Prisons d’Anémas

(D’après Van Millingen: Byzantine Constantinople.)

Sous la tour d’Anémas se trouvent les fameuses prisons d’Anémas découvertes dernièrement par le Dr Paspati. Ces prisons, très curieuses, sont dans un meilleur état de conservation que d’autres cachots similaires; mais la visite en est rendue très dangereuse par les cavités dans lesquelles on risque de se précipiter. Outre ce danger réel, les ordures jetées par les habitants des quartiers voisins rendent l’abord de la place des plus désagréables.

On y accède par une petite ouverture cintrée percée dans un pan de mur au pied de la tour d’Anémas. Un passage de dix mètres de long, très bas et très étroit, conduit à une petite salle voûtée, humide et qui ne reçoit par cette même entrée qu’une faible lumière. En passant à droite par une petite ouverture, on arrive à une autre salle faiblement éclairée par un trou pratiqué dans la voûte. Sur le passage s’ouvre un puits béant qui coupe le cachot dans toute sa largeur. En face de l’entrée, un autre passage menant à droite communique avec une autre galerie.

On monte par un escalier à l’étage supérieur de la tour, où se trouve une salle mesurant 7 mètres de haut sur 12 mètres de long et 10 mètres de large. Elle ne prend jour que par un mince filet de lumière passant par un trou pratiqué dans une fenêtre cintrée. On peut alors voir le trou rond qui éclaire l’étage inférieur. L’escalier continue jusqu’au sommet de la tour. Dans la petite salle d’entrée, une ouverture à gauche conduisait aux cellules des prisonniers. Aujourd’hui, on n’aperçoit qu’un grand bâtiment d’une soixantaine de mètres de longueur, plein de décombres. Jadis cette grande salle était divisée en deux étages, contenant chacun une enfilade de petites chambres séparées les unes des autres par des murs de 1m, 50, percés de grandes ouvertures cintrées. Un corridor de 1m, 75 de large courait tout le long des chambres.

PALAIS DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE

Ce palais, appelé aussi palais de Bélisaire[49], ou palais de l’Hebdomon et nommé Tekfour Serail par les Turcs, se trouve enclavé dans les murs de Théodose. D’après Gyllius, il faisait partie du palais de Constantin à l’Hebdomon hors des murs. Le nom d’«Hebdomon» lui venait du septième quartier des auxiliaires Goths qui, en leur qualité d’ariens, campaient hors des murs sur l’emplacement qu’on appelait Hebdomon. Ce palais, restauré par Justinien, a été appelé aussi Palatium Justiniani.

[49] Dans le plan de Melling, dessiné en 1815, nous voyons les ruines d’un autre palais de Bélisaire à côté du forum de Constantin, là où se trouve actuellement l’imprimerie Osman bey.

Le Dr Mordtmann et M. Van Millingen[50], dans leurs travaux sur l’archéologie byzantine, cherchent à démontrer que le palais appelé aujourd’hui Tekfour Serail n’est qu’une partie du palais des Blaquernes. Le Dr Mordtmann veut prouver, en se basant sur la manière dont cet édifice est construit, qu’il existait déjà au temps de Théodose et qu’il formait la partie supérieure du palais des Blaquernes. Il est certain en tout cas que de fausses suppositions l’ont fait prendre pour le palais de l’Hebdomon.

[50] Van Millingen, Byzantine Constantinople.

C’est un bâtiment rectangulaire où les briques alternent avec des blocs de marbre blanc et jaune. Les murs indiquent clairement qu’il était composé de trois étages et que l’étage supérieur dépassait la hauteur des murailles. Le rez-de-chaussée comprenait une salle voûtée de 17 mètres de longueur, soutenue par deux rangées de colonnes. La façade nord des bâtiments repose sur quatre arceaux séparés par un pilier carré.

Le premier étage consistait en une grande salle rectangulaire dont il est assez difficile aujourd’hui de reconstituer exactement les divisions intérieures. Des six fenêtres cintrées qui éclairent cet étage, quatre correspondent aux arcades de l’étage inférieur. Au second étage, se trouve une grande salle semblable, éclairée sur toutes ses faces par des fenêtres cintrées.

A l’est, au-dessous des trois fenêtres en plein cintre, un balcon supporté par deux arceaux formait saillie.

Le palais continuait le long des murs vers le nord. Il était précédé d’une cour formant atrium, orné de propylées soutenus par dix grandes colonnes. Le toit reposait sur une corniche en marbre sculpté.

Outre le grand palais sacré, le palais des Blaquernes et ceux sur lesquels nous venons de donner quelques détails, on peut citer une série de palais appartenant aux différents siècles, tels que le palais de l’impératrice Sophie, le palais d’Eleuthère, le palais Valentinien, le palais de Bonus, le palais de Jucundiana, le palais de Justinien, le palais de Kalaman, le palais de Pighi, le Philopation, le palais Placidien, Saint-Mamas, le palais d’Arcadius, le palais de Toxaros, etc.

