15, Fit-il.—Diogène Laerce, II, 76.—V. N. III, 576: L’vn.
16, Personnages.—Socrate et Caton.
16, Tenue.—Ne serait-ce pas de la constatation et du fait de cet état que viendrait ce vieux dicton: «Français, plus qu’hommes au venir, moins que femmes à la retraite», cité par H. Houssaye, dans son ouvrage intitulé Waterloo.
15, Vndæ.—La Balance, le Scorpion, le Capricorne sont trois des constellations du Zodiaque (V. N. I, 254: Aqua).
18, Mal.—Diogène Laerce, VI, 17.
34, Taster.—Diogène Laerce, II, 67.
36, Faschoit.—Diogène Laerce, II, 17; Horace, Sat., II, 3, 10.
38, Laborieusement.—Cet exemple et beaucoup d’autres soit dans un sens, soit dans l’autre, prouvent que les mœurs sont tout à fait indépendantes des opinions religieuses.
41, Repas.—Diogène Laerce, X, 11.
1, Infecté... autre.—Var. des éd. ant.: corrompu par le dereglement de mes meurs; ains au rebours, il iuge plus exactement et plus rigoureusement de moy, que de tout (80 porte nul) autre: mes debauches quant à cette partie là, m’ont depleu comme elles deuoient.
6, Autres.—La Fontaine a rendu la même idée dans sa fable Les deux chiens et l’âne mort:
24, Incontinent.—Aristote convient que tout en ne mettant pas l’homme qui en est imbu à l’abri de toutes les faiblesses de la nature humaine, la justice n’en contient pas moins le principe de toutes les vertus: «Elle en est la plus éclatante; ni Hesperus (l’étoile du soir), ni Lucifer (l’étoile du matin), ne sont plus admirables.»
27, Discipline.—Cicéron, Tusc., IV, 37.
29, L’autre.—Cicéron, De Fato, 5.
40, Acces.—Cicéron, De Senectute, 12.
3, Venus.—Vénus, déesse de la beauté, présidait aussi à la génération. Myth.
9, M’y cognois... miracle.—Var. des éd. ant.: encore que ie lui donne plus de credit sur moy que ie ne deurois, si est-ce que ie ne prens aucunement pour miracle.
12, Nauarre.—Add. des éd. ant.: Marguerite.
13, Heptameron.—Ouvrage ainsi nommé, parce qu’il est divisé en sept parties ou journées; est aussi appelé Nouvelles de la reine de Navarre. C’est un recueil de contes imités de Boccace, écrit par Marguerite de Navarre, imprimé en 1559; on y trouve beaucoup d’imagination et d’esprit et aussi une grande licence.
18, Comme il y... l’encontre.—Var. des éd. ant.: auquel il semble qu’il y ait plus de rauissement: non pas à mon aduis que le plaisir soit si grand de soy, mais parce qu’il ne nous donne pas tant de loisir de nous bander et preparer au contraire, et qu’il nous surprend.
20, Attouchemens.—«Nous connaissons, dit Sénèque, ce genre de continence de ces nouveaux mariés, qui, alors même que la première nuit de leurs noces ils épargnent la pudeur de ces vierges timides dont ils sont les époux, n’en lutinent pas moins, en se jouant, les parties circonvoisines de l’objet de leurs désirs.»—Ces derniers mots répondent à cette expression «s’en tenir à la petite vie»; ou, suivant Marot: «S’en tenir aux faubourgs de la cité d’amour, sans entrer dans la ville»; continence qui n’est que de l’onanisme réciproque.
22, Cette secousse... ailleurs.—Var. des éd. ant.: Cette secousse de plaisir nous frappe si furieusement, qu’il seroit malaisé veritablement, à ceux qui ayment la chasse de retirer en cet instant l’ame et la pensée de ce rauissement.
25, Poëtes.—Diane était la déesse de la chasteté et de la chasse, et Cupidon, fils de Mars et de Vénus, était le dieu de l’amour.—L’amour faict place au plaisir de la chasse, port. les éd. ant., voyla pourquoi les poëtes font Diane...
28, Obliuiscitur.—Les éd. ant. aj.: C’est icy vn fagotage de pieces décousues; ie me suis destourné de ma voye, pour dire ce mot de la chasse.
