Cette nuance a échappé à la Langue latine, puisque les mots ululatus et ululare sont plus propres à exprimer des bruits coulans et modulés que le roulement rauque et effroyable que ceux-ci représentent. C'est pourquoi le verbe hululer serait une innovation avantageuse à notre Langue. Les Italiens qui usent d'urlare et d'ululare, suivant les occasions, ont bien senti le prix de cette modification, toute légère qu'elle paraisse. Voyez le Dante, parlant de la pluie de feu qui dévore les damnés dans le troisième cercle:
Et concluons de là que nous avons traduit l'urlare des Italiens, et non pas l'ululare des Latins, qui est cependant susceptible d'un aussi grand nombre d'applications, et qui est au moins aussi noble et aussi harmonieux.
Rabelais a dit ullement dans ce passage de Pantagruel: «Le grand effroi et vacarme principal provient du deuil et ullement des diables, qui là guettans péle mélle les paovres ames des blessez, reçoipvent coups d'épées à l'improviste, et pastissent solution en la continuité de leurs substance aerée et invisible,... puis crient et ullent comme diables».
JAPPEMENT, JAPPER. Ces mots se disent pour aboiement et aboyer, en parlant des petits chiens et des renards.
Les Celtes ont dit chilpa, japper, chilpaden, jappement.
KAKATOÈS. Le nom de cette belle espèce de perroquet est formé de son cri.
Klein et Seba en ont fait kakatocha, Edwards et Albin, cokcatoo, Brisson, catacua, et on l'appelle en certains endroits, cacatou.
LAPPER. Saisir avec la langue, boire à la manière des renards et des chiens. On croirait que c'est le mot happer privé de la forte aspiration qui le caractérise, et augmenté d'une lettre linguale qui en détermine la nouvelle acception.
Cette expression n'est pas tout-à-fait particulière à notre Langue; le mot lap se retrouve dans la Langue celtique, et on pourrait en faire descendre assez naturellement les mots lepus et lapin.
LÉCHER. Du bruit de la langue traînée sur la superficie d'un corps qu'elle suce ou qu'elle nettoie.
C'est le leichein des Grecs, le lingere des Latins, le lecken des Allemands, le leccare des Italiens.
Ajouterai-je, à propos de ce dernier terme, que les Italiens en ont fait il lecchino, le gourmand, le lécheur de plats; et d'il lecchino, al lecchino, qui est devenu l'arlequin de nos théâtres; plaisante méprise d'un érudit qui, sur la foi d'un jeu de mots d'arlequin, fait dériver son nom de l'illustre famille de Harlay!
LORIOT. De vieux Lexicographes prétendent que cet oiseau, est ainsi nommé, parce qu'il semble articuler ce mot dans son chant. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Grecs, et, d'après eux, les Latins, l'ont appelé chlorion, dont le nom français du loriot dérive d'autant plus incontestablement, qu'on a dit autrefois lorion. Or, le mot chlorion a dû être tiré de chloros, viridis, herbidus, luteus, flavus; et comme ces termes désignent une des deux couleurs du loriot, on pourrait penser avec Schrevelius que le nom de cet animal est fait ex colore. C'est donc une Onomatopée un peu douteuse.
LOUP. En grec lukos, en latin lupus, en italien lupo, en espagnol lobo, en allemand et en anglais wolf, en suédois ulf.
Il paraît évident que ces noms ont été construits imitativement d'après le hurlement du loup. Le nom latin du renard, et quelques-uns de ses noms modernes, ont le même type.
Il paraît qu'on a écrit autrefois lou, comme en ces vers de Saint-Amand parlant des anciennes épées sur lesquelles était gravé un loup, et qui étaient recherchées pour leur bonté:
Je suis cependant porté à croire que c'est une simple licence que Saint-Amand a pratiquée pour l'exactitude de la rime; car je ne trouve aucun exemple de cette espèce d'ortographe, qui se rapproche beaucoup plus de la construction naturelle, et qui offrirait sous ce rapport une tradition assez précieuse.
MIAULEMENT, MIAULER. Du cri ordinaire des chats, de ces éclats désagréables de leur voix, dont Boileau se plaint dans sa satire des Embarras de Paris:
Quoique Nicod ait écrit miauler, il semble qu'on disait autrefois miaouler, et certains Grammairiens regrettent cette manière de prononcer qui leur paraît plus imitative. Elle l'est peut-être trop, et j'ai déjà dit que cette recherche excessive d'imitation était fort ridicule quand elle choquait l'harmonie, et qu'elle ne se fondait que sur un cliquetis de sons bizarres et forcés.
