The Project Gutenberg eBook of La négresse blonde

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Title: La négresse blonde

Author: Georges Fourest

Contributor: Henry Gautier-Villars

Illustrator: Lucien-Marie-François Métivet

Release date: November 19, 2019 [eBook #60739]
Most recently updated: October 17, 2024

Language: French

Credits: Produced by Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online
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*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA NÉGRESSE BLONDE ***

TABLE

GEORGES FOUREST

La Négresse Blonde

De quoi ris-tu, Sycophante?
Mais je ne ris pas.
Alors, tu es terrible.
V. Hugo “L’Homme qui rit”.

Cinquiesme Hypostase

[Image pas disponible.]

AVEC LXXV TATOUAGES
DE LUCIEN MÉTIVET

 

LA CONNAISSANCE
9, GALERIE DE LA MADELEINE, 9
PARIS (VIIIᵉ)

LA NÉGRESSE BLONDE

 

 

DU MÊME AUTEUR:

LaNégresseBlonde(Messein 1909) épuisé.
 (Crès 1911) épuisé.
 La Connaissance, 1920. (avec portrait et frontispice de Georges Villa), épuisé.
 La Connaissance 1920. épuisé.

A PARAITRE:

Contes pour les Satyres.
Le nain et le cochon sous le crâne du poète.

[Image pas disponible.]

GEORGES FOUREST

La Négresse Blonde

De quoi ris-tu, Sycophante?
Mais je ne ris pas.
Alors, tu es terrible.
V. Hugo “L’Homme qui rit”.

Cinquiesme Hypostase.


Avec soixante-quinze Tatouages de

LUCIEN MÉTIVET


On se lasse de tout,

[Image pas disponible.]

excepté de connaître


LA CONNAISSANCE
9, GALERIE DE LA MADELEINE, 9
PARIS (VIIIᵉ)




LA NÉGRESSE BLONDE de GEORGES FOUREST, paraît dans sa cinquiesme hypostase avec 75 tatouages de LUCIEN MÉTIVET, à “LA CONNAISSANCE” qui édite sous son enseigne, 9, Galerie de la Madeleine, PARIS (8ᵉ). Le texte et les dessins ont été tirés par L’Hoir, maître-imprimeur à Paris, les clichés ont été faits par Démoulin.

Il y a eu: 30 exemplaires sur Hollande Van Gelder Zonen filigrané, avec une suite sur chine.

970 vergé de pur fil Lafuma.

Cet Exemplaire est justifié.

CE LIVRE CONTIENT:

Préface 11
 
La Négresse blonde21
 
Renoncement29
 
SIX PSEUDO SONNETS TRUCULENTS ET ALLÉGORIQUES
Pseudo-sonnet plus spécialement truculent et allégorique35
Pseudo-sonnet pessimiste et objurgatoire37
Pseudo-sonnet africain et gastronomique ou (plus simplement) repas de famille39
Pseudo-sonnet imbriaque et désespéré41
Pseudo-sonnet asiatique et littéraire43
Pseudo-sonnet que les amateurs de plaisanterie facile proclameront le plus beau du recueil45
 
La Singesse49
 
PETITES ÉLÉGIES FALOTES
Sardines à l’huile55
Le doigt de Dieu57
Le vieux saint59
Les poissons mélomanes62
Fleurs des morts66
Souvenir ou autre repas de famille67
Petits Lapons69
Jardins d’automne71
Petits calicots73
 
Épître falote et balnéaire77
 
CARNAVAL DE CHEFS-D’ŒUVRE
Le Cid83
Phèdre85
Iphigénie90
Andromaque92
Bérénice96
Horace101
A la Vénus de Milo104
En passant sur le quai110
 
Ballade pour faire connaître mes occupations ordinaires115
 
Ballade en l’honneur des poètes falots119
 
Épître falote et testamentaire pour régler l’ordre et la marche de mes funérailles123

PRÉFACE

Guy de Maupassant affirmait que Algernon-Charles Swinburne lui semblait le mortel le plus extravagamment artiste du monde. A présent que le mortel chantre de l’immortelle Laus Veneris est mort, nous sommes deux esthètes chauves, trois pelés et quatre tondus—neuf en tout—fondés à regarder comme le plus extravagamment artiste de nos contemporains, le nommé Georges Fourest.