2, Estrangler.—En 81. En revenant d’Asie, après la mort de Sylla, César fut pris par des pirates, qui lui demandèrent trente talents (environ 160.000 fr.) pour sa rançon; il leur promit le triple. Rendu à la liberté, après être resté un mois en leur pouvoir, il arma quelques bâtiments, se mit à leur poursuite, s’en empara et leur fit subir le sort dont il les avait menacés.
4, Latin.—Cet auteur est Suétone, César, 74, qui s’exprime ainsi à l’occasion du fait de Philomon, esclave et secrétaire de César, que celui-ci, comme le rapporte Montaigne, fit simplement mettre à mort, sans le livrer à la torture, pour, de concert avec ses ennemis, avoir conçu le projet de l’empoisonner.
6, Deuiner.—Les éd. ant. port.: qu’il n’estoit pas du temps de la bonne Rome et qu’il iuge selon les, au lieu de: «qu’il est frappé des».
7, Mirent.—Add. des éd. ant.: depuis.
9, Cruauté.—Cette appréciation, émise à un point de vue plus général, est reproduite dans les mêmes termes, II, 584.—Déjà, au Ve siècle, saint Augustin s’était élevé contre la torture «qui force les innocents eux-mêmes à mentir»; elle ne fut abolie en France que 200 ans après que Montaigne le réclamait: en 1780, la question préparatoire, qui avait pour objet la recherche de la vérité, fut supprimée et, en 1788, la question préalable, infligée au condamné et qui constituait ce que Montaigne dénomme si bien l’au-delà de la mort simple; la marque au fer rouge et le carcan ne l’ont été qu’en 1830, le pilori en 1851.
9, Nous.—Nous, chrétiens, qui croyons à l’immortalité de l’âme.
31, Changée.—L’exemplaire de Bordeaux donne, de la main de Montaigne, une variante de cet épisode: «Ces iours passés... l’avoir changée» (lig. 12 à 31), lequel n’existe pas dans les éditions antérieures. En se reportant au relevé de ces variantes (fasc. E), on aura un spécimen relativement étendu de l’orthographe personnelle de l’auteur des Essais, et la comparaison des deux textes ne laissera aucun doute sur la supériorité de celui de 1595.
14, Hault chapeau.—Plutarque, Apophth.—Sorte de tiare; coiffure monumentale portée autrefois, chez les Perses et d’autres peuples de l’Orient, par les grands et les pontifes; la tiare du pape, la mitre des évêques en sont des restes.
16, Representez.—Hérodote, II, dit qu’il n’y avait que les pauvres qui en agissaient ainsi: «Par indigence, ils font des pourceaux de pâte, et les offrent en sacrifice après les avoir fait cuire.»—En ces derniers temps (1905), on a trouvé des poupées dans certaines sépultures de la Haute-Égypte, et on en a donné la cause suivante, se rattachant à la même idée: Dans les temps reculés, il était d’usage dans ce pays d’égorger le boucher, le boulanger et le tailleur qui avaient été attachés au service d’un illustre personnage passant de vie à trépas, et d’enterrer leurs cadavres autour de sa momie; ils continuaient, d’après les croyances religieuses, à le servir dans l’autre monde; peut-être aussi était-ce, d’après les idées sociales d’alors, comme garantie contre toute tentative d’empoisonnement; quand les mœurs s’humanisèrent, les artisans et les esclaves acquirent peu à peu le droit de se faire remplacer dans le paiement de ce suprême impôt du sang par des statuettes qui leur ressemblaient plus ou moins exactement, ce sont elles que l’on retrouve aujourd’hui.
11, Metempsychose.—Transmigration des âmes d’un corps dans un autre. Ce dogme est d’origine indienne; de l’Inde, il passa en Égypte, d’où plus tard Pythagore l’importa en Grèce; on trouve cette croyance mêlée à la religion de presque tous les peuples anciens; elle devait conduire ceux qui l’admettaient à défendre l’usage des viandes, comme exposant l’homme à se nourrir de l’un des siens; aussi cette abstention est-elle une des prescriptions fondamentales de la religion des Brahmes et de la philosophie pythagoricienne; cette doctrine est une ébauche imparfaite et grossière de l’immortalité de l’âme. V. II, 326.
