On me nomme le petit chat;
Modernes petites-maîtresses,
J'unis à vos délicatesses
La force d'un jeune pacha.
La douceur de la voûte bleue
Est concentrée en mon regard;
Si vous voulez me voir hagard,
Lectrices, mordez-moi la queue!
Lorsque de volupté s'alanguissent tes yeux,
Tes yeux noirs flamboyants de panthère amoureuse,
Dans ta chair potelée, et chaude, et savoureuse,
J'enfonce à belles dents les baisers furieux.
Je suis saisi du rut sombre et mystérieux
Qui jadis transportait la Grèce langoureuse,
Quand elle contemplait, terre trois fois heureuse,
L'accouplement sacré des Hommes et des Dieux.
Puis, sur mon sein brûlant, je crois tenir serrée
Quelque idole terrible et de sang altérée,
A qui les longs sanglots des moribonds sont doux,
Et j'éprouve, au milieu des spasmes frénétiques,
L'atroce enivrement des vieux Fakirs hindous,
Les extases sans fin des Brahmes fanatiques.
Au milieu de la foule, errantes, confondues,
Gardant le souvenir précieux d'autrefois,
Elles cherchent l'écho de leurs voix éperdues,
Tristes comme le soir deux colombes perdues
Et qui s'appellent dans les bois.
*
* *
Je vis, et ton bouquet est de l'architecture[41]:
C'est donc lui la beauté, car c'est moi la nature;
Si toujours la nature embellit la beauté,
Je fais valoir tes fleurs... me voilà trop flatté.
[26]Cette pièce avait été communiquée par Louis Ménard à Charles Cousin, qui la cita dans Charles Baudelaire, souvenirs, correspondances, biographie suivie de pièces inédites (Paris, chez René Pincebourde, 1872).
[27]Cités par M. Hignard, qui avait été le condisciple de Baudelaire au collège de Lyon. (Le Midi hivernal, 17 mars 1892.)
[28]Le Monde illustré, 4 novembre 1871; communication de M. Antony Bruno, auquel Baudelaire avait donné ce sonnet en 1840.
[29]Cette pièce a paru pour la première fois dans un numéro de Paris à l'eau-forte (17 octobre 1875), — moins les vers 19 à 24, qui ont été rétablis par la Jeune France (janvier-février 1884).
Une note de la rédaction de Paris à l'eau-forte mentionne qu'elle figure sur l'album de M. A. Buchon. (Note du collecteur des Œuvres posthumes, MCMV.)
[30]Jacques Crépet, Charles Baudelaire. Lib. Varnier, A. Messein, succ., Paris, MCMVII.
[31]Publiée par le prince A. Ourousof dans Le Tombeau de Charles Baudelaire, 1890, avec cette note: «Chanson inédite de Baudelaire communiquée par M. Hoctes. Cette pièce était destinée au drame intitulé L'Ivrogne: «Le Chat Noir», n° 288 du 31 juillet 1886.»
[32]Eugène Crépet, Charles Baudelaire, Œuvres posthumes, etc. Cette pièce était incluse dans la première lettre de Baudelaire à Sainte-Beuve (V. Lettres, 1844)—signée Baudelaire-Dufays.
[33]C'est «longueurs» qu'on lit chez M. E. Crépet, mais le contexte exige évidemment «langueurs». Note du collecteur des Œuvres posthumes, MCMV.
[34]Dans le texte original, ce mot est orthographié alterre.
[35]La Renaissance latine, 15 décembre 1902. Ces vers, signés B. D., et publiés par le docteur M. Laffont, sont écrits «au verso d'une feuille d'album où se trouve une poésie de Pierre Dupont, également inédite, que le grand chansonnier de Lyon dédie, le 18 octobre 1844, comme «essai de plume», à Edward Hanquet, le philosophe». (Note du collecteur des Œuvres posthumes MCMV). Il s'agit sans doute de M. Henkey, riche amateur anglais.
[36]La Gironde littéraire, 15 avril 1888.
