Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère.
(Racine, Iph.)

GRAINIER, GRENETIER.

Un grainier est un marchand de grains; un grainetier, un marchand de graines.

L’Académie ne donne pas le premier mot, et écrit mal le second, grenetier.


GRAMMAIRE.

Prononc. vic. Gran-maire.
Prononc. corr. Gram’-maire.

Le grammairien Beauzée, répondant à un descendant de d’Aguesseau qui disait humblement n’avoir été reçu dans une société littéraire qu’en considération de son grand-père: «cela ne m’étonne pas, Monsieur, je l’ai bien été à cause de ma grand’mère,» Beauzée, disons-nous, ne faisait qu’un mauvais calembour. Qui respectera les lois grammaticales, si les grammairiens sont les premiers à les méconnaître?


GRAVAS.

Locut. vic. Enlevez ces gravois.
Locut. corr. Enlevez ces gravas.

La langue n’ayant nullement besoin de deux mots parfaitement synonymes, il faut faire un choix entre gravois et gravas. Selon les dictionnaires de Furetière et de Trévoux, «les maçons disent gravas, mais les autres disent gravois.» Les maçons nous ont bien l’air de l’emporter sur les autres, car ils ont l’usage pour eux, et ce qui nous semble le prouver, c’est la formation du mot gravatier, donné par l’Académie et tous les autres dictionnaires.


GRAVIR.

Locut. vic. Il a gravi contre ce roc.
Locut. corr. Il a gravi ce roc.

Laveaux, dans ses additions au dictionnaire de l’Académie (1802), est d’avis qu’on peut employer gravir activement, et dire gravir un roc, une montagne, etc. Plusieurs de nos bons auteurs ont partagé cette opinion, comme on pourrait le prouver par de nombreuses citations.


GRIPPE (PRENDRE EN).

Quelques grammairiens prétendent, en s’appuyant sur l’autorité de l’Académie, qu’on doit dire: se prendre de grippe contre quelqu’un; contre quelque chose, et non: prendre quelqu’un, quelque chose en grippe. Si ces grammairiens avaient lu attentivement tout le dictionnaire de l’illustre compagnie, ils auraient vu que ces deux locutions y sont également autorisées. Nous pensons aussi qu’elles doivent l’être, puisque l’on dit également prendre en haine, prendre en aversion, prendre en amitié, etc., et se prendre de haine, se prendre d’aversion, se prendre d’amitié, etc.


GROGNER.

Locut. vic. Vous me grognez sans cesse.
Locut. corr. Vous grognez sans cesse contre moi.

Grogner étant un verbe neutre ne peut pas avoir un régime direct.


GROSSE.

Locut. vic. Cette femme est grosse de vous.
Locut. corr. Cette femme est grosse de votre fait.

Rabelais se moque ainsi de cette manière de parler:

«Le secund dict: Ma femme engroissera, mais non de moy. Cor Dieu ie le croy. Ce sera d’ung beau petit enfantelet que elle sera grosse. Aultrement, vouldriez-vous que ma femme dedans ses flancz me pourtast? me conceut? me enfantast? et que on dist, Panurge est ung secund Bacchus. Il est deux foys nay. Il est renay, comme feut Hippolytus, etc., sa femme était grosse de luy. Erreur; ne m’en parlez jamais.»

(Pantagruel, Liv. III. Ch. XVIII.)

Ce que nous disons ici de l’adjectif grosse, doit s’appliquer également à l’adjectif enceinte.


GROUIN.

Locut. vic. Oh! le vilain grouin!
Locut. corr. Oh! le vilain groin!

Prononcez aussi gro-ein et non grou-in.


GUÈRES.

Locut. et orth. vic. Il ne s’en faut de guères.
Locut. et orth. corr. Il ne s’en faut guère.

