II.
DULCITIUS.

ARGUMENT DE DULCITIUS.


Martyre des saintes vierges Agape, Chionie et Irène. Le gouverneur Dulcitius va trouver furtivement ces pieuses filles pendant le silence de la nuit, dans une intention criminelle; mais à peine est-il entré, que, perdant tout à coup la raison, il saisit, au lieu des vierges, des marmites et des poêles à frire, et les couvre de baisers, au point que son visage et ses vêtements en sont horriblement noircis. Ensuite, par ordre de Dioclétien, il livre les pieuses vierges au comte Sisinnius, chargé de les punir. Celui-ci, ayant été à son tour le jouet des plus étonnantes illusions, fait enfin brûler Agape et Chionie, et percer Irène à coups de flèches(27).

DULCITIUS.


PERSONNAGES.

DIOCLÉTIEN.
AGAPE.
CHIONIE.
IRÈNE.
DULCITIUS, gouverneur de Thessalonique.
SISINNIUS.
La femme de Dulcitius.
Huissiers du palais impérial.
Gardes.
Suivantes de la femme de Dulcitius.


SCÈNE PREMIÈRE.

DIOCLÉTIEN, AGAPE, CHIONIE, IRÈNE, GARDES.

DIOCLÉTIEN.
L’illustration de votre famille, votre haute naissance, l’éclat de votre beauté, exigent que vous soyez unies par les lois de l’hymen aux premiers officiers de mon palais. Ma puissance ne s’opposera pas à ce qu’il en soit ainsi, pourvu que vous consentiez à renier le Christ et à sacrifier à nos dieux.
AGAPE.
Vous pouvez vous épargner de pareils soucis et ne pas vous fatiguer des apprêts de nos noces, car rien au monde ne pourra nous forcer à renier un nom que nous devons confesser, ni à souiller notre pureté virginale.
DIOCLÉTIEN.
Que signifie, Agape, la folie qui vous agite?
AGAPE.
Quel signe de folie découvrez-vous en moi?
DIOCLÉTIEN.
Un signe évident et considérable.
AGAPE.
En quoi suis-je folle?
DIOCLÉTIEN.
D’abord en ce que, renonçant à la pratique de notre antique religion, vous suivez les nouveautés futiles de la superstition chrétienne.
AGAPE.
Votre témérité calomnie la majesté du Dieu tout-puissant. Il y a péril!
DIOCLÉTIEN.
Pour qui?
AGAPE.
Pour vous et pour la république que vous gouvernez.
DIOCLÉTIEN.
Cette fille extravague; qu’on l’éloigne!
CHIONIE.
Ma sœur n’extravague point; elle blâme votre égarement insensé; elle a raison.
DIOCLÉTIEN.
Cette seconde ménade est encore plus violente que la première; qu’on l’éloigne aussi de ma présence, et interrogeons la troisième.
IRÈNE.
Vous trouverez la troisième également rebelle à vos ordres et prête à vous résister opiniâtrement.
DIOCLÉTIEN.
Irène, bien que tu sois la dernière en âge, deviens la première en dignité.
IRÈNE.
Montrez-moi comment, je vous prie.
DIOCLÉTIEN.
Courbe la tête devant nos dieux, et sois pour tes sœurs un exemple qui les corrige et les sauve.
IRÈNE.
Que ceux qui veulent encourir la colère du Très-Haut se souillent en sacrifiant aux idoles; moi, je ne déshonorerai pas ma tête, sur laquelle a coulé l’onction du Roi céleste, en l’abaissant aux pieds de ces vains simulacres.
DIOCLÉTIEN.
Le culte des dieux, loin d’apporter la honte, honore extrêmement ceux qui le pratiquent.
IRÈNE.
Y a-t-il bassesse plus honteuse, y a-t-il turpitude plus grande que de rendre à des esclaves l’hommage que l’on doit aux maîtres?
DIOCLÉTIEN.
Je ne vous engage pas à adorer des esclaves, mais les dieux des maîtres et des princes.
IRÈNE.
N’est-il pas l’esclave du premier venu, le dieu qu’un artisan vend comme une marchandise pour un vil prix?
DIOCLÉTIEN.
Il faut que les supplices mettent fin à ce présomptueux verbiage.
IRÈNE.
Notre souhait, notre désir le plus ardent est de subir les plus cruelles tortures pour l’amour du Christ.
DIOCLÉTIEN.
Que ces femmes opiniâtres, qui luttent contre nos édits, soient chargées de chaînes et retenues dans les horreurs d’un cachot, pour être examinées par le gouverneur Dulcitius.

