1: Mémoires de M. Guizot, t. VIII, p. 4.

2: Mémoires de M. Guizot, t. VII, p. 9.

3: «Nous sommes condamnés, écrivait M. de Barante, le 24 juillet 1841, à n'avoir que des avantages sans éclat, sans contentement pour notre amour-propre.» (Documents inédits.)

4: Mémoires de M. Guizot, t. VI, p. 129.

5: Discours du 22 janvier 1844.

6: Cette lettre est citée dans la notice de M. Guizot sur M. de Barante. C'est le même état d'esprit qui faisait écrire plus tard à M. Doudan, avec son humour habituel: «Ce que nous avons toujours souhaité, c'est d'être bien nourris, bien vêtus, bien couchés et couchés de bonne heure, et de marcher en même temps pieds nus et sans pain à la conquête de l'Europe. C'est un problème que ni César ni Bonaparte n'auraient pu résoudre apparemment.» (X. Doudan, Mélanges et Lettres, t. III, p. 265.)

7: Journal inédit du baron de Viel-Castel.

8: Chronique politique de la Revue des Deux Mondes, 1er octobre 1841.

9: Journal inédit du baron de Viel-Castel.

10: Lettre du 11 décembre 1841. (Lutèce, p. 209.)

11: «À aucune époque, disait cette protestation, la presse n'a montré plus de respect pour l'ordre légal; à aucune époque, elle n'a été l'objet d'une persécution plus acharnée... Il nous sera permis de signaler un résultat qui s'élève aux proportions d'un malheur public... L'arrêt de la cour des pairs ne se borne pas à frapper un écrivain politique, il pèse sur la liberté même de discussion... et l'arbitraire n'avait jamais été introduit aussi formellement dans la discussion... La presse ne peut accepter cette situation; elle résistera.» Les journaux signataires étaient: pour les radicaux, le National, le Journal du peuple, la Revue indépendante, la Revue du progrès et le Charivari; pour les légitimistes, la Gazette de France, la Quotidienne, la France, la Mode et l'Écho français; pour la gauche dynastique, le Courrier français, le Siècle, le Temps, le Commerce, la Patrie et le Corsaire.

12: Le Garnier-Pagès qui fut membre du gouvernement provisoire en 1848 était le frère cadet de celui qui mourut en 1841. Il dut toute sa notoriété au souvenir de son frère aîné, mais était loin d'avoir sa valeur. Dans la séance du 24 février 1848, quand on proclama à la tribune les noms des membres du gouvernement provisoire, le nom de Garnier-Pagès souleva des protestations, et une voix s'écria dans la foule: «Il est mort, le bon!»

13: C'est M. Ledru-Rollin qui dira à M. Léon de Malleville, au moment de l'émeute de juin 1849: «Je suis leur chef, il faut bien que je les suive.» M. Doudan ne pensait-il pas à lui quand il écrivait: «Un chef de parti dans le radicalisme est un homme qui fait ce qui plaît aux autres, et qui le fait avec le geste du commandement.»

14: On lit dans le Journal intime du baron de Viel-Castel, à la date du 5 décembre 1841: «Jamais l'impopularité proverbiale de M. Guizot n'a été plus grande qu'aujourd'hui.» (Documents inédits.)

15: Henri Heine écrivait, le 11 décembre 1841: «Personne ne veut se voir rappeler les dangers du lendemain, dont l'idée lui gâterait la douce jouissance du présent. C'est pourquoi tout le monde est mécontent de l'homme dont la parole sévère réveille, parfois peut-être à contretemps, lorsque nous sommes assis justement au plus joyeux banquet, la pensée des périls imminents suspendus sur nos têtes. Ils en veulent tous au maître d'école Guizot. Même la plupart des soi-disant conservateurs sentent de l'éloignement pour lui, et, frappés de cécité comme ils sont, ils s'imaginent pouvoir remplacer Guizot par un homme dont le visage serein et le langage avenant sont bien moins de nature à les tourmenter et à les terrifier. Ô fous conservateurs, qui n'êtes capables de rien conserver, hors votre propre folie, vous devriez conserver Guizot comme la prunelle de vos yeux...» (Lutèce, p. 209.)

16: Documents inédits.—Quelques semaines auparavant, le même observateur s'exprimait ainsi, dans une lettre adressée à un de ses parents: «Je ne sais comment sera la prochaine session. À en juger par ce que je vois de l'opinion, il y a peu ou point de bienveillance pour le ministère, mais on n'a de confiance ni de propension pour aucun autre.»

17: L'examen des archives n'avait fait relever, de 1831 à 1842, que dix-sept réclamations du commerce français contre l'usage fait du droit de visite: cinq ou six avaient obtenu satisfaction; les autres avaient été écartées comme sans fondement ou délaissées par les réclamants eux-mêmes.

18: Le prince de Metternich disait avec raison, à propos du droit de visite: «Le vice de ce mode d'action, c'est qu'il n'est praticable qu'entre, je ne dis pas seulement des gouvernements, mais des pays vivant dans la plus grande intimité, étrangers à toute susceptibilité, à toute méfiance réciproque, et animés du même sentiment, au point de passer l'éponge sur des abus.» (Cité par M. Guizot dans son étude sur Robert Peel.)

19: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

20: M. Léon Faucher, qui était cependant ami de l'Angleterre, écrivait à M. Reeve, le 14 août 1841: «Je suis effrayé des progrès que fait chez nous la haine de l'Angleterre.» Et, le 24 août, il écrivait encore à un autre Anglais, en parlant de lord Palmerston: «Croyez-moi, cet écervelé a fait plus de mal à l'Europe que des années de guerre. Il a rendu le nom anglais suspect et odieux à la France. Il a éveillé ici des passions que nous avions combattues pendant quinze ans.» (Biographie et Correspondance, t. I, p. 110 et 113.)

