[303] Ce tableau fut peint a l'origine pour le comte de Geloës.

[304] Alexandre Colin, peintre d'histoire, élève de Girodet-Trioson, né en 1798, mort en 1875. Le portrait de Delacroix qui figure en tête de ce volume fut exécuté par Alexandre Colin vers 1827 ou 1830.

[305] Bornot, cousin de Delacroix, qui, à la mort de M. Bataille, devint propriétaire de l'abbaye de Valmont, aux environs de Fécamp. Delacroix y fit de nombreuses études et notamment de délicieuses aquarelles; il y a même reconstitué des vitraux anciens de sa composition, en rapprochant des débris trouvés en décombres.

[306] Voir Catalogue Robaut, n° 920 et 921.

[307] La Sibylle au rameau d'or fut envoyée par Delacroix au Salon de 1845. «Cette Sibylle avait les yeux ardents, la bouche hautaine, le geste noble, la souple allure de mademoiselle Rachel, que Delacroix admirait passionnément.» (Voir Catalogue Robaut, n° 918.)

[308] Les Puritains d'Écosse, opéra de Bellini, représenté au théâtre Italien en 1835. Ce fut le dernier ouvrage de Bellini.

[309] La Revue des Deux Mondes.

[310] M. Roché habitait à Bordeaux.

[311] Georges Onslow, compositeur français, né en 1784, mort en 1852, auteur de symphonies et de musique de chambre.

[312] M. Delessert était alors préfet de police.

[313] L'auteur de la Vestale était né en 1779. Sa santé était en 1847 déjà fort ébranlée. Il mourut le 24 janvier 1851.

[314] Colet, compositeur, professeur au Conservatoire.

[315] L'opinion de Delacroix sur Decamps paraît avoir varié. En 1862, il écrivait à M. Moreau: «Depuis que j'ai eu le plaisir de vous voir, la figure de Decamps a grandi dans mon estime. Après l'exposition des ouvrages en partie ébauchés qui ont formé sa dernière vente, j'ai été véritablement enthousiasmé par plusieurs de ces compositions.»

[316] Le baron Larrey, agrégé de l'École de médecine de Paris, était alors chirurgien en chef de l'hôpital du Gros-Caillou.

[317] Sans doute Charles-Louis-Jules David, helléniste et administrateur, fils du célèbre peintre Louis David.

[318] La coupole d'Orphée, à la Chambre des députés.

[319] Delacroix avait pour le génie de Chopin une admiration enthousiaste. Chaque fois que le nom du musicien revient dans le Journal, c'est toujours avec les épithètes les plus louangeuses. Il le fréquentait assidûment, et l'un de ses plus grands plaisirs était de l'entendre exécuter soit ses propres œuvres, soit la musique de Beethoven. Dans le livre si brillant et si curieux comme style qu'il consacra à la mémoire du célèbre artiste, après avoir décrit l'assemblée composée de H. Heine, Meyerbeer, Ad. Nourrit, Hiller, Nimceviez, G. Sand, Liszt s'exprime ainsi sur Delacroix: «Eugène Delacroix restait silencieux et absorbé devant les apparitions qui remplissaient l'air, et dont nous croyions entendre les frôlements. Se demandait-il quelle palette, quels pinceaux, quelle toile il aurait à prendre pour leur donner la vie de son art? Se demandait-il si c'est une toile filée par Arachné, un pinceau fait des cils d'une fée, et une palette couverte des vapeurs de l'arc-en-ciel qu'il lui faudrait découvrir?» La mort prématurée de Chopin causa à Delacroix une tristesse profonde, dont on trouve la trace dans sa Correspondance et dans son Journal.

[320] Gaspard-Jean Lacroix, peintre de paysage, élève de Corot, né à Turin en 1810.

[321] Mlle Mars mourut en effet le 20 mars 1847.

[322] Charles Lefebvre, peintre, élève de Gros et d'Abel de Pujol.

[323] Amateur belge.

[324] Othello, toile de 0m,50 X 0m,60, qui parut au Salon de 1849.—Vente M. J..., 1852: 510 francs; 1858: 730 francs.—Vente Arosa, 1858: 1,300 francs.—Vente Marmontel, 1868: 12,000 francs. (Voir Catalogue Robaut, n° 1079.)

