[172] Jules Cavelier (1814-1894), statuaire, élève de David d'Angers, auteur d'un grand nombre d'œuvres fort importantes et membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865.

[173] Le Prince impérial naquit le 16 mars 1856.

[174] Saint-Sulpice.

[175] Louis Boulangé, peintre, élève de Delacroix, qui lui écrit le 13 mars 1856: «Vous me rendriez bien service, s'il vous était possible de vous mettre à mon travail de Saint-Sulpice. Ce ne serait pas pour les ornements, mais pour les fonds des deux tableaux pour lesquels vous avez promis de m'aider... Je ne puis continuer mes figures, sans que ces parties soient très avancées.» (Corresp., t. II, p. 140 et 141.)

[176] Saint Michel terrassant le dragon, que Dutilleux avait demandé pour M. Le Gentil, d'Arras. (Voir Catalogue Robault, n° 1287.)

[177] Voir Catalogue Robault, n° 1175.

[178] Voir Catalogue Robault, n° 1289.

[179] Réduction de la peinture murale de l'église du Saint-Sacrement. (Voir Catalogue Robaut, n° 769.)

[180] Voir Catalogue Robaut, n° 1316.

[181] Sans doute le tableau d'Ovide chez les Scythes, commandé par M. Moreau pour M. Fould.

[182] Voir Catalogue Robaut, nos 1218 et 1219.

[183] Ce tableau ne fut terminé qu'en 1859. (Voir Catalogue Robaut, n° 1389.)

[184] Ce tableau avait dû subir une restauration. (Voir Catalogue Robaut, n° 939.)


2 avril.—Donné à Haro:

L'étude sur carton d'après les arbres sur le lac de Valmont; vieux carton mal équarri pour le maroufler.

L'étude sur toile pour rentoiler, faite à Champrosay, de la fontaine de Baÿvet, effet de soleil couchant.

Le Christ portant sa croix[185], sur carton, à parqueter.

Lui redemander l'Arabe assis et les études de Chats[186] au bitume.

*

6 avril.—Je lis avec beaucoup d'intérêt depuis quelques jours la traduction d'Edgar Poë[187], de Baudelaire. Il y a dans ces conceptions vraiment extraordinaires, c'est-à-dire extra-humaines, un attrait de fantastique qui est attribué à quelques natures du Nord ou de je ne sais où, mais qui est refusé, à coup sûr, à nos natures françaises. Ces gens-là ne se plaisent que dans ce qui est hors ou extra-nature: nous ne pouvons, nous autres, perdre à ce point l'équilibre, et la raison doit être de tous nos écarts. Je conçois à la rigueur une débauche du genre de celle-là, mais tous ces contes sont sur le même ton. Je suis sûr qu'il n'y a pas un Allemand qui ne se trouve là comme chez lui. Bien qu'il y ait un talent des plus remarquables dans ces conceptions, je crois qu'il est d'un ordre inférieur à celui qui consiste à peindre le vrai. J'accorde que la lecture de Gil Blas ou de l'Arioste ne donne pas des sensations de cet ordre, et quand ce ne serait que comme moyen de varier nos jouissances, ce genre a son mérite et tient l'imagination en éveil; mais on n'en peut prendre à de fortes doses, et cette continuité dans l'horrible ou l'impossible rendu probable est pour nous un travers d'esprit. Il ne faut pas croire que ces auteurs-là aient plus d'imagination que ceux qui se contentent de décrire les choses comme elles sont, et il est certainement plus facile d'inventer par ce moyen des situations frappantes, que par la route battue des esprits intelligents de tous les siècles.

*

8 avril.—Dîner chez la princesse, qui va partir.

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9 avril.—Chez Mme d'Haussonville[188].

J'ai songé hier dans une course à Saint-Sulpice à faire quelque chose sur la marche nécessaire que suivent tous les arts, qui vont toujours se raffinant de plus en plus; l'origine de cette idée vient de l'impression que m'ont faite hier chez la princesse les morceaux de Mozart que Gounod a passés en revue: mon impression a été confirmée ce soir chez Mme d'Haussonville, en entendant l'air des Nozze chanté par Mme Viardot. Bertin me disait de cette musique qu'elle est trop pleine de délicatesse et d'une expression portée aux dernières limites pour aller au public. Ce n'est pas cela qu'il faut dire: dans les époques comme les nôtres, le public arrive à cet amour du détail avec les ouvrages qui l'ont mis en goût de raffiner sur tout. Ce n'est pas, au contraire, dans notre temps, pour le public qu'il faut peindre à grands traits: ce serait bien plutôt pour les esprits infiniment rares qui s'élèvent au-dessus des intelligences communes, qui se nourrissent encore des beautés des grandes époques, en un mot qui aiment le beau, c'est-à-dire la simplicité.

