[439] Voir Catalogue Robaut, n° 778.

[440] Voir Catalogue Robaut, n° 1897.

[441] Louis-Eugène Cœdès, peintre, né en 1810, mort en 1868. Il exposa au Salon de 1831.

[442] Sujet tiré d'une ballade écossaise, de Burns. (Voir Catalogue Robaut, n° 136 et 197.)

[443] Voir Catalogue Robaut, n° 1166, 1167.

[444] Toile de 0m,67 X 0m,48. Fait partie de la Galerie Bruyas, au Musée de Montpellier. (Voir Catalogue Robaut, n° 1066.)

[445] Voir Catalogue Robaut, n° 1074.

[446] Voir Catalogue Robaut, n° 1168.

[447] Voir Catalogue Robaut, n° 772.

[448] Voir Catalogue Robaut, n° 1063.

[449] Voir Catalogue Robaut, n° 1172.

[450] Toile de 0m,41 X 0m,32. Exposée au Salon de 1850-51.—Elle fut caricaturée par Cham. Donnée à Théophile Gautier. Vente Gautier, 1873: 7,000 francs. (Voir Catalogue Robaut, n° 1171.)

[451] Voir Catalogue Robaut, n° 1238.

[452] Duriez, parent de Delacroix.

[453] Voir Catalogue Robaut, n° 754, 1176, 1177, 1178 et autres.

[454] Louis Peisse, littérateur, né a Aix en 1802, fut d'abord conservateur des objets d'art au Mont-de-piété de Paris, puis conservateur du Musée des études à l'École des Beaux-Arts. Il a publié des articles de critique et de philosophie dans le Producteur, le National, la Revue des Deux Mondes, les Salons de 1841 à 1844, dans ce dernier recueil. La lettre en question, qui figure dans la Correspondance (t. II, p. 18), contient des remerciements au critique pour un article élogieux que celui-ci avait fait paraître dans le Constitutionnel après le Salon de 1840.

[455] Baron de Meneval, né en 1778, mort en 1850. Ancien secrétaire du premier Consul, et plus tard de l'Empereur; il accompagna Napoléon dans ses campagnes, fut nommé baron et maître des requêtes au conseil d'État. Il vécut dans la retraite à partir de la seconde Restauration, et se consacra à la publication des souvenirs historiques sur l'Empire.


Paris.—Samedi 11 août.—J'ai passé plus d'un mois à Paris. Je n'ai pas, je crois, noté l'époque de mon retour de la campagne, le samedi, probablement.

J'ai dîné chez Chabrier. Je voulais lui parler de l'affaire de Villot et de la commission dont Chabrier fait partie pour juger le règlement futur du Musée et les attributions des conservateurs, Je lui ai remis la note de Villot.

Vers neuf heures et demie, pris une calèche et été chez Villot. Je n'ai trouvé que sa femme. Elle était encore sur sa chaise longue à travailler. Elle était fort bien ainsi, tout en blanc, avec des fleurs charmantes sur le petit guéridon. J'ai attendu Villot jusqu'à onze heures.

*

Samedi 18 août.-Retourné le soir chez Chabrier pour avoir la réponse de la note. Il m'en a parlé comme un homme qui avait étudié la chose. Le directeur du Musée avec lequel il s'est trouvé à la commission l'avait captivé jusqu'à un certain point.

Retourné achever la soirée chez Villot, j'ai vu là le joli nécessaire, etc.

*

Champrosay.—Samedi 25 août.—Revenu de Paris par le chemin de fer de cinq heures. F... était dans la voiture en petite veste pour aller dîner chez M. V...

Villot était dans le même convoi. Remonté avec lui à Champrosay. Il a voulu que je vinsse le voir le soir, mais j'étais fatigué.

*

Dimanche 26 août.—Longue séance avec Villot chez moi. Il me parle des baigneurs installés chez lui. Je dîne effectivement avec tout ce monde-là. Le soir ils partent tous: Nous allons les conduire au chemin de fer, ainsi que M. B..., qui en était.

*

Mercredi 29 août.—Il y a quelques jours à peine que je suis revenu du long séjour que j'ai fait à Paris.

J'ai été en bateau avec Mme Villot et son fils, qui ont tous deux la fureur des bains. Dîné avec elle et passé agréablement la soirée.

*

Vendredi 31 août.—J'ai reçu avant-hier du bon N... une invitation pour aller passer deux ou trois jours à Écoublay, et lui ai répondu.

Je dînais ces jours avec M. Villot et M. Bontemps; ce dernier m'a appris la mort de Mme de Mirbel[456]. J'ai été très affecté de ce malheur.

