[68] Voyez mes notes, tome XXVI, pages 311 et 318. B.

[69] Ceci a été écrit en 1750.—Cette note se trouve dans les éditions de 1768, in-8º, et de 1769, in-4º; c’est dans l’édition de 1752 du Siècle de Louis XIV qu’avait été ajoutée l’anecdote du pêcheur. Le personnage très digne de foi, dont parle Voltaire, est Riousse, ancien commissaire des guerres à Cannes: voyez, ci-après, le Supplément au Siècle de Louis XIV, première partie. B.

[70] Les comptes qui le prouvent étaient à Vaux, aujourd’hui Villars, en 1718, et doivent y être encore. M. le duc de Villars, fils du maréchal, confirme ce fait. Il est moins singulier qu’on ne pense. Vous voyez, dans les Mémoires de l’abbé de Choisi, que le marquis de Louvois lui disait, en lui parlant de Meudon: «Je suis sur le quatorzième million.»

[71] Dans l’édition de 1768 du Siècle de Louis XIV, Voltaire disait: «Le plus ardent et le plus implacable de ses persécuteurs était le chef de ses juges, le chancelier Michel Le Tellier.» Cette phrase fut reproduite en 1769, dans l’édition in-4º; mais Voltaire signala son erreur, en 1770, dans l’article Ana des Questions sur l’Encyclopédie (voyez tome XXVI, page 319), et la corrigea dans l’édition de 1775. B.

[72] Voyez ma note, tome XIX, page 79. B.

[73] J’ai retrouvé depuis cette même particularité dans Saint-Évremond.

[74] Voyez les Mémoires de Gourville.

[75] Racine assure, dans ses Fragments historiques, que le roi dit chez mademoiselle de La Vallière: «S’il avait été condamné à mort, je l’aurais laissé mourir.» S’il prononça ces paroles, on ne peut les excuser: elles paraissent trop dures et trop ridicules.

[76] M. Delort, dans son Histoire de la détention des philosophes, etc., 1829, in-8º, dit, tome Iᵉʳ, page 52, que Fouquet mourut à Pignerol le 23 mars 1680. Voyez aussi ma note, tome XXVI, page 319. B.

[77] Voyez Gui Patin et les Mémoires du temps.—Voici ce que Gui Patin écrivait le 7 février 1662: «La chambre de justice a donné un arrêt considérable contre un partisan nommé Boislève, ci-devant intendant des finances; on avait saisi ses beaux meubles, et on avait avis d’une bonne somme d’argent qui lui appartenait. Un sien frère, ci-devant conseiller de la cour, aujourd’hui évèque d’Avranches, et, de plus, grand fourbe, est intervenu prétendant revendiquer lesdits meubles, et l’argent aussi, comme s’ils lui appartenaient; il en a fait un serment, dont la fausseté fut aussitôt découverte par M. Talon; ensuite de quoi les meubles et l’argent furent trouvés, et déclarés bien saisis, et l’évêque condamné à une amende de douze mille livres parisis.» La livre parisis valait une livre cinq sous tournois. B.

[78] Le vrai nom est Du Plessis Bellière ou Belière. B.

[79] Voyez tome XXXVI, page 384. B.

[80] Non dans la Place Royale, comme le dit l’Histoire de La Hode, sous le nom de La Martinière.

[81] Mort en 1680. B.

[82] Voyez tome XXXVIII, page 435. B.

[83] Dans la Vie de Molière: voyez tome XXXVIII, page 431. B.

[84] Ces vers sont déjà cités dans les Anecdotes imprimées en 1748: voyez tome XXXIX, page 7. B.

[85] Voyez ma note, tome XVI, page 35. B.

[86] Voyez tome XXII, page 277. B.

[87] Ces profusions faites avec l’argent du peuple étaient une véritable injustice, et certes un beaucoup plus grand péché, excepté aux yeux des jésuites, que ceux qu’il pouvait commettre avec ses maîtresses. Cette foule de charges inutiles, d’abus de tout genre, a fait un mal plus durable. Une grande partie de ces abus a subsisté long-temps, et subsiste même encore, quoique aucun des princes qui lui ont succédé n’ait hérité de son goût pour le faste. K.

[88] Une Liste de quelques gens de lettres français vivants en 1662, composée, par ordre de M. Colbert, par M. Chapelain, a été imprimée, en 1726, dans le tome second des Mémoires de littérature, par le P. Desmolets; et la même année, dans les Mélanges de littérature de Chapelain. Un Mémoire des gens de lettres célèbres en France, par M. Costar, est aussi imprimé dans le tome second des Mémoires de Desmolets; c’est là que Chapelain est appelé: «Le premier poëte du monde pour l’héroïque.» M. Peignot a publié des Documents authentiques et détails curieux sur les dépenses de Louis XIV, en bâtiments et châteaux royaux, en gratifications et pensions accordées aux savants, gens de lettres et artistes, depuis 1663, etc., etc. Paris, 1827, in-8º. B.

