(16 octobre 1523.) A Michel Vander Strassen, péager à Borna. (Au sujet d'un prédicateur d'Oelsnitz qui exagérait les principes de Luther): «Vous avez vu mon opinion par le livre de la confession et de la messe: j'y établis que la confession est bonne quand elle est libre et sans contrainte, et que la messe, sans être un sacrifice ni une bonne œuvre, est pourtant un témoignage de la religion et un bienfait de Dieu, etc. Le tort de votre prédicateur, c'est qu'il vole trop haut et qu'il jette les vieux souliers avant d'en avoir de neufs. Il devrait commencer par bien instruire le peuple sur la foi et la charité. Dans un an, lorsque la commune aura bien compris Jésus-Christ, il sera assez temps de toucher les points sur lesquels il prêche maintenant. A quoi bon cette précipitation avec le peuple ignorant? J'ai prêché près de trois ans à Wittemberg avant d'en venir à ces questions; et ceux-ci veulent tout finir en une heure! ces hommes si pressés nous font beaucoup de mal. Je vous prie de dire au percepteur d'Oelnitz qu'il enjoigne à son prédicateur d'agir désormais avec plus de mesure, et de commencer avant tout par bien enseigner Jésus-Christ: sinon, qu'il laisse là ses folles prédications et qu'il s'éloigne. Que surtout il cesse de défendre et de punir la confession. C'est un esprit pétulant et immodéré qui a vu de la fumée, mais qui ne sait pas où est la flamme...»
[a46] Page 129, ligne 5.—La messe...
«S'il plaît à Dieu, j'abolirai ces messes ou je tenterai autre chose. Je ne puis supporter plus long-temps les ruses et les machinations de ces trois demi-chanoines contre l'unité de notre église.» (27 novembre 1524.)
«J'ai enfin poussé nos chanoines à consentir à l'abrogation des messes.» (2 décembre 1524.)
«Ces deux mots messe et sacrement sont aussi éloignés l'un de l'autre que ténèbres et lumières, diable et Dieu... Puisse Dieu donner à tous les chrétiens un tel cœur, qu'ils aient horreur de ce mot, la messe, et qu'en l'entendant ils se signent comme ils feraient contre une abomination du diable.»
On l'interroge souvent sur le baptême des enfans nondùm ex utero egressorum. «J'ai empêché nos bonnes femmes de baptiser l'enfant avant sa naissance; elles avaient coutume de baptiser le fœtus sitôt que la tête paraissait. Pourquoi ne pas le baptiser par-dessus le ventre de sa mère, ou mieux encore, baptiser le ventre même.» (13 mars 1531.)
[a47] Page 132, ligne 23.—De ministris instituendis...
Instructions au ministre de Wittemberg:
«Renvoyer les prêtres indignes;
Abroger toutes messes et vigiles payées;
Le matin, au lieu de messe, Te Deum, lecture et exhortation;
Le soir lecture et explication;—complies après le souper;
Ne célébrer qu'une messe aux dimanches et fêtes.» (Briefe, 19 août 1523.)
En 1520, il publia un catéchisme. Mais dix ans plus tard, il en fit un autre où il ne conserva que le baptême et la communion. Plus de confession. Seulement il engage à recourir souvent à l'expérience du pasteur.
Pour soustraire les ministres à la dépendance de l'autorité civile, il voulait conserver les dîmes. «Il me semble que les décimes sont la chose la plus juste du monde. Et plût à Dieu que toutes taxes abolies, il ne subsistât que des dîmes, ou même des neuvièmes et des huitièmes. Que dis-je, les Égyptiens donnaient le cinquième, et ils vivaient pourtant. Nous, nous ne pouvons vivre avec la dîme, il y a d'autres charges qui nous écrasent.» (15 juin 1524.)
[a48] Page 132, ligne 25.—Caractère indélébile...
«On doit déposer et emprisonner les pasteurs et prédicateurs qui font scandale. L'Électeur a résolu de faire construire une prison à cet effet.»
«Le docteur parla ensuite de Jean Sturm qu'il avait souvent visité dans le château de Wittemberg, et qui s'était toujours obstiné à croire que Christ n'était mort que pour l'exemple. Il fut en conséquence conduit à Schwrinitz, et y mourut dans la tour.» (Tischred., p. 196.)
Luther disait que l'on ne devait punir de mort les anabaptistes qu'autant qu'ils étaient séditieux. (Tischred., p. 298.)
[a49] Page 135, ligne 6.—Visites annuelles...
La commission que l'Électeur, sur les exhortations de Luther, nomma en 1528 pour inspecter les écoles, se composait de Jérôme Schurff, docteur en droit, du seigneur Jean de Plaunitz, d'Asme de Haubitz et de Mélanchton.
Dans l'instruction que ces inspecteurs adressèrent ensuite aux pasteurs de l'électorat avec l'approbation de Luther, on peut remarquer le passage suivant: «Il y en a qui disent que l'on ne doit pas défendre la foi par l'épée, mais que l'on doit souffrir comme ont fait Jésus-Christ et ses apôtres. A cela il faut répondre qu'à la vérité ceux qui ne règnent pas doivent souffrir comme individus et n'ont pas droit de se défendre; mais que l'autorité est chargée de protéger ses sujets contre toute violence et injustice, que cette violence ait une cause religieuse ou une autre.» (Luth. Werke, t. IX, p. 263, verso.)
En 1527, le prince envoie à Luther les rapports de la visite des églises en lui demandant s'il fallait les imprimer. (19 août 1527.)
[a50] Page 136, ligne 1.—Luther exerçait une sorte de suprématie.
Il décide que les chanoines sont obligés de partager avec les bourgeois les charges publiques. (Lettre au conseil de Stettin, 12 janvier 1523) C'est à lui que souvent on s'adressait pour obtenir une place de ministre.
«Ne sois pas inquiet d'avoir une paroisse; il y a partout grande pénurie de fidèles pasteurs; si bien que nous sommes forcés d'ordonner et d'instituer des ministres avec un rite particulier, sans tonsure, sans onction, sans mitre, sans bâton, sans gants ni encensoir, enfin sans évêques.» (16 décembre 1530.)
Les habitans de Riga et le prince Albert de Prusse demandent à Luther de leur envoyer des ministres. (1531.)
Le roi de Suède, Gustave Ier, lui demande de même un précepteur pour son fils. (avril 1539.)
[a51] Page 136, ligne 9.—Excommunication...
«Le prince a répondu à l'université qu'il voulait hâter la visite des paroisses, afin que cela fait et les églises constituées, on puisse se servir de l'excommunication quand besoin sera.» (10 janvier 1527.)
[a52] Page 137, ligne 6.—Abolition des vœux monastiques...
«Dans son traité de vitandâ hominum doctrinâ il dit des évêques et des grands de l'Église: «Qu'ils sachent ces effrontés et impudiques qui ont sans cesse à la bouche «le christianisme, le christianisme,» qu'ils sachent que ce n'est point pour eux que j'ai écrit qu'il fallait se nourrir de viande, s'abstenir de la confession et briser les images; eux, ne sont-ils pas comme ces impurs qui souillaient le camp d'Israël? Si j'ai écrit ces choses, c'est pour délivrer la conscience captive de ces malheureux moines, qui voudraient rompre leurs vœux, et qui doutent s'ils peuvent le faire sans pécher.» (Seckendorf, lib. I, sect. 50, p. 202.)
[a53] Page 139, ligne 27.—J'ai reçu hier neuf religieuses...
«Neuf religieuses avaient été enlevées de leur couvent et amenées à Wittemberg. «Ils m'appellent ravisseur, dit Luther, oui, et bienheureux ravisseur comme Christ, qui fut aussi ravisseur en ce monde, quand par sa mort il arracha au prince de la terre ses armes et ses richesses, et qu'il l'emmena captif.» (Cochlæus, p. 73.)
[a54] Page 140, ligne 3.—J'ai pitié d'elles... qui meurent en foule de cette maudite et incestueuse chasteté...
«Anne Craswytzinne échappée de ses liens, à Leusselitz, est venue habiter avec nous. Elle a épousé Jean Scheydewind, et me charge de te saluer doucement en son nom, et avec elle trois autres, Barbe Rockenberg, Catherine Taubenheim, Marguerite Hirstorf.» (11 janvier 1525.)