12, Druides.—Ministres de la religion chez les anciens Gaulois ou Celtes. Les Druides croyaient à la métempsycose; l’objet de leur culte était surtout la nature; cependant ils reconnaissaient plusieurs dieux, dont Teutatès, le dieu de la guerre; ils n’avaient point de temples et se réunissaient dans les forêts; ils se livraient à nombre de pratiques superstitieuses, attachaient une vertu particulière au gui de chêne qui, à certains jours, se cueillait en cérémonie, avec une faucille d’or; dans les grandes calamités, ils immolaient des victimes humaines: ces énormes pierres, dolmens et menhirs, qui se rencontrent parfois en grand nombre dans certaines régions, passent pour avoir servi d’autels à ces sacrifices sanglants. Ce culte comportait aussi des prêtresses qui prédisaient l’avenir; il a disparu vers le VIe siècle.
34, Eram.—C’est ce que Pythagore disait de lui-même et c’est dans sa bouche qu’Ovide, Métam., XV, 60, place ces paroles.—V. N. II, 326: Ans.
6, Plutarque.—Dans son traité d’Isis et Osiris, 39.
7, Enfermez.—Si l’on veut, dit-on, qu’un chat entre librement dans une chambre, il faut lui procurer et qu’il entrevoie le moyen d’en pouvoir sortir de même.
10, Et l’vtilité... diuine.—Var. des éd. ant.: en cet autre, ou quelque autre effect.
19, Royauté.—Add. des éd. ant.: vaine et.
28, Feste.—Les caresses.
29, Aumosnes.—Établissements d’assistance; on disait jadis l’aumône publique de Paris pour l’administration de l’assistance publique de cette ville.
30, Bestes.—Le Coran défend de surcharger le chameau et de maltraiter le cheval.—Chez nous, la loi Grammont a pareillement pour objet d’empêcher l’abus des animaux domestiques et de les protéger contre les mauvais traitements, et la société protectrice des animaux s’est donné la tâche de veiller à son application et d’en propager les idées humanitaires.
32, Sauué.—Cicéron, Pro Rosc. Am., 20; Tite-Live, V, 47; Pline, X, 22.—Le Capitole, temple et citadelle de l’ancienne Rome.—En 390, après la bataille de l’Allia, les Gaulois entrèrent dans Rome qu’ils livrèrent aux flammes après l’avoir pillée et assiégèrent le Capitole. Ils étaient sur le point d’y pénétrer de nuit, quand, excitées par le bruit, des oies qui s’y trouvaient par hasard, se mirent à crier, et, par leurs cris, réveillèrent les défenseurs, ce qui permit de repousser l’assaut et fut pour Rome le salut.
33, Hecatompedon.—Plutarque, Caton le Censeur, 3.—Le Parthénon, temple de Minerve à Athènes, appelé Hécatompedon parce qu’il avait cent pieds de large. Sa construction en était due à Périclès. L’exécution en avait été dirigée par Phidias; une statue de la déesse en ivoire, sculptée par lui, le décorait.
35, Empeschement.—Les Romains en usaient de même à l’égard des bêtes de somme, employées aux travaux de fortifications de leur ville.
38, Enfans.—A Paris, ou mieux dans ses environs immédiats, existent sous le patronage de la société protectrice des animaux des cimetières pour les chiens, chats, etc., que leurs maîtres veulent voir inhumés; à Gennevilliers, notamment, s’en trouve un assez coquet et fort bien entretenu, où certains ont même de petits monuments.
1, Depuis.—Diodore de Sicile, XIII, 17.
3, Trespas.—«Si dans une maison, dit Hérodote, II, 65, 66, etc., il meurt un chat de mort naturelle, quiconque l’habite se rase les sourcils; si c’est un chien, on se rase la tête et le corps entier.»
5, Olympiques.—Hérodote, VI, 103; Élien, Hist. des animaux, XII, 40.
6, Chef.—Sur un cap, un promontoire.
7, Nom.—Plutarque, Caton le Censeur, 3.—Lors de la seconde guerre médique, l’évacuation d’Athènes ayant été résolue (480), le chien de Xantippe, père de Périclès, se jeta à la mer, lorsque son maître se fut embarqué, et nagea près de son vaisseau jusqu’à Salamine, où il aborda épuisé de fatigue et expira sur le rivage; l’endroit où il fut enterré, a porté depuis le nom de Cynosséma (sépulture du chien).
9, Seruy.—Plutarque, Caton le Censeur, 3, cite cette manière de faire de sa part, pour l’opposer à celle de Caton qui faisait vendre ses esclaves, lorsqu’ils devenaient vieux, pour n’avoir pas à nourrir des bouches inutiles.
