[654] Joann., I, 11, 16.
[655] Prov., XXX, 15.
[656] Ps. CXXIX, 1.
[657] Prov., XXVIII, 13.
[658] Ps. XXXI, 1–6.
1. Comme je me suis offert volontairement pour vos péchés, à mon Père, les bras étendus sur la Croix, et le corps nu, ne réservant rien, et m'immolant tout entier, pour apaiser Dieu: ainsi vous devez tous les jours, dans le sacrifice de la Messe, vous offrir à moi, comme une hostie pure et sainte, du plus profond de votre cœur, et de toutes les puissances de votre âme.
Que demandé-je de vous, sinon que vous vous abandonniez à moi sans réserve?
Tout ce que vous me donnez, hors vous, ne m'est rien, parce que c'est vous que je veux, et non pas vos dons.
2. Comme tout le reste ne vous suffirait pas sans moi, ainsi aucun de vos dons ne peut me plaire si vous ne vous donnez vous-même.
Offrez-vous à moi, donnez-vous pour Dieu, tout entier, et votre oblation me sera agréable.
Je me suis offert tout entier pour vous à mon Père; je vous ai donné tout mon Corps et tout mon Sang pour nourriture, afin d'être tout à vous, et que vous fussiez à jamais tout à moi.
Mais si vous demeurez en vous-même, si vous ne vous abandonnez pas sans réserve à ma volonté, votre oblation n'est pas entière, et nous ne serons pas unis parfaitement.
L'oblation volontaire de vous-même, entre les mains de Dieu, doit donc précéder toutes vos œuvres, si vous voulez acquérir la grâce et la liberté.
S'il en est si peu qui soient éclairés de ma lumière, et qui jouissent de la liberté intérieure, c'est qu'ils ne savent pas se renoncer entièrement eux-mêmes.
Je l'ai dit, et ma parole est immuable: Si quelqu'un ne renonce pas à tout, il ne peut être mon disciple659. Si donc vous voulez être mon disciple, offrez-vous à moi avec toutes vos affections.
[659] Luc., XIV, 15.
On n'aurait qu'une idée bien faible et bien incomplète du sacrifice de la Croix, si l'on n'y voyait que ce qui paraît, pour ainsi dire, aux sens. Jésus-Christ a offert non-seulement son corps sacré, en proie à toutes les souffrances et à toutes les angoisses que peut endurer la nature humaine, mais encore son âme sainte étroitement unie au Verbe divin, toutes ses douleurs, toutes ses affections, toutes ses volontés, et l'agonie et le délaissement qui tira de son cœur ce dernier cri: Mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné660? En cet état il représentait l'humanité entière condamnée à mourir, et l'homme en effet fut frappé de mort jusque dans les plus secrètes profondeurs de son être. Alors tout fut consommé661, et le supplice et la rédemption. Or, chaque fois que le prêtre, montant à l'autel, y renouvelle, selon l'institution divine, cet ineffable sacrifice, chaque fois que le fidèle participe à la victime immolée, et le fidèle et le prêtre doivent s'offrir ainsi que Jésus-Christ s'est offert lui-même: leur sacrifice uni au sien doit être, comme le sien, sans réserve: car, nous aussi, nous sommes attachés à la Croix, et avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ, nous souffrons pour nous, pour nos frères, pour les vivants, pour les morts, pour toute la grande famille humaine; ce qui fait dire à l'apôtre saint Paul ces étonnantes paroles: Je me réjouis de mes souffrances à cause de vous; et ce qui manque à la Passion de Jésus-Christ, je l'accomplis en ma chair, pour son corps qui est l'Église662; non sans doute que la Passion du Sauveur ne fût plus que surabondante pour ôter le péché du monde663, et satisfaire à la justice de Dieu; mais parce que chacun de nous doit la reproduire en soi, et parce qu'étant les membres d'un seul corps, qui est le corps du Christ664, tout ce que nous souffrons, il le souffre avec nous, de sorte que nos souffrances deviennent comme une partie de sa Passion propre. Ô Jésus! je m'offre avec vous, je m'offre tout entier; me voilà sur l'autel: frappez, Seigneur, achevez le sacrifice; détruisez tout ce qui en moi est de l'homme condamné, ces désirs de la terre, ces affections, ces volontés, ces sens qui me troublent, ce corps de péché; et les yeux fixés sur votre Croix, je dirai: Tout est consommé!