Le soir, après dîner, resté au clair de lune dans le jardin. M. Bontemps nous a fort divertis par des chansons et coq-à-l'âne de toute espèce. Partie de loto avant de se séparer.


[456] Mme de Mirbel, née en 1796, morte en 1849. Élève d'Augustin, elle devint, sous sa direction, un des plus remarquables peintres en miniature de ce temps. On lui doit un grand nombre de portraits excellents, notamment Charles X, le duc de Fitz-James, le comte Demidoff, Louis-Philippe, le duc d'Orléans, le comte de Paris, Émile de Girardin, etc. Elle avait sérieusement encouragé Delacroix à ses débuts: «Mme de Mirbel est excellente pour moi et me pousse», écrivait-il à Soulier en 1828. (Corresp., t. I, p. 121.)


Samedi 1er septembre.—Parti à huit heures moins un quart avec Jenny; courses diverses avant d'arriver à la maison. Le temps était assommant; je n'en pouvais plus, et, ce qu'il y a de singulier, les pressentiments de tristesse que je sentais avaient moi-même pour objet.

Parti à deux heures et demie par l'affreuse diligence de Fontenay. Confusion incroyable: foule de chasseurs et de chiens.

*

3 septembre.—La lettre de l'architecte Baltard[457] qui m'apprend la nécessité de changer mes sujets pour Saint-Sulpice.

*

Champrosay.—Samedi 15 septembre.—Dîné avec M. Villot.

Soirée insipide: j'étais mal disposé et me suis retiré plus tôt.

Je ne vaux pas grand'chose ce soir; le dîner est une affaire. Je déjeune si peu que l'appétit m'entraîne le soir, et que je suis plus disposé au sommeil qu'à la conversation.

*

Dimanche 16 septembre.—Bonne journée.

Composé et ébauché le matin la Femme qui se peigne et Michel-Ange dans son atelier.[458]

Promenade charmante dans la forêt, par un petit sentier tout à fait nouveau, derrière le terrain de Lamouroux, en allant vers la gauche, le chêne d'Antin à droite.

Vu la fourmilière, sur laquelle je me suis amusé à écrire dans mon calepin.

Le soir chez M. Quantinet. Sonates de Beethoven, avec violon. Il avait été question de dîner chez eux avec Chenavard et Dupré; ces messieurs n'ont pu venir.

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Lundi 17 septembre.—Je me lève toujours avec un malentrain incroyable.—Hier, où j'ai tant travaillé, c'était de même... Je me suis remis: j'ai retouché l'ébauche en grisaille de la Femme qui se peigne, et puis dessiné et ébauché entièrement en peu de temps l'Arabe qui grimpe sur des roches pour surprendre un lion[459].

*

28 septembre.—J'étais mal disposé; j'ai été chercher la grosse Bible; pensé beaucoup de sujets. Le soir, resté chez moi et dormi.


[457] Victor Baltard, architecte, né en 1805, mort en 1874, grand prix d'architecture, directeur des travaux de Paris et du département de la Seine, membre de l'Institut. Il a construit un grand nombre d'édifices et de monuments parisiens, et a dirigé les travaux de restauration et de décoration dans plusieurs églises de Paris, notamment Saint-Germain des Prés, Saint-Eustache, Saint-Séverin, Saint-Étienne du Mont, Saint-Sulpice, etc.

[458] Voir Catalogue Robaut, n° 1184.

[459] Voir Catalogue Robaut, n° 1227.


Mardi 2 octobre (SS. Anges gardiens.)—C'est aujourd'hui que j'ai arrêté avec le curé et son vicaire, M. Goujon, que je ferais les Saints Anges, et je m'aperçois, en écrivant ceci, que c'est le jour même de leur fête que j'ai pris ce parti.

*

Rouen.—Jeudi 3 octobre.—Le retard que j'ai mis à mon départ qui devait avoir lieu hier est cause que j'ai manqué à Rouen l'occasion de voir mon tableau de Trajan.[460] Quand je suis arrivé au Musée, il était depuis le matin seulement couvert à moitié par des charpentes élevées pour l'exposition des peintres normands.....Si j'avais persévéré dans mes projets, je l'aurais vu à mon aise.

Je ne me rappelle pas qu'un de mes tableaux, vu dans une galerie longtemps après l'avoir oublié, m'ait fait au tant de plaisir. Malheureusement une des parties les plus intéressantes, la plus intéressante peut-être, était cachée, c'est-à-dire la femme aux genoux de l'Empereur... Ce que j'ai pu en voir m'a paru d'une vigueur et d'une profondeur qui éteignaient sans exception tout ce qui était alentour. Chose singulière! le tableau paraît brillant, quoiqu'en général le ton soit sombre.