A Spalatin. «Si tu ne le sais pas encore, tous les prêtres d'ici ne se contentent pas de mener une conduite sacrilége; ce sont des cœurs endurcis, des contempteurs de Dieu et des hommes, qui passent presque toutes les nuits avec des prostituées... J'ai dit hautement que, si dans leur impiété, nous devons les tolérer, il est du devoir du magistrat de s'opposer à leurs débauches ou de les contraindre au mariage... Tu craignais dernièrement qu'on ne pût accuser l'Électeur de favoriser ouvertement les prêtres mariés.» (2 janvier 1523.)
(27 mars 1525.) A Wolfgang Reissenbach, précepteur à Lichtenberg. «... Mon cher, ne volons pas plus haut, et ne prétendons pas mieux faire qu'Abraham, David, Isaïe, saint Pierre, saint Paul, et tous les patriarches, prophètes et apôtres, ainsi que tant de saints martyrs et évêques qui tous ont reconnu sans honte qu'ils étaient des hommes créés par Dieu, et qui, fidèles à sa parole, ne sont pas restés seuls. Qui a honte du mariage, a honte d'être homme. Nous ne pouvons nous faire autres que Dieu n'a voulu que nous soyons. Enfans d'Adam, nous devons à notre tour laisser des enfans.—O folie! nous voyons tous les jours quelle peine il en coûte pour rester chaste dans le mariage même, et nous rejetons encore le mariage! Nous tentons Dieu outre mesure, par nos vœux insensés, et nous préparons la voie à Satan...»
[a55] Page 146, ligne 3.—Cette époque de la vie de Luther (1521-1528) fut prodigieusement affairée...
A Frédéric de Nuremberg. «Si j'ai tant différé à te féliciter sur ton mariage, tu peux croire que j'en ai eu juste raison, avec les distractions d'une santé si variable, tant de livres à publier, de lettres à écrire, de sujets à traiter, de devoirs envers mes amis, et en nombre incroyable et infini, accablé d'un orage et d'un déluge d'affaires..... Le 17 janvier, à souper et à la hâte. Tu pardonneras à ma loquacité, peut-être aussi au souper, bien que je ne sois pas ivre.» (1525.)
Au milieu de toutes ces affaires, il entretenait correspondance avec Christiern II.
A Spalatin. «Les porteurs sont rares, sans quoi je t'aurais envoyé depuis long-temps les tristes lettres du roi Christiern, aujourd'hui le plus malheureux des hommes, et ne vivant plus que pour Christ.» (27 mars 1526.)
A Mélanchton. «Rien de nouveau, si ce n'est une lettre du roi de Suède Christiern qu'il nous adresse à tous les deux avec une petite coupe d'argent; il nous demande de ne pas croire ceux qui le représenteraient comme un déserteur de l'Évangile.» (novembre 1540.)
Il lui fallait encore veiller, par toute l'Allemagne, sur les intérêts des réformés. La commune réformée de Miltenberg (en Franconie) était opprimée par les officiers de l'électeur de Mayence. Toute correspondance avec cette ville avait été interrompue. Luther adressa aux habitans une lettre de consolation qu'il fit imprimer pour qu'elle pût leur parvenir. Il en avertit l'Électeur, et lui demanda «si ses officiers n'abusaient pas de son nom.» (14 février 1524.)
En 1528, une religieuse de Freyberg s'adresse à lui pour qu'il l'enlève de son couvent, et la conduise en Saxe. (29 juin 1528.)—«Occupatissimus scribo visitator, lector, prædicator, scriptor, auditor, actor, cursor, procurator, et quid non?» (29 octobre 1528.)
[a56] Page 146, ligne 26.—Son ancien ami Carlostad...
Carlostad était chanoine et archidiacre dans l'église collégiale de tous les saints; il en était doyen lorsque Luther fut reçu docteur en 1512. (Seckendorf, liv. I, 72.)
[a57] Page 147, ligne 5.—Derrière Carlostad on entrevoyait Münzer...
Lettre du docteur Martin Luther aux chrétiens d'Anvers «...... Nous avions cru, tant que dura le règne du pape, que les esprits de bruit et de vacarme, qui se font souvent entendre la nuit, étaient des âmes d'hommes qui, après la mort, revenaient et rôdaient pour expier leurs péchés. Cette erreur, Dieu merci, a été découverte par l'Évangile, et l'on sait à présent que ce ne sont pas des âmes d'hommes, mais rien autre que des diables malicieux qui trompaient les gens par de fausses réponses. Ce sont eux qui ont mis dans le monde tant d'idolâtrie.
»Le diable voyant que ce genre de vacarme ne peut continuer, il lui faut du nouveau; il se met à faire rage dans ses membres, je veux dire dans les impies, à travers lesquels il se fait jour par toute sorte de vanités chimériques et de doctrines extravagantes. Celui-ci ne veut plus de baptême, celui-là nie la vertu de l'eucharistie; un troisième met encore un monde entre celui-ci et le jugement dernier; d'autres enseignent que Jésus-Christ n'est pas Dieu; les uns disent ceci, les autres cela, et il y a presque autant de sectes et de croyances que de têtes.
»Il faut que j'en cite un pour exemple, car j'ai bien à faire avec ces sortes d'esprits. Il n'est personne qui ne prétende être plus savant que Luther; c'est contre moi qu'ils veulent tous gagner leurs éperons. Et plût au ciel qu'ils fussent ce qu'ils pensent être, et que moi je ne fusse rien! Celui-là donc m'assurait entre autres choses qu'il était envoyé vers moi par le Dieu qui a créé le ciel et la terre; il en disait des choses magnifiques, mais le manant perçait toujours.
»Enfin il m'ordonna de lui lire les livres de Moïse. Je lui demandai un signe qui confirmât cet ordre. C'est, dit-il, écrit dans l'Évangile de saint Jean. Alors j'en eus assez et je lui dis de revenir une autre fois, que nous n'aurions pas le temps de lire pour cette fois les livres de Moïse...
»Il m'en faut bien entendre dans une année, de ces pauvres gens. Le diable ne peut pas m'approcher de plus près. Jusqu'ici le monde avait été plein de ces esprits bruyans sans corps, qui se donnaient pour des âmes d'hommes; maintenant ils ont des corps et se donnent tous pour des anges vivans...
»Quand le pape régnait, on n'entendait point parler de troubles; le Fort (le diable) était en paix dans sa forteresse; mais à présent qu'un plus fort est venu qui prévaut contre lui et qui le chasse, comme dit l'Évangile, il tempête et sort avec fureur et fracas.
»Chers amis, il est venu aussi parmi vous un de ces esprits de vacarme qui ont chair et sang. Il veut vous égarer dans les inventions de son orgueil; gardez-vous de lui.
»D'abord il dit que tout homme a le Saint-Esprit. Secondement, que le Saint-Esprit n'est autre chose que notre raison et notre intelligence. Troisièmement, que tout homme a la foi. Quatrièmement, qu'il n'y a pas d'enfer; que du moins la chair seule sera damnée. Cinquièmement, que toute âme aura la vie éternelle. Sixièmement, que la simple nature nous enseigne de faire au prochain ce que nous voulons qu'on nous fasse; c'est là, disent-ils, la foi. Septièmement, que la loi n'est pas violée par la concupiscence, tant que nous ne consentons pas au plaisir. Huitièmement, que celui qui n'a pas le Saint-Esprit, est aussi sans péché, car il n'a pas de raison.
»Tout cela ce sont des propositions audacieuses, de vains jeux de la fantaisie; si l'on excepte la septième, les autres ne méritent pas de réponse......
»Il nous suffit de savoir que Dieu ne veut pas que nous péchions. Pour la manière dont il permet, ou veut qu'il y ait du péché, nous ne devons pas toucher cette question. Le serviteur ne doit point savoir le secret du maître, mais seulement ce qu'il ordonne. Combien moins une pauvre créature doit-elle vouloir scruter et approfondir la majesté et le mystère de son Dieu?...
»Nous avons assez à faire pendant toute notre vie, de connaître la loi de Dieu et d'apprendre son fils Jésus-Christ...» 1525. (Luth. Werke, tome II, p. 61, sqq.)
