[584-4] «Je réfléchis maintenant à tout ce que vous m'avez fait, quand vous m'avez trompée par vos ruses. Depuis lors, j'ai vécu sans joie et sans bonheur.» (Sigurdarkvidha Fáfnisbana Thridja.)

[585-1] «Mais personne n'y songea plus, si ce n'est Hagene qui répétait à chaque instant à Gunther que, si Siegfrid cessait de vivre, maint territoire de roi lui serait soumis. Le prince en devint sombre.» (Nibelunge-nôt, XIV, 132.) Dans le Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja, c'est Gunnar qui dit à Högni (Hagen): «Nous aideras-tu, Högni, à tuer le héros? Il est bon de posséder l'or du Rhin, de disposer de ce riche trésor suivant son plaisir et de jouir en paix du bonheur.»

[585-2] «Gunnar devint sombre et son âme s'emplit de tristesse. Il demeura tout le jour silencieux sans savoir à quoi se résoudre. Il ne parvenait pas à voir ce qui valait le mieux pour lui. Il songeait à la mort du descendant de Wälsung, et ne pouvait se consoler de la mort de Sigurd... Il fit appeler Högni pour consulter avec lui; car il avait pleine confiance en lui.» (Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja.)

[585-3] Voir la note (1) de la page 585.

[585-4] «Le roi Gunther répliqua: «Mais comment cela pourrait-il se faire?—«Je vais vous le faire savoir», répondit Hagene.» (Nibelunge-nôt, XIV, 133.) Toute semblable est l'intonation dans les Chants des Iles Féroë, quand Gunnar se décide au meurtre, après avoir longuement lutté contre les suggestions de Brinhild.

[586-1] «Brynhild parla, la fille de Budli: «Qu'elle soit privée de ses enfants et de son mari, Gudrun, celle qui t'a fait verser des larmes et prononcer, dès le matin, ces tristes paroles.» (Gudrunarkvidha fyrsta.)—«Sjurd visita Gudrun, mais le héros perdit la vie. Brinhild parla et des larmes coulaient de ses yeux: «Gudrun, la fille de Juki, ne jouira pas du bonheur de posséder le brave guerrier.» Brinhild s'écria à haute voix: «Je veux lui créer des soucis, car enlever ce qu'un autre possède donne rarement du bonheur.» (Chants des Iles Féroë.) Et plus loin, Brinhild à Gunnar: «C'est Gudrun, ta sœur, qui est cause de ma douleur, car elle possède Sjurd, le brave compagnon,» etc. (Id.) Et plus loin encore, Brinhild à Gudrun: «Que tu sois heureuse avec ce puissant guerrier, je ne le permettrai pas. J'ai obtenu l'amour de Sjurd avant que tu l'aies vu.» (Id.) Et, après la mort de Siegfrid: «Brunhilt la belle était assise dans son outrecuidance. Quelles que fussent les plaintes de Kriemhilt, elle s'en inquiétait peu.» (Nibelunge-nôt, XVIII, 165.)

[586-2] «Je crois pouvoir tout préparer si secrètement qu'il portera la peine des pleurs de Brunhilt.» (Nibelunge-nôt, XIV, 133.)

[586-3] Gunther, dans le Nibelunge-nôt: «Je veux aller chasser l'ours et le sanglier dans le Waskemwald, ainsi que je l'ai fait souvent.» C'était là le conseil de Hagene, l'homme très déloyal. «On dira à tous mes hôtes que je veux chevaucher de bon matin.»... Hagene se hâta de dire au roi comment il comptait vaincre le fier guerrier; jamais ne s'accomplit une aussi grande trahison. Ces hommes déloyaux préparaient ainsi sa mort...» (Nibelunge-nôt). Les sources scandinaves ignorent, en général, cette trahison dans la forêt; d'après elles, c'est le jeune frère de Gunnar et d'Högni, c'est Gutthorm qui frappe le héros reposant à côté de Gudrun. Toutefois la conclusion (en prose) d'un des fragments de l'ancienne Edda constate ceci: «Des hommes originaires d'Allemagne racontent qu'il (Sigurd) a été tué dans la forêt.» (Brot af Brynhildarkvidhu.) Et les Chants des Iles Féroë: «Les Jukungen veulent chevaucher dans la forêt,» etc. (Voir la note relative à la mort de Siegfried, ci-dessous, p. 606.)

[587-1] Dans le Nibelunge-nôt, Kriemhilt dit à Siegfrid, avant le départ: «Laisse là cette chasse. J'ai rêvé cette nuit d'un malheur, comme si deux sangliers sauvages te poursuivaient sur les bruyères; et la terre en devenait rouge... Je crains fortement des machinations ennemies...» (XVI, 140). (Voir la note 1 de la p. 610).

