O ma lengua, tout me zou dit,
Lançarai uno estello à toun frount encrumit.
O ma langue, tout me le dit,
Je mettrai une étoile à ton front obscurci.

Vient ensuite Moquin-Tandon, dont le Carya Magalonensis, édité en 1836, fut l’objet de critiques de tous genres, mais n’en consacra pas moins la réputation du savant botaniste comme écrivain languedocien.

Azaïs, son contemporain, se fit remarquer par ses poésies satiriques sur des thèmes locaux. Les peintures sont énergiques, les sujets quelquefois rabelaisiens. Dans ce genre de poésies plutôt scatologiques, on peut citer: lous Homes e los Femnos del temps passat, lou Lavamen, lou Factotum del curat de Capestang, etc..., etc... Toutes sont animées d’un souffle comique et d’une franche gaîté; la lecture en est facile et amusante.

Un peu avant la Révolution de 1848, des dithyrambes enflammés sur le prolétariat valurent à Peyrotte une certaine popularité. Dans leis Léproux, la Filla de la mountagna et autres pièces patoises del Taralié[30], comme il «aimait à se nommer», on trouve un mouvement vraiment poétique.

Le buste élevé à Peyrotte dans sa ville natale, pour honorer sa mémoire, est un hommage mérité que la génération actuelle a cru devoir rendre au poète ouvrier.

C’était également un ouvrier que Mathieu Lacroix, à qui l’on doit ce poème touchant et sincère: Paouro Martino, dont Casimir Bousquet, de Marseille, a donné une traduction. C’est à un de ses compatriotes, aujourd’hui doyen du Félibrige de Paris, M. Gourdoux, que le maçon de la Grand’Combe en confia le manuscrit, après avoir été durement chassé par l’administrateur de cette compagnie, qui lui retirait ainsi son gagne-pain, sous le prétexte invraisemblable qu’un maçon ne doit pas être poète.

Le marquis de La Fare-Alais, dans son recueil los Castagnados, se montre tour à tour observateur et conteur fidèle des mœurs et usages du peuple. Sa poésie est chaude, colorée; l’expression est juste. Sa verve, comique, n’est jamais grossière; le gentilhomme se devine au choix délicat des images et des mots. Quels échantillons donner de ce talent supérieur qui rend le choix embarrassant? Nous prenons au hasard: la Fieiro de San-Bartoumieù (la Foire de Saint-Barthélemy) et Scarpon, deux éclats de rire. Dans la Festo dos Morts (la Fête des Morts), le poète montre la souplesse de son esprit qui se prête aussi bien aux scènes comiques qu’aux tableaux mélancoliques et tristes. Le Gripé et la Rouméquo font voyager notre imagination dans le monde fantastique et légendaire. En somme, cet auteur a su prendre rang parmi les poètes cévenols dont la réputation est la meilleure et en même temps la plus durable, car il a écrit pour tous les temps, et peut être lu par tout le monde.

Dans lou Gangui et les Amours de Vénus ou le Paysan au théâtre, Fortuné Chailan atteint au plus haut comique avec naturel et abandon.

La période de 1830 à 1848 est remplie par les noms de L. Isnardon (Pouésios prouvençalos), de Raymonenq (lou Procurour enganat), de Désanat (lou Troubadour natiounaou), de Pélabon (lou Groulié bel esprit), de Bénoni, Mathieu, Gastinel, Garcin, Gautier et tant d’autres dont l’énumération serait trop longue, qui, tous, ont su attirer et retenir l’attention de leurs lecteurs, à des titres différents.

Avec Bellot, Bénédit et surtout Roumanille, nous atteignons la période littéraire du provençal qui précéda l’apparition du Félibrige.

Pierre Bellot fut un des représentants les plus autorisés de l’esprit vif et de la verve de la vieille Provence. Enfant de Marseille, il imprima à ses œuvres le cachet essentiellement marseillais du vieux quartier des Accoules, où il était né. Et cela s’explique d’autant plus facilement que, n’ayant jamais quitté son pays, il a pu, mieux qu’un autre, conserver intactes les traditions du passé et la couleur de notre belle langue. Marchand, il ne voyait le monde que du fond de sa boutique de la rue des Feuillants, et ne se trouvait en contact, sous les pins de sa bastide, la Belloto, qu’avec des gens dont la pensée n’avait d’autre moyen d’expression que l’idiome local. On peut dire de lui qu’il était du peuple par le cœur et de la petite bourgeoisie par les habitudes. C’est ainsi que, sans sortir de sa personnalité modeste, il a pu être un bon poète provençal dont le naturel et la simplicité sont les principales qualités et font le charme dominant. Ces qualités, on les retrouve effectivement dans toutes les poésies de Bellot. On y voit les pins des bastides dans le doux frémissement de la brise du soir, les tartanes aux blanches voiles se mirant dans les eaux bleues de la Méditerranée; on y entend zonzonner les cigales, on y passe avec lui le dimanche dans les cabanons d’Endoume, au milieu des fortes senteurs de l’aioli et des vapeurs embaumées de la bouillabaisse. Sa muse est bien notre Marseillaise, la San Janenque, aux grands yeux noirs, au rire éclatant, à la bouche mutine, laissant voir entre des lèvres de corail des dents éclatantes de blancheur; la taille souple et ronde, les jupons courts, elle ne joue pas la grande dame, elle est bonne fille et, pour être belle, elle n’a qu’à rester elle-même.

