[686] I. Petr., V, 5.

[687] Cor., XIII, 4–7.

[688] I. Cor., XIII, 1–3.

[689] Luc., XXV, 4 et seq.

[690] Ibid., 12.

CHAPITRE XIII.
Que le fidèle doit désirer de tout son cœur de s'unir à Jésus-Christ dans la Communion.

VOIX DU DISCIPLE.

1. Qui me donnera, Seigneur, de vous trouver seul, et de vous ouvrir tout mon cœur, et de jouir de vous comme mon âme le désire; de sorte que je ne sois plus pour personne un objet de mépris, et, qu'étranger à toute créature, vous me parliez seul, et moi à vous, comme un ami parle à son ami, et s'assied avec lui à la même table?

Ce que je demande, ce que je désire, c'est d'être uni tout entier à vous, que mon cœur se détache de toutes les choses créées, et que, par la sainte Communion et la fréquente célébration des divins mystères, j'apprenne à goûter les choses du ciel et de l'éternité.

Ah! Seigneur mon Dieu, quand, m'oubliant tout à fait moi-même, serai-je parfaitement uni à vous, et absorbé en vous?

Que je sois en vous, et vous en moi, et que cette union soit inaltérable!

2. Vous êtes vraiment mon bien-aimé, choisi entre mille691, en qui mon âme se complaît, et veut demeurer à jamais.

[691] Cant., V, 10.

Vous êtes le Roi pacifique692; en vous est la paix souveraine et le vrai repos; hors de vous, il n'y a que travail, douleur, misère infinie.

[692] I. Paralip., XXII, 9.

Vous êtes vraiment un Dieu caché; vous vous éloignez des impies, mais vous aimez à converser avec les humbles et les simples693.

[693] Is., XIV, 15. Prov., III, 32.

Oh! que votre tendresse est touchante, Seigneur, vous qui, pour montrer à vos enfants tout votre amour, daignez les rassasier d'un pain délicieux qui descend du ciel694!

[694] Offic. du S. Sacrem.

Certes, nul autre peuple, quelque grand qu'il soit, n'a des dieux qui s'approchent de lui695, comme vous, mon Dieu; vous vous rendez présent à tous vos fidèles, vous donnant vous-même à eux chaque jour, pour être leur nourriture, et pour qu'ils jouissent de vous, afin de les consoler et d'élever leur cœur vers le ciel.

[695] Deut., IV, 7.

3. Quel est le peuple, en effet, comparable au peuple chrétien? quelle est, sous le ciel, la créature aussi chérie que l'âme fervente en qui Dieu daigne entrer pour la nourrir de sa chair glorieuse?

Ô faveur ineffable! ô condescendance merveilleuse! ô amour infini, qui n'a été montré qu'à l'homme!

Mais que rendrai-je au Seigneur pour cette grâce, pour cette immense charité?

Je ne puis rien offrir à mon Dieu qui lui soit plus agréable, que de lui donner mon cœur sans réserve, et de m'unir intimement à lui.

Alors mes entrailles tressailliront de joie, lorsque mon âme sera parfaitement unie à Dieu.

Alors il me dira: Si vous voulez être avec moi, je veux être avec vous. Et je lui répondrai: Daignez demeurer avec moi, Seigneur; je désire ardemment d'être avec vous. Tout mon désir est que mon cœur vous soit uni.

RÉFLEXION.

«Je m'abandonne à vous, ô mon Dieu: à votre unité pour être fait un avec vous; à votre infinité et à votre immensité incompréhensible, pour m'y perdre et m'y oublier moi-même; à votre sagesse infinie, pour être gouverné selon vos desseins, et non pas selon mes pensées; à vos décrets éternels, connus et inconnus, pour m'y conformer, parce qu'ils sont tous également justes; à votre éternité, pour en faire mon bonheur; à votre toute-puissance, pour être toujours sous votre main; à votre bonté paternelle, afin que, dans le temps que vous m'avez marqué, vous receviez mon esprit entre vos bras; à votre justice, autant qu'elle justifie l'impie et le pécheur, afin que, d'impie et de pécheur, vous le fassiez juste et saint. Il n'y a qu'à cette justice qui punit les crimes que je ne veux pas m'abandonner; car ce serait m'abandonner à la damnation que je mérite; et néanmoins, Seigneur, elle est sainte, cette justice, comme tous vos autres attributs; elle est sainte et ne doit pas être privée de son sacrifice. Il faut donc aussi m'y abandonner, et voici que Jésus-Christ se présente, afin que je m'y abandonne en lui et par lui696

[696] Bossuet.