Artiste, le poète de la Ballade en l’honneur des poètes falots l’est, simultanément, à la manière antique et à la manière contemporaine: argonaute du verbe, jason non pas jaseur mais passionné de rythmes et évidemment «plein du souffle grec», et explorateur du dernier bateau (lequel est un bateau ailé), Wright de la subtilité et de la nuance...

Et extravagant, il l’est aussi tout à la fois d’une façon ancienne et d’une façon moderne. On l’a qualifié d’acrobate preste et cocasse du cirque lyrique, Foottit merveilleux du vers. Soit! Mais, avant d’être Foottit, il a ricané sous le pseudonyme de Triboulet; et, premier que d’être bouffon des Valois, il a gambadé, Ægipan. Déconcertante synthèse, Georges Fourest exhibe presque en même temps les cornes du bouc, la marotte chère au jongleur du Roi et le bizarre vêtement-sac où s’enveloppe l’amuseur de l’arène[A]; il apparaît coup sur coup comme le Clown, le Fol de cour et le Satyre.

Alliance de l’homme et de la bête, et quasiment dieu, compagnon effronté et folâtre de Dionysos, ivre plus qu’à demi de chansons, de vin, de caresses, le Satyre gambade, fringue, cabriole, s’ébaudit. Est-il terrible, est-il ridicule? Il est (c’est le cas de le dire) biscornu. Est-il beau, est-il affreux? Il est troublant. Depuis la fourche de ses pieds jusqu’à la pointe de ses oreilles, il a de l’esprit: esprit tortueux et tumultueux, âpre et burlesque, raffiné et puéril, savant et brutal, douloureux et lascif,—et esprit surtout ricaneur, sardonien; naturellement: esprit satyrique.

De cet esprit-là, le livre où j’ai la gloire de préambuler, abonde, foisonne, retentit, sonore de crépitations baroques et joviales qui étonnent parmi la bonne harmonie de tels beaux poèmes tout imprégnés d’Orphée peut-être et d’Euripide certainement. On s’amuse, on s’étonne, non sans quelque remords, devant une Phèdre, une Iphigénie, une Andromaque fantasquement renouvelées, et dans telles autres pièces qui n’ont pas eu de modèles millénaires et princiers, dans la Singesse, par exemple, on voit luire et cligner les yeux sarcastiques du capripède et frétiller sa queue égayante.

Fou qui se sert de sa folie pour nasarder la folie universelle, le Fol de cour suscite le rire et parfois la peur. Feint-il de se plaire à des jeux puérils? Soudain il se renfrogne et machine un piège. Prépare-t-il un tour bouffon? Ne vous esclaffez pas trop tôt: le tour va devenir macabre. Je vous recommande aussi de ne point «charrier», comme on disait sous Louis XII, les chaussures du Fol, mi-partie de couleurs criardes: elles sont adroites, promptes et aiguës comme un pal. Et je vous conseille, sur toutes choses, de ne vous point gaudir de son sceptre surmonté d’une tête grotesque et garnie de grelots: il frappe dur sans que l’on puisse s’indigner des coups à la fois sournois et impertinents qu’il dispense.

Georges Fourest badine, mais il a compris que la vie est une farce amère; et s’il fait semblant d’attraper des hannetons, si même il attrape pour tout de bon quelques-uns de ces coléoptères lamellicornes, il est moins abstrait que ne le pourrait croire la tribu des critiques (et celle des mélolonthinés) par un si ingénu passe-temps. La chanson des grelots, qu’il se targue d’aimer, il l’agrémente de couplets aux sous-entendus goguenards, il la contrepointe de refrains à double entente, modulés savamment et perfidement dans une contorsion exquise des lèvres.

Coiffé comme un astrologue, la tête sur une collerette blanche de pierrot, le Clown enluminé risque entre deux coq-à-l’âne les sauts les plus périlleux et sanglote en débitant les fables les plus hilarantes. Disloqué paradoxal, funambule ahurissant, saltimbanque énigmatique, il se montre adroit à ce point qu’il peut suggérer qu’il est gauche, lui si malin qu’il peut—quand il lui plaît—passer pour un lourdaud. Bateleur élégant, il pince sans rire. Pitre magique, il se fout du peuple. Comique à froid, il atteint au génie. Et il semble que ce soit lui qui ait écrit l’Epître Falote et Balnéaire et inventé ces sardines

Sans voix, sans mains, sans genoux,
et ce journaliste paillard, versificateur et pétunomane qui
... se gavait de tripe
à la mode de Caen parmi des croque-morts,
et ce vieux saint, cet adorable saint qui subit
... deux fois
(Saint de chair et saint de bois)
Le Martyre pour la foi.

