[187] Salluste, Histoire de la République romaine dans le cours du 7me siècle, en partie traduite du latin sur l'original, en partie rétablie et composée sur les fragments qui nous restent de ses livres perdus. Dijon, 1777. 3 vol. 4º.

Villemain déclare qu'au dessous de Bossuet et de Montesquieu, il n'y a pas en français, un plus beau fragment d'histoire ancienne, que cette restauration d'après l'antique, et proclame le Président De Brosses un de ces hommes rares qui doivent être placés les premiers, après les hommes de génie.

Le 4me volume devait contenir le texte de l'histoire rétablie, avec les suppléments en latin. Le manuscrit en était achevé, quand De Brosses mourut. Ce manuscrit fut communiqué au jésuite Gabriel Brotier, qui n'en approuva pas la publication. Tout fait croire qu'il est perdu.

Tacite eut son tour, et ce fut le savant que nous venons de nommer, qui eut la hardiesse de vouloir remplir les lacunes de l'historien romain, hardiesse qui fut heureuse, au jugement de la plupart des savants de l'Europe.[188]

[188] Néanmoins M. Edme Ferlet, dans ses "Observations sur les Histoires de Tacite," 2 vol. 8º, Paris, 1801, a fait une critique violente du travail de Brotier. Il est fâcheux que, lorsqu'il peut avoir parfois raison au fond, il ait toujours tort par la forme.

On sait que le Dialogue des orateurs (qui a été contesté à Tacite, mais qui est probablement de lui) a d'assez longues lacunes. Nous n'avons ni le commencement ni la fin du discours de Maternus, et celui de Messala laisse aussi beaucoup à désirer. G. Brotier a cherché, par d'ingénieux efforts, à suppléer ce qui nous manque, et il a conjecturé habilement les arguments de Messala.[189]

[189] Ce Dialogue des orateurs est l'examen de la question de préséance des anciens orateurs ou des modernes, question agitée de nouveau violemment, et généralisée sous Louis XIV.

Voir "Histoire de la Querelle des Anciens et des Modernes" par Hippolyte Rigault. Paris, 1856, un vol. in 8º.

Parmi ceux qui ont le mieux réussi dans ces suppléments aux poètes latins anciens, on doit ranger Thomas May, tour à tour au service de Charles I d'Angleterre et du parlement de Cromwell.

Il fit paraître en anglais (1630), puis en latin, la Pharsale de Lucain qu'il conduisit jusqu'à la mort de César.

Ce travail se recommande par le mérite du style et par l'invention; Johnson en faisait beaucoup de cas, et il fut annoté et réimprimé plusieurs fois. On l'a traduit en français en 1816 et en 1819.

N'oublions pas une autre continuation moins connue et très curieuse, par un maître d'école écossais du nom de Robert Forbes, qui publia à Edimbourg, à l'imprimerie de R. Fleming, en 1750, une "Suite de la Satire de Boileau sur la Ville de Paris."

Dans un avant-propos au lecteur, Forbes dit qu'il n'a pas la présomption de lutter avec Boileau, mais qu'il veut seulement l'imiter.

"D'ailleurs, ajoute-t-il, comme j'ai vu Paris avec d'autres yeux que n'a fait cet auteur, et que ne fait tout Papiste, j'ai cru que cette ébauche pouvait entrer à la suite de la satire."

Cette brochure de dix pages est devenue très rare.[190]

[190] Voir les Notes and Queries, du 23 Mars, 1872, No. 221, page 234.

Nous ne pouvons nous occuper des manuscrits inédits, quoique bien des suppléments puissent y être enfouis: Ainsi Paulin Paris, dans son "Analyse des Manuscrits de la Bibliothèque du Roi," tome i. p. 39, fait mention de Commentaires de César, traduits et augmentés par un anonyme.

Il arrive parfois que les auteurs anciens ont annoncé une continuation que nous ne possédons pas. Ainsi Lucien à la fin du second livre de son Histoire Véritable, dit qu'il allait décrire les merveilles qu'il avait vues aux Antipodes. Il eut été très intéressant de voir ce qu'il eût imaginé sur ce thème, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne. On ignore si ces livres annoncés sont perdus, ou si jamais Lucien ne les a écrits; mais le neveu de d'Ablancourt a continué cette histoire, et d'Ablancourt a fait imprimer cette continuation à la fin de sa traduction. Elle est intitulée, "Description de la République des Animaux; Hommage qu'ils viennent rendre au Phoenix; Passage de Lucien aux Antipodes; Bataille des Animaux contre les Sauvages; Pacification par l'entremise de Lucien."

L'auteur du supplément, par une idée bizarre, avoue qu'il n'a pas cru devoir imiter le philosophe de Samosate, en écrivant des choses qui n'ont aucun fondement dans la raison, et qu'il n'a rien écrit qui n'ait quelque sens allégorique, ou quelqu'instruction mêlée avec le plaisir. Quel dommage qu'il n'ait pas déraisonné comme Lucien!

Le grand succès, obtenu par des romans, a souvent fait naître la pensée d'en donner une continuation, mais presque toujours cette tentative a peu réussi.

Citons-en quelques-uns seulement.

Le Tom Jones in his Marriage State, est loin d'avoir la valeur artistique du roman de Fielding, dont Coleridge, dans son Table-Talk, a certes exagéré le mérite lorsqu'il dit, "Upon my word, I think the Œdipus, the Alchemist, and Tom Jones are the three most perfect plots ever planned."

La suite de la Marianne de Marivaux, est très spirituelle. La manière et le style de l'auteur sont bien imités.[191]

[191] Par Mme Ricoboni, morte en 1792, femme du comédien, et auteur dramatique de ce nom.

La Harpe en fait un grand éloge, "Elle partage avec Mme De Tencin la gloire de disputer la palme à nos meilleurs romanciers. Peu de femmes, peu d'hommes même, ont pensé avec autant de finesse et écrit avec autant d'esprit."

Le continuateur du Candide de Voltaire, dont nous ignorons le nom, n'a pas aussi bien réussi.

De même, certains éditeurs de La Nouvelle Héloïse ne se sont guère tirés heureusement d'une nouvelle lettre de Saint Preux, qu'ils ont intercalée.

On sait que Scarron ne publia que les deux premières parties du Roman Comique.

Après sa mort on parla d'une conclusion de ce roman, qu'un homme de mérite allait donner au public, d'après les mémoires laissés par Scarron. Cet ouvrage ne paraissant pas, une première suite fut publiée par A. Offray qui présente, en 17 chapitres, la fin du roman.

Une seconde suite par Preschac, continue en 20 chapitres, les aventures de Ragotin, et de la troupe des comédiens; mais sans amener une conclusion de l'ouvrage.

Une continuation, peut-être moins difficile à composer, fut donnée au public par le Duc De Levis, mort en 1830; ce fut celle des contes de Zénéïde et des Quatre Facardins d'Antoine Hamilton. On rapporte que celui-ci avait écrit une seconde partie de ce dernier conte, qui avait été montrée en manuscrit à Crébillon fils, par Mademoiselle Hamilton.

Malheureusement il n'emporta pas ces papiers en se retirant, comme il aurait pu le faire. Lorsqu'il revint enfin les demander, il apprit qu'ils avaient été mis au feu.