Collation des feuillets prélim.: titre; 7 pp. pour la dédicace; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour les noms des Acteurs. Le privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

42. La || Svite || dv || Mentevr, || Comedie. || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, || au Palais, dans la petite Salle, sous la montée || de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, dans la petite salle des Merciers, || à l'Escu de France]. || M. DC. XLVIII [1648]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 93 pp.

La collation est la même que dans l'édition in-12 de 1645, mais les caractères sont plus fins et la justification plus petite (109 mm. sur 56). Le privilége est le même, mais il n'y a pas d'achevé d'imprimer.

Cette édition fut sans doute publiée lors de la reprise, dont parle Corneille à la fin de son Examen. Nous en avons vu des exemplaires à la Bibliothèque Cousin, chez M. L. Potier et à la librairie Techener.

43. La Suite du Menteur, Comedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682], Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien que nous ne l'ayons pas vue. Elle doit se composer de 2 ff. et 84 pp. Voy. ci-dessus no 25.

XVI

44. Rodogvne || Princesse || des Parthes. || Tragedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussaint Quinet, au Palais, || sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 9 ff. et 115 pp.

Collation des feuillets prél.: Figure représentant Rodogune qui empêche Antiochus de prendre la coupe; on lit en haut le titre de la tragédie, avec le nom de Corneille, et en bas ces mots: C. le Brun in., au-dessous desquels se trouve l'indication du lieu de publication: A Paris, Au Palais, Auec Priuilege du Roy, 1647 (cette figure, imprimée sur un f. séparé, manque souvent); 1 f. de titre avec un fleuron portant le monogramme de L. Maurry; 4 ff. pour la dédicace à «Monseigneur Monseigneur le Duc d'Anguien»; 2 ff. pour l'extrait d'Appien; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1646, est donné pour cinq ans à Toussainct Quinet, lequel y associe A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du dernier jour de janvier 1647.

Dans certains exemplaires d'un premier tirage, la dernière page est chiffrée par erreur 107.

Dans tous les recueils des œuvres de Corneille, sauf dans la grande édition in-folio de 1663, Rodogune est placée après Théodore, mais il est certain que cette dernière pièce ne fut jouée qu'en 1645, tandis que la première dut l'être dans le courant de l'année 1644. Tous les historiens du théâtre sont unanimes sur ce point. Voltaire a pensé qu'ils se trompaient et que l'ordre chronologique n'avait pas dû être abandonné par Corneille; il a donc reculé la représentation de Rodogune jusqu'en 1646, tandis qu'avec tous les auteurs il a laissé Théodore à l'année 1645. L'ordre dans lequel furent publiées les deux tragédies n'est pas, à notre avis, un motif suffisant pour écarter une tradition universellement admise.

La place occupée par Théodore, dans les éditions de 1647 à 1655, lui fut sans doute donnée en raison de la date à laquelle elle fut publiée. Corneille s'était d'autant plus empressé de la faire imprimer, qu'il espérait que sa Vierge chrétienne, malgré l'échec qu'elle avait subi à Paris, serait bien accueillie sur les théâtres de province, tandis qu'il retarda l'impression de Rodogune pour protéger les droits des comédiens et les siens. Lors de la composition du recueil de 1647, les libraires s'en tinrent à l'ordre dans lequel les pièces avaient été imprimées. Corneille conserva cet ordre, sans y rien changer, jusqu'en 1660, époque à laquelle il se préoccupa de donner une forme définitive aux éditions de ses œuvres. Il mit alors Théodore immédiatement après Pompée, c'est-à-dire avant le Menteur, dans la pensée de la rapprocher de Polyeucte, dont elle était le pendant. La grande édition de 1663 innova sur ce point et rangea toutes les pièces à leur vraie place, y compris Théodore, mais les éditions de 1664 in-8, de 1668 et de 1682 revinrent aux errements antérieurs. A partir de cette époque, il nous paraît facile d'expliquer la transposition faite par Corneille. Les dernières éditions de ses œuvres sont «réglées» à huit pièces par volume; Théodore, étant sa dix-septième pièce, devait naturellement ouvrir le tome IIIe. Il est naturel de penser que le poëte, qui avait commencé le tome IIe par le Cid, aura voulu mettre en tête du tome IIIe, une pièce qui eût obtenu un succès incontesté; il choisit Rodogune et relégua Théodore au second plan, à la fin du volume précédent. L'édition in-folio étant réglée à douze pièces par volume, c'est Pompée qui ouvrait la seconde partie, en sorte que Théodore avait pu sans inconvénient y occuper sa vraie place.

Fontenelle prétend que son oncle fut plus d'un an à disposer le sujet de Rodogune. Il en devait l'idée première à un épisode raconté par Appien; mais, l'histoire ne pouvant être mise sur la scène dans toute sa nudité, le récit de Justin, les témoignages du Livre des Machabées et de Josèphe n'étant d'ailleurs pas conformes sur tous les points aux faits rapportés par l'historien grec, Corneille dut tirer de son propre fonds la plus grande partie du poëme. Cet effort d'imagination lui coûta beaucoup de peine et lui inspira pour Rodogune une affection particulière. «On m'a souvent fait une question à la Cour, dit-il dans son Examen, quel étoit celuy de mes Poëmes que j'estimois le plus, et j'ay trouvé tous ceux qui me l'ont faite si prévenus en faveur de Cinna, ou du Cid, que je n'ay jamais osé déclarer toute la tendresse que j'ay toujours eue pour celui-cy, à qui j'aurois volontiers donné mon suffrage, si je n'avois craint de manquer en quelque sorte au respect que je devois à ceux que je voyois pencher d'un autre costé. Cette préférence est peut-estre en moy un effet de ces inclinations aveugles, qu'ont beaucoup de péres pour quelques-uns de leurs enfans, plus que pour les autres: peut-estre y entre-t'il un peu d'amour-propre, en ce que cette Tragédie me semble estre un peu plus à moy, que celles qui l'ont précédée, à cause des incidens surprenans qui sont purement de mon invention, et n'avoient jamais été veus au Théatre; et peut-estre enfin y a-t'il un peu de vray mérite, qui fait que cette inclination n'est pas tout-à-fait injuste.»

