[67] Ils le refusaient même au garde des sceaux. Ce fut la cause de luttes mémorables dans lesquelles le roi fut obligé d'intervenir.
Il y avait la question des huissiers «d'accompagnement».—Chaque président en avait deux qui l'attendaient à son entrée au palais, lui frayaient un passage à travers la foule et, après l'audience, l'escortaient jusqu'à son carrosse, avec le même cérémonial.—Les ducs, au contraire, n'en avaient pas, sous prétexte que, leur nombre étant devenu trop considérable, la corporation entière n'eût pu y suffire. C'est à peine s'ils en pouvaient obtenir un,—un seul «avec baguette frappante»,—le jour de leur prestation de serment[68].
[68] Les princes du sang avaient également droit à deux huissiers à verge.
Il y avait aussi la question «de l'entrée et de la sortie» qui, sur le plan annexé aux Mémoires, est expliquée par une série de lignes pointillées, pareilles à celles des cartes marines.
Pour l'entrée cela allait encore. Princes et présidents franchissaient l'intervalle demeuré libre entre le carré des banquettes et traversaient le milieu, en forme de rosace, qu'on nommait le parquet[69]. Les ducs n'avaient pas le droit de suivre ce chemin. Ainsi que les conseillers, ils devaient rejoindre leurs places en se faufilant entre les bancs et les bureaux: itinéraire fort incommode dont il est facile de saisir «le caractère humiliant»!
[69] Le parquet fut longtemps considéré comme une sorte de lieu sacré sur lequel, hormis les fils de France, personne ne pouvait mettre les pieds. Un jour, le grand Condé, qui marchait difficilement, à raison d'une crise de goutte, s'y engagea pour raccourcir la route; son exemple ne tarda pas à être suivi par les autres princes du sang et par les présidents à mortier. Quand le duc du Maine sera dépossédé de la qualité de prince, on lui enlèvera aussi le droit de traverser le parquet.
Quant aux sorties, elles avaient donné lieu à presque autant de difficultés que le bonnet lui-même. Jadis, en vertu de la fiction qu'il représentait la personne du roi, le Parlement, en quittant la Grand'Chambre, était suivi des princes et des ducs. Après avoir longtemps subi cet état de choses, les princes réclamèrent. Guillaume de Lamoignon, toujours animé de dispositions conciliantes, n'opposa à leur requête qu'une condition: c'est que le principe de la prééminence judiciaire demeurât intact. Chacun y mettant du sien, on tomba d'accord sur le modus vivendi suivant: les princes se levaient les premiers, échangeaient avec l'assistance les saluts d'usage et sortaient, comme s'ils étaient appelés au dehors avant l'issue de l'audience. L'audience, en effet, continuait pour la forme pendant quelques secondes. Après quoi, elle prenait fin officiellement, et la sortie s'effectuait dans l'ordre habituel, à cette différence près, que, seuls dorénavant, les ducs devaient accompagner la cour[70].
[70] Mémoires de Saint-Simon, t. X, p. 426 et suiv.
Cet arrangement n'avait qu'un défaut, celui de ne pas tenir compte de l'orgueil de la pairie. Le rôle de «caudataires» ne pouvait convenir à des gens aussi chatouilleux, maintenant qu'ils n'avaient plus, pour les couvrir, «le bouclier des princes». A leur tour, ils s'ingénièrent à trouver un expédient qui leur permît de s'affranchir «d'une servitude aussi déshonorante». Après de laborieuses méditations, ils s'arrêtèrent à celui-ci: malgré la clôture des débats, les ducs resteraient sur leurs sièges, immobiles comme des statues, se lèveraient seulement quand la salle serait vide et prendraient alors, pour rentrer chez eux, un chemin que n'eussent point suivi présidents et conseillers,—le chemin aboutissant à la porte du barreau... Combinaison merveilleuse qui donnait satisfaction aux plus susceptibles!—Ainsi procédait-on depuis plusieurs années. Mais voici qu'un jour cette porte du barreau se trouva close... C'était, manifestement, une manœuvre pour obliger les ducs à reprendre la suite de la Compagnie, du moins, ils le crurent. Grand émoi, nouveau conseil, discussion orageuse et délibération finale décidant qu'à l'avenir l'entrée et la sortie s'effectueraient par «la lanterne de la cheminée». Moyennant quoi, les ducs pénétraient dans la Grand'Chambre par le carré réservé au public, escaladaient l'escalier étroit qui, de ce carré, conduisait à la lanterne, traversaient ce réduit, en sortaient par une échelle[71] qui débouchait sur leurs gradins, prenaient séance en ayant soin, pour assurer leurs derrières, de veiller à la garde de ladite échelle, et, quand l'audience était achevée, suivaient en sens inverse la route, hérissée d'obstacles, par laquelle ils étaient venus.—Il y avait de quoi se briser bras et jambes; mais la dignité de la plus haute institution du royaume ne subissait aucun dommage[72].