Ainsi, Clown, Fol de cour et Satyre, Georges Fourest personnifie les trois êtres prestigieux qui représentent à travers les âges le rire artiste et extravagant.

Le plus singulier de l’histoire—histoire non naturelle vraiment—c’est que, dans la vie ordinaire, cet Ægipan, ce Triboulet, cet irrésistible amuseur de Cirque, affecte la tournure hautainement désinvolte, la prestance cavalcadeuse d’un officier de la garde impériale. Et c’est sans doute ce qui explique que, de même qu’en les pièces de Plaute, il est constamment question d’Athènes, du Pirée, de Rhodes, d’Ephèse, de la Sicile (et que, pourtant, il est notoire que tous les actes de ces comédies, toutes leurs scènes se passent à Rome), de même il est manifeste que tous les poèmes de Fourest, tous les décors qu’ils invoquent, l’île de Tamamourou, le bord du Loudjiji, le Lac des Libellules, se situent dans l’empire français.

Exotiques ou nationaux, ces poèmes regorgent de beautés et de Beauté. Cela seul importe.

Le plus vaseux des critiques, l’auteur des samedis littéraires lui-même, ne pourrait qu’admirer, si jamais il ouvrait ce livre, l’alexandrin de Georges Fourest, nombreux, rimé dru, assez sonore pour réveiller les auditeurs gorgés de véronal, de trional, de sulfonal ou d’Ernest Charl. Parfois, ce vers fait songer, par son bondissement rythmique, aux meilleures Odes funambulesques, à celle, par exemple, où Théodore de Banville, échappant à l’obsession de la rime-calembour, traçait l’inoubliable croquis de «ce groupe essentiel»:

Monsieur Courbet grimpant sur une diligence
Et sa barbe pointue escaladant le ciel.

En certaines strophes, la Singesse semble s’apparenter, avec moins de gaminerie rapinesque et plus de poétique éclat, à cette Négresse du Parnassiculet qu’hypnotisait de ses coruscations.

Un shako d’artilleur orné d’un pompon vert

Mais pourquoi m’évertuerais-je à lui rechercher des ascendants littéraires, alors que n’a pas eu de modèle et n’aura pas d’imitateur sa pompeuse et mirifique et retentissante Epître testamentaire, par laquelle, évoquant des pompes funèbres insoupçonnées du miteux Chauchard, le poète ordonne, pour escorter son cercueil, ce «coffre d’orichalque ocellé de sardoines», un inégalable cortège où les esclaves d’Orient, les porteurs vêtus de laticlaves jaunes et les bardes édités chez Messein défilent en compagnie d’une faune peu commune—couaggas, hircorcerfs, zébus, zèbres, girafes,—luxe d’Empire à la fin de la Décadence, que pimentent narquoisement des causticités ultra-modernes, bouffonnes truculences tout à fait dignes d’un Héliogabale des quat’-z’-arts.

Vieil habitué du Soleil d’or, jamais, de ma demi-mondaine de vie, jamais je n’oublierai la formidable acclamation qui ébranla les murs du sous-sol où s’entassaient, chaque semaine, tant de poètes, le jour que leur fut récitée l’Epître falote et testamentaire pour régler l’ordre et la marche de mes funérailles. Dans l’opaque fumée de la tabagie en liesse, les bravos crépitaient furieusement en l’honneur du portelyre absent dont les strophes se déroulaient avec une ampleur de la plus grandiloquente cocasserie.