[a58] Page 151, ligne 11.—Luther crut devoir se transporter à Iéna...
Carlostad, dans une dispute, cita Luther au jugement dernier.—«Comme nous étions à l'hôtellerie, et que nous parlions de ces affaires, après s'être engagé à défendre sa doctrine à fond, soudain il se détourna, fit claquer ses doigts, et dit: «Je me moque de vous.» Or, s'il ne m'estime pas davantage, qui d'entre nous estimera-t-il? ou pourquoi perdrai-je mon temps à le prêcher? Je pense toujours qu'il me regarde comme l'un des plus savans de Wittemberg; et cependant, il me dit au nez: «Je me moque de vous.» Comment, après cela, peut-on croire encore à sa sincérité, lorsqu'il prétend vouloir se laisser instruire?»
Carlostad avait abandonné ses fonctions de professeur et d'archidiacre à Wittemberg (tout en gardant son traitement) pour aller à Orlamünde, sans autorisation ni de l'Électeur ni de l'Université. Ce fut une des causes du mécontentement qui éclata contre lui. L'Université lui ayant écrit pour le rappeler dans son sein, il lui fit répondre par ses partisans d'une manière insolente.
Luther fut envoyé par l'Électeur et l'Université à Orlamünde pour y prêcher contre les doctrines de Carlostad et tout ramener à l'ordre; mais il fut très mal reçu par le peuple.
Carlostad s'habillait à Orlamünde plus simplement que les autres pasteurs. Il ne souffrait pas qu'on l'appelât docteur; il se faisait appeler frère André, voisin André. Il se soumettait à la juridiction du juge de la petite ville, pour être entièrement comme les autres bourgeois. (Luth. Werke, t. II, p. 18-22.)
[a59] Page 152, ligne 21.—Luther obtint un ordre pour le faire sortir...
«Quant au reproche que Carlostad me fait de l'avoir chassé, je ne me chagrinerais pas trop si ce reproche était fondé; mais, Dieu aidant, je crois bien que je puis m'en justifier. Dans tous les cas, je suis fort aise qu'il ne soit plus dans notre pays, et je voudrais bien qu'il ne fût pas non plus chez vous...
»Se fondant sur l'un de ses écrits, il m'aurait presque persuadé de ne pas confondre l'esprit qui l'anime avec l'esprit séditieux et homicide d'Altstet (résidence de Münzer); mais lorsque, sur l'ordre de mon prince, je me rendis à Orlamünde, parmi les bons chrétiens de Carlostad, je n'éprouvai que trop bien quelle semence il avait semée. Je remerciai Dieu de ne pas être lapidé ni couvert de boue, car il y en avait qui me disaient, par forme de bénédiction: «Va-t'en, au nom de mille diables, et casse-toi le cou avant que tu ne sois sorti de la ville.» Malgré cela, ils se sont arrangés et parés bien proprement dans le petit livre qu'ils ont publié. Si l'âne avait des cornes, c'est-à-dire si j'étais prince de Saxe, Carlostad ne serait pas chassé, à moins que l'on ne m'en priât bien fort.—Je lui conseillerais de ne pas dédaigner la bonté des princes.» (Lettre aux Strasbourgeois. Luther, Werke, t. II, p. 58.)
Carlostad, au dire de plusieurs témoins, avait à son service un chapelain qui faisait le rôle de l'esprit dans les apparitions et révélations surnaturelles par lesquelles son maître en imposait au peuple. (Luth. Briefe, édit. 1826, II vol. p. 625.)
«Carlostad était fort téméraire; il a osé disputer même à Rome dans le principal collége, in domo Sapientiæ. Il est revenu en Allemagne tout magnifique et avec de beaux habits. C'est par pure jalousie qu'il s'est fait ensuite paysan: il allait tête nue et ne voulait pas qu'on l'appelât docteur, mais voisin...
»Carlostad condamnait les grades et promotions dans les universités. Il dit un jour: «Je sais que je fais mal en élevant ces deux hommes au grade de docteur, seulement à cause des deux florins; mais je jure bien de n'en plus faire d'autre.» Il dit ces paroles dans l'église du château à Wittemberg, et je l'en repris fortement. (Tischreden, p. 416.)
»Dans la dispute de Leipzig, Carlostad insista pour parler avant moi. Il me laissa à combattre les propositions d'Eck sur la primauté du pape et sur Jean Huss... C'est un pauvre disputeur; il a une tête dure et opiniâtre.... Il avait pourtant une très joyeuse Marie.
»Ces troubles scandaleux font bien du tort à l'Évangile. Un espion français me disait expressément que son roi était informé de tout cela, qu'il avait appris que nous ne respections plus ni la religion ni l'autorité politique, pas même le mariage, et qu'il en allait chez nous comme chez les bêtes. (Tischreden, p. 417-422.)
Mort de Carlostad.—«Je voudrais savoir si Carlostad est mort repentant. Un ami, qui m'écrit de Bâle pour m'annoncer sa mort, ajoute une histoire singulière: il assure qu'un spectre erre autour de son tombeau et dans sa maison même, où il cause un grand trouble en jetant des pierres et des gravois. Mais la loi athénienne défend de médire des morts; c'est pourquoi je n'ajouterai rien.» (16 février 1542.)
«Carlostad est mort tué par le diable. On m'écrit que, pendant qu'il prêchait, il lui apparut, à lui et à beaucoup d'autres, un homme d'une haute stature qui entra dans le temple, et se mit à une place vide auprès d'un bourgeois, puis sortit et alla à la maison de Carlostad; que là il prit son fils, qu'il trouva seul, et l'enleva comme pour le briser contre terre, mais le laissa sans lui faire de mal, et lui ordonna de dire à son père qu'il reviendrait dans trois jours pour l'emporter. Carlostad serait mort le troisième jour. On ajoute qu'après le sermon il alla trouver le bourgeois, et lui demanda quel était cet homme? Le bourgeois répondit qu'il n'avait rien vu. Je crois qu'il aura été ainsi saisi de terreurs soudaines, et que nulle autre peste ne l'aura tué que la peur de la mort; car il avait toujours eu pour la mort une horreur misérable.» (7 avril 1542.)
[a60] Page 164, ligne 11.—Les paysans se soulevèrent d'abord...
Une circonstance importante de la guerre des paysans, c'est qu'elle éclata pendant que les troupes de l'Empire étaient en Italie. Autrement les soulèvemens eussent été plus vite comprimés. Les paysans du comte Sigismond de Lupffen, en Hégovie (1524), commencèrent la révolte à cause des charges qui pesaient sur eux; ils le déclarèrent à Guillaume de Furstemberg, envoyé pour les réduire; ils ne s'étaient point soulevés pour la cause du luthéranisme. Les premiers à les imiter furent les paysans de Kempten, qui prirent pour prétexte la sévérité de leur abbé; ils pénétrèrent dans les villes et châteaux de l'abbé, brisant toutes les images, tous les ornemens des temples. L'abbé pris par eux fut conduit à Kempten, où il fut contraint à vendre pour trente-deux mille écus d'or tous ses anciens droits. D'autres vinrent se joindre à eux, et ils se trouvèrent, près d'Ulm, au nombre de quatorze mille. Ceux de Leipheim et Guntzberg étaient pour eux, ainsi que les paysans des environs d'Augsbourg. Ces deux petites villes, assiégées par la ligue de Souabe, se rendirent; l'une fut abandonnée pour le pillage aux fantassins, l'autre aux cavaliers. Les paysans vaincus se relevèrent, et cette fois ne dévastèrent plus seulement les monastères, mais les maisons des nobles. Un comte de Montfort s'interposa avec les députés de Ravensberg et d'Uberlingen. Un grand nombre de paysans n'en furent pas moins mis en croix, décapités, etc.
Ce premier soulèvement semblait assoupi, lorsque Münzer fit révolter les paysans de Thuringe.
Le pieux, l'érudit, le pacifique Mélanchton montra combien les demandes des paysans s'accordaient avec la parole de Dieu et la justice; il exhorta les princes à la clémence. Luther frappa sur l'un et l'autre parti. (Voir le texte.)