L’œuvre de Bellot forme quatre volumes, dont je n’entreprendrai pas l’analyse. Je me bornerai à citer parmi les morceaux les plus remarquables: lou Poète cassaire, qui est bien la meilleure photographie qui ait jamais été faite du chasseur marseillais, et l’Ermito de la Madeleno, où le poète se double d’un observateur aussi intéressant que spirituel. Au théâtre, il a donné Mousu canulo vo lou fiou ingrat. Enfin, il a montré un véritable talent dans l’épître et le conte. Voici un extrait de l’épître qu’il adressa à Charles Nodier, l’un des premiers qui ait rendu justice aux beautés de la langue provençale:

O tu qu’as illustra nouestro bello patrio
Per teis brillans escrits, tout pastas de génio;
Tu, sublimo Nodier, la perlo deis aoutours,
Qu’as fa souto ta plumo espeli tant des flours!
Un aoutour marsiés, din soun groussier lengagi,
Doou fruit de seis lésirs aougeo ti faire hommagi.
N’aourié pas près ségur aquélo liberta
Se Pierquin de Gembloux l’avié pas excita.
Oh! sense eou, leis escrits dé sa muso groussiéro
N’oourien pas doou pays despassa la barriéro;
Maï Vénén de la part doou saven inspectour,
Bessai l’accordaras un régard proutectour, etc., etc.

Si Bellot avait eu les honneurs de la traduction française, son nom serait aussi populaire dans le Nord qu’à Marseille même.

Qui ne connaît en Provence celui de Bénédit, rendu célèbre par son poème Chichois, devenu bien rare aujourd’hui en librairie? L’auteur s’est attaché à peindre, dans une note plaisante, les mœurs de certains déclassés. Il l’a fait avec un bonheur d’expression, une ironie mordante et un talent d’exposition qui font de Chichois une composition aussi littéraire que le sujet pouvait le comporter et assurément intéressante à tous égards. Les contes en vers qui complètent le volume sont d’un comique achevé; on ne peut pas analyser l’œuvre de Bénédit, il faut la lire.

NOTES:

[25] 2 thermidor an II.

[26] 16 fructidor an II.

[27] Dans le Journal des Savants de juillet 1824.

[28] L’original de cet ouvrage se trouve dans la Bibliothèque Méjanes, à Aix.

[29] Article de M. Dufour, au Journal de Toulouse, 1840.

[30] Potier.

IV
LE FÉLIBRIGE DE PROVENCE

Période de formation.—Période d’affirmation.—Ses statuts.

Avec Roumanille, nous entrons dans le cycle félibréen. Le premier, il réagit contre certaines formes vicieuses et contre l’orthographe défectueuse du provençal, qui forcément s’était altéré après la proscription dont il fut l’objet et le mépris dont l’honoraient ceux qui ne le comprenaient pas. Il voulut le doter de mots propres à rendre l’élévation de la pensée et l’épurer d’expressions triviales qui, depuis sa chute au rang de patois, s’étaient introduites dans le langage populaire et jetaient sur certaines œuvres une note discordante. Il se proposa, par une réforme savante et intelligente, d’empêcher le triomphe de ceux qui prétendaient que le provençal était impropre à rendre des idées complexes et des sentiments élevés. Après avoir publié les Oubretto, li Margarideto et li Sounjarello, ce fut dans la Par daù bon Dieù et, plus tard, dans la Campano mountado qu’il fit les premiers essais de sa réforme orthographique. Son œuvre est saine, morale, pleine d’enseignements. Il reste clair, tout en cherchant à préserver sa phrase de certains termes trop prosaïques ou susceptibles d’équivoque. Il a, de Bellot et de Bénédit, la bonhomie et la franche gaieté, éléments de leur succès auprès des masses populaires, pour lesquelles ils écrivaient et qui les comprirent si bien.

Dans Se n’en fasian un avoucat, Roumanille dépeint sous leurs vraies couleurs les hésitations de braves paysans cherchant une carrière pour leur enfant, qu’ils voudraient voir arriver à une haute situation. Leur choix fait, ils donnent sans compter le fruit de leurs économies. Mais ils sont punis dans leur vanité. Leur fils s’amuse à Paris, au lieu de suivre les cours de l’école de droit; il dépense en folies l’argent si péniblement amassé par ses parents qui, à bout de ressources, tombent dans la misère. La mère meurt, le père, vieux et infirme, va de porte en porte mendier son pain. Le dernier vers exprime la morale de cette histoire:

Aubourès pas lou fièù au dessus de soun paire.

