[341-2] «Le Père de tous est puissant, les alfes ont du discernement..., les nornes indiquent sur leurs boucliers la marche du temps..., les hommes souffrent..., les walkyries aspirent après les batailles.» (Edda de Sœmund, Poème du Corbeau d'Odin, 1.)

[342-A] Pendant cette scène, un motif important est développé à l'orchestre: c'est le thème de la grande douleur de Wotan. Ce motif prédomine ici; il caractérise la lutte intérieure de Wotan.

[343-1] Fricka ne considère pas, ne veut pas considérer si des époux s'aiment, ou ne s'aiment pas. Elle est la Gardienne de l'ordre établi; elle est surtout, c'est ce qu'il faut bien saisir, le principe d'ordre de Wotan, dieu organisateur du Monde. Que les obtus ne viennent donc point nous parler, pour la critiquer, d'une «scène de ménage» imitée d'Homère. En une note de la Scène Deuxième de l'Or-du-Rhin, je disais: «Donc Fricka est, personnifiée, cette gorgée d'eau de la source de sapience; elle est la «sagesse» acquise par Wotan, incarnée par Wagner pour faire vivre à nos yeux les dramatiques luttes intérieures de cette sublime âme de Wotan, de cette immense âme d'Homme divinisé; c'est ainsi que s'incarnera plus loin, en cette admirable Brünnhilde, la vivante Volonté d'aimer révoltée, dans le cœur du dieu, contre la froide sagesse, contre l'étroite coutume,—contre Fricka.» Si d'aucuns en doutaient encore, une lettre de Wagner va faire cesser leurs doutes: «... le combat», dit-il, «de Wotan contre son inclination, d'une part, et Fricka (die Sitte), d'autre part.» (Lettre à Uhlig, du 12 nov. 1851.) Or, quel est donc le sens de Sitte? Voici: c'est la morale fondée sur la coutume, sur les hypocrites conventions sociales: «Tes facultés n'embrassent, des choses, que leurs habituels rapports, tandis que ma raison cherche un ordre inconnu!»

[344-1] A présent que le lecteur ne peut douter, d'après ces notes, du sens symbolique de Fricka, je laisse à sa perspicacité le soin et le plaisir d'apercevoir, sous l'interprétation concrète et transparente, nécessaire à la vie et au mouvement du drame, la signification profonde, âme de cette vie tout extérieure. A quiconque sait lire est-il nécessaire d'expliquer ce que Fricka veut dire par les «adultères» de Wotan? L'un d'eux, le plus important pour la marche du drame, n'est-il pas expliqué ci-dessous, par Wotan lui-même, à Brünnhilde? «Savoir! rongé du besoin de savoir, le Dieu bondit du ciel jusqu'aux entrailles du Monde. Charmée par un philtre d'amour, la Wala» (Erda, la Nature), «la Wala me répondit enfin. Je l'avais connue; et c'est ainsi que vous eûtes pour mère, toi, Brünnhilde, avec tes huit sœurs, la plus savante sibylle du Monde.» Wotan a forcé la Nature d'enfanter suivant son Désir,—puisque la Walküre est appelée Wunschmaid. Et de là sort le rôle de Brünnhilde; de Brünnhilde, strahlende Liebe, radieux Amour; de Brünnhilde, Wotan féminin, etc.—L'«adultère» de «Wälse» et ses conséquences, c'est-à-dire l'infidélité de Wotan à l'ordre établi par lui-même, donneraient lieu à des commentaires tout analogues. Mais je ne peux guère plus prolonger que je ne veux multiplier des notes ayant le caractère de celle-ci. Mon but n'est nullement d'y tout dire, un volume n'y suffirait point; mon but est de montrer aux lecteurs, peu familiarisés avec l'esprit de Wagner, qu'ils se feraient de ses drames une idée très fausse en jugeant, d'après leur surabondante vie extérieure, que cette vie n'est pas le «symbole», si l'on veut, d'une plus surabondante encore vie intérieure. Mon but est de montrer à ces mêmes lecteurs, par quelques exemples entre mille, à quels points de vue il faut se placer pour d'abord, comme eût dit Rabelais, notre Rabelais, «fleurer, sentir et estimer ces beaux livres»; pour, ensuite, «par curieuse leçon et méditation fréquente, rompre l'os et sugcer la substantifique mouelle.» Car il n'est point du tout honteux d'ignorer l'œuvre de Wagner; il n'est point honteux, pour qui la connaît, de l'attaquer au nom d'une idée précise; mais il serait ridicule et triste et pitoyable et criminel de la lire sans y rien comprendre, uniquement parce que c'est la mode de paraître admirer Wagner. Eh bien, par l'interprétation de quelques passages, donnée en note, chacun pourra se faire une idée de ce qu'il y a sous le sens concret de presque chaque phrase; chercher ce second sens parallèle;—et s'il ne le trouve pas, c'est qu'il voudra bien! A moins... mais n'injurions personne!