Le palais de l’impératrice Sophie qui se trouvait près du port Sophien fut remplacé par le palais d’Esma Sultane. Le palais de Valentinien a été construit par l’empereur Valentinien pour ses filles. L’emplacement de ce palais est aujourd’hui occupé par les bâtiments de Mechichat (Cheïhuslamat). Le palais de Bonus, construit par Romain II Lécapène, se trouvait sur la colline où est située actuellement la mosquée de Sultan Selim. L’Empereur venait y passer la nuit pour assister le lendemain à la messe des Saints Apôtres. Le palais Kalaman se trouvait dans le quartier des Génois.

HIPPODROME

L’hippodrome, où se déroulèrent tant d’événements historiques, où 30.000 hommes périrent pendant la révolte de Nika, occupait la grande place appelée aujourd’hui At Meïdan, c’est-à-dire place aux chevaux. Il s’étendait en outre sur une partie de l’emplacement de la mosquée d’Ahmed, et sur le terrain où s’élèvent actuellement l’école des Arts et Métiers et les nouveaux bâtiments du ministère des Mines et Forêts. Son axe est indiqué par l’obélisque, la colonne serpentine et la colonne murée qui existent encore.

L’hippodrome a été construit d’abord par Septime-Sévère, sur le modèle du Circus Maximus de Rome. Constantin y ajouta les degrés, la sphendonè et les tribunes, et orna les portiques de statues. Cet édifice fut modifié plusieurs fois au cours des siècles.

L’hippodrome qui avait 370 mètres de long sur 180 de large pouvait contenir 100.000 personnes[51]. Outre les petites portes, qui conduisaient aux gradins, quatre portes monumentales s’ouvraient aux extrémités des côtés latéraux.

[51] Selon Gylles la longueur de l’hippodrome était de deux stades (370 mètres).

Du côté sud, le terrain s’inclinait vers la mer; cette partie de la piste de l’hippodrome fut exhaussée par des soubassements composés de hauts murs voûtés. Elle formait la partie hémisphérique de l’hippodrome qui s’appelait sphendonè.

Pl. 26.


Colonne Serpentine.

Aqueduc de Valens.

Du côté de Sainte-Sophie, s’élevait un bâtiment rectangulaire comprenant la tribune impériale et les loges des grands dignitaires et des sénateurs, et qu’on appelait Kathisma[52]; il n’avait aucune communication avec l’arène ni avec les gradins du cirque. L’Empereur y arrivait directement du palais. Au-dessous de la loge impériale, se trouvait, sur une terrasse en forme de balcon garni de colonnes, une autre tribune, réservée aux gardes de l’Empereur; elle était appelée le Pi, à cause de sa forme qui rappelait la lettre grecque π. Deux escaliers faisaient communiquer cette terrasse avec la tribune impériale.

[52] Aujourd’hui, sur l’emplacement de l’ancien Kathisma, se trouve la fontaine érigée par Guillaume II, empereur d’Allemagne.

Aux grandes fêtes, les musiciens jouaient sur cette plate-forme. Au-dessous du Pi, à droite et à gauche, étaient les portiques par où les chars entraient dans le cirque. Ces loges, qui avaient à Rome le nom de Carceres, étaient appelées à Constantinople Manganon.

Au-dessus de la loge impériale s’élevait une tour ornée de quatre chevaux de bronze, œuvre de Lysippe de Chio, et que, d’après une légende, Théodose avait enlevés à l’île de Chio; une autre légende voulait qu’on les eût apportés de Corinthe à Rome et de Rome à Byzance[53].

[53] Pendant la quatrième croisade on expédia les chevaux à Venise; Bonaparte les fit placer sur l’arc de triomphe du Carrousel à Paris. Mais en 1814 ils furent de nouveau transportés à Venise où ils ornent maintenant le portail de Saint-Marc.

Le Kathisma comprenait une salle à manger, une salle de réception et plusieurs pièces où l’Empereur recevait les hauts fonctionnaires avant les fêtes et donnait des repas, car les jeux de l’hippodrome formaient une partie intégrante de la vie publique. L’Empereur devait avoir dans le cirque des appartements privés pour revêtir les habits officiels avant d’entrer dans sa loge et enfin pour se reposer pendant les jeux, qui duraient parfois toute une journée.

Le Kathisma communiquait avec l’église Saint-Etienne, dont plusieurs fenêtres s’ouvraient sur l’hippodrome. D’après Labarte, les dames de la cour, qui ne siégeaient pas avec les hommes pendant les cérémonies publiques, pouvaient assister aux jeux du haut de ces fenêtres. C’est dans cette église que Léon l’Arménien fut assassiné et transporté ensuite à l’hippodrome. M. Millet et plusieurs archéologues russes, se basant sur les événements qui se déroulèrent au temps de Théodose II, veulent montrer que la tribune impériale ne se trouvait pas au centre du Kathisma, mais à son extrémité orientale, c’est-à-dire à la partie contiguë au palais. Peut-être les Empereurs avaient-ils choisi cette place pour avoir une meilleure vue sur la piste de l’hippodrome. Mais il n’en est pas moins vrai qu’une tribune officielle existait au centre du palais de Kathisma.

Les spectateurs étaient assis sur les gradins qui se continuaient en forme d’amphithéâtre. Sur le sommet de ces gradins existait un promenoir à colonnades, orné de statues.