Il faut donc des tableaux à grands traits; dans les âges primitifs, les ouvrages des arts sont ainsi: le fond de mon idée était la nécessité d'être de son temps. Voltaire, dans le Huron, lui fait dire: Les tragédies des Grecs sont bonnes pour des Grecs, et il a raison; de là le ridicule de tenter de remonter le courant et de faire de l'archaïsme. Racine paraît raffiné déjà en comparaison de Corneille; mais combien on a raffiné depuis Racine! Walter Scott, Rousseau d'abord, sont allés creuser ces sentiments d'impressions vagues et de mélancolie, que les anciens ont à peine soupçonnées; nos modernes ne peignent plus seulement les sentiments; ils décrivent l'extérieur, ils analysent tout.

Dans la musique, le perfectionnement des instruments ou l'invention d'instruments nouveaux donne la tentation d'aller plus avant dans certaines imitations. On en viendra à imiter matériellement le bruit du vent, de la mer, d'une cascade. Mme Ristori, l'année dernière, dans la Pia[189], rendait d'une manière très vraie, mais très repoussante, l'agonie du personnage. Ces objets, dont Boileau dit qu'il faut les offrir à l'oreille et les éloigner des yeux, sont maintenant du domaine des arts; il faut nécessairement perfectionner au théâtre les décorations et les costumes. Il est même évident que ce n'est pas tout à fait de mauvais goût. Il faut raffiner sur tout, il faut contenter tous les sens: on en viendra à exécuter des symphonies, en même temps qu'on offrira aux yeux de beaux tableaux pour en compléter l'impression[190].

On dit que Zeuxis ou un autre célèbre peintre dans l'antiquité avait exposé un tableau représentant un guerrier ou les horreurs de la guerre: il faisait jouer de la trompette derrière le tableau pour exalter encore davantage les bons spectateurs. On ne pourra plus faire une bataille sans brûler un peu de poudre aux environs, pour exciter complètement l'émotion ou mieux pour la réveiller.

Pour être plus près de la vérité, il y a déjà une vingtaine d'années, on avait été, sur la scène de l'Opéra, jusqu'à faire les décorations réelles comme dans l'opéra de la Juive[191] et dans celui de Gustave[192]. Dans le premier, on voyait de vraies statues sur la scène et autres accessoires qu'on imite ordinairement par la peinture; dans Gustave, il y avait de vrais rochers, imités à la vérité, mais par des blocs saillants. Ainsi, par l'amour de l'illusion, on arrivait à la supprimer tout à fait. On conçoit que des colonnes ou des statues placées sur la scène dans la condition où on voit ordinairement les décorations et éclairées par des lumières venant de tous côtés perdent toute espèce d'effet; c'est à cette époque qu'on introduisit sur la scène de vraies armures, etc.; on revenait ainsi à l'enfance de l'art à force de perfectionnements. Les enfants, dans leurs jeux, quand ils imitent la représentation d'une pièce, se servent, pour faire des arbres, de vraies branches d'arbres; on devait faire ainsi aux époques où on a inventé le théâtre. On nous dit que les pièces de Shakespeare ont été en général représentées dans des espèces de granges, et on n'y faisait pas tant de façon. Les changements perpétuels de décoration qui, pour le dire en passant, semblent le fait d'un art déjà perverti plutôt qu'avancé, étaient exprimés par un écriteau: Ceci est une forêt; ceci est une prison, etc. Dans ce cadre de convention, l'imagination du spectateur voyait s'agiter des personnages animés de passions prises sur la nature, et cela suffisait. L'indigence de l'invention s'appuie volontiers sur ces prétendues innovations. La description qui foisonne dans les romans modernes est un signe de stérilité: il est incontestablement plus facile de décrire l'extérieur des choses que de suivre délicatement le développement des caractères et la peinture du cœur.

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14 avril.—Livré depuis le mois de novembre: répétitions:

Grec à cheval 1,200 fr.

Cavalier grec et turc(Tedesco)[193]   1,600 "
Clorinde[194]   2,000 "
Les Lions en petit[195]   2,000 "
Petit Marocain à cheval (Barye)      300 "
Hamlet et Polonius[196]   1,000 "
Vendu il y a un mois le Marino Faliero[197] 12,000 "
Il me reste à faire:
L'Ovide de M. Fould[198]   6,000 "
Le tableau de M. Demidoff     3,000 "
L'Empereur du Maroc[199]   2,500 "
L'Herminie[200]   2,000 "

Beugniet en veut un petit; Détrimont aussi.