Chapitre XII.—Le plus long et, au jugement de bien des gens, le plus important et le plus curieux des Essais.—Raymond Sebond, dans son ouvrage la Théologie naturelle, ou Livre des créatures, paru pour la première fois en 1487, écrit en un latin barbare, et qui fut condamné au concile de Trente, a voulu démontrer que les seules lumières de la raison suffisent, sans la révélation, pour admettre les bases de la religion, à l’encontre de ceux qui soutiennent, au contraire, qu’on ne peut prouver par des moyens humains l’existence de Dieu et de sa Providence. Il voit la preuve de son assertion dans l’infériorité et la soumission de tous les animaux vis-à-vis de l’homme, qui ne peut avoir reçu que d’un Dieu cette supériorité en toutes choses, d’où il conclut à quels devoirs de reconnaissance il est tenu envers son Créateur et qu’il peut s’élever jusqu’à lui, par l’observation de ses commandements.—Montaigne, lui, dans ce chapitre, fait plus l’apologie de la religion révélée que celle de l’ouvrage de Sebond, il tient à l’encontre de celui-ci que notre première illusion est de nous imaginer supérieurs aux autres animaux; leurs actes sont de fait semblables aux nôtres: Nous prétendons que c’est l’instinct seul qui les guide; quel avantage, si cela est, n’ont-elles pas sur nous, de faire d’elles-mêmes ce à quoi notre raison nous conduit d’un pas si incertain et sans toujours aboutir? Puis, laissant les bêtes, il s’attache à l’homme lui-même; nous montre les mieux doués, ceux-là mêmes qui ont fait de la raison l’étude de toute leur vie, en arriver à reconnaître que l’esprit humain est hors d’état d’atteindre à la vérité et de la distinguer de l’erreur. Passant en revue, d’une manière succincte et un peu confuse, mais cependant complète, les systèmes philosophiques des anciens et, sous prétexte de défendre Sebond qu’il a traduit, exposant ses propres idées, il va, en réalité, directement à l’opposite de la pensée et du dessein de l’auteur qu’il prétend appuyer; il fait ressortir de quelle incertitude est empreint le témoignage de nos sens, par lequel nous communiquons avec ce qui est en dehors de nous; combien la raison est elle-même limitée dans ses connaissances, que d’erreurs elle commet dans ses déductions; et, devant son impuissance à conduire l’homme à aucune vérité certaine, il conclut que dans le chaos des contradictions humaines, la foi en la religion chrétienne apparaît comme le parti le plus simple et le plus probable; et il l’adopte, non par conviction, mais par esprit de conduite et par insouciance, s’y abritant comme dans un port tranquille où il cherche le repos et un certain engourdissement de l’âme. En somme, il sacrifie la philosophie à la théologie, acceptant et mettant hors de cause tout ce que la foi nous enseigne, à l’opposé d’Abailard qui soutenait «qu’il ne faut croire que les choses qui se peuvent prouver par des raisons naturelles», ce qui, du reste, le fit considérer comme hérétique; mais les motifs qui le font se montrer aussi exclusivement chrétien, c’est encore chez lui du scepticisme, c’est uniquement parce que la raison humaine courte et débile ne le mène à rien et que l’Église assure l’avenir, sans qu’il ait à s’en inquiéter davantage.—Scaliger, qui était un critique de parti pris de Montaigne, dit de ce chapitre: «Il y a de tout, et cela produit le même effet que Magnificat à matines.»
Sebonde.—Montaigne écrit indifféremment Sebon, Sebond, Sebonde, Sabonde.
15, Contens.—Diogène Laerce, VII, 165.
17, L’ignorance.
8, Luther.—A la suite de persécutions amenées par une protestation de sa part contre la vente des indulgences, Luther se sépara de l’Église catholique, ne reconnaissant d’autre autorité que celle des livres saints, attaquant le Pape et l’Église romaine, les vœux monastiques, le célibat des prêtres, la hiérarchie ecclésiastique, la possession de biens temporels par le clergé, rejetant le culte des saints, le purgatoire, les commandements de l’Église, la confession, le dogme de la transsubstantiation, la messe, la communion sous une seule espèce, ne conservant d’autres sacrements que le baptême et l’eucharistie sous les deux espèces.—Excommunié en 1520, il n’en devint que plus ardent, parcourut l’Allemagne, propageant ses idées nouvelles; il fit de nombreux prosélytes qui résistèrent aux persécutions par les armes et, après de nombreuses vicissitudes, ses sectateurs obtinrent définitivement, par la paix de Nimègue (1582), la liberté de conscience. Conséquent avec lui-même, Luther s’était marié en 1526.—Vers 1538, Calvin se faisait, en Guyenne, l’initiateur de cette même doctrine.