MOUE. Il est impossible de prononcer ce mot, sans que la bouche figure ce qu'il signifie, c'est-à-dire, cette espèce de grimace qui est familière aux gens tristes et colères. Le mœrens, le mœstus des Latins, le mesto des Italiens, et sur-tout le mustio des Espagnols, doivent appartenir à cette espèce d'Onomatopée. Il résulte d'ailleurs de l'émission du souffle par les narines, quand les lèvres sont closes, comme cela se remarque dans les gens qui font la moue, un petit bruit que les Grecs ont appelé imitativement mugmos, et les Latins mussatio.
Muffle, qui est le nom de la bouche de certains animaux à lèvres alongées et proéminentes,
Bouder, faire la moue par mécontentement,
Bouderie, habitude de mauvaise humeur,
Boudeur, homme fâcheux, esprit contrariant et chagrin, sont de la même famille et du même effet d'imitation, les initiales de ces trois derniers mois se prononçant sur la même touche.
La Langue Celtique employait moüa, pour, se fâcher, et bouda, pour, chuchoter, bourdonner entre les dents. Je n'ai pas besoin d'insister sur ces analogies.
MUGIR, MUGISSEMENT. Belles Onomatopées tirées des cris sourds et prolongés de quelques animaux, ou du bruit des vagues émues par la tempête, ou enfin du cours tumultueux d'un grand fleuve, comme dans ce magnifique tableau de M. Delille:
MURMURE, MURMURER. Cette Onomatopée ne varie point dans le grec, dans le latin, dans l'italien, dans l'espagnol, etc. Ce sont de ces mots que la nature semble avoir enseignés à tous les peuples.
Leur son peint parfaitement à l'oreille le bruit confus et doux d'un ruisseau qui roule à petits flots sur les cailloux, ou du feuillage qu'un vent léger balance, et qui cède en frémissant. Le mouvement vague et presqu'imperceptible des eaux et des bois, élève dans la solitude une rumeur qui interrompt à peine le silence, tant elle est délicate et flatteuse, et c'est de là que les Langues ont tiré ces expressions si harmonieuses et si vraies, que, tous les jours répétées, elles paraissent toujours nouvelles.
Dans ces vers charmans de Bonneville, toutes les syllabes coulent et murmurent.
J'ose croire que nous n'avons point à envier, dans cette circonstance, la prononciation des Latins, si elle était telle que Dumarsais et beaucoup d'autres Grammairiens le présument. En effet, le mot murmure, prononcé à la française, est composé de sons plus liquides, et en quelque sorte plus fugitifs que n'étaient ceux de leur mourmour et du mormorio des Italiens; et l'harmonie un peu emphatique de ces derniers mots, leur fait perdre, selon moi, beaucoup de leur grâce et de leur fluidité.
MUSC. Je ne hasarde ce mot au nombre des Onomatopées que sur la foi de M. Court de Gébelin qui le croit formé du bruit que fait le nez en flairant, en aspirant les parfums. Il s'appuie de deux analogies différentes, l'une tirée du Celtique ou d'une Langue analogue dans laquelle il prétend que mussa signifie flairer, et musse, odeur; l'autre tirée de l'Ethiopien où ce dernier mot se dit mez; mais cette opinion peut paraître un peu hasardée.
Il est du moins certain que les Grecs qui ont appelé le musc, moschos, ont dit muzo dans le même sens que les Latins musso, clausis labris sonum è naribus emitto; ils ont appelé muron certaines odeurs, et l'odeur en général, murodia. Muxoter, c'est la narine. Le nom du rat, qui est le mus des Grecs et des Latins, et à qui l'odeur du musc est assez communément propre, pourrait procéder aussi de la même analogie.
Les mots odeur et flairer se rendent, d'ailleurs, en Celtique par des expressions qui présentent l'Onomatopée très-juste du bruit que fait l'aspiration des parfums: c'houés et c'houesâd.
OIE. «Le cri naturel de l'oie, dit M. de Buffon, est une voix très-bruyante. C'est un son de trompette ou de clairon, clangor, qu'elle fait entendre très-fréquemment et de très-loin; mais elle a de plus d'autres accens brefs qu'elle répète souvent; et lorsqu'on l'attaque ou l'effraie, le cou tendu, le bec béant, elle rend un sifflement que l'on peut comparer à celui de la couleuvre. Les Latins ont cherché à exprimer ce son par des mots imitatifs, strepit, gratitat, stridet.