[587-2] Dans le Nibelunge-nôt, Siegfrid assassiné, les chasseurs se consultent «pour savoir comment on cacherait que c'était Hagene qui l'avait tué. Plusieurs d'entre eux dirent: «... Nous devons cacher le fait et dire d'un commun accord: L'époux de Kriemhilt étant allé chasser seul, des brigands l'ont tué.» (XVI, 151).

[587-3] «Gunnnar: Sigurd m'a juré son serment, il m'a juré et il l'a trahi. Il m'a indignement trompé, tandis qu'il devait respecter sa promesse.» (Brot af Brynhildarkvidhu) (Voir aussi la note 2 de la p. 620).

[587-4] Allrauner, «Celui-qui-chuchote-partout»; ou plutôt, pour rapprocher le mot à la fois d'une ancienne racine et d'un nom fréquemment donné à des Walküres: «celui-qui-sait-tout», toutes les Runes (Allrune).—D'ailleurs, si l'on en croit Geijer (Svea rikes Häfder, 1 Del. sid. 135), le vieux mot suédois runa (Rune, chant, discours, lettre, écriture) = murmurer, parler bas (d'où l'idée de mystère qu'implique le mot Rune).

[588-1] Voir la note (1) de la p. 585.

[588-2] Dans le Nibelunge-nôt, Hagene s'écrie (strophe 185): «...Ah! puisse ce trésor venir au pays des Burgondes!» (XII, 118).

[588-3] Voir la note (1) de la p. 539.

[588-4] Nacht-Hüter, «Gardien-de-la-Nuit», «Gardien-des-Ténèbres». On se rappelle qu'Alberich, plus haut, fut qualifié Nacht-Alberich (Cf. les notes des pp. 434, 558, etc).—En une autre note précédente (p. 501, Cf. aussi la note (2) de la p. 569) j'ai promis de compléter (si vaines qu'elles me paraissent, à moi, personnellement, pour l'interprétation du Ring) j'ai promis de compléter les notions fournies, là, sur Sigurd, comme «héros solaire». Le moment me semble ici propice, les pages ayant rapport au meurtre de Siegfried devant être surchargées de gloses, et les expressions «Nacht-Hüter», «le Radieux Héros», du présent «couplet», venant de préparer l'esprit du lecteur.—Rouvrons, à la p. 138, la Mythologie comparée (traduction française déjà citée) de Max MULLER: «Il y a dans la nature beaucoup de souffrance pour ceux qui savent entendre la plainte des douleurs muettes, et c'est cette tragédie—la tragédie de la nature—qui est la source de toutes les tragédies de l'ancien monde. L'idée d'un jeune héros, soit qu'on l'appelle Balder, Sigfrid, Achille, Meléagre ou Képhalos, expirant dans la plénitude de sa jeunesse, cette histoire si fréquemment contée, localisée et individualisée, fut suggérée à l'origine par le soleil mourant à la fin du jour dans toute la vigueur de la jeunesse, frappé par les puissances de la nuit, ou percé à la fin de la saison solaire par l'aiguillon de l'hiver. Le destin fatal en vertu duquel ces héros solaires devaient abandonner l'objet de leur premier amour, lui devenir infidèles ou en être trahis, était aussi emprunté à la nature. Leur sort était inévitable: ils devaient mourir soit de la main de leurs parents ou de leurs meilleurs amis, soit par une trahison involontaire. Le Soleil abandonne l'Aurore, meurt à la fin du jour, pour obéir aux lois d'une inexorable destinée, et la nature entière le pleure; ou bien le Soleil du printemps épouse la Terre, puis l'abandonne, se refroidit, et est enfin tué par l'aiguillon de l'Hiver. C'est là une ancienne histoire, mais elle est toujours nouvelle dans la mythologie et dans les légendes du monde antique. Ainsi dans l'Edda scandinave, Balder, le prototype divin de Sigurd et de Sigfrid...... Ainsi Isfendiar, dans le poème épique de la Perse, le Schahnameh, ne peut être blessé par aucun glaive; cependant il doit être tué par une épine lancée en guise de flèche dans son œil par Roustem. Roustem, à son tour, ne peut être tué que par son frère; Héraclès, par l'amour égaré de sa femme; Sigfrid, par la sollicitude inquiète de Krimhild ou par la jalousie de Brunhild qu'il a abandonnée. Il n'est vulnérable qu'à un seul endroit, comme Achille, et c'est là que Hagen (l'épine) le frappe. Tous ces contes sont des fragments de mythes solaires.» Ainsi soit-il! Dieu merci, il y a autre chose dans la Tétralogie de Wagner: ce qui ne veut pas dire que Wagner n'a point profité de ces données pour auréoler son héros d'un surcroît d'éclatante splendeur. On aura pu remarquer ci-dessus l'indication scénique suivante: «Le Soleil se lève et se mire dans le Fleuve. Siegfried survient soudain, tout à fait près de la berge», etc., sans parler d'une foule de détails épars (Cf. la scène grandiose de la mort de Fafner). On pourra s'en souvenir plus loin, à titre tout à fait secondaire, lors de la successive et double apothéose qu'est la fin de Siegfried et celle de Brünnhilde.