[71] Une échelle «mobile». Histoire du Palais de justice de Paris, par Rittiez, p. 368.
[72] Cette horreur du second rang était poussée à des limites telles que la pairie renonça à participer aux jugements criminels intéressant les nobles et les ecclésiastiques parce que, un seul chemin existant pour se rendre à la Tournelle, «il n'y en peut rester pour les pairs seuls, qui ne veulent pas suivre les présidents». Mémoires de Saint-Simon, t. X, p. 430.
Des causes de dissentiment, il en existait encore bien d'autres; mais il importe de se borner. Réunies au bonnet, à la garde des bancs, au surbourrage, aux «machines» en forme de dais ou de cabriolet, elles constituaient un ensemble de vexations intolérables. La certitude que Novion ne lâcherait pied sur aucune d'elles acheva d'exaspérer les ducs. Que faire, en une pareille détresse, sinon s'adresser à la justice du roi? Les plaintes affluèrent, pressantes, bruyantes, indignées. Mais,—ô déconvenue!—elles ne trouvèrent que peu d'accueil. Ce qui démontre, de plus belle, l'inexactitude des récits de Saint-Simon. Quelle apparence, en effet, que Louis XIV, jusque-là si sévère pour la robe, se fût relâché de ses rigueurs si la provocation était émanée d'elle?
La vérité est que ses sympathies à l'égard du Parlement ne s'étaient pas accrues, mais qu'en revanche l'âge et l'expérience avaient modifié ses sentiments vis-à-vis des ducs. Ceux-ci, à force de présomption, avaient trouvé le moyen de se mettre tout le monde à dos. «Ils ont», écrit Madame Palatine, qui dépasse un peu la mesure, comme cela lui arrive quelquefois, «ils ont un orgueil tellement excessif qu'ils croient être au-dessus de tout. Si on les laissoit faire, ils se regarderaient comme supérieurs aux princes du sang, et la plupart d'entre eux ne sont pas même véritablement nobles[73]». Pris isolément et envisagés au point de vue privé, c'étaient de très honnêtes gens possédant mille qualités. On en pourrait même citer plusieurs, qui étaient renommés à juste titre pour leur pondération, leur modestie et leur humilité chrétienne. Mais, en tant que collectivité se réclamant de la pairie carolingienne, ils étaient, presque tous, franchement insupportables. Convaincus que leur institution formait un organe essentiel de la monarchie, sans lequel celle-ci n'eût pu fonctionner, ils ne voyaient qu'eux, considéraient que toutes les faveurs leur étaient dues, passaient leur temps à maugréer, à critiquer, à récriminer sur le passé aussi bien que sur le présent. Quand ils attaquaient le chapitre «des retranchements» dont ils se prétendaient victimes, c'était à fuir, tant la nomenclature en était longue et fastidieuse:—suppression des salves d'artillerie, lorsqu'ils franchissaient le seuil des places fortes;—méconnaissance du droit exclusif aux «honneurs du sacre», consistant à porter, dans cette cérémonie, la couronne, la première et la deuxième bannière carrée, l'étendard de guerre, l'épée et les éperons du prince;—exclusion du cortège royal à certains offices religieux, tels que l'adoration de la croix;—abolition du cadenas marqué, des couverts, du bassin, des serviettes à laver;—interdiction aux duchesses de se faire suivre de dames d'honneur et de confier, au cours de la procession du Saint-Sacrement, leur parasol à un laquais;—faculté à la noblesse non titrée (comtes, barons, marquis) d'accoler le manteau aux carrosses, de draper en housses d'impériale, de se faire éclairer de flambeaux à deux branches;—tolérance scandaleuse concédée aux femmes dépourvues de rang et, par suite, condamnées à rester debout, «de ne se point trouver là où il y en a d'assises[74]», etc... Toutes prérogatives découlant de traditions séculaires dont la royauté, dans son intérêt propre, eût dû assurer la conservation. Comment, en effet, ne pas comprendre que l'avilissement de la première dignité du royaume, envisagée jadis comme la parure du souverain, rejaillissait fatalement sur celui-ci: les demi-dieux ne descendent pas de leur piédestal sans que le dieu lui-même n'y perde de son prestige.
[73] Correspondance de Madame, t. I, p. 339.
[74] Les duchesses avaient grand soin de tenir à distance les femmes non assises et ne leur donnaient pas la main. Écrits inédits de Saint-Simon, t. III, p. 128. Cette distinction entre femmes assises et non assises se maintiendra sous la Restauration, ainsi qu'en témoignent les Mémoires de Mme de Boigne.