»Soit crainte, soit vigilance, l'oie répète à tout moment ses grands cris d'avertissement ou de réclame; souvent toute la troupe répond par une acclamation générale, et de tous les habitans de la basse-cour, aucun n'est aussi vociférant, ni plus bruyant».
C'est ce cri naturel de l'oie qui est devenu son nom dans notre Langue et dans quelques autres. Je crois, du moins, qu'on peut regarder comme des Onomatopées le chen des Grecs, dont ils semblent avoir fait chaino, hio, dehisco, parce que le ronflement rauque d'un homme qui dort la bouche ouverte est assez pareil au bruit que fait l'oie irritée; le kaki de certains Orientaux, le wazon des Arabes, le gwasi des Celtes, le goas des Suédois, le gaas des Danois, et l'apatta des Nègres de la Côte d'Or; mais rien n'est d'un effet d'imitation plus vrai qu'un de ces noms qui est particulier aux Mexicains, et par lequel ils ont voulu exprimer le cri bref et fréquent dont M. de Buffon parle à propos de cet animal. Ils l'ont appelé tlalacatl, et cette dénomination factice a été conservée par Fernandez.
L'oie mâle s'appelle un jars, et ce mot a produit une expression fort usitée. De jars et du Celtique comps, langage, en construction, gomps ou gon, l'on a fait jargon, jargonner, parler comme des oies.
On disait oüe en vieux français, comme le prouvent ces vers de la farce de Patelin:
Il me semble donc que M. Decaseneuve a mal rencontré quand il a fait de ce mot un augmentatif d'oiseau, et qu'il est d'ailleurs difficile de remonter à son étymologie autrement que par l'Onomatopée.
OISEAU. La construction de ce mot est extrêmement imitative; il est composé des cinq voyelles liées par une lettre doucement sifflante, et il résulte de cette combinaison une espèce de gazouillement très-propre à donner une idée de celui des oiseaux. Il est à remarquer comme une singularité très-rare dans notre Langue, que ce mot gazouiller est formé, comme le mot oiseau, des mêmes sons vocaux, liés par la même consonne. Il n'en est distingué que par son intonation qui est prise dans une lettre gutturale, par conséquent très-bien appropriée à l'idée qu'il exprime.
OUATE. C'est la première soie que l'on recueille sur le cocon du ver à soie, ou un duvet léger que fournit une espèce d'anas. On s'en sert pour doubler des vêtemens d'hiver; et le bruit moëlleux que produisent ces vêtemens quand on les froisse, a pu donner l'idée de cette dénomination, qui serait assez imitative; mais c'est une étymologie douteuse que je n'alléguerais point, si les Lexicographes en reconnaissaient une autre, pour peu vraisemblable qu'elle fût.
PÂMER, PÂMOISON. Du spasma des Grecs, qui lui-même est construit imitativement d'après le bruit propre à la figuration particulière de la bouche d'une personne qui se pâme.
PEPIER. C'est du cri naturel des moineaux, ou plutôt de tous les jeunes oiseaux, que ce cri a été formé. On a dit autrefois pipier, qui n'est plus d'usage.
Piauler, piuler, sont dans le même cas, quoiqu'également imitatifs.
Piailler, Piaillerie, Piailleur, dérivent du même son naturel; on les a faits pour exprimer une criaillerie fatigante et perpétuelle, comme les cris des petits oiseaux. Les Latins employaient pipulum pour, injure, huée et rumeur publique, par la même analogie.
Pépie, est le nom d'une maladie dont une grande altération est la cause ou le symptôme. Ne semble-t-il pas que ce mot soit créé du bruit que font de petits oiseaux tourmentés par la soif? Le peperi des Grecs, dont les Latins ont fait piper, ne remonterait-il pas encore à la même racine par une extension peu forcée, parce que c'est une substance qui altère et qui donne la pépie? Les Grecs appelaient pippos un petit oiseau; et ce qui vient singulièrement à l'appui de mes conjectures, pipizo se prenait indifféremment chez eux pour pipio, sugo cum sonitu, ou potum prœbeo. Pio même signifiait bibo, et de là le piot de Rabelais et de nos anciens Auteurs. Pino, qui avait le même sens, est devenu le nom français d'un raisin. Pepier emportait d'ailleurs en vieux langage l'idée de gémissement et de plaintes comme dans ces vers de Villon:
Les Espagnols ont piar, et les Italiens pipire, comme les Latins. Ces derniers appelaient les pigeonneaux pipiones, et nous en avions fait autrefois pipions.
