Que crois-tu qu’Alexandre, en ravageant la terre,
Cherche parmi l’horreur, le tumulte et la guerre?
(Boileau, Épit. V.)
Il y porta la flamme, et parmi le carnage,
Parmi les traits, le feu, le trouble, le pillage, etc.
(Voltaire, Mérope, act. III, sc. 5.)

Mais on ne peut pas dire comme Racine:

Mais parmi ce plaisir quel chagrin me dévore?
(Britannicus, act. II, sc 6.)

PAROI.

Locut. vic. Les parois sont faits solidement.
Locut. corr. Les parois sont faites solidement.

«On va confectionner de nouveaux projectiles dont les parois seront plus épais,» disait un journal de décembre 1832. L’auteur de cette phrase a commis une erreur qui se reproduit assez souvent. Il faut dire des parois épaisses.


PART (FAIRE).

Locut. vic. Je vous fais part que je suis arrivé.
Locut. corr. Je vous fais part de mon arrivée.

Faire part doit toujours être suivi de la préposition de, et non de la conjonction que. Dans la phrase suivante, il fallait donc remplacer ce verbe par un autre. «Une lettre de Constantinople nous fait part que le départ des troupes turques a été ordonné par le grand-visir lui-même.» On pouvait dire: Une lettre de Constantinople nous annonce, nous apprend que, etc.


PARTIR.

Locut. vic.   Quand je partis en voyage.
Il est parti à la campagne.
 
Locut. corr.   Quand j’allai en voyage.
Il est parti pour la campagne.

Quand on part, on ne va pas toujours en voyage, mais quand on va en voyage, on part bien certainement. Il y a donc, pour cette dernière raison, pléonasme dans cette locution partir en voyage.

Féraud a blâmé avec raison le P. Barre d’avoir écrit «Le Pape fit partir aussi Brunon à Cologne» (Hist. générale d’Allemagne). C’est la préposition pour qu’il faut dans cette phrase, au lieu de la préposition à.


PARU.

Locut. vic. Avez-vous le dernier volume paru.
Locut. corr. Avez-vous le dernier volume publié ou qui a paru.

Paraître étant un verbe neutre conjugué avec l’auxiliaire avoir, ne peut régulièrement avoir un participe passif. Cette faute est de même nature que celle qu’on a si souvent reprochée à Racine:

Ce héros expiré
N’a laissé dans nos bras qu’un corps défiguré.
(Phèdre, act. V, sc. 6.)

PAS.

Locut. vic. Il n’y a pas que votre ami qui l’aime.
Locut. corr. Votre ami n’est pas le seul qui l’aime.

L’emploi de la conjonction que après la négative pas, comme dans les phrases suivantes: Il n’y a pas que vos amis qui aient voyagé en Amérique; le pays n’a pas que cette seule espérance, produit, selon nous, l’effet le plus désagréable. Nous ne croyons pas avoir jamais vu dans nos bons écrivains des exemples de cette barbare construction, et nous aimons à penser qu’on en chercherait vainement. Nous avons emprunté ceux que nous citons ici à des journalistes, et à des journalistes encore qui épluchent parfois avec beaucoup de minutie et de sévérité le style de leurs confrères dans l’art d’écrire, et qui sont loin fort souvent de leur offrir l’exemple du bon goût, comme ils paraissent cependant avoir la bonhomie de le croire. Pourquoi ne pas dire: Vos amis ne sont pas les seules personnes qui aient voyagé en Amérique; le pays n’est pas réduit à cette seule espérance? Avec un certain nombre de locutions analogues a celle-ci: il n’y a pas que, notre langue ne soutiendrait certainement pas long-temps la réputation d’élégance que lui ont acquise nos bons écrivains.


PAS, POINT.

Locut. vic.   Il n’a point beaucoup d’esprit.
Comment ce jeune homme s’instruirait-il; il ne lit pas.
 