Au moment où Corneille achevait de combiner les scènes de sa tragédie, il fut trahi par un de ceux qui avaient reçu ses confidences. Gabriel Gilbert, auteur dramatique médiocre, dont la reine Christine de Suède avait fait son secrétaire, profita de cette indiscrétion et ne craignit pas d'écrire une Rodogune, qu'il fit représenter sous son nom en 1644, quelques mois avant la pièce de Corneille (Rodogune, Tragi-Comedie; à Paris, chez Toussainct Quinet, 1646, in-4). Le plagiaire avait eu connaissance des quatre premiers actes de la vraie Rodogune, qu'il suivit assez fidèlement, mais il fut abandonné à lui-même pour le cinquième, et le misérable dénoûment qu'il imagina suffit pour révéler son larcin. Corneille ne se plaignit même pas de cet abus de confiance qu'il feignit d'ignorer; la supériorité du style était pour lui une vengeance plus que suffisante. D'ailleurs Gilbert, ignorant de quel auteur le sujet était tiré, n'avait pas su à qui appliquer le nom de Rodogune; il l'avait donné par erreur à la reine que Corneille appelle Cléopatre.

Rodogune fut représentée à l'hôtel de Bourgogne; elle fut jouée par Mlle Bellerose, à ce que nous apprend une mazarinade intitulée: Lettre de Bellerose à l'abbé de la Rivière (1649). Plus tard elle passa dans le répertoire courant de la troupe de Molière. Le Registre de Lagrange en mentionne 23 représentations de 1659 à 1680. Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne ne cessèrent point pour cela de donner Rodogune, si l'on s'en rapporte à la distribution indiquée par Mouhy, dans son Journal du Théatre François (voy. Marty-Laveaux, t. IVe, pp. 406 sq.). Ce furent très-probablement les acteurs que nomme Mouhy: Baron, Villiers, Champmeslé, Lecomte, Mlle de Champmeslé, Mlle Dupin et Mlle Guiot qui représentèrent la pièce à Versailles en octobre 1676, lors de la reprise qui donna lieu au Remerciement de Corneille. C'étaient les mêmes acteurs qui jouaient Rodogune, au commencement de l'année 1685, ainsi que nous l'apprenons par le Manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus, no 19). Les indications de ce manuscrit sont d'autant plus importantes qu'elles viennent corroborer le témoignage de Mouhy. Voici la distribution qu'il nous fournit:

DAMOISELLES.

Cleopatre: Beauval, ou Dupin.
Rodogune: Chanmeslé.
Laodice: Guiot.

HOMMES.

Antiochus: Baron.
Seleuchus: de Villiers, ou le Comte.
Timagene: Chanmeslé.
Oronte: le Comte.

Parmi les artistes qui ont rempli le rôle de Cléopatre, nous citerons, d'après Lemazurier (Galerie des acteurs du Théâtre Français, t. IIe), Mlle Aubert, en 1712; Mlle Lamotte, en 1722; Mlle Balicourt, en 1727; enfin et surtout Mlle Dumesnil. Les plus brillantes interprètes de Rodogune ont été Mlle Gaussin et Mlle Clairon.

Les représentations données par le Théâtre-Français de 1680 à 1870 ont été au nombre de 455, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 133; à la cour, 21;—sous Louis XV: à la ville, 135; à la cour, 14;—sous Louis XVI: à la ville, 34; à la cour, 6;—sous la Révolution, 9;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 67; à la cour, 3;—sous la Restauration, 18;—sous le second Empire, 15.

45. Rodogvne || princesse || des Parthes. || Tragedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || à Paris, || Chez Toussaint Quinet, au || Palais, sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommaville, || au Palais, en la Gallerie des Mer- || ciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé || au Palais, en la Salle des Merciers, || à la Palme]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff. et 87 pp.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé portant ces mots dans un cartouche: La Rodogune, Tragedie de M. de Corneille, 1647 (ce frontispice manque à beaucoup d'exemplaires où il est remplacé par 1 f. blanc); 1 f. de titre; 4 ff. de dédicace à Monseigneur le Prince (le vo du dernier est occupé par un simple fleuron); 4 ff. contenant l'extrait d'Appian Alexandrin et les noms des Acteurs.

Nous avons eu sous les yeux deux exemplaires au nom de Quinet, ou le fleuron et la lettre ornée qui précèdent la dédicace étaient différents, tandis qu'ils étaient pour tout le reste absolument conformes.

Le privilége occupe le verso de la p. 87. Il est au nom de Toussainct Quinet, qui déclare y associer Antoine de Sommaville et Augustin Courbé. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la première fois, le dernier iour de Ianuier 1647.

La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire de cette édition au nom de Courbé, avec la date de 1646. Il y a là une faute d'impression évidente, puisque l'achevé d'imprimer porte, comme dans tous les exemplaires, le dernier jour de janvier 1647.

Vendu: 16 fr. mar. r. doublé de mar. bl. (Gruel), Giraud, 1855 (no 1641);—40 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (no 56).

46. Rodogune, princesse des Parthes, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Trabouillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qu'elle n'ait pas encore été citée. Elle doit compter 2 ff. et 68 pp. Voy. ci-dessus no 25.

XVII

47. Theodore || vierge et martyre, || Tragedie ]| chrestienne. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes; ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à l'Escu de France; [ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en || la Gallerie des Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVI [ou M. DC. XLVII] [1646 ou 1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 5 ff. et 128 pp.