SCÈNE II.

DULCITIUS, AGAPE, CHIONIE, IRÈNE, GARDES.

DULCITIUS.
Amenez, soldats, amenez ici vos prisonnières.
LES GARDES.
Voici celles que vous demandez.
DULCITIUS.
Dieux! qu’elles sont belles! que ces jeunes filles ont de grâces et d’attraits!
LES GARDES.
Elles sont d’une beauté parfaite.
DULCITIUS.
Je suis épris de leurs charmes.
LES GARDES.
Cela est facile à croire.
DULCITIUS.
Je brûle de les amener à partager mon amour.
LES GARDES.
Il nous paraît douteux que vous réussissiez.
DULCITIUS.
Pourquoi?
LES GARDES.
Parce qu’elles sont inébranlables dans la foi.
DULCITIUS.
Qu’importe, si je les persuade par de douces paroles?
LES GARDES.
Elles les méprisent.
DULCITIUS.
Et si je les effraie par les supplices?
LES GARDES.
Elles les dédaignent.
DULCITIUS.
Que faire donc?
LES GARDES.
C’est à vous d’y penser.
DULCITIUS.
Enfermez-les dans la salle intérieure de l’office, dont le vestibule contient les ustensiles de cuisine.
LES GARDES.
Pourquoi dans ce lieu?
DULCITIUS.
Pour que je puisse les visiter plus fréquemment.
LES GARDES.
Nous obéissons à vos ordres.

SCÈNE III.

DULCITIUS, GARDES.

DULCITIUS.
Que peuvent faire nos captives à cette heure de la nuit?
LES GARDES.
Elles s’occupent à chanter des hymnes.
DULCITIUS.
Approchons.
LES GARDES.
Nous pourrons entendre dans l’éloignement le son de leurs voix argentines.
DULCITIUS.
Restez en observation devant cette porte avec vos flambeaux; moi, j’entrerai et je jouirai de leurs embrassements tant désirés.
LES GARDES.
Entrez; nous vous attendrons.

SCÈNE IV.

AGAPE, CHIONIE, IRÈNE.

AGAPE.
Quel bruit entends-je à la première porte?
IRÈNE.
C’est le misérable Dulcitius qui entre.
CHIONIE.
Dieu nous protége!
AGAPE.
Amen.
CHIONIE.
Que signifie ce cliquetis de marmites, de chaudrons et de poêles qui s’entre-choquent?
IRÈNE.
Je vais voir ce que c’est.—Approchez, je vous prie; regardez à travers les fentes de la porte.
AGAPE.
Qu’y a-t-il?
IRÈNE.
Voyez! cet insensé a perdu la raison; il croit jouir de nos embrassements.
AGAPE.
Que fait-il?
IRÈNE.
Tantôt il presse tendrement des marmites sur son sein, tantôt il embrasse des chaudrons et des poêles à frire, et leur donne d’amoureux baisers.
CHIONIE.
Cela est risible!
IRÈNE.
Déjà son visage, ses mains, ses vêtements, sont tellement salis et noircis, qu’il ressemble tout à fait à un Éthiopien.
AGAPE.
Il est juste que son corps apparaisse aussi noir que son âme possédée du démon(28).
IRÈNE.
Voici qu’il se dispose à s’en aller; examinons ce que vont faire, quand il sortira, les soldats qui l’attendent à la porte.

SCÈNE V.

DULCITIUS, GARDES.