[589-1] «Il y eut grande réjouissance dans le pays des Burgondes... mais le roi se tenait écarté de ses hommes. Quoi qu'on fit, on le voyait marcher pensif et triste. L'humeur de Siegfrid et celle de Gunther étaient bien différentes. (Nibelunge-nôt, strophes 653, 654, 655, X, 1OO.)

[590-A] Nous reprenons ici la nomenclature des Thèmes.—C'est ici, en effet, qu'au bout de leur immense progression à travers les quatre drames, ils arrivent enfin à leur signification entière, à leur summum musical. Les idées qu'ils expriment sont alors complètes; venues des plus lointaines profondeurs du drame, elles déversent, en un suprême épanchement, tous les frissons qu'elles ont recueillis dans leur marche. Un examen attentif de la musique de ce troisième acte est indispensable à qui veut se faire une idée précise de la technique musicale observée par Wagner dans la Tétralogie. Ajoutons que, de toutes les partitions de Wagner, celle-ci donne de la technique musicale du Maître l'idée la plus complète.—Tristan est plus vivant (et les procédés mêmes de Wagner s'y sont trouvés absorbés dans l'emportement passionnel de cette œuvre inouïe), Parsifal, plus sublime, mais aucune de ces deux immortelles partitions ne donne de tels exemples de thèmes développés, repris à l'infini, et, après toutes ces palpitations accidentées comme la vie même, revenant réaliser, forts de toutes ces ferveurs d'immense pèlerinage, l'idéal qu'ils avaient pressenti dès leur naissance.

A cet instant suprême du but atteint, c'est en rapprochant ses thèmes d'une façon soudaine, imprévue, que Wagner a dégagé les significations les plus complètes. Ainsi, à la dernière page du Crépuscule-des-Dieux, deux thèmes, celui de la Nature et celui de la Rédemption par l'Amour, très espacés dans le courant de l'œuvre, se trouvent d'un coup avoisiner.—Et c'est alors comme une Révélation.—On voit quelle Révélation.

—Le Prélude du troisième acte suggère nettement ce qui va suivre.—(Partition, page 231.)—A ces sombres sons de trompe qui répondent inlassablement, funèbrement à la fanfare si connue du cor de Siegfried, on pressent déjà le meurtre du Héros. C'est la sombre trompe de Hagen noyant la fanfare de toutes les joies et de toutes les vaillances. A quoi bon tant de luttes? Il faudra bien en revenir à la paix primitive; et voici, doucement, l'antique mélodie du Rhin à chuchoter l'initiale ingénuité des choses. (Partition, page 232, en haut.) (L'Ur-melodie est ici en fa-majeur.) Elle se fait vraiment trop cruelle, la nostalgie de l'originelle sérénité!—Et la plainte des filles du Rhin s'élève[590-A-a].

[590-A-a] Elle se modifie ensuite, suivant deux nouveaux dessins. (Partition, pages 234 et seq.)

[592-1] Wagner s'est inspiré çà et là, dans cette scène, d'un passage analogue du Nibelunge-nôt:—Kriemhilt (Gutrune), devenue la femme du roi Etzel, et songeant à venger Siegfrid, invite Gunther à la venir voir. Vainement Hagene, l'homme de Gunther, cherche à le détourner d'accepter; comme il n'y a point réussi, il consent à devenir le guide de son maître et de ses compagnons. On arrive au bord du Danube, mais on ne trouve aucune barque pour le traverser. Hagene bat la contrée en tous sens afin de découvrir un moyen d'atteindre la rive opposée. «Tout à coup il entendit bruire les eaux; il se mit à écouter: c'étaient des femmes blanches qui faisaient ce bruit dans une source limpide. ... Hagene les aperçut; il se glissa invisible jusqu'auprès d'elles... Le héros prit leurs vêtements et ne leur fit aucun mal. L'une de ces femmes des eaux parla: «Noble chevalier Hagene, si vous nous rendez nos vêtements, nous vous ferons connaître comment se passera votre voyage...» Semblables à des oiseaux, elles planaient autour de lui sur les flots. Il lui parut que leurs sens étaient puissants et subtils. Il en fut d'autant plus disposé à croire ce qu'elles allaient lui dire.» (XXV, 229.) L'une, dans le but de ravoir leurs voiles, lui prédit de grands honneurs dans le pays d'Etzel. La ruse réussit, «Hagene se réjouit en son cœur de ce discours. Il leur donna leurs vêtements sans plus tarder.» (Id., 230.) (Pour la suite, voir les notes ci-dessous, p. 596.)