«M. de Balzac dit toujours il ne s’en faut de guères. Dans une de ses lettres à madame Desloges (Liv. 7. lett. 19): Votre lettre m’est si précieuse, Madame, qu’il ne s’en faut de guères, que je ne m’en fasse un collier ou un bracelet, etc. C’est un gasconisme. Il faut dire, pour parler français, il ne s’en faut guères. De guères, comme l’a fort bien observé l’auteur des Remarques, ne se dit que lorsqu’il est question d’une quantité comparée avec une autre: elle ne la passe de guères

(Ménage, Observ. sur la lang. fr.)

Le s de guères étant inutile, nous pensons qu’il vaut mieux le supprimer, comme l’a fait l’Académie.


GUET-A-PENS.

Orth. vic. Il fut victime d’un guet-à-pens.
Orth. corr. Il fut victime d’un guet-apens.

Quoique certains auteurs, M. Chapsal entr’autres, (Dict. grammatical) aient cru devoir écrire à-pens en deux mots, il est hors de doute pour quiconque veut se donner la peine de feuilleter nos anciens auteurs, que cette orthographe n’est pas tolérable. Apenser, en vieux français, signifie réfléchir, méditer.

Liétart l’a véu, si s’apense
De la promesse que li fist.
(Roman du Renard. V. 16422.)

Guet-apens est donc une abréviation de guet apensé c’est-à-dire guet médité.


GUETTE.

Locut. vic. Ce chien est de bonne guette.
Locut. corr. Ce chien est de bon guet.

Guette, dans le sens qu’il reçoit ici, est un barbarisme.


GUEUX, MISÉRABLE.

Locut. vic. Il a agi comme un gueux, comme un misérable.
Locut. corr. Il a agi comme un vaurien.

«Au sens propre, ces adjectifs se disent d’un homme très-pauvre; au sens figuré d’un scélérat. Il paraît que cette extension est de la langue des riches, et non pas de celle de l’humanité. Chez les anciens, res sacra erat miser. Chez nous, pour marquer qu’un homme est à fuir, on dit qu’il est malheureux.» (Ch. Nodier.) Nous ferons remarquer, après ce blâme sévère et mérité de l’acception plus qu’inconvenante donnée par certaines gens aux mots gueux et misérable, qu’il ne faut jamais les employer que dans le sens de pauvre, lequel est certainement le seul qu’ait eu en vue notre immortel Béranger dans sa jolie chanson des Gueux. N’est-ce pas en effet assez de laisser tomber son dédain sur les malheureux, sans leur jeter encore des injures? Honneur au grammairien philosophe qui a si bien flétri deux mauvaises expressions que repoussent également et la langue et la morale.


GUIANE, GUIENNE.

Prononc. vic. La Gü-i-iane, la Gü-i-ienne.
Prononc. corr. La Ghi-ane, la Ghi-enne.

GUIGNONANT.

Locut. vic. C’est vraiment guignonant.
Locut. corr. C’est vraiment malheureux.

Guignonant est un barbarisme.


GUILLAUME.

Prononc. vic. Gü-illaume.
Prononc. corr. Ghillaume.

GUISE.

Prononc. vic. La famille des Ghise.
Prononc. corr. La famille des Gü-ise.

H.

Locut. vic. Une h aspirée, une h muette.
Locut. corr. Un h aspiré, un h muet.

La lettre h, comme toutes les autres lettres, est du genre masculin. (Voyez LETTRES.)


HABILETÉ.

Locut. vic. On a reconnu son habileté à succéder.
Locut. corr. On a reconnu son habilité à succéder.

Celui qui est habile à recueillir une succession, a de l’habilité. La légitimation habilite un bâtard à succéder. On pourrait, en jouant sur les mots, dire d’une personne qui soufflerait à une autre un héritage, qu’au défaut d’habilité à succéder, elle a fait preuve d’habileté.


HAÏR.

Prononc. vic. Je ha-ïs, tu ha-ïs, il ha-ït.
Prononc. corr. Je hès, tu hès, il hèt.

Dans ses autres temps et personnes, le verbe haïr conserve l’orthographe et la prononciation de l’infinitif.


HALBRAN.

Orth. vic. C’est un ragoût de halebrans.
Orth. corr. C’est un ragoût d’albrans.