[325] Armand Bertin, directeur du Journal des Débats depuis 1841, date de la mort de son père.

[326] M. Barbier était le beau-père de Frédéric Villot, qui fut, nous l'avons déjà dit, un des amis les plus intimes de Delacroix.

[327] Voir Catalogue Robaut, n° 1077.

[328] Il matrimonio segreto, opéra bouffe en deux actes, de Cimarosa.—Nabuchodonosor, ou, par abréviation, Nabucho, opéra de Verdi.—Othello, opéra de Rossini.


1er avril.—A onze heures, avec Mme Sand et Chopin au Luxembourg. Nous avons vu ensemble la galerie, après avoir vu la coupole. Ils m'ont ramené, et je suis rentré chez moi vers trois heures. Revenu dîner avec eux. Le soir, elle allait chez Clésinger; elle m'a proposé d'y aller, mais j'étais très fatigué, et suis rentré.

*

2 avril.—Au Conservatoire le soir avec Mme de Forget. Symphonie de Mendelssohn qui m'a excessivement ennuyé, sauf un presto.—Un des beaux morceaux de Cherubini, de la Messe de Louis XVI.—Fini par une symphonie de Mozart, qui m'a ravi.

La fatigue et la chaleur étaient excessives; et il est arrivé ce que je n'ai jamais éprouvé là, que non seulement ce dernier morceau m'a paru ravissant de tous points, mais il me semblait que ma fatigue fût suspendue en l'écoutant. Cette perfection, ce complet, ces nuances légères, tout cela doit bien dissiper les musiciens qui ont de l'âme et du goût.

Elle m'a ramené dans sa voiture.

*

3 avril.—Je suis sorti de bonne heure pour aller voir Gautier [329]. Je l'ai beaucoup remercié de son article splendide fait avant-hier, et qui m'a fait grand plaisir; Wey[330] y était.

Il m'a donné l'idée (Gautier) de faire une exposition particulière de tous ceux de mes tableaux que je pourrais réunir.... Il pense que je peux faire cela, sans sentir le charlatan, et que cela rapporterait de l'argent.

—Chez M. de Morny. J'ai vu là un luxe comme je ne l'avais vu encore nulle part. Ses tableaux y font beaucoup mieux. Il a un Watteau magnifique; j'ai été frappé de l'admirable artifice de cette peinture. La Flandre et Venise y sont réunies, mais la vue de quelques Ruysdaël, surtout un effet de neige et une marine toute simple où on ne voit presque que la mer par un temps triste, avec une ou deux barques, m'ont paru le comble de l'art, parce qu'il y est caché tout à fait. Cette simplicité étonnante atténue l'effet du Watteau et du Rubens; ils sont trop artistes. Avoir sous les yeux de semblables peintures dans sa chambre, serait la jouissance la plus douce.

Chez Mornay.

—Chez Mme Delessert, par le quai, où j'ai acheté le Lion de Denon [331], ne l'ayant point trouvé chez Maindron[332]. J'ai été reçu en son absence par sa vieille mère, qui m'a montré son groupe. Ce petit jardin a quelque chose d'agréable; il est peuplé des infortunées statues dont le malheureux artiste ne sait que faire. Atelier froid et humide; cet entassement de plâtres, de moules, etc.

Il est revenu et a été sensible à ma visite; son groupe en marbre qu'il a chez lui, depuis quelques années, sans le vendre; le bloc seul a coûté 3,000 francs.

—Le soir chez Mme Sand. Arago[333] m'a parlé du projet qu'il retourne avec Dupré, pour vendre avantageusement nos peintures et nous passer des marchands.

*

4 avril.—Donné à Lenoble 1,000 francs pour acheter des chemins de fer de Lyon, plus 2,000 francs pour mettre chez Laffitte.

—M. Dufays, 150 francs, qu'il me demande pour deux mois.

—Demander à Lenoble où en sont les actions sur Lyon qu'il m'a achetées il y a quelques mois.

—M. Dufays, le matin; Arnoux ensuite, qui a paru très froid en sa présence, malgré la coquetterie de l'autre.

—Journée nulle, et le même malaise.