[594-1] Dans le Nibelunge-nôt, Siegfrid, la chasse finie, poursuit un ours (voir la note (2) de la page 411): «L'ours fuit. L'époux de Kriemhilt veut le dépasser, mais la bête se réfugie dans une clairière remplie d'arbres abattus; la poursuite y était impossible.» (XVI, 143).

[596-1] Voir la note (1) de la p. 592.—«Quand elles eurent revêtu leurs voiles merveilleux, elles exposèrent au vrai ce que devait être le voyage dans le pays d'Etzel...: «Hagene, fils d'Aldrian, je veux t'avertir. Pour ravoir ses vêtements, ma tante t'a menti. Si tu arrives chez les Hiunen, tu seras terriblement trompé. Il faut t'en retourner, il est encore temps. Votre destinée est telle, vaillants héros, qu'il vous faut mourir au pays d'Etzel. Ceux qui s'y rendront ont la mort sur leurs pas.» (Nibelunge-nôt, XXV, 230).

[596-2] Voir la note (1) de la p. 596.—«Mais Hagene répondit:—Vous trompez sans nécessité. Comment se pourrait-il que nous soyons tous tués par là l'inimitié d'une seule personne?» (Nibelunge-nôt, XXV, 230.)

[596-3] Voir ci-dessus la note (1) de la p. 396.—«L'une d'elles parla: «Il en doit être ainsi: nul d'entre vous n'en réchappera, nul, excepté le chapelain du roi. Nous le savons de science certaine.» (Nibelunge-nôt, XXV, 230.)

[597-1] «Sigurd: Quand je verrais la mort devant moi, je ne reculerais pas.» (Sigurdrifumàl).

[597-2] «Fafnir: Je le sais, si tu avais pu grandir sous la protection des tiens, tu aurais été intrépide dans les combats; mais maintenant tu n'es pas libre: tu es prisonnier de guerre.—Sigurd: ... Jamais je n'ai été ici ni captif ni prisonnier de guerre. Tu as bien senti que j'étais libre. Fafnir: Dans tout ce que je dis tu trouves des reproches. Mais je te prédis une chose: cet or au son retentissant, ce métal aux reflets rouges, ces anneaux te tueront. Sigurd: Chacun jusqu'à son dernier jour désire posséder des richesses. Mais tout homme doit enfin quitter la terre pour descendre vers Hel. Fafnir: Tu dédaignes les paroles des Nornes et ma prédiction, comme si elle manquait de sens. Si tu navigues dans la tempête, tu périras dans les flots. Tout est mortel pour ceux qui doivent mourir...» Etc. (Fafnismal.)

[598-1] «On sonna une seule fois très fortement de la trompe, afin qu'on sût au loin qu'on pouvait trouver le noble prince à la halte. Un des piqueurs de Siegfrid parla: «J'entends par le son de la trompe que nous devons nous rendre au campement. Je vais y répondre.» Et, de tous côtés, le son du cor rappelait les chasseurs.» (Nibelunge-nôt, XVI, 143.)

[598-2] «Les chasseurs ne restèrent pas longtemps ensemble.» (Nibelunge-nôt, XVI, 141).

[599-1] «La chasse tirait à sa fin... Ceux qui voulaient s'approcher du foyer y apportaient la peau de mainte bête et du gibier en abondance. Ah! que de vivres on prépara pour la compagnie. Le roi fit annoncer aux chasseurs de haute lignée qu'il allait prendre son repas... On pria les fiers compagnons de chasse de se rendre à table; sur une belle pelouse ils étaient assis très nombreux. Ah! quels mets de chevalier on servit à ces braves chasseurs.» (Nibelunge-nôt, XVI, 143 et 145.)

[599-2] «Tout ce que le chien faisait partir, était abattu par la main de Siegfrid le hardi, le héros de Niderlant. Son cheval courait si vite que rien ne lui échappait. Il reçut les éloges de chacun pour la manière dont il chassait.» (Nibelunge-nôt, XVI, 141 et 142) Suit l'énumération des victimes du héros: sangliers, aurochs, élan, etc, et même un lion (en Allemagne!) «Ces exploits de chasse furent connus de tous les Burgondes. Les piqueurs lui dirent: «Faites-nous cette grâce, seigneur Siegfried, épargnez une partie du gibier. Car sinon vous rendrez désertes la montagne et la forêt.»... Les Burgondes croyaient faire en sorte d'obtenir le prix de la chasse; mais cela ne fut point possible quand on vit arriver le fort Siegfrid auprès du feu du campement.» (Id., ibid., 142, 143.)