[89] Boileau Despréaux n’est sur aucune liste de gratifications et pensions avant 1674; il reçut alors 2000 fr. Racine et Quinault touchaient alors chacun 800 fr. Racine n’avait eu que 600 fr. en 1663, en même temps que l’on donnait 3000 fr. à Chapelain. Les libéralités du roi s’étendaient aussi dans les pays étrangers. «A l’égard de celles qui se distribuaient à Paris, dit Charles Perrault, elles se portèrent, la première année, chez tous les gratifiés par le commis du trésorier des bâtiments, dans des bourses de soie d’or, les plus propres du monde; la seconde année, dans des bourses de cuir. Comme toutes choses ne peuvent pas demeurer au même état, et vont naturellement en dépérissant, les années suivantes il fallut aller recevoir soi-même les pensions chez le trésorier, en monnaie ordinaire. Les années bientôt eurent quinze et seize mois; et, quand on déclara la guerre à l’Espagne, une grande partie de ces gratifications s’amortirent.» B.

[90] Le 17 avril. Il venait d’être reçu à l’académie française. Bussi sortit de la Bastille le 16 mai 1666, pour aller rétablir sa santé chez un maître chirurgien, mais sous la promesse de revenir à la Bastille dès qu’il serait rétabli. Cependant, le 10 août, il obtint de se retirer en Bourgogne. B.

[91] Le bec amoureux était celui de mademoiselle de La Vallière. B.

[92] Voyez page 128. B.

[93] Voltaire lui a donné place dans le chapitre XIII de l’Ingénu: voyez tome XXXIII, page 440. B.

[94] Lauzun avait d’abord été connu sous le nom de marquis de Puyguilhem. On lit Pégulin et Péguilin dans la lettre de Gui Patin, du 21 décembre 1671. B.

[95] La lettre du roi, contresignée Le Tellier, et qui annonce au gouverneur de Pignerol qu’on lui envoie Lauzun, est du 25 novembre 1671. B.

[96] L’origine de cette imputation, qu’on trouve dans tant d’historiens, vient du Ségraisiana. C’est un recueil posthume de quelques conversations de Ségrais, presque toutes falsifiées. Il est plein de contradictions; et l’on sait qu’aucun de ces ana ne mérite de créance.

[97] On a imprimé, à la fin de ses Mémoires, une Histoire des amours de Mademoiselle et de M. de Lauzun. C’est l’ouvrage de quelque valet de chambre. On y a joint des vers dignes de l’histoire et de toutes les inepties qu’on était en possession d’imprimer en Hollande.

On doit mettre au même rang la plupart des contes qui se trouvent dans les Mémoires de madame de Maintenon, faits par le nommé La Beaumelle: il y est dit qu’en 1681 un des ministres du duc de Lorraine vint, déguisé en mendiant, se présenter dans une église à Mademoiselle, lui montra une paire d’heures sur lesquelles il était écrit: «De la part du duc de Lorraine;» et qu’ensuite il négocia avec elle pour l’engager à déclarer le duc son héritier (tome II, page 204). Cette fable est prise de l’aventure vraie ou fausse de la reine Clotilde. Mademoiselle n’en parle point dans ses Mémoires, où elle n’omet pas les petits faits. Le duc de Lorraine n’avait aucun droit à la succession de Mademoiselle; de plus elle avait fait, en 1679, le duc du Maine et le comte de Toulouse ses héritiers.

L’auteur de ces misérables Mémoires dit, page 207, que «le duc de Lauzun, à son retour, ne vit dans Mademoiselle qu’une fille brûlante d’un amour impur.» Elle était sa femme, et il l’avoue. Il est difficile d’écrire plus d’impostures dans un style plus indécent.

[98] Lauzun est mort le 19 novembre 1723, à quatre-vingt-dix ans. B.

[99] Voyez l’Histoire de Madame Henriette d’Angleterre, par madame la comtesse de La Fayette, page 171, édition de 1742.

[100] Des fragments de diamant et de verre pourraient, par leurs pointes, percer une tunique des entrailles, et la déchirer: mais aussi on ne pourrait les avaler, et on serait averti tout d’un coup du danger par l’excoriation du palais et du gosier. La poudre impalpable ne peut nuire. Les médecins qui ont rangé le diamant au nombre des poisons auraient dû distinguer le diamant réduit en poudre impalpable du diamant grossièrement pilé.—Voyez tome XXIX, page 93. B.