  Roumanille. [↔]

Le succès local qu’obtint Roumanille devait s’étendre peu à peu et devenir ainsi le point de départ d’une école dont il fut le fondateur[31]. Autour d’elle se groupe bientôt toute une pléiade de poètes provençaux: le Félibrige était né. On a beaucoup employé, pour caractériser cet événement, l’expression de «renaissance de la langue provençale». Il y a là, évidemment, un peu d’exagération. Si la production des divers genres de poésie a pu se ralentir à certains moments, il est cependant difficile d’admettre que les œuvres de Goudouli, de La Bellodière, de Gros, de Germain, de Raynouard, de Fabre d’Olivet, de Moquin-Tandon, d’Azaïs, de La Fare-Alais, de Bellot, de Bénédit et de tant d’autres, qui ont précédé Roumanille et le Félibrige, n’aient pas formé une chaîne ininterrompue jusqu’à la fondation de cette société. Elles sont assez remarquables pour qu’il y ait injustice à contester la place glorieusement intermédiaire occupée par ces hommes, dont les Félibres ne sont que les continuateurs. La seule différence appréciable entre eux et ces derniers, c’est qu’après les premières années de tâtonnements les Félibres se sont constitués en société, avec un règlement, des statuts, un programme défini et les aspirations légitimes que suggère la force décuplée par l’union. Leurs prédécesseurs n’agissaient, eux, que pour leur compte particulier; l’isolement, qui ne diminuait rien de leur mérite, l’empêchait de fructifier. Ils étaient privés des avantages de l’association, qui fut un des éléments de succès du Félibrige. Somme toute, ce sont les idées de Roumanille sur la langue provençale que les Félibres ont développées, propagées dans tout le Midi, alors qu’elles n’avaient été jusque-là que localisées, et soutenues par lui seul.

Nous avons assez fait connaître les précurseurs plus ou moins éloignés des Félibres; il convient maintenant d’énumérer ceux qui les précédèrent immédiatement. Tels: Victor Gelu, le chansonnier marseillais, auteur de Meste Ancerro et de lou Garagai; Bergeret, de Bordeaux; Rancher, de Nice; Navarrot, du Béarn; Damase-Arbaud, de la haute Provence; les frères Rigaud, de Montpellier; Roch-Bourguet, de Béziers; Castil-Blaze, de Cavaillon, etc., etc. Ainsi, voilà une nouvelle pléiade qui s’ajoute à l’ancienne pour combler toutes les lacunes et démontrer que le Félibrige ne naquit pas spontanément, mais fut le résultat naturel d’un état littéraire et social dès longtemps préexistant.

Les populations méridionales l’acceptèrent comme un événement pour ainsi dire prévu. Ceci explique la faveur dont il jouit auprès d’un public qui, depuis Gros (pour ne pas remonter plus haut) jusqu’à Roumanille, n’avait cessé d’être bercé aux sons de la poésie provençale.

Aubanel. [↔]

Les premières réunions des Félibres eurent lieu à Fonségugne, en 1854. Y assistaient: Roumanille, Paul Giera, Théodore Aubanel, Jean Brunet, Anselme Mathieu, Frédéric Mistral et Alphonse Tavan; soit sept en tout. Ce nombre sept fut adopté par eux comme un nombre fatidique. Il rappelait d’abord les sept fondateurs des Jeux floraux de Toulouse; c’est également le nombre sept qui semble dominer sur Avignon, la capitale du Félibrige. On y trouvait en effet sept églises principales, sept portes, sept collèges, sept hôpitaux, sept échevins; sept papes y sont siégé, sept fois dix ans[32]. Enfin, la première Félibrée ayant été tenue, le 21 mai 1854, jour de la Sainte-Estelle[33], ce fut sous son vocable que la société se fonda, adoptant l’étoile symbolique à sept rayons comme guide et emblème des destinées du Félibrige. Dans les réunions qui suivirent, on décida de lancer dans le public un ouvrage de propagande, pour faire connaître l’organisation récente et lui assurer les moyens pratiques de réaliser son programme. En 1855, parut donc l’Armana prouvençaù, qui fut ainsi le premier organe du Félibrige, et dont le succès ininterrompu va toujours grandissant. C’est une véritable anthologie poétique provençale en même temps qu’une sorte d’encyclopédie des familles. On y trouve en effet des poèmes d’un grand mérite, suivis de toutes sortes de conseils aux agriculteurs, des recettes de tous genres, des proverbes, et nombre d’indications aussi instructives qu’amusantes.

A partir de 1859, le rayon d’action de l’Armana prouvençaù s’agrandit singulièrement. D’abord localisé dans la Provence, il se répandit peu à peu dans toutes les anciennes provinces du Midi. Le nombre des Félibres augmentait chaque jour; parmi les nouvelles recrues, on remarquait Mme d’Arbaud, Bonaventure Laurent, Anthemon, Martelly, Legré, Thouron, Charles Poncy, Roumieux, Gabriel Azaïs, Canonge, Floret, Gaidon. Mistral, qui s’était mis hors de pair par son beau poème la Communioun di sant et d’autres poésies où son mérite s’affirmait de plus en plus, produisit en 1859 une œuvre géniale: Mireille.

Mireille. [↔]

Tout a été dit sur Mireille, qui, traduite en français, recueillit les suffrages des littérateurs du Nord et fut pour Paris et les hommes de lettres la révélation la plus inattendue des beautés de la langue provençale. Ce qui fit dire à Villemain: «La France est assez riche pour avoir deux littératures.» Mireille est un des plus beaux joyaux de l’écrin littéraire de la Provence; c’est un diamant que l’habile lapidaire qu’est Mistral tailla avec un rare bonheur, et qu’il sertit dans l’or le plus pur et le plus artistement ciselé. Transportée sur la scène de l’Opéra-Comique, ce fut un triomphe. La musique si mélodieuse de Gounod fut le coup d’aile donné à la poésie du maître, et les auditeurs furent saisis d’une admiration que le temps n’a pas diminuée.