CHAPITRE XIV.
Du désir ardent que quelques âmes saintes ont de recevoir le Corps de Jésus-Christ.

VOIX DU DISCIPLE.

1. Combien est grande, ô mon Dieu, l'abondance de douceur que vous avez réservée à ceux qui vous craignent697!

[697] Ps. XXX, 23.

Quand je viens à considérer avec quel désir et quel amour quelques âmes fidèles s'approchent, Seigneur, de votre sacrement, alors je me confonds souvent en moi-même, et je rougis de me présenter à votre autel et à la table sacrée de la Communion, avec tant de froideur et de sécheresse; d'y porter un cœur si aride, si tiède, et de ne point ressentir cet attrait puissant, cette ardeur qu'éprouvent quelques-uns de vos serviteurs, qui, en se disposant à vous recevoir, ne sauraient retenir leurs larmes, tant le désir qui les presse est grand, et leur émotion profonde.

Ils ont soif de vous, ô mon Dieu, qui êtes la source d'eau vive; et leur cœur et leur bouche s'ouvrent également pour s'y désaltérer. Rien ne peut rassasier ni tempérer leur faim que votre sacré Corps, qu'ils reçoivent avec une sainte avidité et les transports d'une joie ineffable.

2. Oh! que cette ardente foi est une preuve sensible de votre présence dans le sacrement!

Car ils reconnaissent véritablement le Seigneur dans la fraction du pain, ceux dont le cœur est tout brûlant, lorsque Jésus est avec eux698.

[698] Luc., XXIV, 49.

Qu'une affection si tendre, un amour si vif, est souvent loin de moi!

Soyez-moi propice, ô bon Jésus, plein de douceur et de miséricorde! Ayez pitié d'un pauvre mendiant, et faites que j'éprouve, au moins quelquefois, dans la sainte Communion, quelques mouvements de cet amour qui embrase tout le cœur, afin que ma foi s'affermisse, que mon espérance en votre bonté s'accroisse, et qu'enflammé par cette manne céleste, jamais la charité ne s éteigne en moi.

3. Dieu de bonté, vous êtes tout-puissant pour m'accorder la grâce que j'implore, pour me remplir de l'esprit de ferveur, et me visiter dans votre clémence, quand le jour choisi par vous sera venu.

Car encore que je ne brûle pas de la même ardeur que ces âmes pieuses, cependant, par votre grâce, j'aspire à leur ressembler, désirant et demandant d'être compté parmi ceux qui ont pour vous un si vif amour, et d'entrer dans leur société sainte.

RÉFLEXION.

Avant le jour de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père; comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin699. Ce fut alors qu'il institua la divine Eucharistie, comme pour perpétuer sa demeure au milieu des disciples qu'il avait aimés, et de tous ceux qu'il aimerait jusqu'à la consommation des siècles, accomplissant ainsi cette promesse: Je ne vous laisserai pas orphelins; je viendrai à vous700: et il est venu, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité701. Il est vrai que sa présence se dérobe à nos sens; mais elle n'en est ni moins réelle, ni moins efficace: ainsi je crois, Seigneur; ainsi j'adore. Si Jésus-Christ, en se donnant à nous dans le Sacrement de l'autel, ne se couvrait pas d'un voile, s'il ne retenait pas en soi une partie de sa lumière, s'il se montrait selon tout ce qu'il est, plus beau qu'aucun des enfants des hommes702, et avec une tendresse ineffable aspirant de s'unir à nous, corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit703, notre frêle humanité ne pourrait supporter le poids d'une félicité semblable, et l'âme briserait ses liens mortels. C'est pourquoi le divin Sauveur a voulu ne se rendre visible qu'à la foi seule; et la foi suffit pour embraser de telles ardeurs les vrais fidèles, qu'il n'est rien sur la terre de comparable à leur amour. Aucune langue ne peut exprimer ce qui se passe, dans le secret du cœur, entre l'Époux et l'Épouse: ces transports, ce calme, ces élans du désir, cette joie de la possession, ces chastes embrassements de deux âmes perdues l'une dans l'autre, cette douce langueur, ces paroles brûlantes, ce silence plus ravissant. Ah! si vous saviez le don de Dieu, et quel est celui qui vous dit: Donnez-moi à boire, vous lui demanderiez vous-même, et il vous donnerait de l'eau vive704. Tous les saints lui ont demandé, et il a entendu leur voix, et il les a désaltérés à la source éternelle. Demandez aussi, priez, suppliez: l'Esprit et l'Épouse disent: Venez. Et que celui qui écoute, dise: Venez. Que celui qui a soif vienne, et que celui qui veut, reçoive gratuitement l'eau qui donne la vie. Et l'Époux dit: Je viens. Ainsi soit-il! Venez, Seigneur Jésus705.