—Parti à huit heures au lieu de sept; j'ai fort pesté de n'avoir retardé mon départ que pour ne pas partir à sept heures et d'arriver sottement, pour ne pas m'être informé, une heure plus tôt qu'il ne fallait. Du reste, placé comme je désirais, la route m'a semblé charmante. La forêt de Saint-Germain, à partir de Maisons, occupe les deux côtés de la route. Il y a là des clairières, des allées couvertes, etc., dont l'aspect est délicieux.

Arrivé à Rouen à midi et demi. Ces tunnels sont bien dangereux. Je passe sur l'immense danger; ils ont encore l'ennui de couper la route sottement. Déjeuné fort bien à l'Hôtel de France, où je me suis trouvé avec plaisir, en pensant au premier voyage que j'ai fait dans ce pays.

Vers trois heures au Musée; j'ai eu le désappointement dont je viens de parler. J'ai remarqué pour la première fois deux ou trois tableaux de Lucas de Leyde, ou dans son genre, qui m'ont charmé. Grande délicatesse dans l'expression des détails qui rendent le tempérament, la finesse de la peau et des cheveux, la grâce des mains, etc. La peinture traitée largement ne peut donner ce genre d'impressions.

Berger, au-dessus de ces tableaux.—Admiré les Bergers de Rubens. Il y a à côté un tableau de H..., qui représente le Christ devant Pilate; je l'avais précédemment admiré, à cause de la naïveté et de la vérité de l'aspect... A côté des bergers de Rubens, il redescend jusqu'à n'être que des portraits de modèles.

A Saint-Ouen ensuite. Ce lieu m'a toujours donné une sublime impression; je ne compare aucune église à celle-là.

Rentré fatigué et peu dispos. Dîné tard et peu. Ressorti pour une seconde. Trempé par la pluie qui est continuelle dans le pays, je suis rentré vers dix heures.

*

Samedi6 octobre.—Ce jour, sorti tard.

Vu la cathédrale, qui est à cent lieues de produire l'effet de Saint-Ouen; j'entends à l'intérieur, car extérieurement, et de tous côtés, elle est admirable. La façade: entassement magnifique, irrégularité qui plaît, etc... Le portail des libraires aussi beau.

Ce qui m'a le plus touché, ce sont les deux tombeaux de la chapelle du fond, mais surtout celui de M. de Brézé. Tout en est admirable, et en première ligne la statue. Les mérites de l'Antique s'y trouvent réunis au je ne sais quoi moderne, à la grâce de la Renaissance: les clavicules, les bras, les jambes, les pieds, tout cela d'un style et d'une exécution au-dessus de tout. L'autre tombeau me plaît beaucoup, mais l'exécution a quelque chose de singulier; peut-être est-ce l'effet de ces deux figures posées là comme au hasard. Celle du cardinal, en particulier, est de la plus grande beauté, et d'un style qu'on ne peut comparer qu'aux plus belles choses de Raphaël...: la draperie, la tête, etc.

A Saint-Maclou; vitraux superbes, portes sculptées, etc.; le devant sur la rue a gagné à être dégagé. On a fait là depuis quelques années une nouvelle rue à la moderne qui va jusqu'au port.

Rentré d'assez bonne heure, après avoir été à Saint-Patrice, dont les vitraux sont beaux, mais m'ont ému faiblement. (Se rappeler l'allégorie de la Chute de l'homme et de la femme; le démon à côté, ensuite la Mort qui apprête son dard, et enfin le Péché, sous les traits d'une femme couverte de parures, mais les yeux fermés et liée d'une chaîne.)

Dîné à trois heures; parti à quatre heures et demie. Cette route faite le soir par un temps riant et charmant..... Dérangé par les caquetages d'un jeune avocat, insolent comme tous les jeunes gens, et de son client, bavard insupportable.

A Yvetot, désappointement. Pris un cabriolet; arrivé tard. La grande allée du château a disparu. J'ai éprouvé là l'émotion la plus vive du retour dans un endroit aimé[461]. Mais tout est défiguré... le chemin est changé, etc.

*

Le lendemain dimanche 7, visité le jardin tout mouillé. Je n ai pas été trop désappointé. Les arbres ont grandi dans une proportion extraordinaire et donnent à l'aspect quelque chose de plus triste qu'autrefois, mais dans certaines parties un caractère presque sublime. La montagne à gauche vue d'en bas, avant d'arriver aux petites cascades; les arbres verts entourés de lierre vers le pont. Malheureusement le lierre qui les embrasse et fait un bel effet, les dévore et les fera périr avant peu.