Collation des feuillets prélim.: figure représentant la décollation de sainte Théodore; titre avec le fleuron de Laurens Maury et ses initiales L. M.; 5 pp. pour la dédicace à Monsieur L. P. C. B.; 1 p. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1646 (comme le privilége de Rodogune), est accordé pour cinq ans à Toussainct Quinet, qui déclare y associer A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du dernier jour d'octobre 1646.

La plupart des exemplaires de cette édition que nous avons vus portent la date de 1647; ce sont ceux dans lesquels nous avons trouvé le frontispice gravé. La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire de 1646, sans frontispice avec le nom de Courbé. Un autre exemplaire est porté au Catalogue Pompadour, no 890. Il est possible que la gravure n'ait pas été achevée, lorsque les premiers exemplaires furent mis en vente.

En écrivant Théodore, Corneille espéra renouveler le succès de Polyeucte. Il écrivit Théodore après Polyeucte, comme il avait écrit la Place Royale après la Galerie du Palais, Cinna après Horace, la Suite du Menteur après le Menteur. Il emprunta le sujet de la pièce au De Virginibus de saint Ambroise et crut pouvoir mettre sur la scène une légende presque semblable à celle de sainte Agnès, que les spectateurs naïfs du moyen âge écoutaient avec un recueillement religieux. Nous connaissons un drame provençal du commencement du XIVe siècle, auquel cette dernière sainte donne son nom (Sancta Agnes, provenzalisches geistliches Schauspiel, herausgegeben von Karl Bartsch; Berlin, Weber, 1869, pet. in-8), et dans les premières années du XVIIe siècle, Pierre Troterel, seigneur d'Aves, en fit l'héroïne d'une tragédie (Tragédie de Sainte Agnes, par le Sieur d'Aves; Rouen, David du Petit Val, 1615, pet. in-12 de 95 pp.). Personne alors ne trouvait mauvais qu'une partie de l'action se passât dans un lieu de prostitution; mais Corneille avait épuré le goût public, et les spectateurs ne purent supporter le quatrième acte de sa pièce. Jouée, en 1645, par les comédiens du Roi, Théodore n'eut, d'après le Journal du Théatre François, que cinq représentations. Corneille ne put dissimuler son échec: «La representation de cette Tragédie, dit-il dans son Examen, n'a pas eu grand éclat, et sans chercher des couleurs à la justifier, je veux bien ne m'en prendre qu'à ses défauts, et la croire mal faite, puisqu'elle a été mal suivie. J'aurois tort de m'opposer au jugement du Public; il m'a été trop avantageux en d'autres Ouvrages pour le contredire en celui-cy, et si je l'accusois d'erreur ou d'injustice pour Théodore, mon exemple donneroit lieu à tout le monde de soupçonner des mesmes choses les Arrests qu'il a prononcez en ma faveur. Ce n'est pas toutefois sans quelque satisfaction, que je voy la meilleure et la plus saine partie de mes Juges imputer ce mauvais succès à l'idée de la prostitution qu'on n'a pû souffrir, bien qu'on sçeust assez qu'elle n'auroit point d'effet, et que pour en extenuer l'horreur j'aye employé tout ce que l'Art et l'expérience m'ont pû fournir de lumiéres; pouvant dire du quatrieme Acte de cette Pièce que je ne croy pas en avoir fait aucun, où les diverses passions soient ménagées avec plus d'adresse et qui donne plus lieu à faire voir le talent d'un excellent Acteur.» Dans les provinces, les spectateurs étaient moins exigeants qu'à Paris. Après avoir remarqué que la Suite du Menteur n'y fut point donnée, Corneille termine l'Examen de cette pièce par la réflexion suivante: «Le contraire est arrivé de Théodore, que les Troupes de Paris n'y ont point rétablie depuis sa disgrace, mais que celles des Provinces y ont fait assez passablement réüssir.»

Nous avons déjà parlé (voy. le no 44) du rang assigné à Théodore, dans les diverses éditions collectives que Corneille donna de ses ouvrages. Nous n'avons pu voir d'autre motif à l'interversion qui l'a fait passer avant Rodogune, et même, en 1660, avant le Menteur, que le désir qu'eut le poëte de la rapprocher de Polyeucte et de ne pas mettre en tête d'un volume une pièce qui n'avait pas obtenu un complet succès.

48. Theodore || vierge et martyre, || tragedie chrestienne. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, || au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVI [1646]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff., 82 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur L. P. C. B.; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1646, est accordé pour cinq ans à Toussainct Quinet, qui déclare y associer Antoine de Sommaville et Augustin Courbé. L'achevé d'imprimer pour la première fois est du dernier jour d'octobre 1646.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire au nom de Courbé, avec la date de 1647, qui ne présente d'ailleurs aucune différence avec les exemplaires datés de 1646.

Vendu: 20 fr., mar. r. doublé de mar. bl. (Gruel), Giraud, 1855 (no 1639);—75 fr., mar. r. (Duru et Chambolle), Potier, 1870 (no 1230).

49. Theodore vierge et martyre, Tragedie chrestienne. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Trabouillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Cette édition doit se composer de 2 ff. et 76 pp.

Vendu: 6 fr. mar. v. (Duru), Giraud, 1855 (no 1640).

XVIII

50. Heraclivs || emperevr || d'Orient, || Tragedie, || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, || sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff., 126 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. de titre avec un fleuron, au monogramme de L. Maurry; 3 ff. pour la dédicace A Monseigneur Seguier, Chancelier de France; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des Acteurs.

Le privilége, dont le texte remplit le dernier f., est accordé pour cinq ans à T. Quinet, à la date du 17 avril 1647, et Quinet déclare y associer A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du 28 juin 1647.