[600-1] Voir la note (2) de la p. 596.—«Tandis qu'il (Hagene) les conduisait sains et saufs sur les ondes, il pensa, la bonne épée, à l'étrange prédiction que lui avaient faite les femmes sauvages des eaux.» (Nibelunge-nôt, XXV, 235.) «Deux femmes des eaux m'ont annoncé ce matin de bonne heure que nous ne reviendrions pas de ce voyage.» (Id., XXVI, 237.)

[600-2] «J'ai soif!» Ce passage est de ceux que M. de Wolzogen signale comme précisant, dans la Tétralogie, le rôle libérateur, rédempteur,—de Siegfried. M. Ernst relève cette observation, et, craignant qu'on ne l'interprète mal, ajoute bien vite: «Au moins doit-on reconnaître que cette parole (J'ai soif!) est si naturellement présentée que l'idée d'une assimilation irrévérencieuse ne vient pas à l'esprit; il y faut voir plutôt un simple ressouvenir ou une très lointaine analogie... mais il faut observer que des réminiscences de ce genre sont assez fréquentes chez les poètes allemands, ce qui s'explique, en partie, par le caractère de l'éducation première» (protestante). C'est se donner bien du mal pour justifier Wagner d'une intention qu'il n'a pas eue. Je m'explique. Par la comparaison continuelle des sources, des principaux passages des sources, avec les phrases correspondantes du poème qui les synthétise, le lecteur a pu se faire, je pense, une idée nette de la manière dont ces sources, Wagner les utilisa: simplification dans la création, ou plutôt création nouvelle à force de simplification, ainsi pourrait-on justement caractériser sa méthode—sans doute intuitive, au reste. J'ai vingt fois répété comment tout un récit, tout un chant, assez souvent même presque toute une mythologie! sont évoqués par lui d'un seul vers, d'un seul mot. Or ce J'ai soif! ce Mich dürstet! est l'un de ces mots, ni plus ni moins. Il n'est besoin de se creuser l'esprit ni pour accuser ni pour justifier, ni pour parler d'un signe, voulu, du rôle rédempteur de Siegfried. Qu'on prenne le Nibelunge-nôt: L'heure suprême de Siegfrid est proche. Quand les chasseurs sont attablés, «les échansons, qui devaient apporter le vin, venaient lentement.» (XVI, 114.) Si lentement, que Siegfrid s'en irrite: longue, interminable est la scène; enfin «Hagene de Troneje dit: «Mon cher seigneur, je croyais que la chasse aurait lieu aujourd'hui dans le Spehtshart; c'est là que j'ai envoyé le vin... Je connais tout près d'ici une fraîche fontaine, et, afin que vous ne vous irritiez point, nous allons nous y rendre.» «La soif pressait Siegfrid le héros. Il commanda d'enlever aussitôt les tables, afin d'aller vers la montagne, à la recherche de la source. Hagene avait donné ce conseil dans une intention perfide.» (XVI, 145 et 146.) Version tout à fait similaire dans les Chants des Iles Féroë: «Ils chevauchent dans la forêt, joyeux et sans souci. Ils donnèrent à Sjurd des mets très salés et rien à boire. Eux, ils boivent à longs flots dans leur corne, tandis que celle de Sjurd est restée dans la salle de Juki... Sjurd est assis sur le dos de Grani, et il désire boire...» Etc, etc.

[601-1] Dans le Nibelunge-nôt, le piège est différent, mais semblable est l'intonation: «Hagene parla: «On m'a souvent dit que nul ne pouvait suivre, à la course, l'époux de Kriemhilt. Voudrait-il nous le faire voir?» (Nibelunge-nôt, XVI, 147.)

[602-1] Högni à Gunnar: «Je vois bien la route que tu suis. Brynhild te tourmente; tu ne peux la satisfaire.» (Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja.)

[603-A] A cet endroit du Récit de Siegfried, voici, de nouveau, mélancolique effluve de jeunesse, éphémère épanouissement d'idylle sur le fond sanglant du drame,—la symphonie des Murmures de la Forêt. (Partition, page 287.) Le radieux épisode refleurit comme une fleur rafraîchie. La phrase de l'oiseau épand encore ses perles[603-A-a]; la phrase de l'oiseau qui ramène ainsi la mélodie de Woglinde et tout le souvenir des félicités primitives.—Rappels incessants, poignants.

[603-A-a] Elle revient absolument identique, comme dans le texte.

[605-1] «Sigurd succomba du côté du sud, aux bords du Rhin. Du haut d'un arbre un corbeau s'écria: «Atli rougira le fer dans votre sang. Assassins, vous porterez la peine de la foi violée.» .... Le soir était venu.... Le chef des guerriers songe profondément à ce qu'ils se disaient entre eux, l'aigle et le corbeau...» (Brot af Brynhildarkvidhu.)