Après déjeuner, visité avec Bornot et Gaultron la chapelle[462]. Le temps est mauvais et nous tient enfermés.

Avant dîner, j'étais souffrant. Je ne suis pas très bien depuis mon arrivée à Rouen. Nous sommes sortis malgré la pluie et avons grimpé la côte d'Angerville... Ces routes sont devenues superbes.

Le lendemain, journée de pluie tellement continue, qu'il ne m'a pas été possible de mettre le pied dehors. Quelques personnes à dîner: le curé, personnage grassouillet, qui sourit à chaque instant avec un petit sifflement entre les dents et qui ne dit mot; la directrice des postes, personne aimable, et la bonne madame d'Argent. Joué au billard, etc.

*

Mardi 9 octobre.—Par quelle triste fatalité l'homme ne peut-il jamais jouir à la fois de toutes les facultés de sa nature, de toutes les perfections dont elle n'est susceptible qu'à des âges différents? Les réflexions que j'écris ici m'ont été suggérées par cette parole de Montesquieu, que je trouvai ici ces jours-ci, à savoir qu'au moment où l'esprit de l'homme a atteint sa maturité, son corps s'affaiblit.

Je pensais à propos de cela qu'une certaine vivacité d'impression, qui tient plus à la sensibilité physique, diminue avec l'âge. Je n'ai pas éprouvé, en arrivant ici, et surtout en y vivant quelques jours, ces mouvements de joie ou de tristesse dont ce lieu me remplissait, mouvements dont le souvenir m'était si doux... Je le quitterai probablement sans éprouver ce regret que j'avais autrefois. Quant à mon esprit, il a, bien autrement qu'à l'époque dont je parle, la sûreté, la faculté de combiner, d'exprimer; l'intelligence a grandi, mais l'âme a perdu son élasticité et son irritabilité. Pourquoi l'homme, après tout, ne subirait-il pas le sort commun des êtres? Quand nous cueillons le fruit délicieux, aurions-nous la prétention de respirer en même temps le parfum de la fleur? Il a fallu cette délicatesse exquise de la sensibilité au jeune âge pour amener cette sûreté, cette maturité de l'esprit. Peut-être les très grands hommes, et je le crois tout à fait, sont-ils ceux qui ont conservé, à l'âge où l'intelligence a toute sa force, une partie de cette impétuosité dans les impressions,... qui est le caractère de la jeunesse?

Passé la matinée à lire Montesquieu.

—A Fécamp, vers deux heures; la mer était magnifique. Beaux aspects de la vallée. Après dîner, discussion politique.

—Je comparais ces jours-ci les peintures qui sont dans le salon du cousin. Je me suis rendu compte de ce qui sépare une peinture qui n'est que naïve, de celle qui a un caractère propre à la faire durer. En un mot, je me suis souvent pris à me demander pourquoi l'extrême facilité, la hardiesse de touche, ne me choquent pas dans Rubens, et qu'elles ne sont que de la pratique haïssable dans les Vanloo..... j'entends ceux de ce temps-ci comme ceux de l'autre. Au fond, je sens bien que cette facilité dans le grand maître n'est pas la qualité principale; qu'elle n'est que le moyen et non le but, ce qui est le contraire dans les médiocres... J'ai été confirmé avec plaisir dans cette opinion, en comparant le portrait de ma vieille tante[463] avec ceux de l'oncle Riesener. Il y a déjà, dans cet ouvrage d'un commençant, une sûreté et une intelligence de l'essentiel, même une touche pour rendre tout cela qui frappait Gaultron lui-même. Je n'attache d'importance à ceci que parce que cela me rassure... Une main vigoureuse, disait-il, etc.

—Le temps est tout à fait beau: nous avons été à Saint-Pierre[464], à travers la vallée.

Revu, en y allant, Angerville, où je suis venu, il y a tant d'années, avec ma bonne mère, ma sœur, mon neveu, le cousin,... tous disparus! Cette petite maison est toujours là, comme la mer que l'on voit de là, et qui y sera encore à son tour, quand la maison aura disparu.

Nous sommes descendus à la mer par un chemin à droite, que je ne connaissais pas; c'est la plus belle pelouse en pente douce que l'on puisse imaginer. L'étendue de mer que l'œil embrasse de la hauteur est des plus considérables. Cette grande ligne bleue, verte, rose, de cette couleur indéfinissable qui est celle de la vaste mer, me transporte toujours. Le bruit intermittent qui arrive déjà de loin et l'odeur saline enivrent véritablement.