[699] Joann., XIII, 1.

[700] Ibid., XIV, 18.

[701] Ibid., I, 14.

[702] Ps. XLIV.

[703] Bossuet.

[704] Joann., IV, 10.

[705] Apoc., XXII. 17, 20.

CHAPITRE XV.
Que la grâce de la dévotion s'acquiert par l'humilité et l'abnégation de soi-même.

VOIX DU BIEN-AIMÉ.

1. Il faut désirer ardemment la grâce de la ferveur, ne vous lasser jamais de la demander, l'attendre patiemment et avec confiance, la recevoir avec gratitude, la conserver avec humilité, concourir avec zèle à son opération, et, jusqu'à ce que Dieu vienne à vous, ne vous point inquiéter en quel temps et de quelle manière il lui plaira de vous visiter.

Vous devez surtout vous humilier, lorsque vous ne sentez en vous que peu ou point de ferveur; mais ne vous laissez point trop abattre, et ne vous affligez point avec excès.

Souvent Dieu donne en un moment ce qu'il a longtemps refusé; il accorde quelquefois à la fin de la prière, ce qu'il a différé de donner au commencement.

2. Si la grâce était toujours donnée aussitôt qu'on la désire, ce serait une tentation pour la faiblesse de l'homme.

C'est pourquoi l'on doit attendre la grâce de la ferveur avec une confiance ferme et une humble patience.

Lorsqu'elle vous est cependant ou refusée ou ôtée secrètement, ne l'imputez qu'à vous-même et à vos péchés.

C'est souvent peu de chose qui arrête, ou qui affaiblit la grâce; si pourtant l'on peut appeler peu de chose, et si l'on ne doit pas plutôt compter pour beaucoup, ce qui nous prive d'un si grand bien.

Mais, quel que soit cet obstacle, si vous le surmontez parfaitement, vous obtiendrez ce que vous demandez.

3. Car, dès que vous vous serez donné à Dieu de tout votre cœur, et que, cessant d'errer d'objets en objets au gré de vos désirs, vous vous serez remis entièrement entre ses mains, vous trouverez la paix dans cette union, parce que rien ne vous sera doux que ce qui peut lui plaire.

Quiconque élèvera donc son intention vers Dieu avec un cœur simple, et se dégagera de tout amour et de toute aversion déréglée des créatures, sera propre à recevoir la grâce, et digne du don de la ferveur.

Car Dieu répand sa bénédiction où il trouve des vases vides; et plus un homme renonce parfaitement aux choses d'ici-bas, plus il se méprise et meurt à lui-même, plus la grâce vient à lui promptement, plus elle remplit son cœur, et l'affranchit et l'élève.

4. Alors, ravi d'étonnement, il verra ce qu'il n'avait point vu, et il sera dans l'abondance, et son cœur se dilatera, parce que le Seigneur est avec lui, et qu'il s'est lui-même remis sans réserve et pour toujours entre ses mains.

C'est ainsi que sera béni l'homme qui cherche Dieu de tout son cœur, et qui n'a pas reçu son âme en vain706.

[706] Ps. XXIII, 4.

Ce disciple fidèle, en recevant la sainte Eucharistie, mérite d'obtenir la grâce d'une union plus grande avec le Seigneur, parce qu'il ne considère point ce qui lui est doux, ce qui le console, mais, au-dessus de toute douceur et de toute consolation, l'honneur et la gloire de Dieu.

RÉFLEXION.