Pipée, dit Nicod «est un mot fait et imité de la voix des oiselets, comme aussi pippe, pipper, et pippeur, et signifie le siffler que l'oiseleur fait avec une fueille de fou, ou d'autre arbre, ou de roseau, ou avec une pippe de bois, contrefaisant la voix d'iceux oiselets. Selon ce on dit, prendre des oiseaux à la pipée, qui est quand un homme caché dedans un buisson et bien entouré de rameaux couverts de gluons, ayant un chathuant ou hibou branché et attaché près de luy, contrefait le pippis des oiseaux, ou bien pressant les ailes ou les pieds d'un oiseau vif, le fait crier, car les oiseaux advolent à ce pippis, ou à ce cry, pour garantir leurs semblables du chathuant qu'ils cuident les tenir, et se perchent sur ces rameaux et s'engluent. Pipée, par métaphore, se prend pour mine ou contenance contrefaite».
Piper, pipeur, qui ne se prennent plus que pour l'action de piper les dés, ont peut-être été rejetés trop dédaigneusement de la Langue; leur emploi était fondé sur une allusion très-naturelle, et leur sens était vif et frappant. Montaigne a dit avec son énergie, avec sa précision ordinaire, que la Rhétorique étoit une art mensongère et piperesse: il y a dans les Langues des expressions si heureusement caractéristiques, qu'une fois perdues, on ne peut plus les remplacer.
PIC. Instrument de fer courbé et pointu vers le bout, qui a un manche de bois, et dont on se sert à ouvrir la terre et à rompre le roc; Onomatopée du bruit que rend la pierre sous l'instrument qui la brise.
Piquer, c'est donc primitivement frapper avec un pic. On dit encore qu'on pique la pierre, quand on blanchit une maison en dépouillant la pierre de sa surface.
Pioche, nom d'un outil de labourage, a été alongé d'un son plus mousse, parce la pioche creuse et ne brise point.
Bêche, est un mot de la même construction, prononcé sur une touche moins dure, parce que la bêche n'attaque pas la terre avec force, et ne sert qu'à la diviser.
En anglais, le verbe piocher se rend par le verbe dig. Dans ce dernier mot, l'imitation du son est frappante. On remarque la même vérité dans la formation du mot tuf, qui est le nom d'une terre compacte et prête à se pétrifier, qui rend sous la pioche et sous la bêche un son net et sec dont ce terme est l'expression; mais comme cette étymologie n'est pas incontestable, je me contente de la rapporter ici à cause de l'analogie du sujet.
* POUPE. Suivant Nicod, que j'aime à citer souvent, «c'est la tette ou mammelle, soit d'une femme comme la nomment en aucunes contrées de France, soit de bestes mordans comme la nomment les veneurs, disans les poupes d'une ourse, et semblables, le mot vient du prétérit grec pépoka, tout ainsi que pot, et est dit poupe, parce que le faon tette et boit le laict par là, ou bien est fait par Onomatopée du son que l'enfançon fait de ses lèvres en suçant à force le laict de la mammelle».
Si toutefois le prétérit grec pépoka pouvait être rapporté à cette racine, c'était plutôt comme dérivé que comme type, et il paraît que Nicod s'en est aperçu. Il aurait fait remonter le mot poupe avec plus de vraisemblance au mot popanon, qui est le popanum des Latins, et qui est incontestablement de la même famille. Remarquez d'ailleurs que les Latins ont dit puppus et puppa, d'où viennent puer et puella.
Poupée, c'est l'image d'une petite fille, d'un enfant qui tette encore. Quelqu'évidente que soit l'étymologie de ce mot, on s'est avisé, je ne sais où, de le dériver de Poppée, parce qu'on prétend que cette femme fut la première qui mit le masque en usage pour conserver la beauté de son teint et le préserver du hâle et des injures de l'air.
Poupon, c'est, dans le langage vulgaire et enfantin, un petit garçon à la mammelle.
PUER. Du bruit que fait la bouche en repoussant, avec une forte émission du souffle, les odeurs désagréables.
Pouah, interjection qui marque le mépris et le dégoût, doit en être le son radical.