Les paysans de la Thuringe, du Palatinat, des diocèses de Mayence, d'Halberstadt, et ceux de l'Odenwald, se réunirent dans la Forêt-Noire, sous la conduite de l'aubergiste Metzler, de Ballenberg. Ils s'emparèrent de Mergentheim, et forcèrent plusieurs comtes, barons et chevaliers, de se réunir à eux. Les sujets des comtes de Hohenlohe, déjà révoltés, vinrent les joindre. Les comtes de Hohenlohe ayant reçu des paysans des lettres de sûreté, scellées avec une pièce d'argent à l'effigie du comte Palatin, une conférence eut lieu, et les comtes promirent pour cent et un an d'observer les douze articles. En signe de joie les paysans tirèrent deux mille coups de fusils. Plusieurs nobles se joignirent volontairement aux paysans; d'autres y furent contraints par la force. La ville de Landau entra dans leur ligue. En même temps les paysans des environs d'Heilbronn se soulevèrent, et après quelques courses, se joignirent à la première troupe. Plusieurs villes les appelèrent et leur ouvrirent les portes.
Le traité fait par les paysans avec le vicaire de l'électeur de Mayence, fut signé de Goetz de Berlichingen et de George Metzler, de Ballenberg. Les paysans envoyèrent huit de leurs chefs prendre le serment de tous les habitans du diocèse de Mayence. Le clergé de ce diocèse dut leur payer en quatorze jours quinze mille florins d'or. Les paysans du Rhingaw, opprimés par l'abbé d'Erbach, se soulevèrent vers la même époque. Le vicaire de l'électeur de Mayence ayant souscrit à leurs demandes, ce tumulte s'apaisa.
Voici en substance les demandes des paysans du Rhingaw.—Les ministres seront élus. Ils vivront de la trentième partie du vin et du blé que la communauté lèvera sur chacun; s'il en reste quelque chose, on le gardera pour les pauvres et pour les dépenses de la communauté.—Égalité des charges pour tous, à moins que l'on ne prouve, par des actes authentiques, les priviléges et exemptions auxquels on prétend.—Point d'impôt pour celui qui vendra le vin de sa vigne; le revendeur seul paiera.—Point d'excommunication dans les causes séculières.—La servitude sera abolie.—On refusera logement aux juifs à cause de leurs indignes usures; le juge ne fera aucune exécution à raison d'usures, mais recherchera quel était le capital.
Que le commerce de bois de construction soit libre comme il l'a toujours été, et que ceux de Mayence n'y mettent point obstacle.—Personne ne sera plus reçu dans les monastères; tous auront permission d'en sortir.—Le seigneur ne pourra plus intervenir, même indirectement, dans les procès.—Le magistrat du lieu veillera sur tous les besoins des veuves, des orphelins et des pupilles.—Les pâturages, les rivières seront libres, ainsi que la chasse, en respectant toutefois les priviléges du magistrat et du prince.—Le juge sera soumis aux mêmes charges que les autres citoyens nobles ou non nobles.—On ne jugera point selon le droit canonique dans les causes séculières, mais selon la coutume du lieu.—Que personne ne revendique la propriété des forêts.—Si la Communauté du Rhingaw arrête quelques autres articles, ils devront être acceptés de ceux d'Erbach. (Gnodalius, apud Schardt, rerum germanic. script. vol. II, p. 142-3.)
L'insurrection avait fait de grands progrès en Alsace; le duc Antoine de Lorraine, défenseur ardent de l'Église, rassembla un corps de troupes, formé principalement des débris de la bataille de Pavie, et tomba sur les paysans le 18 mai 1525, près de Lupfenstein. Il les défit, brûla le bourg de Lupfenstein avec tous ses habitans, prit Saverne, où un grand nombre de paysans s'étaient retirés, et battit, quelques jours après, un troisième corps d'insurgés près de Scherweiler. Plusieurs historiens portent au-delà de trente mille le nombre des paysans qui périrent en ces trois rencontres. Trois cents prisonniers furent décapités. (D. Calmet, histoire de la Lorraine, I, p. 495 et suiv.; Rottinger, hist. de la Suisse, p. 28, II; Sleidan, p. 115.)
Le général George de Frundsberg, qui s'était distingué à la bataille de Pavie et que l'archiduc Ferdinand rappela en Allemagne pour terminer la guerre, n'imita point les cruautés des autres chefs. Les paysans étaient retranchés près de Kempten. Sûr de les accabler par la supériorité de ses forces, il évita l'effusion du sang. Il contint l'impatience de son collègue George de Waldbourg, et fit secrètement exhorter les paysans à se disperser dans les forêts et les montagnes. Ils le crurent, et ce fut leur salut. (Wachsmuth, p. 137.)
Une chanson franconienne faite après la guerre des paysans, avait pour devise:
C'était la contre-partie du chant de guerre des Dithmarsen, après qu'ils eurent défait la garde noire:
Les paysans soulevés avaient en général adopté pour signe une croix blanche. Certains corps avaient des bannières sur lesquelles était représentée la roue de la fortune[12]. D'autres avaient des sceaux sur lesquels on voyait un soc de charrue avec un fléau, un rateau ou une fourche, et un sabot placés en croix. (Gropp, chronique de Wurtzbourg, I, 97. Wachsmuth, p. 36.)
Il parut en 1525 un violent pamphlet anonyme intitulé: «A l'assemblée de tous les paysans.» Ce pamphlet, publié dans l'Allemagne méridionale, porte sur le titre une roue de la fortune, avec cette inscription en vers allemands:
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«Le moment est venu pour la roue de fortune,
»Dieu sait d'avance qui gardera le haut.»
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| «Paysans, »Bons chrétiens.» |
«Romanistes, »Sophistes.» |
Plus bas:
Et à la fin:
(Strobel, Mémoires sur la littérature du seizième siècle, II, p. 44.—Wachsmuth, p. 55.)
Les paysans s'étaient vantés que leur conseil général durerait cent et un an.—Après la prise de Weinsberg, ils décidèrent dans ce conseil de ne plus accorder la vie à aucun prince, comte, baron, noble, chevalier, prêtre, ou moine, «en un mot à aucun des hommes qui vivent dans l'oisiveté.» En effet, ils massacrèrent tous les nobles faits prisonniers, pour venger, disaient-ils, la mort de leurs frères de Souabe... Parmi ces nobles, tués par les paysans, se trouvait le mari d'une fille naturelle de l'empereur Maximilien; ils la conduisirent elle-même à Heilbronn dans un tombereau à fumier. Ils détruisirent un grand nombre de couvens; dans la seule Franconie deux cent quatre-vingt-treize monastères ou châteaux furent dévastés.
Lorsqu'ils pillaient un château ou un monastère, ils ne manquaient jamais de courir d'abord au cellier pour y boire le vin, puis ils se partageaient entre eux les ornemens d'église et les habits pontificaux. (Haarer [Petrus Crinitus], apud Freher, III, 242-6.)—Au monastère d'Erbach, dans le Rhingaw, il y avait une immense cuve contenant quatre-vingt-quatre grands muids de vin. Elle était pleine quand les paysans arrivèrent; ils n'en laissèrent pas un tiers. (Cochlæus, p. 108.)
Ils forçaient les seigneurs de leur envoyer leurs paysans. Le conseil-commun, leur écrivaient-ils, a décidé que vous réuniriez votre peuple et que vous nous enverriez les hommes, après les avoir armés. Si vous ne le faites, tenez pour certain que vous serez très incertain de votre vie et de vos biens.—(Haarer, apud Freher, t. III, p. 247.)
Les femmes prirent part à la guerre des paysans. Du côté de Heilbronn, elles marchaient réunies sous une bannière. (Jæger, Histoire de Heilbronn, II, p. 34.)
»Quand les paysans menèrent le comte de Lœwenstein par Weinsberg, il fut respectueusement salué d'un passant. Un vieux paysan qui le vit, s'avança aussitôt avec sa hallebarde, et dit au passant: «Pourquoi t'inclines-tu? Je vaux autant que lui.» (Jæger, Histoire de Heilbronn, II, p. 32.)—Les paysans s'amusaient à faire ôter les chapeaux aux nobles devant eux.
Les paysans de l'évêché de Wurzbourg, conduits par un homme de tête, nommé Jacques Kohl, demandèrent que les châteaux fussent démolis et qu'aucun noble ne pût avoir de cheval de guerre. Ils voulaient que les nobles n'eussent d'autre droit que le droit commun. (Stumpf, Faits mémorables de l'histoire de la Franconie, t. II, 44. Wachsmuth, p. 58, 72.)