[660] Matth., XXVII, 47.
[661] Joann., XIV, 30.
[662] Coloss., I, 24.
[663] Joann., I, 29.
[664] I. Cor., XII, 27.
1. Seigneur, à qui tout appartient dans le ciel et sur la terre, je veux aussi me donner à vous, par une oblation volontaire; je veux être à vous pour toujours.
Dans la simplicité de mon cœur, je m'offre à vous aujourd'hui, mon Dieu, pour vous servir à jamais, pour vous obéir, pour m'immoler sans cesse à votre gloire.
Recevez-moi avec l'oblation sainte de votre précieux Corps, que je vous offre aujourd'hui en présence des Anges, qui assistent invisiblement à ce sacrifice; et faites qu'il porte des fruits de salut pour moi et pour tout votre peuple.
2. Toutes les fautes et tous les crimes que j'ai commis devant vous et devant vos saints Anges, depuis le jour où j'ai pu commencer à pécher jusqu'à ce moment, je vous les offre, Seigneur, sur votre autel de propitiation, afin que vous les consumiez par le feu de votre amour, que vous effaciez toutes les taches dont ils ont souillé ma conscience, et qu'après l'avoir purifiée, vous me rendiez votre grâce que mes péchés m'avaient fait perdre, me les pardonnant tous pleinement, et me recevant, dans votre miséricorde, au baiser de paix.
3. Que puis-je faire pour expier mes péchés, que de les confesser humblement, avec une amère douleur, et d'implorer sans cesse votre clémence?
Je vous en conjure, exaucez-moi, soyez-moi propice, quand je me présente devant vous, mon Dieu.
J'ai une vive horreur de tous mes péchés, et je suis résolu à ne plus les commettre. Ils m'affligent profondément, et toute ma vie je ne cesserai de m'en affliger, prêt à faire pénitence, et à satisfaire pour eux selon mon pouvoir.
Pardonnez-les-moi, Seigneur, pardonnez-les-moi, pour la gloire de votre saint nom. Sauvez mon âme, que vous avez rachetée au prix de votre sang.
Voilà que je m'abandonne à votre miséricorde; je me remets entre vos mains: traitez-moi selon votre bonté, et non selon ma malice et mon iniquité.
4. Je vous offre aussi tout ce qu'il y a de bien en moi, quelque faible, quelque imparfait qu'il soit, afin que, l'épurant, le sanctifiant, le perfectionnant sans cesse, vous le rendiez plus digne de vous, plus agréable à vos yeux, et que vous me conduisiez à une heureuse fin, moi le plus inutile, le plus languissant et le dernier des hommes.
5. Je vous offre encore tous les pieux désirs des âmes fidèles, les besoins de mes parents, de mes amis, de mes frères, de mes sœurs, de tous ceux qui me sont chers; de ceux qui m'ont fait, ou à d'autres, quelque bien pour l'amour de vous; de ceux qui ont demandé ou désiré que j'offrisse des prières et le saint Sacrifice pour eux et pour les leurs, soit qu'ils vivent encore en la chair, soit que le temps ait fini pour eux.
Que tous sentent le secours de votre grâce, la puissance de vos consolations; protégez-les dans les périls, délivrez-les de leurs peines, et qu'affranchis de tous les maux, ils vous rendent, pleins de joie, d'éclatantes actions de grâces.
6. Je vous offre enfin des supplications et l'hostie de paix, principalement pour ceux qui m'ont offensé en quelque chose, qui m'ont contristé, qui m'ont blâmé, qui m'ont fait quelques torts ou quelques peines; et pour tous ceux aussi que j'ai moi-même affligés, blessés, troublés, scandalisés, le sachant ou sans le savoir; afin que vous nous pardonniez à tous nos péchés et nos offenses mutuelles.
Ôtez de nos cœurs, ô mon Dieu! le soupçon, l'aigreur, la colère, tout ce qui divise, tout ce qui peut altérer la charité et diminuer l'amour fraternel.