21: M. Guizot devait le reconnaître un an plus tard, et il dira, à la tribune, le 23 janvier 1843: «C'est le traité du 15 juillet 1840 qui a donné tout à coup aux traités de 1831 et de 1833 le caractère qu'ils ont maintenant. C'est le traité du 15 juillet qui a créé le sentiment public qui existe aujourd'hui et dont on ne s'était pas douté pendant dix ans.»

22: Telle est l'affirmation très nette de M. Duvergier de Hauranne. (Notes inédites.)

23: La princesse de Lieven était née en 1784.

24: Dans les premiers mois de 1842, on disait couramment à Londres que si lord Palmerston avait été encore au pouvoir, on n'aurait pas échappé à la guerre avec la France. (The Greville Memoirs, second part, vol. II, p. 82.)

25: Dès 1813, lord Aberdeen avait joué l'un des premiers rôles diplomatiques dans la coalition contre la France. Tel était ce passé, que M. Greville se croyait fondé à écrire, le 13 janvier 1842: «Toutes les prédilections de lord Aberdeen sont antifrançaises, et il n'oublie jamais ses anciennes attaches avec les Alliés.» (The Greville Memoirs, second part, vol. II, p. 74.)

26: «Nous sommes destinés à nous revoir souvent, disait lord Aberdeen au chargé d'affaires de France: croyez tout ce que je vous affirmerai, jusqu'au moment où je vous aurai trompé en quoi que ce soit; dès lors, ne me croyez plus du tout.»

27: Pour la négociation qui va suivre, je me suis principalement servi des documents cités par M. Guizot dans ses Mémoires, t. VI, p. 157 et suiv.

28: Bulwer, Life of Palmerston, t. III, p. 87.

29: Lettre au comte Apponyi, 4 mars 1842. (Mémoires de Metternich, t. VI, p. 613.)

30: Journal inédit du baron de Viel-Castel.

31: Discussion du 28 février, des 12 et 20 mai 1842, à la Chambre des députés; du 11 avril et du 18 mai, à la Chambre des pairs.

32: Le 11 avril 1842, à la Chambre des pairs, M. Guizot insistait sur ce qu'il avait déclaré à l'Angleterre «ne prendre aucun engagement, ni direct ni indirect, de ratifier purement et simplement le traité à aucune époque quelconque». Le 17 mai, dans la même assemblée, après avoir rappelé que «la ratification actuelle avait été positivement refusée», il ajoutait: «Maintenant on a dit, non pas dans cette enceinte, mais ailleurs: C'est la présence des Chambres qui a empêché; qui empêche encore la ratification du traité; quand les Chambres seront éloignées, le traité sera ratifié. Messieurs, je serais tenté de prendre ces paroles pour une injure à mon bon sens... Ce n'est point votre présence matérielle, c'est votre opinion, c'est votre sentiment, c'est votre vœu connu qui influe sur le gouvernement et qui influera tout aussi bien après votre départ qu'aujourd'hui.» Le 20 mai, à la Chambre des députés, le ministre reconnaissait qu'il s'agissait non seulement de modifier la convention de 1841, mais de revenir sur le principe du droit de visite: «Ne croyez pas, disait-il, quand le débat s'est élevé, quand j'ai vu devant moi l'opinion des Chambres et du pays, que j'aie méconnu sa gravité: j'ai bien vu qu'il y avait là autre chose encore que le traité de 1841; que les conventions de 1831 et de 1833 allaient aussi être mises en question.» Toutefois, il veillait à ne pas se laisser entraîner trop loin; il disait dans le même discours: «On m'a demandé: Avez-vous l'intention de ratifier le traité tel qu'il est? J'ai répondu catégoriquement: Non, et je renouvelle ma réponse. Maintenant on me dit: Ratifierez-vous jamais un traité quelconque, quelle que soit la situation, quelles que soient les modifications qu'on pourrait y apporter? Comment voulez-vous que je réponde? C'est absolument impossible... Il y a là une multitude d'éléments que le temps peut féconder, dont le temps peut faire sortir quelque chose de raisonnable, quelque chose d'utile et d'honorable pour le pays, et en même temps quelque chose de favorable à l'abolition, à la répression de la traite. Voilà ce que nous voulons, ce que nous pouvons attendre, ce qu'il est de notre devoir d'attendre.»

33: Discours du 11 avril 1842, à la Chambre des pairs.

34: Peu après, dans une lettre à M. de Flahault, alors notre ambassadeur à Vienne, M. Guizot expliquait ainsi sa conduite: «Nous nous sommes montrés, pendant dix ans, bien patients et faciles; mais, en 1840, la passion de l'Empereur a évidemment pénétré dans sa politique. L'ardeur avec laquelle il s'est appliqué à brouiller la France avec l'Angleterre nous a fait voir ses sentiments et ses procédés personnels sous un jour plus sérieux. Nous avons dû dès lors en tenir grand compte. À ne pas ressentir ce qui pouvait avoir de tels résultats, il y eût eu peu de dignité et quelque duperie. Une occasion s'est présentée: je l'ai saisie. Nous n'avons point agi par humeur, ni pour commencer un ridicule échange de petites taquineries. Nous avons voulu prendre une position qui depuis longtemps eût été fort naturelle et que les événements récents rendaient parfaitement convenable.»

35: M. Guizot a raconté cet incident diplomatique en détail dans la Revue des Deux Mondes du 1er janvier 1861.

36: Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 558, 577 et 578, 582 à 586.

37: Ibid.

38: Voy. ce que j'ai dit plus haut, t. IV, ch. IV, § X.—Ces sentiments devaient persister, et, en 1853, M. de Moustier, ministre de France à Berlin, écrivait: «Je ne puis m'ôter de l'esprit que le roi Frédéric-Guillaume ne soit un des souverains de l'Europe qui aiment le moins la France.» (Cité dans les Souvenirs diplomatiques de M. Rothan.)