Locut. corr.   Il n’a pas beaucoup d’esprit.
Comment ce jeune homme s’instruirait-il; il ne lit point.

«Pas énonce simplement la négative, point l’exprime avec beaucoup plus de force. Le premier souvent ne nie la chose qu’en partie, ou avec une modification; le second la nie toujours absolument, totalement et sans réserve. On dira: vous ne croyez pas une chose qu’on ne peut vous persuader. Vous ne croyez point celle que votre esprit rejette entièrement. Dans le premier cas, il peut vous rester quelque doute; dans le second vous êtes décidé. Pas convient mieux à quelque chose de passager et d’accidentel; point à quelque chose de stable et d’habituel. Il ne lit pas, c’est-à-dire présentement; il ne lit point, c’est-à-dire jamais, dans aucun temps. On dira également d’un homme, qu’il ne dort point, pour faire entendre qu’il a une insomnie habituelle, et qu’il ne dort pas, pour marquer qu’actuellement il est éveillé.» (Laveaux, Dict. des diff.)

Si, lorsque vous pressez une aimable inhumaine,
Elle vous dit: laissez, monsieur, je ne veux point,
Toute entreprise serait vaine.
Mais si, voulant s’échapper de vos bras,
Elle vous dit: laissez, monsieur, je ne veux pas,
Osez, la victoire est certaine.
(Extrait de l’Improvisateur français.)

PAS PLUS.

Locut. vic. Je crois que votre ami, pas plus que le mien, ne veulent faire ce marché.
Locut. corr. Je crois que votre ami, pas plus que le mien, ne veut faire ce marché.

Il y a évidemment ici deux personnes qui ne veulent pas faire un marché, votre ami et le mien, et cependant le verbe vouloir doit être au singulier. Pourquoi? parce qu’il n’est pas question d’un accord logique, mais bien d’un accord purement grammatical, auquel une légère inversion de mots ne peut nullement porter obstacle. La construction directe de notre phrase d’exemple étant celle-ci: je crois que votre ami ne veut pas, plus que le mien, faire ce marché, on voit combien il serait ridicule d’employer le verbe au pluriel.


PASSAGER.

Locut. vic. Cette rue est passagère.
Locut. corr. Cette rue est fréquentée.

La gloire est passagère, les hirondelles sont passagères, parce que la gloire et les hirondelles passent et nous quittent. Mais en est-il de même d’une rue, d’une route? Non, certes; et l’on doit conséquemment se garder de dire: une rue passagère, une route passagère. Nos grammairiens modernes sont convenus de se servir de l’adjectif passant dans ce sens; quant à nous qui ne voyons pas quelle analogie il peut exister entre une rue passante et un individu passant, c’est-à-dire entre une chose inerte et un être mouvant, nous aimons mieux dire une rue fréquentée qu’une rue passante.


PASSER.

Locut. vic.   Il est passé trois fois par ici.
Il a passé en Prusse depuis l’année dernière.
 
Locut. corr.   Il a passé trois fois par ici.
Il est passé en Prusse depuis l’année dernière.

«A l’égard des verbes monter, descendre, entrer, sortir et passer, un grand nombre de grammairiens les conjuguent avec avoir, seulement quand ils ont un régime direct, et avec être, lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’un régime direct.

«Cependant, comme ces verbes sont susceptibles d’exprimer une action, lors même qu’ils n’ont pas de régime direct exprimé, ne devrait-on pas leur appliquer le principe général que nous avons invoqué pour les verbes périr, cesser, demeurer, etc., et, par conséquent, les conjuguer avec avoir, quand c’est l’action qu’on veut exprimer, qu’ils aient un régime direct ou non, et avec être, lorsque c’est l’état qu’il s’agit de peindre.» (Girault-Duvivier, Gramm. des gramm.)