[345-1] Depuis nombre de pages déjà, je ne m'astreins plus à signaler les transpositions dramatiques opérées par moi dans cette traduction, toutes conformes au sens général de l'œuvre et aux prolongements de la musique. Pour n'en pas tout à fait perdre l'habitude, donnons un passage littéral, dont la lettre n'eût point convenu à cette adaptation, en prose, d'un Drame-Musical-Poétique-Plastique.—Il y a donc ici, dans l'original: «Car ta femme, tu [la] craignais encore de sorte—Que la troupe des Walküres,—Et Brünnhilde même,—Fiancée de ton Désir,—Tu [les] livras en obéissance respectueuse à la Maîtresse.» Ce qui signifie que Wotan soumettait encore, aux Règles de l'Ordre établi, ses Désirs d'un «ordre inconnu».

[346-1] Littéralement: «[C'est le] dès toujours Accoutumé—Seulement [que] tu peux comprendre:—Tandis que, ce qui encore jamais ne s'est réalisé,—[C'est] à cela [qu']aspire ma pensée.»

[347-1] «Il (Odin) donne la victoire à ses fils, à quelques-uns la richesse, l'éloquence à ceux qui sont généreux, la raison aux hommes, le vent aux navigateurs, l'esprit poétique aux poètes et le courage viril à beaucoup de guerriers.» (Edda de Sœmund: Poème de Hyndla, 3.)

[347-2] Grimm (Deutsche Mythologie, édition citée, I, p. 308) montre que Sigmund est un nom d'Odin.—Point de vue: considérer Siegmund comme une «incarnation» de Wotan.

[347-3] Voir la note (1) de la page 337.

[348-1] Le Prélude de La Walküre indique nettement, par le thème de l'Incantation de Donner (voir L'Or-du-Rhin, scène quatrième), cette intervention de Wotan, Sturmvater, le Père-des-Orages, dirigeant la fuite de Siegmund.

[349-1] Voir la note (1) de la page 354.

[349-2] «FRIGG chanta: «Ne racontez jamais vos aventures aux races humaines, ni ce que deux Ases ont fait dans les temps anciens.» (Le Festin d'Æger, 25.)

[350-1] Heervater, «le Père-des-Armées». C'est l'un des noms d'Odin (Wotan) dans les Eddas: «FRIGGA: Je conseille au Père-des-Armées de rester dans son palais divin.» (Vafthrudnismal, 2.)

[350-A] Le motif de la Lance s'élève ici à l'orchestre, pour rappeler les traités jurés par Wotan (partition, page 110).

La forme de ce motif est ici très nette. Il serait superflu de commenter le fait de son affinité (qu'on remarque ici) avec le thème de Walhall. Il présente pourtant, malgré cette affinité, un caractère très arrêté de sombre énergie. Ce motif, on le sait, est principalement constitué par le thème de la servitude. Là surtout est l'intention dramatique.

[351-1] «Le moins libre»: c'est évident, et Wotan insiste plus loin: «Maître du Monde grâce aux traités, me voici l'esclave des traités.»

[351-2] Voir la note (3) de la page 263.

[352-1] Donc cette connaissance du Passé est une condition suffisante pour qu'Erda connaisse également l'Avenir.—Qu'on prenne la peine de lire Wagner entre les lignes: à chaque instant l'on y trouvera de ces significations profondes, sans que la marche du Drame en soit interrompue, puisque le poète se garde bien de les présenter comme apophtegmes.

[352-2] «Elle (Wola) était assise seule en dehors, lorsque vint le vieillard, l'auteur des Ases, et elle lut dans son œil.—«Que me demandes-tu? pourquoi me tenter?»... Le père des armées fit choix pour elle de bagues et de chaînes d'or,... des sons magiques et des chants puissants. Elle regarda bien avant dans tous les mondes... Dans tous les lieux où elle recevait l'hospitalité, on la nommait Heidi et Wola-la-Savante...» (Völuspa, 22, 23, 25.)

[353-1] L'Edda de Snorro dit d'Odin: «La terre était sa fille et sa femme.» (Gylfaginning.)