Tous bavaient d’extase: Adolphe Retté, aujourd’hui bénédictin, alors anarchiste; Rambosson, notoire de par son romantique prénom d’Yvanhoé; F.-A. Cazals, étranglé d’une haute cravate en spirales, le front barré d’une mèche à la Delacroix, féroce et loyal «en un frac très étroit aux boutons de métal». Le piano, hebdomadairement massé par le docteur Le Bayon, avait cessé ses gémissements coutumiers, et, assoiffés de lyrisme, les chansonniers eux-mêmes écoutaient; nasillardes clameurs de Canqueteau, vocalises sopranisées par Montoya, couplets antigouvernementaux mâchés férocement par Ferny, tout se taisait; on n’entendait plus, scandée par le récitant, que l’impressionnante épitaphe:

Ci-gît Georges Fourest; il portait la royale,
Tel, autrefois, Armand-Duplessis-Richelieu,
Sa moustache était fine et son âme loyale,
Oncques il ne craignit la vérole ni Dieu!

Quand le dernier vers eut cessé de bruire, les auditeurs du Soleil d’Or, les mains brisées à force d’applaudir, les poumons encrassés de nicotine, jugèrent hygiénique d’extérioriser leurs admirations. De la Fontaine Saint-Michel à Bullier, le Boulevard se couvrit de thuriféraires... (le baron Trimouillat, ténorino mégalomane mais imperceptible, atteint de l’aphonie des grandeurs; l’incohérent Jules Lévy, dont le rire laissait briller soixante-quatre dents éblouissantes; Lemice-Térieux-Paul-Masson, raviné de rides comme un cirque lunaire; Henri Mazel, méridional blond clair, et le lillois X.—paix à ses gendres—noir et crépu comme un Soudanais; Le Cardonnel, Ernest Raynaud, Henri Gauthiers-Villars, devenus l’un prêtre, l’autre commissaire de police, le dernier journaliste)... tous vociférant leur enthousiasme, tous sacrant Fourest chef d’école (l’Ecole Fourestière), tous chantant, inlassables, sur un timbre trop connu:

Que mon enterrement soit superbe et farouche,
Que les bourgeois glaireux bâillent d’étonnement
Et que Sadi-Carnot, ouvrant sa large bouche,
Se dise: «Nom de Dieu! Le bel enterrement!»
Sur l’air du tra, la, la, la...

Car nous étions ce qu’on est convenu d’appeler la Jeunesse studieuse...

Willy.

[Image pas disponible.]

 

 

A LA MÉMOIRE
DE

POL MAÇON

 

 

LA NÉGRESSE BLONDE

[Image pas disponible.]
LA NÉGRESSE BLONDE

Quamvis ille niger, quamvis tu candidus esses
Virgile.
Electro similes auroque capillos.
Ovide.
Fulvoque nitet coma gratior auro.
Calpurnius.
Et flavicomis radiantia tergora villis.
Claudien.

I

Elle est noire comme cirage,
comme un nuage
au ciel d’orage,
et le plumage
du corbeau,
et la lettre A, selon Rimbaud:
comme la nuit,
comme l’ennui,
l’encre et la suie!
Mais ses cheveux,
ses doux cheveux
soyeux et longs
sont blonds, plus blonds
que le soleil
et que le miel
doux et vermeil,
que le vermeil,
plus qu’Ève, Hélène et Marguerite,
que le cuivre des lèchefrites,
qu’un épi d’or
de Messidor,
et l’on croirait d’ébène et d’or
La Belle Négresse, la Négresse Blonde!

I

Cannibale mais ingénue
elle est assise, toute nue
sur une peau de kanguroo,
dans l’île de Tamamourou!
Là, pétauristes, potourous,
ornithorrynques et wombats,
phascolomes prompts au combat,
près d’elle prennent leurs ébats!
Selon la mode Papoua,
sa mère, enfant la tatoua:
en jaune, en vert, en vermillon,
en zinzolin, par millions,
oiseaux, crapauds, serpents, lézards,
fleurs polychromes et bizarres,
chauves-souris, monstres ailés,
laids, violets, bariolés,
sur son corps noir sont dessinés.
Sur ses fesses bariolées
on écrivit en violet
deux sonnets sibyllins rimés
par le poète Mallarmé,
et sur son ventre peint en bleu
fantastique se mord la queue
un amphisbène.
L’arête d’un poisson lui traverse le nez;
de sa dextre aux doigts terminés
par des ongles teints au henné,
elle caresse un échidné,
et parfois elle fait sonner
en souriant d’un air amène
à son col souple un beau collier
de dents humaines,
La Belle Négresse, la Négresse blonde!