RACLER. Du frottement de l'ongle ou d'un instrument aigu sur les corps qu'ils nettoient ou qu'ils déchirent. Rakos signifiait en grec un haillon, un vêtement déchiré, une cicatrice, une ride. Rakterios, c'était le corps brisé ou raclé, qui rendait du bruit. Aristophane appelle Euripide rakiosurraptadès, raccommodeur de vieux haillons. Ragas se disait sur une autre touche pour rupture, déchirement, et de là, raga, pour force et violence.
On pourrait croire que raccommoder en est fait par antiphrase ou contre vérité, à moins qu'on ne fasse voir que les syllabes complétives en déterminent la nouvelle acception.
La famille des mots qui se rapportent à l'idée d'effraction, est évidemment tirée de la racine autour de laquelle je range ces curieuses analogies, quoiqu'elles lui soient devenues plus ou moins étrangères dans leur extension.
RAIRE ou RÉER. Terme de Vénerie emprunté du cerf en amour.
«Il a, dit M. de Buffon, la voix d'autant plus forte, plus grosse et plus tremblante, qu'il est plus âgé: la biche a la voix plus faible et plus courte; elle ne rait pas d'amour, mais de crainte. Le cerf rait d'une manière effroyable dans le temps du rut. Il est alors si transporté, qu'il ne s'inquiète, ni ne s'effraie de rien».
Rut, le temps où le cerf rait.
RÂLE, RÂLEMENT, RÂLER. Du son enroué d'une respiration qui s'épuise, et dont les derniers efforts annoncent une mort prochaine.
Râle, est aussi le nom d'un oiseau que Ménage croit désigné d'après son cri.
RAUQUE. Du bruit âpre et fatigant des voix enrouées.
Roquet, est le nom de mépris qu'on donne à un petit chien importun, et qui aboie sans cesse. Je le crois formé du son rauque de son jappement.
REDONDANCE. C'est une dérivation figurée du son que rend un corps dur qui rebondit dans sa chute.
Ainsi l'on a dit redondance d'une vicieuse superfluité de paroles, qui ne fait que nuire à la netteté du discours, parce que c'est une espèce de bondissement de la pensée, qui, après avoir frappé l'esprit, rejaillit et retombe avec moins de force.
Ce mot n'est point une Onomatopée propre, mais une Onomatopée abstraite construite par analogie.
RETENTIR, RETENTISSEMENT. Belles Onomatopées dont le son radical est le type d'une nombreuse famille de mots, consacrés à exprimer des idées de même ordre. Voyez Tintement, Tinter.
Retentir et ses dérivés s'emploient en général en parlant des échos des montagnes et des voûtes, et ne conviennent point quand il s'agit d'un bruit net et sans répercussion. Racine a dit:
Et ailleurs:
Boileau a dit aussi:
La vérité d'imitation est moins sensible dans ces exemples que dans beaucoup d'autres, parce que la plaine, les bois et les rivages sont des lieux peu retentissans. Je sais combien de telles observations sont minutieuses; mais j'ai rapporté ces vers de deux de nos grands Poètes, pour faire voir de quelle importance est la justesse d'expression pour l'effet poétique, et de combien de nuances la Langue la plus riche peut encore s'orner.
RINCER. Du bruit des doigts contre l'intérieur d'un verre que l'on rince.
Les Irlandais disent rincsail, et les Bretons rinca.
RONFLEMENT, RONFLER. Du bruit que fait dans la gorge et les narines d'un homme endormi, l'air fortement aspiré.
On a employé ces mots par extension, pour exprimer le bruit grave des gros tuyaux d'un orgue, ou celui des canons, et figurément, les éclats de voix présomptueux d'un Comédien qui cherche le brouhaha.
«Il n'y a, dit le Mascarille des Précieuses, que les Comédiens de l'hôtel de Bourgogne qui soient capables de faire valoir les choses. Les autres sont des ignorans qui récitent comme on parle; ils ne savent pas faire ronfler les vers, et s'arrêter au bel endroit».
Du ronchus des Latins, nous avions fait froncher dans le vieux langage, et dom Lepelletier rapporte fronsal, mot de l'usage de Cornouaille, qui a le même sens.
ROSSIGNOL. En latin luscinia, ou lucinia, en italien usignuolo, lusignolo, rusignuolo, en espagnol ruysenor.