Ayez pitié, Seigneur, ayez pitié de ces pauvres qui implorent votre grâce, votre miséricorde; et faites que nous soyons dignes de jouir ici-bas de vos dons, et d'arriver à l'éternelle vie. Ainsi soit-il.
Après s'être purifié par le sacrement de pénitence, et s'être uni, selon tout ce qu'il est, à Jésus-Christ, hostie de propitiation pour le salut des hommes, le prêtre s'offre encore pour eux et pour lui-même, afin que la vertu du sacrifice qui va s'accomplir, lui soit appliquée, et à ses frères, et à tous ceux pour qui Jésus-Christ, sacrificateur, est victime665, l'a consommé sur la Croix. Comme le Sauveur s'est immolé pour lui, il veut s'immoler pour le Sauveur, ne vivre que pour sa gloire, et mourir pour elle. Il le supplie de consumer dans le feu de son amour tout ce qui reste en lui d'impur et de terrestre. Il dépose, en quelque manière, sur l'autel et ses pensées et ses affections, ses volontés, ses désirs, tout son être, afin d'être revêtu en Jésus-Christ d'une vie nouvelle, de cette vie selon Dieu666, qui fait que l'homme ne vit plus pour soi, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour lui667. Ainsi anéanti dans la présence du souverain Maître, et comme baigné déjà du sang qui demande grâce, il intercède pour ses proches, ses amis, ses bienfaiteurs, pour ses ennemis même, pour ceux qui le haïssent et le persécutent, embrassant dans sa charité, immense comme celle du Christ, toutes les créatures qu'il a rachetées, tous les enfants du Père céleste, qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants668. Élevé, par l'onction sacerdotale, entre la terre et le ciel, il couvre, pour ainsi dire, le genre humain tout entier de sa prière et de son amour. Il le voit, par le péché, dans un état de mort, et ses désirs l'enfantent à la vie: semblable au Médiateur suprême, qui, dans les jours de sa chair, offrant avec un grand cri et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui peut sauver de la mort, fut exaucé à cause de son respect669. Oui, le salut vient du Seigneur670; il a fait éclater les merveilles de son Saint671. Prêtres du Dieu vivant, offrez-lui le sacrifice de justice672. Je vous prierai, Seigneur; vous entendrez ma voix le matin; le matin je me présenterai devant vous; j'entrerai dans votre maison, et, rempli de votre crainte, j'adorerai dans votre saint temple; et tous ceux qui espèrent en vous se réjouiront, et ils tressailleront d'allégresse éternellement, parce que vous habiterez en eux673.
[665] Hebr., IX, 14.
[666] I. Petr., IV, 6.
[667] II. Cor., V, 15.
[668] Matth., V, 45.
[669] Hebr., V, 7.
[670] Ps. III, 9.
[671] Ps. IV. 4.
[672] Ibid., 6.
[673] Ps. V, 4, 5, 12.
1. Il faut recourir souvent à la source de la grâce et de la divine miséricorde, à la source de toute bonté et de toute pureté, afin que vous puissiez être guéri de vos passions et de vos vices, et que, plus fort et plus vigilant, vous ne soyez ni vaincu par les attaques du démon, ni surpris par ses artifices.
L'ennemi des hommes, sachant quel est le fruit de la sainte Communion, et combien est grand le remède qu'y trouvent les âmes pieuses et fidèles, s'efforce, en toute occasion et par tous les moyens, de les en éloigner autant qu'il peut.
2. Aussi est-ce au moment où ils s'y disposent, que quelques-uns éprouvent les plus vives attaques de Satan.
Cet esprit de malice, comme il est écrit au livre de Job, vient parmi les enfants de Dieu pour les troubler par les ruses ordinaires de sa haine, cherchant à leur inspirer des craintes excessives et de pénibles perplexités, pour affaiblir leur amour, ébranler leur foi, afin qu'ils renoncent à communier, ou qu'ils ne communient qu'avec tiédeur.
Mais il ne faut pas s'inquiéter de ses artifices et de ses suggestions, quelque honteuses, quelque horribles qu'elles soient, mais les rejeter toutes sur lui.
Il faut se rire avec mépris de cet esprit misérable, et n'abandonner jamais la sainte Communion, à cause de ses attaques et des mouvements qu'il excite en nous.