I

Or des Pierrots,
de blancs Pierrots, de doux Pierrots
blancs comme des poiriers en fleurs,
comme la fleur
des pâles nymphéas sur l’eau,
comme l’écorce des bouleaux,
comme le cygne, oiseau des eaux,
comme les os
d’un vieux squelette,
blancs comme un blanc papier de riz,
blancs comme un blanc Mois-de-Marie
de doux Pierrots, de blancs Pierrots
dansent le falot boléro,
la fanfulla, la bamboula,
éperdument au son de la
maigre guzla,
autour de la
Négresse blonde.

I

Parfois un Pierrot tombe, alors,
brandissant un scalpel en or
et riant un rire sonore,
un triomphant rire d’enfant,
vainqueur, moqueur et triomphant,
en grinçant, la négresse fend
la poitrine de l’enfant blême
et puis scalpe l’enfant blême,
et, de ses dents que le bétel,
teint en ébène, bien vite elle
mange le cœur et la cervelle,
sans poivre, ni sel!
Ah! buvant—suave liqueur!—
le sang tout chaud, cervelle et cœur,
elle dévore tout, et moi,
Négresse, je t’apporte ici
mon cœur et ma cervelle aussi,
mon foie itou,
et bâfre tout,
trou laï tou!
car sans mentir, j’ai proclamé
que dans ce monde,
laid, sublunaire et terraqué
et détraqué,
pour qui n’est pas un paltoquet
comme Floquet[B]
seule fut digne d’être aimée,
la blonde Négresse, la Négresse blonde!...
[Image pas disponible.]