Bien qu'on doive aimer Dieu pour lui seul, il est permis de désirer ses dons, pourvu qu'on demeure pleinement soumis à sa volonté sainte. Les grâces les plus précieuses ne sont pas toujours les grâces senties, celles qui, pour ainsi dire, inondent l'âme de lumière et de joie. Elles peuvent, si l'on n'y prend garde, exciter la vaine complaisance. Souvent il est plus sûr de marcher en cette vie dans les ténèbres de la pure foi, d'être éprouvé par la tristesse, la souffrance, l'amertume, et de porter la Croix intérieure comme Jésus, lorsqu'il s'écriait: Mon Père! pourquoi m'avez-vous délaissé707? Alors tout orgueil est abattu; on ne trouve en soi qu'infirmité; on s'humilie sous la main qui frappe, mais qui frappe pour guérir, et ce saint exercice d'abnégation, plus méritoire pour l'âme fidèle et plus agréable à Dieu qu'aucune ferveur sensible, attendrit le céleste Époux et le ramène près de l'Épouse qui, privée de son bien-aimé, veillait dans sa douleur, semblable au passereau solitaire qui gémit sous le toit708. Il se découvre à elle dans la divine Eucharistie; il la console, il essuie ses larmes, il lui prodigue ses chastes caresses, il l'embrase de son amour, comme les disciples d'Emmaüs, alors qu'ils disaient: Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et nous ouvrait les Écritures709? Seigneur, je m'avoue indigne de goûter ces ravissantes douceurs. Je connais mon iniquité, et mon péché est sans cesse devant moi710. Que me devez-vous, sinon la rigueur et le châtiment? Et toutefois j'oserai implorer votre miséricorde immense: je m'approcherai, le front contre terre, de la source d'eau vive, espérant que votre pitié en laissera tomber quelques gouttes sur mon âme aride. Accordez-moi, Seigneur, ce rafraîchissement avant que je m'en aille, et bientôt je ne serai plus711.

[707] Marc., XV, 34.

[708] Ps. CI, 8.

[709] Luc., XXIV, 32.

[710] Ps. L, 5.

[711] Ps. XXVIII, 14.

CHAPITRE XVI.
Qu'il faut dans la Communion exposer ses besoins à Jésus-Christ, et lui demander sa grâce.

VOIX DU DISCIPLE.

1. Seigneur plein de tendresse et de bonté, que je désire recevoir en ce moment avec un pieux respect, vous connaissez mon infirmité et mes pressants besoins; vous savez en combien de maux et de vices je suis plongé, quelles sont mes peines, mes tentations, mes troubles et mes souillures.

Je viens à vous chercher le remède, pour obtenir un peu de soulagement et de consolation.

Je parle à celui qui sait tout, qui voit tout ce qu'il y a de plus secret en moi, et qui seul peut me secourir et me consoler parfaitement.

Vous savez quels biens me sont principalement nécessaires, et combien je suis pauvre en vertus.

2. Voilà que je suis devant vous, pauvre et nu, demandant votre grâce, implorant voire miséricorde.

Rassasiez ce mendiant affamé, réchauffez ma froideur du feu de votre amour, éclairez mes ténèbres par la lumière de votre présence.

Changez pour moi toutes les choses de la terre en amertume; faites que tout ce qui m'est dur et pénible, fortifie ma patience: que je méprise et que j'oublie tout ce qui est créé, tout ce qui passe.

Élevez mon cœur à vous dans le ciel, et ne me laissez pas errer sur la terre.

Que, de ce moment et à jamais, rien ne me soit doux que vous seul, parce que vous seul êtes ma nourriture, mon breuvage, mon amour, ma joie, ma douceur et tout mon bien.

3. Oh! que ne puis-je, enflammé, embrasé par votre présence, être transformé en vous, de sorte que je devienne un même esprit avec vous, par la grâce d'une union intime, et par l'effusion d'un ardent amour!

Ne souffrez pas que je m'éloigne de vous sans m'être rassasié et désaltéré; mais usez envers moi de la même miséricorde dont vous avez souvent usé avec vos Saints d'une manière si merveilleuse.

Qui pourrait s'étonner qu'en m'approchant de vous je fusse entièrement consumé de votre ardeur, puisque vous êtes un feu qui brûle toujours et ne s'éteint jamais, un amour qui purifie les cœurs, et qui éclaire l'intelligence?

RÉFLEXION.