Les libraires associés pour la publication de la pièce eurent un procès dont Scarron (éd. de 1786, t. VIIe, p. 56) nous a conservé le souvenir dans les vers suivants, que M. Marty-Laveaux a relevés:

Si l'on ne payoit point les Muses,

Elles deviendroient bien camuses;

On ne feroit plus rogatums,

On n'imprimeroit que factums;

Courbé, Quinet et Sommaville

Finiroient leur guerre civile,

Et ne s'entre-plaideroient plus

Pour Cassandre et l'Heraclius.

Dans le procès intenté par Quinet à ses deux associés Sommaville et Courbé, Corneille, croyons-nous, donna raison aux derniers. Leurs deux noms figurent, en 1648, sur une édition de Polyeucte (no 28), tandis qu'on n'y voit pas celui de Quinet. Du reste la brouille ne fut pas de longue durée. Courbé ayant obtenu, en 1648, un privilége pour les pièces de Corneille, y associa Sommaville et Quinet. Leur entente est constatée par le recueil de 1648, dont l'achevé d'imprimer est du 31 septembre. (Voy. notre chapitre III.)

Héraclius fut représenté à l'hôtel de Bourgogne vers la fin de l'année 1646. Nous adoptons cette date et non celle de 1647 que nous fournissent les historiens du théâtre, parce que le passage du Déniaisé de Gillet de la Tessonnerie, que cite M. Marty-Laveaux (t. V, p. 117), nous paraît tout à fait concluant. Dans cette comédie figurent deux amants qui se vantent tour-à-tour de leur galanterie pour leur belle:

J'ay fait voir à Daphnis dix fois Heraclius,

—Moy, vingt fois Themistocle et peut-estre encor plus.

Le privilége du Déniaisé est daté du 9 mars 1647. Si l'on tient compte du temps nécessaire pour l'obtention des lettres royales; si l'on réfléchit que les acteurs ne jouaient alors que trois fois par semaine, et qu'une pièce ne pouvait avoir plus de dix représentations en un mois; si enfin l'on admet que la Tessonnerie ne put composer et faire jouer sa pièce en moins d'un mois, on est forcé de placer Héraclius avant la fin de l'année 1646. Corneille lui-même nous fournit un argument à l'appui de cette opinion. Dans l'avis au lecteur qui précède Rodogune (dont l'achevé d'imprimer est du 31 janvier 1647), il dit que cette tragédie n'est pas la seule où il ait pris de la liberté avec l'histoire, et il ajoute: «Je l'ay poussée encore plus loin dans Heraclius que je viens de mettre sur le théatre.» Cette phrase, écrite au commencement de l'année 1647, se rapportait sans doute à un événement antérieur de quelques semaines.

Corneille composa Héraclius en combinant plusieurs passages des Annales ecclesiastici de Baronius. «Cette Tragédie, nous dit-il dans son Examen, a encore plus d'effort d'invention que celle de Rodogune, et je puis dire que c'est un heureux Original, dont il s'est fait beaucoup de belles copies, si-tost qu'il a paru.» Malgré la netteté de cette déclaration faite par un homme dont on connaît la franchise, quelques critiques du commencement du XVIIIe siècle s'avisèrent de rechercher une comédie de Calderon intitulée: En esta vida todo es verdad y todo mentira, qui présente dans certains passages de frappantes analogies avec Héraclius, et prétendirent que le poëte français avait emprunté sa pièce à l'Espagne. Cette assertion fut avancée assez à la légère dans le Mercure de 1724, mais démentie par le savant jésuite Tournemine, dont Jolly reproduisit les observations dans l'Avertissement des Œuvres de Corneille, publiées par lui en 1738. Quelque incroyables que fussent les accusations de plagiat portées contre Corneille, Voltaire n'hésita pas à les reprendre, mais ne trouva pour les soutenir que les plus détestables raisons. Corneille n'emprunta rien à Calderon; ce fut au contraire l'auteur espagnol qui fit entrer des fragments de la pièce de Corneille dans une conception presque insensée. Sa comédie de Todo es verdad y todo mentira, ne fut publiée que 17 ans après Héraclius (Tercera Parte de las Comedias de D. Pedro Calderon de la Barca; Madrid, por Domingo Garcia Morràs, 1664, in-4 de 6 ff. non chiff. et 272 ff. chiff.); c'est ce que M. Viguier (Anecdotes littéraires sur Pierre Corneille; Rouen, 1846, in-8, pp. 13 sqq., et Œuvres de Corneille, éd. Marty-Laveaux, t. Ve, pp. 122 sqq.), a démontré d'une manière irréfragable. Il faut toute la passion d'un «Franzosenfresser» comme M. de Schack (Geschichte der dramatischen Literatur und Kunst in Spanien, t. IIIe, p. 177; Nachtrag, p. 104), ou toute l'ardeur castillane d'un poëte comme M. Harzenbusch, qui fait de la question une question d'amour-propre national, pour accuser Corneille d'un plagiat commis au contraire à son détriment.

Au dire de Corneille, le poëme d'Héraclius «est si embarrassé, qu'il demande une merveilleuse attention. J'ay veu, ajoute-t-il, de fort bons esprits, et des personnes des plus qualifiées de la Cour, se plaindre de ce que sa représentation fatiguoit autant l'esprit qu'une étude sérieuse. Elle n'a pas laissé de plaire, mais je croy qu'il l'a fallu voir plus d'une fois, pour en remporter une entière intelligence.» La troupe de Molière donna plus tard Héraclius, comme la plupart des autres pièces de Corneille. Le Registre de Lagrange en mentionne 14 représentations de 1659 à 1680, dont 7 pour la seule année 1661. D'après une tradition recueillie dans l'édition de la Bruyère, donnée par Coste en 1731 (t. Ier, p. 3), Molière «réussit si mal la première fois qu'il parut à la tragédie d'Héraclius, dont il faisoit le principal personnage, qu'on lui jeta des pommes cuites qui se vendoient à la porte, et il fut obligé de quitter». Peut-être la malheureuse représentation où Molière subit cet affront est-elle celle que Lagrange cite à la date du samedi 18 mai 1659, avec une recette de 72 livres. Molière n'avait pour sa part que 3 livres!