Ces sentiments de vanité, exigeants et agressifs, occasionnaient à tout propos des conflits auxquels les duchesses se mêlaient avec une ardeur qui ne reculait pas devant les voies de fait. Ce qu'il y avait de plus grave, c'est qu'ils n'épargnaient même pas les étrangers. Il n'arrivait, à la Cour de France, ni un prince d'Allemagne ou d'Italie, ni un nonce, ni un ambassadeur, sans que, immédiatement, la pairie ne se mît en mouvement pour quelque dispute de préséance. Avec les Électeurs de l'Empire, c'était une guerre permanente, et la question de savoir s'ils avaient droit aux titres de Monseigneur, d'Altesse Sérénissime, de Sérénissime prince, d'Altesse Électorale, revenait sans cesse sur le tapis. Quant à la «réciprocité de main», qu'ils se disaient en droit d'exiger, les ducs n'eussent pas craint, pour en assurer l'exercice, de mettre l'Europe en feu!
Louis XIV avait fini par se lasser de tant d'incartades. D'autant plus que certains de ces orgueilleux poussaient l'indiscrétion jusqu'à violer les secrets de son intimité. Croirait-on que l'un des derniers venus, M. de Mazarin, osa lui adresser des remontrances, sous prétexte que ses rapports avec Mlle de La Vallière causaient un scandale public[75]?—Il n'est pas, non plus, interdit de croire qu'une de ces arrière-pensées d'ordre stratégique, dont le grand roi était coutumier, contribua à le maintenir dans une froide réserve. Saint-Simon ne cesse de l'en accuser. «Le roi, dit-il, a, tant qu'il a pu, diminué le rang des ducs en tout ce qui lui a été possible. Il n'étoit pas fâché des querelles de cette nature et il aimoit à les faire durer, en ne les jugeant point, pour maintenir les parties en division et plus dans sa dépendance.» Quoi qu'il en soit, on eut beau, dans les limites que commandait le respect, insister pour obtenir réparation de tant d'insultes, Sa Majesté ne daigna pas se départir de son calme olympien. Comme on lui rapportait l'action de M. d'Uzès qui, outré de l'attitude du Premier Président, avait enfoncé son chapeau jusqu'aux yeux, le roi aurait répliqué:—«Alors, de quoi se plaint-on? M. d'Uzès n'a-t-il pas sauvegardé les intérêts de la pairie?»
[75] Journal d'Olivier d'Ormesson, t. II, p. 274.—Voir aussi les Mémoires de Conrart.
Donc, pas de délégation au Grand Conseil, pour trancher le litige, comme en 1664. Pas de conclusions acerbes livrées au public. Pas de plaidoiries retentissantes où, sous couleur de discussion, on eût pu exhaler sa bile. Pas d'arrêt réparateur: un véritable déni de justice!
Il fallait cependant que Novion expiât ses méfaits. Les ducs s'arrêtèrent au parti de le pourchasser, à la Cour comme à la ville, de le mettre à l'index, lui et les siens, de lui susciter des embarras de toutes parts, même dans son domestique[76], de diriger enfin contre sa personne toute une campagne d'avanies. Aucun outrage ne fut épargné à ses cheveux blancs. Non, bien entendu, dans l'enceinte du Palais, où l'on eût trouvé à qui parler, mais au dehors, quand on avait la bonne fortune de le rencontrer seul, loin des huissiers à verge et des hocquetons de la Grand'Salle.
[76] Souvenirs de Dongois.
L'une de ces manifestations eut pour théâtre l'appartement même du roi et se produisit peu après l'opération de la fistule. Sa Majesté ayant fait dire qu'elle recevrait dans son lit, le Premier Président considéra qu'il était de son devoir de se rendre à Versailles pour lui présenter ses vœux. Le duc d'Aumont, qui était de service, prit un malin plaisir à faire passer avant lui toute la théorie des visiteurs et à prolonger son attente. Introduit enfin dans la chambre royale, il se disposa à franchir «le balustre». Mais c'est là qu'on l'attendait. A peine avait-il commis cette infraction à l'étiquette que d'Aumont se précipita sur lui, le saisit avec rudesse par sa robe et le repoussa en proférant ces paroles vengeresses:
—Où allez-vous? Sortez. Les gens comme vous n'entrent pas dans le balustre, à moins que le roi ne les appelle.
Et le chroniqueur, dont la haine s'épanouit au récit de cette correction manuelle, d'ajouter que l'intrus dut dévorer sa honte, faute d'un bâtard derrière lui pour relever l'affront[77].
[77] Mémoires de Saint-Simon, t. XI, p. 34.