Pour protéger les spectateurs contre les bêtes fauves et pour empêcher les discussions souvent violentes des partis adverses, l’arène était séparée des gradins par un fossé. Les jeux des bêtes fauves ayant été remplacés un peu plus tard par des courses de chars, par des luttes et des combats, ce fossé fut supprimé, mais on construisit un mur pour empêcher les bleus de se jeter sur les verts et réciproquement.

Dans l’axe longitudinal du cirque s’élevait une terrasse longue et étroite appelée «Spina» et sur laquelle on avait disposé divers monuments et statues, la colonne de Théodose (obélisque), la colonne murée, la colonne serpentine, qui portait autrefois le célèbre trépied de Delphes; toutes ces colonnes étaient alignées dans la même direction. Parmi les statues en bronze ou en marbre, on remarquait un homme luttant avec un lion, un taureau mourant, l’Hercule colossal de Lysippe, un loup combattant une hyène, un cheval indompté, un aigle enlevant un serpent, Adam et Ève, Hélène inspirant l’amour aux guerriers, les statues des empereurs Gratien, Valentinien, Théodose, celles des conducteurs de chars couronnés, et la fameuse statue à trois têtes, dont Jean (Yanis) l’Iconoclaste fit abattre les têtes.

Au centre d’un bassin se dressait, au haut d’une colonne, la statue de l’impératrice Irène. «Les statues de Gratien, de Valentinien, de Théodose, dit M. Dethier, étaient à cheval, à pied; c’est au choix d’un interprète hardi. Je m’étonne que même M. Labarte ait eu la bonne volonté d’y trouver une statue équestre d’un Théodose (p. 53), mais toujours se garde-t-il d’affirmer que c’est Théodose Ier. D’ailleurs ces statues étaient très petites et ornaient les gradins des bancs de l’hippodrome.»

Sur toute l’étendue de l’hippodrome une grande tente (velum) doublée de pourpre était tendue pour protéger les spectateurs contre les ardeurs du soleil. Tout Byzance affluait sous cette tente, et sur les gradins se pressaient des hommes de toutes races, aux costumes les plus divers, bigarrés de toutes les couleurs.

Dans la suite, les jeux de l’hippodrome se firent plus rares et l’on ne donnait plus de représentations qu’aux jours de grande fête.

Après la conquête latine, l’hippodrome fut complètement abandonné. Tous les objets précieux qui l’ornaient furent détruits; plusieurs statues, entre autres celles de l’Hercule en bronze, envoyées à la fonte et l’on en fit de la monnaie. Comme on peut le voir d’après les anciens plans de la ville, antérieurs à la conquête ottomane, il n’existait plus rien alors de la splendeur de l’ancien hippodrome: seules les trois colonnes qu’on peut voir de nos jours et qui indiquent l’axe de l’hippodrome, seuls quelques marbres ayant appartenu aux gradins subsistaient encore. L’hippodrome était rempli de monticules de terre provenant de la démolition des gradins. A une certaine époque, on construisit même des maisons sur cet emplacement. Une partie des ruines a servi à Ibrahim Pacha, vizir du sultan Suleïman, pour la construction du Mehterhané (prison actuelle).

Près de l’Augustéon, en face des thermes de Zeuxippe, se trouvait l’Octogone ou Tetradision, où était établie une sorte d’«Université». C’était un grand édifice en forme d’octogone à huit pièces voûtées. Il renfermait tous les ouvrages des grands maîtres de la littérature, de la science et de la philosophie. D’après la chronique Pascale, ce sont les Goths qui incendièrent l’Octogone pendant la sédition de Nika. D’après Codin, c’est Léon l’Isaurien qui l’a fait brûler avec ses académiciens parce qu’ils refusaient de s’associer aux illégalités de l’Empereur.

IV.—LES BAINS BYZANTINS

Nul pays, au moyen âge, n’a possédé autant d’institutions d’utilité publique que faisait Byzance, avec ses forums, ses fontaines, ses aqueducs, ses citernes, ses canalisations et surtout ses bains qui contribuaient à l’entretien de la santé publique. Chaque quartier en possédait un. Ces établissements ne diffèrent que fort peu des bains grecs et romains. On n’en trouve plus dans la ville un seul qui appartienne à l’époque byzantine. Mais les Turcs ayant construit leurs bains à peu près sur les mêmes plans que les Byzantins et les ayant divisés en deux parties, l’une réservée aux dames et l’autre aux hommes, il est facile aujourd’hui d’avoir une idée des modèles dont ils s’inspirèrent. Voici, au sujet d’un bain grec construit par Hippias, la description qu’en fait Lucien et que Mavroyéni Pacha cite dans ses articles sur les bains orientaux: «La partie d’entrée est haute, on y monte par un escalier large; la porte franchie, on entre dans une salle commune réservée aux domestiques; après cette première pièce, on entre dans une autre salle fort élevée, abondamment éclairée, ayant de chaque côté des séparations pour ceux qui veulent se déshabiller. Au milieu de la salle se trouvent trois piscines; on y voit deux statues en pierre blanche, l’une représentant Hygie et l’autre Esculape, puis on pénètre dans une salle légèrement tiède, afin d’éviter une chaleur incommode. Après cette salle, il y en a une autre qui les dépasse toutes en beauté, où l’on peut s’asseoir et se faire masser. Les murs sont revêtus jusqu’au plafond de plaques de marbre de Phrygie. En avançant par un passage, on entre dans la salle la plus reculée. Cette salle offre trois baignoires d’eau chaude, toutes les parties en sont de proportions harmonieuses.»