Par suite d’une inattention assez singulière, l’Académie écrit ce mot, dans son dictionnaire, de deux façons différentes; d’abord sans h et ensuite avec un h, et un h aspiré, qui plus est. Feydel fait sur ce mot la remarque que ni l’une ni l’autre de ces deux orthographes n’est bonne, et que l’on doit écrire alebrand. Feydel ne donne malheureusement pas la raison sur laquelle s’appuie son opinion; la nôtre est fondée sur l’étymologie (gr. alibrentos) donnée par Ménage, qui cependant a écrit halbran, contrairement à cette étymologie, par respect sans doute pour l’usage de son temps; et profitant de la latitude que nous donne ici l’Académie, nous nous déclarons pour albran.


HANOVRE.

Prononc. vic. Rue d’Hanovre.
Prononc. corr. Rue de Hanovre.

Le h de Hanovre est aspiré, conformément à l’étymologie. On ne dit pas: l’Hanovre est sous la domination anglaise, mais le Hanovre etc.


HARIA.

Locut. vic. Dieu! quel haria!
Locut. corr. Dieu! quel casse-tête!

Haria est un barbarisme.


HARNOIS.

Orth. vic. Ces harnois sont beaux.
Orth. corr. Ces harnais sont beaux.

M. Ch. Nodier est certainement dans l’erreur lorsqu’il prétend que ce mot a été reconquis par l’ancienne prononciation, qui donnait à la diphthongue oi le son qu’elle a retenu dans le mot loi. Qu’il consulte l’usage; en grammaire, a-t-il dit, l’usage a toujours raison.


HASARD.

Prononc. vic. C’est un jeu d’hasard.
Prononc. corr. C’est un jeu de hasard.

Le h est aspiré dans toute la famille de ce mot.


HÉBREU.

Locut. vic. La langue hébreuse, hébreue.
Locut. corr. La langue hébraïque.

Hébreu ne fait, au féminin, ni hébreuse, ni hébreue; il est invariable, quant au genre. On est obligé, pour avoir un féminin, d’employer l’adjectif hébraïque, des deux genres, et l’on dit alors également la grammaire hébraïque, la Bible hébraïque, le rit hébraïque.


HÉMISPHÈRE.

Locut. vic. L’une et l’autre hémisphère.
Locut. corr. L’un et l’autre hémisphère.

Le prépositif hémi, joint à sphère, n’avait aucun droit de changer le genre de ce dernier substantif; il y a ici pur caprice de la part de l’usage mais ce caprice est consacré. L’auteur des Omnibus du langage attribue donc à tort au mot hémisphère le genre féminin, surtout quand il s’autorise de l’Académie qui le fait masculin.


HÉMORRHAGIE.

Orth. et Locut. vic. C’est une hémorrhagie de sang.
Orth. et Locut. corr. C’est une hémorragie.

Une hémorragie étant une perte de sang, l’adjonction de ces deux derniers mots à hémorragie forme un véritable pléonasme.

L’Académie a supprimé le h de ce mot. Comme le dit Féraud, cette lettre était inutile.


HENNIR, HENNISSEMENT.

Prononc. vic. Il hanit de plaisir.
Prononc. corr. Il hennit de plaisir.

Wailly, Boiste, Laveaux disent de prononcer hanir, hanissement. L’usage veut qu’on prononce hennir, hennissement. M. Ch. Nodier (Examen Crit. des diction.) qui s’attache ici à l’usage, fait la remarque que cette prononciation est à-la-fois étymologique, euphonique et pittoresque. Nous sommes tout-à-fait de son avis.


HENRI.

Locut. vic. La vie d’Henri IV.
Locut. corr. La vie de Henri IV.

On lit dans Mercier (Hist. de France, t. III): Cet Henri VIII, chef de la confédération contre Louis XII. Ce t a quelque chose qui choque l’usage reçu. Voltaire a-t-il dit l’Henriade?


HERMITE.

Orth. vic. Un hermite.
Orth. corr. Un ermite.