Une autre fois, les choses allèrent plus loin. C'était à la Sorbonne. Le duc d'Albret, second fils de M. de Bouillon, qu'on destinait à l'Église, y soutenait sa thèse. Ces sortes de cérémonies attiraient toujours un public nombreux. Et l'on voyait cette fois dans l'assistance, à raison de la qualité du récipiendaire, plusieurs grands seigneurs, parmi lesquels M. de Coislin, récemment reçu pair de France. Nicolas de Novion, étant entré à ce moment, salua les princes de Condé et de Conti et, désirant s'entretenir avec le cardinal de Bouillon, alla s'asseoir auprès de lui sur le premier des sièges attribué aux ducs. C'en fut assez pour faire bondir M. de Coislin, qui était pourtant d'une politesse outrée, en même temps d'ailleurs que d'une impuissance notoire,—«pourquoi il se ruinoit avec une comédienne qui le gouverna jusqu'à sa mort[78]». Coislin s'empara d'un fauteuil, avec une vigueur dont on eût été en droit de ne pas le croire capable, planta ce fauteuil devant celui du Premier Président, s'assit dessus, emprisonna, à les briser, les genoux du malheureux, se raidit pour paralyser toute résistance et attendit, dans la posture impassible d'un agent du guet, qui, tenant son homme, s'est mis en tête de ne le point lâcher. Novion eut beau pousser des cris de détresse: enfermé, comme dans un étau, il ne pouvait faire aucun mouvement. Et plus il protestait, plus Coislin s'acharnait à serrer... Le scandale fut si grand qu'on dut interrompre la harangue et suspendre la séance. Le duc de Bouillon et le prince de Condé intervinrent pour mettre fin à cette scène que rendait plus pénible la vieillesse de celui qui en était l'objet: ils faillirent ne pas pouvoir l'arracher aux étreintes de cet enragé...
[78] Ibid., t. VII, p. 329.
Cette exécution fit, à Versailles, autant de bruit qu'une tragédie nouvelle de Racine ou une victoire du maréchal de Luxembourg. Saint-Simon en retrace les détails avec la minutie qui lui est habituelle et s'applique à donner à chacun d'eux une importance capitale. Il n'oublie ni les félicitations des princes du sang, ni les témoignages d'estime de la Cour qui s'inscrivit en masse à l'hôtel de Coislin. Le roi, lui-même, assure-t-il, exprima le désir de voir le héros de cette aventure et lui demanda un récit,—lequel, en dépit de sa prolixité, ne parut pas suffisant. A la façon de nos magistrats modernes, qui se plaisent à reconstituer, sur le terrain où telles se sont déroulées, les péripéties des drames judiciaires, Sa Majesté éprouva le besoin d'une représentation du crime. On cala congrûment, dans un premier fauteuil, un gentilhomme destiné à tenir l'emploi de patient. Coislin, assis dans un autre fauteuil, lui barricada les jambes et lui fit subir, au figuré, le supplice d'une pression ininterrompue. Il mima ensuite, avec cris à l'appui, les gestes désordonnés du Premier Président, ne laissant dans l'ombre aucune particularité de nature à édifier la religion du royal spectateur... Après quoi, celui-ci aurait déclaré impertinente l'entreprise de Nicolas de Novion, l'aurait appelé à comparaître devant sa justice souveraine, réprimandé d'importance et condamné à faire des excuses.
Pour M. de Coislin, ce haut fait constitua le plus beau succès de sa carrière. Il en contait les péripéties à tout venant, avec cette exagération de courtoisie qui était sa marque distinctive. Sa narration, maintes fois renouvelée en présence de Saint-Simon, ne tomba point dans l'oreille d'un sourd, et l'on peut tenir pour certain qu'en passant par la plume du maître elle n'a perdu ni de son acuité ni de son agrément[79].
[79] Mémoires de Saint-Simon, t. III, p. 109.
Tels furent, durant un intervalle de dix années, les procédés des ducs à l'égard du descendant de «l'homme juste»:—procédés bien anodins, d'ailleurs, si on les compare au traitement que, un demi-siècle plus tard, lui infligera le rédacteur des Mémoires. Il ne s'agira plus, en effet, de simples molestations, moins odieuses en somme que ridicules, mais d'accusations d'une haute gravité dont, sournoisement et à l'insu de ses collègues qui, sans doute, ne l'auraient pas suivi dans cette voie, l'ex-vidame de Chartres va se constituer l'artisan, le metteur en scène et le propagateur... Mais, avant d'aborder cet ordre nouveau de faits, il nous paraît nécessaire de dire quelques mots d'une question qui n'est pas sans intérêt dans le débat: celle de la valeur de Saint-Simon envisagé, non comme historien du règne de Louis XIV,—cette lourde tâche a été accomplie de main de maître[80],—mais comme chroniqueur... de l'affaire du bonnet.
Inexactitudes relevées dans le récit des «Mémoires».—Les «chimères» de Saint-Simon.—Son appréciation sur Nicolas de Novion.—Cette appréciation contredite par les mémoires du temps.—Retraite du Premier Président de Novion (1689).—Ses causes.—Faveurs que lui accorde le roi.