«Lorsque Münzer était à Zwickau, il vint trouver une belle fille, et lui dit qu'il était envoyé vers elle par une voix divine pour dormir avec elle; sans cela il ne pouvait enseigner la parole de Dieu. La fille l'avoua en confession sur son lit de mort. (Tischred., p. 292.)
»Münzer établissait des degrés dans l'état du chrétien, 1o le dégrossissement (entgrobung) pour celui qui se dégageait des péchés les plus grossiers, la gourmandise, l'ivrognerie, l'amour des femmes; 2o l'état d'étude, lorsqu'on pensait à une autre vie et qu'on travaillait à s'améliorer; 3o la contemplation, c'est-à-dire les méditations sur les péchés et sur la grâce; 4o l'ennui, c'est-à-dire l'état où la crainte de la loi nous rend ennemis de nous-mêmes et nous inspire le regret d'avoir péché; 5o Suspensionem gratiæ, le profond abandon, la profonde incrédulité, et le désespoir tel que celui de Judas; ou au contraire, l'abandon de la foi en Dieu, lorsque l'on se met à sa disposition, et qu'on le laisse faire.... Il m'écrivit une fois à moi et à Mélanchton: «J'aime assez que vous autres de Wittemberg, vous attaquiez ainsi le pape, mais vos prostitutions que vous appelez mariages, ne me plaisent guère.» Il enseignait qu'un homme ne doit point coucher avec sa femme à moins d'être préalablement assuré par une révélation divine qu'il engendrera un enfant saint; sans cela, c'était commettre un adultère avec sa femme. (Tischreden, p. 292-3.)
Münzer était très instruit dans les lettres sacrées.—Il avait reçu sa doctrine, disait-il, par des révélations divines, et il n'enseignait rien au peuple, il n'ordonnait rien qui ne vînt de Dieu même. Il avait été chassé de Prague et de plusieurs autres villes. Fixé à Alstædt en Saxe, il déclama contre le pape, et ce qui était plus dangereux, contre Luther même.—L'Écriture, disait-il, promet que Dieu accordera ce qui lui est demandé; or, il ne peut refuser un signe à celui qui cherche la vraie connaissance. Cette recherche est agréable à Dieu, et nul doute qu'il ne déclare sa volonté par quelque signe certain. Il ajoutait que Dieu lui ferait entendre à lui-même sa parole, ainsi qu'il avait fait pour Abraham, et que si Dieu refusait de communiquer avec lui comme il avait communiqué avec les patriarches, il lancerait des traits contre lui (?), tela in se ipsum conjecturum. Il disait que Dieu manifestait sa volonté par les songes. (Gnodalius, ap. rer. germ. scrip. II, p. 151.)
Pendant que Münzer exhortait les paysans, avant le combat de Frankenhausen, un arc-en-ciel parut au-dessus d'eux. Comme les paysans avaient cet emblème sur leur bannière, ils se crurent dès-lors assurés de la victoire. (Hist. de Münzer par Mélanchton, Luth. Werke, t. II, p. 405.)
[a61] Page 170, ligne 27.—Luther ne pouvait garder le silence...
Dès l'année 1524, il avait exhorté l'électeur Frédéric et le duc Jean à prendre des mesures vigoureuses contre les paysans en révolte.
«... Jésus-Christ et ses apôtres n'ont point renversé les temples ni brisé les images. Ils ont gagné les esprits par la parole de Dieu, et les images, les temples sont tombés d'eux-mêmes. Imitons leur exemple. Songeons à détacher les esprits des couvens et de la superstition. Qu'ensuite les autorités fassent des couvens et des images délaissés, ce que bon leur semblera. Que nous importe que les bois et les pierres subsistent, si les esprits sont affranchis? ... Ces violences peuvent être bonnes pour des ambitieux qui veulent se faire un nom, jamais pour ceux qui recherchent le salut des âmes...» (21 août 1524.)
[a62] Page 171, ligne 7.—Exhortation à la paix...
«Exhortation sincère du docteur M. Luther à tous les chrétiens pour qu'ils se gardent de l'esprit de rébellion. 1524.—L'homme du peuple, tenté hors de toute mesure, et écrasé de charges intolérables, ne veut ni ne peut plus supporter cela, et il a de bonnes raisons pour frapper du fléau et de la massue, comme Jean de la pioche menace de faire... Je suis charmé de voir que les tyrans craignent. Quant à moi, menace ou craigne qui voudra, etc.
»C'est l'autorité séculière et les nobles qui devraient mettre la main à l'œuvre (à l'œuvre de réforme); ce qui se fait par les puissances régulières ne peut être pris pour sédition.»
Après avoir dit qu'il fallait une insurrection spirituelle et non temporelle: «Eh bien! répands, aide à répandre le saint Évangile; enseigne, écris, prêche que tout établissement humain n'est rien; dissuade tout le monde de se faire prêtre papiste, moine, religieuse; à tous ceux qui sont là-dedans, conseille-leur d'en sortir; cesse de donner de l'argent pour les bulles, les cierges, les cloches, les tableaux, les églises; dis-leur que la vie chrétienne consiste dans la foi et la charité. Continuons deux ans de la sorte, et tu verras ce que seront devenus pape, évêques, cardinaux, prêtraille, moines, religieuses, cloches, tours d'églises, messes, vigiles, soutanes, chapes, tonsures, règles, statuts, et toute cette vermine, tout ce bourdonnement du règne papal. Tout aura disparu comme fumée.»
Après avoir recommandé la douceur et la patience envers les faibles d'esprit qu'on veut éclairer, Luther continue: «Si ton frère avait le cou cruellement serré d'une corde, et que, venant à son secours, tu tirasses la corde avec violence ou que tu y portasses précipitamment ton couteau, n'étranglerais-tu pas, ne blesserais-tu pas ton frère? Tu lui ferais plus de mal que la corde et l'ennemi qui l'aurait lié. Si tu veux le secourir, attaque l'ennemi; la corde, tu la toucheras avec précaution jusqu'à ce qu'elle soit ôtée. C'est ainsi qu'il faut t'y prendre. Ne ménage pas les fourbes et les tyrans endurcis, porte-leur des coups terribles, puisqu'ils ne veulent point écouter; mais les simples qu'ils ont cruellement garrottés des liens de leur fausse doctrine, tu les traiteras tout autrement, tu les délieras peu-à-peu, tu leur diras la raison et la cause de tout, et tu les affranchiras ainsi avec le temps... Tu ne peux être assez dur envers les loups, assez doux envers les faibles brebis.»
[a63] Page 200, ligne 6.—On s'étonne de la dureté avec laquelle Luther parle de leur défaite...
A Jean Rühel, beau-frère de Luther.—«C'est chose lamentable qu'on en finisse ainsi avec ces pauvres gens (les paysans). Mais comment faire? Dieu veut qu'il se répande une terreur dans le peuple. Autrement, Satan ferait pis que ne font maintenant les princes. Il faut bien préférer le moindre mal au plus grand...» (23 mai 1525.)
«... Ce qui me porte surtout à écrire si violemment contre les paysans, c'est que je suis révolté de les voir entraîner les timides de force, et précipiter ainsi des innocens dans les châtimens de Dieu.» (30 mai 1525.)
[a64] Page 201, ligne 12.—Luther intercéda... et obtint... qu'il pût s'établir à Kemberg...
Carlostad, après avoir obtenu la permission de rester à Kemberg, ne s'y tint pas tranquille, comme il l'avait promis. Il fit imprimer et répandre clandestinement, sans nom d'auteur, différens écrits contre Luther, et s'adressa en même temps au chancelier Brück pour se plaindre des torts que son ancien adversaire aurait eus envers lui. Luther, en ayant été instruit, écrivit au chancelier pour lui exposer ce qui s'était passé entre lui et Carlostad, et ce qu'il pensait de ce dernier (24 sept. 1528.) «... En vérité, dit-il, je ne sais que répondre à de pareils griefs. Au moindre mal, au moindre désagrément qui lui arrive, il faut que Luther en soit la cause..... Par compassion, j'avais bien voulu qu'il vînt m'exposer ses scrupules, et j'avais tâché d'y répondre à son contentement: il m'en faisait des remercîmens, et cependant j'ai vu depuis, par une de ses lettres à Schwenkfeld, qu'il se raillait de ma bonne volonté et de ma compassion. Depuis ce temps mon cœur s'est détourné de lui...