39: Lettre adressée à M. de Bunsen, au début de la guerre de Crimée.

40: Cf. les études de M. Saint-René Taillandier sur le baron de Stockmar et sur M. de Bunsen.

41: Notice sur lord Aberdeen, par le comte de Jarnac.

42: Correspondance de M. de Jarnac avec M. Guizot pendant le mois de juillet et le commencement d'août 1842. (Ibid.)

43: Séance du 10 août 1842 à la Chambre des communes.

44: Mémoires de M. Guizot, t. VI, p. 369, 370.

45: Cf. plus haut, t. IV, ch. I, § III.

46: Cf. plus haut, t. IV, ch. II, § VI.—J'ai exposé en cet endroit les arguments invoqués pour et contre cette réforme.

47: Documents inédits.

48: X. Doudan, Mélanges et Lettres, t. III, p. 94.

49: Déjà, en 1836, à propos du chemin de fer de Versailles, M. Arago avait combattu l'idée de creuser un tunnel à Saint-Cloud; il déclarait qu'il faudrait au moins cinq ou six ans pour le mener à terme, et que les voyageurs qui se risqueraient dans ce dangereux passage en sortiraient avec des fluxions de poitrine.

50: M. Martin du Nord, ministre des travaux publics, s'exprima ainsi: «Ce serait par un refus pur et simple que vous répondriez à nos propositions, à nos efforts?... Prenez-y garde! Songez à votre responsabilité, après ce qui s'est passé dans la dernière session. Tout le monde dit: il faut des chemins de fer...»

51: Voici la progression des longueurs exploitées: au 31 décembre 1830, 37 kilomètres; 1836, 147 kilomètres; 1837, 166 kilomètres; 1838, 181 kilomètres; 1839, 246 kilomètres; 1840, 433 kilomètres; 1841, 571 kilomètres. Quarante ans plus tard, il y avait plus de 24,000 kilomètres en exploitation.

52: En effet, à cette date,—fin de 1841,—la France n'avait que 877 kilomètres décidés, dont 541 exploités. Les États-Unis avaient 15,000 kilomètres décidés, dont 5,800 exploités; l'Angleterre, 3,617 kilomètres décidés, dont 2,521 exploités; la Belgique, 621 kilomètres décidés, dont 378 exploités; la Prusse et l'Allemagne, 2,811 kilomètres décidés, dont 627 exploités; l'Autriche, 877 kilomètres décidés, dont 747 exploités.

53: Voy. plus haut, t. IV, ch. V, § XII.

54: Il était stipulé que l'État devait se faire rembourser les deux tiers de cette dépense d'acquisition par les départements et par les communes intéressés. Mais cette disposition souleva dans la pratique tant de réclamations, qu'on dut l'abroger en 1845.

55: M. Duvergier de Hauranne, qui faisait partie de la commission des chemins de fer, disait plaisamment, à propos des travaux de cette commission: «Pendant les cinquante ou soixante séances que M. de Lamartine présida, il ne lui arriva pas une seule fois de comprendre que deux et deux font quatre.» (Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.)

56: Lettre du 15 mai 1842. (Léon Faucher, Biographie et Correspondance, t. I, p. 119.)

57: C'est ainsi que la qualifiait alors M. Rossi, dans la Chronique politique de la Revue des Deux Mondes, 15 juin 1842.

58: Chronique politique de la Revue des Deux Mondes, 15 juin et 1er juillet 1842.—M. Léon Faucher, dans une lettre à M. Grote, en date du 15 mai 1842, se plaignait de l'énervement général. «La passion politique n'existe plus», disait-il. (Léon Faucher, Biographie et Correspondance, t. I, p. 120.)

59: «Un mois avant l'élection, écrivait peu après M. Duvergier de Hauranne, nous étions bien convaincus que le ministère obtiendrait une grande majorité.» (Notes inédites.)

60: Documents inédits.

61: Documents inédits.

62: Lettres de M. Guizot à sa famille et à ses amis, p. 222.

63: Cette pieuse préoccupation devait persister. L'année suivante, la Reine eut à ce sujet des relations avec le Père de Ravignan, lui demanda et reçut de lui de hautes consolations. (Cf. la Vie du Père de Ravignan, par le Père de Pontlevoy, t. Ier, p. 243 à 248.)

64: Pour le récit qui va suivre, je me suis servi du charmant et touchant volume publié, peu après la mort de la princesse, sous ce titre: Madame la duchesse d'Orléans.

65: «Oui, écrivait la duchesse d'Orléans cinq mois plus tard, le Seigneur qui nous frappe est un père miséricordieux: j'en ai la conviction inébranlable, lors même que je n'éprouve pas ses douceurs et ses consolations. Je suis au milieu de l'épreuve qui exige une foi aveugle; par instants, je la sens bien forte, et alors l'amour et l'espérance me sont accordés comme un rayon d'en haut; mais, parfois aussi, je sens toute la misère de la nature, et il m'est impossible de m'élever vers Dieu. Que de patience Dieu doit avoir avec nous! comment n'en aurions-nous pas pour supporter le fardeau qu'il nous impose!» (Madame la duchesse d'Orléans, p. 99.)

66: Lettres de M. Guizot à sa famille et à ses amis, p. 222.

67: La reine des Belges appelait ainsi son frère du nom qu'elle était habituée à lui donner avant 1830, quand Louis-Philippe était duc d'Orléans et que son fils aîné portait le titre de duc de Chartres.

68: Cette lettre, adressée à la reine Victoria, est citée par sir Théodore Martin, dans sa Vie du prince consort.