Dites en conséquence: il a passé en Amérique en 1820, et il est passé en Amérique depuis 1820; la procession a passé sous mes fenêtres, et la procession est passée depuis une heure; ce mot a passé dans notre langue, c’est-à-dire a été adopté; et ce mot est passé, c’est-à-dire n’est plus en usage.


PATER.

Locut. vic. Suspendez votre habit à ce pater.
Locut. corr. Suspendez votre habit à cette patère.

Une patère est une espèce de crochet qui sert dans l’ameublement à différens usages.


PATRIOTE, PATRIOTIQUE.

Locut. vic. Croyez-en son âme patriotique.
Locut. corr. Croyez-en son âme patriote.

Patriote ne se dit généralement que des personnes; on l’applique cependant quelquefois aux choses. Ainsi l’on dit: votre patriote ami, votre patriote capitaine, etc., et votre cœur patriote, son esprit patriote, etc.

Patriotique ne qualifie ordinairement que les noms de choses: des dons patriotiques, des desseins patriotiques, des intentions patriotiques; mais, par une extension qui n’est peut-être pas fort logique, on le joint aussi à des collectifs de personnes. Ainsi on dit: des sociétés patriotiques, des clubs patriotiques, etc. L’usage est donc la règle qu’il faut consulter, pour savoir lequel de ces deux adjectifs on doit joindre à tel ou tel substantif.


PATTE, PIED.

Locut. vic. Ce bouc a une patte noire.
Locut. corr. Ce bouc a un pied noir.

On dit qu’un animal a des pieds, lorsque les membres qui supportent son corps ont la partie inférieure terminée par de la corne, comme cela se remarque chez le cheval, l’âne, le bœuf, le mouton, le bouc, l’éléphant, etc. Quand cette partie est formée par des doigts pourvus d’ongles ou de griffes, on la nomme patte. Les lions, les loups, les chiens, les chats, les souris, etc., ont des pattes. De sorte que les parties inférieures de certains animaux, lesquelles, par leur conformation, établissent le plus de ressemblance entre ces animaux et l’homme, ont précisément reçu le nom qu’on ne veut pas appliquer à ces mêmes parties dans l’espèce humaine. Il y a là certainement ou caprice de l’usage, ou calcul d’amour-propre, et en tout cas sottise.


PAUVRESSE.

Locut. vic. Nous fûmes accostés par une pauvre.
Locut. corr. Nous fûmes accostés par une pauvresse.

Ce mot est proscrit par quelques grammairiens, par M. Blondin entre autres (Manuel de la pureté du langage). Domergue, Laveaux (Dict. de l’Acad., édition Moutardier) et l’usage l’admettent; aussi l’admettons-nous. Un mendiant est un pauvre, une mendiante est une pauvresse et non une pauvre. Il faudrait, pour éviter l’emploi de cette dernière expression qui serait ridicule, parce que pauvre ne peut être employé au féminin que comme adjectif, et qu’il serait ici substantif, il faudrait, disons-nous, se servir de ces deux mots: femme pauvre, qui seraient aussi ridicules parce qu’ils ne rendraient pas encore l’idée exprimée par le mot pauvresse; une femme pauvre n’étant pas toujours en effet une pauvresse, par la raison qu’une femme pauvre peut ne pas demander l’aumône, et qu’une pauvresse la demande ou la reçoit. On voit par là combien il est peu raisonnable de vouloir bannir de la langue un mot bien fait et nécessaire, et que l’usage a d’ailleurs déjà consacré.


PAYANT.

Locut. vic. Donnez-nous la carte payante.
Locut. corr. Donnez-nous la carte à payer.

Il est des gens qui, à la fin d’un repas chez un restaurateur, s’imaginent faire les puristes en demandant la carte payante au lieu de la carte à payer. Nous répéterons à ces gens-là la remarque judicieusement faite par M. Blondin (Manuel de la pureté du langage): «La carte ne paie pas, mais on la paie.»


PAYEMENT.

Prononc. vic. Paye-ment.
Prononc. corr. Paiment.