3. Souvent aussi l'on s'en éloigne par un désir trop vif de la ferveur sensible, et parce qu'on a conçu de l'inquiétude sur sa confession.
Agissez selon le conseil de personnes prudentes, et bannissez de votre cœur l'anxiété et les scrupules, parce qu'ils détruisent la piété, et sont un obstacle à la grâce de Dieu.
Ne vous privez point de la sainte Communion, dès que vous éprouvez quelque trouble ou une légère peine de conscience; mais confessez-vous au plus tôt, et pardonnez sincèrement aux autres les offenses que vous ayez reçues d'eux.
Que si vous avez vous-même offensé quelqu'un, demandez-lui humblement pardon, et Dieu aussi vous pardonnera.
4. Que sert de tarder à se confesser, et de différer la sainte Communion?
Purifiez-vous promptement, hâtez-vous de rejeter le venin et de recourir au remède; vous vous en trouverez mieux que de différer longtemps.
Si vous différez aujourd'hui pour une raison, peut-être s'en présentera-t-il demain une plus forte; et vous pourriez ainsi être sans cesse détourné de la Communion, et sans cesse vous y sentir moins disposé.
Ne perdez pas un moment, secouez votre langueur, déchargez-vous de ce qui vous pèse: car à quoi revient-il de vivre toujours dans l'anxiété, toujours dans le trouble, et d'être éloigné chaque jour par de nouveaux obstacles de la Table sainte?
Rien au contraire ne nuit davantage que de s'abstenir longtemps de communier, car d'ordinaire l'âme tombe par là dans un profond assoupissement.
Ô douleur! il se rencontre des chrétiens si tièdes et si lâches, qu'ils saisissent avec joie tous les prétextes pour différer à se confesser, et dès lors aussi à communier, afin de n'être pas obligés de veiller avec plus de soin sur eux-mêmes.
5. Hélas! qu'ils ont peu de piété, peu d'amour, ceux qui se privent si aisément de la sainte Communion!
Qu'il est heureux, au contraire, et agréable à Dieu, celui qui vit de telle sorte, et qui conserve sa conscience si pure, qu'il serait préparé à communier tous les jours, et communierait en effet s'il lui était permis, et qu'il pût le faire sans singularité!
Si quelqu'un s'en abstient quelquefois par humilité, ou par une cause légitime, on doit louer son respect.
Mais si sa ferveur s'est refroidie, il doit se ranimer, et faire tout ce qu'il peut; et Dieu secondera ses désirs, à cause de la droiture de sa volonté qu'il considère principalement.
6. Que si des motifs légitimes l'empêchent d'approcher de la sainte Table, il conservera toujours l'intention et le saint désir de communier; et ainsi il ne sera pas entièrement privé du fruit du Sacrement.
Quoique tout fidèle doive, à certains jours et au temps fixé, recevoir, avec un tendre respect, le Corps du Sauveur dans son Sacrement, et rechercher en cela plutôt la gloire de Dieu que sa propre consolation; cependant il peut aussi communier en esprit tous les jours, à toute heure, avec beaucoup de fruit.
Car il communie de cette manière, et se nourrit invisiblement de Jésus-Christ, toutes les fois qu'il médite avec piété les mystères de son Incarnation et de sa Passion, et qu'il s'enflamme de son amour.
7. Celui qui ne se prépare à la Communion qu'aux approches des fêtes, ou quand la coutume l'y oblige, sera souvent mal préparé.
Heureux celui qui s'offre au Seigneur en holocauste, toutes les fois qu'il célèbre le sacrifice, ou qu'il communie.
Ne soyez, en célébrant les saints mystères, ni trop lent ni trop prompt, mais conformez-vous à l'usage ordinaire et régulier de ceux avec qui vous vivez.
Il ne faut point fatiguer les autres ni leur causer d'ennui, mais suivre l'ordre commun établi par vos pères, et consulter plutôt l'utilité de tous, que votre attrait et votre piété particulière.