Pl. 27.


Citerne de Bin bir direk

Comme les Grecs, les Byzantins attachaient beaucoup d’importance à la beauté architecturale des bains, où le peuple trouvait un plaisir plus qu’une nécessité hygiénique et où il allait même se divertir en hiver.

On sait que les Néron et les Caracalla, les Titus et les Dioclétien se rendirent populaires en construisant de magnifiques thermes où trois mille personnes pouvaient trouver place en même temps. De même le peuple byzantin, chez lequel le bain était devenu indispensable au point de vue religieux autant que laïque, construisit des bains aussi somptueux que les Romains. Parmi les plus beaux on peut citer celui de Zeuxippe qui se trouvait tout près du Kathisma de l’hippodrome, et touchait, d’après M. Labarte, aux Nouméra, un des derniers bâtiments du palais, du côté du forum Augustéon. Il a été construit par Septime-Sévère et remanié par Constantin. Il était orné de très belles statues en marbre et en bronze. Si des fouilles adroites étaient entreprises près de la fontaine construite par l’empereur d’Allemagne, elles mettraient peut-être ces statues au jour.

Le bain de Zeuxippe fut détruit pendant la sédition Nika. Les bains d’Arcadius, qui occupaient l’emplacement de l’école actuelle des Beaux-Arts, étaient également célèbres chez les Byzantins. Vis-à-vis de Sainte-Anastasie, vers le nord, on rencontre les substructions d’un grand bain public du nom de Diagisthée[54]. Le bain de Constantin subsista après la conquête et fut nommé Tchoukour Hamam. Citons encore les bains d’Eudoxie qui se trouvent près de la Sublime Porte.

[54] Voir, Les bains turcs, page 224.

V.—LES MONUMENTS

OBÉLISQUE DE THÉODOSE LE GRAND

Les œuvres plastiques et les monuments qui ornaient jadis la ville de Constantinople ont été peu à peu détruits pour la majeure partie, et un très petit nombre seulement ont échappé à la ruine et sont parvenus jusqu’à nous. Parmi les monuments de l’ancien hippodrome, nous citerons d’abord l’obélisque de Théodose le Grand.

C’est un monolithe de granit syénitique rose, haut de 30 mètres et large de 2 mètres à la base. Les inscriptions hiéroglyphiques, gravées sur chaque côté du monolithe et qui sont fort bien conservées, montrent qu’autrefois l’obélisque était beaucoup plus élevé. Il fut érigé à Héliopolis, 1700 ans avant J.-C., par le Pharaon Thoutmosis III. Constance II et Julien (361-362) formèrent le projet de le transférer à Byzance; les premiers travaux furent même commencés à cet effet, mais l’Empereur mourut et l’obélisque resta environ trente années couché sur le sol. En l’an 390, Théodose Ier le fit transporter à Byzance. On construisit tout exprès une voie ferrée allant de la porte de Fer, sur les bords de la Propontide, au plateau de l’hippodrome. On plaça l’obélisque sur un piédestal en marbre orné de sculptures qui représentent la vie et les hauts faits de Théodose.

L’inscription suivante est gravée en grec et en latin sur ce piédestal: «Théodose Ier a dressé, avec l’aide du préfet du prétoire Proclus, cette colonne quadrangulaire qui gisait sur le sol.» La colonne fut érigée en trente-deux jours. «En fait la colonne ne s’éleva, dit M. Dethier, qu’en l’an 400 pendant le règne d’Arcadius, sous les auspices de Gaïnas, qui réussit à faire rendre justice à ses compatriotes, les Ariens Goths, mais comme un météore, tomba sous la réaction orthodoxe; sa tête fut portée dans les rues, 5.000 Goths brûlés dans une de leurs églises et le nom de Gaïnas effacé sur les inscriptions de l’obélisque pour être remplacé par celui de l’orthodoxe Proclus.» Sur le bas-relief nord, on voit Arcadius et sa femme Eudoxie (la Gauloise) dans le Kathisma et, à côté d’eux, un homme de la cour, Gaïnas, le puissant chef des Goths.