Des inexactitudes, nous en avons déjà relevé quelques-unes dans le récit de Saint-Simon: combien d'autres ne rencontrerons-nous pas en avançant en besogne!... Est-ce à dire qu'il faille le tenir pour un imposteur inventant de toutes pièces des faits que, pertinemment, il sait être faux? Ce serait peut-être excessif. Sans doute le mensonge, tel que le définissent les docteurs, n'est point pour l'effrayer. Mais on peut admettre que, même dans ce cas, l'imagination joue chez lui un rôle considérable. Le travail d'amplification et de grossissement, qui s'opère alors dans cet esprit en révolte contre la réalité, échappe à l'examen lorsqu'on se trouve en présence d'une relation unique. Au contraire, il se révèle avec évidence quand le même fait est rapporté plusieurs fois, à quelques années d'intervalle. Il suffit, pour apercevoir les altérations subies en cours de route, de comparer entre elles ces diverses versions. Particularité bien caractéristique: dans les étapes successives de ce mensonge progressif, c'est toujours la première version qui s'éloigne le moins de la vérité[81].
[81] Cette particularité n'a pas échappé aux éditeurs du Journal de Dangeau. «Il y aurait, disent-ils (t. XVIII, p. 487), un travail considérable à faire, tant pour le fond que pour la forme, sur les différences essentielles qui existent entre les Additions au journal de Dangeau et les Mémoires de Saint-Simon. On y verrait souvent l'addition plus modérée, plus exacte, plus impartiale, plus vraie, plus près de la source, les Mémoires plus acerbes, plus passionnés, plus littéraires».
Saint-Simon n'est pas seulement un passionné; c'est aussi un malade. Pour peu qu'on le suive dans les manifestations de sa vie publique, il apparaît avec les symptômes d'une double affection,—impressionnabilité, susceptibilité, irritabilité extrêmes, qui sont le propre des affections nerveuses;—envahissement d'idées fixes tournant à l'obsession et vision de dignités fabuleuses, qui caractérisent certaines affections mentales...
Le mal datait de loin. Il remontait à son enfance, bercée de récits héroïques sur la grandeur de sa «maison». Avant de savoir conjuguer un verbe, le vidame de Chartres n'ignorait rien des prétentions de la pairie. L'élévation du duc du Maine le jeta dans une incroyable agitation, et ce fut du désespoir lorsque, en 1686, ce favori de la fortune fut promu dans l'ordre du Saint-Esprit. «Je n'ose dire, déclare-t-il, qu'à douze ans que je n'avois pas encore, j'étois fort en peine et je m'informois souvent de l'état du duc de Luynes, qui avoit la goutte, parce qu'il auroit été parrain de M. le prince de Conti avec le duc de Chaulnes, et M. du Maine eût échu à mon père[82].»
[82] Mémoires de Saint-Simon, t. X, p. 221.
Telles sont ses hantises d'écolier. A peine adolescent, le regret des disgrâces subies par les ducs, avec le ferme propos d'en obtenir réparation, ne cesse de le poursuivre. L'excitation qui accompagne ce regret grandit encore avec l'âge. Elle affecte alors un caractère si impérieux qu'il se déclare incapable d'y résister[83] et proclame que, pour avoir satisfaction, il est prêt à sacrifier, «avec transport de joie», sa fortune «et présente et future[84]».
[83] Ibid., t. III, p. 285.
[84] Ibid., t. XV, p. 375.
Que l'on joigne à ces prédispositions natives une vanité invraisemblable et un attachement inouï aux illusions les plus manifestes,—autour de lui on disait ses chimères,—on verra à quel degré d'aberration pouvait être entraînée cette intelligence si pénétrante et si alerte. Il suffit de parcourir, dans ses œuvres, ce qui, de près ou de loin, concerne la pairie, pour se rendre compte qu'on a affaire à un de ces sujets que jadis la Faculté nommait des lunatiques, et que les aliénistes modernes classent dans la catégorie des candidats à la monomanie des grandeurs et au délire de la persécution,—persécution visant en sa personne la dignité qu'il recueillit en héritage.
Pour peu qu'on touche à cette corde, il s'opère dans ce cerveau, d'ordinaire si lucide, une révolution qui lui enlève tout sang-froid. A partir de ce moment, pondération, discernement, logique, scrupules lui font également défaut. Ce n'est plus, comme d'habitude, auprès des hommes d'indiscutable sincérité,—les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, le ministre Chamillard, le chancelier de Pontchartrain, le maréchal de Boufflers,—qu'il cherche à se renseigner. C'est dans les cercles où se colportent commérages, calomnies et médisances qu'il puise ses inspirations. Au besoin il s'adressera à des valets... Des valets sûrs et «très principaux», proclame-t-il... Pas toujours, nous l'allons voir. Et, pour peu qu'au cours de cette poursuite passionnée il ait l'heureuse fortune de saisir au vol un récit équivoque, une anecdote suspecte, un propos d'antichambre ou d'office, sa haine s'en empare avec délices. Il se produit dans cette tête, «qui bout comme un volcan», une agitation analogue à celle des nuits fiévreuses où les moindres incidents grossissent au point de prendre des proportions monumentales. D'ordinaire, les fantômes nés durant les heures d'insomnie ne survivent pas à l'éclat du jour. Ceux que se forge Saint-Simon ne s'évanouissent jamais. Il les choie, les caresse, et vit avec eux dans une intimité étroite. Les gens les moins suspects auront beau démontrer que ce sont de pures ombres, des créations d'une fantaisie dévoyée, de vaines illusions... Il ne veut rien entendre et persiste dans son erreur, en dépit de tout et de tous. «Cet homme, dira le Régent, est d'une suite enragée!» Enragée, c'est cela même; mais, parfois aussi, aveugle et inconsciente, «qui, dans une certaine mesure, atténue une mauvaise foi dont il est, trop souvent, impossible de douter.» C'est en s'inspirant de ce point de vue complexe qu'il convient d'envisager les questions d'ordre critique que soulève ce débat:—à commencer par celle qui concerne Nicolas de Novion...