69: Lettres des 15, 19 et 29 juillet 1842. (Lutèce, p. 262 à 275.)

70: Lettre du 28 août 1842. (Documents inédits.)

71: Les dernières campagnes du général Changarnier en Afrique, par le comte d'Antioche. (Correspondant du 25 janvier 1888.)

72: Ibid.

73: Lettres du maréchal de Saint-Arnaud.

74: Lutèce, p. 22.

75: Cf. plus haut, t. III, chap. II, § V.

76: Quelques mois avant la mort du prince, M. Quinet avait été invité à une soirée de musique chez la duchesse d'Orléans. Poète et érudit, peu connu de la foule, il n'était jusqu'alors descendu sur la place publique que pour pousser le cri de la guerre, pour demander, en 1840, comme en 1830, la revanche de Waterloo et la conquête des frontières du Rhin. Par sympathie et par calcul, le duc d'Orléans voulut se montrer fort aimable pour l'auteur de la brochure intitulée: 1815 et 1840. Voici comment M. Quinet a rapporté sur le moment, dans une lettre à sa mère, les paroles que lui adressa le prince: «Vous avez foi en la France. J'ai été frappé du profond sentiment national qui vit dans tout ce que vous avez écrit. Mais les cosmopolites nous perdent. Ils émoussent, ils énervent tout. Malheureusement le pays leur prête souvent la main... Vous avez bien raison, la grande question pour nous, c'est celle des frontières, c'est le besoin de se relever. Au lieu de tant parler des victoires de l'Empire, je voudrais que l'on instituât des fêtes funèbres, commémoratives de Waterloo, pour obliger le pays à s'en souvenir et à tout réparer. Au lieu de cela, on parle, on perd le sentiment de l'action... Tout le monde veut jouir. Personne ne veut faire crédit à la patrie. Si je me suis occupé de l'armée, ce n'est pas que je veuille jouer au soldat; je crois être au-dessus de cela. Mais c'est que je pense que là encore se trouve la tradition de l'honneur du pays. Il ne faut pas tomber; il ne faut pas ruiner, comme Samson, nos ennemis, en périssant nous-mêmes. Il faut les détruire et vivre. Quand nous serions acculés à Bayonne, il faut être décidé à reprendre tout le reste. Pendant que les autres amollissent tout, vous êtes le clairon. Ne désespérons pas.» (Correspondance d'Edgar Quinet, t. II, p. 371.)

77: Voir, par exemple, dans le fragment du testament que nous reproduisons plus bas, la recommandation faite par le duc d'Orléans à son fils, de rester fidèle à la «révolution».

78: Causant, au lendemain de la catastrophe, avec M. de Flahault, ambassadeur de France à Vienne, M. de Metternich lui disait: «C'était une grande tâche pour votre roi que de former son successeur. Il y avait mis tous ses soins, et je sais que, depuis un an surtout, il était parfaitement content du résultat qu'il avait obtenu; il éprouvait une grande tranquillité et une extrême satisfaction, en voyant que son fils était entré dans ses idées et qu'il pourrait s'endormir sans trouble, certain que le système d'ordre et de paix qu'il a établi ne serait point abandonné après lui.» M. Guizot, de son côté, a constaté que le prince se montrait «capable de s'arrêter sur sa pente, d'apprécier la juste mesure des choses, la vraie valeur des hommes, et d'apporter dans le gouvernement plus de sagacité froide et de prudence que son attitude et son langage ne l'auraient fait conjecturer». Le ministre a même ajouté ce témoignage plus précis: «Depuis 1840, le prince avait fait dans ce sens de notables progrès, et, quoiqu'il ménageât avec soin l'opposition, son appui sérieux en même temps que réservé ne manqua point au cabinet.»

79: Il s'agit d'une lettre par laquelle le duc d'Orléans raconte au général Damrémont comment il a obtenu du Roi et ensuite généreusement sacrifié à son frère l'honneur de prendre part à la seconde expédition de Constantine. J'ai cité, dans la seconde édition du tome III, ch. X, § XIII, d'autres fragments de cette admirable lettre. On en peut trouver le texte complet dans L'Algérie de 1830 à 1840, par M. Camille Rousset, t. II, p. 230 et suiv.

80: En 1837, époque où le duc d'Orléans écrivait ces lignes, le jeune duc d'Aumale, âgé de quinze ans, venait d'obtenir un prix au concours général.

81: Sur ces pressentiments, voir ce qu'en écrivait Henri Heine en 1840 et en 1842. (Lutèce, p. 21 et 269.) Voir aussi un petit incident du voyage que le duc d'Orléans avait fait, quelques jours avant sa mort, pour conduire la duchesse à Plombières. (Madame la duchesse d'Orléans, p. 83.)

82: Je fais ici allusion à ce passage, souvent cité, du testament du duc d'Orléans, testament écrit en 1839, au moment de partir pour l'expédition des Portes de Fer, en Algérie: «C'est une grande et difficile tâche que de préparer le comte de Paris à la destinée qui l'attend; car personne ne peut savoir dès à présent ce que sera cet enfant, lorsqu'il s'agira de reconstruire sur de nouvelles bases une société qui ne repose que sur les débris mutilés et mal assortis de ses organisations précédentes. Mais, que le comte de Paris soit un de ces instruments brisés avant qu'ils aient servi, ou qu'il devienne l'un des ouvriers de cette régénération sociale qu'on n'entrevoit qu'à travers de grands obstacles et peut-être des flots de sang; qu'il soit roi ou qu'il demeure défenseur inconnu et obscur d'une cause à laquelle nous appartenons tous, il faut qu'il soit avant tout un homme de son temps et de sa nation, qu'il soit catholique et défenseur passionné, exclusif, de la France et de la révolution.»

83: Lettre au journal El Heraldo du 24 juillet 1842. (Œuvres de Donozo Cortès, t. I.)