»Si on ne le surveille de plus près, pour l'empêcher de faire imprimer ces écrits anonymes (qu'on sait bien être de lui), qui croira à la longue que ce soit sans le consentement de notre gracieux seigneur, et à notre insu, que Carlostad séjourne parmi nous? D'un autre côté, s'il sortait de l'électorat, il exciterait probablement des troubles, et l'on ne manquerait pas d'en rendre responsable notre seigneur qui aurait pu les prévenir en retenant sous sa main cet homme dangereux. Le souvenir de Münzer me fait peur... Mon avis serait donc qu'on lui fît strictement observer le silence qu'il a juré de garder, et qu'on ne le laissât point sortir du pays jusqu'à nouvelle décision. Des paroles sévères suffiront, j'en suis sûr, car il est facile de lui imposer par un ton ferme et décidé. Quant à moi, je me trouve bien puni de l'avoir fait revenir parmi nous, et d'avoir si imprudemment convié Satan à ma table.»
[a65] Page 203, ligne 8.—Luther exprime l'espoir que tout pourra encore bien tourner pour Carlostad...
«Hier, nous avons baptisé un fils de Carlostad, ou plutôt nous avons rebaptisé le baptême. Qui aurait cru, l'année dernière, que ceux qui appelaient le baptême un bain de chien, le demanderaient aujourd'hui à leurs anciens ennemis?» (février 1526.) Mais son retour n'était point sincère. «Il vit avec nous, nous espérions le ramener dans la bonne voie, mais le misérable s'endurcit de jour en jour. Toutefois la crainte lui ferme la bouche.» (28 novembre 1527.) Quelques mois plus tard il écrit à un de ses amis: «Cette vipère de Carlostad, que je tiens dans mon sein, remue et s'agite, mais n'ose sortir. Plût à Dieu que tes fanatiques l'eussent parmi eux et que j'en fusse délivré.» (28 juillet 1528.)
«Carlostad est absent depuis quelques semaines, on pense qu'il est allé retrouver les siens et chercher son nid. Qu'il aille, puisqu'il n'est point de bons procédés qui puissent le ramener.» (27 octobre 1527.) Carlostad ne put supporter long-temps la protection hautaine et menaçante de Luther; il s'enfuit aux Pays-Bas.
«Carlostad s'est arrêté en Frise joyeux et triomphant. Il a appelé sa femme à lui par une lettre de gloriole et de félicitations.» (6 mai 1529.)
Luther pria le chancelier de l'Électeur, Christian Bayer, de faire accorder à Carlostad un sauf-conduit: «La femme de Carlostad m'a prié instamment de m'employer auprès de mon gracieux seigneur pour obtenir un sauf-conduit à son mari qui désirerait revenir parmi nous. Quoique j'aie peu de confiance dans le succès de cette demande, je n'ai pu cependant lui refuser mon appui.» (18 juillet 1529.)
Luther intitula l'un de ses écrits contre Carlostad: «De la noble et gracieuse dame, dite l'habile intelligence du docteur Carlostad sur le point de l'Eucharistie.» (Luth. Werke, t. II, p. 46.)
[a66] Page 204, ligne 14.—Contre les princes...
«Bons princes et seigneurs, vous êtes trop pressés de me voir mourir, moi qui ne suis qu'un pauvre homme; vous croyez qu'après cela vous aurez vaincu. Mais si vous aviez des oreilles pour entendre, je vous dirais d'étranges choses: c'est que si Luther ne vivait, aucun de vous ne serait sûr de sa vie et de ses biens. Sa mort serait pour vous tous une calamité. Continuez toutefois joyeusement; tuez, brûlez; pour moi je ne cèderai point, si Dieu le permet. Voilà qui je suis; cependant, je vous en supplie, soyez assez bons, quand vous m'aurez tué, pour ne pas me ressusciter et me tuer une seconde fois... Je n'ai pas affaire, je le vois, à des hommes raisonnables; toutes les bêtes de l'Allemagne sont lâchées contre moi, comme des loups ou des porcs qui me doivent mettre en lambeaux.... J'ai voulu vous avertir, mais cet avis vous sera certainement inutile; Dieu vous a frappés d'aveuglement.» (passage de Luther, cité par Cochlæus, p. 87.)
[a67] Page 207, ligne 7.—Bucer... dissimula quelque temps ses opinions aux yeux de Luther...
Le 25 mai 1524, Luther écrivait à Capiton: «Il y a des gens qui s'obstinent à affirmer que je condamne votre manière d'agir, à toi et à Bucer... Sans doute ces vains bruits sont nés de cette lettre que je t'adressai, que l'on a depuis tant de fois imprimée, et qu'on vient même de traduire en allemand. C'est ce qui me détourne presque d'écrire des lettres, quand je vois qu'on me les enlève ainsi malgré moi pour la presse, tandis qu'il y a beaucoup de choses qu'on peut et qu'on doit s'écrire entre amis, mais que l'on ne veut voir répandre dans le public.»
Le 14 octobre 1539, il écrit à Bucer: «Tu salueras respectueusement pour moi J. Sturm et J. Calvin, dont j'ai lu les livres avec un singulier plaisir.»
[a68] Page 208, ligne 6.—Zwingli, Œcolampade...
«Œcolampade et Zwingli ont dit: «Nous restons en paix avec Luther, parce qu'il est le premier par qui Dieu ait donné l'Évangile; mais après sa mort, nous ferons valoir de nouveau nos opinions.» Ils ne savaient pas qu'ils dureraient moins que Luther.»
«Luther disait qu'on devait se contenter de mépriser ce misérable Campanus et ne point écrire contre lui. Alors Mélanchton se mit à dire que son avis était qu'on devait le pendre, et qu'il en avait écrit à son maître l'Électeur.
«Campanus croit savoir plus de grec que Luther et que Pomer. Le chrétien est, selon lui, un homme parfait et infaillible; il fait de l'homme une bûche, comme les stoïciens. Si nous ne sentions aucun combat en nous, je ne voudrais pas donner un liard de toutes les prédications et des sacremens.» (Tischreden, p. 283.)
Zwingli ose dire: «Nous voulons dans trois ans avoir dans notre parti la France, l'Espagne et l'Angleterre.—*** introduit ses livres sous notre nom de Suisse en France, de sorte que plusieurs villes en sont infectées... J'ai plus d'espérance dans ceux de Strasbourg.»
«Œcolampade était d'abord un brave homme; mais il a pris ensuite de l'amertume et de l'aigreur. Zwingli a été un homme gai et aimable, et pourtant il est devenu triste et sombre.» (Tischreden, p. 283.)
«Après avoir entendu Zwingli à la conférence de Marbourg, je l'ai jugé un homme excellent, ainsi qu'Œcolampade... J'ai été très affligé de te voir publier le livre de Zwingli au roi très chrétien, avec force louanges pour ce livre, tandis que tu savais qu'il contenait beaucoup de choses qui ne me déplaisent pas seulement à moi, mais à tous les gens pieux. Non que j'envie l'honneur qu'on rend à Zwingli, dont la mort m'a causé tant de douleur, mais parce qu'aucune considération ne doit porter préjudice à la pureté de la doctrine.» (14 mai 1538.)
[a69] Page 208, ligne 10.—Je connais assez l'iniquité de Bucer...
«Maître Bucer se croyait autrefois bien savant; il ne l'a jamais été, car il écrit dans un livre que tous les peuples ont une seule religion et sont ainsi sauvés. Certes, cela s'appelle extravaguer.» (Tischreden, p. 184.)
«On apporta au docteur Luther un grand livre qu'avait écrit un Français nommé Guillaume Postellus, sur l'Unité dans le Monde. Il s'y donnait beaucoup de peine pour prouver les articles de la foi par la raison et la nature, afin de pouvoir convertir les Turcs et les juifs et amener tous les hommes à une même foi. Le docteur dit à ce sujet: «C'est prendre trop pour un morceau. On a déjà écrit de pareils livres sur la théologie naturelle. Il en est advenu à cet auteur selon le proverbe: Les Français ont peu de cervelle. Il viendra encore des visionnaires qui entreprendront d'accorder tous les genres d'idolâtrie avec une apparence de foi et de l'excuser ainsi.» (Tischreden, 68, verso.)