Il semblait difficile qu’une gloire si éclatante pût être partagée. Mais le succès engendre l’émulation, source intarissable de génie et de chefs-d’œuvre. En plaçant Théodore Aubanel à côté de Mistral, le Félibrige honore les deux plus hautes personnalités que cette société ait vues naître dans son sein. Les vers de Théodore Aubanel, pleins d’ampleur et de passion, le classent parmi les grands poètes.

Tout le monde connaît sa Miougrano entreduberto et ses Fiho d’Avignoun, lou Pan daù pécat (traduit en français par Paul Arène), lou Pastre, lou Roubatâri, la Vénus d’Arles et bien d’autres pièces, toutes dignes de celui qui les a signées.

Avec Louis Roumieux, de Nîmes, nous entrons dans la série des auteurs gais. La Rampelado et surtout la Jarjaiado, un chef-d’œuvre dans son genre, sont animées d’un bout à l’autre d’une franche gaîté. Dans la Falandoulo, Anselme Mathieu, dit le poète deis poutouns, fait de vers en vers voltiger les baisers. Mme d’Arbaud paye son tribut au Félibrige par la publication de Amours de Ribas. Enfin, les Belugos font regretter à tous les amateurs de littérature provençale la mort prématurée d’Antoinette Rivière, de Beaucaire, dont le talent venait de s’affirmer dans ce recueil de poésies.

Mistral. [↔]

Toutes ces œuvres publiées, propagées, discutées, admirées ou critiquées, forcèrent l’attention des lettrés. Il n’est pas jusqu’aux étrangers qui ne fussent attirés et séduits.

C’est ainsi que les Catalans, qui avaient rétabli les jeux floraux, dépêchent leur premier lauréat, Damaso Calvet, au Félibrige, pour l’assurer de leur concours. C’est un Irlandais, William Bonaparte Wyse, qui s’enthousiasme pour le provençal, l’apprend avec une ardeur surprenante et publie dans cette langue deux charmants recueils: li Parpaioun blu et li Piado de la princesso.

L’année 1867 fut marquée par l’apparition de Calandau, de F. Mistral. Il y revendique toutes les anciennes libertés de la Provence. Comme dans la Countesso, il établit un parallèle entre la situation politique et économique de cette province sous la juridiction de ses comtes, et l’état où elle se trouve aujourd’hui. Ce n’est pas sans amertume et sans regret qu’il constate la perte de ses libertés publiques, de ses franchises, de ses droits, la proscription de sa langue. Telle est l’origine du reproche qu’on lui a souvent adressé, de vouloir semer la désunion dans les esprits, en réclamant des libertés locales dont la disparition dans toutes les provinces a été un mal nécessaire pour l’unification politique et linguistique de la France. On a poussé la malveillance à l’extrême lorsqu’on lui a attribué des idées de séparatisme, qui certainement n’ont jamais existé dans son esprit. Nous ne reviendrons pas sur ces incidents fâcheux. Mistral, d’ailleurs, a fait justice de toutes ces attaques et de toutes ces insinuations[34]. Dans l’Ode aux Catalans, une seule ligne suffit à le laver de ces calomnies:

Siou de la grando Franço e ni court ni coustie[35].

Qui pourrait mettre en doute ses sentiments largement patriotiques en lisant les vers qu’il composa en 1870 sur l’invasion: lou Saume de la penitenci, et, en 1871, lou Roucas de Sisife? Son Tambour d’Arcole n’est-il pas encore une page glorieuse et bien française, quoique le héros en soit un enfant de la Provence?

D’ailleurs, ce que Mistral voulait, ce qu’il veut encore aujourd’hui, avec la grande majorité des populations de nos départements, du nord au sud, de l’est à l’ouest, c’est une décentralisation sage et éclairée, c’est la protection du gouvernement accordée aux mœurs, aux usages, aux aspirations différentes de nos anciennes provinces, et aux idiomes locaux. C’est l’enseignement de ces idiomes repris d’après une méthode simple et pratique, qui permettrait à nos jeunes générations de ne pas oublier la langue maternelle, la langue du terroir, sans pour cela nuire en aucune façon à l’enseignement du français[36]. On peut désirer ces améliorations sans mériter l’épithète de mauvais patriote, on peut garder un souvenir affectueux pour sa ville natale sans renier l’amour de la patrie. Nous irons même plus loin et nous prouverons que les gens indifférents ou railleurs à l’égard des lieux qui les ont vus naître ne sont pas de bons Français. La France n’est la France que par la réunion en un seul faisceau de toutes ses anciennes provinces, et celui qui n’aime pas la petite patrie est incapable d’aimer la grande. Jamais on ne trouvera un traître à la nation parmi ceux qui ont conservé intact le souvenir de leur village. Ce sont ces idées qui ont inspiré à Félix Gras la déclaration si souvent répétée et qui a fait le tour de la presse:

Ame moun vilage mai que toun vilage;
Ame ma Prouvenço mai que ta provinço;
Ame la France mai que tout[37].
Avignon: les Remparts. [↔]

Assurément, il faut compter avec les passions politiques, si ardentes dans le Midi quant à la forme du gouvernement. Mais il y a une chose sacrée qui domine toute étiquette gouvernementale, c’est la patrie, c’est la France. Et sur ce point, ce n’est pas chez les Félibres qu’il y aura jamais désaccord. D’ailleurs, cette tendance à leur prêter des sentiments qu’ils n’ont jamais eus n’émane que de quelques cerveaux malveillants, désireux de voir régner parmi eux la discorde et charmés d’en pronostiquer les symptômes. Leur conduite en maintes circonstances a prouvé d’une manière éclatante combien ils sont au-dessus d’une accusation qu’on aurait voulu injurieuse et qui n’était qu’absurde. L’opinion publique a fait justice d’une calomnie qui a tourné au grotesque, et les diffamateurs ont dû disparaître sous le blâme des esprits sensés et la risée générale.

Malgré la campagne entreprise contre son existence, le Félibrige vit, au contraire, les adhésions lui arriver aussi nombreuses que précieuses, sans distinction d’opinions politiques ou de fortune, de toutes les anciennes provinces du Midi.

En 1876, il entra dans une nouvelle période, que l’on pourrait appeler la période d’affirmation. Cette année-là tient une place à part dans ses annales par la proclamation des statuts. Ils furent votés le 21 mai 1876, à Avignon, dans la salle des Templiers de l’Hôtel du Louvre. Nous les donnons ci-après, in extenso, parce qu’ils font partie intégrante de l’histoire du Félibrige et, partant, de la langue provençale.


STATUTS DU FÉLIBRIGE DE PROVENCE[38]


Article premier.—Le Félibrige a pour but de réunir et stimuler les hommes qui, par leurs œuvres, sauvent la langue du pays d’Oc, ainsi que les savants et les artistes qui étudient et travaillent dans l’intérêt de ce pays.

Fondée le jour de Sainte-Estelle, le 21 mai 1854, cette Association s’est constituée et organisée dans la grande Assemblée tenue en Avignon, le 21 mai 1876.

Art. 2.—Sont interdites dans les réunions félibréennes les discussions politiques et religieuses.

Art. 3.—Une étoile à sept rayons est le symbole du Félibrige, en mémoire des sept Félibres qui l’ont fondé à Fontségugne, des sept troubadours qui jadis fondèrent les Jeux floraux de Toulouse, et des sept Mainteneurs qui les ont restaurés à Barcelone, en 1859.

Art. 4.—Les Félibres se divisent en majoraux et mainteneurs; ils se relient par les Maintenances, qui correspondent à un grand dialecte de la langue d’Oc; les Maintenances se divisent en Ecoles.

DES FÉLIBRES MAJORAUX ET DU CONSISTOIRE

Art. 5.—Les Félibres majoraux sont choisis parmi ceux qui ont le plus contribué à la Renaissance du Gai-Savoir. Ils sont au nombre de cinquante et leur réunion porte le nom de Consistoire Félibréen; le Consistoire se renouvelle comme suit:

Art. 6.—A la mort d’un Majoral, tous les Félibres mainteneurs sont avisés par les soins du Chancelier, et ceux d’entre eux qui désirent posséder le siège vacant adressent au Consistoire, dans la quinzaine, une demande écrite où ils font valoir leurs titres.

Le bureau du Consistoire aura aussi le droit de prendre l’initiative d’une candidature, en se conformant aux conditions énoncées par l’article 12; le Chancelier fera connaître aux Majoraux, par une circulaire, les candidatures posées, et l’élection aura lieu à la majorité des voix, en séance consistoriale. Les Majoraux présents ont seuls droit de suffrage; en cas de partage, la voix du Capoulié ou celle de son remplaçant à la présidence entraîne le vote.

Art. 7.—La réception solennelle du nouvel élu aura lieu pour Sainte-Estelle, anniversaire du Félibrige. Un membre du Consistoire, à ce désigné, le complimentera publiquement, et le récipiendaire, dans sa réponse, fera l’éloge de son prédécesseur.

Art. 8.—Le Bureau du Consistoire se compose du Capoulié, des Assesseurs et des Syndics, ainsi que du Chancelier et du Vice-Chancelier.

Le Capoulié préside les assemblées générales du Félibrige, les réunions consistoriales et le Bureau du Consistoire.

Les Assesseurs remplacent le Capoulié empêché; la présidence est déférée à celui que le Capoulié désigne, et au plus âgé au cas de non-désignation.

Il y a autant d’Assesseurs que de Maintenances, et chaque Maintenance a aussi un Syndic chargé de l’administrer.

Le Chancelier garde les archives, tient la correspondance et perçoit la cotisation des Félibres majoraux. Le Vice-Chancelier le remplace au besoin.

Art. 9.—Le Bureau est élu pour trois ans dans la séance consistoriale de Sainte-Estelle. Le vote a lieu au scrutin secret. Les Majoraux absents peuvent voter par correspondance, pourvu que leurs bulletins soient signés.