[353-2] «Avec tes huit sœurs.» Le texte dit seulement: «De l'univers la plus savante femme—[T']enfanta, toi, Brünnhilde, à moi.—[C'est] avec huit sœurs—[Que] je t'élevai,» etc.—Mon interprétation n'en est pas moins exacte (partition, ensemble de l'œuvre, gloses des commentateurs les moins incompétents, m'autorisent à l'affirmer telle): aux sagaces de voir par la suite pourquoi le texte de Wagner laisse seulement deviner, des autres Walküres, ce qu'il dit de Brünnhilde en termes précis.—Quant au nombre neuf ou trois fois trois, il jouissait, en Scandinavie, comme dans l'Inde ancienne, d'une faveur toute particulière, dont la trace est en plus d'un mythe. Le Poème de Helge, vainqueur de Hating, dit d'une chevauchée de Walkyries: «Elles étaient trois bandes, de neuf chacune», etc.

[353-3] «Gladshem est la cinquième demeure céleste. Walhall tout resplendissant d'or y tient une vaste place; Odin y fait tous les jours un choix parmi les hommes tués sur les champs de bataille. Ils ont grande impatience de se rendre chez Odin pour voir sa salle; le plafond en est cannelé avec des bois de lances; le toit est couvert de boucliers; des cottes de mailles sont étendues sur ses bancs... Un loup est enchaîné devant la porte de l'ouest, et un aigle plane au-dessus» (Poème de Grimner, 8, 9, 10, dans l'Edda de Sœmund), sans doute pour signifier, comme le suppose M. Léouzon-le-Duc, que ceux qui avaient pu nourrir les aigles et les loups des cadavres de leurs ennemis étaient seuls dignes d'entrer dans cette glorieuse demeure.

[353-4] «Ganglere continua: «Tu m'as dit que tous les hommes morts sur le champ de bataille, depuis la création du monde, sont maintenant à Walhall avec Odin.» (Edda de Snorro, Gylfaginning.) «Ganglere dit alors: «Walhall est peuplée d'une multitude immense, et Odin doit avoir bien de l'habileté pour gouverner tant de monde.» (Id.) «Ganglere dit: «Il faut que Walhall soit un édifice immense; la foule doit en rendre l'entrée et la sortie fort difficiles.» Har répondit: «Il n'est pas plus difficile de trouver place à Walhall que d'y entrer». On trouve dans le chant de Grimner le passage suivant: «Walhall possède, je crois, cinq cents portes et quarante encore. Huit cents Einhærjars peuvent sortir de front par chacune de ses portes, quand ils vont combattre le loup.» (Edda de Snorro.) Le Poème de Grimner (23) qui fait partie de l'Edda de Sœmund, contient en effet bien ce passage. Einheriars est le nom que portent les élus d'Odin (de ein, un; et heri, héros, combattant. Einheriar, d'après Bergman, serait bien rendu par Monomaque, ou guerrier qui lutte, à lui seul, contre un ou plusieurs adversaires). Quant au loup qu'ils ont à combattre, c'est Fenris, l'ennemi d'Odin, qu'au Crépuscule-des-Dieux sa gueule doit engloutir.

[354-1] «Elles sont appelées les Walkyries. Odin les envoie sur tous les champs de bataille; elles savent quels sont les guerriers qui succomberont, et disposent de la victoire. Gunn, Rota, et Skuld, la plus jeune des nornes, sont toujours à cheval; elles marquent les guerriers qui doivent périr, et dirigent le cours des batailles.» (Edda de Snorro, Gylfaginning.)

[355-1] Littéralement: «Moi qui par des Pactes [suis] Maître,—[C'est] des Pactes [que] je suis à présent le valet.»

[355-A] Précédant ces paroles de Wotan:

«Un seul peut ce qui m'est impossible...»

le thème du Péril des Dieux apparaît à l'orchestre (partition, page 123). Il se combine aussitôt avec le thème de la douleur de Wotan.

Outre ce thème et le beau mouvement de la bénédiction du Nibelung (page 133), il faut citer les réminiscences de Rheingold, qui commentent fort logiquement le long récit de Wotan.

Le thème du Péril des Dieux semble résulter de la fusion des deux motifs des Nornes et du Crépuscule-des-Dieux. Sur le thème du Péril-des-Dieux, Voy., Or-du-Rhin, la note relative à l'Ur-Mélodie.

[358-1] Et maintenant, le lecteur juge-t-il que cette «longue» scène soit une «longueur»?—Il paraît que c'en est une, pourtant! Hé bien, je prie les critiques de nous déduire en quoi... Je sais beaucoup d'«actions» fort grouillantes, pour ma part, qui sont plus «longues» que cette «longueur»: l'«action?» mais, dans le «récit» de Wotan, ne progresse-t-elle pas de phrase en phrase, de vers en vers, de mot en mot? Voudra-t-on comprendre, à la fin, que La Walküre n'est point faite pour être jouée seule? Je ne veux pas me refuser le plaisir, dans tous les cas, de noter: qu'en une lettre à Liszt, Wagner nomme cette scène (et pour cause!)—«la plus importante du quadruple Drame.»—Qu'en pense-t-on? Cela vaudrait qu'on y pensât, j'espère!—Cf. p. 307, n. (1).