LES GARDES.
Quel est ce démoniaque, ou plutôt ce démon qui sort? Fuyons!
DULCITIUS.
Soldats, où fuyez-vous? Restez, attendez; conduisez-moi avec vos flambeaux à ma demeure.
LES GARDES.
C’est la voix de notre seigneur, mais c’est l’image du diable. Ne nous arrêtons pas, pressons notre fuite; ce fantôme veut notre perte.
DULCITIUS.
Je cours au palais, et j’apprendrai aux princes comment on m’outrage.

SCÈNE VI.

DULCITIUS, LES HUISSIERS DU PALAIS.

DULCITIUS.
Huissiers, introduisez-moi dans le palais; j’ai à parler en particulier à l’empereur.
LES HUISSIERS.
Quel est ce monstre affreux et dégoûtant, couvert de haillons noirs et déchirés? Gourmons-le, et précipitons-le du haut des degrés; il ne faut pas qu’il pénètre plus avant.
DULCITIUS.
Malheur, malheur à moi! Qu’est-il arrivé? Ne suis-je pas paré des vêtements les plus riches(29)? toute ma personne n’est-elle pas éclatante? Et cependant tous ceux que j’aborde témoignent à ma vue autant de dégoût qu’à l’aspect d’un monstre horrible. Je vais retourner auprès de ma femme; j’apprendrai d’elle ce qui m’est arrivé. Mais la voici; elle accourt les cheveux épars, et toute sa maison la suit en larmes.

SCÈNE VII.

DULCITIUS, la femme de Dulcitius, GARDES.

LA FEMME DE DULCITIUS.
Hélas! hélas! mon seigneur, à quel mal êtes-vous en proie? Vous n’avez plus votre raison, Dulcitius. Vous êtes devenu un objet de risée pour les chrétiens.
DULCITIUS.
Oui, je le sens enfin; j’ai été le jouet des maléfices de ces femmes.
LA FEMME DE DULCITIUS.
Ce qui me confondait surtout, ce qui me contristait le plus, c’est que vous ne connussiez pas votre mal.
DULCITIUS, aux gardes.
J’ordonne qu’on expose en place publique ces filles impudiques, qu’on leur arrache leurs vêtements et qu’on les livre nues à tous les regards, afin qu’elles sachent, à leur tour, quels outrages nous pouvons leur faire subir.

SCÈNE VIII.

DULCITIUS, endormi sur son tribunal, GARDES.

LES GARDES.
Nous nous fatiguons en vain; nos efforts sont inutiles: les vêtements de ces vierges tiennent à leur corps autant que leur peau. Et voilà que notre chef, Dulcitius lui-même, qui nous pressait de les dépouiller, s’est endormi et ronfle sur son siége, sans qu’il y ait moyen de le réveiller. Allons trouver l’empereur et informons-le des choses qui se passent.

SCÈNE IX.

DIOCLÉTIEN, seul.

 
Il m’est pénible d’apprendre que le gouverneur Dulcitius ait été en butte à tant d’insultes, d’outrages et de cruelles déceptions. Mais pour que ces misérables femmelettes ne puissent pas se vanter d’insulter impunément nos dieux et se jouer de ceux qui les adorent, je chargerai le comte Sisinnius d’être l’exécuteur de ma vengeance.

SCÈNE X.

SISINNIUS, GARDES.

SISINNIUS.
Soldats, où sont les filles impudiques qui doivent subir la torture?
LES GARDES.
Elles sont dans cette triste prison.
SISINNIUS.
Mettez à part Irène, et amenez ici les autres.
LES GARDES.
Pourquoi exceptez-vous une d’elles?
SISINNIUS.
Par pitié pour son jeune âge. Peut-être sera-t-elle convertie plus aisément, si la présence de ses sœurs ne l’intimide pas.
LES GARDES.
Cela est certain.

SCÈNE XI.

Les précédents, AGAPE, CHIONIE.