L’Académie (1802) a préféré l’orthographe hermite, hermitage; et nous ne savons pourquoi. L’étymologie (eremita) la repousse. Il est aussi peu raisonnable, abstraction faite de l’usage, d’écrire hermite, qu’il le serait d’écrire hanachorète.


HÉSITER.

Locut. vic. N’hésitez pas de partir.
Locut. corr. N’hésitez pas à partir.

Devant un nom, hésiter demande la préposition sur; devant un verbe, il régit à. De, ajoute Laveaux, serait une faute.


HEURE (A BONNE). Voy. BONNE.


HEURE.

Locut. vic. Je l’ai attendu une heure d’horloge.
Locut. corr. Je l’ai attendu une heure entière.

On joint souvent à ce mot des modificatifs que le bon sens condamne. Que signifient par exemple ces locutions: une heure d’horloge, une heure de temps, une grande, une petite heure? Toutes les heures ne sont-elles pas égales? Une heure d’horloge, comme une heure de montre, comme une heure de temps, comme une grande, comme une petite heure, ne vaut toujours que soixante minutes. S’il y a plus ou moins de soixante minutes, ce n’est plus une heure; c’est une heure plus une fraction ou moins une fraction. Les expressions que nous signalons ici sont au reste si ridicules qu’on ne les trouvera jamais employées par les gens, nous ne dirons pas ayant une teinture de grammaire, mais pourvus de quelque justesse d’esprit, qualité essentielle en grammaire, comme en toutes choses, et qui peut quelquefois balancer avec avantage le savoir.


HIATUS.

Prononc. vic. Évitez le hiatus.
Prononc. corr. Évitez l’hiatus.

L’usage est assez généralement en contradiction avec les dictionnaires pour la prononciation de ce mot. Comme l’aspiration du h est plutôt une tache qu’un ornement de la langue, nous pensons qu’il vaut beaucoup mieux s’en rapporter en cette circonstance aux dictionnaires.


HIDEUX.

Prononc. vic. C’est t’ideux.
Prononc. corr. Cé hideux.

M. de Pradt a méconnu l’aspiration du h dans ce mot. «Une populace..... assouvit son hideuse faim à bon marché.»


HIER. (Voy. AVANT-HIER).


HIER AU MATIN, HIER SOIR.

Locut. vic. Je l’ai vu hier au matin, hier soir.
Locut. corr. Je l’ai vu hier matin, hier au soir.

Pourquoi, dira sans doute quelque raisonneur, intercaler entre les mots hier et soir l’article contracté au, que vous refusez à la première locution? L’analogie n’exige-t-elle pas que la construction de ces deux expressions soit la même? Épouvanté par le bon sens du maraud, nous lui répondrons: l’usage le veut ainsi; et franchement nous ne voyons pas qu’on puisse lui faire d’autre réponse sensée, en admettant que celle-ci le soit.

Notre syntaxe veut aussi qu’on dise demain matin, demain au soir.


HOLLANDE.

Locut. vic. On a reçu des nouvelles d’Hollande.
Locut. corr. On a reçu des nouvelles de Hollande.

Ne dites pas, avec les agens de change, des ducats d’Hollande; ni avec les épiciers, du fromage d’Hollande; ni avec les marchands de toile, de la toile d’Hollande. Quelques grammairiens autorisent, il est vrai, cette prononciation; mais ces grammairiens n’ont certainement pas pesé leur opinion, ou bien peut-être ont-ils voulu, dans ce cas, déférer à l’usage, qui, comme nous venons de le faire voir, est un peu en faveur de ces exceptions. Le principe est excellent, et ce n’est certes pas nous qui le combattrons. Notre observation n’a pour but que d’en blâmer ici l’application, parce qu’elle est absurde, et que l’absurde doit être attaqué partout où il se trouve. MM. Laveaux et Ch. Nodier veulent l’aspiration du h dans ce mot. Comme personne ne dit l’Hollande, nous pensons qu’il serait ridicule de vouloir que ce mot, qui n’a jamais qu’une seule signification, pût, selon les phrases, avoir deux prononciations. Soyons conséquens dans nos opinions, c’est le meilleur moyen de leur donner du poids.