Il faut écrire paiement.


PAYSAN.

Prononc. vic. Un pésan.
Prononc. corr. Un pai-isan.

La première prononciation est un archaïsme:

Un maistre ès-arts mal chaussé et vestu
Chez un paisant demandait à repaistre.
(Mellin de St.-Gelais.)
On fait en Italie un conte assez plaisant,
Qui vient à mon propos, qu’une fois un paysant, etc.
(Regnier, Satires.)

Elle est aujourd’hui condamnée avec raison, puisque l’on prononce en deux syllabes le mot pays, qui n’en faisait souvent qu’une seule autrefois.

Or y ayoit ung gros seigneur notable
Au pays d’Anjou, tenant fort bonne table,
Et jeune estoit, aimant tout passe-temps.
(Ch. Bourdigné, Légende de Faifeu, ch. XXII.)

PÉCUNIER.

Locut. vic. Cet homme ne songe qu’à ses intérêts pécuniers.
Locut. corr. Cet homme ne songe qu’à ses intérêts pécuniaires.

Pécunier est un barbarisme.


PEINER.

Locut. vic. Je suis peiné de ce qui vous est arrivé.
Locut. corr. Je suis chagriné de ce qui vous est arrivé.

Cette expression, que plusieurs grammairiens modernes ne se font pas scrupule d’appliquer aux personnes, parut vicieuse à l’abbé Desfontaines lorsqu’elle fut introduite en ce sens dans le monde littéraire. Aussi s’écria-t-il ironiquement (Dict. néologique): «On a toujours dit une écriture peinée, un style peiné; on peut dire aujourd’hui un homme peiné

Peiné ne signifie point en effet: qui a de la peine, mais qui est fait avec peine. Un homme peiné serait par conséquent un homme fait avec peine, comme on dit une écriture peinée, c’est-à-dire faite avec peine.

Vous me peinez, cet homme est peiné nous paraissent être de vrais barbarismes, quoique ce ne soit pas là le sentiment de l’Académie.


PEINTURER.

Peinturer est un mot avoué par le Dict. de l’Acad. de 1802, et qui signifie enduire d’une seule couleur. Il faut donc dire: peinturer une planche en noir, en rouge, etc., et non peindre une planche en noir, en rouge, etc. L’Académie donne aussi peinturage et peintureur. Le Dict. de Boiste de 1834 a recueilli ces trois mots; mais l’usage en est encore assez rare.

«Bien loin que peinturer soit un mauvais mot, comme le prétendent quelques personnes, n’est-ce point un terme nécessaire qui peut servir à distinguer deux choses toutes différentes, car peindre ne signifie-t-il point représenter avec le pinceau la figure de quelque chose, comme d’une campagne, d’un oiseau, d’un homme, etc., et peinturer, mettre seulement des couleurs sur quelque matière que ce soit. Lors, par exemple, qu’un sculpteur, ayant fait une statue de bois, y applique les couleurs convenables, ne peut-on pas dire qu’il la peinture? car, pour la peindre, il semble qu’il faudrait qu’avec ses couleurs il en tirât la représentation, ce qui est très différent.» (Andry de Boisregard, Réfl. sur l’usage présent de la langue française, 1689.)

Peinturer, comme on le voit, n’est pas un mot nouveau.


PELURER.

Locut. vic. Pelurez cette pomme.
Locut. corr. Pelez cette pomme.

Pelurer n’a été adopté par aucun lexicographe, et ne peut être considéré que comme un barbarisme.


PERCE-NEIGE.

Locut. vic. Prenez ce perce-neige.
Locut. corr. Prenez cette perce-neige.

«La perce-neige est une plante bulbeuse qui fleurit l’hiver dans les prairies. Connais le prix des circonstances, la perce-neige lui doit tout son charme. (Pythagore.)» (Dict. de Boiste.)


PERCLUS.

Locut. vic. Cette pauvre femme est perclue.
Locut. corr. Cette pauvre femme est percluse.