[606-1] Voir la note 1 de la p. 605.

[606-2] Comparer l'épisode du meurtre de Siegfried, dans la Tétralogie de Wagner et dans les sources, peut être assez intéressant. Brunhilde, conte la nouvelle Edda, «poussa Gunnar et Högni à tuer Sigurd. Mais, comme ils lui avaient juré amitié, ils chargèrent leur frère Gutthorm de porter le coup. Gutthorm transperça Sigurd de son épée, tandis qu'il était endormi.» Ce récit est conforme à l'Edda de Sœmund, qui, après maints détails d'une terrible beauté, ajoute: «Sans souci, Gudrun reposait sur sa couche à côté de Sigurd. Son réveil est sans joie; elle est baignée dans le sang.» (Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja.) Plusieurs autres chants font au crime des allusions mal concordantes. La conclusion en prose de l'un de ces chants déclare: «Ici le lied parle de la mort de Sigurd, et il semblerait qu'ils l'ont tué hors du Burg. D'autres disent qu'ils l'ont frappé tandis qu'il dormait dans son lit. Mais des hommes originaires d'Allemagne racontent qu'il a été tué dans la forêt. Il est dit, dans un ancien lied de Gudrun, que Sigurd et les fils de Giuki se rendaient au Thing (assemblée) quand ils l'assassinèrent. Mais tous s'accordent à affirmer qu'ils le trompèrent odieusement et qu'ils le tuèrent quand il était couché et sans défense.» (Brot af Brynhildarkvidhu.) Les Chants des Iles Féroë se rapprochent des traditions allemandes. Sjurd, ayant soif, «s'élance vers la source, joyeux et sans souci» et «se couche pour boire l'eau de la fontaine... Gunnar avait l'épée qui pouvait entamer le col de Sjurd. Högni le perça et Gunnar le frappa avec leurs épées d'assassins.»—Dans le Nibelunge-nôt, en lequel se résument les sources allemandes, Siegfrid, comme on l'a vu par telles notes antérieures, Siegfrid altéré voulant boire, Hagene, qui s'est offert à le mener vers une source, tout à coup l'invite à courir: qui arrivera le plus vite à la fontaine? Pari. Tout naturellement le vainqueur est Siegfrid. «Aussitôt il détache son épée, dépose ensuite son carquois et sa forte pique contre une branche» et place son bouclier au bord de l'eau, attendant la venue du roi, afin de le laisser boire le premier. Cette déférence lui vaut la mort. Gunther arrive et boit; Siegfrid ensuite s'incline vers le flot, pour en faire autant. A l'instant même Hagene s'élance, emporte et cache l'arc et l'épée, revient en hâte saisir la pique, cherche, sur le vêtement de Siegfrid, la petite croix qu'y a faite la trop confiante Kriemhilt à l'unique endroit vulnérable, y frappe le héros, et «si violemment que le sang du cœur jaillit de la blessure jusque sur les habits de Hagene.... Il laissa la pique fichée dans le cœur.» (Nibelunge-nôt, XVI, 148)—Voir aussi la note (3) de la p. 586.

[606-A] La malédiction d'Alberich éclate foudroyante. (Partition, page 296.)

[607-1] «Quand le fort Siegfrid sentit la profonde blessure, furieux il se releva de la source en bondissant. Le bois de la longue pique lui sortait du cœur.... Le héros blessé, ne trouvant point son épée, saisit son bouclier au bord de la fontaine et poursuivit Hagene.... Quoique blessé à mort, Siegfrid le frappa si rudement de son bouclier que les riches pierreries en jaillirent et qu'il se brisa en éclats. Ah! qu'il eût voulu se venger, le noble hôte! Soudain, par sa main, Hagene est abattu... S'il avait tenu son épée, Hagene était mort.» (Nibelunge-nôt, XVI, 148.)—Dans les sources scandinaves, «le héros se soulève sur sa couche pour se venger: il lance son épée vers le meurtrier au cœur de loup. L'arme terrible vole des mains puissantes du roi.... Le coup a fendu en deux l'ennemi qui s'affaisse. La tête et les mains sont jetées d'un côté, de l'autre, les jambes tombent sur le sol....» (Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja. Récits analogues dans l'Edda nouvelle, la Völsunga, etc.)

[608-1] «Le féroce Hagene répondit: «J'ignore ce que vous regrettez. Nos peines et nos soucis sont maintenant terminés. Désormais nous n'en trouverons plus guère qui oseront nous résister. Grâce à moi, nous sommes débarrassés du héros.» (Nibelunge-nôt, XVI, 149.)