HONNEUR.

Locut. vic. J’ai l’honneur d’être, avec respect, votre très-humble, etc.
Locut. corr. Je suis avec respect, votre très-humble, etc.

L’emploi abusif que l’on fait souvent de ce mot en style épistolaire, a donné lieu à plus d’une juste critique. Cette phrase par exemple: j’ai l’honneur d’être avec respect votre très-humble et très-obéissant serviteur, qui termine tant de lettres, est-elle bien correcte? Nous ne le pensons pas. Qu’on dise: j’ai l’honneur d’être votre très-humble, etc.; ou je suis avec respect votre serviteur, d’accord. Quant à la première phrase, elle est évidemment entachée de pléonasme. Est-il possible en effet d’être le très-humble et très-obéissant serviteur de quelqu’un sans avoir pour lui du respect? Et puis comment dire à un homme, sans le connaître parfaitement, qu’en le respectant on se fait de l’honneur à soi-même? N’est-ce pas se montrer à peu près aussi obséquieux que ce provincial à qui un homme de qualité demandait: Avez-vous vu mes chevaux? et qui répondit: Oui, Monsieur, j’ai eu cet honneur-là? Nous savons qu’il y a certains hommes à qui des témoignages de respect de notre part font peut-être moins d’honneur qu’ils ne nous en font à nous-mêmes; mais ces hommes-là sont si rares que nous ne craignons pas d’avancer que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des formules: j’ai l’honneur d’être avec respect votre très-humble, etc., sont tout-à-fait déplacées, et ne peuvent être regardées que comme le produit de l’irréflexion, de l’habitude ou de l’adulation.

On ne manquera pas, nous le savons, pour réfuter notre opinion, de nous dire que ces formules sont de vains complimens qui ne tirent nullement à conséquence. Nous répondrons que l’homme franc et réfléchi n’écrit jamais que ce qu’il pense, et que lorsqu’il témoigne, même en paroles, à un autre homme, de quelque rang qu’il soit, un respect qui touche aux bornes qu’il doit avoir entre hommes, il veut au moins être sûr que ce respect est bien mérité.


HORLOGE.

Locut. vic. Un bel horloge.
Locut. corr. Une belle horloge.

«Les méridionaux disent un bel horloge; ils pèchent contre l’usage. Horologium, neutre, donne le masculin; mais les horlogers n’ont pas fait attention à l’étymologie; ils n’ont vu dans l’horloge qu’une grosse montre, et ils ont fait horloge du féminin.» (Domergue, Manuel des étrangers, etc.)


HOROSCOPE.

Locut. vic. Faites une horoscope.
Locut. corr. Faites un horoscope.

HUGUENOT.

Prononc. vic. On chassa l’huguenot.
Prononc. corr. On chassa le huguenot.

Le h est aspiré dans ce mot. L’auteur de l’Essai historique sur Clément Marot s’est trompé en écrivant: «Mais, rappelé dans sa patrie, purifié par une abjuration solennelle de cette doctrine diabolique qui ordonnait de prier Dieu en français (la doctrine de Calvin) et de ne pas partager ses biens avec le pape, ce monstre, cet huguenot abominable, lorsqu’il fut rentré en faveur à la cour, redevint un bon chrétien, un homme estimable, un poète distingué.» (Œuv. de Clém. Marot; Paris, Dondey-Dupré. 3 v. in-8o.)


HUSSARD, HUZARD, HOUSSARD, HOUZARD.

Locut. vic. Le 1er régiment de hussards, de huzards, de houssards.
Locut. corr. Le 1er régiment de houzards.

De ces quatre orthographes la première et la dernière sont les seules qui soient bien usitées. Nous ferons remarquer que la dernière semble devoir être préférée, par la raison qu’elle est adoptée par les militaires, surtout par ceux qu’elle désigne spécialement, et qu’elle a de plus l’avantage de conserver les traces de son étymologie. La houze, en vieux français, était la guêtre, selon quelques auteurs, et la botte, selon d’autres, que mettait l’homme de guerre. Se houzer signifiait donc se chausser. On disait aussi houzeau pour houze, comme on peut le voir par ce vers de La Fontaine:

Mais le pauvret, ce coup, y laissa ses houseaux.
(Fable 23, liv. XII.)