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16 avril.—Il faut retourner chez Mme d'Haussonville.

Du besoin de raffinement dans les temps de décadence (même sujet qu'au 9 avril précédent). Les plus grands esprits ne peuvent s'y soustraire: on croit trouver un genre nouveau en mettant des détails là où les anciens n'en mettaient pas. Les Anglais, les Germaniques nous ont toujours poussés dans cette route. Shakespeare est très raffiné. En peignant avec une grande profondeur de sentiment que les anciens négligeaient ou ne connaissaient même pas, il découvrit tout un petit monde de sentiments qui sont chez tous les hommes de tous les temps à l'état confus et qui ne semblent pas destinés à arriver à la lumière, ou à être analysés, avant qu'un génie particulièrement doué ait porté le flambeau dans les coins secrets de notre âme. Il semble qu'il faut à l'écrivain une érudition prodigieuse; mais on sait combien il est facile de prendre le change à ce sujet, et ce qu'il y a de réel sous cette apparence de science universelle.

*

22 avril.—Rossini est venu dans la journée.

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23 avril.—Chez Rossini, à neuf heures et demie. Musique. Vivier[201], Bottesini[202], et une dame qui a joué des morceaux de Rameau pour piano.


[185] Voir Catalogue Robaut, n° 1313, comme disposition.

[186] Voir Catalogue Robaut, n° 785.

[187] Baudelaire envoyait à Delacroix tout ce qu'il produisait: salons, études littéraires, traductions, poésies, et l'on trouve dans la correspondance du peintre plusieurs lettres de remerciement prouvant que celui-ci avait compris et goûté la manière du poète: «Je vous dois beaucoup de remerciements pour les Fleurs du mal, lui écrit-il en 1858; je vous en ai déjà parlé en l'air, mais cela mérite tout autre chose.» (Corresp., t. II, p. 178.)

[188] Madame d'Haussonville était fille du duc de Broglie. Son mari, le comte d'Haussonville, succéda en 1809 à M. Viennet à l'Académie française.

[189] Pia dei Tolomeï, drame en cinq actes et en vers de Carlo Marenco, joué avec un grand succès en 1855, à Paris, par Mme Ristori.

[190] Cette prédiction devait se réaliser trente années plus tard par les soins d'un peintre étranger expert en toutes réclames, et trop connu pour qu'il soit besoin de rappeler son nom.

[191] Cet opéra d'Halévy et de Scribe fut représenté le 23 février 1835.

[192] Gustave III, ou le Bal masqué, opéra en cinq actes, d'Auber, paroles de Scribe, représenté à l'Académie royale de musique le 27 février 1833. Au troisième acte, la scène se passait aux environs de Stockholm, dans un site sauvage, la nuit, au milieu de roches de formes sinistres.

[193] Voir Catalogue Robaut, n° 1293.

[194] Voir Catalogue Robault, n° 1290.

[195] Voir Catalogue Robault, n° 1308.

[196] Répétition et variante du tableau de Delacroix de 1843. (Voir Catalogue Robault, n° 943.)

[197] Il est curieux de constater que ce tableau, exposé en 1827, ne trouva acquéreur qu'en 1856, c'est-à-dire près de trente ans après sa première apparition. (Voir Catalogue Robault, n° 160.)

[198] Ovide chez les Scythes. Ce tableau, qui a figuré à la deuxième exposition des Cent chefs-d'œuvre, en 1892, appartient aujourd'hui à M. de Sourdeval. (Voir Catalogue Robault, n° 1376.)

[199] Voir Catalogue Robault, n° 1441.

[200] Voir Catalogue Robault, n° 1384 et supplément.

[201] Eugène Vivier, qui s'est placé au premier rang des cornistes de son époque.

[202] Giovanni Bottesini, contrebassiste italien, qui n'eut pas de rival comme virtuose. Il était en 1856 chef d'orchestre au Théâtre-Italien.


2 mai.—Se rappeler l'histoire de la Toison d'or, réelle, c'est-à-dire la manière actuelle encore de recueillir l'or dans le Pactole, et les lieux où s'est passée la fable de Jason: peaux de mouton noir attachées à des perches et traînées dans le lit du fleuve qui est très profond.

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6 mai.—Travaillé le matin au Christ de M. Roché. À trois heures et demie à Saint-Sulpice. Nous dessinons les cartons du plafond.

Je reviens dîner; je dors toute la soirée malgré mon projet d'aller voir Autran[203], et je me couche à minuit, à peu près.

J'ai lu le soir à Jenny plusieurs scènes d'Athalie.

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8 mai.—Dîner chez Mme de Forget. Je mourrai de tous ces dîners[204].