Le Castelvetro a pensé que le nom italien de cet oiseau était fait par Onomatopée. Belon et Ménage rapportent des étymologies plus vraisemblables, et M. de Brosse tranche, suivant moi, la difficulté. De luco canens, lucinia, luciniola, lusignuolo, rusignuolo, rossignol; il reste à déterminer si l'imitation du son n'est pas entrée pour quelque chose dans la construction de ces différens dérivés, et c'est ce qui me paraît incontestable.
* ROUCOULEMENT, ROUCOULER. Onomatopées du chant des tourterelles, qui est aussi très-bien exprimé par le to coo des Anglais.
On a dit autrefois rocouler, mais roucouler a été justement préféré.
Roucoulement est un mot harmonieux et utile qui serait bon à admettre dans la Langue. M. de Châteaubriand, d'ailleurs si sévère dans l'emploi des mots nouveaux, en a fait souvent usage.
ROUE5. Ce mot est dérivé du bruit de la roue, et en général du bruit d'un corps rond qui roule avec rapidité sur une surface retentissante.
C'est le trochos des Grecs, le rota des Latins et des Italiens, le rüeda des Espagnols, le rot ou rod des Celtes, et le rad de l'ancien Teuton.
Rodellec signifiait en celtique une voiture à plusieurs roues, un vestige, une ligne, comme celle qui est décrite par la roue.
Route, mot français d'une acception très-voisine, en est probablement dérivé. Cette opinion n'est pas étrangère à M. Court de Gébelin, qui appuie mal-à-propos sa conjecture de quelques fausses étymologies.
RUGIR, RUGISSEMENT. «Le rugissement du lion est si fort, dit M. de Buffon, que quand il se fait entendre par échos la nuit dans les déserts, il ressemble au bruit du tonnerre: ce rugissement est sa voix ordinaire; car quand il est en colère, il a un autre cri qui est court et réitéré subitement, au lieu que le rugissement est un cri prolongé, une espèce de grondement d'un ton grave, mêlé d'un frémissement plus aigu. Il rugit cinq ou six fois par jour, et plus souvent lorsqu'il doit tomber de la pluie».
Ce passage de M. de Buffon m'en rappelle un autre qui a rapport au rugissement du tigre, et où ce grand Ecrivain hasarde, pour exprimer ce cri, une Onomatopée que l'usage n'a pas consacrée depuis. «Le tigre, dit-il, fait mouvoir la peau de sa face, grince les dents, frémit, rugit comme fait le lion, mais son rugissement est différent. Quelques voyageurs l'ont comparé au cri de certains oiseaux. Tigrides indomitæ rancant, rugiuntque leones. (Autor Philomelæ.) Ce mot rancant n'a point d'équivalent en français; ne pourrions-nous pas lui en donner un, et dire, les tigres rauquent, et les lions rugissent; car le son de la voix du tigre est en effet très-rauque».
Je suis bien aise de faire remarquer ici que ce verbe factice, à qui M. de Buffon ne connaît point d'équivalent en français, en a un très-exactement construit sur la même racine, dans le patois de Franche-Comté. Rancôt, c'est le dernier soupir, le dernier râle du moribond; rancoïer, c'est expirer, rendre l'âme, pousser le sanglot convulsif qui annonce la mort.
On a dit autrefois ruiment pour rugissement, comme dans ce passage des grandes Chroniques de France, dédiées à Charles VIII. «Sembloit que ce fussent urlemens de loups et ruimens de lions». Cela donne quelque probabilité à l'opinion de M. de Caseneuve, qui fait dériver rut, anciennement ruit, du rugitus des Latins, et qui regarde raire ou réer comme une contraction de rugire. Il aurait pu citer ce passage de Job, qui dit, en parlant des biches, à qui l'action de réer est particulière: incurvantur ad fætum, et pariunt, et rugitus emittunt. Marot dit dans sa traduction des Pseaumes:
Voyez Raire ou Réer.