Qu'il faille exciter des chrétiens à s'asseoir à la Table sainte, à se nourrir du pain de vie, à recevoir en eux l'auteur et le consommateur de la foi674, le Sauveur des hommes, le Verbe de Dieu; qu'ils cherchent de tous côtés des prétextes pour se tenir éloignés de lui; qu'ils regardent comme une dure obligation le devoir qu'impose l'Église de participer, en certains temps, au corps et au sang de Jésus-Christ: c'est quelque chose de si prodigieux et tout ensemble de si effrayant, que l'âme fuit cette pensée, comme elle fuirait une vision de l'enfer. Mais, parmi les fidèles que l'amour attire au banquet sacré de l'Époux, il en est qui, abusés par de tristes et fausses doctrines, ou retenus par les scrupules d'une conscience timide à l'excès, ne se croient jamais assez préparés, et se privent volontairement de la divine Eucharistie, à cause du respect même que leur inspire cet auguste sacrement. Sans doute on doit s'éprouver soi-même; sans doute il serait à désirer que ceux qui mangent le pain des Anges, eussent toute la pureté de ces célestes esprits: mais celui qui connaît notre misère, et qui est venu la guérir, n'exige pas que l'homme soit parfait pour approcher de la source des grâces; il demande seulement qu'il se soit purifié par la pénitence, et qu'il apporte au pied de l'autel un cœur contrit et humilié675, un repentir sincère de ses fautes, une volonté droite, un amour ardent. Tandis que Jésus repousse et maudit les Pharisiens, superbes observateurs de la Loi, il accueille la femme pécheresse, il compatit à son humble douleur, il bénit ses larmes, et beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé676. Trop souvent les apparentes délicatesses de conscience qui séparent longtemps de la communion, cachent un grand et coupable orgueil. Au lieu de s'abandonner aux conseils du guide qui tient la place de Dieu, on veut se conduire et se juger soi-même: erreur funeste dont le dernier terme, le terme inévitable est ou le désespoir, ou une effroyable présomption. Ne quittez, ne quittez jamais la voie de l'obéissance: toutes les autres aboutissent à la perdition. Si l'on vous interdit l'accès de la Table sainte, abstenez-vous et pleurez; car quel sujet plus légitime de pleurs? Si l'on vous dit: Allez à Jésus dans le sacrement de son amour; approchez avec allégresse. Nulle disposition n'égale le sacrifice entier du raisonnement humain et de la volonté propre; ayez en tout et toujours la simplicité d'un petit enfant: la simplicité du cœur est chère à Dieu; il la bénit pour le temps, il la bénit pour l'éternité.
[674] Héb., XII, 2.
[675] Ps. L, 19.
[676] Luc, VII, 47.
1. Seigneur Jésus, quelles délices inondent l'âme fidèle admise à votre Table, où on ne lui présente d'autre aliment que vous-même, son unique bien-aimé, le plus cher objet de ses désirs!
Oh! qu'il me serait doux de répandre en votre présence des pleurs d'amour, et d'arroser vos pieds de mes larmes comme Magdeleine!
Mais où est cette tendre piété, et cette abondante effusion de larmes saintes?
Certes, en votre présence et celle des saints Anges, tout mon cœur devrait s'embraser et se fondre de joie.
Car vous m'êtes véritablement présent dans votre Sacrement, quoique caché sous des apparences étrangères.
2. Mes yeux ne pourraient supporter l'éclat de votre divine lumière, et le monde entier s'évanouirait devant la splendeur de votre gloire.
C'est donc pour ménager ma faiblesse que vous vous cachez sous les voiles du Sacrement.
Je possède réellement et j'adore celui que les anges adorent dans le ciel: mais je ne le vois encore que par la foi, tandis qu'ils le voient tel qu'il est et sans voile!
Il faut que je me contente de ce flambeau de la vraie foi, et que je marche à sa lumière, jusqu'à ce que luise l'aurore du jour éternel, et que les ombres des figures déclinent677.
[677] Cant., II, 17.
Mais quand ce qui est parfait sera venu678, l'usage des Sacrements cessera, parce que les bienheureux, dans la gloire céleste, n'ont plus besoin de secours.
[678] Cor., XIII, 10.
Ils se réjouissent sans fin dans la présence de Dieu, et contemplent sa gloire face à face; pénétrés de sa lumière et comme plongés dans l'abîme de sa divinité, ils goûtent le Verbe de Dieu fait chair, tel qu'il était au commencement et tel qu'il sera durant toute l'éternité.