Le mot hussard a pour lui l’autorité de l’usage écrit; l’Académie dit hussard, et tous les dictionnaires l’imitent. L’usage parlé est pour houzard; or ce dernier usage est évidemment le plus ancien: c’est donc au premier de céder; et nous croyons réellement qu’il en viendra là un jour.


HUSTUBERLU.

Locut. vic. Vous êtes un hustuberlu.
Locut. corr. Vous êtes un hurluberlu.

L’Académie donne ce mot comme adverbe, comme adjectif, et comme substantif. Ce n’est guère que comme adjectif et surtout comme substantif, qu’on l’emploie ordinairement. Trévoux écrit hurlubrelu.


HYMEN.

Prononc. vic. Le jour de l’hymenne.
Prononc. corr. Le jour de l’hymein.

(Voy. EXAMEN.)


HYMNE.

Locut. vic.   De belles hymnes républicaines.
Les beaux hymnes de Santeuil.
 
Locut. corr.   De beaux hymnes républicains.
Les belles hymnes de Santeuil.

Hymne est féminin en parlant des hymnes de l’église; partout ailleurs il est masculin.


ICI.

Locut. vic. Cette maison ici.
Locut. corr. Cette maison-ci.

Du temps de Vaugelas, ici se joignait correctement à un substantif.

Aujourd’hui c’est une faute assez grossière de parler ainsi.


IDEM, IBIDEM, ITEM.

Prononc. vic. Idin, ibidin, itin.
Prononc. corr. Idemme, ibidemme, itemme.

Idem signifie le même, la même chose, ibidem, dans le même lieu, item, de plus.


IDOLE.

Locut. vic. Votre idole est détruit.
Locut. corr. Votre idole est détruite.

Idole est féminin, malgré La Fontaine:

Jamais idole quel qu’il fût.....
(Fables, liv. IV, f. VIII.)

et malgré Corneille:

Et Pison ne sera qu’un idole sacré.
(Othon, act. III, sc. 1.)

«L’étymologie, dit Ménage (Rem. sur Malherbe), favorise l’opinion de M. Corneille; mais l’usage, qui est l’arbitre souverain des langues, est contraire à son opinion.»


IGNOMINIE.

Prononc. vic. L’ignomignie de l’esclavage.
Prononc. corr. L’ignominie de l’esclavage.

Les personnes qui prononcent mal le mot ignominie, et elles sont assez nombreuses, n’ont probablement jamais remarqué avec quels mots nos poètes le font rimer. Voici quelques vers que nous citons pour leur en faire connaître et retenir la véritable prononciation.

L’innocente équité, honteusement bannie,
Trouve à peine un désert où fuir l’ignominie.
(Boileau.)
Ennemi des Romains et de leur tyrannie,
Je n’ai point de leur joug subi l’ignominie.
(Racine.)

ILLISIBLE, INLISIBLE.

Locut. vic.   Ce manuscrit est inlisible.
Un auteur de romans illisibles.
 
Locut. corr.   Ce manuscrit est illisible.
Un auteur de romans inlisibles.