[358-2] Siegvater, «le Père-des-Victoires.» C'est, dans l'Edda de Sœmund (Poème de Grimner, 48), un autre des surnoms d'Odin, recueilli par Snorro dans son Gylfaginning.

[361-A] L'orchestre paraphrase divers motifs de l'Amour de Siegmund et de Sieglinde, celui de la Mélodie du Regard, principalement (partition, page 156).

[361-B] La scène quatrième débute par un magnifique passage orchestral. Le thème de l'Interrogation de la Destinée (dont nous entendrons une réminiscence lors de la marche funèbre du Crépuscule des Dieux) rythme trois notes, mornes comme un écho dans une caverne (tubas); une mélodie lui répond:—l'Annonce de la Mort (cuivres). Mais, aussitôt, comme une lointaine aurore de résurrection, voici, par bouffées, les ineffables harmonies du Walhall, douces et majestueuses.—La Walkyrie s'avance...—Beaucoup estiment cette scène la plus belle de toute la Walküre; avec raison, peut-être. Bien plus profondément que dans la fameuse Chevauchée des Walkyries,—cette prodigieuse page décorative,—le véritable aspect psychique des Walküres scandinaves, de ces symboles sublimes de mort et de résurrection, est ici impérissablement fixé. (Partition, pages 156 et 157.)

[362-1] Walvater, «le Père-des-Prédestinés-au-Carnage.» Encore l'un des surnoms d'Odin dans les Eddas (Völuspa, 1; Vegtams-Kvidha, 5): «On donne à Odin le nom... de Valfader, père des prédestinés, parce que les guerriers qui succombent sur les champs de bataille sont ses élus. Ils ont des places à Walhall..., où ils portent le nom d'Einhærjars». (Edda de Snorro: Gylfaginning.)

[362-A] Durant tout ce dialogue entre Brünnhilde et Siegmund, le thème de l'Annonce de la Mort, développé, alterne avec les motifs de la Destinée, du Walhall (partition, pages 157-158), des Walkyries (page 160 et seq.), de Freya. Le thème d'Amour reprend, amenant une phrase qui exprime l'émotion de Brünnhilde.

[363-1] «Mais à quoi les Einhærjars passent-ils le temps quand ils ne sont pas occupés à boire?» Har répondit: «Tous les jours, après avoir fait leur toilette, ils prennent leurs armes, se rendent dans la cour pour se combattre et se vaincre mutuellement. Ce sont leurs jeux. Vers le moment du déjeuner, ils rentrent à cheval dans Walhall, et se mettent à boire comme il est dit ici: «Tous les Einhærjars combattent chaque jour dans la cour d'Odin; puis ils reviennent s'asseoir à la salle du festin et sont amis comme auparavant.» (Edda de Snorro, Gylfaginning.) Le passage cité par Snorro se trouve, plus ou moins textuellement, dans l'Edda de Sœmund, au Vafthrudnismal, 41.

[363-2] Wunschmädchen, «Filles-de-Désir», ou «Filles-du-Désir» est la traduction littérale de l'islandais ôskmeyjar, dénomination donnée aux Walküres dans l'Edda de Sœmund et la Völsunga. D'autre part, Oski signifie «Désir» (Wunsc) et c'est l'un des noms que s'attribue Odin dans les vieux poèmes scandinaves. Grimm, qui rappelle tous ces détails (Deutsche Mythologie, édition citée, I, 347) les résume en cette phrase que j'ai déjà reproduite: «Die Walküre ist ein Wunschkint, Wunsches Kint.»

[364-1] «Il y a encore d'autres femmes à Walhall; elles sont chargées de verser à boire, de frotter les tables et les coupes. Voici leurs noms, comme on les trouve dans le poème de Grimner: «Je veux que Hrist» (Bruit-des-Boucliers) «et Mist» (Désordre) «m'apportent la coupe. Skeggjœld et Skœgul» (Hache et Fuite) «Hikl et Thrud» (Courage et Persistance) «... servent la bière forte aux Einhærjars.» (Edda de Snorro, Gylfaginning). «Elles sont appelées les Walkyries.» (Id.) Ganglere demanda: Où trouve-t-on de quoi désaltérer les Einhærjars? boivent-ils de l'eau?—Har répondit: Tu me fais maintenant une singulière question. Odin inviterait-il chez lui des rois, des jarls ou d'autres hommes illustres, pour leur donner seulement de l'eau à boire? La plupart de ceux qui viennent à Walhall trouveraient, je crois, que cette eau leur coûte cher; je parle des guerriers dont les blessures et la mort ont été douloureuses. Mais j'ai autre chose à te raconter à ce sujet. Il y a dans Walhall une chèvre appelée Hejdrun, elle mange les feuilles de Lerad, sapin célèbre; de ses mamelles coule l'hydromel nécessaire pour remplir une cuve très grande et enivrer tous les Einhærjars.» (Id.)