Robinet nous raconte, dans sa Lettre en vers à Madame, du 1er décembre 1668, une représentation d'Héraclius donnée chez Monsieur:

Lundy, les Altesses Royales,

En l'une de leurs grandes Sales,

Où tout brilloit tant que rien plus,

Veirent le grand Héraclius,

L'un des beaux fruits des doctes Veilles

Du digne Aîné des deux Corneilles,

Qu'avec un honneur non tel quel,

Jouërent Messieurs de l'Hôtel.

Au commencement de l'année 1685, Héraclius était distribué de la manière suivante:

DAMOISELLES.

Pulcherie: Chanmeslé.
Léontine: Beauval, ou Dupin.
Eudoxe: Poisson.

HOMMES.

Héraclius: Baron, ou Dauvilliers.
Marsian: Dauvilliers, ou le Comte.
Phocas: Chanmeslé.
Crispe: Hubert, ou le Comte.
Octavian: Raisin L.
Amintas: Beauval.

De 1680 à 1870, le Théâtre-Français a donné 305 représentations d'Héraclius, savoir: sous Louis XIV; à la ville, 60; à la cour, 4;—sous Louis XV; à la ville, 137; à la cour, 17;—sous Louis XVI; à la ville, 18; à la cour, 6;—sous la Révolution: 5;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 40; à la cour, 2;—sous la Restauration: 13;—sous le second Empire: 3.

51. Heraclivs || Emperevr || d'Orient, || Tragedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la gallerie des Merciers, || à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 93 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les Acteurs.

Le privilége est le même que dans l'édition in-4 qui précède. Il se termine par la même mention et le même achevé d'imprimer.

Cette édition dut paraître peu de temps après l'édition in-4. Dans la lettre citée ci-dessus, Conrart dit à Félibien, à la date du 16 août 1647: «Je tiendray le petit Heraclius tout prest pour vous l'envoyer par la premiere commodité d'amy qui se présentera.»

Vendu: 21 fr. mar. bl. doublé de mar. r. (Gruel), Giraud, 1855 (no 1642);—40 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (no 57).

52. Heraclivs || Emperevr || d'Orient, || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luine, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes. || M. DC. LII. [1652]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 82 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des Acteurs.

Cette édition est imprimée en petits caractères très-nets; la justification est de 104 mm. sur 58, tandis que l'édition de 1647 a 111 mm. sur 58. Il existe des exemplaires de l'édition de Guillaume de Luine, avec la date de 1653. Nous avons pu nous convaincre à la Bibliothèque Cousin, où nous avons trouvé un exemplaire sous chacune des deux dates, que les deux catégories d'exemplaires appartiennent à une seule et même édition.

53. Heraclius Empereur d'Orient, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Cette édition doit se composer de 2 ff., 72 pp. et 1 f. blanc.

Voy. la note du no 25.

XIX

54. Dessein de la Tragedie || d'Andromede, || Représentée sur le Theatre || Royal de Bourbon. || Contenant l'ordre des Scénes, la descri || ption des Theatres & des Machines, || & les paroles qui se chantent || en Musique. || Imprimé à Roüen, aux despens de l'Autheur. || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. || Et se vend à Paris, chez Augustin Courbé, || Imprimeur & Libraire ordinaire de M. le Duc || d'Orleans, au Palais, à la Palme. In-8 de 68 pp., y compris le titre.

Au verso du titre, se trouve l'extrait du privilége accordé à Corneille, pour cinq ans, à la date du 12 octobre 1649. L'achevé d'imprimer est du 3 mars 1650.

Mazarin, qui avait apporté d'Italie le goût de l'opéra et des représentations à grand spectacle, fit jouer, pendant le carnaval de 1647, un ballet italien intitulé Orphée (Orphée, Tragi-Comedie en Musique en Vers Italiens, représentée devant Leurs Majestés; Paris, Sebastien Cramoisy, 1647, in-4 de 29 pp.). Malgré les splendeurs de la mise en scène, ce ballet n'eut qu'un médiocre succès, que Renaudot, le rédacteur de la Gazette, ne parvint pas à grandir. Les spectateurs ne comprirent pas les vers italiens, ou, s'ils les comprirent, ne purent qu'en déplorer la faiblesse. Mazarin, pour faire mieux goûter par le public le genre de fêtes qui lui plaisait, eut alors l'idée de monter un opéra français, dont les vers fussent écrits par le plus grand poëte de l'époque; il désigna Corneille pour le composer. Le poëte n'eut pas le choix du sujet, qui lui fut probablement imposé par le cardinal. Il s'agissait d'utiliser les décorations et les machines exécutées sous la direction de l'Italien Torelli, pour le ballet d'Orphée, et l'on ne pouvait mettre sur la scène qu'un grand spectacle mythologique.