[608-2] «Le roi des Burgondes lui-même déplorait sa mort.» (Nibelunge-nôt, XVI, 140.)

[608-3] «Tous les guerriers accoururent là où le blessé était couché. C'était un jour funeste pour beaucoup d'entre eux. Il était plaint par ceux qui avaient quelque loyauté. Il l'avait bien mérité, de la part de tous, ce héros magnanime!» (Nibelunge-nôt, XVI, 149.)

[608-4] Sur cette mort «solaire» de Siegfried, Cf. la note (4) de la p. 488.

[608-A] Hagen s'éloigne, lent.—Dans l'immense stupeur, sourdement, indiciblement, le motif de la Destinée! (Partition, page 297, au dessous de cette indication: Hagen se dirige d'un pas tranquille, etc.)—Ce motif reparaîtra bientôt, de même que les traits sourds qui l'accompagnent.

[608-B] Les Harmonies du Réveil de Brünnhilde reviennent à l'orchestre (partition page 267 en bas, et page 298). (Cf. partition de Siegfried, pages 296 et 297.—Voy. note de la page 500.). Voici, de nouveau, les solennels arpèges où semble se déployer tout l'éblouissement d'un beau ciel retrouvé; voici l'immense trille d'extase qui va se perdre dans les dernières profondeurs de l'Ether; et une fois encore le grand Thème héroïque de Siegfried répond magnifiquement.

[609-1] «Quand les chefs virent que le héros était mort, ils le mirent sur un bouclier d'or rouge.» (Nibelunge-nôt, XVI, 150.) «Ils prirent le corps de Sjurd, de ce brave guerrier, et le rapportèrent sur son bouclier.» (Chants des Iles Féroë.)

[609-A] Marche funèbre du Crépuscule-des-Dieux.

Un mot, avant de parler—bien timidement—de cette prodigieuse page. Pourquoi cet intitulé: Marche funèbre? Sans doute parce que le cortège de Siegfried assassiné s'éloigne aux sons de cette symphonie. Mais nullement, en dehors de cette particularité seulement scénique, nullement cette sublime page ne justifie ce titre, restrictif ici, de marche funèbre. Certes, une marche funèbre proprement dite, eût été déjà, placée ici par un Wagner, d'un formidable effet.—Mais cet effet même, qu'est-ce au regard du colossal ensemble symphonique, où tous les grands thèmes de la Tétralogie mêlent leurs sublimes, leurs indicibles voix.—Marche funèbre! Il s'agit bien de cela, quand nous nous trouvons en présence de quelque chose de plus vaste encore que le Chœur des Tragédies grecques!—La Tétralogie entière s'incline sur la mort de Siegfried.

Le Motif du Destin[609-A-a], que nous venons d'entendre, scande lentement sa morne interrogation, que prolongent deux traits sourds. Par deux fois, le funèbre pourquoi s'élève, et, à chaque coup, un thème navrant a répondu—le thème des Malheurs des Wälsungen (partition, page 301).—Trois notes formidables (fa, fa dièze et sol), en une puissante succession, amènent une énorme explosion que prolongent toujours ces éternels roulements sourds (partition, ibid., lignes 3 et 4), qui s'obstinent, gémissent lugubrement, enveloppent les autres motifs fugitivement apparus.—Mais voici que les harmonies s'éclairent comme d'une mélancolie moins amère;—«les blancheurs plaintives de la lune suivent maintenant le cortège[609-A-b]» (partition, page 302), et les thèmes continuent de réapparaître, ainsi que des ombres douces ou héroïques, émus, oppressant les cœurs d'ineffables souvenirs! Voici la compassion de Sieglinde pour Siegmund, leur amour, leurs souffrances. Mais qu'importe! d'eux est né le Héros rédempteur: et, dans un élargissement formidable, le Thème de l'Epée se lève, gigantesque, secouant ses splendeurs, et, peu à peu, s'éloigne, là-bas,—avec le Héros terrassé—, répercutant pour la dernière fois aux échos du monde ses héroïques sonorités. (Partition, pages 302, en bas, et 303.)

A deux reprises se dessine le thème si expressif de «Brünnhilde réveillée»; l'oreille, frappée de troubles accords, croit reconnaître en même temps, le «herrscherruf d'Alberich», l'harmonie des «Corbeaux de Wotan», la vague plainte des Filles du Rhin et un rappel du thème de l'Anneau; de ces évocations obscures se dégage le motif de la Malédiction, puis, comme assourdie, la seconde fanfare de Siegfried.

[609-A-a] Se rappeler aussi la scène IV de l'acte II de la Walkyrie, Cf. Partition de la Walküre, pages 150, 151.—Voy. la note de la page 361.

[609-A-b] M. Catulle Mendès: RICHARD WAGNER.