[37]Le Midi hivernal, 24 mars 1892. Remis par Baudelaire à M. Hignard.
[38]Le Monde illustré, 2 décembre 1871, sous ce titre: Sonnet inédit de Charles Baudelaire (sic) et la signature Charles Baudelaire. (Note du collecteur des Œuvres posthumes, MCMV.)
[39]Nouveau Parnasse satyrique du XIXe siècle, 2e édit. (Bruxelles, 1881). Ce portrait est ainsi intitulé, dans ce recueil, parce qu'il y succède à trois autres pièces sur Monselet. (Note du collecteur des Œuvres posthumes, MCMV.)
[40]Les frères Lionnet, souvenirs et anecdotes, Paris, 1888.
[41]Œuvres posthumes, MCMV, et accompagné de la note suivante du collecteur: Collection Gustave Kahn. Ce quatrain est écrit de la main de Baudelaire au bas d'un billet à lui évidemment adressé, et non signé, dont voici le texte:
«Mardi 3 novembre.
«Vous m'avez envoyé des vers sans papillon, permettez-moi de vous offrir des fleurs sans vers, et pour me prouver que mon goût a su comprendre le vôtre, mettez-les ce soir à votre boutonnière,
«Car toujours la nature embellit la beauté.»
[En faisant l'ascension de la rue Montagne de la Cour, à Bruxelles.]
Ces mollets sur ces pieds montés
Qui vont sous ces cottes peu blanches
Ressemblent à des troncs plantés.
Dans des planches.
Les seins des moindres femmelettes
Ici pèsent plusieurs quintaux
Et leurs membres sont des poteaux
Qui donnent le goût des squelettes.
Il ne me suffit pas qu'un sein soit gros et doux;
Il le faut un peu ferme, ou je tourne casaque,
Car, sacré nom de Dieu! je ne suis pas cosaque,
Pour me soûler avec du suif et du saindoux.
Elle puait comme une fleur moisie.
Moi, je lui dis (mais avec courtoisie):
«Vous devriez prendre un bain régulier
Pour dissiper ce parfum de bélier.»
Que me répond cette jeune hébétée?
«Je ne suis pas, moi, de vous dégoûtée!»
—Ici pourtant on lave le trottoir
Et le parquet avec du savon noir.
Joseph Delorme a découvert
Un ruisseau si clair et si vert
Qu'il donne aux malheureux l'envie
D'y terminer leur triste vie.
—Je sais un moyen de guérir
De cette passion malsaine
Ceux qui veulent ainsi périr:
Menez-les aux bords de la Senne.
Sur la porte je lus: «Lise Van Swieten.»
(C'était dans un quartier qui n'est pas un Éden.)
—Heureux l'époux, heureux l'amant qui la possède,
Cette Ève qui contient en elle son remède!
Cet homme enviable a trouvé,
Ce que nul n'a jamais rêvé,
Depuis le pôle nord jusqu'au pôle antarctique,
Une épouse prophylactique!—
«Buvez-vous du faro?» dis-je à monsieur Hetzel.
Je vis un peu d'horreur sur sa mine barbue.
«Non, jamais! le faro (je dis cela sans fiel),
C'est de la bière deux fois bue.»
Hetzel parlait ainsi dans un café flamand,
Par prudence sans doute, énigmatiquement.
Je compris que c'était une manière fine
De me dire: «Faro, synonyme d'urine!»
On n'a jamais connu de race si baroque
Que ces Belges. Devant le joli, le charmant,
Ils roulent de gros yeux et grognent sourdement;
Tout ce qui réjouit nos cœurs mortels les choque.
Dites un mot plaisant, et leur œil devient gris
Et terne comme l'œil d'un poisson qu'on fait frire;
Une histoire touchante: ils éclatent de rire,
Pour faire voir qu'ils ont parfaitement compris.
Comme l'esprit, ils ont en horreur les lumières;
Parfois, sous la clarté calme du firmament,
J'en ai vu qui, rongés d'un bizarre tourment,
Dans l'horreur de la fange et du vomissement,
Et gorgés jusqu'aux dents de genièvre et de bière,
Aboyaient à la lune, assis sur leur derrière!