Ce qui n’est pas lisible peut être illisible ou inlisible. S’il est question de caractères d’écriture qu’on ne puisse pas déchiffrer, on doit dire: cette lettre est illisible; mais s’il s’agit d’un ouvrage dont on ne peut supporter la lecture à cause des défauts qu’on y remarque, on dira: ce livre est inlisible. Tel est, sur ce point, le sentiment de nos meilleurs grammairiens, au nombre desquels nous citerons M. Ch. Nodier. Cependant Laveaux (Dict. des diff.), rapporte les deux exemples suivans, où chacun de ces adjectifs est employé dans une signification toute contraire à celle que nous venons d’établir. «Sa main ne forma que des caractères inlisibles. (Volt. Histoire de Russie). Pourquoi ces hommes n’ont-ils fait que d’illisibles ouvrages? (Laharpe, Cours de litt.).» Cette double autorité embarrasse quelque peu la solution de la question; mais sans examiner si l’on ne pourrait pas y voir aussi une double distraction, reconnaissons la nécessité d’établir une différence de valeur entre les deux mots illisible et inlisible, et tenons-nous-en à celle que nos grammairiens ont établie, savoir: qu’illisible s’applique exclusivement à l’écriture, et inlisible au style. Illisible étant d’une formation régulière et parfaitement en analogie avec nos privatifs illégal, illicite, illégitime, illettré, etc., doit être préféré dans la signification directe d’impossible à lire; inlisible, au contraire, de formation bâtarde et détournée, convient mieux dans la signification d’ennuyeux à lire, qui n’a pu être donnée que par extension au privatif de l’adjectif lisible.


IMITER.

Locut. vic. Imitez ce sublime exemple.
Locut. corr. Suivez ce sublime exemple.

On imite une exemple d’écriture; on suit un exemple de conduite.

On imite une exemple d’écriture, parce qu’en la copiant on tâche d’en reproduire, le plus exactement possible, tous les traits; on suit un exemple de courage, de vertu, etc., parce qu’on ne peut chercher à copier toutes les circonstances de l’action de courage, de vertu, etc. Il n’y a réellement pas ici imitation, mais émulation.

Nous savons que plusieurs de nos bons auteurs ont employé cette locution, mais cela ne change absolument rien à sa valeur, et ne peut prouver autre chose sinon qu’ils ne l’avaient pas bien examinée avant de s’en servir.


IMMANQUABLE.

Prononc. vic. C’est in-manquable.
Prononc. corr. C’est im-manquable.

Faites sentir les deux m, par analogie avec tous les mots commençant par imm: immaculé, immatérialité, immatriculer, immédiat, etc.


IMMINENT (Voy. ÉMINENT.)


IMPARDONNABLE.

Locut. vic. Cet homme est impardonnable.
Locut. corr. Cet homme est inexcusable.

Nous pensons, comme la Grammaire des grammaires, que l’adjectif impardonnable ne doit pas plus s’appliquer aux personnes que les adjectifs pardonnable, reprochable, et irréprochable, par la raison qu’on ne dit pas pardonner quelqu’un ni reprocher quelqu’un. Laveaux, qui convient qu’on ne peut pas dire un homme pardonnable, un homme reprochable, autorise cependant les locutions homme impardonnable, homme irréprochable. Cette inconséquence manifeste nous surprend beaucoup de la part d’un grammairien si judicieux. C’est qu’il n’a consulté que l’usage, où il aurait dû consulter la raison.


IMPERSONNEL.

Locut. vic. Pleuvoir est un verbe impersonnel.
Locut. corr. Pleuvoir est un verbe unipersonnel.

Lorsqu’on veut désigner un verbe qui n’a qu’une personne, c’est unipersonnel qu’on doit dire. Impersonnel signifie: sans aucune personne; unipersonnel signifie: qui n’a qu’une personne. Ainsi, pour faire voir la différence qui existe entre impersonnel et unipersonnel, nous ajouterons que falloir est un verbe unipersonnel, puisqu’il n’a que la troisième personne de chaque temps, et que sourdre est un verbe impersonnel puisqu’il n’a aucune personne, ne pouvant être employé qu’à l’infinitif, selon toutes les grammaires et tous les dictionnaires modernes. Nous remarquerons ici que sourdre est peut-être le seul verbe impersonnel qui existe maintenant dans notre langue.


IMPOSER.

Locut. vic.   Son air vénérable en impose.
Parlez franchement; n’imposez pas.
 
Locut. corr.   Son air vénérable impose.
Parlez franchement; n’en imposez pas.

Imposer à quelqu’un, c’est lui inspirer de la crainte, du respect; en imposer c’est tromper, faire croire, mentir. «On craindra de vous imposer, quand l’imposture n’aura plus à attendre que votre colère.» (Massillon, Petit Carême, sermon VIII).

Lisez: de vous en imposer.