[366-1] Je signale, aux commentateurs des «Qu'il mourût», cet exemple de ce que nos bons pédants nomment «le sublime.»

[366-2] Au VIIIe siècle, Radbot, prince des Frisons, recula devant le baptême, quand il apprit que, comme chrétien, il ne retrouverait pas dans le ciel ses compatriotes païens.

[366-3] Hella, Héla ou Hel, dans la mythologie norraine, est la fille de Loki ou Loke et d'une géante. Personnification de la Mort, elle règne sur ceux qui ne sont morts ni en combattant ni en se suicidant. «Odin précipita Hel dans Niflhem, et lui donna puissance sur neuf mondes, afin qu'elle pût faire changer de demeure aux hommes qu'on lui envoie, c'est-à-dire qui meurent de maladie et de vieillesse. Elle y possède de grandes habitations entourées de murailles excessivement hautes. Sa principale salle se nomme Eljudener; son écuelle Hunger (la disette); son couteau Svœlt (la faim); son esclave mâle Senfærdig (lent); son esclave femelle Sena (lente). Le seuil de la porte par laquelle on passe pour entrer chez Hel est appelé Fællande-Svek (piège perfide); son lit Tiensot (la phtisie); les rideaux de ce lit sont appelés Fortærande-Sorg (chagrin dévorant). Une moitié du corps de Hel est bleue, l'autre a la carnation humaine; son aspect est effrayant et sinistre; elle est fort connue.» (Edda de Snorro.) Une citation de ce genre ne manquera pas de faire rire, aux dépens des «barbares» vieux Norses, tels critiques tant pieusement pâmés (1894) sur les allégories intolérables d'un Lutrin.

[368-A] Mélodie du Sommeil. (Partition, pages 176 et seq.)

[368-B]

«... Quelque rêve bienheureux sourit à sa tristesse.»

Un des motifs du lied du Printemps accompagne ces paroles.

[370-1] «Sa colère s'enflamma en même temps contre le Géant, et peu s'en fallut qu'il ne lui fît à l'instant goûter son marteau.» (Edda de Snorro; Épisode de Thor chez Hymer.)

[371-1] Wotan nous est ainsi montré comme dieu de la mort. Mais est-ce bien un nouvel aspect, car lequel des dieux Wotan n'est-il point? Il conviendra toutefois de se le rappeler, cet aspect, lors de telle victoire de Siegfried sur Le Voyageur (Wotan), au drame de Siegfried.—A propos de Hunding, j'ai d'autre part noté, vers le début de l'Acte Deuxième, quelle confusion consciente il semble que Wagner ait établie entre Fricka (Frigg) et Freya, relativement à la tradition suivant laquelle la moitié des héros tués «appartenaient» à la dernière. Cf. p. 340, note (1).

[371-A] Le thème de la Détresse des Dieux accompagne la sortie de Wotan. (Partition, page 187.)

Quel que soit notre effort à démêler, à travers le touffu de la partition, les lignes maîtresses des principaux thèmes, nous ne pouvons pousser cette nomenclature jusqu'à noter, dans ces thèmes, les nuances, les subtiles transformations, les points précis de développement, par où s'expriment—plus complètement peut-être que par le texte—des situations morales complexes. Un exemple: Brünnhilde, incarnation de l'intime désir, du cœur même de Wotan, en voulant sauver Siegmund, agit selon le secret mouvement de ce cœur. Mais Wotan, pour les raisons que l'on sait, doit taire son cœur, laisser mourir Siegmund. La musique de Wagner, toute en combinaison de rappels, d'harmonies diverses simultanément contrepointées, de nuances suggestives, était merveilleusement apte,—mieux que n'importe quel texte,—à décrire un tel état d'âme dédoublée. Mais quelle analyse verbale voudrait suivre, en ses infinis méandres, une telle polyphonie? Il faut tout un orchestre pour rendre sensible la signification des motifs ainsi combinés.