Je rêvais, contemplant ces bières
De palissandre et d'acajou,
Qu'un habile ébéniste orne de cent manières;
Quel écrin, et pour quel bijou!
Les morts ici sont sans vergogne.
Un jour des cadavres flamands
Souilleront ces cercueils charmants.
Faire de tels étuis pour de telles charognes!
Les Belges poussent, ma parole!
L'imitation à l'excès,
Et s'ils attrapent la vérole,
C'est pour ressembler aux Français.
Le Belge est très civilisé:
Il est voleur, il est rusé,
Il est parfois syphilisé,
Il est donc très civilisé.
Il ne déchire pas sa proie
Avec ses ongles; met sa joie
A montrer qu'il sait employer
A table fourchette et cuiller;
Il néglige de s'essuyer,
Mais porte paletot, culottes,
Chapeau, chemise même et bottes;
Fait de dégoûtantes ribotes;
Dégueule aussi bien que l'Anglais;
Met sur le trottoir des engrais;
Rit du ciel et croit au progrès
Tout comme un journaliste d'outre—
Quiévrain[46];—de plus, il peut f....,
Debout, comme un singe avisé;
Il est donc très civilisé.
[42]Le recueil des Amœnitates belgicæ, formé par Poulet-Malassis, est passé pour la dernière fois en vente, à notre connaissance, quand fut dispersée la collection J. Noilly (1886). Composé de 23 pièces autographes, il comprenait, outre les neuf qu'on trouve ici: La Propreté belge.—L'Amateur des Beaux-Arts en Belgique.—La Nymphe de la Senne.—Le Rêve belge.—L'Inviolabilité de la Belgique.—Épitaphe pour Léopold Ier.—Épitaphe pour la Belgique.—L'Esprit conforme (une autre pièce).—Les Panégyriques du Roi.—Le Mot de Cuvier.—Au Concert de Bruxelles.—Une Béotie belge.—La Mort de Léopold Ier (2 pièces). Nous n'avons pu, à notre vif regret, retrouver la trace de ce recueil. (Note du collecteur des Œuvres posthumes, MCMV.)
[43]A la différence des huit qui la suivent ici, Vénus belge, la première des Amoenitates belgicæ, fut publiée du vivant de l'auteur. (Nouveau Parnasse satyrique du XIXe siècle, Bruxelles, 1866.) Les huit autres ont été insérées dans la 2e édition de cet ouvrage (1881), sauf la cinquième et la sixième, publiées en 1872.
[44]Insérée pour la première fois en 1872, dans le Charles Baudelaire, publié chez René Pincebourde, op. cit.
[45]Ibid.
[46]Les gens d'outre-Quiévrain: c'est sous ce nom qu'en Belgique on désigne communément les Français.
(Note de Baudelaire.)