3. Qu'au souvenir de ces merveilles, tout me soit un pesant ennui, même les consolations spirituelles! car tandis que je ne verrai point le Seigneur mon Dieu dans l'éclat de sa gloire, tout ce que je vois, tout ce que j'entends en ce monde ne m'est rien.
Vous m'êtes témoin, Seigneur, que je ne trouve nulle part de consolation, de repos en nulle créature; je ne puis en trouver qu'en vous seul, mon Dieu, que je désire contempler éternellement.
Mais cela ne peut être tant que je vivrai dans ce corps mortel.
Il faut donc que je me prépare à une grande patience, et que je soumette à votre volonté tous mes désirs.
Car vos Saints, Seigneur, qui, ravis d'allégresse, règnent maintenant avec vous dans le ciel, ont aussi, pendant qu'ils vivaient, attendu avec une grande foi et une grande patience l'avénement de votre gloire.
Je crois ce qu'ils ont cru; ce qu'ils ont espéré, je l'espère; j'ai la confiance de parvenir, aidé de votre grâce, là où ils sont parvenus.
Jusque-là, je marcherai dans la foi, fortifié par leurs exemples.
J'aurai aussi les Livres saints pour me consoler et m'instruire, et par-dessus tout votre sacré Corps, pour remède et pour refuge.
4. Car je sens que deux choses me sont ici-bas souverainement nécessaires, et que sans elles je ne pourrais porter le poids de cette misérable vie.
Enfermé dans la prison du corps, j'ai besoin d'aliments et de lumière.
C'est pourquoi vous avez donné à ce pauvre infirme votre chair sacrée, pour être la nourriture de son âme et de son corps, et votre parole pour luire comme une lampe devant ses pas679.
[679] Ps. CXVIII, 105.
Je ne pourrais vivre sans ces deux choses: car la parole de Dieu est la lumière de l'âme, et votre Sacrement le pain de vie.
On peut encore les regarder comme deux tables placées dans les trésors de l'Église.
L'une est la table de l'autel sacré, sur lequel repose un pain sanctifié, c'est-à-dire le Corps précieux de Jésus-Christ.
L'autre est la table de la loi divine, qui contient la doctrine sainte, qui enseigne la vraie foi, qui soulève le voile du sanctuaire, et nous conduit avec sûreté jusque dans le Saint des saints.
Je vous rends grâces, Seigneur Jésus, lumière de l'éternelle lumière, de nous avoir donné, par le ministère des prophètes, des apôtres et des autres docteurs, cette table de la doctrine sainte.
5. Je vous rends grâces, ô Créateur et Rédempteur des hommes, de ce qu'afin de manifester votre amour au monde, vous avez préparé un grand festin, où vous nous offrez pour nourriture, non l'agneau figuratif, mais votre très-saint Corps et votre Sang.
Dans ce sacré banquet, que partagent avec nous les Anges, mais dont ils goûtent plus vivement la douceur, vous comblez de joie tous les fidèles, et vous les enivrez du calice du salut, qui contient toutes les délices du ciel.
6. Oh! qu'elles sont grandes, qu'elles sont glorieuses les fonctions des prêtres, à qui il a été donné de consacrer le Dieu de majesté par des paroles saintes, de le bénir de leurs lèvres, de le tenir entre leurs mains, de le recevoir dans leur bouche, et de le distribuer aux autres hommes!
Oh! qu'elles doivent être innocentes les mains du prêtre, que sa bouche doit être pure, son corps saint et son âme exempte des plus légères taches, pour recevoir si souvent l'Auteur de la pureté!
Il ne doit sortir rien que de saint, rien que d'honnête, rien que d'utile, de la bouche du prêtre qui participe si fréquemment au Sacrement de Jésus-Christ.
7. Qu'ils soient simples et chastes les yeux qui contemplent habituellement le Corps de Jésus-Christ. Qu'elles soient pures et élevées au ciel, les mains qui touchent sans cesse le Créateur du ciel et de la terre.
C'est aux prêtres surtout qu'il est dit dans la Loi: Soyez saints, parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu680.
[680] Lev., XIX, 2; XX, 7.