84: Lettre à son frère, en date du 18 juillet 1842. (Bulwer, Life of Palmerston, t. III, p. 96.)

85: Lettre au comte Apponyi, en date du 18 juillet 1842. (Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 616.)

86: Rapport sur la loi de régence, présenté à la Chambre des pairs, le 17 août 1842.

87: M. Guizot écrivait, le 14 juillet 1842: «La bonne conduite est indispensable, et tout le monde le sent.»

88: On lit, à ce propos, dans une lettre de M. de Metternich au comte Apponyi, en date du 12 août 1842: «M. de Flahault m'a lu une lettre particulière de M. Guizot en réponse à ce que j'avais appris au premier sur la manière dont l'affreux événement du 13 juillet a été accueilli à Kirchberg. (C'était l'endroit où résidait alors la famille de Charles X.) Veuillez dire à M. Guizot et, si vous en trouvez l'occasion, également au Roi, que je ferai connaître là-bas l'impression que Sa Majesté a reçue de la communication. M. de Flahault mandera probablement, par le courrier de ce jour, que M. le duc de Bordeaux, qui a appris la nouvelle peu après son arrivée à Tœplitz, a fait dire le lendemain une messe à la paroisse de cette ville, à laquelle il a assisté avec tout ce qui compose sa suite. Il n'y a rien mis qui ressemblât à de l'ostentation, et toute la ville lui en a su gré.» (Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 619.)

89: Constitutionnel du 19 juillet 1842.

90: 16 juillet 1842.

91: Journal inédit du baron de Viel-Castel.

92: Rapport fait à la Chambre des pairs.

93: Ainsi fit-elle avec M. Dupin, la première fois qu'elle le vit après la catastrophe. (Mémoires de M. Dupin, t. IV, p. 178.) Quelques jours plus tard, lorsque M. de Lamartine soutint, à la Chambre, la thèse de la régence féminine, elle en fut fort mécontente. «Il n'a pas parlé pour moi, dit-elle, il a parlé contre le gouvernement du Roi.» (Madame la duchesse d'Orléans, p. 135.)

94: «Au début, écrit M. Duvergier de Hauranne, nous étions tous, presque tous du moins, pour la régence de madame la duchesse d'Orléans.» (Notes inédites.)

95: Henri Heine écrivait, dès le 19 juillet 1842: «Le duc de Nemours jouit-il en effet de la très haute disgrâce du peuple souverain, comme on le soutient avec un zèle excessif? Je n'en veux pas juger. Encore moins suis-je tenté d'approfondir les raisons de sa disgrâce. L'air distingué, élégant, réservé et patricien du prince est peut-être le principal grief contre lui.» (Lutèce, p. 266.)

96: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

97: Mémoires de M. Guizot, t. VII, p. 14.

98: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

99: Louis-Philippe écrivit à M. Guizot: «Nous avons lu ce matin, en famille, votre admirable discours d'hier; les larmes ont coulé à l'exorde, et tous m'ont bien demandé de vous dire combien nous étions touchés.» (Mémoires de M. Guizot, t. VII, p. 36.)

100: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

101: Ibid.

102: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

103: Ibid.

104: Mémoires de M. Guizot, t. VII, p. 35.

105: M. de Viel-Castel, en sortant de la Chambre, écrivait sur son journal intime: «La séance d'aujourd'hui est certainement la plus dramatique qu'il y ait eu depuis longtemps.» (Documents inédits.)

106: Cf. les lettres de M. de Metternich au comte Apponyi, en date des 18 juillet, 13 et 26 août 1842. (Mémoires, t. VI, p. 617 à 621.)

107: Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 621, 622.

108: M. de Viel-Castel écrivait sur son journal intime, le soir même du discours de M. Thiers: «Ce discours, l'attitude nouvelle que M. Thiers vient de prendre, l'accueil que lui a fait la majorité, les chances qui en résultent pour lui et dont beaucoup de personnes s'exagèrent l'imminence, tel est, ce soir, l'objet de toutes les conversations. Les ministres font d'ailleurs bonne contenance et se donnent pour fort satisfaits. Leurs amis les plus intimes disent avec affectation que M. Thiers n'a pas au fond rompu avec la gauche; que ce n'est qu'une querelle d'amants, qu'il faudrait être bien sot pour s'y laisser prendre.» (Documents inédits.)

109: Documents inédits.

110: De la Hodde, Histoire des sociétés secrètes et du parti républicain, de 1830 à 1848, p. 313 à 319.

111: Chronique de la Revue des Deux Mondes du 1er janvier 1843.

112: Documents inédits.

113: Cité par M. Guizot dans sa Notice sur M. de Barante.

114: Quelquefois le ministère n'avait qu'à panser des amours-propres blessés par ses adversaires. Parmi les députés sur lesquels comptait l'opposition et qui passèrent alors au gouvernement, il en était un, beau parleur de province, qui, à son premier discours, eut si peu de succès qu'on n'entendit bientôt plus que le bourdonnement des conversations. Étonné, point déconcerté, notre député rencontre M. Thiers en descendant de la tribune et lui demande: «Eh bien, que dites-vous de mon début?»—À cette question, M. Thiers se gratte la tête, essuie ses lunettes, et, après quelques moments d'hésitation: «Vous auriez tort de vous décourager, lui dit-il, votre voix est excellente.»—«J'en dis autant à mes chiens de chasse», riposte brusquement le député. De ce jour, le ministère n'eut pas d'ami plus fidèle.

115: Cette citation et celles qui suivront sans indication spéciale d'origine sont empruntées aux Mémoires de M. Guizot.