Le Capoulié est nommé par les Majoraux; mais c’est lui seul qui nomme le Chancelier et le Vice-Chancelier.

Les Assesseurs et les Syndics sont nommés par les Majoraux de leur Maintenance.

Le Capoulié sortant proclame le nouveau Bureau à la réunion de Sainte-Estelle.

Art. 10.—Le Consistoire peut modifier les statuts sur la demande écrite de sept Félibres. Il peut exclure les indignes. Il peut dissoudre les Ecoles qui violent les Statuts. Il peut casser les décisions des Maintenances. Il peut se prononcer sur les questions grammaticales ou orthographiques. Pour toutes ces décisions, les deux tiers des suffrages sont nécessaires. Si le nombre des suffrages exprimés compte une voix de moins qu’un multiple de 3, le Capoulié ou son remplaçant peut donner une voix de plus; si, au contraire, le nombre des suffrages exprimés est supérieur d’une unité, il en sera tenu compte pour le calcul de la majorité.

Le Consistoire peut, à la majorité simple, nommer des Majoraux, des Associés (soci), ainsi que des délégués pour le représenter; il peut créer des Maintenances. Il règle l’emploi de ses revenus.

Les membres présents ont seuls droit de vote et, en cas de partage, la voix du Capoulié ou de son remplaçant est prépondérante.

Art. 11.—Les décisions du Consistoire doivent être signées du Capoulié ainsi que du Chancelier; elles sont contresignées par l’assesseur de la Maintenance à laquelle la décision est relative. Lorsque la décision intéresse le Félibrige entier, elle doit être contresignée par tous les assesseurs.

Art. 12.—Dans l’intervalle des sessions du Consistoire, le Bureau jouira de tous les droits consistoriaux, sauf de ceux qui concernent la modification des Statuts, le pouvoir de se prononcer sur les questions grammaticales ou orthographiques, et la nomination des Majoraux ou des auxiliaires.

L’exclusion d’un Félibre ou la dissolution d’une Ecole félibréenne ne peuvent avoir lieu qu’à la majorité des deux tiers des voix. Cette majorité doit être: 2 sur 3, 3 sur 4, 4 sur 5, 4 sur 6, 5 sur 7, 6 sur 8, 6 sur 9, 7 sur 10. S’il y a plus de 10 votants, on suivra la règle prescrite par l’article 10.

Lorsqu’un siège de Majoral est vacant, le Bureau peut poser une ou plusieurs candidatures, mais pour cela l’unanimité des suffrages exprimés est nécessaire.

Les membres du Bureau peuvent voter par écrit, et leurs bulletins seront conservés aux archives.

Art. 13.—Cependant, l’exclusion d’un membre ou la dissolution d’une Ecole ne peuvent être prononcées que provisoirement par le Bureau, qui devra soumettre sa décision au Consistoire. Le Consistoire peut annuler cette décision, pourvu que cette annulation soit prononcée par les deux tiers des suffrages exprimés.

Le Félibre coupable ou l’Ecole fautive peuvent se défendre devant le Consistoire.

Art. 14.—Le Capoulié a la direction du Félibrige; il réunit le Consistoire et son Bureau, ainsi que les Assemblées générales. Il autorise ou repousse les candidatures de Félibres Mainteneurs avant leur présentation devant l’Assemblée de la Maintenance.

Art. 15.—Dans les félibrées, le Capoulié a pour insigne l’Etoile d’or à sept rayons, et les Majoraux, la Cigale d’or.

Art. 16.—Chaque cigale recevra du Consistoire un nom particulier qu’elle gardera à perpétuité.

DES FÉLIBRES MAINTENEURS

Art. 17.—Les Félibres Mainteneurs sont en nombre illimité.

Art. 18.—Ceux qui voudront posséder ce titre devront s’adresser au Bureau de la Maintenance de laquelle dépend leur dialecte natal.

Le Bureau accepte ou repousse la demande; dans le premier cas, elle est transmise au Capoulié.

Si celui-ci donne un avis favorable, la demande est de nouveau soumise à la réunion de la Maintenance qui se prononce en dernier ressort.

Art. 19.—La Maintenance, dès qu’elle a ouvert sa réunion, statue sur les demandes d’admission. Un délégué va aussitôt chercher les nouveaux élus, qui prennent place à table à côté du Syndic.

Art. 20.—Dans les réunions félibréennes, les Mainteneurs portent comme insigne une Pervenche d’argent.

DES MAINTENANCES

Art. 21.—On entend par Maintenance la réunion des Félibres d’un grand dialecte de notre langue d’Oc.

Art. 22.—Le Bureau de la Maintenance se compose du Syndic, de deux ou trois Vice-Syndics, des Cabiscols de la Maintenance, et d’un Secrétaire.

Le Syndic préside les assemblées de la Maintenance. En cas d’empêchement, il est remplacé par le Vice-Syndic qu’il désigne, et, à défaut de désignation, par le plus âgé.

Les Cabiscols administrent les Ecoles; le Secrétaire tient les archives et la correspondance. Il perçoit les cotisations des Félibres Mainteneurs.

Art. 23.—Le Bureau de la Maintenance est élu pour trois ans.