—Je m'aperçois que mes belles réflexions des pages précédentes m'ont empêché de noter, je ne sais plus quel jour, notre première course à Fécamp, par un temps tout différent... La mer était forte et se brisait admirablement contre la jetée..... Nous avons vu sortir deux petits bâtiments.

Aujourd'hui elle est, au contraire, très calme, et je l'adore ainsi, avec le soleil, qui semait d'étincelles et de diamants le côté d'où il venait, et donnait de la gaieté à cette nappe majestueuse.

Nous avons visité la maison du curé, qui a appartenu au bon M. Hébert. Décidément c'est un peu triste; un solitaire surtout finirait par s'y changer en pierre.

On démolit l'ancienne église du lieu, qui est charmante, pour en faire une neuve. Nous avons été indignés.

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Mercredi 10 octobre.—Le lendemain à Cany.

Quelques futaies ont disparu le long de la route, mais elles ne font pas encore de tort à la vue qu'on a du château. Ce lieu enchanteur ne m'avait jamais fait autant de plaisir... Se rappeler ces masses d'arbres, ces allées ou plutôt ces percées qui, se continuant sur la montagne avec les allées qui sont en bas, produisent l'effet d'arbres entassés les uns sur les autres.

Le parc est plein de magnifiques arbres, dont les branches touchent à terre, entre autres le plateau qui est à droite en venant du bout du parc. Beautés des eaux.

Revenus par Ourville. En remontant de Cany, belle vue. Tons de cobalt apparaissant dans les musses de verdure du fond et parfois doré des devants.

Vu à Cany M. Foy, vieilli comme les autres.

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Jeudi 11 octobre.—A Fécamp l'après-midi.

Nous allions surtout pour voir Mme Laporte[465]; j'y suis arrivé seul, en attendant Bornot et sa femme. La pauvre dame ne voulait d'abord recevoir personne, mais en apprenant mon nom, elle m'a fait venir près d'elle; je l'ai trouvée dans ce qui était sa salle à manger sans doute, parce que cette pièce est au rez-de-chaussée et plus à portée pour les soins que son état exige, mais seule dans un petit lit, toute diminuée elle-même et dans un grand état de maigreur. Elle a éprouvé beaucoup de sensibilité en me voyant; je lui rappelais des moments et des personnes disparus depuis longtemps, au moment où elle sent bien qu'elle va tout quitter à son tour. J'ai tenu avec plaisir sa main maigrie et ridée.

Bornot et sa femme sont survenus. Elle nous a parlé de ses maux, ce qui est tout simple, mais avec une grande liberté, plaisantant même avec cette humeur qu'elle a toujours eue. Nous l'avons quittée au bout de quelques instants. Ce spectacle m'a beaucoup touché.

Nous sommes entrés un instant dans ce salon où elle ne doit plus rentrer et où nous avons passé des moments si gais avec le bon cousin, avec Riesener, avec tous les originaux qui composaient sa société, et qui m'ont bien l'air de ne guère s'informer d'elle à présent.

Nous allions vers le port, au-devant de Gaultron. Nous sommes revenus sans avoir été jusqu'à la mer, ce qui a été pour moi une mystification.

Passé assez de temps à voir chez un orfèvre des pendeloques anciennes du pays, et revenu plus tard à Valmont par une pluie qui me gâte bien ce pays-ci.

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Vendredi 12.—La petite Mme Duglé, fille de Zimmerman[466], est venue déjeuner avec sa sœur. Journée de pluie complète.

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Samedi 13.—Matinée employée à terminer la lecture d'Arsace et Isménie[467], de Montesquieu. Tout le talent de l'auteur ne peut vaincre l'ennui de ces aventures rebattues, de ces amours, de cette constance éternelle; la mode et, je crois aussi, un sentiment de la vérité, ont relégué ces sortes d'ouvrages dans l'oubli.

Avant déjeuner, examiné les vitraux. Se rappeler ce beau caractère raphaélesque et plus encore corrégien: le beau et simple modelé et la hardiesse de l'indication. Contours noirs très prononcés pour la distance, etc. Après déjeuner, au cimetière.

Auparavant vers Saint-Ouen, chez une pauvre fabricante de mouchoirs au métier. Pauvres gens! on leur paye vingt francs les vingt-quatre douzaines de ces mouchoirs; cela ne fait pas vingt sous pour chaque douzaine.

La chapelle où repose le corps de Bataille ne me plaît pas. Je regrette de n'avoir pas été consulté.

Tué le temps jusqu'à dîner. Dormi dans ma chambre, puis fait un tour de parc à la nuit tombante. Ce parc et ces arbres gigantesques ont pris un aspect qui est presque lugubre; mais en vérité, si l'on pouvait, en peinture, rendre de pareils effets, ce serait ce que j'ai vu en paysage de plus sublime. Je ne peux rien comparer à cela..... Cette forêt de colonnes formées par les sapins, le vieux noyer en montant, etc.