116: M. Guizot avait tout de suite réclamé les bons offices de M. de Metternich. Celui-ci était alors en disposition favorable au ministère français. «De tous les ministres depuis 1830, écrivait-il au comte Apponyi, et je n'ai aucune difficulté à étendre mon jugement également à ceux de la Restauration, aucun n'a possédé les qualités de M. Guizot.» (Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 621.)

117: Lettre à M. de Jarnac du 8 novembre 1842. (Documents inédits.)

118: 29 septembre et 6 octobre 1842.

119: Lettre du 16 août 1842, adressée au comte de Jarnac et citée par ce dernier dans sa Notice sur lord Aberdeen.

120: Mémoires de M. Guizot, t. VI, p. 281 à 284.

121: Lettre confidentielle du 4 décembre 1842. (Documents inédits.)

122: Lettre du comte Bresson à M. Guizot, du 19 décembre 1842. (Documents inédits.)

123: D'après M. Guizot (Mémoires, t. VI, p. 293 et 294), M. de Metternich aurait témoigné ne pas attacher d'importance à cette affaire. Telle avait pu être son attitude au début, parce qu'alors il croyait à l'insuccès de la négociation. Mais aussitôt que celle-ci lui parut avoir chance d'aboutir, il prit position très nettement, ainsi qu'il résulte des documents publiés dans les Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 623 à 627.

124: Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 623 à 627.—M. de Metternich, avec le sentiment souvent un peu exagéré qu'il avait de son importance, se flatta même plus tard d'avoir, par cette intervention, empêché l'union douanière. Il écrivit, le 2 janvier 1843, au comte Voyna, à Saint-Pétersbourg: «Je me reconnais quelque mérite relativement au genre d'action que j'ai regardé comme le seul qu'avec une chance d'utilité, il me serait possible d'exercer sur cet intermède. Il y a des questions qui de leur nature sont tellement malignes, qu'il n'y faut point toucher, ou les empoigner pour les étrangler de prime abord. La question en instance a dû passer par le second de ces remèdes, et je me suis décidé à l'employer immédiatement. L'événement ayant justifié l'entreprise, il ne me reste plus qu'à m'en féliciter.» (Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 627.)

125: Je me demande, disait un jour M. de Metternich à notre ambassadeur, si le roi Léopold a jamais eu bien sérieusement l'intention de conclure un pareil traité, et s'il n'est pas plus probable qu'il a mis en avant ce projet, qu'il doit savoir inexécutable, afin de n'arriver à rien, tout en paraissant disposé à tout faire pour plaire au roi son beau-père, à la nation française, au parti français en Belgique et au sentiment national qui cherche un débouché pour l'excédent des produits belges.» (Mémoires de M. Guizot, t. VI, p. 294.)

126: Mémoires de M. Guizot, t. VI, p. 294.

127: Mémoires de M. Guizot, t. VI, p. 285 à 293.

128: Journal des Débats du 3 décembre 1842.

129: Discours du 11 mai 1846, à la Chambre des pairs.

130: M. de Metternich, comme on l'a vu plus haut, s'imaginait volontiers que son intervention avait été la raison décisive de l'abandon du projet d'union douanière, et affectait de croire que le motif tiré du mécontentement des industriels français n'était qu'une feinte de M. Guizot. (Mémoires, t. VI, p. 628.) Le chancelier d'Autriche exagérait son rôle. La dépêche dans laquelle il avait notifié son sentiment au gouvernement français était du 8 décembre 1842. Le 11 novembre, M. Désages écrivait à M. de Jarnac: «Les journaux ont déjà parlé d'une circulaire de lord Aberdeen relative au projet d'union franco-belge... Comme ici, il y a ajournement obligé à raison de l'état d'esprit de nos industriels, je ne pense pas que cette bombe, chargée par lord Aberdeen, éclate pour le moment.» (Documents inédits.)

131: Documents inédits.

132: Ce sentiment se manifestait déjà en juillet 1841. M. Thiers écrivait alors à M. Buloz: «Je vous dirai qu'avec un goût tous les jours plus vif pour la grande politique, j'en ai toujours un moindre pour la petite, et j'appelle petite politique celle qu'on fait chaque jour pour la circonstance. Ce pain quotidien dont on vit à Paris m'inspire un dégoût presque insurmontable. Je suis fort partisan de nos institutions, car je n'en sais pas d'autres possibles, mais elles organisent le gouvernement en un vrai bavardage. L'opposition ne parle que pour embarrasser le gouvernement cette semaine, et le gouvernement n'agit que pour parer à ce que l'on dira la semaine prochaine... C'est pour moi un vrai sacrifice que de rentrer dans ce présent si étroit et si agité... Je suis heureux où je suis, en faisant ce que je fais.» M. Thiers venait de Hollande et allait en Allemagne pour étudier les champs de bataille de Napoléon. (Notice sur M. Buloz, par M. de Mazade, Revue des Deux Mondes du 1er juin 1877.)

133: M. Léon Faucher écrivait à un de ses amis, le 15 novembre 1842: «Notre politique est toujours à l'état de langueur; Thiers se préoccupe de son Histoire de l'Empire...» Il ajoutait, dans une autre lettre du 22 mars 1843: «Thiers reste à Paris tout l'été, dans l'espoir d'achever son histoire cette année: il est à peu près perdu pour la politique jusque-là...» (Léon Faucher, Biographie et Correspondance, t. I, p. 135 et 140.) Les trois premiers volumes de l'ouvrage de M. Thiers devaient être publiés au commencement de 1845.

134: Cf. liv. II, ch. X, § II.

135: Lamartine écrivait à un ami, le 1er octobre 1835: «Il se fait, depuis mon voyage et mon incursion dans l'histoire, un grand travail de renouvellement en moi... Je deviens de jour en jour plus intimement et plus consciencieusement révolutionnaire.»