Le sujet d'Andromède avait été traité plusieurs fois déjà par les faiseurs d'opéras italiens (Andromeda, Tragicomedia boscareccia di Diomisso Guazzoni, [Cremonese]; in Venetia, per Domenico Imberti, 1587 et 1599 in-12;—Andromeda, Tragicomedia per Musica [poesia di Ridolfo Campeggi, Bolognese, musica di Girolamo Giacobbi, maestro di capella di S. Petronio]; in Bologna, per Bartolommeo Cecchi, 1610, in-12;—Andromeda, Dramma per Musica rappresentato nel Teatro di S. Cassiano di Venezia l'anno 1637, [poesia di Benedetto Ferrari, di Reggio di Modena, musica di Francesco Manelli, di Tivoli]; in Venezia, per Antonio Bariletto, 1637, in-12;—Andromeda, Festa teatrale [di Ascanio Pio di Savoja]; in Ferrara, 1639, in-fol., figg.); nul doute que Corneille n'ait eu entre les mains sinon toutes ces compositions, au moins les plus récentes, et qu'il ne s'en soit inspiré.

La musique d'Andromède fut écrite non pas, comme l'a cru Voltaire, par le compositeur Boesset, ou Boissette, mais par le poëte burlesque Dassoucy, qui, dans un fragment de recueil placé à la suite d'un exemplaire de ses Rimes redoublées que possède la Bibliothèque de l'Arsenal, dit expressément: «C'est moy qui ay donné l'âme à l'Andromede de M. de Corneille.» Ce passage a été relevé, pour la première fois, par M. Paul Lacroix (la Jeunesse de Molière, p. 173), et M. Fournier (Notes sur Corneille, p. xc) en a rapproché avec beaucoup de raison le sonnet adressé par Corneille à Dassoucy sur son Ovide en belle humeur, sonnet qui fut écrit en 1650, l'année même de la représentation d'Andromède.

L'hypothèse des deux savants que nous venons de citer est maintenant une certitude. Dassoucy a fait imprimer des Airs à quatre parties (Paris, Robert Ballard, 1653, très-pet. in-8 obl.), qui contiennent deux fragments d'Andromède, un morceau du Prologue: Cieux, escoutez, escoutez, Mers profondes, et un morceau de l'acte quatrième: Vivez heureux amants. Ce petit recueil est d'autant plus intéressant qu'il contient quelques vers de Corneille à Dassoucy, qui ont échappé à tous les éditeurs. Nous les reproduirons dans notre chapitre Ve.

Corneille se mit à l'œuvre en 1647, assisté de Dassoucy et de Torelli. Une maladie du roi et les pieuses exhortations de Vincent de Paul retardèrent la représentation, qui devait avoir lieu pendant le carnaval de 1648. Dans une lettre datée du 20 décembre 1647, Conrart nous donne à ce sujet de curieux détails. «On préparoit, dit-il, force machines au palais Cardinal, pour représenter à ce carnaval une comedie en musique dont M. Corneille a fait les paroles. Il avoit pris Andromede pour sujet, et je crois qu'il l'eust mieux traité à nostre mode que les Italiens; mais depuis la guerison du Roy, M. Vincent a degousté la Reine de ces divertissemens, de sorte que tous les ouvrages ont cessé (Lettres familieres de M. Conrart à M. Felibien; Paris, Barbin, 1681, in-12, pp. 110 sq.).» Ce témoignage est confirmé par un passage de Dubuisson-Aubenay, emprunté par M. Marty-Laveaux (t. Ve, pp. 247 sq.) à un manuscrit de la Bibliothèque Mazarine. «L'affaire de la comedie françoise d'Andromede, dit-il entre le 2 et le 8 janvier 1648, pour l'avancement de laquelle le sieur Corneille avoit receu 2400 livres, et le sieur Torelli, gouverneur des machines de la piece d'Orphée, ajustandes à celle-cy, plus de 1200 livres, a été derechef rompue ou intermise, apres avoir été nagueres remise sus.»

Les théâtres furent fermés pendant la Fronde, et la représentation d'Andromède fut encore ajournée. Le 18 août 1649, le roi revint à Paris; mais plusieurs mois s'écoulèrent avant que la cour pût se donner le divertissement d'un grand opéra. Ce n'est que vers la fin de janvier 1650 que les comédiens du Petit-Bourbon donnèrent la pièce de Corneille. Le succès en fut très-grand, et Renaudot en fit un long et pompeux éloge dans un extraordinaire de la Gazette daté du 18 février 1650.

Nous parlerons à l'article suivant d'une distribution d'Andromède indiquée à la main dans un exemplaire de la pièce qui a fait partie de la bibliothèque de M. de Soleinne. Il paraît certain que les chanteurs, quels qu'ils fussent, se faisaient remplacer sur la scène par de simples comparses. On lit dans le registre de Lagrange, à propos de la représentation de Psyché (1671): «Jusques icy les Musiciens et Musiciennes n'avoient point voulu paroistre en public. Ils chantoient à la comédie dans des loges grillées et treillissées. Mais on surmonta cet obstacle et avec quelque legere despance on trouva des personnes qui chanterent sur le theastre á visage descouvert habillées comme les comediens.»

Certains passages d'Andromède devinrent populaires, soit à cause des paroles, soit à cause de la musique. Ainsi l'on trouve dans le Nouveau Recueil de Chansons et Airs de cour pour se divertir agréablement (A Paris, chez Marin Leché, 1656, in-12, pp. 51 sq.) l'Air chanté aux grandes Machines d'Andromede à la gloire de nostre Monarque:

Cieux, escoutez; escoutez, Mers profondes,

Et vous, Antres et Bois, bis.

Affreux deserts, rochers battus des ondes, etc.

(Vers 75 à 89 d'Andromède.)

Le Dessein de la Tragedie, simple programme à l'usage des spectateurs, qui, nous le voyons par les premiers mots du texte, fut rédigé par Corneille lui-même, témoigne à lui seul du grand succès de l'opéra. Le 18 février, Renaudot parlait de personnes qui avaient vu jouer cet ouvrage dix ou douze fois; or ce n'est que le 3 mars suivant que s'achève l'impression du programme destiné certainement à faciliter au public l'intelligence des représentations ultérieures. Cela permet de supposer que la pièce, interrompue par le carême, dût être reprise après Pâques.