L’obélisque repose sur quatre cubes en bronze posés à chaque coin de sa base quadrangulaire. Les bas-reliefs du piédestal représentent, sur le côté ouest, l’empereur Théodose le Grand assis sur le trône, ayant à sa gauche sa femme (sœur de Valentinien II), et à droite ses deux fils, Honorius et Arcadius; les ennemis vaincus viennent rendre hommage à l’Empereur. Du côté de l’est, Théodose veuf et ses deux fils semblent assister à une distribution de solde aux troupes ou plutôt à une danse. L’Empereur tient en main une couronne destinée au vainqueur. On y remarque les musiciens jouant de l’ancienne lyre, d’une espèce de hautbois, de la double flûte lydienne et de la flûte mythologique à sept trous, dite flûte de Pan. Du côté sud, Théodose ayant à sa droite ses deux fils et à sa gauche Valentinien II, contemple une course de chars. Du côté nord, c’est l’empereur Arcadius, sa femme Eudoxie, ses enfants et le fameux Gaïnas assistant dans le Kathisma à l’érection de l’obélisque.

Les sculptures de la partie inférieure du piédestal représentent les travaux nécessités par l’érection de l’obélisque.

COLONNE SERPENTINE

Parmi les colonnes qui figuraient sur l’axe longitudinal de l’hippodrome, on voit encore de nos jours la colonne serpentine, qui est érigée un peu au sud de l’obélisque. Cette colonne représente trois serpents en bronze fondu, provenant du butin enlevé aux Perses après la victoire remportée sur Xerxès.

On a discuté assez longtemps sur l’origine de cette colonne, mais en 1856, quand on creusa le sol pour en trouver la base on découvrit des inscriptions qui fixèrent son origine d’une manière exacte.

Elle reposait sur une pierre en forme de cube qui est aujourd’hui enfouie dans le sol. Sur les anneaux tordus des serpents, on voit des inscriptions en grec, indiquant les noms des villes, citées par Plutarque, qui ont combattu contre les Perses. Ces serpents supportaient autrefois le fameux trépied en or donné au temple d’Apollon de Delphes par les vainqueurs de Salamine et de Platées en souvenir des victoires gagnées sur les Perses par Thémistocle et Pausanias. La colonne, haute jadis de 8 mètres, n’a plus aujourd’hui que 5 mètres de hauteur. Le vase d’or que supportaient autrefois les trois têtes de serpents avait 3 mètres de diamètre.

Pl. 28.


Mosquée de Bayazid

Cette œuvre de l’art grec, une des plus célèbres qui existe, a été apportée à Byzance par Constantin le Grand pour embellir la nouvelle capitale. En se basant sur l’existence du tuyau en plomb et des conduites d’eau qui allaient de l’aqueduc de Valens jusqu’à cette colonne, plusieurs auteurs supposent que ce monument servait de fontaine.

Il est facile aujourd’hui de se rendre compte, par l’excavation qui entoure la base de cette colonne, du niveau du sol de l’ancien hippodrome. Les terres rapportées et les débris de constructions l’ont considérablement exhaussé.

COLONNE MURÉE OU COLONNE DORÉE (COLOSSE)

Cette colonne se trouve au sud de la colonne serpentine, sur le même axe longitudinal de l’hippodrome. C’est un obélisque carré, de 25 mètres de hauteur, formé de petits blocs de pierre de taille. Érigée par Constantin VII Porphyrogénète (911-959), elle était couverte de plaques de bronze doré portant des bas-reliefs, qui représentaient les hauts faits de son grand-père Basile le Macédonien. Les inscriptions gravées à la base de la colonne indique qu’elle était appelée «merveille rivale du Colosse de Rhodes». «Les croisés, dit M. Dethier, dépouillèrent la colonne de sa couverture de bronze pour en faire de la monnaie.»

On voit encore les trous des fers qui fixaient les plaques; le sommet de la colonne portait une sphère de bronze.

COLONNE DE CONSTANTIN

Au centre du forum de Constantin, s’élevait la colonne supportant la statue de l’empereur Constantin. Cette colonne est appelée par les Turcs Tchemberli-Tach (pierre au cercle) à cause des cercles de fer à l’aide desquels on l’a consolidée. Les grands incendies qui en avaient fendu les blocs avaient rendu cette mesure nécessaire.

Cette colonne était autrefois composée de neuf blocs cylindriques en porphyre placés les uns sur les autres. A la jointure des cylindres et à la partie supérieure de chaque bloc on avait sculpté une couronne de laurier, ce qui donnait à l’ensemble l’aspect d’un monolithe dans lequel on aurait taillé des colonnes transversales.

L’ensemble de la colonne atteignait une hauteur de 50 mètres. C’est Constantin qui la fit venir de Rome, où elle portait la statue d’Apollon. L’Empereur voulant symboliser la victoire du christianisme, fit mettre sa tête à la place de celle d’Apollon. Dans la suite, la statue de Julien, puis celle de Théodose remplacèrent celle de Constantin.

Vers la fin du XIe siècle (1081), la statue et les tambours supérieurs furent renversés par la foudre. Alexis Comnène répara le monument et l’orna d’un nouveau chapiteau corinthien portant des inscriptions en grec et une croix d’or.

Plusieurs historiens prétendent que le nom de colonne brûlée, donné par les étrangers, vient de ce que cette colonne a été endommagée par l’incendie qui éclata pendant l’émeute de Nika, mais cela ne paraît pas exact, car la colonne, qui se trouvait alors au centre du forum, ne pouvait être atteinte par les flammes. C’est d’un incendie qui éclata au cours du XVIe siècle qu’elle eut à souffrir; à cette époque, en effet, le forum était couvert de constructions qui arrivaient jusqu’à la base de la colonne.