Bucer essaya plusieurs fois de se rapprocher de Luther. «Je puis bien pour ce qui me regarde user de patience avec vous, lui écrivit Luther, et croire que vous ne pouvez revenir si brusquement; mais j'ai dans le pays de grandes multitudes d'hommes (comme vous l'avez vu à Smalkalde) que je ne tiens pas tous dans la main. Nous ne pouvons souffrir, en aucune manière, que vous prétendiez n'avoir point erré, ou que vous disiez que nous ne nous sommes point entendus. Le meilleur pour vous serait ou d'avouer franchement, ou de garder le silence en enseignant désormais la bonne doctrine. Il y en a de notre côté qui ne peuvent souffrir vos détours, comme Amsdorf, Osiander, et encore d'autres.» (1532.)
Il y eut après la révolte des anabaptistes, 1535, de nouvelles tentatives pour réunir les églises réformées de Suisse, d'Alsace et de Saxe dans une même confession. Luther écrit à Capiton (Kœpstein), ami de Bucer et ministre de Strasbourg: «Ma Catherine te remercie de l'anneau d'or que tu lui as envoyé. Je ne l'ai jamais vue plus fâchée que quand elle s'est aperçue qu'on le lui avait volé, ou qu'elle l'avait perdu par négligence, ce que je ne puis croire, quoiqu'elle le répète sans cesse. Je lui avais persuadé que ce don lui était envoyé comme un heureux gage de la concorde future de votre église avec la nôtre: la pauvre femme est tout affligée.» (9 juillet 1537.)
[a70] Page 211, ligne 15.—Je ne puis t'accuser d'entêtement...
«J'ai quelque chose qui défendra ma cause, lors même que le monde entier extravaguerait contre moi: c'est ce qu'Érasme appelle mon entêtement à affirmer (pervicacia asserendi).» (1er octobre 1523.)
[a71] Page 213, ligne 9.—De libero arbitrio...
«Tu dis moins, mais tu accordes plus au libre arbitre que tous les autres; car tu ne définis point le libre arbitre, et pourtant tu lui donnes tout. J'accepterais plus volontiers ce que nous disent sur ce point les sophistes et leur maître Pierre Lombard, pour qui le libre arbitre n'est que la faculté de discerner et de choisir le bien, si l'on est soutenu par la grâce, le mal, si la grâce nous manque. Pierre Lombard croit avec Augustin que le libre arbitre, s'il n'a rien qui le dirige, ne peut que conduire l'homme à sa chute, qu'il n'a de force que pour le péché. Aussi Augustin, dans son second livre contre Julien, l'appelle le serf arbitre, plutôt que le libre arbitre. (De servo arbitrio, p. 477, verso.)
[a72] Page 213, ligne 11.—Il reconnut que la véritable question venait d'être posée... Il hésita quelque temps à répondre...
«On ne saurait croire combien j'ai de dégoût pour ce traité du Libre arbitre; je n'en ai encore lu que quelques pages... C'est un grand ennui que de répondre à un si savant livre d'un si savant personnage.» (1er novembre 1524.)
Cependant il ne pouvait laisser passer ce livre sans réponse. «J'ai tué, dit-il quelque part, par mon silence, Eck, Emser, Cochlæus.» Mais avec Érasme, il n'en pouvait être ainsi: son immense réputation rendait une réfutation nécessaire. Luther se mit bientôt à l'œuvre: «Je suis tout entier dans Érasme et le libre arbitre, et je ferai en sorte de ne pas lui laisser un seul mot de juste, comme il est vrai qu'il n'en a pas dit un seul.» (28 septembre 1525.)
[a73] Page 214, ligne 7.—Il n'y a plus ni Dieu ni Christ...
«Si Dieu a la prescience, si Satan est le prince du monde, si le péché originel nous a perdus, si les juifs, cherchant la justice, sont tombés dans l'injustice, tandis que les Gentils, cherchant l'injustice, ont trouvé la justice (gratis et insperato), si le Christ nous a rachetés par son sang, il n'y a point de libre arbitre ni pour l'homme, ni pour l'ange. Autrement le Christ est superflu, ou bien il faut admettre qu'il n'a racheté que la partie la plus vile de l'homme. (De servo arbitrio, p. 525, verso.)
[a74] Page 215, ligne 20.—Plus Luther se débat...
Poussé par la contradiction, Luther arrive à soutenir les propositions suivantes: La grâce est donnée gratuitement aux plus indignes, aux moins méritans; on ne peut l'obtenir par des études, des œuvres, des efforts petits ou grands; elle n'est pas même accordée au zèle ardent du meilleur, du plus vertueux des hommes, qui cherche et suit la justice. (De servo arbitrio, p. 520.)
[a75] Page 216, ligne 1.—Jusqu'à son dernier jour, le nom d'Érasme, etc...
«Ce que tu m'écris d'Érasme, qu'il écume contre moi, je le sais, et je l'ai bien vu par ses lettres... C'est un homme très léger, qui se rit de toutes les religions, comme son Lucien, et qui n'écrit rien de sérieux, si ce n'est par vengeance et pour nuire.» (28 mai 1529.)
«Érasme se montre digne de lui-même, en poursuivant ainsi le nom luthérien, qui fait sa sûreté. Que ne s'en va-t-il chez ses Hollandais, ses Français, ses Italiens, ses Anglais, etc.?... Il veut par ces flatteries se préparer un logement, mais il n'en trouvera pas et tombera à terre entre deux selles. Si les luthériens l'avaient haï comme les siens le haïssent, ce ne serait qu'au péril de ses jours qu'il vivrait à Bâle. Mais que le Christ juge cet athée, ce Lucien, cet Épicure.» (7 mars 1529.)
Cette lettre se rapporte probablement à la publication suivante: Contrà quosdam qui se falso jactant Evangelicos, epistola Desid. Erasmi Rot. jàm recens edita et scholiis illustrata. Ad Vulturium Neocomum dat. Frib. 1529. in-8o.
[a76] Page 216, ligne 9.—Ces détours, et la conduite équivoque d'Érasme, n'allaient point à l'énergie de Luther.
«Je te vois, mon cher Érasme, te plaindre dans tes écrits, de ce tumulte, et regretter la paix, la concorde, que nous avons perdues. Cesse de te plaindre, de chercher des remèdes. Ce tumulte, c'est par la volonté de Dieu qu'il s'est élevé et qu'il dure encore; il ne cessera pas avant que tous les adversaires de la parole de Dieu soient devenus comme la boue de nos carrefours.» (De servo arbitrio, p. 465.)
[a77] Page 219, ligne 3.—Mariage de Luther...
Luther, en prêchant le mariage des prêtres, ne songeait qu'à mettre fin au honteux démenti qu'ils donnaient chaque jour à leur vœu de chasteté; il ne s'avisait point alors qu'un prêtre marié pût préférer sa famille selon la chair à celle que Dieu et l'Église lui ont donnée. Mais lui-même ne put toujours se soustraire à ces sentimens égoïstes du père de famille; il lui échappe parfois des paroles qui forment un fâcheux contraste avec la charité et le dévouement, tels que les prêtres catholiques les ont compris et souvent pratiqués. «Il suffit, dit-il dans une instruction à un pasteur, que le peuple communie trois ou quatre fois par an, et publiquement. La communion donnée séparément aux particuliers deviendrait un poids trop lourd pour les ministres, surtout en temps de peste. Il ne faut point d'ailleurs rendre ainsi l'Église, avec ses sacremens, l'esclave de chacun, surtout de ceux qui la méprisent et veulent cependant qu'à tout événement l'Église soit prête pour eux, eux qui ne font jamais rien pour elle.» (26 novembre 1539.)
Cependant il se conduisait lui-même d'après d'autres maximes. Il montra dans les circonstances graves une charité héroïque.
«Ma maison devient un hôpital. Tous étant frappés d'effroi, j'ai reçu chez moi le pasteur (dont la femme venait de mourir) et toute sa famille.» (4 novembre 1527.)