—Charmant ton demi-teinte de fond de terrain, roches, etc. Dans le rocher, derrière l'Ariane, le ton de terre d'ombre naturelle et blanc avec laque jaune.

—Le ton local chaud pour la chair à côté de laque et vermillon: jaune de zinc, vert de zinc, cadmium, un peu de terre d'ombre, vermillon.—Vert dans le même genre: chrome clair, ocre jaune, vert émeraude.—Le chrome clair fait mieux que tout cela, mais il est dangereux alors, il faut supprimer les zincs.

—Cette nuance en mêlant avec ce ton de laque et blanc.

Bleu de Prusse, ocre de ru, vert neutre qui entre bien dans la chair.

Laque jaune, ocre jaune, vermillon.

Terre de Sienne naturelle. Cassel.

—Ces tons verdâtres sont une excellente localité avec un ton de rouge Van Dyck ou indien et blanc rompu avec un gris mélangé et rompu lui-même.

Terre d'ombre, blanc cobalt. Joli gris.

—Ce ton, avec vermillon laque, donne un ton de demi-teinte charmant pour chair fraîche.

—Avec terre d'Italie vermillon localité plus chaude.

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9 mai.—Chez Benoît. Dans la journée à Saint-Sulpice, chez Wyld[205], chez Alberthe.

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10 mai.—Peinture esquisse pour l'ami de Dutilleux.

Dessin à Wey.

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11 mai.—Demander à Haro cartons pour mettre derrière tableau. Chez le baron Michel[206] à trois heures. Il me dit que les remèdes de ses amis les médecins n'avaient fait qu'empirer sa maladie, un catarrhe à la vessie survenu sans cause apparente. L'hygiène seule la guéri radicalement. Il ne boit pas de vin.

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12 mai.—Ricourt venu.

Vous trouvez que vous n'êtes jamais assez savant.—Le dessin d'Ingres.—La bouteille d'huile grasse et d'huile blanche de Decamps.—Pas une touche fausse dans les hommes de sentiment.—Étudier sans relâche avant; une fois en scène, faites des fautes, s'il le faut, mais exécutez librement.

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15 mai.—Chez Mme de Forget un instant le soir.

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Champrosay, 17 mai.—Parti pour Champrosay à onze heures un quart par le chemin de Lyon. Pluie battante à Villeneuve-Saint-Georges, comme déjà l'an dernier et presque tous les ans.

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18 mai.—Journée d'inertie. On doit coller du papier demain.

Je dors toute la journée sans me décider à sortir. Je lis l'Essai sur les mœurs, de Voltaire, et j'en suis ravi.

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19 mai.—Je compose toute la matinée pendant qu'on colle le papier.

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20 mai.—Sur l'âme après la mort. Je trouve ceci dans un article sur la Religion actuelle, de M. Jules Simon, dans la Presse: «Pour quiconque ne soumet pas sa raison, etc., nous pouvons faire beaucoup de conjectures à notre avantage et avoir de belles espérances, mais non point aucune assurance.»

Je commence à travailler.

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22 mai.—Mme Villot venue à Champrosay avec la petite Stella. Elles ont dîné avec moi et sont reparties le soir.

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26 mai.—Acheter la Presse de dimanche 25 mai, article de Saint-Victor[207] sur le Cid. Aller voir Mme Lamey.

J'ai travaillé beaucoup à Champrosay. J'ai ébauché sur la toile, où j'avais commencé il y a beaucoup d'années, le Fils qui porte le corps de son père sur le champ de bataille et que j'avais abandonné tout à fait; j'y ai ébauché le Templier emportant Rebecca du château de Frondeley pendant le sac et l'incendie de ce repaire[208].

J'ai ébauché également les Chevaux qui se battent dans l'écurie[209], et un petit sujet: Cheval en liberté que son maître s'apprête à seller et qui joue avec un chien[210].

Avancé les esquisses de M. Hartman, l'Ugolin, la Pieta, etc.

J'ai reçu ce matin la lettre de Bouchereau, qui m'annonce qu'il va venir.

Je suis parti par le dernier convoi le soir.

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Paris, 27 mai.—Bouchereau est venu justement me réveiller au milieu de la journée; j'ai été heureux de le revoir. Il dîne avec moi jeudi.

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29 mai.—Dîné chez moi avec Bouchereau.

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30 mai.—«.....Quant à la beauté de la figure, aucune femme ne l'a jamais égalée... Cependant ses traits n'étaient pas jetés dans ce moule régulier qu'on nous a faussement enseigné à révérer dans les ouvrages classiques du paganisme: «Il n'y a pas de beauté exquise, dit lord Verulam, parlant avec justesse de tous les genres de beauté, sans une certaine étrangeté dans les proportions.» (Edgar Poë.)