12, Atheisme.—En matière d’athéisme, les hommes, à peu près dans tous les temps, ont communément traité d’athées ceux qui simplement ne pensent pas comme eux; si bien que, de fait, nous en sommes arrivés à confondre dans une même acception ces deux termes de théiste et d’athée qui, grammaticalement parlant, sont tout l’opposé l’un de l’autre. En fait, l’athée n’existe pas; il n’est personne qui nie l’existence d’un principe inconnu, qui n’a pas eu de commencement, qui n’aura pas de fin et qui fait que l’univers existe; mais son essence, la façon dont il s’exerce, la raison d’être de toutes ses créatures, des mondes et des êtres animés et inanimés dont ils se composent, échappent à la faiblesse de notre intelligence, et tous nous errons quand nous cherchons à le pénétrer, parce qu’il est au-dessus de toute conception de notre part et que nous n’avons de données sur ce point que de soi-disant révélations contestables et contestées. En cette recherche stérile qui ne saurait aboutir et qui ne conduit à aucun résultat autre que le doute, non sur l’existence de Dieu, mais sur sa nature et sur notre fin, l’esprit humain s’égare et s’attriste; reste la foi, mais la foi ne se commande pas.
12, Vulgaire.—Les éd. ant. aj.: (et tout le monde est quasi de ce genre).
14, Mesmes.—Les éd. ant. aj.: et par la raison.
32, Foible.—C’est le cas des Essais traduits en langage de nos jours. Le style de l’auteur a un cachet, un charme si particuliers, la langue française de son époque, surtout sous sa plume, avait tellement plus d’énergie qu’actuellement, que toute traduction, quoi qu’on fasse, sera toujours inférieure au texte primitif pour ceux à même de le lire à peu près couramment.
37, Mort.—Montaigne commença cette traduction en 1567; il l’avait terminée en 1568. Elle fut imprimée une première fois en 1569, mais d’une façon si incorrecte que les éd. ant. des Essais aj. ici: auec la nonchalance qu’on void, par l’infiny nombre de fautes, que l’imprimeur y laissa, qui en eust la conduite luy seul. Elle a été réimprimée, en 1581, dans de meilleures conditions.
9, Turnebus.—Les éd. ant. port.: Tournebeuf.
11, D’Aquin.—Le plus grand théologien de l’Église d’Occident et le plus grand philosophe du moyen âge. Ses ouvrages principaux sont: la Somme de la foi, établissant toutes les vérités catholiques d’après les Écritures, et la Somme théologique longtemps classique, où l’auteur discute les principales questions de la théologie, de la philosophie et de la morale (somme, terme de théologie, signifie ouvrage abrégé d’un plus grand; de la même étymologie vient sommaire).
25, Bonté.—Les éd. ant. port.: sacrosaincte bonté.
30, Sua.—Vers imités de Virgile, faits par un auteur inconnu à la louange de Ronsard.
2, Chrestiens.—Socrate n’était pas chrétien, ce qui n’a pas empêché qu’il soit parvenu à un si haut degré de vertu, que le paganisme peut l’opposer à tous ceux que le christianisme présente en ce genre: sa mort excite l’admiration; jusqu’à son dernier soupir, il se montra aussi grand qu’il avait vécu; on peut apprendre de lui à bien vivre et à bien mourir.—Erasme, cet autre sage de son temps, dit quelque part: «Peu s’en faut que je ne dise: Saint Socrate, priez pour nous!»
4, Martyres.—Il y a des martyrs dans toutes les religions; Tertullien disait: «Ce n’est pas le supplice qui fait le martyre, mais la cause.»
8, Tartare.—Joinville, 19.—Le pape Innocent VII avait envoyé, pour y prêcher le christianisme, des missionnaires en Tartarie, dont le roi projeta d’envoyer une ambassade à Rome, pour vérifier les assertions de ces missionnaires; mais eux-mêmes, par crainte de la mauvaise impression qu’elle pourrait en rapporter, le dissuadèrent d’y donner suite. Ce qui a pu porter Montaigne à penser que c’était saint Louis qui l’en avait détourné, c’est qu’à ce moment il était en Chypre, se rendant en Terre sainte, et l’ambassade vint l’y saluer, mais ne poussa pas plus loin.