[373-1] Tous ces noms de Walküres ont chacun un sens, comme ceux des Walkyries donnés par les Eddas (Poème de Grimner, 36; Völuspa, 24; Edda de Snorro, voir ci-dessus la note (1) de la p. 364. M. Schuré a essayé, à défaut d'une vraie traduction, la transposition de quelques-uns: par exemple celle de Helmwige en Berceheaume; celle de Rossweisse en Blanchecrine; ou celle de Schwertleite en Conduirépée. D'autres me semblent moins heureuses: Siegrune (Rune-de-Victoire) deviendrait Grondevictoire, etc.) Je devais au lecteur la mention de ces jeux innocents autant qu'inutiles; mais je les imiterai d'autant moins que ces noms sont dans le drame huit noms, et rien de plus.

[373-A] La Chevauchée des Walkyries! Quelque admiration que l'on éprouve pour cette prodigieuse page décorative, il ne faut pas oublier qu'elle n'est dans le drame qu'un élément secondaire. On entend dire:—«Allez donc voir la Chevauchée des Walkyries.» J'estime que ce n'est pas la raison principale d'écouter la Walküre. D'autres chefs-d'œuvre, sans doute, ont, de même, frappé par d'autres côtés que ceux où leur auteur s'attendait à provoquer le plus d'émotion. Mais jamais Art n'ayant été plus volontaire que l'Art de Wagner, il ne faut pas que là, encore, il en aille ainsi. Certes la plastique physique du drame, son intensité musicale aussi, deviennent ici formidables. Mais Wagner, très probablement, n'entendit ni ne put y mettre aucune réelle sensation d'âme. Le fond de l'œuvre ne s'ouvre pas, n'a pas à s'ouvrir ici. L'interprétation la plus juste que Wagner ait donnée de cette création scandinave des Walküres, c'est, selon nous, la scène de l'Annonce de la Mort (Voy. note de la page 361).

Les lignes suivantes de M. Alfred Ernst donneront, de cette épique Chevauchée des Walkyries, une belle idée musicale:

«Quelques traits de cordes, violents, incisifs mettent en branle les trilles des instruments à vent, depuis les clarinettes jusqu'aux petites flûtes. Sous ce fortissimo rageur, cors, bassons et violoncelles jettent un rythme entraînant de galop. Bientôt des traits s'envolent aux bois et aux cordes, sur chaque temps de la mesure, en tous sens, sifflants, exaspérés, avec un déchirement de rafale furieuse. La trompette basse, renforcée de deux cors, attaque le thème des Walkyries[373-A-a]. Une deuxième phrase, née du même motif, éclate, martelée par quatre cors et par toutes les trompettes. Puis, dans le tourbillon croissant, le thème recommence, rugi par les trombones, tandis que le rideau s'ouvre sur un paysage sinistre.» (Partition, page 188 et seq.) (La Chevauchée des Valkyries a été éditée à part.)

[373-A-a] Voy. note de la page 310. Voy. partition, pages 80 à 83; le thème y est donné pour la première fois.

[375-1] «Dans une masse nuageuse», etc. J'ai déjà fait remarquer ailleurs (mais il n'est pas mauvais de le rappeler quelquefois) que Wagner, en cette géniale synthèse des mythologies septentrionales, en cette géniale synthèse qu'est à titre secondaire, mais à titre réel, la Tétralogie, Wagner donc n'a jamais omis de suggérer, pour chaque personnage introduit par lui dans ses drames, toutes les virtuelles interprétations se rapportant, physiques ou morales, au personnage. C'est une des multiples raisons pour lesquelles chacune des Walküres arrive au milieu d'un nuage illuminé par les éclairs; c'est encore de même que Waltraute, en une magnifique scène du Crépuscule-des-Dieux, viendra vers Brünnhilde au galop; et, quand Waltraute s'éloignera: «Éclair et nuée», lui criera Brünnhilde, «éclair et nuée, par le vent soufflée, va-t-en donc et ne reviens jamais!» Maints passages nous laissent entrevoir, dans les vieux poèmes scandinaves, cette signification mythique; voici l'un des plus transparents: «Elles étaient trois bandes de neuf chacune, mais une vierge chevauchait à leur tête; elle était blanche sous le casque. Les chevaux secouèrent leur crinière, la rosée tomba dans les vallées profondes, et la grêle sur les arbres élevés.» (Poème de Helge, vainqueur de Hating, 28, dans l'Edda de Sœmund).—Plus d'un commentateur a d'ailleurs expliqué, dit avec justesse Henri Heine, que les Walkyries sont ces nuages qui jadis jouaient un grand rôle dans les batailles, et auxquels on faisait souvent des sacrifices avant la lutte.—Cf. Commentaire musicographique, pp. 307-309.