J'ai été dans la journée inviter F. Leroy à venir dîner lundi avec Bouchereau: j'ai eu grand plaisir à le revoir.

En rentrant, continué ma lecture d'Edgar Poë; cette lecture réveille en moi ce sens du mystérieux qui me préoccupait davantage autrefois dans ma peinture, et qui a été, je crois, détourné par mes travaux surplace, sujets allégoriques, etc., etc. Baudelaire dit dans sa préface que je rappelle en peinture ce sentiment d'idéal si singulier et se plaisant dans le terrible[211]. Il a raison; mais l'espèce de décousu et l'incompréhensible qui se mêle à ses conceptions ne va pas à mon esprit. Sa métaphysique et ses recherches sur l'âme, la vie future, sont des plus singulières et donnent beaucoup à penser. Son Van Kirck parlant de l'âme, pendant le sommeil magnétique, est un morceau bizarre et profond qui fait rêver. Il y a de la monotonie dans la fable de toutes ses histoires; ce n'est, à vrai dire, que cette lueur fantasmagorique dont il éclaire ces figures confuses, mais effrayantes, qui fait le charme de ce singulier et très original poète et philosophe.


[203] Joseph Autran (1813-1877), poète, qui succéda à Ponsard à l'Académie française.

[204] Delacroix écrivait, un an plus tard: «Quelque retiré qu'on vive à Paris, il est impossible de se soustraire à cette inquiétude perpétuelle dans laquelle on vit, et qui agit indubitablement sur les ouvrages de l'esprit.» (Corresp., t. II, p. 108.)

[205] William Wyld (1806-1889), peintre anglais, élève de Louis Francia, fut, avec Bonington, un des propagateurs de l'aquarelle en France. En 1883, il accompagna Horace Vernet de Rome à Alger.

[206] Le baron Michel (1786-1856), médecin militaire, qui prit part à toutes les campagnes de l'Empire et devint médecin en chef de l'hôpital du Gros-Caillou et des Invalides.

[207] À cette époque déjà Paul de Saint-Victor écrivait dans la Presse cette série de feuilletons dramatiques qu'il devait continuer plus tard au Moniteur universel, et dans lesquels, sous prétexte de faire le compte rendu des pièces nouvelles, il exécutait d'admirables variations littéraires sur les grandes œuvres classiques. On se rappelle la série de ses études sur le drame grec, qui furent réunies plus tard sous le titre des Deux Masques. À propos de cet article sur le Cid qu'on trouvera dans la Presse du 25 mai 1856, et dont M. Burty a cité un fragment dans la Correspondance de Delacroix, voici ce que Delacroix écrivait à Paul de Saint-Victor: «Je trouve ce matin dans la Presse votre article sur le Cid, et je ne puis m'empêcher de vous en faire compliment du fond de ma retraite momentanée. Quel dommage que vous dépensiez votre verve et votre esprit dans des feuilles qui se dispersent si vite! c'est au point que revenant demain ou après-demain à Paris, je ne sais si je pourrai trouver à acheter le numéro paru depuis deux jours.» Puis ensuite, discutant avec le critique une des idées qu'il a émises, il termine en disant: «Ma lettre n'est à autre fin que de vous parler de mon émotion. C'est une pente que je suis quelquefois et à coup sûr. J'écris cette lettre avec plus de plaisir que presque toutes les autres.» (Corresp., tome II, p. 144, 145.) Il ne faut pas oublier d'ailleurs que Paul de Saint-Victor avait été l'un de ses enthousiastes partisans, et qu'il avait écrit, notamment après la décoration du Palais-Bourbon, une série d'articles qui comptent parmi les plus remarquables commentaires de l'œuvre du maître peintre.

[208] Voir Catalogue Robaut, n° 1383.

[209] Voir Catalogue Robaut, n° 1409.

[210] Voir Catalogue Robaut, n° 1317.

[211] Voici quel est le passage de Baudelaire qui vient justement à l'appui de la précédente note: «Au sein de cette littérature où l'air est raréfié, l'esprit peut éprouver cette vaste angoisse, cette peur prompte aux larmes, et ce malaise au cœur, qui habitent les lieux immenses et singuliers. Mais l'admiration est la plus forte, et d'ailleurs l'art est si grand! Les fonds et les accessoires y sont appropriés aux sentiments des personnages. Solitude de la nature et agitation des villes, tout y est décrit nerveusement et fantastiquement. Comme notre Eugène Delacroix, qui a élevé son art à la hauteur de la grande poésie, Edg. Poë aime à agiter ses figures sur des fonds violâtres et verdâtres, où se révèlent la phosphorescence de la pourriture et la senteur de l'orage.» (Préface des Histoires extraordinaires.)