55. Andromede || tragedie. || Representée auec les Machines || sur le Theatre Royal || de Bourbon. || A Roüen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || M. DC. LI. [1651]. || Auec Priuilege du Roy. || Et se vendent A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, || dans la Salle Dauphine, à la bonne || Foy Couronnée. In-12 de 8 ff. prélim. et 92 pp., y compris 1 f. pour le privilége.

Les ff. prélim. comprennent: 1 f. blanc et 1 f. de titre, puis 6 ff. signés à pour la dédicace à M. M. M. M., l'Argument, les noms des Acteurs et la Decoration du Prologue.

Le privilége, accordé à Corneille, pour «deux pièces de théâtre, l'une intitulée Andromede et l'autre D. Sanche d'Arragon,» est daté du 11 avril 1650 et garantit sa propriété pendant dix ans. L'achevé d'imprimer est du 13 août 1650.

Vendu: 52 fr. vél., Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875, no 59.

56. Andromede || Tragedie. || Représentée auec les Maschines sur le || Theatre Royal de Bourbon. || A Roüen, || Chez Laurrens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LI. [1651]. || Et se vendent A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, dans la Salle || Dauphine, à la bonne Foy Couronnée. In-4 de 6 ff. et 123 pp., plus 6 grandes figures pliées.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé représentant une scène du 1er acte, et portant le titre de la pièce avec le monogramme de François Chauveau; titre imprimé; 3 pp. pour la dédicace à M. M. M. M.; 3 pp. pour l'argument; 1 f. pour le nom des Acteurs et la Décoration du Prologue.

Corneille avoue à la fin de l'Argument que cette pièce n'est que pour les yeux; c'est assez dire que les figures ont une grande importance.

Ces cinq figures sont doubles et doivent être montées sur onglet. La première, qui se place avant le prologue, représente une grotte percée à jour par la mer; les premiers plans sont occupés par des arbres et des rochers; au-dessus de la grotte paraissent, à gauche du théâtre, Melpomène, la muse de la tragédie, et, à droite, le soleil traîné dans un char à quatre chevaux.

La deuxième figure précède l'acte 1er; on y voit l'apparition de Vénus, au-dessus des palais somptueux qui ornent la capitale du royaume de Céphée. Les personnages se prosternent devant la déesse. Les hommes portent un costume de fantaisie assez voisin des costumes de parade en usage sous Louis XIV; quant aux femmes, leur habillement est tout moderne.

La troisième figure, qui manque à la plupart des exemplaires que nous avons vus, représente le «jardin délicieux» où se passe le second acte. On y voit de chaque côté des «vases de marbre blanc qui portent alternativement, les uns des statues d'où sortent autant de jets d'eau, les autres des myrthes, des jasmins, et d'autres arbres de cette nature». Les acteurs, qui occupent la scène, contemplent avec étonnement les zéphyrs qui apparaissent dans les nuages.

La quatrième figure précède le 3e acte. Elle représente Andromède attachée aux rochers en habit de noce et sur le point d'être dévorée par le monstre, lorsque Persée apparaît dans les airs monté sur Pégase. Sur le devant de la scène est ménagé un coin du rivage, où se tiennent Cassiope, Timante et le Chœur, vivement émus à la vue de cette scène prodigieuse.

La cinquième figure, placée en tête du 4e acte, nous montre une cour magnifique entourée de portiques et de statues. Junon, portée dans un char que traînent deux vastes paons, apparaît dans les airs aux regards étonnés de Phinée et d'Ammon.

La sixième figure, qui précède le 5e acte, représente la cour d'un temple, décoré de colonnes couplées, dont les bases sont ornées de bas-reliefs. Dans les nuages apparaissent Jupiter et Neptune, et les personnages tombent encore une fois en adoration devant les dieux.

Les six figures portent le no de la page à laquelle elles correspondent. Celle du Prologue est signée: Giacomo Torelli jnu., Berdot de Montbelliard pinx.; Fr. Chauueau fe.; les trois figures suivantes ne sont pas signées; la cinquième porte en toutes lettres le nom de Chauveau, la sixième n'a que ses initiales. Les figures sont d'un format double de celui du livre; elles doivent en conséquence être repliées.

La plupart des exemplaires que nous avons eus entre les mains sont incomplets d'une ou deux figures; presque toujours aussi les figures ont été atteintes par le couteau du relieur, en sorte que les chiffres qui renvoient aux pages de l'édition ont disparu. Un accident de ce genre était arrivé à l'exemplaire que M. Marty-Laveaux a collationné et lui a fait croire (t. Ve, p. 253) que les figures avaient été gravées pour être vendues séparément. Nous donnons notre description d'après un exemplaire qui appartient à M. le baron James de Rothschild.

Comme le remarque M. Marty-Laveaux, les décorations de Torelli montrent une grande magnificence, mais elles manquent de variété. On y retrouve toujours la forme des coulisses, au lieu d'y admirer les effets imprévus que savent produire les artistes modernes. Ajoutons que les apparitions qui terminent les cinq actes, et la manière dont tous les acteurs se prosternent, nous paraîtraient aujourd'hui fastidieuses.

Le Registre de Lagrange nous apprend ce que devint l'œuvre de Torelli, qui avait tant excité l'admiration du public. En 1660, le théâtre du Petit-Bourbon fut démoli; les comédiens obtinrent à grand'peine un autre asile. Ils demandèrent la faveur d'emporter pour leur nouvel établissement du Palais-Royal les loges et les autres choses nécessaires, «ce qui fust accordé, sous réserve des décorations que le sr de Vigarani, machiniste du Roy, nouvellement arrivé à Paris, se réserva sous prétexte de les faire servir au pallais des Tuilleries, mais il les fist brusler jusques à la dernière, affin qu'il ne restât rien de l'invention de son prédécesseur, qui étoit le sr Torelli, dont il vouloit ensevelir la mémoire.»