RENONCEMENT

[Image pas disponible.]
RENONCEMENT

Quid dignum stolidis mentibus imprecet?
Opes honores ambiant!
Et, quum falsa gravi mole paraverint
Tum vera cognoscant bona!
S. Boetius.
(De consolatione philosophiæ, Lib. III)
Bourgeois hideux, préfets, charcutiers, militaires,
gens de lettres, marlous, juges, mouchards, notaires,
généraux, caporaux et tourneurs de barreaux
de chaise, lauréats mornes des Jeux Floraux,
banquistes et banquiers, architectes pratiques
metteurs de Choubersky dans les salles gothiques,
dentistes, oyez tous!—Lorsque je naquis dans
mon château crénelé, j’avais trois mille dents
et des favoris bleus: on narre que ma mère
(et croyez que ceci n’est pas une chimère!)
m’avait porté sept ans entiers. Encore enfant
j’assommai d’une chiquenaude un éléphant.
Chaque jour, huit pendus à face de Gorgone
grimaçaient aux huit coins de ma tour octogone,
et j’eus pour précepteur cet illustre Sarcey
qui semble un fruit trop mûr de cucurbitacé,
mais qui sait tout, ayant lu plusieurs fois Larousse!
Mon parrain se nommait Frédéric Barberousse.
Quand j’atteignis quinze ans, le Cid Campeador,
pour m’offrir sa tueuse et ses éperons d’or,
sortit de son tombeau; d’une voix surhumaine:
«—Ami, veux-tu coucher, dit-il, avec Chimène!»
Moi, je lui répondis: «Zut!» et «Bran!» Par façon
de divertissement, d’un coup d’estramaçon
j’éventrai l’Empereur; puis je châtrai le Pape
et son grand moutardier; je dérobai sa chape
d’or, sa tiare d’or et son grand ostensoir
d’or pareil au soleil vermeil dans l’or du soir!
Des cardinaux traînaient mon char, à quatre pattes,
et je gravis ainsi, sept fois, les monts Karpathes.
Je dis au Padishah: «Vous n’êtes qu’un faquin!»
Pour ma couche, le fils de l’Amoraboquin
m’offrit ses trente sœurs et ses quatre-vingts femmes
et je me suis grisé de voluptés infâmes
parmi les icoglans du grand Kaïmakan!
Les Boyards de Russie au manteau d’astrakan
décrottaient mes souliers. L’Empereur de la Chine,
pour monter à cheval me prêtant son échine
osa me dire un mot sans ôter son chapeau:
je l’écorchai tout vif et revendis sa peau
très cher à Félix Faure! Encore qu’impubère
(on me voit tous les goûts de feu César Tibère)
je déflorai la sœur de Taïkoun; je crois
qu’il voulut rouspéter: je fis clouer en croix
ce bélître, piller, huit jours, sa capitale
et dévorer son fils par un onocrotale!
Ayant sodomisé Brunetière et Barrès,
j’exterminai les phansegars de Bénarès!
A Byzance qu’on nomme aussi Constantinople,
ô Mahomet, je pris ton drapeau de sinople
pour m’absterger le fondement et j’empalais
chaque soir, un vizir au seuil de mon palais!
Ma dague, messeigneurs, n’est pas fille des rues:
elle a trente-et-un jours dans le mois ses menstrues!
En pissant j’éteignis le Vésuve et l’Hekla;
le mont Kinchinjinga devant moi recula!
Voulant un héritier, sur les bords du Zambèze
Où nage en reniflant l’hippopotame obèse,
dans la forêt, séjour du mandrill ou nez bleu,
sous le ciel coruscant et les rayons de feu
d’un soleil infernal que le Dyable tisonne,
j’eus quatorze bâtards jumeaux d’une Amazone.
Parmi ces négrillons j’élus, pour mettre à part,
le plus foncé, jetant le reste à mon chat-pard!
La Reine de Saba, misérable femelle,
voulut me résister: je coupai sa mamelle
senestre pour m’en faire une blague et, depuis,
je fis coudre en un sac et jeter en un puits
la fille d’un rajah parce que son haleine
était forte et je fus aimé d’une baleine
géante au Pôle Nord (palsambleu! c’est assez
pervers, qu’en dites-vous? l’amour des cétacés!)
Fort peu de temps avant que je ne massacrasse
l’affreux Zéomébuch et tous ceux de sa race,
dans la jungle où saignaient des fleurs d’alonzoas
je dévorai tout crus huit cent mille boas,
et je bus du venin de trigonocéphale!
La rafale hurlait! je dis à la rafale:
«—Qu’on se taise! ou mordieu!..»... La rafale se tut!
Répondez! Répondez, bonzes de l’Institut:
mon Quos ego vaut-il celui du sieur Virgile?
Or—j’atteste ceci la main sur l’Evangile!—
un matin, il me plut de descendre en enfer
avant le déjeuner; mon cousin Lucifer
me reçut noblement et me donna mille âmes
de Juifs à torturer! Ensemble nous parlâmes,
politique, beaux-arts, et caetera, je vis
qu’il avait du bon sens: il fut de mon avis
en tout; et j’urinai dans les cent trente bouches
du grand Baal-Zebub, archi-baron des mouches!
L’Océan Pacifique a vu plus d’une fois,
son flux et son reflux s’arrêter à ma voix!
A ma voix, les pendus chantaient à la potence...
Or, ayant tout rangé sous mon omnipotence,
les Rois, les Empereurs, les Dieux, les Eléments,
servi par les sorciers et par les nécromants,
je compris que la vie est une farce amère
et, pensif, conculcant les cinq mondes vautrés
à mes pieds, je revins, près de ma vieille mère,
deviner les rébus des journaux illustrés!
[Image pas disponible.]

 

 

 

SIX PSEUDO-SONNETS TRUCULENTS ET ALLÉGORIQUES

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PSEUDO-SONNET

PLUS SPÉCIALEMENT TRUCULENT ET ALLÉGORIQUE

Nargue Legrand-du-Saulle et sois un Grand-du-Cèdre.
X. Flumen.
Il hurlait: «Mon nombril est un chrysobéryl!
«mon corps est serti de feldspath et d’argyrose,
«ma couche est le pistil entr’ouvert d’une rose
«et c’est d’or pur que ZEUS fit mon membre viril![C]
«Mon père l’IBIS NOIR et ma mère l’ÉTOILE
«Gamma du Petit-Chien dorment sur le Liban:
«voilà pourquoi je hais l’infâme Caliban;
«à quatorze ans j’entrai chez un marchand de toiles
«peintes! Cet homme-là ne fut qu’un propre à rien!
«Nabuchodonosor!!! ô quel Assyrien!!!
«Moi! j’ai des cornes de Licorne dans la bouche!
«Gazelle de sinople aux juillets pluvieux!...»
Et, comme il achevait, le médecin, un vieux
rasé, dit au gardien: Qu’on le mène à la douche!
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PSEUDO-SONNET

Pessimiste et Objurgatoire

Itaque multi extitere qui non nasci
optimum senserent aut quam citissime aboleri.
Pline l’ancien.