18, Vicieuses.—Montaigne paraît avoir emprunté cette histoire du Décaméron de Boccace, 2e journée, 2e nouvelle, où le juif Abraham, pressé par un ami de se faire chrétien, s’y résout, après un voyage à Rome, par les raisons indiquées ici.
20, Parole.—Évangile selon S. Matthieu, XVII, 19 et S. Paul, Épître aux Corinthiens.
23, Credas.—Cette citation est de Quintilien qui n’était pas chrétien, c’est dire que Montaigne la détourne du sens qu’elle a dans le texte latin.
34, A nos passions.—Les éd. ant. port.: aux hommes.
19, Celle là.—Allusion à la situation de Henri III après le traité de Loches (1576). Mécontents des concessions faites par le roi aux Protestants, les Catholiques, qui jusqu’alors avaient marché avec lui, se liguent contre lui, tandis que ses adversaires de la veille se déclarent pour lui.
20, Besoing.—C.-à-d. n’admettre pour vrai que ce qu’il est de notre intérêt qu’on croie tel.
21, Dire.—Bayle, dans son dictionnaire, remarque I de l’art. Hotman, cite et commente ce passage, disant: «Tant que le monde sera monde, il y aura partout des doctrines ambulatoires dépendantes des lieux et des temps.» C’est ce qu’à notre époque nous appelons l’opportunisme, qui, quoi qu’on en puisse dire, est l’une des lois les plus sensées de la politique, dont les principes sont tout autres que ceux de la morale avec lesquels ils sont rarement du tout au tout conciliables; celle-ci est la théorie, celle-là la pratique.
32, Remuent.—Au début des troubles qui agitèrent la France à cette époque, les Protestants, visant à renverser Charles IX et à faire arriver au trône Henri de Navarre, mettent en avant le droit de déposer les rois et de tuer les tyrans; les Catholiques, au contraire, repoussent tout principe autre que la légitimité. A la mort de Henri III, le roi de Navarre se trouvant, par droit d’hérédité, appelé à lui succéder, ce sont les Catholiques qui contestent ce principe de la légitimité qu’a pour lui Henri IV et qui revendiquent le droit de passer outre et de lui substituer un prétendant de leur choix; chaque parti se trouvait ainsi avoir changé de thèse et adopté celle de ses adversaires.
35, Chrestienne.—C.-à-d. il n’est point d’hostilités qui se prêtent mieux à la satisfaction de nos passions que celles qui ont pour cause l’intérêt de la religion.
37, Detraction.—Larcin, du latin detractio qui a même signification.
1, Vices.—Sous-entendu: et, au contraire.
2, Dict.—C.-à-d. frauder la dîme, en ne donnant que de la paille sans grain; Dieu est mis ici pour les ministres du culte, par un tour d’expression dont l’usage est aussi ancien que le monde. Coste..—De ce dicton qui signifie se moquer, aussi bien que frustrer quelqu’un de ce qui lui est dû, on donne encore une autre explication, cela voudrait dire: «Faire la barbe avec un bouchon de paille.» Payen.—Rabelais, I, 11, l’emploie avec une variante: «Gargantua faisoit gerbe de feurre aux Dieux.»
14, Bigue.—C.-à-d. voulut échanger l’un pour l’autre.—Bigue signifiait échanger, troquer.
17, Orpheus.—Diogène Laerce, VI, 4.—Les initiés composaient une secte dissidente des philosophes pythagoriciens; ils avaient en vue la pratique de la vertu, croyaient à l’expiation des crimes dans l’autre monde et s’abstenaient de manger la chair des animaux; ils prétendaient avoir reçu d’Orphée les dogmes qu’ils professaient.
26, Prestre.—Diogène Laerce, VI, 39.
35, Iesus-Christ.—S. Paul, dans son Épître aux Philipp., I, 23.
36, Donnoit.—Cicéron, Tusc., I, 34; Callimaque, Epigr., 24; Ovide, in Ibin, v. 495; S. Augustin, De Civit. Dei, I, 22.
1, Alemans.—Voltaire, dans Zaïre, exprime la même idée:
9, Ne ramene.—Var. des éd. ant. à 88: vne extreme douleur ou voisinage de la mort, ne ramenent par force...
13, Plato.—Lois, au commencement du liv. X, passage déjà cité dans les Essais, I, 580.