—Le soir, avec Mme de Forget, au Conservatoire: La Symphonie pastorale—Agnus de Mozart—Ouverture entortillée de Léonore par Beethoven[334], et Credo du Sacre de Cherubini, bruyant et peu touchant.

—Pierret venu après dîner. J'ai été fâché de le renvoyer pour m'habiller. Quand je le trouve un peu moins désagréable, je me fonds et le crois redevenu comme autrefois. Il est réconcilié avec le Christ de la rue Saint-Louis et il l'admire en entier.

*

5 avril.—Chez Mme de Rubempré[335] le soir; et puis chez Mme Sand, qui part demain; j'ai un rhume de cerveau, pris hier, qui m'anéantit.

*

6 avril.—Je voulais aller chez Asseline; mon rhume me retient. Dans la journée, mis sur un panneau et ébauché en grisaille Saint Sébastien à terre et les Saintes femmes[336].

*

7 avril.—Travaillé quelque peu à l'esquisse des Bergers chaldéens, que j'achève un peu d'après le pastel[337], qui m'avait servi. J'ai été forcé de l'interrompre.

Dîné chez Pierret; Soulier y était. Villot y est venu. Rentré fatigué.

*

23 avril.—Sorti un peu vers midi et demi, pour aller chez M. Thiers; mais le froid et la fatigue m'ont fait rentrer.

—Le soir, Villot est venu me tenir compagnie. Il me dit que le Titien, à la fin de sa vie, disait qu'il commençait à apprendre le métier.

Il y a dans les châteaux de l'État de Venise beaucoup de fresques de Paul Véronèse.

Le Tintoret travaillait extrêmement à dessiner en dehors de ses tableaux; il a copié des centaines de fois certaines têtes de Vitellius, dessins de Michel-Ange.

*

24 avril.—Scheffer venu le matin.

—En parcourant dans la journée le livre des Emblèmes de Bocchi[338], je retrouve encore une foule de choses ravissantes d'élégance à étudier. J'essaye avant dîner, mais la fatigue me prend; je ne suis pas encore remis.

*

25 avril.—Lassalle venu ce matin: il me prévient peu en faveur d'Arnoux.

Riesener venu, et Boissard; puis Mme Beaufils, qui m'a fort fatigué avec son insistance pour me faire promettre d'aller chez elle cet automne.

Riesener dit une chose très juste, à propos de l'enthousiasme exagéré que peuvent inspirer les peintures de Michel-Ange. Je lui parlais de ce que m'avait dit Corot, de la supériorité prodigieuse de ces ouvrages; Riesener dit très bien que le gigantesque, l'enflure, et même la monotonie que comportent de tels objets, écrasent nécessairement ce qu'on peut mettre à côté. L'Antique mis à côté des idoles indiennes ou byzantines se rétrécit et semble terre à terre...; à plus forte raison, des peintures comme celles de Lesueur et même de Paul Véronèse. Il a raison de prétendre que cela ne doit pas déconcerter, et que chaque chose est bien à sa place.

—Dans la journée, chez Mme Delessert. Elle était au lit; j'ai eu beaucoup de plaisir à la revoir, malgré son indisposition, qui, je le crois, n'est pas dangereuse.

Revenu sans trouver de fiacre, et forcé de prendre l'omnibus.

—Rendu ce même jour à Villot et à lui renvoyé par la femme de ménage un cadre contenant des pastels, costumes vénitiens; une petite toile, idem, peinte à l'huile; une feuille de croquis, aquarelle de la salle du Palais ducal, et une esquisse sur carton, d'après un tableau de Rubens qui est à Nantes.

*

26 avril.—Reçu une lettre de V..., qui m'a fait plaisir et montré, par cette prévenance, qu'il était sous l'empire du même sentiment que moi.

—Vers une heure, chez Villot, à son atelier, et bonne après-midi; je suis revenu assez gaillardement.

—Le soir, Pierret est venu passer une partie de la soirée. En somme, bonne journée.

Il me parle de sa soirée chez Champmartin, où Dumas a démontré la faiblesse de Racine, la nullité de Boileau, le manque absolu de mélancolie chez les écrivains du prétendu grand siècle. J'en ai entrepris l'apologie.