LES GARDES.
Voici celles que vous demandez.
SISINNIUS.
Agape et vous, Chionie, suivez mes conseils.
AGAPE.
Nous pourrions suivre vos conseils!
SISINNIUS.
Offrez des libations aux dieux.
CHIONIE.
Nous offrons un continuel sacrifice de louanges à Dieu, le père véritable et éternel, à son fils coéternel et à leur saint Paraclet.
SISINNIUS.
Ce n’est point là ce que je vous conseille; je vous le défends même sous les peines les plus sévères.
AGAPE.
Vos défenses sont impuissantes; jamais nous ne sacrifierons aux démons.
SISINNIUS.
Que votre cœur dépose son endurcissement; sacrifiez aux dieux, sinon je vous ferai mettre à mort, suivant l’ordre de l’empereur Dioclétien.
CHIONIE.
Il faut bien, lorsque votre empereur ordonne notre mort, que vous lui obéissiez, vous qui savez que nous méprisons ses édits; si même la pitié vous faisait tarder à lui obéir, il serait juste qu’on vous punît de mort.
SISINNIUS.
Ne tardez pas, soldats! ne tardez pas à saisir ces blasphématrices, et jetez-les vivantes dans un brasier.
LES GARDES.
Hâtons-nous de construire un bûcher et livrons-les à la fureur des flammes, afin de mettre un terme à leur insolence.
AGAPE.
Non, Seigneur, non, ce ne serait pas un effet sans exemple de votre pouvoir que d’ordonner au feu d’oublier sa violence et de le forcer à vous obéir. Mais tout ce qui nous retient ici-bas nous est à charge. Nous vous supplions donc de rompre les liens qui enchaînent nos âmes, afin que nos corps étant consumés, nous nous réjouissions avec vous dans les régions célestes.
LES GARDES.
O prodige nouveau et inexplicable! les âmes de ces femmes viennent de quitter leurs corps, sans qu’on puisse apercevoir aucune trace de lésion. Ni leurs cheveux, ni leurs vêtements n’ont été atteints par le feu, encore moins leurs corps.
SISINNIUS.
Faites approcher Irène.
LES GARDES.
La voici.

SCÈNE XII.

Les mêmes, IRÈNE.

SISINNIUS.
Redoutez, Irène, le sort de vos sœurs et craignez de périr en les prenant pour exemple.
IRÈNE.
Je souhaite suivre leur exemple et mourir pour mériter de me réjouir éternellement avec elles.
SISINNIUS.
Cède, cède à mes conseils.
IRÈNE.
Je ne céderai point à qui me conseille le crime.
SISINNIUS.
Si tu t’obstines dans tes refus, je ne t’accorderai pas une mort prompte; mais je la différerai, et chaque jour je multiplierai et renouvellerai tes supplices.
IRÈNE.
Plus cruelles seront mes tortures, plus grande sera ma gloire.
SISINNIUS.
Tu ne crains pas les supplices; mais j’en emploierai un dont tu as horreur.
IRÈNE.
J’échapperai, avec l’aide du Christ, à tout ce que vous inventerez contre moi.
SISINNIUS.
Je te ferai conduire dans un lieu de débauche, où ton corps sera souillé par les plus honteuses impuretés.
IRÈNE.
Il vaut mieux que mon corps soit livré à toutes sortes d’outrages, que mon âme salie par le culte des idoles.
SISINNIUS.
Si tu deviens la compagne des courtisanes, tu ne pourras plus, ainsi déshonorée, être comptée dans la phalange des vierges.
IRÈNE.
La volupté attire le châtiment, mais la nécessité donne la couronne céleste. On n’est déclaré coupable que pour des fautes auxquelles l’âme a consenti(30).
SISINNIUS.
En vain je l’épargnais; en vain j’avais pitié de son enfance.
LES GARDES.
Nous savions bien que rien ne la pourrait forcer à adorer les dieux, et que la terreur ne pourrait jamais la vaincre.
SISINNIUS.
Je ne l’épargnerai pas plus longtemps.
LES GARDES.
Vous ferez bien.
SISINNIUS.
Saisissez-la sans pitié, traînez-la sans miséricorde et conduisez-la honteusement dans un lieu de prostitution.
IRÈNE.
Ils ne m’y conduiront pas.
SISINNIUS.
Qui pourra les en empêcher?
IRÈNE.
Celui dont la providence régit le monde.
SISINNIUS.
Nous verrons.
IRÈNE.
Et plus tôt que tu ne le voudras.
SISINNIUS.
Soldats, ne vous laissez pas effrayer par les fausses prédictions de cette blasphématrice.
LES GARDES.
Elle ne nous effraie point; nous nous efforçons d’exécuter vos ordres.