Le Syndic est nommé comme il est dit à l’article 9.

Les Vice-Syndics et le Secrétaire sont nommés par les Félibres de la Maintenance.

Les Cabiscols sont élus par les Ecoles conformément à l’article 30.

Art. 24.—La Maintenance peut créer des Ecoles en se conformant aux articles 28 et 29. Elle nomme les Félibres Mainteneurs, conformément à l’article 18. Elle peut célébrer des fêtes littéraires ou artistiques, ainsi que des Jeux Floraux, soit d’elle-même, soit en se concertant avec des Sociétés ou avec des villes. Elle règle la disposition de ses revenus.

Les Félibres présents aux réunions de Maintenance ont seuls droit de vote.

Enfin, les Majoraux qui ne font pas partie du Bureau de la Maintenance n’ont pas le droit de voter sur les dépenses.

Art. 25.—Dans l’intervalle des réunions, le Bureau a tous les droits de l’Assemblée de Maintenance, excepté celui de nommer des Félibres Mainteneurs; il a le droit de poser des candidatures au titre de Mainteneur; mais, en ce cas, l’unanimité des voix est nécessaire. Les membres du Bureau peuvent voter par écrit, et leurs bulletins de vote sont conservés aux archives.

Art. 26.—Le Syndic administre la Maintenance; il en réunit les assemblées ainsi que celles du Bureau. Enfin, chaque année, dans la réunion générale de Sainte-Estelle, il fait un rapport sur les travaux effectués.

Art. 27.—Dans les Assemblées de Maintenance, le Syndic porte une Etoile d’argent à sept rayons.

DES ÉCOLES

Art. 28.—L’Ecole est la réunion des Félibres d’une même région. Elle a pour but l’émulation, l’enseignement des uns aux autres ou la collaboration à des travaux communs.

L’Ecole est constituée par décision de Maintenance sur la demande de sept Félibres habitant le même centre.

Art. 29.—Les Félibres qui veulent créer une Ecole font eux-mêmes leur règlement, tout en se conformant à l’esprit des Statuts et à l’obligation prescrite par l’article 7; ils le transmettent par écrit en même temps que leur demande au Bureau de la Maintenance, et ne peuvent, sans l’autorisation de celle-ci, modifier leur règlement.

Art. 30.—L’Ecole élit elle-même son Bureau, dont le Président porte le nom de Cabiscol et fait partie du Bureau de la Maintenance, comme il est dit à l’article 22.

Chaque année, à la réunion de la Maintenance, le Cabiscol fait un rapport sur les travaux et les progrès de son Ecole.

Art. 31.—L’Ecole peut être autorisée à s’agréger comme aides (adjudaires) les personnes de bonne volonté qui ne sont pas affiliées au Félibrige.

DES ASSEMBLÉES

Art. 32.—Le Félibrige doit tenir, tous les sept ans, une Assemblée plénière où sont distribuées les récompenses (ii Joio) des grands Jeux Floraux félibréens institués par l’article 46 des Statuts. Cette assemblée sera publique. Elle se tiendra dans chaque Maintenance à tour de rôle, et, à moins d’empêchement reconnu sérieux par le Bureau du Consistoire, elle aura lieu pour Sainte-Estelle, c’est-à-dire le 21 mai.

Art. 33.—Une Réunion générale du Félibrige aura lieu tous les ans, le 21 mai, dans la ville désignée par le Bureau du Consistoire. Celui-ci, cependant, peut en changer la date, l’année où a lieu l’Assemblée plénière.

Dans la Réunion générale, qui aura lieu à table, on traitera des choses intéressant le Félibrige, et on célébrera, en buvant à la Coupe, le saint anniversaire de notre renaissance.

Art. 34.—Le Consistoire tiendra, une fois par an au moins, une réunion particulière. Elle aura lieu le 20 mai dans la ville choisie pour la célébration de la fête de Sainte-Estelle.

Le Bureau du Consistoire se réunit à l’endroit désigné par le Capoulié et chaque fois que celui-ci le croit utile.

Art. 35.—Le Capoulié a le droit de convoquer, s’il le faut, d’autres Réunions générales et d’autres réunions du Consistoire que celles indiquées par les articles précédents. Mais ces assemblées ne peuvent s’occuper que des questions pour lesquelles elles sont convoquées.

Art. 36.—Chaque Maintenance tient, une fois par an, une assemblée qui se réunit en septembre ou octobre dans la ville désignée par son Bureau. Cette réunion n’est pas publique et se tient à table. On y traite les affaires spéciales à la Maintenance.

Le Syndic peut convoquer, s’il le juge nécessaire, d’autres Assemblées de Maintenance. Il réunit le Bureau de la Maintenance quand il le croit utile, il choisit de même le jour et le lieu de la réunion.

Art. 37.—Enfin, les Ecoles choisissent elles-mêmes, à leur gré, leurs jours de réunion. Les membres des Ecoles doivent félibréjer (félibreja), c’est-à-dire se réunir de temps à autre à table pour se communiquer leurs créations nouvelles et s’encourager à la propagation du Félibrige. Ces réunions se nomment Félibrées et sont de tradition dans le monde félibréen.