C'était là une idée chère à Baudelaire, dont le goût inné pour le mystérieux et le bizarre s'était accru encore à la suite de sa longue fréquentation avec l'œuvre du poète américain. Il suffit de lire les savoureuses et pénétrantes études qui précèdent les premières et les nouvelles Histoires extraordinaires, pour se rendre compte de l'intoxication puissante qu'il avait subie. Dans sa préface des Fleurs du mal, Th. Gautier commente très finement cet état d'esprit.


6 juin.—J'ai été hier, en sortant de l'Hôtel de ville, voir la fameuse Exposition agricole. Toutes les têtes sont tournées; on est dans l'admiration de toutes ces belles imaginations: machines à exploiter la terre, bêtes de tous les pays amenées à un concours fraternel de tous les peuples; pas un petit bourgeois qui, sortant de là, ne se sache un gré infini d'être né dans un siècle si précieux.

J'ai éprouvé pour mon compte la plus grande tristesse au milieu de ce rendez-vous bizarre: ces pauvres animaux ne savent ce que leur veut cette foule stupide; ils ne reconnaissent pas ces gardiens de hasard qu'on leur a donnés; quant aux paysans qui ont accompagné leurs bêtes chéries, ils sont couchés près de leurs élèves, lançant sur les promeneurs désœuvrés des regards inquiets, attentifs à prévenir les insultes ou les agaceries impertinentes qui ne leur sont pas ménagées.

Le plus simple bon sens eût suffi pour convaincre de l'inutilité de cette réunion, avant qu'on l'ait effectuée. La vue même de ces animaux si divers de forme et de propriétés suffira-t-elle pour convaincre de la folie qu'il y aurait à les transplanter, à les isoler des conditions dans lesquelles ils se sont développés et de l'influence du climat natal? La nature a voulu qu'une vache fût petite en Bretagne et grande en Écosse. Était-il bien nécessaire d'assembler de si loin et dans un même lieu ces naïfs?...

En entrant dans cette exposition de machines destinées à labourer, à ensemencer, à moissonner, je me suis cru dans un arsenal et au milieu de machines de guerre; je me figure ainsi ces balistes, ces catapultes, instruments grossiers et hérissés de pointes de fer, ces chars armés de faux et de lames acérées; ce sont là les engins de Mars et non de la blonde Cérès.

La complication de ces instruments effroyables contraste singulièrement avec l'innocence de la destination; quoi! cette effroyable machine armée de crocs et de pointes, hérissée de lames tranchantes, est destinée à donner à l'homme son pain de tous les jours! La charrue, que je m'étonne de ne pas voir placée parmi les constellations, comme la lyre et le chariot, ne sera plus qu'un instrument tombé dans le mépris! Le cheval aussi a fait son temps.

Ces petites machines à vapeur, avec leurs pistons, leur balancier, leur gueule enflammée, sont les chevaux de la future société. L'affreux et lugubre tintamarre de ses roues... Don Quichotte eût mis sa lance en arrêt!

Laissez à la Hongrie les bœufs affligés de cornes, dont ils ne savent que faire!... À quoi bon dans nos plaines ces vaches descendues des Alpes de la Suisse? ces bœufs avec cornes ou sans cornes, de climats et de constitutions divers, qui réclament une nourriture particulière et des soins?...

Quant à ces légumes poussés à une humidité et une chaleur factices, laissez-les aux curieux d'Argenteuil pour les moules en carton, comme l'idéal de l'asperge et du navet, plus propre à étonner la vue qu'à réjouir l'appétit: tous ces petits parterres, venus là pour la circonstance, semblables à ces forêts que les enfants improvisent dans leurs jeux en plantant des branches en terre.

Pauvres peuples abusés, vous ne trouvez pas le bonheur dans l'absence du travail! Voyez ces oisifs condamnés à traîner le fardeau de leurs journées et qui ne savent que faire de ce temps que les machines leur abrègent encore. Voyager était autrefois une distraction pour eux; se tirer de la torpeur de chaque jour, voir d'autres climats, d'autres mœurs, donnait le change à cet ennemi qui leur pèse et les poursuit. À présent, ils sont transportés avec une rapidité qui ne laisse rien voir; ils comptent les étapes par les stations de chemin de fer qui se ressemblent toutes; quand ils ont parcouru toute l'Europe, il semble qu'ils ne sont pas sortis de ces gares insipides qui paraissent les suivre partout comme leur oisiveté et leur incapacité de jouir. Les costumes, les usages variés, qu'ils allaient chercher au bout du monde, ils ne tarderont pas à les trouver semblables partout.