17, Dit-il.—Platon, République, I.
23, Loix.—C’est le résultat de ce que dit Platon sur la fin du second livre au commencement du troisième de sa République.
29, Bion.—Diogène Laerce, IV, 4.—Cette réflexion même, si juste et si naturelle, est de Diogène Laërce, qui d’ordinaire s’abstient de tout commentaire.
31, Force.—Les sectateurs d’Aristippe et d’Épicure fondaient la religion sur la crainte; la loi, sur l’utilité; la justice, sur la coutume.
29, Luy-mesmes.—S. Paul, Épître aux Romains.—C’est Dieu qui est présenté comme tenant ce langage parce que l’apôtre est considéré comme parlant en son nom.
32, Facteur.—«Tout ainsi que par ce peu de lumiere que nous auons la nuict, nous imaginons la lumiere du soleil qui est esloignée de nous; de mesme, par l’estre du monde que nous connoissons, nous argumentons l’estre de Dieu, qui nous est caché...» R. Sebond, Théologie naturelle, 24, traduction de Montaigne.
4, Œuures.—Dans l’Épître aux Romains.—S. Paul, surnommé l’apôtre des Gentils parce qu’il a évangélisé en dehors de la Judée, n’est ni du nombre des douze apôtres proprement dits, quoiqu’il soit toujours compté comme tel, ni même des disciples de Jésus-Christ. Né de parents juifs, il se nommait Saul et fut d’abord un persécuteur violent du christianisme; mais, sur le chemin de Damas, il eut une vision, se convertit, devint un des plus ardents propagateurs de la religion nouvelle et finit par obtenir le martyre à Rome. On a de lui les Actes des apôtres qui sont sa propre histoire et quatorze lettres aux Églises avec lesquelles il était en relation, elles se distinguent par la logique et la sagesse des principes qu’il expose.—Godeau, évêque de Grasse (1605-1672), dit de lui:
9, Leges.—Les éd. ant. aj.: Si mon imprimeur (de la Théologie naturelle) estoit si amoureux de ces prefaces questées et empruntées, de quoy par l’humeur de ce siecle il n’est pas liure de bonne maison, s’il n’en a le front garny, il se deuroit seruir de tels vers, que ceux cy qui sont de meilleure et plus ancienne race que ceux qu’il est allé planter.
3, Couche.—On incline, on penche en faveur.—Les éd. ant. port.: Celui qui est d’ailleurs imbu d’vne creance reçoit bien plus aisément les discours qui lui seruent, que ne fait celuy qui est abreuué d’vne opinion contraire, comme font ces gens icy, au lieu de: «On couche... en soy».
21, Ἑαυτόν.—Cette pensée est d’Hérodote, qui la met dans la bouche d’Artaban cherchant à détourner Xerxès de son expédition contre les Grecs.
24, Platon.—Dans le Timée.
32, S. Augustin.—De civitate Dei, XXI, 5.—Le premier des Pères de l’Église. Eut une jeunesse fort dissipée, se convertit, fut baptisé à 32 ans et devint, par la parole et la plume, un des plus ardents et solides défenseurs du christianisme. Ses principaux ouvrages sont: La Cité de Dieu, son chef-d’œuvre, admirable peinture de la religion chrétienne; ses Confessions, où il fait l’histoire de ses erreurs et de sa conversion, et le Traité sur la grâce et le libre arbitre; on a encore de lui nombre de sermons, de lettres et d’écrits contre les hérétiques de son temps.
3, Philosophie.—S. Paul, Aux Colossiens, II, 8.
5, Dieu.—S. Paul, Aux Corinthiens, I, 3, 19.
5, Vanitez.—Pensée tirée de l’Ecclésiaste et de Pline.
7, Sçauoir.—Pensée tirée de Lucrèce et de l’Épître de S. Paul aux Corinthiens.
8, Trompe.—Cette pensée se trouve également dans Lucrèce et dans S. Paul, Épître aux Galates.
1, Cestuy-la.—Le philosophe stoïcien Balbus qui, dans Cicéron, s’exprime comme le porte la citation qui suit.
6, Mouuements.—On croyait encore généralement alors que le soleil tournait autour de la terre, etc.
13, Plutarque.—Plutarque dit bien que, peut-être, la Lune est habitée, que ses habitants doivent y être plus dispos, plus légers au physique, plus faciles à nourrir que nous, mais il ne parle pas de colonies.