SCÈNE XIII.

SISINNIUS, ensuite LES GARDES.

SISINNIUS.
Quels sont ces hommes qui accourent vers nous? Combien ils ressemblent aux soldats à qui j’ai livré Irène! Ce sont eux. (Aux gardes.) Pourquoi revenez-vous si vite? où courez-vous si hors d’haleine?
LES GARDES.
C’est vous que nous cherchons.
SISINNIUS.
Et où est celle que vous avez emmenée?
LES GARDES.
Sur la crête de la montagne.
SISINNIUS.
De quelle montagne?
LES GARDES.
De la montagne voisine.
SISINNIUS.
O hommes stupides et insensés, qui avez perdu toute raison!
LES GARDES.
Pourquoi ces reproches? Pourquoi cette voix et ce visage menaçants?
SISINNIUS.
Que les dieux vous foudroient!
LES GARDES.
Quel crime avons-nous commis contre vous? quelle injure vous avons-nous faite? en quoi avons-nous transgressé vos ordres?
SISINNIUS.
Ne vous ai-je pas ordonné de traîner dans un lieu d’ignominie cette fille rebelle à nos dieux?
LES GARDES.
Oui, et nous étions occupés à vous obéir, quand deux jeunes inconnus survinrent et nous assurèrent que vous les aviez envoyés pour conduire Irène au sommet de la montagne.
SISINNIUS.
Vous me l’apprenez.
LES GARDES.
Nous le voyons.
SISINNIUS.
Quel aspect avaient ces inconnus?
LES GARDES.
Leurs vêtements étaient éclatants, leurs traits imposants et graves.
SISINNIUS.
Ne les suivîtes-vous pas?
LES GARDES.
Oui, nous les suivîmes.
SISINNIUS.
Qu’ont-ils fait?
LES GARDES.
Ils se placèrent aux deux côtés d’Irène, et nous envoyèrent ici pour vous informer de la conclusion de cette affaire.
SISINNIUS.
Il ne me reste plus qu’à monter à cheval et à chercher qui ose se jouer aussi insolemment de nous.
LES GARDES.
Courons-y également.

SCÈNE XIV.

Les précédents, IRÈNE.

SISINNIUS, à cheval.
Qu’est-ce? je ne sais que faire; je suis ensorcelé par les chrétiens. Voyez, je tourne incessamment autour de cette montagne, et si je parviens à trouver un sentier, je ne puis ni monter ni revenir sur mes pas(31).
LES GARDES.
Nous sommes tous le jouet des enchantements les plus étranges; la fatigue nous accable. Si vous laissez vivre plus longtemps cette tête écervelée, vous causerez votre perte et la nôtre.
SISINNIUS.
Qu’un des miens bande fortement son arc, décoche une flèche et perce cette odieuse magicienne.
LES GARDES.
C’est là ce qui convient.
IRÈNE.
Rougis, malheureux Sisinnius, rougis de te voir honteusement vaincu et de n’avoir pu triompher que par la force et par les armes, de l’enfance d’une faible vierge.
SISINNIUS.
Je me résigne sans beaucoup de peine à cette honte, parce que je suis sûr que tu vas mourir.
IRÈNE.
C’est pour moi un très-grand sujet de joie, et c’en doit être un d’affliction pour toi; car, à cause de ta cruauté, tu seras damné dans le Tartare(32). Moi, au contraire, j’irai recevoir la palme du martyre, et parée de la couronne de la virginité, j’entrerai dans la couche céleste du Roi éternel, à qui appartiennent l’honneur et la gloire dans tous les siècles.