On trouve dans Buffon perclue pour percluse, mais, comme le remarque fort bien M. Girault-Duvivier, il est possible que cette faute provienne de l’imprimeur.


PÉRIR.

Locut. vic.   L’humidité a péri ma tapisserie.
Mon frère est péri en Russie.
 
Locut. corr.   L’humidité a gâté ma tapisserie.
Mon frère a péri en Russie.

Périr ne peut jamais être employé comme verbe actif. Aussi cette autre phrase est-elle condamnable: ces hommes se sont péris de désespoir. Il faut se sont suicidés.

«Si je voulais parler de personnes qui n’existent plus je dirais: elles sont péries, parce qu’alors c’est de l’état des personnes qui ont été, et qui n’existent plus, que ma pensée est occupée; mais si je voulais désigner l’époque où elles ont cessé d’exister, ou la manière dont elles ont perdu la vie, je me servirais de l’auxiliaire avoir, et je dirais: elles ont péri en l’année 1800. Elles ont péri dans un combat. Elles ont péri dans les flots, parce qu’alors je pense à une action.» (Girault-Duvivier, Gramm. des gramm.)


PERMESSE.

Locut. vic. Les hauteurs du Permesse lui sont connues.
Locut. corr. Les rives du Permesse lui sont connues.

Le Permesse est une petite rivière de la Béotie, qui prend sa source dans l’Hélicon.

Un poète gascon a dit:

Et souvent au haut du Permesse, etc.

Ce poète, qui d’une rivière fait une montagne, ressemble assez au singe de la fable qui prenait le Pirée pour une personne.

Notre magot prit, pour ce coup,
Le nom d’un port pour un nom d’homme.
(La Fontaine, liv. IV, f. 7.)

PERSISTER.

Prononc. vic. Perzistez-vous?
Prononc. corr. Percistez-vous?

PERTE (A PURE).

Locut. vic. Il a fait de l’esprit à pure perte.
Locut. corr. Il a fait de l’esprit en pure perte.

L’expression en pure perte n’est pas française, selon certains grammairiens. C’est probablement parce qu’on dit à perte, vendre à perte, que ces grammairiens auront cru qu’il fallait préférer, dans cette manière de parler, la préposition à à la préposition en. Quoi qu’il en soit, l’usage repousse généralement la première des locutions que nous donnons en tête de cet article. «Les hommes n’aiment pas à donner en pure perte des louanges qui humilient.» (Massillon.) «Il y a de certaines philosophies qui sont en pure perte, et dont personne ne nous sait gré.» (Mme de Sévigné.)

Nos meilleurs dictionnaires, ceux de l’Académie, de Boiste, etc., ne donnent que la locution en pure perte.


PÉTALE.

Locut. vic. Cette fleur a de belles pétales.
Locut. corr. Cette fleur a de beaux pétales.

PETIT PEU.

Locut. vic. Donnez-m’en un petit peu.
Locut. corr. Donnez-m’en très peu.

«Bien des personnes disent un petit peu: donnez-m’en un petit peu; je n’en veux qu’un petit peu. Mais cette manière de s’exprimer n’est point du tout du bon usage; on doit dire: donnez-m’en un peu; je n’en veux qu’un peu.» (Chapsal, Nouv. Dict. gramm.)

«Le mot petit avant peu est vicieux ou au moins inutile; en effet, peu signifiant une petite quantité, dit alors tout ce qu’on veut dire.» (Girault-Duvivier, Gramm. des gramm.)


PEU (UN).

Locut. vic. Laissez-moi un peu passer.
Locut. corr. Laissez-moi passer.

«Le peuple se sert de un peu, comme d’une particule explétive: laissez-moi un peu passer. Cet un peu est de trop, et même il est ridicule.» (Féraud, Dict. crit.)


PEUPLE.