8. Que votre grâce nous aide, ô Dieu tout-puissant, nous qui avons été revêtus du sacerdoce, afin que nous puissions vous servir dignement, avec une vraie piété et une conscience pure.
Et si nous ne pouvons vivre dans une innocence aussi parfaite que nous le devrions, accordez-nous du moins de pleurer sincèrement nos fautes, et de former, en esprit d'humilité, la ferme résolution de vous servir désormais avec plus de ferveur.
Qu'est-ce que la terre? Un lieu d'exil, une vallée de larmes, comme l'appelle l'Église. L'homme y cherche dans les ténèbres la vérité, qui est la vie de son intelligence; il y cherche, au milieu de maux sans nombre, un bien, il ne sait quel bien, immense, inépuisable, éternel, qui est la vie de son cœur: et tout ce qu'il cherche lui échappe. Le doute, l'opinion, l'erreur, fatiguent sa raison épuisée. Ce qu'il a cru des biens se change en amertume. Il trouve au fond de tout le vide et l'ennui. Est-il seul, son âme retombe avec douleur sur elle-même: il a besoin de support, et malheur à lui s'il met sa confiance dans les autres hommes! Ils se masquent pour le surprendre, ils profanent pour le tromper le nom d'ami: tandis que leur bouche lui sourit, ils lui tendent des piéges dans l'ombre, et quand à force de ruses, de mensonges et de basses noirceurs, ils l'ont enveloppé de leurs rets, tout à coup, se dévoilant, ils se ruent sur lui et le dévorent, comme l'hyène dévore sa proie. Lamentable condition! Mais Dieu n'a pas abandonné sa pauvre créature dans ces extrémités de la misère. Il l'éclaire par sa parole, il la soutient par sa grâce, il l'anime, il la console par la foi d'une vie meilleure, par l'espérance de posséder, après ces jours d'épreuve, le bien auquel elle aspire, le bien infini, qui est lui-même. Et ces dons merveilleux d'un amour inénarrable, rassemblés, concentrés, en quelque sorte, dans la divine Eucharistie, y sont offerts à nos désirs sans autre mesure que ces désirs mêmes. Toutes les fois que nous approchons de cet auguste Sacrement, nous recevons en nous la Sagesse, la Lumière incréée, le Verbe de Dieu, la Parole vivante; nous recevons l'Auteur de la grâce, le Consommateur de la foi, le gage immortel de notre espérance: la chair crucifiée pour nous s'incorpore à notre chair, le sang qui a sauvé le monde se mêle à notre sang; un saint baiser unit notre âme à l'âme du Rédempteur; sa Divinité nous pénètre, et consume en nous tout ce que le péché avait corrompu: l'ami fidèle repose dans notre sein, il nous parle, il nous dit: Pose-moi comme un sceau sur ton cœur; car l'amour est plus fort que la mort681: et alors, embrasés de cet amour ardent comme le feu682, nous ne voyons plus que le bien-aimé, nous n'avons plus de vie que la sienne, et la tristesse de notre pèlerinage s'évanouit dans les joies du Ciel.
[681] Cant., VIII, 6.
[682] Ibid.
1. Je suis l'ami de la pureté, et c'est de moi que vient toute sainteté.
Je cherche un cœur pur, et là est le lieu de mon repos.
Préparez-moi un grand Cénacle, et je célébrerai chez vous la Pâque avec mes disciples683.
[683] Marc., XIV, 15. Luc., XXII, 12.
Si vous voulez que je vienne à vous, et que je demeure en vous, purifiez-vous du vieux levain684, et nettoyez la maison de votre cœur.
[684] I. Cor., V, 7.
Bannissez-en les pensées du siècle, et le tumulte des vices.
Comme le passereau qui gémit sous un toit solitaire685, rappelez-vous vos péchés dans l'amertume de votre âme.
[685] Ps. CI, 8.
Car un ami prépare toujours à son ami le lieu le meilleur et le plus beau; et c'est ainsi qu'il lui fait connaître avec quelle affection il le reçoit.
2. Sachez cependant que vous ne pouvez, quels que soient vos propres efforts, vous préparer dignement, quand vous y emploieriez une année entière, sans vous occuper d'autre chose.