«Le docteur Luther parlait de la mort du docteur Sébald et de sa femme, qu'il avait visités et touchés dans leur maladie. «Ils sont morts, disait-il, de chagrin et d'inquiétude plutôt que de la peste.» Il retira leurs enfans dans sa maison; et comme on lui faisait entendre qu'il tentait Dieu: «Ah! dit-il, j'ai eu de bons maîtres qui m'ont appris ce que c'était que tenter Dieu.»
La peste étant dans deux maisons, on voulait séquestrer un diacre qui y était entré. Luther ne le voulut pas, par confiance en Dieu et de crainte d'effrayer. (décembre 1538. Tischreden, p. 356.)
[a78] Page 220, ligne 8.—Préoccupé de soins matériels...
A Spalatin. «Tout pauvre que je suis, je t'aurais renvoyé cette belle orange d'or que tu avais donnée à ma femme, si je n'avais craint de t'offenser.
»Saluta tuam conjugem suavissimè; verùm et id tum facias cùm in thoro suavissimis amplexibus et osculis Catharinam tenueris, ac sic cogitaveris: En hunc hominem, optimam creaturulam Dei mei, donavit mihi Christus meus; sit illi laus et gloria!» (6 décembre 1525.)
«Salutabis tuum Dictative multis basiis, vice mea et Johannelli mei, qui hodie didicit flexis poplitibus solus in omnem angulum cacare, imo cacavit verè in omnem angulum miro negotio.—Salutat te mea Ketha et orare pro se rogat, puerpera propediem futura; Christus assit.» (19 octobre 1527.)—«Filiolam aliam habeo in utero.» (8 avril 1528.)—«Mon petit Jean est gai et fort; c'est un petit homme vorace et bibace.» (mai 1527.)—«Salue pour moi ce gros mari de Melchior, à qui je souhaite une femme soumise, qui, le jour, le mène sept fois par les cheveux autour de la place publique, et la nuit, l'étourdisse trois fois de paroles conjugales, comme il le mérite.» (10 février 1525.)
«Nous buvons d'excellent vin de la cave du prince, et nous deviendrions de parfaits évangéliques, si l'Évangile nous engraissait de même.» (8 mars 1523.)
Lettre à J. Agricola (dont la femme allait accoucher).—«Tu donneras une pièce d'or au nouveau-né, et une autre à l'accouchée, pour qu'elle boive du vin et qu'elle ait du lait. Si j'avais été présent, j'eusse servi de compère. De la région des oiseaux, 1521.»
Les lettres de cette époque se terminent d'ordinaire par quelques-uns de ces mots: Mea costa, dominus meus, imperatrix mea Ketha te salutat. Ma chère côte, mon maître, mon impératrice, Ketha te salue.
«Ketha, mon seigneur, était dans son nouveau royaume, à Zeilsdorf (petit bien que possédait Luther), quand tes lettres sont arrivées.»
Il écrit à Spalatin: «Mon Ève demande tes prières pour que Dieu lui conserve ses deux enfans, et lui accorde d'en concevoir et d'en enfanter heureusement un troisième.» (15 mai 1528.)
Cochlæus appelle la femme de Luther: dignum ollæ operculum (page 73).
Luther prie Nicolas Amsdorf d'être parrain de sa fille Magdalena (5 mai 1529): «Digne seigneur! le Père de toute grâce nous a accordé, à moi et à ma bonne Catherine, une chère petite enfant. Dans cette circonstance, qui nous rend si joyeux, nous vous prions de remplir un office chrétien, et d'être le père spirituel de notre pauvre petite païenne, pour la faire entrer dans la sainte communauté des chrétiens, par le divin sacrement du baptême. Que Dieu soit avec vous!»
Luther eut trois fils, Jean, Martin, Paul, et trois filles, Élisabeth, Madeleine, Marguerite. Les deux premières de ses filles moururent jeunes, l'une à l'âge de huit mois, l'autre à treize ans. On lisait sur le tombeau de la première: Hic dormit Elisabetha, filiola Lutheri.
La descendance mâle de Luther s'éteignit en 1759. (Ukert, I, p. 92.)
Il y a dans l'église de Kieritzsch (village saxon), un portrait de la femme de Luther en plâtre, portant l'inscription suivante: Catarina Lutheri gebohrne von Bohrau, 1540. Ce portrait avait appartenu à Luther. (Ukert, I, 364.)
[a79] Page 220, ligne 11.—Cette période d'atonie...
Il s'indigne à son tour contre les prédicateurs trop véhémens. «Si N***, écrit-il à Hausmann, ne peut se modérer, je le ferai chasser par le prince.
»Je vous avais déjà prié, dit-il au même prédicateur, de prêcher paisiblement la parole de Dieu, en vous abstenant de personnalités et de tout ce qui peut troubler le peuple sans aucun fruit... Vous parlez trop froidement du sacrement et restez trop long-temps sans communier.» (10 février 1528.)
«Il nous est arrivé de Kœnigsberg un prédicateur qui veut faire je ne sais quelles lois sur les cloches, les cierges, et autres choses semblables... Il n'est pas bon de prêcher trop souvent, j'apprends que chaque dimanche on fait trois sermons à Kœnigsberg. Qu'est-il besoin? deux suffiraient; et pour toute la semaine, ce serait assez de deux ou trois. Lorsqu'on prêche chaque jour, on monte en chaire sans avoir médité son sujet, et l'on dit tout ce qui vient à la bouche; s'il ne vient rien de bon, on dit des platitudes et des injures.—Plaise à Dieu de modérer les langues et les esprits de nos prédicateurs. Ce prédicateur de Kœnigsberg est trop véhément, il a toujours des paroles sombres, tragiques, et des plaintes amères pour les moindres choses.» (16 juillet 1528.)
«Si je voulais devenir riche, je n'aurais qu'à ne plus prêcher, je n'aurais qu'à me faire bateleur; je trouverais plus de gens qui voudraient me voir pour de l'argent, que je n'ai d'auditeurs aujourd'hui.» (Tischr., p. 186.)
[a80] Page 220, ligne 19.—Honorons le mariage...
Le 25 mai 1524, il écrivait déjà à Capiton et Bucer: «J'aime fort ces mariages que vous faites de prêtres, de moines et de nonnes; j'aime cet appel des maris contre l'évêque de Satan, j'aime les choix qu'on a faits pour les paroisses. Que dirai-je, je n'ai rien appris de vous dont je n'aie une joie extrême. Poursuivez seulement et avancez en prospérité... Je dirai plus, on a dans ces dernières années, fait assez de concessions aux faibles. D'ailleurs, puisqu'ils s'endurcissent de jour en jour, il faut agir et parler en toute liberté. Je vais enfin songer moi-même à rejeter le froc, que j'ai gardé jusqu'à présent pour le soutien des faibles et en dérision du pape.» (25 mai 1524.)
[a81] Page 222, ligne 6.—Je n'ai point voulu refuser de donner à mon père l'espoir d'une postérité...
«L'affaire des paysans a rendu courage aux papistes et fait tort à la cause de l'Évangile; il nous faut, nous aussi, porter plus haut la tête. C'est dans ce but que pour ne plus attester l'Évangile de paroles seulement, mais par mes actions, je viens d'épouser une nonne. Mes ennemis triomphaient, ils criaient: Io! io! J'ai voulu leur prouver que je n'étais pas encore disposé à faire retraite, quoique vieux et faible. Et je ferai d'autres choses encore, je l'espère, qui troubleront leur joie et appuieront mes paroles.» (16 août 1525.)
Le docteur Eck publia un recueil intitulé: Epithalamia festiva in Lutherum, Hessum (Urbanum Regium) et id genus nuptiatorum. On y trouve entre autres pièces une hymne de dix-neuf strophes, intitulée: Hymnus paranymphorum, et commençant par ces mots: Io! io! io! io! gaudeamus cum jubilo, etc.; une Additio dithyrambica ad epithalamium Mart. Lutheri, dans le même mètre; un Epithalamium Mart. Lutheri en hexamètres commençant ainsi: Dic mihi, musa, novum, etc. Hasemberg fit sur le même sujet une satire intitulée: Ludus ludentem Luderum ludens.