[376-1] Un Witeg apparaît, dans le Nibelunge-nôt, à la cinquantième strophe de la XXVIIe aventure. Wittich, d'ailleurs, est l'un des principaux héros de la Wilkina ou Thidreks Saga.—De même un Sindolt, «le guerrier choisi», est mentionné par l'épopée (aux strophes 10 et 11 pour la première fois) et y fait figure à plusieurs reprises.—Il fallait de semblables détails, pour que fût plus complète l'évocatrice synthèse qu'est,—entre autres choses,—la Tétralogie.

[378-1] Voy. la note (1) de la p. 354.

[379-1] Sur Grane, voy. au drame de Siegfried, la note (1) de la p. 504.

[380-1] Heervater, «le Père-des-Armées». Voy. la note (1) de la p. 350.

[381-1] Walvater, «le Père-des-Prédestinés». Voy. la note (1) de la p. 362.

[381-2] Dans les sagas, ce cheval d'Odin est blanc.—Dans les Eddas, il naît d'une façon merveilleuse, s'appelle Sleipner, et a huit pieds.—Dans Wagner, on voit ce qu'il devient. Encore dans Siegfried, lorsqu'approche Wotan, sous la forme du Voyageur accompagné d'un vent d'orage: «Là! quelle est cette lueur qui brille?» dit Alberich. «Elle se rapproche, elle resplendit, c'est une éblouissante clarté; il court comme un coursier d'éclairs qui se fraye par la Forêt passage, en s'ébrouant.» Puis, au moment où le quitte le Dieu: «Il part, sur sa monture de flamme...» etc. (Voy. Siegfried, acte II, scène Ire.)

[381-3] Der wilde Jäger: autre preuve du génie synthétique de Wagner. On sait que, d'après les mythographes, le Chasseur sauvage des légendes n'est autre que Wotan (Odin), lequel n'est lui-même autre chose que la tempête poussant les nuages devant elle: «Selbst Wuotans wüthendes Heer was ist anderes als eine Deutung des durch die Luft heulendes Sturmwindes?» dit Grimm. (Deutsche Mythologie, édition citée, I, 526.) A tout insolite bruit nocturne, le paysan de Norvège, encore, profère que «c'est Odin qui passe!» Si le vent gémit dans les sapins, «C'est la chasse d'Odin qui poursuit les loups.» Pauvres mythes, d'être ainsi réduits, par la critique de notre époque, à ces phénoménalités! Mais heureux mythes puisqu'un Wagner, sans négliger l'exactitude (relative) de leurs sens physiques, a mis en pleine lumière en quatre Drames vivants, nonobstant la critique myope, et sans dissertations «savantes», toute l'immense vérité latente (absolue), de leur principe moral.

[382-1] «Elle s'appelait Sigurdrifa et elle était Walkyrie. Elle raconta comment deux rois se faisaient la guerre: l'un avait nom Hialmgunnar: il était vieux, c'était le plus vaillant des guerriers et Odin lui avait promis la victoire. L'autre s'appelait Agnar, frère d'Auda, et personne ne voulait le protéger. Sigurdrifa tua Hialmgunnar dans le combat.» (Sigurdrifumàl.)

[383-1] Littéralement: «Le volant», «le flottant.»—Cf. p. 375, note.

[384-1] Faut-il signaler à nos pions cet autre exemple de «sublime»? Ils ont le droit d'admirer, nous le leur affirmons.

[385-1] «Fafnir se dirigea vers la Guitaheide, s'y fit une couche, prit la forme d'un dragon et s'étendit sur l'or.» (Edda de Snorro.)

[385-A] Ces paroles de Siegrune et de Schwertleite sont soulignées, à l'orchestre, par les motifs de l'Anneau et du Dragon. (Partition, pages 227 et 228.) Le Motif du Dragon a déjà paru, dans Rheingold (partition de Rheingold, page 150), lors de la première métamorphose d'Alberich. On remarquera le souci qu'eut Wagner de ménager des retours de ce motif, qui n'est point pourtant fondamental dans l'œuvre. Mais cela prouve que sa conception lui est présente, à tout instant, dans tous ses détails,—détails non improvisés...—Ces lignes pour qui pourrait croire,—après d'autres,—que le Dragon est une fâcheuse... superfétation.