Le pharmacien M. Leglay, la directrice des postes, venus dîner.

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Dimanche 14 octobre.—Aux Petites-Dalles avec Bornot. Gaultron, qui part demain, était resté à peindre.

Passé devant le château de Sassetot. Environs magnifiques; la descente pour aller à la mer. Effet de ces grands bouquets de hêtres. Arrivé à la mer par une ruelle étroite; on la découvre tout au bout du chemin.

Mer basse. J'ai été sur les rochers et ramassé deux des coquillages qu'on y trouve collés; j'ai essayé de les manger... chair dure, sauf un je ne sais quoi de jaune qui a un goût agréable de moule.

Fait plusieurs croquis.

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Lundi 15 octobre.—Accompagné Gaultron avec Bornot jusqu'à la route d'Yvetot. Revenu avec Bornot par les bois de M. Barbet, pour descendre au vivier. Grand couvert de hêtres en haut; allées de sapins.

Traversé sur le flanc de la colline des herbages par lesquels nous sommes descendus au vivier qui est charmant et nettoyé. J'y ai vu voler des cygnes pour la première fois. Revenu mourant de faim.

Dans la journée, qui était belle, été aux Grandes-Dalles. Le même chemin jusqu'à Sassetot, seulement pris à gauche. J'ai admiré la porte de l'église sur le cimetière; elle est évidemment un ouvrage de fantaisie et faite par un ouvrier qui avait du goût. Elle montre combien cette dernière qualité est le nerf de cet art pour lequel les livres ont des proportions toutes faites, qui n'engendrent que des ouvrages dénués de tout caractère.

—Dessiné. La mer basse encore.

—Ce jour-là et l'avant-veille, promenade le matin avant déjeuner avec Bornot, dans sou bois au-dessus du parc; jolies allées.

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Mardi 16 octobre.—J'ai été seul avant déjeuner sur la route de Fécamp. J'ai voulu grimper dans le petit bois à gauche et dans les jolies prairies où sont les sapins. Arrêté par les haies et les clôtures, à chaque pas. Le peuple qui sera toujours en majorité, se trompe en croyant que les grandes propriétés n'ont pas une grande utilité; c'est aux pauvres gens qu'elles sont utiles, et le profit qu'ils en retirent n'appauvrit pas les riches, qui les laissent profiter de petites aubaines qu'ils y trouvent.

Le laisser-aller du bon cousin faisait le bonheur des pauvres ramasseurs de fougère et de branches sèches; les petits bourgeois enrichis s'enferment chez eux et barricadent partout les avenues. Les pauvres, privés complètement de ce côté, ne profitent même pas des droits dérisoires que leur donne l'État républicain.

Bornot me donnait, à déjeuner, le résultat de l'élection pour un député dans le canton. Sur 4,360 inscrits, à peine 1,600 ont pris part au vote. A Limpiville, personne ne se présentait; le maire désolé a appelé les citoyens par toutes les manières. Dans d'autres communes, c'était à peu près de même, et cependant le vote a lieu le dimanche.

En revenant, déjeuné. J'ai traversé la vallée vers le moulin, qui est à cheval sur la rivière, qu'on passe sur une planche. Revu le chemin qu'on prenait si souvent derrière le lavoir; là, les bois de B... enceints encore d'un fossé. Nouvelles réflexions analogues à celles ci-dessus. Le chemin, à partir du lavoir pour rentrer à la maison, ne passe plus le long des murs. Tout cela est refait à la Louis-Philippe.

Bornot me rappelait que c'est à ce lavoir que j'embrassais la petite femme du maçon, qui était si gentille, et qui venait de temps en temps rendre ses devoirs au vieux cousin[468].

—A Fécamp, avec toutes ces dames, chez le bijoutier, pâtissier, papetier; acheté un carton.

Vu l'église auparavant. J'avais oublié son importance. Charmantes chapelles autour du chœur, séparées par des clôtures à jour d'un charmant goût. Tombeaux d'évêques ou abbés. Petites figures au tombeau et grand tombeau de la Vierge aux figures grandes coloriées; les poses sont si naïves, et il y a tant de caractère, que le coloriage ne les gâte pas trop. L'une des têtes m'a paru celle du Laocoon, bien surpris de se trouver en pareil lieu et en pareille compagnie. Il y a une de ces figures qui tient un encensoir, et qui souffle dessus pour en ranimer les charbons.—Chapelle de la Vierge avec vitraux du treizième siècle, semblables à ceux de la cathédrale de Rouen.—Belle copie de l'Assomption du Poussin, à l'autel de cette chapelle.—Charmant ouvrage d'albâtre ou de marbre pour contenir le précieux sang, adossé à l'autel principal. Petites figures dans le style de Ghiberti [469].—Les figures dont j'ai parlé sont à droite, au pied d'un grand crucifix; à gauche, il y a un tombeau où l'on voit le Christ couché sous l'autel, à travers des treillages.—En face, copie du Fra Bartolomeo du Musée.