19, Quant et quant.—Les éd. ant. aj.: dict Pline.
23, Trois.—C.-à-d. avec les animaux vivant sur terre, et, par cela même, de pire condition que ceux des deux autres espèces: les oiseaux qui volent dans les airs, et les poissons qui nagent dans les eaux.
34, D’elle.—Cette pensée a été traduite en vers par Senecé:
Observons, en passant, que cette rime, dans les deux premiers vers, de Montaigne avec Espagne, montre bien comment encore à cette époque (1717) on prononçait le nom de l’auteur des Essais.—A propos de chat, Mahomet en avait un qu’il aimait au point qu’un jour, dit-on, cet animal dormant sur un pan de son caftan, et le moment de la prière étant venu, le prophète coupa son vêtement, afin de ne pas troubler le sommeil de l’animal.
2, Saturne.—Dans la Politique.—Chassé du ciel par Jupiter, et accueilli sur terre par Janus, roi du Latium, auquel il succéda, Saturne apprit aux Latins l’art des semailles, fit fleurir la paix, l’abondance, la justice, et son règne fut l’âge d’or pour l’Italie. Myth.
18, Troglodytes.—Ancien peuple de l’Afrique qui vivait dans des cavernes ou dans des trous creusés dans la terre. Mais, dans bien des contrées, voire même en France, existent des vestiges de pareilles habitations établies dans des anfractuosités naturelles, grossièrement aménagées et qui remontent aux temps préhistoriques; on a qualifié de ce même nom de Troglodytes, ceux dont elles ont été la demeure.
20, Thyaneus.—Philostrate, Apollonius de Thyane, I, 20.
20, Melampus.—Apollodore, I, 9, 11.
20, Tirasias.—Apollodore, III, 6, 7, etc.
22, Roy.—Dans l’intérieur de l’Afrique, dit Pline, Hist. nat., IV, 30, au delà de la Nubie, se trouvent les Ptoemphanes, qui ont pour roi un chien, dont ils consultent les divers mouvements.—Cette erreur ne proviendrait-elle pas de la similitude du mot latin canis (chien) avec les mots qui dans plusieurs langues signifient le roi ou seigneur comme, par exemple, Khan chez les Tartares, King en anglais, Kœnig en Allemagne? Payen.
24, Nous.—«Les enfants des hommes sont en eux-mêmes semblables aux bêtes, ils ont même destinée; l’homme n’a pas d’avantage sur la bête.» Ecclésiaste, III.
25, Intelligence.—Les éd. ant. aj.: de leurs mouuemens et.
34, Qu’il y a.—Add. des éd. ant. à 88: de la menasse et.
36, Voix.—C.-à-d. qui ne profèrent aucun son.
27, Cestuy-cy.—Ce langage par gestes.
32, Langue.—Aux extrémités de l’Éthiopie, dit Pline, VI, naissent des animaux et des hommes de formes monstrueuses; l’excessive mobilité des feux solaires varie les corps et les multiplie à l’infini; et, parmi ces phénomènes, il en est certains qui n’ont d’autre langage que les gestes et les signes.
37, Mot.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
6, Prudence.—Les éd. ant. port.: prouidence.
39, Par art.—Les éd. ant. aj.: et par industrie.
33, Vniforme.—Les éd. ant. aj.: la foiblesse de nostre naissance se trouue à peu pres en la naissance des autres creatures.
40, Souffrir.—Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux aj.: le visage, les pieds, les mains, les iambes, les espaules, la teste, selon que l’vsage nous y conuie.
3, Nombril.—Louis XIII avait une profonde répugnance pour cette exagération qui se maintint jusqu’au milieu du XVIIIe siècle; on cite de lui à cet égard plusieurs anecdotes.—Voulant, un jour, s’emparer d’une lettre qu’une dame de sa cour avait cachée dans son sein et qu’il avait intérêt à connaître, il alla l’y chercher avec des pincettes.—Une autre fois, se trouvant à table et voyant s’approcher de lui une femme habillée et découverte suivant cette mode, il retint une gorgée de vin dans la bouche et la lui lança dans le sein, ce qui la fit se retirer toute honteuse.
6, Plier.—Plutarque, Lycurgue, 13.
21, Labourage.—Les éd. ant. aj.: sans aucune nostre industrie.
22, Planté.—En abondance.—Ce mot dérive de plénité, qui vient du latin plenitas qui a ce même sens: saturation complète, plénitude.