Saint-Simon s'occupe de lui, d'abord dans ses notes sur Dangeau, puis dans ses Mémoires.
La note qu'il lui consacre est ainsi conçue: «Le Premier Président étoit fort accusé de vendre la justice et on prétend qu'il fut, plus d'une fois, pris sur le fait, prononçant à l'audience des arrêts dont aucun des deux côtés n'avoit été d'avis. En sorte qu'un côté s'étonnoit de l'avis unanime de l'autre, et ainsi réciproquement, et que, sur ces injustices réitérées, le roi prit enfin le parti de l'obliger à se défaire[85].»—Ce sont des bruits dont le chroniqueur se fait l'écho, sans se porter garant de leur exactitude: le Premier Président était fort accusé... On prétend que...
[85] Journal de Dangeau, t. II, p. 473.
Dans ses Mémoires, postérieurs de plusieurs années, il ne s'agit plus d'une médisance sujette à controverse, mais de faits affirmés sans réserves: «Lamoignon mourut en 1677. Novion lui succéda qui fut chassé de cette belle place pour les friponneries et les falsifications d'arrêts qu'il changeoit en les signant. Les rapporteurs s'en aperçurent longtemps avant que d'oser s'en plaindre. A la fin, les principaux de la Grand'Chambre lui en parlèrent et l'obligèrent à souffrir un témoin, d'entre les conseillers, à le voir signer. Il avoit encore une façon plus hardie pour les arrêts d'audience: il les prononçoit à son gré. Chaque côté de la séance, dont il avoit été prendre les avis, admira longtemps comment tout l'autre côté avoit pu être d'un avis différent de celui qui avoit été le plus nombreux du sien, et cela dura longtemps de la sorte. Comme cela arrivoit de plus en plus souvent, leur surprise fit qu'ils se la communiquèrent. Elle augmenta beaucoup quand ils s'apprirent mutuellement qu'elle leur étoit commune depuis longtemps et que ces arrêts, qui l'avoient causée, n'étoient l'avis d'aucun des deux côtés. Ils résolurent de lui en parler la première fois qu'ils s'en apercevroient. L'aventure ne tarda pas, et le hasard fit que la cause regardoit un marguilliage. Quelques-uns des plus accrédités de la Grand'Chambre lui parlèrent comme ils en étoient convenus entre eux et tout modestement le poussèrent. Se trouvant à bout, il se mit à rire et leur répondit qu'il seroit bien malheureux, étant Premier Président, s'il ne pouvoit pas faire un marguillier quand il en avoit envie. Ces gentillesses furent rapportées au roi, et il étoit chassé honteusement et avec éclat sans le duc de Gesvres, premier gentilhomme de la Chambre et, de tout temps, fort lié et fort libre avec le roi, qui en obtint qu'il donneroit sa démission, comme un homme qui veut se retirer, et se chargea de l'apporter au roi[86].»
[86] Mémoires de Saint-Simon, t. X, p. 420.
Cette seconde version doit être complétée par l'indication nouvelle que voici: «Le Premier Président de Novion étoit un homme vendu à l'iniquité, à qui l'argent et les maîtresses obscures faisoient tout faire... Il vécut encore quatre ans dans l'abandon et l'ignominie et mourut à sa campagne sur la fin de 1693[87].»
[87] Ibid., t. III, p. 312.
Telles sont les accusations, si différentes de ton, qu'à des intervalles éloignés Saint-Simon a formulées contre l'adversaire des ducs. Y a-t-il opportunité à les opposer l'une à l'autre pour en établir l'inquiétante progression? Nous ne le pensons pas; car il est facile de démontrer que toutes deux sont également inexactes.