Déjà l'Ottoman qui se promenait en robe et en pantoufles sous un ciel toujours riant, s'est emprisonné dans les ignobles habits de la prétendue civilisation: ils ont des vêtements serrés, comme dans les pays où l'air libre est un ennemi dont il faut se garantir; ils ont adopté ces couleurs monotones qui sont celles des peuples du Nord, qui vivent dans la boue et dans les frimas. Au lieu du spectacle du Bosphore riant sous le soleil et qu'ils contemplaient tranquillement, ils s'enferment dans de petites salles de spectacle pour y voir des vaudevilles français; vous retrouvez ces vaudevilles, ces journaux, tout ce bruit pour rien, dans toutes les parties du monde, comme l'éternelle gare, avec ses cyclopes et ses sifflements sauvages.

On ne fera pas trois lieues sans cet accompagnement barbare: les champs, les montagnes en seront sillonnés: on se rencontrera comme se rencontrent les oiseaux, dans les plaines de l'air... Voir n'est plus rien: il faut arriver pour repartir! On ira de la Bourse de Paris à celle de Saint-Pétersbourg; les affaires réclameront tout le monde, quand il n'y aura plus de moissons à recueillir au moyen des bras, des champs à surveiller et à améliorer par des soins intelligents. Cette soif d'acquérir des richesses, qui donneront si peu de jouissance, aura fait de ce monde un monde de courtiers. On dit que c'est une fièvre qui est aussi nécessaire à la vie des sociétés, que la vraie fièvre l'est au corps humain dans certaines maladies et au dire des médecins.

Quelle est donc cette maladie nouvelle que n'ont point connue tant de sociétés éclipsées aujourd'hui et qui ont pourtant étonné le monde par les grandes et véritablement utiles entreprises, par des conquêtes dans le domaine des grandes idées, par de vraies richesses employées à augmenter la splendeur des États et à relever à leurs yeux les sujets de ces États? Que n'emploie-t-on cette activité impitoyable à creuser de vastes canaux pour l'écoulement de ces inondations fatales qui nous consternent, ou pour élever des digues capables de les contenir! C'est ce qu'a fait l'Égypte, qui a discipliné les eaux du Nil et opposé les Pyramides à l'envahissement des sables du désert; c'est ce qu'ont fait les Romains, qui ont couvert le monde ancien de leurs routes, de leurs ponts et aussi de leurs arcs de triomphe.

Qui élèvera une digue aux mauvais penchants? Quelle main fera rentrer dans leur lit le débordement des passions viles? Où est le peuple qui élèvera une digue contre la cupidité, contre la basse envie, contre la calomnie, qui flétrit les honnêtes gens dans le silence ou dans l'impuissance des lois? Quand cette autre machine, la presse impitoyable, serait-elle disciplinée? Quand est-ce que l'honneur, la réputation de l'homme intègre ou de l'homme éminent, et par conséquent envié, ne sera plus en butte aux calomnies empoisonnées du premier inconnu?

(Coudre tout cela aux réflexions du mois de mai 1853[212], à propos de celles de Girardin sur la France labourée à la mécanique.)

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8 juin.—Dîner chez la princesse, qui part après-demain et qui m'a fait demander mon jour pour Grzymala.

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9 juin.—Dîner du lundi. Chez Autran, le soir.

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10 juin.—MM. Pelouze et Marguerite doivent venir.

Dîné chez Marguerite. Revu le petit Christ, qui m'a fait plaisir. Ce qui m'a frappé davantage, c'est la Vierge évanouie, du fond. Il y a décidément, parmi les grands, des génies fougueux, indisciplinés, quand ils croient être corrects, n'obéissant qu'à l'instinct qui sans doute se trompe quelquefois: ainsi Michel-Ange, Shakespeare, Puget, voilà des gens qui ne conduisent pas leur génie, mais qui en sont conduits; Corneille est un des plus saillants: il tombe dans des abominations, en descendant du ciel. Mais ces hommes-là? en revanche, sont les initiateurs et les pasteurs du troupeau. Ce sont les monuments souvent informes, mais qui sont éternels et qui dominent dans les déserts, comme au milieu des civilisations les plus raffinées, dont elles demeurent le point de départ et en même temps la critique, par les caractères éternels de leurs belles parties.

Il y a également incontestablement des génies divins qui obéissent à leur naturel, mais qui lui commandent aussi: les Virgile, les Racine, ne tombent jamais dans les énormités. Ils sont entrés dans une route qui avait été ouverte par des géants; ils ont laissé derrière eux les blocs informes, les essais trop audacieux, et s'emparent des cœurs d'un empire moins contesté.