[101] Acte IV, scène 4. B.

[102] Dans un recueil de pièces extraites du porte-feuille de M. Duclos, et imprimées en 1781, on trouve qu’un maître d’hôtel de Monsieur, nommé Morel, avait commis ce crime; qu’il en fut soupçonné; que Louis XIV le fit amener devant lui; que l’ayant menacé de le livrer à la rigueur des lois s’il ne disait pas la vérité, et lui ayant promis la liberté et la vie s’il avouait tout, Morel avoua son crime; que le roi lui ayant demandé si Monsieur était instruit de cet horrible complot, Morel lui répondit: «Non, il n’y aurait point consenti.» M. de Voltaire était instruit de cette anecdote; mais il n’a jamais voulu paraître croire à aucun empoisonnement, à moins qu’il ne fût absolument impossible d’en nier la réalité. Dans le même ouvrage que nous venons de citer, on donne pour garant de cette anecdote mademoiselle de La Chausseraie, amie subalterne de madame de Maintenon. On a demandé comment, quarante ans après cet événement, Louis XIV aurait confié des détails si affligeants à se rappeler, à une personne qui n’avait et ne pouvait avoir avec lui aucune liaison intime. Mais mademoiselle de La Chausseraie expliquait elle-même cette difficulté. Elle racontait que se trouvant seule avec le roi chez madame de Maintenon, qui était sortie pour quelques moments, Louis XIV laissa échapper des plaintes sur les malheurs où il s’était vu condamné; elle attribuait ces plaintes aux revers de la guerre de la succession, et cherchait à le consoler. «Non, dit le roi, c’est dans ma jeunesse, c’est au milieu de mes succès que j’ai éprouvé les plus grands malheurs;» et il cita la mort de Madame. Mademoiselle de La Chausseraie répondit par un lieu commun de consolation. «Ah! mademoiselle, dit le roi, ce n’est point cette mort, ce sont ses affreuses circonstances que je pleure;» et il se tut. Peu de temps après madame de Maintenon rentra; au bout de quelques moments de silence, le roi s’approcha de mademoiselle de La Chausseraie, et lui dit: «J’ai commis une indiscrétion que je me reproche; ce qui m’est échappé a pu vous donner des soupçons contre mon frère, et ils seraient injustes; je ne puis les dissiper que par une confidence entière:» et alors il lui raconta ce qu’on vient de lire. Nous avons appris ces détails d’un homme très digne de foi, qui les tient immédiatement des personnes qui avaient avec mademoiselle de La Chausseraie les relations les plus intimes. K.—Le recueil dont il est parlé dans cette note est celui de La Place, qui a pour titre: Pièces intéressantes et peu connues, pour servir à l’histoire et à la littérature, par M. D. L. P., 1781, in-12, qui a été réimprimé, et suivi de sept autres volumes dans l’édition de 1785. C’est à la page 208 du tome Iᵉʳ, que se trouve ce qui concerne Madame Henriette. B.

[103] Ce Glaser est cité comme apothicaire empoisonneur, dans une lettre du 22 juillet 1676, de madame de Sévigné à sa fille...... Je ne sais si ce Glaser avait un autre rapport que celui du nom avec Christophe Glaser, qui, après avoir quitté la Suisse, sa patrie, vint à Paris, où il fut pharmacien ordinaire de Louis XIV. Cl.

[104] L’Histoire de Louis XIV, sous le nom de La Martinière, le nomme l’abbé de La Croix. Cette histoire, fautive en tout, confond les noms, les dates, et les événements.

[105] François Gayet de Pitaval, mort en 1743: voyez, dans le présent volume, la seconde partie du Supplément au Siècle de Louis XIV. La Beaumelle prétend que l’expression avocat sans causes est un mot usé, et que Voltaire ne l’emploie que parceque Gayot de Pitaval «a donné lieu à l’ingénieux Fréron de découvrir le plagiat de: Souvent un air de vérité, etc.»: voyez la pièce de vers qui commence ainsi, tome XIV. et ma note. B.

[106] L’Histoire de Reboulet dit «que la duchesse de Bouillon fut décrétée de prise de corps, et qu’elle parut devant les juges avec tant d’amis, qu’elle n’avait rien à craindre, quand même elle eût été coupable.» Tout cela est très faux; il n’y eut point de décret de prise de corps contre elle, et alors nuls amis auraient pu la soustraire à la justice.

[107] Tome XIX, page 267. B.