RUISSEAU, RUISSELER. Nicod dérive ces mots du grec reo, fluo. Le grec attique reos signifiait ruisseau. Les Latins ont dit rivus, rivulus, les Italiens rivo, ruscello, les Espagnols rio, les Anglais rivulet. Dour red, en celtique, signifie une eau courante et rapide. Dom Lepelletier nomme rigol, et Davies rhigol, un ruisseau tracé dans un champ; cette expression s'est conservée dans le français. Lebrigand a employé quelque part, comme celtique, le mot ruzelen; mais il paraît que ce n'est que le français ruisselet qui s'est glissé, comme beaucoup d'autres, dans le celto-breton, par le contact des français avec les peuples de l'Armorique. Ru se dit en Géorgien d'un grand écoulement d'eaux. Arou exprime la même idée en Arménien et en Malabare, et rud en Arabe et en Persan. Plusieurs Etymologistes assurent que rit indiquait dans les Langues gothiques un passage ou un gué. Les mots par lesquels nous désignions un ruisseau en vieux langage, se rapprochaient assez du son typique. Reu et ru se trouvent dans Nicod. Ru s'emploie encore pour désigner le lit ou canal d'un petit ruisseau. Ruel et rui sont communs dans nos vieux romanciers. Ruit est employé pour rive dans un passage de Perceval. En remontant la vallée de la Romanche par la nouvelle route de Grenoble en Italie, on voit avant le hameau des Roberts, un torrent que le peuple appelle riou-peirou, c'est-à-dire, ruisseau périlleux.
Notre mot ruisseau peint parfaitement à l'esprit le petit murmure doux et modulé d'une eau vive qui roule entre les cailloux.
S'il est vrai, ainsi que le prétend M. Court de Gébelin, que rat soit un terme de marine qui sert à désigner un endroit de mer où il y a quelque courant rapide et dangereux, on peut faire remonter ce mot à la même racine, soit comme lui par le gallois rhydd, qui signifie gué ou bas-fond, soit, mieux encore, par l'allemand ritha, qui signifiait autrefois torrent, ou par le dour red des Celtes, et par le celto-breton rodo, qui se dit d'un passage de rivière; mais cette assertion est contestée.
«Rat n'est point un terme de marine pour designer un courant rapide et dangereux dans la mer, m'écrit M. de Roujoux, c'est un nom de lieu; le Raz est un vaste écueil situé en face de l'île de Sein, et qui a donné son nom au passage compris entre cette île et lui. Le passage du Raz ou Ratz est célèbre, parce qu'un grand nombre des vaisseaux qui entrent à Brest ou qui en sortent, sont forcés d'y donner. Il est fertile en naufrages, et la baie dont il forme une des pointes, s'appelle la baie des Trépassés. Je ne crois point que ce mot ait de signification connue; il ressemble à une foule de termes auxquels on veut trouver des étymologies, quoiqu'ils n'en aient pas».
Rouir, est très-judicieusement dérivé du vieux français ru, par Ménage. Nicod même écrit ruir, et rend en latin chanvre roui, par cannabis fluviata.
SANGLE, SANGLER. De cingula, cingulare, et originairement du bruit de l'air froissé par une courroie déployée avec force.
Sangle s'exprimait en celtique par cengl et cenclen, et suivant la même analogie, lancer et darder, par cingla.
En vieux français, on disait changle et changler, comme c'est l'usage dans notre Langue, qui a souvent modifié ainsi les sons sifflans.
Cingler, se dit pour, naviguer à pleines voiles, parce que la mer, ouverte vivement par le navire, rend un petit bruit de la même nature que le précédent. Mais le son radical est ici moins emphatique, parce que le froissement qu'il représente est moins éclatant, et a lieu dans un milieu moins sonore. Cependant on a employé ce dernier verbe au même usage que l'autre en nombre d'occasions, et on le dit fort bien, du vent du Nord et de la pluie chassée par un ouragan impétueux.
SAPER. Abattre par le pied, travailler avec le pic et la pioche à détruire les fondemens d'un mur.
Sape, se dit en terme de guerre d'un travail qu'on fait sous terre pour la surprise d'une place. En latin, c'est sappa, en italien zappa.
L'oriental saph ou sap désigne l'action de briser ou de limer, de réduire en poussière.
Ces différens mots sont formés du bruit de l'instrument contre les constructions qu'il attaque, ou sur la terre qu'il entr'ouvre.
SCIE, SCIER. Scie se dit en latin serra, en italien sega, rasega, en espagnol sierra, en anglais saw, en allemand sæge, autant de dénominations tirées du bruit sifflant que produit la scie en divisant le bois.
Le secare et le scindere des Latins sont construits d'après ce son naturel qui a fourni d'innombrables Onomatopées à toutes les Langues.
SCION. C'est le nom qu'on donne à des branches grêles et menues, tendres et pliantes que poussent les arbres. L'osier, par exemple, s'élève en touffes de scions, et je n'hésite pas à penser que ce mot ne soit formé du frémissement de ces branches débiles, quand le vent les courbe devant lui, et qu'elles se relèvent en sifflant.