En allant au port, il faisait très beau temps. Les montagnes qui mènent à la mer, magnifiques et grandioses.

La mer, basse comme je ne l'ai jamais vue ici, est on ne peut plus majestueuse dans son calme et par ce beau temps.

Causé avec un pilote de la plus belle figure.

*

Mercredi 17 octobre.—Passé toute la journée sans sortir, malgré le beau temps. Nous nous sommes occupés des vitraux; cela m'a fatigué.

Avant de dîner, fait un tour dans le parc; c'est un heu enchanteur: ces arbres, ces cygnes, etc.

—J'ai pensé avec plaisir à reprendre certains sujets, surtout le Génie arrivant à l'immortalité[470]. Il serait temps de mettre en train celui-là et le Léthé, etc.

—Le soir, vu le four à chaux: arbres éclairés vivement; l'intérieur de la fournaise; flammes vertes, la chaux éclatante de blancheur, avec des veines de feu incandescent.

*

Jeudi 18 octobre.—Dans la matinée, avant déjeuner, délicieux temps; dessiné dans le jardin des masses d'arbres; le soleil du matin y donne des effets charmants.

Parti vers deux heures pour Fécamp; nous voulions aller aux fameux Trous aux chiens. Cet ignoble sobriquet, appliqué aux beaux phénomènes que j'ai vus là, dépose contre la petite dose de poésie de notre peuple et son peu d'imagination... Nous sommes arrivés trop tôt, et je suis resté longtemps sur la jetée. La mer très bonne à étudier.

Partis pour notre excursion quand la mer a été assez basse. Il est bien difficile de décrire ce que j'ai vu, et malheureusement ma mémoire sera bien peu fidèle pour se le rappeler. La mer n'étant pas d'abord assez basse, nous avons eu quelque peine à arriver jusqu'à ces piliers, qui semblent d'architecture romane, et qui soutiennent la falaise, en laissant une percée par-dessous. Ensuite deux magnifiques amphithéâtres à plusieurs rangs, les uns au-dessus des autres, dont un beaucoup plus vaste que l'autre.

Dans l'un d'eux, je crois, cette grotte profonde, qui semble la retraite d'Amphitrite. Enfin, pour conclure, la grande arche par laquelle on aperçoit un autre amphithéâtre avec ces espèces de promontoires réguliers en forme de champignons placés à côté les uns des autres, et qui sont là comme des niches d'animaux féroces dans un cirque romain.

Nous nous sommes arrêtés là, apercevant de loin quelques beautés qui nous ont paru inférieures, et qui de près, peut-être, auraient mérité notre admiration.

Le sol, sous cette arche étonnante, semblait sillonné par les roues des chars et simulait les ruines d'une ville antique. Ce sol est ce blanc calcaire dont les falaises sont presque entièrement faites. Il y a des parties sur les rocs qui sont d'un brun de terre d'ombre, des parties très vertes et quelques-unes creuses. Les pierres détachées par terre sont généralement blanches. On voit courir sous ses pieds de petites souris qui vont rejoindre la mer.

Revenus très rapidement. Le soleil était couché.

*

Vendredi 19 octobre.—Je lis ce matin, dans Montesquieu, une peinture à grands traits des exploits de Mithridate. La grande idée qu'il donne du caractère de ce roi diminue beaucoup dans mon esprit l'impression que m'avait laissée la pièce de Racine. Décidément ces petites histoires amoureuses mêlées à la peinture d'un pareil colosse, le réduisent à la proportion d'un homme de notre temps. Quand on songe que Mithridate était une espèce de barbare, commandant à des nations féroces, on se le figure difficilement occupé d'intrigues d'intérieur. Au reste, il faudrait relire.

—Je recule de jour en jour l'instant de mon départ.

... Ils sont aimables pour moi, et cette molle flânerie dans un lieu que j'aime me berce, et me fait reculer le moment de reprendre mon train de vie ordinaire.

Lu le matin Montesquieu, Grandeur et décadence.