Locut. vic. Quel bois emploierez-vous? du peuple.
Locut. corr. Quel bois emploierez-vous? du peuplier.

On fait aux environs de Paris un usage très fréquent de peuple pour peuplier. Ce dernier mot doit seul être employé quand on veut parler correctement. Peuple est un archaïsme dont nous pouvons fort bien nous passer. «Il pousse (sur le peuplier noir) au commencement du printemps, des boutons gros comme des câpres, pointus, pleins d’un suc jaune, glutineux, odorant; on les appelle yeux de peuple, en latin oculi ou gemmæ populi nigræ.» (Dict. de Trévoux.) Aujourd’hui on donne plus communément à ces boutons le nom d’yeux de peuplier, et l’on conviendra que c’est avec raison, si l’on veut bien reconnaître que peuplier vaut mieux que peuple pour désigner un arbre; puisque peuple a déjà une autre signification.


PEUR DE.

Locut. vic. Il ne sort pas, peur de s’enrhumer.
Locut. corr. Il ne sort pas, de peur de s’enrhumer.

On dit crainte de (Voy. Crainte) devant un nom, mais il faut dire de peur de devant un verbe comme devant un nom.


PEUT-ÊTRE.

Locut. vic. Peut-être pourrez-vous sortir.
Locut. corr. Peut-être parviendrez-vous à sortir.

«Sur ces vers du Coriolan de La Harpe:

Peut-être, satisfait que ce grand cœur fléchisse
Le peuple, s’il vous voit soumis à son pouvoir,
Peut, en votre faveur, se laisser émouvoir.

on dit, dans l’Année littéraire, que peut-être et peut ne sont pas faits pour aller ensemble. La remarque est très juste.» (Féraud, Dict. crit.) «Il n’est pas correct de mettre cet adverbe avec le verbe pouvoir, ni avec possible, impossible

Peut-être y pourriez-vous être mal adressée.
(Molière, Misanthrope.)

«Il serait encore plus mal de dire comme M. Fain dans ses mémoires: peut-être peut-on encore tout sauver.» (Glossaire génevois.)


PIAILLEUR.

Locut. vic. Ce n’est qu’un piailleur.
Locut. corr. Ce n’est qu’un piaillard.

«Piailleur, piailleuse, sont des barbarismes; piaillard, piaillarde, sont des mots français.» (Rem. sur le Dict. de l’Acad.)

Nous avons crieur et criard qui sont deux mots bien différens. Nous ne pouvons avoir de même piailleur et piaillard, parce que ces deux mots sont complètement synonymes, et comme il faut faire un choix entre eux, nous pensons qu’il doit être en faveur de piaillard, dont la formation est tout-à-fait en harmonie avec celle de nos autres péjoratifs traînard, bavard, vantard, musard, criard, fuyard, pillard, etc.


PIED.

Prononc. vic. Vous aurez chez moi un pié-à-terre.
Prononc. corr. Vous aurez chez moi un piet-à-terre.

La prononciation que nous indiquons ici comme bonne déplaisait à Ménage. Mais n’est-il pas ridicule de vouloir, dans cette locution, annuler le d que l’on fait sonner comme un t dans les locutions suivantes: pied à pied, de pied en cap. C’est de cette dernière manière que prononcent aujourd’hui les honnêtes gens, selon l’expression de Ménage, c’est-à-dire ceux qui ont quelque savoir; expression remplie de bienveillance, comme on le voit, pour les personnes non lettrées, et qui les assimile tout bonnement aux fripons.


PIED (AU), PIEDS (AUX).

Orth. vic. Cette ville est aux pieds des Pyrénées.
Orth. corr. Cette ville est au pied des Pyrénées.

Au pied signifie au bas; et ne se dit que des choses; aux pieds ne se dit généralement que des personnes. Hercule filait aux pieds d’Omphale.


PIED DROIT.

Locut. vic. J’ai un pied droit dans la poche.
Locut. corr. J’ai un pied de roi dans la poche.