On appelle encore scions les impressions qui restent sur la peau d'une personne fouettée de verges. C'est le nom de la cause pour celui de l'effet, employé par métonimie.
Cion, s'est dit en vieux langage, de la pluie fouettée par les vents. Il est facile de saisir l'analogie de ces différentes acceptions.
SIFFLER. Verbe dont on connaît les nombreux dérivés, et qui dérive lui-même du bruit de l'air comprimé et chassé par une ouverture étroite. Les Latins ont dit d'abord sifilare, qui se lit dans Nonnius-Marcellus, et ensuite sibilare. Les Italiens ont sibilare, subbiare, zuffulare, fischiare, autant d'Onomatopées qui caractérisent différens modes de sifflement; les Espagnols, silvar; les Allemands, pfeifen, et les Anglais plus heureusement encore whistle.
En vieux français, nous avons dit subler et sibler: Marot a dit sublet pour sifflet. Les Angevins ont gardé cette expression, et Ondin la rapporte dans ses dictionnaires. Le patois bourguignon y a substitué sublô, qu'on lit dans les noels de la Monnoye.
Il est à remarquer que ce sublô du peuple de Bourgogne ressemble beaucoup au subulo de Varron, que celui-ci a employé pour tibicen.
Cirano, acte II, scène III de son Pédant joué, fait dire à Mathieu Gareau: «Ce biau marle qui sublet si finement haut».
Le peuple mouille l'S, et dit communément chiffler.
Il paraît que les Celtes faisaient usage du mot si, pour bruit; sifflement, murmure.
Les Grammairiens appellent consonnes sifflantes ces trois lettres s, x, z, parce qu'on ne les prononce qu'avec une espèce de sifflement. Elles doivent donc être d'un grand usage pour exprimer les bruits de cette espèce. La Langue anglaise est une Langue sifflante, parce qu'elle a beaucoup de mots sur la touche sifflante et sur la touche dentale.
L'emploi fréquent de la lettre S rend la prononciation sifflante. Euripide en faisait un usage vicieux qui passa même en proverbe. On appelait ce défaut le sygmatisme d'Euripide.
Racine a prodigué les S dans ce vers d'Andromaque:
et l'effet d'imitation qui en résulte est frappant. On l'a trouvé, peut-être avec justice, un peu trop minutieux.
Il y a de l'harmonie dans ces vers d'un de nos Poètes lyriques:
La forme et le son de la lettre S la rendent propre à désigner doublement le serpent, et à peindre en même temps ses mouvemens tortueux et ses sifflemens aigus. L'ophis des Grecs, qui est originairement égyptien, a le singulier mérite d'offrir dans ses caractères une espèce de nœuds de couleuvres, et dans sa terminaison, un bruit semblable à celui qui annonce ordinairement ces animaux. C'est tout-à-la-fois un hiéroglyphe et une Onomatopée. La lettre Φ ressemble à un caducée.
Les Latins ont anguis, qui a la même désinence sifflante, et de plus seps et serpens; les Italiens serpente, biscia; les Espagnols sierpe; les Anglais serpent et snake.
On appelle bysse en science héraldique, des serpens et des couleuvres. C'est l'ancien nom français de ces reptiles. Celui par lequel nous désignons actuellement le serpent, est une Onomatopée sans vivacité et sans harmonie, dont je n'ai pas cru devoir faire un article à part, mais dont les analogues curieux me paraissent assez bien placés dans celui-ci.
SILLON, SILLONNER. Du bruit d'un corps qui en effleure légèrement un autre sur un long espace. De là,
Sillage, qui est la trace d'un vaisseau sur la mer, quand il ne fait qu'y glisser doucement.
SIPHON. «Ce sont, dit un vieux commentateur de Rabelais, ces canaux et tuyaux ès-fontaines qui jettent l'eau, et par le moyen et force de l'air qui les presse, rendent un son et sifflement d'où ils ont pris leur nom».
SOUFFLER. Nous avons vu tout-à-l'heure au mot siffler une Onomatopée construite d'après le bruit de l'air chassé à travers un canal étroit. Celle-ci est formée sur l'émission libre de l'air poussé hors d'un canal de grandeur suffisante, avec un bruit mousse et sans éclat.
Les dérivés nombreux de cette expression ne peuvent échapper à personne.
SOURDRE. Sortir, jaillir, s'écouler par une fente de la terre ou du creux d'un rocher.
L'étymologie de ce mot a été rapportée avec raison au surgere des Latins, qui avait le même sens.