[108] Selon une lettre du 27 janvier 1680, de Bussi Rabutin à La Rivière, rapportée par M. Dulaure, volume VII, page 227 de son Histoire de Paris (seconde édition), le prêtre Le Sage dit un jour la messe sur le ventre d’une fille toute nue; mais ce n’était pas pour la rendre impuissante. Cl.

[109] Chapitre XVI, tome XIX, page 483 et suiv. B.

[110] On voit, dans les Mémoires de Saint-Philippe, qu’on croyait en Espagne qu’elle avait averti Louis XIV de l’impuissance de Charles II, seul secret d’état dont cette reine infortunée pût être instruite. K.

[111] Voyez ma note, tome XIX, page 518. B.

[112] Le sonnet irrégulier de J. Hesnault, dont Voltaire cite le second quatrain, fut fait pour l’accident arrivé à mademoiselle de Guerchy, fille d’honneur de la reine, et maîtresse du duc de Vitry. Sa grossesse, dont elle fesait mystère, la mettant hors d’état d’accompagner la reine dans un voyage, mademoiselle de Guerchy eut recours à une sage-femme, nommée Constantin, qui, dans ses opérations pour la faire avorter, la blessa mortellement. Vitry envoya chercher un confesseur; et dès que le prêtre eut donné l’absolution, l’amant, pour abréger les souffrances de sa maîtresse, lui cassa la tête, puis s’enfuit en Bavière. La Constantin fut pendue en août 1660 (voyez la lettre de Gui Patin, du 12 octobre de cette année). Dans sa lettre du 22 juin 1660, Gui Patin dit: «On fait ici grand bruit de la mort de mademoiselle de Guerchy... Le curé de Saint-Eustache a refusé sépulture au corps de cette dame: on dit qu’on l’a porté dans l’hôtel de Condé, et qu’il y a été mis dans la chaux, afin de le consumer plus tôt, et qu’on n’y puisse rien reconnaître si on venait à la visite.» Vitry obtint sa grâce lorsqu’il eut négocié le mariage de Monsieur avec la princesse de Bavière. B.

[113] Les Mémoires donnés sous le nom de madame de Maintenon rapportent qu’elle dit à madame de Montespan, en parlant de ses rêves: «J’ai rêvé que nous étions sur le grand escalier de Versailles: je montais, vous descendiez: je m’élevais jusqu’aux nues, vous allâtes à Fontevrault.» Ce conte est renouvelé d’après le fameux duc d’Épernon, qui rencontra le cardinal de Richelieu sur l’escalier du Louvre, l’année 1624. Le cardinal lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau. «Non, lui dit le duc, sinon que vous montez, et je descends.» Ce conte est gâté en ajoutant que d’un escalier on s’éleva jusqu’aux nues. Il faut remarquer que dans presque tous les livres d’anecdotes, dans les ana, on attribue presque toujours à ceux qu’on fait parler des choses dites un siècle et même plusieurs siècles auparavant.

[114] Il y a plus de vingt volumes dans lesquels vous verrez que la maison d’Orléans et la maison de Condé s’indignèrent de ces propositions; vous lirez que la princesse, mère du duc de Chartres, menaça son fils; vous lirez même qu’elle le frappa. Les Anecdotes de la constitution rapportent sérieusement que le roi s’étant servi de l’abbé Dubois, sous-précepteur du duc de Chartres, pour faire réussir la négociation, cet abbé n’en vint à bout qu’avec peine, et qu’il demanda pour récompense le chapeau de cardinal. Tout ce qui regarde la cour est écrit ainsi dans beaucoup d’histoires.

[115] Ces jardins n’existent plus. B.

[116] Environ vingt mille de nos livres.

[117] Le 11 décembre 1686, comme l’a dit Voltaire, tome XIX, page 8. B.

[118] C’est au commencement du septième livre de l’Histoire de la vie et actions de Louis de Bourbon, prince de Condé, qui a eu plusieurs éditions, dont l’auteur m’est inconnu, et que la seconde édition de la Bibliothèque historique de la France, du P. Lelong (voyez ma note, tome XXX, page 200), attribue, sous le nº 24226, à Pierre Coste. L’ouvrage de P. Coste n’a que cinq livres, et est intitulé: Histoire de Louis de Bourbon, second du nom, prince de Condé, premier prince du sang, par P***, un volume in-12, qui a eu aussi plusieurs éditions. B.

[119] C’est l’Histoire du règne de Louis XIV, par Reboulet, Avignon, 1744, trois volumes in-4º. B.