Un pied droit signifie, en architecture, le trumeau ou jambage d’une porte ou d’une fenêtre. C’est donc une chose qu’on ne peut pas mettre dans sa poche.

Un pied de roi est une mesure géométrique contenant douze pouces de long.


PIERRE.

Orthog. vic. Le festin de Pierre.
Orthog. corr. Le festin de pierre.

C’est une chose assez étrange que, dans le titre de ce drame si connu, on écrive constamment par une majuscule un nom commun, comme si c’était un nom propre. Comment se fait-il que cette mauvaise orthographe se soit maintenue si long-temps, quand il est bien notoire que dans la pièce en question le nom de Pierre ne se trouve pas une seule fois prononcé, et que le titre ne se rapporte absolument qu’à la statue de pierre du commandeur? On a dit le festin de pierre comme on aurait pu dire le festin de marbre; et l’on conviendra, malgré tout le respect dû au nom de Molière, que ce titre est fort mauvais. Qu’est-ce qu’un festin de pierre, si ce n’est un festin où l’on mange de la pierre. La pièce espagnole à laquelle Molière a emprunté le sujet de la sienne, avait au moins un intitulé raisonnable: El Combidado de Piedra, c’est-à-dire le convive en pierre. Pourquoi Molière a-t-il traduit Combidado par festin?

Un de ses éditeurs modernes, effrayé sans doute du tort immense que pouvait lui faire la faute qu’on lui reproche, a cherché à en atténuer l’énormité en disant que le commandeur se nommait Pierre. C’est là une particularité qu’il est permis de révoquer en doute, par la raison que Molière n’en fait aucune mention, et nous sommes persuadé que si notre grand comique avait eu en vue, dans l’intitulé de sa pièce, le nom propre Pierre, il eût certainement placé devant ce nom le titre d’honneur don, qu’il place toujours devant celui de Juan, et dont un personnage du rang de commandeur ne devait probablement pas être dépourvu. Admirons les grands écrivains, mais n’allons pas follement les croire à l’abri de la plus légère erreur, parce que cela n’est pas, et ne peut pas être.


PINCER.

Locut. vic. Il pince de la guitare.
Locut. corr. Il pince la guitare.

«L’Académie dit pincer ou toucher de la harpe, du piano. Mais on a observé que les verbes toucher, battre, employés pour exprimer l’action de jouer des instrumens, sont actifs, et que l’instrument en est l’objet ou le régime direct. On a conclu de là que ce régime ne doit pas être précédé d’une préposition; et que, puisqu’on dit toucher quelque chose, battre quelque chose, on doit dire, pour parler correctement, toucher le clavecin, le forte-piano, l’orgue; pincer la harpe, la guitare, le luth; battre la caisse, le tambour, les timbales.

«On ne dit plus guère aujourd’hui toucher le clavecin, le forte-piano, l’orgue, mais jouer du clavecin, etc.» (Laveaux, Dict. des diff.)


PIPIE.

Locut. vic. Cette poule a la pipie.
Locut. corr. Cette poule a la pépie.

C’est pipie qu’on devrait dire, puisque ce mot est un mimologisme du cri des petits oiseaux tourmentés par la soif (pi, pi), mais l’usage a préféré le mot pépie.


PIS, PIRE.

Locut. vic.   Son état sera demain pis qu’il n’est aujourd’hui.
Cela est mal chez vous, mais chez eux c’est encore pire.
 
Locut. corr.   Son état sera demain pire qu’il n’est aujourd’hui.
Cela est mal chez vous, mais chez eux c’est encore pis.

«Pire se rapporte à un substantif masculin ou féminin: le remède est pire que le mal; il n’est pire eau que celle qui dort.

On emploie pis, 1o lorsqu’il se rapporte à un nom neutre. Rien n’est pis qu’une mauvaise langue; ce que vous proposez est pis[1] que ce qu’on allait faire.