Ce n'est point en nous efforçant d'élever notre esprit à de sublimes pensées, que nous recueillerons le fruit de la sainte Communion; mais en adorant, pleins d'amour, Jésus-Christ en nous, en lui ouvrant notre cœur avec une grande confiance et une grande simplicité, comme un ami parle à son ami712. Nous avons des besoins, il faut les lui exposer. Nous sommes couverts de plaies, il faut les lui montrer, afin qu'il les lave dans son divin sang. Nous sommes faibles, il faut lui demander de ranimer nos forces. Nous sommes nus, affamés, altérés; il faut lui dire: Ayez pitié de ce pauvre mendiant. De lui découlent toutes les grâces. Écoutez ses paroles: Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, encore qu'il soit mort, il vivra: et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra point à jamais. Croyez-vous ainsi713? «Ô chrétien! je ne te dis plus rien: c'est Jésus-Christ qui te parle en la personne de Marthe; réponds avec elle. Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde714. Ajoutez avec saint Paul: Afin de sauver les pécheurs, desquels je suis le premier715. Crois donc, âme chrétienne, adore, espère, aime. Ô Jésus! ôtez les voiles, et que je vous voie. Ô Jésus! parlez dans mon cœur, et faites que je vous écoute. Parlez, parlez, parlez; Il n'y a plus qu'un moment: parlez. Donnez-moi des larmes pour vous répondre: frappez la pierre; et que les eaux d'un amour plein d'espérance, pénétré de reconnaissance, coulent jusqu'à terre716

[712] Levit., XXXIII, 11.

[713] Joann., XI, 25, 26.

[714] Joann., XI, 27.

[715] I. Tim., I, 15.

[716] Bossuet.

CHAPITRE XVII.
Du désir ardent de recevoir Jésus-Christ.

VOIX DU DISCIPLE.

1. Seigneur, je désire vous recevoir avec un pieux et ardent amour, avec toute la tendresse et l'affection de mon cœur, comme vous ont désiré dans la Communion tant de Saints et de fidèles qui vous étaient si chers, à cause de leur vie pure et de leur fervente piété.

Ô mon Dieu! Amour éternel, mon unique bien, ma félicité toujours durable, je désire vous recevoir avec toute la ferveur, tout le respect qu'ait jamais pu ressentir aucun de vos Saints.

2. Et quoique je sois indigne d'éprouver ces admirables sentiments d'amour, je vous offre cependant toute l'affection de mon cœur, comme si j'étais animé seul de ces désirs enflammés qui vous sont si agréables.

Tout ce que peut concevoir et désirer une âme pieuse, je vous le présente, je vous l'offre, avec un respect profond et une vive ardeur.

Je ne veux rien me réserver; mais je veux vous offrir sans réserve le sacrifice de moi-même et de tout ce qui est à moi.

Seigneur mon Dieu, mon Créateur et mon Rédempteur, je désire vous recevoir aujourd'hui avec autant de ferveur et de respect, avec autant de zèle pour votre gloire, avec autant de reconnaissance, de sainteté, d'amour, de foi, d'espérance et de pureté, que vous désira et vous reçut votre sainte Mère, la glorieuse Vierge Marie; lorsque, l'Ange lui annonçant le mystère de l'Incarnation, elle répondit avec une pieuse humilité: Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole717.

[717] Luc., I, 38.

3. Et de même que votre bienheureux précurseur, le plus grand des Saints, Jean-Baptiste, lorsqu'il était encore dans le sein de sa mère, tressaillit de joie en votre présence, par un mouvement du Saint-Esprit, et que, vous voyant ensuite converser avec les hommes, il disait avec un tendre amour et en s'humiliant profondément: L'ami de l'époux, qui est près de lui et qui l'écoute, est ravi d'allégresse, parce qu'il entend la voix de l'époux718; ainsi je voudrais être embrasé des plus saints, des plus ardents désirs, et m'offrir à vous de toute l'affection de mon cœur.

[718] Joann., III, 29.

C'est pourquoi je vous offre tous les transports d'amour et de joie, les extases, les ravissements, les révélations, les visions célestes de toutes les âmes saintes, avec les hommages que vous rendent et vous rendront à jamais toutes les créatures dans le ciel et sur la terre; je vous les offre ainsi que leurs vertus, pour moi et pour tous ceux qui se sont recommandés à mes prières, afin qu'ils célèbrent dignement vos louanges, et vous glorifient éternellement.

4. Seigneur mon Dieu, recevez mes vœux, et le désir qui m'anime de vous louer, de vous bénir, avec l'amour immense, infini, dû à votre ineffable grandeur.

Voilà ce que je vous offre, et ce que je voudrais vous offrir chaque jour et à chaque moment; et je prie et je conjure, de tout mon cœur, tous les esprits célestes et tous vos fidèles serviteurs, de s'unir à moi pour vous louer, et vous rendre de dignes actions de grâces.