136: «Il est mobile et sincère, disait madame de Girardin. La seconde page de ses lettres dément la première et n'en est pas moins pour cela l'expression d'un sentiment vrai, je veux dire qu'il l'éprouve véritablement au moment où il l'exprime. Seulement on peut dire de lui (M. de Humboldt faisait le même reproche à l'abbé de Lamennais) qu'il change trop souvent d'idée fixe.»—M. Sainte-Beuve a écrit dans ses Notes et pensées: «Lamartine est, sur tous les points, convaincu chaque jour de contradiction et d'incohérence. Il parle à Marseille pour le libre-échange, et on lui rappelle qu'il a précédemment prêché la doctrine contraire. Un jour, causant chez madame Récamier de l'impôt sur le sel, il dit toutes sortes de raisons en faveur de cet impôt: «Je suis charmé, dit M. de Chateaubriand, de vous entendre soutenir ces choses, car on m'avait dit que vous parleriez contre.—Ah! c'est vrai, répliqua Lamartine, ils sont venus me trouver, et j'ai promis d'appuyer l'abolition de l'impôt; mais je suis convaincu qu'au fond il est moins onéreux qu'utile.»—Ainsi de tout.»

137: M. de Lamartine disait à M. Sainte-Beuve: «Avez-vous jamais lu de l'économie politique?» et sans attendre sa réponse: «Avez-vous jamais mis le nez dans ce grimoire? Rien n'est plus facile, rien n'est plus amusant.» (Portraits contemporains, nouvelle édition, t. I, p. 381.)

138: C'est M. de Lamartine lui-même qui s'exprime en ces termes, dans sa critique de l'Histoire des Girondins. Il disait, un jour, à M. Duvergier de Hauranne: «Et vous aussi, vous croyez que la poésie est ma vocation. Sachez que, pour moi, la poésie est une simple distraction à laquelle je n'attache aucune importance. Le matin, avant déjeuner, je fais des vers que j'écris au crayon sur quelques morceaux de papier. Puis, sans y songer davantage, je jette tous ces morceaux de papier dans un sac où madame de Lamartine va les chercher pour les classer à son gré. Ma véritable vocation, c'est la politique, ce sont les affaires, ce sont les chiffres.» M. de Lamartine, à qui les années ne coûtaient rien, ajoutait qu'il avait pâli dix ans sur la question du libre-échange, dix ans sur la question des prisons, dix ans sur la question du budget, etc., etc. (Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.)

139: Expression de M. Émile Ollivier, dans l'éloquent discours qu'il avait préparé pour sa réception à l'Académie française. (Lamartine, précédé d'une préface sur les incidents qui ont empêché son éloge en séance publique de l'Académie française, par Émile Ollivier.)

140: M. de Lamartine écrivait à un ami, le 14 janvier 1836: «Avant-hier, j'ai improvisé une demi-heure admirablement, éloquemment et politiquement selon moi. Il n'y a que moi qui m'en sois aperçu.» Et le 13 janvier 1838: «J'ai beau travailler, comprendre, me former à une parole qui intérieurement me semble au niveau et fort au-dessus même de beaucoup d'autres, je ne suis pas encore entendu ni compris par la masse et je n'exerce pas l'ascendant naturel et proportionné à mon effort.»—Madame de Girardin écrivait peu après: «N'a-t-on pas abreuvé de ridicule et d'ironie l'orateur, sublime amant d'Elvire? Ne lui a-t-on pas crié comme une injure son beau titre de poète, chaque fois qu'il montait à la tribune? N'a-t-on pas traité ses plus nobles sentiments de fictions et de chimères? On lui a dit qu'il plantait des betteraves dans les nuages, que sa conversion des rentes ne valait pas sa conversion de Jocelyn, et mille autres niaiseries semblables...» (Lettres parisiennes du vicomte de Launay, t. II, p. 160.).

141: Cf. plus haut, ch. I, § IX, et ch. II, § IV.

142: M. Royer-Collard disait un jour, en décembre 1841: «On n'est jamais sûr que, lorsqu'on vient d'entendre de M. de Lamartine un magnifique discours à la tribune, si on le rencontre dans les couloirs de la Chambre et qu'on le félicite, il ne vous réponde à l'oreille: «Cela n'est pas étonnant, voyez-vous, car, entre nous, je suis le Père éternel!» (Cahiers de M. Sainte-Beuve, p. 15.)

143: M. de Lamartine a écrit, dans un de ses Entretiens de littérature: «Les révolutions de 1814 et de 1815 auxquelles j'assistai, la guerre, la diplomatie, la politique auxquelles je me consacrai, m'apparurent, comme les passions de l'adolescence m'étaient apparues, par leur côté littéraire... Tout devint littéraire à mes yeux, même ma propre vie. L'existence était un poème pour moi.»

144: Cité par M. de Mazade, dans son intéressante étude sur M. de Lamartine. (Revue des Deux Mondes, 1er août et 15 octobre 1870.)

145: Dans ce discours, M. de Lamartine opposait, avec complaisance, aux temps calmes où chacun est classé, suit sa voie, les temps d'orage, «ces drames désordonnés et sanglants qui se remuent à la chute ou à la régénération des empires, dans ces sublimes et affreux interrègnes de la raison et du droit». Alors «le même homme, soulevé par l'instabilité du flot populaire, aborde tour à tour les situations les plus diverses, les emplois les plus opposés... Il faut des harangues pour la place publique, des plans pour le conseil, des hymnes pour le triomphe... On cherche un homme; son mérite le désigne... On lui impose au hasard les fardeaux les plus disproportionnés à ses forces... L'esprit de cet homme s'élargit, ses talents s'élèvent, ses facultés se multiplient; chaque fardeau lui crée une force, chaque emploi, un mérite.»

146: M. de Lamartine a rapporté plus tard cette conversation, dans ses Entretiens de littérature. Le langage prêté à Talleyrand est peu conforme à ses habitudes d'esprit, mais il montre au moins ce que M. de Lamartine désirait entendre.