[610-1] Dans le Nibelunge-nôt, avant la chasse fatale, Kriemhilt cherche à retenir Siegfrid: «Laisse là cette chasse. J'ai rêvé cette nuit d'un malheur, comme si deux sangliers sauvages te poursuivaient sur les bruyères; et les fleurs en devenaient rouges.... Je crains fortement des machinations ennemies... J'ai rêvé cette nuit d'un malheur, comme si deux montagnes tombaient sur toi, et jamais je ne devais te revoir!» (XVI, 140.)

[611-1] «Grani, le cheval gris, porte la tête basse sur le corps du roi son maître.» (Brot af Brynhildarkvidhu.)

[611-2] «Et Brynhild... se mit à rire cette fois encore de toute son âme, quand les cris perçants de la fille de Giuki pénétrèrent jusque dans sa chambre. Gunnar, le maître des faucons, parla: «O femme avide de sang, ne ris pas ainsi joyeusement dans notre salle, comme si le meurtre te causait de la joie!» (Sigurdarkvidha Fáfnisbana Thridja.) «Et Brynhild se prit à rire, cette fois de tout son cœur; le Burg en retentit: «Puissiez-vous régner longtemps sur les terres et sur les hommes, maintenant que vous avez tué le plus vaillant des rois!» Gudrun, la fille de Giuki, parla: «Tu te réjouis d'une manière odieuse du crime commis.» (Brot af Brynhildarkvidhu.)

[611-3] Voy. les notes 2 de la p. 616, 1 et 4 de la p. 617.

[612-1] «Jamais chasse plus funeste ne fut faite par des guerriers. Car le gibier qu'ils avaient abattu fut pleuré par mainte noble femme....» (Nibelunge-nôt, XVII, 151.)

[612-2] «Kriemhilt la très belle éveilla ses femmes, elle ordonna qu'on lui apportât ses vêtements et de la lumière. Survint alors un camérier, qui aperçut Siegfrid couché à terre... Il porta dans la chambre le flambeau qu'il tenait à la main. A sa lueur, dame Kriemhilt allait reconnaître l'affreuse vérité.» (Nibelunge-nôt, XVII, 152.)

[612-3] Hagene de Troneje répondit: «Je le ramènerai moi-même au palais. Il m'est bien égal qu'elle apprenne la vérité, celle qui a affligé le cœur de Brunhilt. Je m'inquiète peu de ce qu'elle fera lorsqu'elle sera dans les larmes.» (Nibelunge-nôt, XVII, 151.)

[612-4] Gudrun, la fille de Giuki, était dehors, et voici la première parole qu'elle dit: «Où donc est maintenant Sigurd, le chef victorieux? D'où vient que les princes chevauchent en avant? Högni seul répondit: «Nous avons tué Sigurd avec l'épée.» (Brot af Brynhildarkvidhu.)

[613-1] «Elle s'affaissa à terre et ne dit pas un mot. On voyait là, étendue, la belle infortunée.» (Nibelunge-nôt, XVII, 152.) «Et il advint que Gudrun désirait mourir, tandis que, pleine de soucis, elle était assise, penchée sur le corps de Sigurd. Elle ne gémissait pas, elle ne frappait point ses mains l'une contre l'autre, elle ne pleurait pas comme font les femmes.... Un instant seulement, Gudrun leva les yeux: elle vit la chevelure du chef raidie par le sang, les yeux brillants du roi sans regard, et son cœur, le siège du courage, transpercé. La reine tomba en arrière sur les coussins du siège. Ses cheveux se dénouèrent, ses joues rougirent, et un torrent de larmes inonda ses joues.» (Gudrunarkvidha fyrsta.)

[613-2] «Vous allez entendre le récit d'une bien grande audace et d'une effroyable vengeance. Hagene fit porter le cadavre de Siegfrid..... devant la chambre où se trouvait Kriemhilt. Il le fit déposer secrètement devant la porte, afin qu'elle l'y trouvât, au moment où elle sortirait, avant qu'il fit jour, pour aller à matines.» (Nibelunge-nôt, XVII, 151.)

[613-3] «Le roi dit «Chère sœur, hélas! quelle souffrance est la tienne! Que n'avons-nous pu échapper à ce grand malheur! Nous déplorerons toujours la mort de Siegfrid.» (Nibelunge-nôt, XVII, 156 et 157.)

[614-1] Voy. d'abord la précédente note: «Nous déplorerons toujours la mort de Siegfrid», affirme Gunther.—«Vous le faites sans motif, dit la femme désolée; si vous aviez dû en avoir du regret, cela ne serait pas arrivé. Ah! vous n'avez point pensé à moi, je puis bien le dire, puisque me voilà séparée à jamais de mon époux chéri.» (Nibelunge-nôt, XVII, 157.)