Après l’incendie, le sultan Moustafa fit entourer, en 1701, le piédestal calciné par un massif de maçonnerie montant jusqu’au deuxième tambour.

COLONNE D’ARCADIUS

Au centre du forum d’Arcadius, Avret-Bazari, s’élevait la colonne d’Arcadius érigée en 401 par Arcadius en l’honneur de Théodose Ier. Cette colonne ressemblait à la colonne de Trajan à Rome. Sans avoir changé de place, elle se trouve enclavée aujourd’hui dans le jardin d’une maison particulière. Il n’en reste actuellement que la base; d’après cette base, qui a un diamètre de 4 mètres, on peut évaluer la hauteur à 40 mètres.

Un escalier intérieur conduisait au sommet de la colonne. Elle était couverte de bas-reliefs représentant les hauts faits de Théodose et d’Arcadius. Aujourd’hui, en dehors du piédestal, haut de 6 mètres, il ne reste plus que quelques inscriptions à moitié calcinées et quelques marches de l’escalier. L’ouvrage de Banduri sur Constantinople contient le dessin de cette colonne fait par un peintre vénitien. La colonne existait encore en 1685, mais, ayant menacé ruine à cette époque, elle fut démolie.

COLONNE DE MARCIEN

La colonne qui portait la statue assise de l’empereur Marcien, époux de Pulchérie, au Ve siècle, est aujourd’hui située dans un jardin privé. Elle a une dizaine de mètres de hauteur et repose sur trois marches recouvertes de terre. Sur les côtés du piédestal on voit des bas-reliefs. Deux génies ailés lèvent un panneau orné de myrtes avec la croix. Au-dessous, les trous des clous qui fixaient autrefois des lettres en métal permettent de lire une inscription latine.

Actuellement, le public appelle cette colonne «la colonne de la Virginité», Kiz-Tachi. Cette appellation est erronée, car la vraie colonne de la Virginité supportait la statue d’Aphrodite; elle avait la remarquable vertu de désigner au milieu des passants la jeune fille qui avait perdu sa virginité. La belle-sœur de Justin (565-578), ayant été désignée de cette sorte dans la foule par cette statue, fut mise en pièces, sur l’ordre de l’Empereur. La colonne en porphyre qui supportait la statue de la déesse fut déplacée par Soliman le Législateur et servit à la construction de sa mosquée, où elle figure encore.

COLONNE DES GOTHS

A la pointe du sérail, sur une terrasse du jardin du Palais impérial, s’élève une colonne d’ordre corinthien, taillée dans un seul bloc de granit, et ayant 15 mètres de haut. Sur le côté du piédestal tourné vers le Bosphore, on lit les inscriptions suivantes: Fortunæ reduci ob dévictos Gothos. Cette colonne qui portait jadis, d’après Nicéphore Grégoras, la statue de Byzas, est un des plus antiques monuments de Byzance. Elle fut érigée en souvenir des victoires remportées sur les Goths, sous l’empereur Claude II le Gothique.

STATUE DE JUSTINIEN

Cette statue, appelée dans le livre des Cérémonies «Achilleus», est indiquée sur le plan de Banduri et par Buondelmonte au nord-est de l’hippodrome; elle existait encore à l’époque où Christophe Buondelmonte visita Constantinople, trente années avant la conquête turque.

Elle devait être située près de l’endroit où une plaque en fer couvre l’entrée d’une citerne sur la place de Sainte-Sophie. La position de cette statue équestre, qui n’existe plus, est aussi indiquée par les auteurs. Elle était tournée vers l’Occident. Selon le récit de Zonaras, elle s’élevait à l’endroit où se dressait auparavant la statue argentée de Théodose le Grand.

Un dessin de cette statue, datant de 1340, se trouve dans la bibliothèque du sérail; il correspond assez exactement à la description donnée par les auteurs byzantins. L’Empereur y est représenté sous la figure d’un chevalier, portant sur la tête une plume énorme qui ressemble à la queue d’un paon.

Parmi les monuments disparus, citons enfin la statue de Théodose Ier, érigée au forum Tauri, et une autre statue de Théodose, élevée par son eunuque Christoforus, près de la porte de Selimbria.

VI.—LES AQUEDUCS ET LES CITERNES

Comme Byzance était toujours exposée au danger d’un siège, on avait eu soin d’aménager plusieurs grandes citernes pouvant contenir une quantité d’eau suffisante pour alimenter la ville durant plusieurs années. Ces citernes ont été construites sous le règne de différents empereurs, et dans divers endroits de la ville.

Byzance avait d’abord, au IVe siècle, des citernes ouvertes, c’est-à-dire d’immenses bassins entourés d’arbres, à la manière des citernes ouvertes de Syrie. Les citernes de Bonus, actuellement Tchoukour Bostan, et celles de Pulchérie et de Mocius appartiennent à ce genre.