5. Que tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues vous bénissent, et célèbrent, dans des transports de joie et d'amour, la douceur et la sainteté de votre nom.

Que tous ceux qui offrent, avec révérence et avec piété, les divins mystères, et qui les reçoivent avec une pleine foi, trouvent devant vous grâce et miséricorde, et qu'ils prient avec instance pour moi, pauvre pécheur.

Et lorsque après s'être unis à vous, selon leurs pieux désirs, ils se retireront de la Table sainte, rassasiés et consolés merveilleusement, qu'ils daignent se souvenir de moi, qui languis dans l'indigence.

RÉFLEXION.

«Que cet adorable Sacrement opère en moi, ô mon Sauveur! la rémission de mes péchés; que ce sang divin me purifie; qu'il lave toutes les taches qui ont souillé cette robe nuptiale dont vous m'aviez revêtu dans le baptême, afin que je puisse m'asseoir avec assurance au banquet des noces de votre Fils. Je suis, je l'avoue, une âme pécheresse, une épouse infidèle, qui ai manqué une infinité de fois à la foi donnée: Mais revenez, me dites-vous, ô Seigneur! revenez, je vous recevrai719: pourvu que vous ayez repris votre première robe, et que vous portiez, dans l'anneau que l'on vous met au doigt, la marque de l'union où le Verbe divin entre avec vous. Rendez-moi cet anneau mystique: revêtez-moi de nouveau, ô mon Père, comme un enfant prodigue qui retourne à vous, de cette robe de l'innocence et de la sainteté que je dois apporter à votre Table. C'est l'immortelle parure que vous nous demandez, vous qui êtes en même temps l'époux, le convive et la victime immolée qu'on nous donne à manger. C'est à cette Table mystérieuse que l'on trouve l'accomplissement de cette parole: Qui me mange vivra pour moi720. Qu'elle s'accomplisse en moi, ô mon Sauveur! que j'en sente l'effet: transformez-moi en vous, et que ce soit vous-même qui viviez en moi. Mais, pour cela, que je m'approche de ce céleste repos avec les habits les plus magnifiques; que j'y vienne avec toutes les vertus; que j'y coure avec une joie digne d'un tel festin et de la viande immortelle que vous m'y donnez721

[719] Jer., III, 1.

[720] Joann., VI, 58.

[721] Bossuet.

CHAPITRE XVIII.
Qu'on ne doit point chercher à pénétrer le mystère de l'Eucharistie, mais qu'il faut soumettre ses sens à la Foi.

VOIX DU BIEN-AIMÉ.

1. Gardez-vous du désir curieux et inutile de sonder ce profond mystère, si vous ne voulez pas vous plonger dans un abîme de doutes.

Celui qui scrute la majesté sera accablé par la gloire722.

[722] Prov., XXV, 27.

Dieu peut faire plus que l'homme ne peut comprendre.

On ne défend pas une humble et pieuse recherche de la vérité, pourvu qu'on soit toujours prêt à se laisser instruire, et qu'on s'attache fidèlement à la sainte doctrine des Pères.

2. Heureuse la simplicité qui laisse le sentier des questions difficiles, pour marcher dans la voie droite et sûre des commandements de Dieu.

Plusieurs ont perdu la piété en voulant approfondir ce qui est impénétrable.

Ce qu'on demande de vous, c'est la foi et une vie pure, et non une intelligence qui pénètre la profondeur des mystères de Dieu.

Si vous ne comprenez pas ce qui est au-dessous de vous, comment comprendrez-vous ce qui est au-dessus?

Soumettez-vous humblement à Dieu, captivez votre raison sous le joug de la foi; et vous recevrez la lumière de la science, selon qu'il vous sera utile ou nécessaire.

3. Plusieurs sont violemment tentés sur la foi à ce Sacrement; mais il faut l'imputer moins à eux qu'à l'ennemi.

Ne vous troublez point, ne disputez point avec vos pensées, ne répondez point aux doutes que le démon vous suggère; mais croyez à la parole de Dieu, croyez à ses Saints et à ses Prophètes, et l'esprit de malice s'enfuira loin de vous.

Il est souvent très-utile à un serviteur de Dieu d'être éprouvé ainsi.

Car le démon ne tente point les infidèles et les pécheurs qui sont à lui déjà; mais il attaque et tourmente de diverses manières les âmes pieuses et fidèles.