Dumas ne tarit pas sur cette place publique banale, sur ce vestibule de palais, où tout se passe chez nos tragiques et dans Molière. Ils veulent de l'art sans convention préalable. Ces prétendues invraisemblances ne choquaient personne; mais ce qui choque horriblement, c'est, dans leurs ouvrages, ce mélange d'un vrai à outrance que les arts repoussent, avec les sentiments, les caractères ou les situations les plus fausses et les plus outrées... Pourquoi ne trouvent-ils pas qu'une gravure ou qu'un dessin ne représente rien, parce qu'il y manque la couleur?.... S'ils avaient été sculpteurs, ils auraient peint les statues et les auraient fait marcher par des ressorts, et ils se seraient crus beaucoup plus près de la vérité.

*

27 avril.—Barroilhet[339] venu: il a envie du Lion et l'Homme, justement parce que je ne peux le lui donner. Il voudrait quelque chose dans ce genre; je l'ai accompagné jusque chez lui, en allant vers midi chez J.... J'y ai fait un petit second déjeuner, et ai été ramené vers deux heures.

Revu une dernière fois le portrait de Joséphine de Prud'hon[340]. Ravissant, ravissant génie! Cette poitrine avec ses incorrections, ces bras, cette tête, cette robe parsemée de petits points d'or, tout cela est divin. La grisaille est très apparente et reparaît presque partout.

—Carrier[341] était venu ce matin; il m'a beaucoup parlé de Prud'hon. Il préférait beaucoup Gros à David.—Reçu une lettre de Grzimala[342] le soir, qui me demande la Barque.

*

28 avril.—Malaise le matin.

Sorti vers une heure pour voir M. Thiers; il était sorti, ou ne recevait pas.

Vers trois heures, Grzimala et son comte polonais; ensuite M. de Geloës[343], qui venait me demander le Christ ou le Bateau. Entré dans mon atelier, il me demande le Christ au tombeau[344], et nous convenons de 2,000 francs, sans la bordure.

*

29 avril.—Prêté à Vieillard la Révolution de Michelet; il m'a rendu la Mare au diable.

Hédouin et Leleux venus ce matin; ils vont en Afrique.

Mornay et Vieillard dans la journée; ils se sont encore rencontrés.

*

30 avril.—J'essaye de travailler et j'éprouve toujours cette irritation intérieure; il faut de la patience.

Vers trois heures j'ai été chez Mme Delessert: je l'ai trouvée changée. Je suis parti avec elle: elle m'a déposé chez Souty[345], où j'ai été voir le tableau de Susanne, attribué à Rubens. C'est un Jordaens des plus caractérisés et un magnifique tableau.

On voit là quelques tableaux modernes, qui font une triste figure à côté du flamand. Ce qui attriste dans toutes ces malheureuses toiles, c'est l'absence absolue de caractère; on voit dans chacun celui qu'ils ont voulu se donner, mais rien ne porte un cachet; il faut en excepter l'Alée d'arbres, de Rousseau, qui est une œuvre excellente dans beaucoup de parties; le bas est parfait; le haut est d'une obscurité qui doit tenir à quelques changements; le tableau tombe par écailles.—Il y a un tableau de Cottreau[346], déplorable: la tête d'un certain sultan qui rit est l'ouvrage du plus sot des hommes, et il s'en faut bien que l'auteur soit cela. Pourquoi a-t-il choisi une profession dans laquelle son esprit lui est inutile?

Le Jordaëns est un chef-d'œuvre d'imitation, mais d'imitation large et bien entendue, comme peinture. Voici un homme qui fait bien ce qu'il est propre à faire!... Que les organisations sont diverses! Cette absence complète d'idéal choque malgré la perfection de la peinture: la tête de cette femme est d'une vulgarité de traits et d'expression qui passe toute idée. Comment ne s'est-il pas senti le besoin de rendre le côté poétique de ce sujet, autrement qu'avec les admirables oppositions de couleur qui en font le chef-d'œuvre?... La brutalité de ces vieillards, le chaste effroi de la femme honnête, ses formes délicates, qu'il semble que l'œil lui-même ne dût point voir, tout cela eût été chez Prud'hon, chez Lesueur, chez Raphaël; ici elle a l'air d'intelligence avec eux et il n'y a d'animé chez eux que l'admirable couleur de leurs têtes, de leurs mains, de leurs draperies. Cette peinture est la plus grande preuve possible de l'impossibilité de réunir d'une manière supérieure la vérité du dessin et de la couleur à la grandeur, à la poésie, au charme. J'ai d'abord été renversé par la force et la science de cette peinture, et j'ai vu qu'il m'était également impossible de peindre aussi vigoureusement et d'imaginer aussi pauvrement; j'ai besoin de la couleur, j'en ai un besoin égal, mais elle a pour moi un autre but; je me suis donc réconcilié avec moi-même, après avoir reçu d'abord l'impression d'une admirable qualité qui m'est refusée; ce rendu, cette précision sont à mille lieues de moi, ou plutôt j'en suis à mille lieues; cette peinture ne m'a pas saisi, comme beaucoup de belles peintures. Un Rubens m'eût ému davantage; mais quelle différence entre ces deux hommes! Rubens, à travers ses couleurs crues et ses grosses formes, arrive à un idéal des plus puissants. La force, la véhémence, l'éclat le dispensent de la grâce et du charme.