Et d'abord, quelle est l'impression qui se dégage de cet ensemble d'imputations? Un sentiment de surprise. On a peine à concevoir que l'ancien justicier des grands jours, tenu en haute estime par tant de gens de bien, se soit transformé tout à coup, après sa soixantième année, en magistrat cupide, vénal, prévaricateur et faussaire... A la réflexion, on découvre vite que certains détails manquent de vraisemblance: celui notamment qui a trait aux supercheries du délibéré. Comment admettre qu'une moitié des magistrats ait longtemps ignoré l'opinion unanime de collègues séparés d'eux par quelques pas à peine? Il faut n'avoir aucune notion des mœurs judiciaires pour considérer comme possible la mise en pratique d'aussi périlleuses combinaisons[88].
[88] «Ce récit, dit M. Chéruel, n'est pas admissible et porte avec lui sa réfutation. Le vote avait lieu à haute voix. Comment admettre que le Parlement ait été distrait au point de ne pas s'apercevoir que le Premier Président dictait un arrêt contraire à l'avis unanime des conseillers? Saint-Simon a tellement dépassé les bornes du vraisemblable qu'il se réfute lui-même.» Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV, p. 501.
Ces récits,—qu'il s'agisse d'une simple rumeur ou d'une affirmation catégorique,—ne pourraient donc trouver crédit qu'autant qu'on en aurait la confirmation dans les correspondances et les écrits du temps. Or c'est précisément le contraire qui arrive.
Le premier des contemporains dont il convienne d'invoquer le témoignage, c'est Louis XIV lui-même, qu'on nous représente comme décidé à faire un éclat, et ne mettant un frein à sa colère que sur l'intervention du duc de Gesvres... Que Sa Majesté, sur de pressantes sollicitations, ait pardonné à un grand coupable, on peut facilement l'admettre. Mais qu'elle eût accablé ce coupable de bienfaits, tout en le chassant, ce serait la plus choquante des contradictions. La question ainsi posée, que voyons-nous? Loin de traiter Novion en magistrat indigne, le roi lui accorde les faveurs suivantes: attribution d'une année de gages; maintien de sa pension de dix-huit mille livres; constitution d'un brevet de retenue de cent mille écus; allocation d'une somme de trois cent soixante-quatorze mille livres pour l'acquisition d'une présidence à mortier destinée à son petit-fils, André de Novion. Les fils sont également l'objet de promesses réalisées à brève échéance: une abbaye à celui qui est d'Église; le grade de brigadier au colonel du régiment de Bretagne. Enfin le gendre, M. de la Briffe, est nommé procureur général en remplacement de Harlay... On confessera qu'il n'y a là rien qui ressemble à une disgrâce, encore moins à une déroute.
Interrogeons maintenant Dangeau, si bien renseigné sur les bruits de Cour. Dangeau consigne, à sa date, la retraite de Novion, sans lui attribuer aucune cause désobligeante. Au contraire, en chroniqueur scrupuleux, il énumère chacune des libéralités dont nous venons de dresser l'état et ajoute même qu'elles furent encore accrues de cent mille livres, à la suite d'une visite de l'intéressé au roi[89].
[89] Journal de Dangeau, t. II, p. 475.
Au témoignage de Dangeau, il faut joindre celui de Bussy-Rabutin. Pour ce dernier, la démission du Premier Président est motivée par le souci d'assurer l'avenir des siens[90]. Un arrangement de famille: tel est aussi le sentiment du marquis de Sourches. Même note à l'Académie, où Nicolas de Novion avait été reçu en 1680[91]. Sa mort, survenue en 1693, y fut saluée dans des termes qui, en faisant une large part à l'hyperbole d'usage, ne laissent pas de place à l'équivoque. L'un des orateurs, l'abbé Boileau, célèbre les actes publics du défunt, la fécondité de son génie, la justesse de son discernement, la dignité avec laquelle il prononçait les oracles de la justice. Mais, s'il admire les talents qui le portèrent à la tête de l'un des premiers sénats du monde, il ne tarit pas sur la sagesse de sa retraite où il n'est pas éloigné de voir un signe de la protection divine[92].
[90] Correspondance de Bussy-Rabutin. Lettre du 10 octobre 1689.
[91] C'est à ses bons offices qu'eut recours la docte assemblée pour régler son différend avec Furetière.
[92] Recueil des harangues de messieurs les académiciens, t. II, p. 459.
Ces considérations avaient frappé M. Chéruel. Aussi n'hésitait-il pas à regarder comme dénuées de fondement les imputations de Saint-Simon[93]. Que n'eût-il pas dit s'il avait eu sous la main les Souvenirs du greffier Dongois, neveu de Boileau-Despréaux!
[93] L'opinion de M. Chéruel paraît avoir été partagée par M. de Boislisle, dans la grande édition de Saint-Simon, t. II, p. 51.
