintre éminemment dramatique; Guérin, dont le pinceau ébranle toutes les facultés sensibles de l'âme; Isabey, si habile et si spirituel dans ses miniatures; une foule d'autres encore, dans tous les genres.
L'empereur les protégea tous. La peinture se saisit des sujets qui pouvaient animer ses pinceaux; l'argent fut prodigué aux artistes. La Révolution les avait placés dans la société; ils y occupèrent un rang agréable et quelquefois utile; ils dirigèrent la marche élégante du luxe; et, en même temps, s'animant sur les parties poétiques de notre Révolution et du règne impérial, ils les exploitèrent à leur profit. Bonaparte pouvait bien glacer l'expression des pensées fortes, mais il excitait les imaginations, et cela suffit à la plupart des poètes, et à tous les peintres.
Les progrès des sciences ne furent nullement interrompus. Celles-ci n'inspirent aucune défiance, et sont utiles à tous les gouvernements. L'Institut de France compte des hommes fort distingués. Bonaparte les caressa tous; il en enrichit quelques-uns; il les décora même de ses nouvelles dignités. Il en fit entrer dans son Sénat. Il me semble que c'était faire honneur à ce corps, et que cette idée avait de la grandeur. Les savants n'ont, au reste, pas montré sous son règne plus d'indépendance que les autres classes. Le seul Lagrange, que Bonaparte fit aussi sénateur, vécut cependant assez loin de lui; mais MM. de Laplace, Lacépède, Monge, Berthollet, Cuvier et quelques autres acceptèrent ses faveurs avec empressement, et les payèrent d'une admiration soutenue.
Par une sorte de conscience, je ne terminerai point ce chapitre sans dire un mot d'un grand nombre de musiciens qui ont aussi fait honneur à leur art. La musique s'est fort perfectionnée en France. Bonaparte avait pour l'école italienne un goût particulier. Les dépenses qu'il put faire et qu'il fit pour la transporter en France, nous furent utiles, quoiqu'il mît bien encore quelque chose de sa fantaisie dans la distribution de ses faveurs. Par exemple, il repoussa toujours Cherubini, parce que celui-ci, mécontent une fois d'une critique de Bonaparte, qui n'était encore que général, lui avait répondu un peu brusquement, «qu'on pouvait être habile sur le champ de bataille et ne point se connaître en harmonie». Il avait pris en gré Lesueur78. Il s'emporta au moment de la distribution des prix décennaux, parce que l'Institut ne proclama point ce compositeur, comme ayant mérité le prix. Mais, en général, il protégea fortement cet art. Je l'ai vu recevoir à la Malmaison le vieux Grétry, et le traiter avec une distinction remarquable.
Grétry, Dalayrac, Méhul, Berton, Lesueur, Spontini, d'autres encore se distinguèrent sous l'Empire et reçurent des récompenses pour leurs ouvrages79.
Note 79: (retour) Il est fort regrettable que ma grand'mère, qui était bonne musicienne et qui faisait de jolies romances, n'ait point donné plus de développement à son jugement sur les musiciens de son temps. Pour l'empereur, je trouve dans sa correspondance des lettres intéressantes à ce sujet. Les voici:«Monsieur Fouché, je vous prie de me faire connaître ce que c'est qu'une pièce de Don Juan qu'on veut donner à l'Opéra, et pour laquelle on m'a demandé l'autorisation de la dépense. Je désire connaître votre opinion sur cette pièce sous le point de vue de l'esprit public.--Bologne, 4 messidor an XIII (23 juin 1805).»
Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805)
«Mon frère, je pars cette nuit. Les événements vont devenir tous les jours plus intéressants. Il suffit que vous fassiez mettre dans le Moniteur que l'empereur se porte bien, qu'il était encore vendredi, 12 vendémiaire, à Ludwigsburg, que la jonction de l'année avec les Bavarois est faite. J'ai entendu hier au théâtre de cette cour l'opéra allemand de Don Juan; j'imagine que la musique de cet opéra est la même que celle de l'opéra qu'on donne à Paris; elle m'a paru fort bonne.» Le même jour il écrivait au ministre de l'intérieur:
«Monsieur Champagny, je suis ici à la cour de Wurtemberg, et, tout en faisant la guerre, j'y ai entendu hier de très bonne musique. Le chant allemand m'a paru cependant un peu baroque. La réserve marche-t-elle? Où en est la conscription de l'an XIV?» (P. R.)