Le privilége, daté du 12 mars 1651, se trouve au verso de la p. 123. Il y est dit que: «Nostre cher et bien amé le sieur Corneille, Nous a fait remonstrer, qu'il a cy-devant donné au Public diverses pieces de théatre qui ont esté receuës avec succez, et qu'il est sollicité d'en mettre maintenant au jour quatre nouvelles intitulées, Andromede, le Feint Astrologue, et les Engagemens du hazard; ce qu'il ne peut faire sans avoir nos Lettres de permission sur ce necessaires... etc.» Le privilége lui est accordé pour dix ans, «à condition qu'il sera mis deux Exemplaires de chaque volume, qui sera imprimé en vertu des presentes, en nostre Bibliotheque publique, et un en celle de nostre tres-cher et feal le Sieur marquis de Chasteauneuf Chevalier, Garde-des-Seaux de France.»

Ainsi Corneille demande et obtient sous son nom le privilége nécessaire à l'impression de deux des pièces de son frère; le Feint Astrologue et les Engagements du hazard. On ne peut croire qu'il y ait là une confusion involontaire; le libellé du privilége ne permet pas de le supposer. Il est probable que Thomas Corneille aura voulu, grâce à cette innocente supercherie, obtenir pour ses pièces les conditions exceptionnellement favorables auxquelles la grande réputation de son frère pouvait seule prétendre. Nous trouvons une confusion semblable dans le privilége de Pertharite.

L'obligation imposée au titulaire du privilége de déposer deux exemplaires de chaque impression de son ouvrage dans la bibliothèque du Roi et un dans celle du Garde des sceaux est un détail intéressant pour l'histoire du dépôt légal; elle se retrouve dans plusieurs autres priviléges accordés à Corneille.

Le privilége ne fait aucune mention des libraires cessionnaires; l'achevé d'imprimer est du 13 août 1651.

On sera frappé de ce que l'édition in-4o n'ait pas été imprimée en vertu du privilége du 12 octobre 1649, spécial au Dessein de la Tragédie d'Andromede, ni même en vertu de celui du 11 avril 1650 déjà relatif à Andromède; il est à croire que l'auteur et le libraire Charles de Sercy ayant entrepris de faire graver à grands frais des figures pour l'édition in-4o auront voulu obtenir un privilége qui garantît leurs droits pendant une année de plus. L'exécution des planches dut aussi retarder la publication de cette édition, postérieure d'un an à l'édition in-12.

M. Marty-Laveaux (t. Ve, pp. 257 et 313) a supposé que l'achevé d'imprimer du 13 août 1650, qui se trouve à la fin d'Andromède dans le recueil de 1654, était une faute d'impression. Il n'a pas remarqué que la même date se trouvait à la fin de l'édition in-12 de 1651; la différence des priviléges suffirait au besoin pour déterminer l'ordre dans lequel les deux éditions doivent être classées et ne permet pas de supposer une erreur de date dans les achevés d'imprimer.

On trouve au Catalogue Soleinne (t. Ier, pp. 251-253) la description d'un exemplaire de la grande édition d'Andromède, dans lequel les noms des acteurs ont été ajoutés d'une écriture du temps, en regard des noms des personnages, de la manière suivante:

DIEUX DANS LES MACHINES.

du parc     Jupiter.
M. beiart     Junon.
de brie     Neptune.
L'éguisé     Mercure.
beiart     Le Soleil.
M. de brie     Venus.
M. Herué     Melpomene.
vauselle     Eole.
M. de brie     Cymodoce.
M. Menon     Ephyre.
M. Magdelon     Cydippe.
valets     Huit Vents.

HOMMES.

dufresne     Cephée.
M. vauselle     Cassiope
M. beiart     Andromede.
Molière
Chasteauneuf
} Ces deux noms
sont raturés.
Phinée.Chasteauneuf.
Persée. Moliere.
beiart     Timante.
de vauselle     Ammon.
M. de brie     Aglante.
M. herué     Cephalie.
M. Magdelon     Liriope.
L'Eguisé     Un page de Phinée.
L'Estang     Chœur du peuple.
M. herué     phorbas.

M. P. Lacroix n'a pas hésité à reconnaître, dans ces annotations, un autographe de Molière. Nous ne serons pas aussi affirmatif, mais nous dirons que, si elles n'émanent pas de Molière lui-même, elles sont du moins l'œuvre d'un de ses camarades. C'est dans une de ses tournées en province, peut-être à Lyon, que Molière donna des représentations d'Andromède. Parmi les acteurs nommés ci-dessus, L'Eguisé, Vauselle, Dufresne, Chasteauneuf, Hervé, L'Estang, Mlles de Vauselle, Menon et Magdelon n'avaient pas encore été cités comme ayant appartenu à sa troupe. Tout en relevant ces particularités, M. P. Lacroix signale une curieuse transposition dans le texte de la pièce. Plusieurs vers du rôle de Céphalie sont mis à dessein dans celui d'Aglante. Le savant bibliophile fait, à ce propos, de très-ingénieuses et très-intéressantes conjectures que nous regrettons de ne pouvoir reproduire.

L'exemplaire dont nous venons de parler appartient à Mme de Maindreville, qui l'a payé 530 fr. à la vente Soleinne; il a figuré, en 1873, à l'exposition organisée par M. Ballande pour le jubilé de Molière (no 9 du Catalogue).

57. Andromede || Tragedie. || Représentée auec les Machines || sur le Theatre Royal || de Bourbon. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || M. D. C. L. V. [1655]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 8 ff. et 92 pp.