En vertu de ses fonctions, Dongois était préposé à la garde des registres du Parlement. Par suite, son attention devait être attirée d'une façon spéciale sur les agissements de nature à en compromettre la sincérité. Toute altération de ses minutes l'eût touché autant qu'un attentat contre sa personne. Cependant, au cours des notes qu'il consacre à Nicolas de Novion, on ne relève aucune allusion ni aucune réticence qui puisse éveiller le soupçon. S'explique-t-il, en revanche, sur les relations du chef de la Compagnie avec ces rapporteurs dont on s'est plu à signaler l'attitude indignée et les précautions outrageantes, voici de quelle manière il les juge: «Le Premier Président avoit une grande facilité d'esprit et une appréhension si vive que, quelque nombre d'affaires qu'il eût envie de communiquer, il les remettoit avec une netteté surprenante. Il ne demandoit que le nom des parties et aussitôt rapportoit le procès à merveille en apparence. Du moins, les rapporteurs en étoient très contents...» Satisfecit flatteur dont l'importance ne saurait échapper. Comment le concilier avec le flagrant délit au cours duquel Novion, «pris la main dans le sacq», aurait été démasqué et publiquement flétri?... Dongois déguise-t-il la vérité? Pourquoi, et dans quel intérêt? C'était, en même temps qu'un personnage considérable, un galant homme d'une probité à toute épreuve[94]. Ajoutons que ses Souvenirs, rédigés pour son petit-fils, Roger-François Gilbert de Voisins, qui lui succéda en 1717, avaient un caractère essentiellement privé[95].
[94] Mémoires de Saint-Simon, t. XIV, p. 87.
[95] Dongois a laissé, outre les Souvenirs, un Journal, d'un haut intérêt documentaire, composé pendant son séjour à Clermont, où il remplissait les fonctions de greffier près de la Chambre de justice instituée par Louis XIV. Coïncidence curieuse: le Journal défend Novion contre certaine médisance de l'abbé Fléchier, de même que les Souvenirs le protègent contre les calomnies de Saint-Simon. Rendant compte des poursuites dont le marquis de Pont-du-Château fut l'objet en 1665, le futur évêque de Nîmes, après un long exposé des crimes de ce gentilhomme, insinue qu'à raison de son alliance avec M. de Ribeyre, gendre de Novion, il fut traité par celui-ci avec une indulgence scandaleuse. Or Dongois, qui rapporte, avec l'autorité attachée à son caractère officiel, les débats de ce procès, démontre l'inanité des bruits recueillis par Fléchier et justifie pleinement la décision rendue (voir à l'appendice les Mémoires de Fléchier, p. 393):—ce qui n'empêche pas Sainte-Beuve, dans l'étude qui figure en tête de cet ouvrage, de faire état des dires de l'auteur, de les rapprocher des attaques de Saint-Simon et d'émettre cet avis que le président des grands jours préludait alors, par «une nuance légère d'iniquité», aux méfaits dont, plus tard, il devait se rendre coupable.
Dongois ne s'y montre pas, d'ailleurs, d'une tendresse aveugle à l'égard de son ancien chef. C'est ainsi qu'après l'avoir représenté comme «bon et compatissant», il expose «qu'il changeoit aisément d'amitiés et sentiments». Il termine même ses critiques par cette constatation peu flatteuse «qu'on ne peut pas disconvenir qu'il manquoit de tenue». Assurément, cette formule un peu nuageuse ne vise pas des négligences de toilette, mais certaines faiblesses d'un ordre tout à fait intime:—ce qui nous amène à la question «des maîtresses obscures»...
Que Nicolas de Novion eût du goût pour ce qu'un ministre de l'empire, dans une correspondance célèbre, appelait l'odor della feminita, cela n'est pas douteux. Il est certain que, dans sa jeunesse, les succès ne lui firent pas défaut. L'âge glissa-t-il sur lui sans calmer ses ardeurs? Il y a lieu de le croire. On doit même admettre, d'après les dires de Dongois, qu'il négligeait de prendre ces précautions qui, sans atténuer la gravité de la faute, ont l'avantage d'en restreindre la publicité. Mais il importe, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, de se tenir en garde contre toute exagération. Les notes rédigées, à la demande de Fouquet, sur le personnel du Parlement, contiennent, relativement à Novion, l'indication suivante: «Est souvent brouillé en son domestique: Mme des Brosses-Chouart a grand crédit sur lui.» Mme des Brosses-Chouart: une favorite, tenons-le pour acquis. Celle-ci fut-elle suivie d'une ou plusieurs autres? C'est fort possible... Défaillances fâcheuses, même en un siècle qui vit tout à la fois les dernières amours de Henri IV et les liaisons scandaleuses du Roi-Soleil. Mais, de ces habitudes de galanterie à une domination déshonorante, exercée par des personnes de bas étage exploitant les vices d'un vieillard et se livrant, de concert avec lui, à un trafic honteux, il y a une distance que rien ne nous permet de franchir.—Comment oublier d'ailleurs que, de ce vieillard, Guy Patin a dit: «C'est un fort honnête homme[96]», et l'abbé Legendre: «C'étoit un bon juge[97]»!