[329] L'article auquel Delacroix fait allusion parut dans la Presse du 1er avril 1847. Théophile Gautier s'y exprimait ainsi: «Quelle variété, quel talent toujours original et renouvelé sans cesse; comme il est bien, sans tomber dans le détail des circonstances, l'expression et le résumé de son temps! Comme toutes les passions, tous les rêves, toutes les fièvres qui ont agité ce siècle ont traversé sa tête et fait battre son cœur! Personne n'a fait de la peinture plus véritablement moderne qu'Eugène Delacroix... C'est là un artiste dans la force du mot! Il est l'égal des plus grands de ce temps-ci, et pourrait les combattre chacun dans sa spécialité.»

Théophile Gautier avait toujours été le fidèle et l'ardent défenseur du génie de Delacroix. Il l'avait soutenu alors que tous ou presque tous l'attaquaient. Peut-être le peintre ne sut-il pas assez de gré au critique de ce que celui-ci avait fait pour lui; plus tard ses relations avec Gautier se refroidiront; il lui reprochera de n'être pas assez «philosophe» dans sa critique et de faire des tableaux lui-même, à propos des tableaux dont il parle. Si nous en croyons les personnes dignes de foi qui les ont connus tous deux et les ont observés dans leurs rapports, il faudrait attribuer ce refroidissement à l'horreur que Delacroix professait pour le genre bohème et débraillé, dont Théophile Gautier avait été l'un des plus illustres champions.

[330] Francis-Alphonse Wey, littérateur français, né en 1812. Comme écrivain et comme philologue, il occupa une place importante parmi les littérateurs de cette époque.

[331] Baron Denon, (1747-1825), graveur, fut directeur général des musées impériaux et membre de l'Institut.

[332] Hippolyte Maindron, sculpteur, né en 1801, élève de David d'Angers. Il appartient au petit groupe des sculpteurs romantiques dont les représentants les plus connus sont Barye, Préault, Antonin Moyne.

[333] Alfred Arago, artiste peintre, second fils de François Arago, né en 1816. Il devint inspecteur général des Beaux-Arts.

[334] Léonore, opéra en trois actes, de Beethoven, qui, réduit en deux actes, prit le titre définitif de Fidelio.

[335] Il s'agit ici sans doute de cette Mme Alberte de Rubempré, qui fut une des femmes les plus brillantes des salons de la Restauration, que Stendhal désigne sous le nom de Mme Azur dans ses Souvenirs d'égotisme, qu'il aima, dit-il, «d'un amour frénétique», et au sujet de laquelle il écrivait, ce qui n'était pas un médiocre éloge sous sa plume: «C'est une des Françaises les moins poupées que j'aie rencontrées.» (Stendhal, Souvenirs d'égotisme, p. 14, 15.)

[336] Voir Catalogue Robaut, n° 1353.

[337] Voir Catalogue Robaut, n°s 880 et 881.

[338] Le livre des Emblèmes (Symbolicæ questiones, Bononiæ, 1555), par Achille Bocchi, littérateur italien, né en 1488, mort en 1562, à Bologne.

[339] Barroilhet, le célèbre chanteur, qui remporta tant de succès sur les scènes italiennes et à l'Opéra, était un amateur de tableaux modernes; on l'a vu réunir et vendre à plusieurs reprises des collections importantes. Delacroix a peint une étude d'après cet artiste en costume turc, tout en rouge et en pied. (Voir Catalogue Robaut, n° 173.)