4. Allez donc avec une foi simple et inébranlable, et recevez le Sacrement avec un humble respect, vous reposant sur la toute-puissance de Dieu, de ce que vous ne pourrez comprendre.

Dieu ne trompe point; mais celui qui se croit trop lui-même est souvent trompé.

Dieu s'approche des simples; il se révèle aux humbles, il donne l'intelligence aux petits723, et il cache sa grâce aux curieux et aux superbes.

[723] Ps. CXVIII, 130.

La raison de l'homme est faible, et se trompe aisément; mais la vraie foi ne peut être trompée.

5. La raison et toutes les recherches naturelles doivent suivre la foi, et non la précéder ni la combattre.

Car la foi et l'amour s'élèvent par-dessus tout, et opèrent d'une manière inconnue dans le très-saint et très-auguste Sacrement.

Dieu éternel, immense, infiniment puissant, fait dans le ciel et sur la terre des choses grandes, incompréhensibles, et nul ne saurait pénétrer ses merveilles.

Si les œuvres de Dieu étaient telles que la raison de l'homme pût aisément les comprendre, elles cesseraient d'être merveilleuses et ne pourraient être appelées ineffables.

RÉFLEXION.

L'impie veut savoir, et c'est là sa perte. Il demande le salut à la science, il le demande à l'orgueil, il se le demande à lui-même: et du fond de son intelligence ténébreuse, de sa nature impuissante et dégradée, sort une réponse de mort. Chrétiens, ne l'oubliez jamais, le juste vit de la foi724. Vivez donc de la foi, en vivant de l'adorable Eucharistie, qui en est la plus forte comme la plus douce épreuve. Celui qui est la voie, la vérité, la vie725, Jésus-Christ, fils de Dieu, a parlé; il a dit: Ceci est mon corps, ceci est mon sang726. Le croyez-vous ainsi727? Oui, je le crois ainsi, Seigneur. Le ciel et la terre passeront, mais vos paroles ne passeront point728. Je crois et je confesse que ce qui était du pain est vraiment votre corps, que ce qui était du vin est vraiment votre sang. Mon esprit se soumet, et impose silence aux sens révoltés. Dieu a tant aimé l'homme qu'il a donné pour lui son fils unique729: et pour compléter, pour perpétuer à jamais ce grand don, le Fils aussi se donne à l'homme, tous les jours, à la Table sainte, réellement et substantiellement. Encore un coup, je crois, Seigneur, je crois à l'amour que Dieu a eu pour nous730, à l'amour du Père, à l'amour du Fils; et cet amour infini explique tout, éclaircit tout, satisfait à tout. Qu'importe que nous comprenions? Ne savons-nous pas que vos voies sont impénétrables731, et que celui qui scrute la majesté sera opprimé par la gloire732? Notre bonheur est de croire sans comprendre; notre bonheur est de nous plonger les yeux fermés et de nous perdre dans l'abîme incompréhensible de votre amour. Que la raison superbe et contentieuse se taise donc: qu'elle cesse d'opposer insolemment sa faiblesse à votre toute-puissance. À ses doutes, à ses demandes curieuses, nous n'avons qu'une réponse: Dieu a tant aimé! et cette réponse suffit, et nulle autre ne suffit sans elle. Elle pénètre comme une vive lumière, au fond du cœur en état de l'entendre, du cœur qui croit à l'amour, qui sait et qui sent ce que c'est que d'aimer. Vous vous étonnez qu'un Dieu se cache sous les faibles apparences d'un pain terrestre et corruptible, que le Sauveur des hommes se soit fait leur aliment; vous hésitez, votre foi chancelle: c'est que vous n'aimez pas! et vous, âmes croyantes, âmes fidèles, allez à l'autel avec joie, fermeté, confiance; allez à Jésus, allez au banquet mystérieux de l'amour. «Et où irions-nous, Seigneur? Quoi! à la chair et au sang, à la raison, à la philosophie? aux sages du monde? aux murmurateurs, aux incrédules, à ceux qui sont encore tous les jours à nous demander: Comment nous peut-il donner sa chair à manger? comment est-il dans le ciel, si, en même temps, on le mange sur la terre? Non, Seigneur, nous ne voulons point aller à eux, ni suivre ceux qui vous quittent. Nous suivrons saint Pierre, et nous dirons733: Maître, où irions-nous? vous avez les paroles de la vie éternelle734

[724] Rom., I, 17.