Mais c'est par ma grâce et ma seule bonté qu'il vous est permis d'approcher de ma table, comme un mendiant invité au festin du riche, et qui n'a, pour reconnaître ce bienfait, que d'humbles actions de grâces.
Faites ce qui est en vous, et faites-le avec un grand soin. Recevez, non pour suivre la coutume ou pour remplir un devoir rigoureux, mais avec crainte, avec respect, avec amour, le corps du Seigneur bien-aimé, de votre Dieu, qui daigne venir à vous.
C'est moi qui vous appelle, qui vous commande de venir: je suppléerai à ce qui vous manque; venez et recevez-moi.
3. Lorsque je vous accorde le don de la ferveur, remerciez-en votre Dieu: car ce n'est pas que vous en soyez digne, mais parce que j'ai eu pitié de vous.
Si vous vous sentez, au contraire, aride, priez avec instance, gémissez et ne cessez point de frapper à la porte, jusqu'à ce que vous obteniez quelque miette de ma table, ou une goutte des eaux salutaires de la grâce.
Vous avez besoin de moi, et je n'ai pas besoin de vous. Vous ne venez pas à moi pour me sanctifier; mais c'est moi qui viens à vous pour vous rendre meilleur et plus saint.
Vous venez pour que je vous sanctifie, et pour vous unir à moi, pour recevoir une grâce nouvelle, et vous enflammer d'une nouvelle ardeur d'avancer dans la vertu.
Ne négligez point cette grâce; mais préparez votre cœur avec un soin extrême, et recevez-y votre bien-aimé.
4. Mais il ne faut pas seulement vous exciter à la ferveur avant la Communion, il faut encore travailler à vous y conserver après; et la vigilance qui la doit suivre n'est pas moins nécessaire que la préparation qui la précède: car cette vigilance est elle-même la meilleure préparation pour obtenir une grâce plus grande.
Rien, au contraire, n'éloigne davantage des dispositions où l'on doit être pour communier, que de se trop répandre au dehors en sortant de la Table sainte.
Parlez peu, retirez-vous dans un lieu secret, et jouissez de votre Dieu.
Car vous possédez celui que le monde entier ne peut vous ravir.
Je suis celui à qui vous vous devez donner sans réserve; de sorte que, dégagé de toute inquiétude, vous ne viviez plus en vous, mais en moi.
La préparation à la Pâque nouvelle comprend deux choses: il faut purifier le Cénacle, et il faut l'orner; c'est-à-dire que, pour recevoir dignement le corps et le sang de Jésus-Christ, l'âme doit être avant tout exempte de souillures, elle doit avoir été lavée dans les eaux de la pénitence, et ensuite s'être exercée à la pratique des vertus, qui la rendent agréable à Dieu. Ce qui plaît au Seigneur, ce qui attire ses grâces, c'est une profonde humilité686, un souverain mépris de soi-même, une foi vive, un abandon parfait à ses volontés, le détachement de la terre et le désir des biens célestes, la charité qui est douce, patiente, qui n'est point jalouse, qui n'agit point témérairement, qui ne s'enfle point d'orgueil, qui n'est point ambitieuse, qui ne cherche point ses intérêts, qui ne s'aigrit de rien, ne soupçonne point le mal, ne se réjouit point de l'injustice, mais se réjouit de la vérité; qui souffre tout, croit tout, espère tout, supporte tout687: charité vraiment divine, et, selon la doctrine du grand apôtre, préférable à tout ce qu'il y a de plus élevé. Quand je parlerais toutes les langues des hommes et le langage des Anges, si je n'ai point la charité, je suis comme un airain sonnant, ou une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le don de prophétie, quand je pénétrerais tous les mystères, et que je posséderais toute science, quand j'aurais la foi parfaite jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai point la charité, je ne suis rien. Et quand j'aurais distribué tous mes biens pour nourrir les pauvres, et livré mon corps aux flammes, si je n'ai point la charité, tout cela ne me sert de rien688. Âme chrétienne; qui aspirez au banquet nuptial, imitez donc les Vierges sages; prenez de l'huile, allumez votre lampe, pour aller au-devant de l'Époux689; car celles dont les lampes seront éteintes, entendront cette parole terrible: En vérité je ne vous connais point690.