DE LA COTISATION

Art. 38.—La cotisation de chaque Félibre est de 10 francs par an. Les Majoraux paient la leur entre les mains du Chancelier. Les Mainteneurs l’acquittent entre celles du Secrétaire de leur Maintenance.

Art. 39.—Il est prélevé sur chaque cotisation de Mainteneur une dîme de 2 francs au profit du Consistoire.

Art. 40.—Les revenus du Consistoire sont employés aux dépenses de l’administration, et spécialement à la publication d’un Cartabeù annuel où seront insérés les comptes rendus des réunions générales du Félibrige, du Consistoire et des Maintenances, les rapports du Syndic au Consistoire, ceux des Cabiscols aux Maintenances, et la liste des membres de l’Association. Le Cartabeù sera envoyé gratuitement à tous les Félibres.

Art. 41.—Chaque Félibre recevra aussi du Consistoire un diplôme en règle, signé et scellé par les Membres du Bureau.

Art. 42.—Les revenus des Maintenances sont d’abord affectés aux frais de gestion, ensuite à l’organisation des Jeux Floraux, enfin à subventionner les Ecoles qui font des publications.

Les subventions données pourront représenter autant d’abonnements auxdites publications qu’il y a de Félibres dans la Maintenance, de telle sorte que les Félibres recevront celles-ci gratuitement.

Des subventions pourront aussi être fournies sans aucune espèce de compensation.

Art. 43.—Les Ecoles font ce qu’elles veulent des revenus qu’elles peuvent avoir. Mais elles ne peuvent imposer de cotisations qu’à leurs membres auxiliaires (adjudaires) qui ne sont pas du Félibrige.

Art. 44.—Le Chancelier paie sur mandat du Capoulié; les Secrétaires, sur mandat du Syndic de la Maintenance.

DES JEUX FLORAUX

Art. 45.—Les concours littéraires que nous appelons Jeux Floraux sont de deux sortes:

Les Grands Jeux Floraux du Félibrige et les Jeux Floraux de Maintenance.

Art. 46.—Les Jeux Floraux du Félibrige ont lieu tous les sept ans pour Sainte-Estelle. Le Consistoire entier forme le Jury.

Seuls peuvent concourir les écrivains en langue d’Oc. Trois récompenses au plus sont mises au concours.

La première est réservée au Gai-Savoir; c’est le Capoulié lui-même, en Assemblée plénière, qui proclame le nom du lauréat.

Le lauréat devra choisir lui-même la Reine de la fête, et celle-ci, devant tous, lui mettra sur la tête la couronne d’olivier en argent, insigne des maîtres en Gai-Savoir.

Art. 47.—Les Jeux Floraux de Maintenance sont ouverts par les Maintenances, par les Ecoles, par les Villes, par les Sociétés. Dans ce cas, le Syndic de la Maintenance où ont lieu les concours les déclare Jeux Floraux par une décision qui devra être lue avant l’appel des lauréats, et désigne le Jury, qui se composera de sept Félibres, parmi lesquels il doit y avoir au moins un Majoral.

Art. 48.—Le titre de Maître en Gai-Savoir est donné par le Consistoire à toute personne qui aura obtenu le premier prix des Grands Jeux Floraux du Félibrige ou trois premiers prix à des Jeux Floraux de Maintenance. Les seconds ou troisièmes prix des Jeux Floraux du Félibrige compteront comme des premiers prix de Maintenance.

Les Maîtres en Gai-Savoir reçoivent une couronne d’olivier en argent.

Art. 49.—Enfin, le Consistoire peut accorder par diplôme le titre d’Associé du Félibrige aux personnes qui, étrangères au pays d’Oc, ont bien mérité du Félibrige par leurs écrits ou par leurs actes.

Les associés ont le droit d’assister aux assemblées générales ou plénières.

Fait et délibéré en ville d’Avignon,
le 21 mai 1876, jour de Sainte-Estelle.

Le Président,
Fr. Mistral.

Le Chancelier,
L. Roumieux.

La Société fut reconnue par le Gouvernement de la République et, le 14 avril 1877, le Ministre de l’Intérieur avisait Fr. Mistral de cette décision par la lettre suivante:

A Monsieur Fr. Mistral, à Maillane (Bouches du-Rhône).

MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR   Paris, le 14 avril 1877.


DIRECTION GÉNÉRALE
DE LA
SURETÉ PUBLIQUE

 
2me Bureau Monsieur,  

J’ai reçu la demande que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser au nom d’un groupe de littérateurs et d’artistes méridionaux, à l’effet d’obtenir l’autorisation d’organiser, sous le nom de Félibrige, une association littéraire destinée à relier et à encourager les lettrés et les savants dont les travaux ont pour but la culture et la conservation de la langue provençale.

Je suis heureux de pouvoir vous informer, Monsieur, que cette demande m’a paru mériter le plus favorable accueil et que je me suis empressé d’écrire dans ce sens à M. le Préfet des Bouches-du-Rhône en l’invitant à prendre un arrêté autorisant la constitution régulière de l’Association du Félibrige.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.

Le Président du Conseil,
Ministre de l’Intérieur

(Pour le Ministre et par délégation),
Le Directeur de la Sûreté Générale,
De Boislisle.

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