De même, les comédiens furent largement protégés. Ce que j'ai dit de la tendance de nos écrivains, peut aussi s'appliquer à l'art du théâtre. Le naturel a gagné dans la diction sur notre scène depuis la Révolution. Le goût a repoussé le gourmé dans le ton tragique, l'affectation dans la comédie. Talma et mademoiselle Mars ont surtout poussé fort loin l'alliance de l'art et de la nature. L'aisance, unie à la force, s'est aussi introduite dans la danse. Enfin, on peut dire qu'il y a de la simplicité, de l'élégance et de l'ensemble dans le système du goût français aujourd'hui, et que toutes les faussetés de fantaisie et de convention ont disparu.
FIN DU TOME DEUXIÈME.
F. Aureau--Imprimerie de Lagny.
LIVRE PREMIER.
CHAPITRE VIII.
1804.
Procès du général Moreau.--Condamnation de MM. de Polignac, de Rivière, etc.--Grâce de M. de Polignac.--Lettre de Louis XVIII.
CHAPITRE IX.
1804.
Organisation de la flotte de Boulogne.--Article du Moniteur.--Les grands officiers de la couronne.--Les dames du palais.--L'anniversaire du 14 juillet.--Beauté de l'impératrice.--Projets de divorce.--Préparatifs du couronnement.
CHAPITRE X.
Décembre 1804.
Arrivée du pape à Paris.--Plébiscite.--Mariage de l'impératrice.--Le couronnement.--Fêtes au champ de Mars, à l'Opéra, etc.--Cercles de l'impératrice.... 60
CHAPITRE XI.
1805.
Bonaparte amoureux.--Madame de X...--Madame de Damas.--Confidences de l'impératrice.--Intrigues du palais.--Murat est élevé au rang de prince.
LIVRE II.
1805-1808.
CHAPITRE XII.
1805.
Ouverture de la session du Sénat.--Rapport de M. de Talleyrand.--Lettre de l'empereur au roi d'Angleterre.--Réunion de la couronne d'Italie à l'Empire.--Madame Bacciochi devient princesse de Piombino.--Représentation d'Athalie.--Voyage de l'empereur en Italie.--Mécontentement de l'empereur.--M. de Talleyrand.--Projets de guerre contre l'Autriche.
CHAPITRE XIII.
1805.
Fêtes de Vérone et de Gênes.--Le cardinal Maury.--Ma vie retirée à la campagne.--Madame Louis Bonaparte.--Les Templiers.--Retour de l'empereur.--Ses amusements.--Mariage de M. de Talleyrand.--La guerre est déclarée.
CHAPITRE XIV.
1805.
M. de Talleyrand et M. Fouché.--Discours de l'empereur au Sénat.--Départ de l'empereur.--Les bulletins de la grande armée.--Misère de Paris pendant la guerre.--L'empereur et les maréchaux.--Le faubourg Saint-Germain.--Trafalgar.--Voyage de M. de Rémusat à Vienne.
CHAPITRE XV.
1805.
Bataille d'Austerlitz.--L'empereur Alexandre.--Négociations.--Le prince Charles.--M. d'André.--Disgrâce de M. de Rémusat.--Duroc.--Savary.--Traité de paix.
CHAPITRE XVI.
1805-1806.
État de Paris pendant la guerre.--Cambacérès.--Le Brun.--Madame Louis Bonaparte.--Mariage d'Eugène de Beauharnais.--Bulletins et proclamations.--Goût de l'empereur pour la reine de Bavière.--Jalousie de l'impératrice.--M. de Nansouty.--Madame de ***.--Conquête de Naples.--La situation et le caractère de l'empereur.
CHAPITRE XVII.
1806.
Mort de Pitt.--Débats du Parlement anglais.--Travaux publics.--Exposition de l'industrie.--Nouvelle étiquette.--Représentation de l'Opéra et de la Comédie française.--Monotonie de la cour.--Sentiments de l'impératrice.--Madame Louis Bonaparte.--Madame Murat.--Les Bourbons.--Les nouvelles dames du palais.--M. Molé.--Madame d'Houdetot.--Madame de Barante.
CHAPITRE XVIII.
1806.
Liste civile de l'empereur.--Détails sur sa maison et sur ses dépenses.--Toilettes de l'impératrice et de madame Murat.--Louis Bonaparte.--Le prince Borghèse.--Les fêtes de la cour.--La famille de l'impératrice.--Mariage de la princesse Stéphanie.--Jalousie de l'impératrice.--Spectacles de la Malmaison.
CHAPITRE XIX.
1806.
La cour de l'empereur.--Maison ecclésiastique.--Maison militaire.--Les maréchaux.--Les femmes.--Delille.--Chateaubriand.--Madame de Staël.--Madame de Genlis.--Les romans.--La littérature.--Les arts.
FIN DE LA TABLE DU TOME DEUXIÈME.
Paris.--Charles Unsinger, imprimeur, 83, rue du Bac.