[340] Portrait de Joséphine assise sur le gazon du parterre de la Malmaison.

[341] Carrier, peintre miniaturiste (1800-1875), l'un des exécuteurs testamentaires de Delacroix.

[342] Le comte Grzimala était un amateur distingué, très épris du talent de Delacroix. Il se rendit acquéreur de plusieurs de ses œuvres.

[343] Le comte de Geloës se rendit en effet acquéreur du beau tableau Le Christ au tombeau, qui porte la date de 1848.

[344] Voir Catalogue Robaut, n° 1034.

[345] Souty, marchand de couleurs, de toiles et de cadres.

[346] Cottreau ou Cottereau, favori de la petite cour d'Arenenberg, était un peintre de second ordre; mais le prince président le nomma inspecteur général des Beaux-Arts, poste qu'il remplit jusqu'à sa mort. Il eut pour successeur Alfred Arago.


1er mai.—Été chez J... vers midi; nous avons été promener au bois de Boulogne, après avoir passé une matinée charmante.

*

2 mai.—Je ne me sens pas encore en train de travailler.

—Martin[347], ancien élève, sot parfait, revient d'Italie, tout bouffi de ce qu'il a vu, et encore plus sot à raison de cela.

—Journée insipide sans travail, et nullité complète.

—Après dîner, chez Pierret par le temps le plus froid; revenu assez tard et à pied, ce en quoi j'ai eu tort, car je me suis fatigué.

—Planet était venu le matin; je lui ai promis une étude pour la mansarde qu'il fait maintenant.

—Mme Marliani venue dans la journée; elle est toujours au même point avec son mari. Elle me parle de Glésinger comme d'un prétendant pour Solange[348]; cette idée ne m'était pas venue.

*

3 mai.—Resté au lit jusqu'à onze heures. Grenier est venu pour m'acheter le Naufrage: c'est trop tard. Il voulait l'emporter dans sa retraite, à la campagne, pour en jouir.

Dufays ensuite; j'ai tort de dire si librement mon avis avec des gens qui ne sont pas mes amis.

Le docteur Laugier[349] ensuite. Je lui ai parlé varicocèle; il est d'avis d'un bandage particulier. Je vois que tous mes petits maux sont, suivant lui, objets inhérents à ma constitution, et avec lesquels il faut vivre.

Femme nue et debout: la Mort s'apprête à la saisir.

Femme qui se peigne[350]; la Mort apprête son râteau.

Adam et Ève: les Maux et la Mort en perspective, au moment où ils vont manger le fruit, ou plutôt groupés sur les branches fatales et sur le point de fondre sur l'humanité.

—Chez Jacquet[351]: le petit Faune, un pied environ. La Vénus grecque, trois pieds. Bas-relief: Combat d'Hercule et d'Apollon. Minerve au serpent, bas-relief.

—Sorti dans la journée; passé voir un dessin de Lacroix[352] chez Aubry[353]. Revenu chez moi par le boulevard.

—Le soir, sorti pour aller chez Leblond; il sortait. Fatigué de ces deux courses.

*

4 mai.—Malaise dans le milieu de la journée, qui ressemble à de la fièvre. Je crois qu'elle revient un peu à l'heure qu'elle venait dans le commencement. Je me suis endormi vers deux ou trois heures, et l'état fiévreux était complètement passé.

Aubry était venu le matin. Ce que j'ai vu hier chez lui est fort triste pour l'avenir de notre école. Le Boucher et le Vanloo sont les grands hommes sur lesquels elle a les yeux, pour suivre leurs traces; mais il y avait chez ces hommes un véritable savoir mêlé à leur mauvais goût. Une niaise adresse de la main est le but suprême.

—Il est venu me chercher à cinq heures et demie, et j'y ai dîné: bonne et douce soirée.

—Je vois dans la presse l'annonce du mariage de Solange; cette précipitation est incroyable!

*

5 mai.—Resté au lit jusqu'à dix heures et demie. Villot m'a trouvé au lit; j'ai eu du plaisir à le voir.