D’après la chronique Pascale, la citerne de Mocius ou d’Aspar, fut construite par Aspar, chef de la milice gothique sous Léon Ier, pour alimenter les Goths cantonnés dans l’Exokionion. Plusieurs de ces citernes ont été remplies de terre et transformées en jardins potagers au temps de l’empereur Héraclius. On les appelle aujourd’hui Tchoukour Bostan (Potager bas).

Parmi les citernes couvertes, les plus importantes sont la citerne de Philoxenus, de Théodose, la grande citerne Basilique, la citerne de Phocas, etc. Quand les petites citernes particulières vinrent remplacer les anciennes et que l’on commença à avoir chez soi l’eau amenée par les aqueducs, ces grandes citernes furent mises hors d’usage.

La citerne de Philoxenus a été construite sous le règne de Justinien, vers le commencement du VIe siècle. Elle fut appelée du nom du sénateur Philoxenus, qui la fit bâtir. Cette citerne se trouve vers le sud-ouest de l’hippodrome. Elle mesure 60 mètres de long sur 50 mètres de large. Elle est couverte de voûtes montées sur des arcs soutenus à leur tour par 224 colonnes composées chacune de trois fûts reliés par des linteaux, et munis de chapiteaux en marbre sculpté. On y compte quinze rangées parallèles de colonnes, espacées l’une de l’autre de 4 mètres en chaque sens.

La terre apportée par les eaux et les décombres ayant rempli la base de la citerne, les colonnes ne semblent avoir aujourd’hui qu’une hauteur de 10 mètres environ, tandis que jadis elles avaient 18 mètres. Les Turcs l’appellent Bin Bir Direk[55] (mille et une colonnes) par allusion au grand nombre de colonnes qu’elle renferme.

[55] Sur cette citerne Fazli pacha avait son palais.

Cette citerne, abandonnée au cours des siècles, est depuis longtemps desséchée. On l’utilisa comme atelier de tissage pour la fabrication de cordes en soie; un escalier en pierre permettait d’atteindre facilement l’intérieur qui est situé à 15 mètres au-dessous du niveau du sol. Des ouvertures grillées pratiquées dans les voûtes et qui servaient autrefois à aérer les eaux, éclairent faiblement l’intérieur.

La citerne contenait une quantité d’eau suffisante pour alimenter pendant un mois 100.000 personnes.

Tout à côté de cette citerne existe la citerne de Théodose. Celle-ci contient 33 colonnes ornées de chapiteaux corinthiens en marbre sculpté. On y pénètre par un puits pratiqué dans une maison particulière.

La grande citerne Basilique qui est appelée par les Turcs Yéré batan seraï (palais enfoncé) a été bâtie par Justinien, sous la cour du palais de Justice. Cette immense citerne a 112 mètres de longueur sur 61 de largeur; 336 colonnes, ayant chacune 13m,50 de haut, supportent les voûtes. La distance qui sépare les colonnes entre elles est de 4 mètres. On peut y pénétrer par une maison particulière, mais comme la citerne contient encore de l’eau, il faut une petite embarcation pour visiter l’intérieur.

Toutes ces citernes étaient alimentées par les aqueducs qui amenaient les eaux des grands réservoirs construits entre les deux vallées, dans les forêts environnant Belgrade. Parmi ces aqueducs, celui de Justinien s’est conservé intact pendant quinze siècles. Quatre grandes arches en deux étages ayant une hauteur de 36 mètres conduisent l’eau d’une colline à l’autre.

La conduite d’eau de Valens relie par deux rangées d’arcades à plein cintre les différentes hauteurs de la ville. Il est facile d’en faire l’ascension; arrivé là-haut, on a un magnifique panorama de la cité.

Cet aqueduc a été bâti avec des pierres, fournies par les ruines des murailles de Chalcédoine. Commencé au IIe siècle, il fut continué par Constantin (306-337) et terminé enfin par Valens (366-378).

A l’époque de Justinien, cet aqueduc tombait déjà en ruines. Il fut restauré sous les Turcs pendant le règne du sultan Suleïman. La hauteur de l’aqueduc est de 23 mètres au-dessus du sol. Il a une longueur de 625 mètres. Les eaux qu’il amenait se déversaient dans une citerne appelée Nymphæum Maximum et qui était située sous le champ d’exercice du Séraskérat.

VII.—L’HABITATION CIVILE BYZANTINE

Dès que Byzance eut été transformée en capitale romaine, les patrices et les citoyens arrivés de Rome se hâtèrent de construire des habitations.

C’est Rome qui fournit les premiers modèles, et au début on ne vit partout que le type de maisons romaines.

Les riches patriciens avaient leurs maisons ornées de portiques et de cours à colonnades. On déployait un grand luxe dans la décoration de l’intérieur; les mosaïques et les incrustations étaient surtout en faveur. Les riches avaient leurs bains privés et même leurs citernes. Les murs et le sol de leurs habitations étaient décorés de marbres de couleur et de mosaïques.

Pl. 29.


Mosquée de Bayazid—Cour.