[386-A] A ces paroles:

«... Des héros du monde, le plus sublime.»

l'orchestre déroule, à la basse, sous une suite de clairs accords passionnés, l'héroïque phrase du thème de Siegfried, phrase que reproduit exactement la voix de Brünnhilde. (Partition, pages 230 et seq.) Bien volontiers dirions-nous que ce thème d'héroïque allure, que ce long thème double, proclamé par la double puissance de la voix et de l'orchestre, est parmi «les plus beaux» de la Tétralogie, comme il en est l'un des plus longs, si dans la conception dramatique de Wagner, d'une unité si profonde, où, toujours, dans une mesure précise,—ni plus, ni moins,—l'expression musicale correspond à l'intensité du sentiment,—l'on pouvait, réflexion faite, véritablement, avancer, sans hérésie, que «ceci est plus beau que cela». Ces réserves données, il faut ajouter que ce thème est sublime de grandeur épique et d'éperdue passion. Il est,—mais plus largement,—de la même venue que le thème de l'Epée.

[387-1] Les sources scandinaves mettaient cette prophétie dans la bouche de Siegmund mourant. (Voir en note, dans l'Étude d'Edmond Barthélemy, p. 201, l'analyse de la Völsunga.) Hjördis, femme de Siegmundr, vient sur le champ de bataille; le héros dit alors ceci: «Odin ne veut plus que je brandisse mon glaive; gardes-en les morceaux avec soin, car de toi va naître un fils qui sera le plus glorieux héros de notre race; il portera victorieusement l'épée qu'on reforgera avec ces débris que je te donne, et on nommera cette épée Gram (angoisse, colère).» Dans les Chants des Iles Féroë, récit tout à fait analogue: «Hjördis s'enveloppa d'un manteau bleu et se rendit sur le champ de bataille où gisait Sigmund:...—«Tu es venue trop tard, Hjördis, pour m'apporter les baumes qui pourraient guérir mes blessures... Prends les deux morceaux de mon épée et fais-les porter au forgeron par le jeune fils que tu as conçu. L'espoir que tu portes en ton sein, c'est le fils d'un héros. Élève-le avec soin et donne-lui le nom de Sjurd. Je te le dis en vérité, ce fils vengera ma mort.»

[387-2] Littéralement: «Celui qui, de nouveau jointe,—Brandira cette Épée un jour,—Que de moi il reçoive son nom:—«Siegfried»: [c'est-à-dire] qu'[il] se réjouisse de» (ou «dans», ou «par») «la victoire.»—Étymologiquement, Siegfried se compose du mot Sieg, victoire, et du mot Friede, qui signifie paix. Dans la première version du Crépuscule-des-Dieux, laquelle, sous le nom de Siegfried's Tod, était comme une condensation de la Tétralogie future, Wagner faisait dire par une Norne: «Durch Sieg bringt Friede ein Held,» «Par la victoire, un Héros apportera la paix.»—Mais ce sens ne s'adaptant plus à sa conception nouvelle du rôle de Siegfried, lorsque Siegfried's Tod (la Mort de Siegfried), drame d'abord unique, se déquadrupla, il aima mieux ramener, un peu arbitrairement, le deuxième élément du nom de son héros à cette idée de Joie, Freude, qui sonne à peu près comme Friede. Le caractère de Siegfried, der überfrohe Held, «le Héros joyeux-à-l'excès», dans les deux derniers drames du Ring, commente et justifie assez cet arbitraire. Aussi bien Wagner n'était-il pas libre de modifier le nom de Siegfried, et l'interprétation qu'il en a su trouver témoigne, opportune comme elle est, de l'extraordinaire souplesse de son génie, non moins attentif aux plus petits détails, que capable des plus compréhensives synthèses.—Du reste, on pourrait presque dire qu'il est revenu au sens des sources scandinaves: «Sig-Urd», «Destinée-de-la-Victoire

[387-A]

«.. Ces robustes tronçons du Glaive...»

A ces paroles, la Fanfare du Glaive, succédant immédiatement au thème de Siegfried, s'élève à l'orchestre: deux mesures, et l'évocation est complète. (Partition, page 231.)

[387-B] Le motif de Siegfried retentit de nouveau. (Partition, page 231.)

[388-1] «En ce temps-là croissait dans le Niderlant le fils d'un roi puissant.—Son père se nommait Sigemunt, sa mère Sigelint...—Ce brave guerrier s'appelait Siegfrid.» (Nibelunge-nôt, aventure 11, strophes 1 et 3.)—Dans toutes les sources scandinaves, notamment dans la Völsunga (se reporter à l'Etude d'Edmond Barthélemy, pp. 201-204), dans les Eddas, dans les Chants des Iles Féroë, l'épouse de Sigmund, la mère de Sigurd, a pour nom Hjördis.—Si Wagner a choisi pour elle celui de Sieglinde, d'après le Nibelunge-nôt, sans doute est-ce qu'il en eut des raisons importantes: j'en développerai ci-dessous quelques-unes dans Siegfried, en donnant, à propos de Sieglinde et de l'étymologie de ce nom, des indications que je crois neuves. Cf. p. 463, note (1).