Nous avons parlé des horribles ennuis de la vie. Chacun fait bonne contenance, mais chacun est dévoré... Il rencontre l'autre jour Colet, qui se montre joyeux de le voir et de causer avec lui, mais il le quitte bientôt et lui dit avec accablement: «Je rentre chez moi... Et pourquoi, et comment cela se peut-il autrement?»

De là nous passons à la nécessité de s'occuper pour échapper passagèrement au sentiment de nos maux. Il a remarqué que les vieillards n'éprouvent pas autant ce besoin. Il me cite M. Barbier, père de sa femme, et M. Robelleau. Ces deux hommes lisent très peu. Ils vivent avec leurs souvenirs, et l'ennui ne les gagne pas. Il me rappelle que Bataille[354], qui était désœuvré comme eux, en apparence, ne se plaignait jamais du poids du temps.

—Le soir, entré à Notre-Dame de Lorette. Entendu de la musique.

Ensuite chez Leblond; Garcia y était. Il m'a chanté un superbe air de Cimarosa, du Sacrifice d'Abraham. Mme Leblond m'a chanté quelque chose et m'a fait plaisir.

Je n'ai dans la tête qu'accords de Cimarosa. Quel génie varié, souple et élégant! Décidément, il est plus dramatique que Mozart.

*

6 mai.—Chez Villot vers une heure et resté à son atelier jusqu'à cinq heures et demie.

Vu de l'anatomie; il y a à faire avec ses fragments de Chaudet[355] et son ouvrage gravé de l'anatomie de Gamelin[356], peintre de Toulouse en 1779. J'ai même ébauché un Père du désert couché, auquel un corbeau apporte du pain.

J'ai trouvé du plaisir dans ces heures passées avec lui. Peu ou prou d'amitié est une bonne chose.

—Sujets: La Mort planant sur un champ de bataille: des squelettes.

La Mort dans sa caverne, qui entend la trompette du jugement dernier.

*

7 mai.—Reçu une lettre de Mme Sand... La pauvre amie m'écrit la lettre la plus aimable, et son cœur a du chagrin.

—J'ai été voir la figure de Clésinger. Hélas! je crois que Planche a raison: c'est du daguerréotype en sculpture, sauf une exécution vraiment très habile du marbre. Ce qui le prouve, c'est la faiblesse de ses autres morceaux: nulle proportion, etc. Le défaut d'intelligence comme lignes, dans sa figure; on ne la voit entière de nulle part.

—J'ai vu le Salon très agréablement, sans rencontrer qui que ce soit. Le tableau de Couture m'a fait plaisir[357]; c'est un homme très complet dans son genre. Ce qui lui manque, je crois qu'il ne l'acquerra jamais; en revanche, il est bien maître de ce qu'il sait. Son portrait de femme m'a plu.

J'ai vu mes tableaux sans trop de déplaisir, surtout les Musiciens juifs et le Bateau.[358] Le Christ[359] ne m'a pas trop déplu.

Resté le soir, fatigué, mais point souffrant du tout.

*

8 mai.—Dîné chez Mme de Forget.—Repris le Christ au tombeau dans la journée.

*

9 mai.—Chez Mme Marliani le soir. Elle m'apprend la maladie de Chopin. Le pauvre enfant est malade depuis huit jours, et très gravement. Il va un peu mieux à présent.

D'Arpentigny a recommencé ses antiennes sur Clésinger. Nous sommes revenus côte à côte une partie du chemin.

*

10 mai.—Été le matin chez Chopin, sans être reçu.

Travaillé dans la soirée au Christ et à la figure du devant.

*

11 mai.—Lessore[360] venu le matin.—Chez Chopin vers onze heures.

Retrouvé chez moi R... avec ses portefeuilles que j'ai vus avec plaisir, mais avec encore plus de fatigue. Mornay y assistait aussi. Il me demande de lui faire un petit tableau au sujet de la scène qui suit la bataille de Coutras: Henri IV dans sa maison, etc.

—Dîné avec J... Elle m'a conduit vers neuf heures chez Chopin; j'y suis resté jusqu'à minuit passé; Mlle de R... y était, et son ami Herbaut.

*

12 mai.—Vu M. Boileux[361], de Blois. Est venu me demander avec empressement mes Juifs du Salon pour un amateur de son pays; c'est un peu tard.