Mais ces habitations construites hâtivement ne purent résister très longtemps, et presque toutes furent détruites par les tremblements de terre et par les incendies. Déjà, vers la fin du Ve siècle, les grandes fortunes particulières ayant disparu, on avait construit beaucoup de maisons en bois. Vers le VIe siècle, au moment où l’art byzantin devait prendre sa forme définitive, les goûts et les conditions de vie des habitants différaient sensiblement de celles de Rome, et l’intérieur des habitations commença à se modifier. Le goût des maisons syriennes s’était manifesté dans les maisons romaines, ce qui fut la cause du mélange des deux styles et donna naissance à une nouvelle forme typique. Ainsi les habitations, romaines à l’origine, commencèrent à prendre une autre forme et ne restèrent même pas à l’abri de l’influence de l’art religieux byzantin. D’un autre côté, comme l’espace déterminé par l’enceinte de la ville obligeait les propriétaires à économiser le terrain, on commença à faire des balcons à encorbellement pour gagner sur la rue, déjà fort peu large. Ce mode de construction existait déjà à Pompéi au IIe siècle. M. de Vogüe, nous montre que ces balcons existaient aussi en Syrie au IVe siècle[56].

[56] De même qu’à Rome, les gens de la classe moyenne à Constantinople tenaient à avoir un logement leur appartenant; un certain mépris s’attachait à l’état de locataire. Pour cette raison, une maison appartenait quelquefois à plusieurs propriétaires, qui s’en partageaient les étages. Aujourd’hui encore il existe à Constantinople des propriétés dont les étages inférieurs et supérieurs appartiennent à différents propriétaires.

La curiosité, qui, jadis comme aujourd’hui, régna toujours en maîtresse à Byzance, se trouva fort bien de ces balcons. Ils procuraient, surtout aux dames, une grande distraction. Pareilles à celles de Rome, les fenêtres étaient souvent ornées de caisses et de vases de fleurs, qui leur donnaient un aspect pittoresque.

L’éloignement des carrières obligea en outre les architectes à couvrir de grands espaces avec des matériaux de petit volume. On voyait partout des arcades et des coupoles de construction persane.

Le temps et les incendies ayant détruit à peu près toutes les maisons appartenant à l’époque byzantine, on ne rencontre aucune de ces maisons à Constantinople. On ne peut qu’en opérer la reconstitution en s’aidant de miniatures de l’époque. Parmi les maisons de style byzantin qu’on peut encore voir dans la ville, il y en a une ou deux qui sont considérées comme antérieures à la conquête des Turcs. Mais celles qui ont été bâties après la conquête ne différaient que très peu des maisons byzantines du XIIIe siècle.

Type de maisons byzantines.

Les architectes grecs continuèrent en effet à bâtir dans la ville de la même manière[57] qu’auparavant. On reconnaît ces maisons à leurs balcons à encorbellement, à leur ogive en accolade et à leurs corniches en briques posées diagonalement, de manière à produire une ornementation caractéristique et, en même temps, à supporter le toit.

[57] La plupart des maçons et des architectes sont encore aujourd’hui des Grecs.

La plupart des maisons du XIVe siècle étaient construites en pierres séparées par plusieurs rangées de briques. Toutes les jointures sont cimentées en relief, ce qui forme parfois des motifs de décoration géométrique.

Les fenêtres sont ogivales ou de plein cintre. Les fenêtres ogivales appartiennent à un style dégénéré. Dans le véritable style byzantin, les fenêtres sont en plein cintre et munies de gros grillages formés de tiges de fer se coupant l’une l’autre à angle droit, avec de gros anneaux reliant les points de jointure. Dans toutes ces constructions, on voit clairement l’influence de l’art byzantin. Il fut employé plus tard par les Turcs et forme une architecture spéciale nommée l’architecture ottomane.

Voici les caractères particuliers de l’architecture civile à Byzance depuis le IXe siècle:

1o Les maisons ont rarement plus de deux ou trois étages; 2o les étages sont en crémaillère[58]; 3o des corniches saillantes, souvent ornées de dessins de feuilles d’acanthe, séparent les étages; 4o la façade est ornée par des rangées alternées de pierres blanches et de bandes de briques rouges très minces, disposées géométriquement et auxquelles venaient parfois s’ajouter des morceaux de marbre coloré[59]; 5o les fenêtres sont en forme de plein cintre ou rectangulaires. Les tympans des fenêtres portent souvent des dates ou des inscriptions. L’éclairage des intérieurs se fait par des fenêtres vitrées de petits carreaux enclavés dans des châssis en plâtre; 6o les toits en terrasse ou à batière, couverts de tuiles, s’appuient sur des corniches à trois rangées de briques posées diagonalement en forme de scie; 7o à l’intérieur, les pièces sont disposées autour d’une grande salle, souvent précédée d’un narthex; 8o les volets et les portes sont en fer ornés de grands clous à grosse tête. A l’intérieur les portes sont en bois sculpté ou incrusté. Quelquefois elles sont remplacées par des portières en étoffe; 9o des jarres vides sont souvent posées entre les voûtes et le toit pour diminuer le poids du toit[60]; 10o les dallages sont souvent en marbre blanc ou en brique rouge; 11o les escaliers sont en bois ou en pierre à plusieurs paliers appliqués quelquefois à l’extérieur du bâtiment jusqu’au premier étage.