Introduction
Dédicace à Théophile Gautier. [Première version]
Bénédiction
Le Soleil
Élévation
Correspondances
J'aime le souvenir de ces époques nues
Les phares
La Muse malade
La Muse vénale
Le mauvais moine
L'ennemi
Le guignon
La vie antérieure
Bohémiens en voyage
L'homme et la mer
Don Juan aux Enfers
Châtiment de l'orgueil
La beauté
L'idéal
La géante
Les bijoux (Pièce condamnée)
Parfum exotique
Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne
Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle
Sed non satiata
Avec ses vêtements ondoyants et nacrés
Le serpent qui danse
Une charogne
De profundis clamavi
Le Vampire
Le Léthé (Pièce condamnée)
Une nuit que j'étais près d'une affreuse Juive
Remords posthume
Le chat
Le balcon
Je te donne ces vers afin que si mon nom
Tout entière
Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire
Le flambeau vivant
A celle qui est trop gaie (Pièce condamnée)
Réversibilité
Confession
L'aube spirituelle
Harmonie du soir
Le flacon
Le poison
Ciel brouillé
Le chat
Le beau navire
L'invitation au voyage
L'irréparable
Causerie
L'Heautontimoroumenos
Franciscæ meæ laudes
A une dame créole
Mœsta et errabunda
Les chats
Les hiboux
La cloche fêlée
Spleen.—Pluviôse
Spleen.—J'ai plus de souvenirs
Spleen.—Je suis comme le roi
Spleen.—Quand le ciel bas et lourd
Brumes et pluies
L'irrémédiable
A une mendiante rousse
Le jeu
Le crépuscule du soir
Le crépuscule du matin
La servante au grand cœur
Je n'ai pas oublié
Le tonneau de la haine
Le revenant
Le mort joyeux
Sépulture
Tristesses de la lune
La musique
La pipe
La destruction
Une martyre
Lesbos (Pièce condamnée)
Femmes damnées.—A la pâle clarté (Pièce condamnée)
Femmes damnées.—Comme un bétail pensif
Les deux bonnes sœurs
La fontaine de sang
Allégorie
La Béatrice
Les métamorphoses du vampire (Pièce condamnée)
Un voyage à Cythère
L'amour et le crâne
[Avertissement] Parmi les morceaux suivants
Le reniement de saint Pierre
Abel et Caïn
Les litanies de Satan
Prière
L'âme du vin
Le vin des chiffonnier
Le vin de l'assassin
Le vin du solitaire
Le vin des amants
La mort des amants
La mort des pauvres
La mort des artistes
[Première version.]
[Deuxième version.]
[Troisième version.]
Tranquille comme un sage
L'albatros
Le masque
Hymne à la beauté
La chevelure
Duellum
Le possédé
Un fantôme
Semper eadem
Chant d'automne
A une Madone
Chanson d'après-midi
Sisina
Sonnet d'automne
Une gravure fantastique
Obsession
Le gout du néant
Alchimie de la douleur
Horreur sympathique
L'horloge
Paysage
Le cygne
Les sept vieillards
Les petites vieilles
Les aveugles
A une passante
Le squelette laboureur
Danse macabre
L'amour du mensonge
Rêve parisien
La fin de la journée
Le rêve d'un curieux
Voyage
Le coucher de soleil romantique
Le jet d'eau
Les yeux de Berthe
Hymne
Vers pour le portrait de M. Honoré Daumier
Lola de Valence
Sur le Tasse en prison
La voix
L'imprévu
La rançon
A une Malabaraise
A Théodore de Banville
Le calumet de paix
La prière d'un païen
Le couvercle
L'examen de minuit
Madrigal triste
L'avertisseur
Le rebelle
Bien loin d'ici
Le gouffre
Les plaintes d'un Icare
Recueillement
La lune offensée
Épigraphe pour un livre condamné
ORDRE DE L'ÉDITION POSTHUME
DITE «DÉFINITIVE» (1868)
Les promesses d'un visage
Le monstre ou le paranymphe d'une nymphe macabre
Sur les débuts d'Amina Boschetti
A M. Eugène Fromentin
Un cabaret folâtre
N'est-ce pas qu'il est doux
Il aimait à la voir
Hymne sentimental
Sonnet burlesque
Sapho
Chanson
Épilogue
Vers laissés chez un ami absent
Sonnet pour s'excuser de ne pas accompagner
un ami à Namur
Incompatibilité
Tout à l'heure
Vous avez, compagnon, dont le cœur est poète
Je n'ai pas pour maîtresse
Ci-gît
Chanson du scieur de long
Tous imberbes alors
Noble femme au bras fort
[Élégie refusée aux jeux floraux]
Hélas! qui n'a gémi
Quant à moi
Autre Monselet Paillard
Sonnet, Lorsque de volupté
[Sur l'album de Mme Émile Chevalet]
Je vis, et ton bouquet
Vénus belge
La propreté des demoiselles belges
Une eau salutaire
Un nom de bon augure
Opinion de M. Hetzel sur le faro
Les Belges et la lune
Épitaphe pour l'atelier de M. Rops
L'esprit conforme
La civilisation belge