J'avais mille choses à faire avant mon départ pour Champrosay: le mauvais temps, la paresse me font remettre.

Vers trois heures, je réponds à Mme Sand, hélas! Lu les Mousquetaires jusqu'à cette heure-là; fort amusé.

M. L. Ménard[362]: l'avertir de la terminaison des peintures à la Chambre des députés.

Champrosay, lundi 22 mai.—Le matin, assis dans la forêt.—Je pensais à ces charmantes allégories du Moyen Age et de la Renaissance, ces cités de Dieu, ces élysées lumineux, peuplés de figures gracieuses, etc... N'est-ce pas la tendance d'époques dans lesquelles les croyances aux puissances supérieures ont conservé toute leur force? L'âme s'élançait sans cesse des trivialités ou des misères de la vie réelle dans des demeures imaginaires que l'on embellissait de tout ce qui manquait autour de soi.

C'est aussi celles d'époques malheureuses où des puissances redoutables pèsent sur les hommes et compriment les élans de l'imagination. La nature, qui n'a pas été vaincue par le génie de l'homme à ces époques, augmentant les besoins matériels, fait trouver la vie plus dure et fait rêver avec plus d'énergie à un bien-être inconnu. De notre temps, au contraire, les jouissances sont plus communes, l'habitation meilleure, les distances plus facilement franchies. Le désir poétisait donc alors comme toujours l'existence des malheureux mortels, condamnés à dédaigner ce qu'ils possèdent.

Les actes n'étaient occupés qu'à élever l'âme au-dessus de la matière. De nos jours c'est tout le contraire. On ne cherche plus à nous amuser qu'avec le spectacle de nos misères dont nous devrions être avides de détourner les yeux. Le protestantisme d'abord a disposé à ce changement. Il a dépeuplé le ciel et les églises. Les peuples d'un génie positif l'ont embrassé avec ardeur. Le bonheur matériel est donc le seul pour les modernes. La révolution a achevé de nous fixer à la glèbe de l'intérêt et de la jouissance physique. Elle a aboli toute espèce de croyance: au lieu de cet appui naturel que cherche une créature aussi faible que l'homme dans une force surnaturelle, elle lui a présenté des mots abstraits: la raison, la justice, l'égalité, le droit. Une association de brigands se régit aussi bien par ces mots-là que peut le faire une société moralement organisée. Ils n'ont rien de commun avec la bonté, la tendresse, la charité, le dévouement. Les bandits observent les uns avec les autres une justice, une raison qui les fait se préférer avant tout, une certaine égalité dans le partage de leurs rapines qui leur semble justice exercée sur des riches insolents ou sur des heureux qui leur semblent l'être à leurs dépens. Il n'est pas besoin d'y regarder de bien près pour voir que la société actuelle se gouverne à peu près d'après les mêmes principes et en en faisant la même interprétation.

Je ne sais si le monde a vu encore un pareil spectacle, celui de l'égoïsme remplaçant toutes les vertus qui étaient regardées comme la sauvegarde des sociétés.

—Revenu de Champrosay, le soir, où j'étais de puis le jeudi 13.

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23 mai.—Chez J... le matin. Temps affreux de chaleur. Le soir, resté chez moi tout abattu.

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25 mai.—Repris le Christ.

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26 mai.—Travaillé avec ardeur, quoique peu de moments.—Femmes d'Alger.—Composé un Intérieur d'Oran avec figures.—La Femme gui se lave les pieds, paysage de Tanger.

—Chez Pierret le soir. Parlé du départ de son fils.

—Villot venu le matin: je l'ai trouvé changé.

—Reçu de M. Labello, pour le comte Tyszkiewiez, 500 francs pour le Canot naufragé.[363]

—Chopin venu dans la journée; il repart vendredi pour Ville-d'Avray.

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27 mai.—Travaillé avec plaisir aux Femmes et Alger: la femme du devant.

—Dîné chez Chabrier avec M. Poinsot, Rayer, David, Vieillard.

Bonne journée, soirée charmante: conversation toujours intéressante. Le génie, l'esprit, la finesse, la simplicité, la raison, le sens, tout ce qui est si rare. Il adore Voltaire, c'est tout simple; je lui ai trouvé des idées justes sur tout.