147: Lettre du 10 décembre 1834.

148: Lettre du 12 avril 1838.

149: La correspondance de M. de Lamartine est remplie des épanchements de l'admiration qu'il ressent pour sa propre éloquence. Il l'exprime avec une sorte de candeur et aussi peu de gêne que s'il s'agissait d'un autre: «J'ai eu un grandissime succès (juin 1836).—Tu n'as pas l'idée de l'effet de ma dernière séance à la tribune (mars 1837).—Depuis les beaux discours de la Restauration, il n'y a pas eu d'effet de tribune si merveilleux (25 avril 1838).—Je viens d'avoir un tel succès que je n'en ai jamais vu de semblable depuis 1830 (1839).»

150: Lettres du 27 décembre 1834 et du 25 avril 1838.

151: Lettre du 10 octobre 1841.

152: Chronique politique de la Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1842.

153: Lettres du 5 novembre 1841 et du 23 novembre 1842.

154: «Guizot, Molé, Thiers, Passy, Dufaure, cinq manières de dire le même mot. Ils m'ennuient sous toutes les désinences. Que le diable les conjugue comme il voudra!» (Lettre du 5 octobre 1842.)

155: Chronique politique de la Revue des Deux Mondes du 1er avril 1843.

156: Chroniques parisiennes de M. Sainte-Beuve, p. 17.

157: Lettre du 6 février 1841.

158: Notes et pensées de M. Sainte-Beuve, t. XI des Causeries du lundi, p. 462.

159: Discours du 9 janvier 1837.

160: Lettre du 1er octobre 1858, adressée à M. W. R. Greg, esq. (Œuvres et correspondance inédites d'Alexis de Tocqueville, t. II, p. 456.)

161: C'est encore ce que M. de Tocqueville exprimait ainsi, dans la lettre déjà citée: «Ce terrain de la politique étrangère est essentiellement mobile, il se prête à toutes sortes de manœuvres parlementaires; on y rencontre sans cesse de grandes questions capables de passionner la nation, et à propos desquelles les hommes politiques peuvent se séparer, se rapprocher, se combattre, s'unir, suivant que l'intérêt ou la passion du moment les y porte.»

162: Discours du 21 janvier 1843.

163: Cf. plus haut, § I.

164: 1er février 1843.

165: Vers cette époque, le 13 mars 1843, M. Désages écrivait au comte de Jarnac: «L'anglophobie existe encore à un degré vraiment incroyable dans une foule de têtes qui, à cette infirmité près, sont d'ailleurs assez saines.» (Documents inédits.)

166: Journal inédit du baron de Viel-Castel.

167: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

168: Lettre de la duchesse de Dino à M. de Barante. (Documents inédits.)

169: Le Journal des Débats disait, le 20 février 1843: «Nous demandons et nous avons le droit de demander une discussion franche et complète, et, si nous ne l'obtenions pas, si le cabinet était renversé clandestinement par des adversaires honteux d'eux-mêmes et de leurs rôles, le ministère qui viendrait à la place est baptisé d'avance; il ne pourrait s'appeler que le ministère de l'intrigue.» Il ajoutait, le lendemain: «Nous n'aimons pas, on le sait, les coalitions; mais nous aimons encore moins, s'il est possible, l'intrigue honteuse, qui n'ose s'avouer elle-même... Que voyons-nous?... Une conjuration de muets, apostés auprès du pouvoir, et qui s'apprêtent à le saisir, si, après le combat auquel ils sont décidés à ne prendre aucune part, leur appoint mystérieux et furtif donne la majorité à l'opposition... Il faut donc que le pays, la Chambre et le ministère le sachent bien: une comédie d'ambition se prépare. Méfions-nous des personnages muets qui veulent y jouer un rôle.»

170: Dans un discours fort mordant, l'un des amis du cabinet, M. Desmousseaux de Givré, avait interpellé M. Dufaure et M. Passy: «Quand on a vécu sous le même toit pendant trois ans, avait-il dit, il n'est pas permis de déménager la nuit, sans dire adieu à ses hôtes.»

171: Mémoires de M. Guizot, t. VIII, p. 82.

172: X. Doudan, Mélanges et Lettres, t. III, p. 112.

173: Lettre à M. de Jarnac, du 6 mars 1843. (Documents inédits.)

174: En 1842, il n'y avait eu que 8 voix de majorité: 198 contre 190. En 1843, il y en eut 26: 207 contre 181. Il est à remarquer que le chiffre total des votants était le même dans les deux cas.

175: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

176: Février 1843.

177: 17 février 1843.

178: Mémoires de M. Guizot, t. VI, p. 187.

179: Ibid., p. 186.

180: Lettre du comte Apponyi, en date du 5 mars 1843. (Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 677.)

181: Lettre du 13 février 1843 (ibid., p. 675).—M. de Metternich ajoutait cette réflexion: «Il n'y a pas de question dans laquelle un cabinet puisse se trouver plus singulièrement placé que le nôtre dans celle-ci. Nous avons combattu les propositions anglaises, pendant plus de vingt ans. De guerre lasse, et restés seuls de notre bord, nous avons fini par céder à l'invitation pressante des deux puissances maritimes, et cela pour nous trouver engagés dans un système que nous avions combattu avec les raisons,—fort bonnes d'ailleurs,—que nous devons récuser aujourd'hui, parce qu'elles sont incomplètement soutenues par l'une des puissances originairement contractantes! Tout bien considéré, il me paraît prouvé que certaines idées philanthropiques ne nous conviennent pas.»

182: Lettres du 13 avril et du 13 juin 1843. (Notice sur lord Aberdeen, par le comte de Jarnac.)

183: Même notice.