Quand les hommes de la première espèce veulent se réformer, agir méthodiquement, ils tombent dans la froideur et sont au-dessous ou plutôt à côté d'eux-mêmes: ceux de la seconde classe tiennent en bride leur imagination, ils se réforment ou se dirigent à leur gré, sans tomber dans des contradictions ou des erreurs choquantes. (Voir mes notes du 16 novembre 1857.)

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11 juin.—Teinte locale de l'enfant grand de la seconde Médée[213]: brun, rouge et blanc. Cesser d'être cru par ces tons de l'ombre chauds, légèrement orangés et, dans les chairs, rompus de vert, de rose, de jaune et blanc.

Les clairs de la Médée, de sa joue, de sa gorge, du torse, etc., basés sur le ton de terre d'ombre blanc et laque jaune avec blanc et laque. Le cadmium avec des tons rompus domine dans la localité; peu de tons rouges; cependant un peu de tons de brun rouge blanc avec laque jaune et terre d ombre et blanc (cette dernière combinaison excellente pour beaucoup de localités un peu brunes).

Pour le ton vert rose chaud de la joue dans une femme fraîche et brune, le cadmium et blanc, jaune zinc clair et vert émeraude, blanc et laque ou vermillon et blanc, suivant l'effet; le blanc et vert émeraude, qui est un vert froid, s'y marie bien.

En substituant l'ocre de ru et blanc au cadmium, on a des localités de sujets plus bruns: le vermillon et blanc y convient avec le zinc jaune et vert, de même.

Un mélange de tous ces tons fait une excellente localité de chair.

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14 juin.—Je dîne à côté d'Auber, à l'Hôtel de ville. Il me dit que, malgré une vie heureuse, il ne voudrait pas recommencer à vivre, à cause de ces mille amertumes dont la vie est semée. Ceci est d'autant plus remarquable qu'Auber est un voluptueux complet: à l'âge où il est, il jouit encore de la compagnie d'une femme.

Le souverain bien serait la tranquillité; pourquoi donc ne pas commencer de bonne heure à mettre cette tranquillité au-dessus de tout? Si l'homme est destiné à trouver un jour que le calme est au-dessus de tout, pourquoi ne pas se mettre à une vie qui donne ce calme anticipé, mêlé toutefois à quelques-unes des douceurs qui ne sont pas les affreux bouleversements que causent les passions? Mais qu'il faut veiller sur soi pour s'en garantir, quand elles sont devenues si redoutables!

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21 juin.—Dîner des maires. Je cause longuement avec J... d'une grande affaire.

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24 juin.—Chez Thiers le soir. Je lui ai fait compliment de son conseil.

Delaroche y était: il fait le léger, le narquois.

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25 juin.—Prêté à Andrieu vingt-trois gravures des Admirandæ romanæ antiquitates, etc.

Demi-teinte foncée ou claire pour la chair, se mêlant soit au cadmium, soit au vermillon, soit à la laque: Terre d'Italie naturelle, noir, laque jaune, vert de zinc ou émeraude, blanc. Ce ton étant préparé foncé, si on le rend clair avec plus de blanc, forme un clair neutre verdâtre, qui s'unit à tout.

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28 juin.—Parti à Champrosay à cinq heures. Je trouve en route Bec: chaleur du diable.

Chevalier[214] au chemin de fer, qui veut absolument que j'aille déjeuner ou dîner avec lui. Jour pris pour lundi.

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29 juin.—Écrire à Guillemardet. Parler à Haro pour Leroux[215] de Passy.

Je trouve dans un article de Pelletan dans la Presse sur le fameux progrès, cette citation extraite des derniers ouvrages du grand homme d'État, à qui nous avons dû de faire tant d'expériences dans le sens du progrès indéfini, laquelle excite la profonde tristesse de son élève, qui ne lui répond que le sanglot à la bouche:

«Le progrès indéfini et continu est une chimère partout démontrée par l'histoire et par la nature; mais le perfectionnement, etc. L'humanité monte et descend sans cesse sur sa route, mais elle ne descend ni ne remonte indéfiniment.»

—Je dîne aujourd'hui avec Villot et sa femme. Nous parlons peinture toute la soirée: cela me met en bonne disposition.

—J'ai été mécontent hier, en arrivant, de ce que j'avais laissé ici l'Herminie, le Boisguilbert enlevant Rebecca[216], les esquisses pour Hartmann, etc.

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30 juin.—Michel Chevalier vient me chercher à trois heures: fin de journée que je redoutais et qui se passe assez bien. Je fais connaissance avec toute sa parenté. J'emporte un épi de blé d'Égypte. Je reviens à pied le soir et assez fatigué. J'espérais trouver ma pauvre Jenny en route.