Promené dans le jardin, avant déjeuner. Après cela, en bateau avec la cousine et une partie des petites filles[471]; j'étais fatigué de la course de la veille et aussi de la vie que je mène, et surtout de ces repas, de ces vins, etc.

Je me suis occupé l'après-midi à composer avec des fragments de vitraux la fenêtre que Bornot veut mettre à l'ouverture laissée dans la chapelle de la Vierge.

Le soir, plusieurs parties de billard avec la cousine, pendant que Bornot dessinait les vues qui nous ont frappés dans les falaises.

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Samedi 20 octobre.—J'ai appris, après déjeuner, la mort du pauvre Chopin. Chose étrange, le matin, avant de me lever, j'étais frappé de cette idée. Voilà plusieurs fois que j'éprouve de ces sortes de pressentiments.

Quelle perte! Que d'ignobles gredins remplissent la place, pendant que cette belle âme vient de s'éteindre!

—Promenades dans le jardin... Adieu à ces beaux lieux, dont le charme est vraiment délicieux... Ce charme est bien peu goûté par les habitants de ce manoir. Au milieu de tout cela, le bon cousin ne nous a parlé que d'acres de terre, de réparations, de murs, ou des querelles du conseil municipal. Il en résulte que la plupart du temps je demeure muet et consterné. Les repas surtout, où l'on s'épanche d'ordinaire, sont à la glace. Sont-ils heureux ainsi?

Promenade avec Bornot à Angerville, dans le char à bancs. On a coupé la plupart des sapins qui étaient aux environs de l'église. Hélas! ces lieux ont encore moins changé que les personnes que j'y ai vues.

Revenus par Boudeville, et visité la petite église. Touché extrêmement de cet endroit: le presbytère est charmant... Je parlais à Bornot de la condition tranquille du curé d'un lieu pareil. Mes considérations ne le touchent pas, et au retour il est retombé dans les acres de terre, les herbages, etc.

En redescendant par le chemin creux qui borde son bois, il m'a montré ses améliorations: défrichements, four à briques, etc.

Nous sommes repassés devant le cimetière: je n'ai pu m'empêcher de penser à la petite place qu'occupe le bon Bataille... J'étais muet, triste, gelé; mais pas le moindre sentiment d'envie.

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Dimanche 21 octobre.—Perdu la journée. Nous devions aller à Fécamp. A peine hors de Valmont, une petite pluie fine a découragé le cousin, qui n'avait peut-être pas grande envie d'y aller.

Nous sommes rentrés, et je me suis mis à faire ma malle.

La directrice des postes dînait. J'ai été assez révolté de certaines duretés.

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Lundi 22 octobre.—Je lis ce matin dans la Description de Paris et de ses édifices, publiée en 1808, le détail effrayant des richesses, des monuments en tous genres qui ont disparu des églises pendant la Révolution. Il serait curieux de faire un travail sur cette matière, pour édifier sur le résultat le plus clair des révolutions.

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Mardi 23 octobre.—Le matin, examiné de nouveau les vitraux et achevé de composer la fenêtre de Bornot, pour la chapelle de la Vierge. Le vitrier m'a réparé ceux que j'emporte.

J'ai été à Saint-Pierre seul avec Malestrat. J'ai beaucoup étudié la mer, qui était toujours la même et toujours belle.

A dîner la petite Mme Duglé, sa sœur, une madame Cardon et sa fille, de Fécamp.

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Mercredi 24 octobre.—Parti à neuf heures et demie avec Bornot. Pris l'ancienne route d'Ypreville, par le plus beau temps du monde. J'ai parcouru avec bien du plaisir cette route. Revu la futaie à l'entrée d'Ypreville. Embarqué à Alvimare.

Cette route est toute changée depuis trois semaines: tons dorés et rouges des arbres. Ombres bleues et brumeuses.

A Rouen vers une heure, et fait toute la route jusqu'à Paris sans compagnon de route. Avant Rouen, il était venu une délicieuse femme avec un homme âgé; j'ai beaucoup joui de sa vue, pendant le peu de temps qu'elle a passé dans la voiture.

J'étais assez mal disposé. J'avais déjeuné sans faim, et cette disposition, qui m'a empêché de manger toute la journée, a agi sur mon humeur. Admiré cependant les bords de la Seine, les rochers qu'on voit le long de la route, depuis Pont-de-l'Arche jusqu'au delà de Vernon, ces mamelons presque réguliers, qui donnent un caractère particulier à tout ce pays, Mantes, Meulan. Aperçu Vaux, etc.

Triste en arrivant: la migraine y contribuait. Attendu longtemps pour les paquets. Trouvé Jenny qui m'attendait. Je n'ai pas été fâché de trouver, en arrivant, ses bons soins.