[120] Et non pas le chevalier de Forbin, comme le disent les Mémoires de Choisi. On ne prend pour confidents d’un tel secret que des domestiques affidés, et des hommes attachés par leur service à la personne du roi. Il n’y eut point d’acte de célébration: on n’en fait que pour constater un état; et il ne s’agissait ici que de ce qu’on appelle un mariage de conscience. Comment peut-on rapporter qu’après la mort de l’archevêque de Paris, Harlai, en 1695, près de dix ans après le mariage, «ses laquais trouvèrent dans ses vieilles culottes l’acte de célébration?» Ce conte, qui n’est pas même fait pour des laquais, ne se trouve que dans les Mémoires de Maintenon.

[121] Madame de Maintenon, née le 27 novembre 1635, n’était que dans sa cinquante et unième année. B.

[122] Il est dit, dans les prétendus Mémoires de Maintenon, tome I, page 216, «qu’elle n’eut long-temps qu’un même lit avec la célèbre Ninon Lenclos, sur les ouï-dire de l’abbé de Châteauneuf et de l’auteur du Siècle de Louis XIV.» Mais il ne se trouve pas un mot de cette anecdote chez l’auteur du Siècle de Louis XIV, ni dans tout ce qui nous reste de M. l’abbé de Châteauneuf. L’auteur des Mémoires de Maintenon ne cite jamais qu’au hasard. Ce fait n’est rapporté que dans les Mémoires du marquis de La Fare, page 190, édition de Roterdam. C’était encore la mode de partager son lit avec ses amis; et cette mode, qui ne subsiste plus, était très ancienne, même à la cour. On voit dans l’Histoire de France que Charles IX, pour sauver le comte de La Rochefoucauld des massacres de la Saint-Barthélemi, lui proposa de coucher au Louvre dans son lit; et que le duc de Guise et le prince de Condé avaient long-temps couché ensemble.—C’est dans un morceau Sur Ninon de Lenclos, publié en 1751 (voyez tome XXXIX, page 404), que Voltaire dit que Ninon et mademoiselle d’Aubigné couchèrent ensemble quelques mois de suite. Dans une note du chant II de la Henriade, il est question de la proposition de Charles IX au comte de La Rochefoucauld. Voltaire en reparle encore dans son Essai sur les guerres civiles, imprimé dans le tome X, à la suite de la Henriade. B.

[123] On peut, par vanité, ne point vouloir être gouvernante des enfants d’un particulier, et consentir à élever ceux d’un roi; mais le mot de scrupule est absurde; il ne peut rien y avoir de contraire aux principes de la morale à se charger de l’éducation d’un enfant quel qu’il soit. Le bâtard d’un roi et celui d’un particulier sont égaux devant la conscience. Cette lettre prouve que, même avant d’être à la cour, madame de Maintenon savait parler le langage de l’hypocrisie. K.

[124] Voltaire distingue, comme on voit, les Lettres des Mémoires de madame de Maintenon, fabriqués par La Beaumelle. B.

[125] L’auteur du roman des Mémoires de madame de Maintenon lui fait dire à la vue du château Trompette: «Voilà où j’ai été élevée, etc.» Cela est évidemment faux; elle avait été élevée à Niort.

[126] Voyez les Lettres à son frère: «Je vous conjure de vivre commodément, et de manger les dix-huit mille francs de l’affaire que nous avons faite: nous en ferons d’autres.»

[127] Philippe de Valois, marquis de Villette Murcay, mort le 25 décembre 1707, à soixante et quinze ans, était fils d’Artemise d’Aubigné, qui était fille de Théodore-Agrippa d’Aubigné, et conséquemment tante de madame de Maintenon. Le marquis de Villette, cousin de cette dernière, épousa en secondes noces, après 1691, Marie-Claire-Isabelle Deschamps de Marsilly, laquelle, devenue veuve, épousa Bolingbroke. B.

[128] Le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon dit, tome IV, page 200: «Rousseau, vipère acharnée contre ses bienfaiteurs, fit des couplets satiriques contre le maréchal de Noailles.» Cela n’est pas vrai: il ne faut calomnier personne. Rousseau, très jeune alors, ne connaissait pas le premier maréchal de Noailles. Les chansons satiriques dont il parle étaient d’un gentilhomme nommé de Cabanac, qui les avouait hautement.

[129] Voyez, dans ce volume, la troisième partie du Supplément au Siècle de Louis XIV. B.

[130] Ce fait a été rapporté par le fils de l’illustre Racine, dans la Vie de son père.

[131] Qui croirait que, dans les Mémoires de madame de Maintenon, tome III, page 273, il est dit que ce ministre craignait que le roi ne l’empoisonnât? Il est bien étrange qu’on débite à Paris des horreurs si insensées, à la suite de tant de contes ridicules.

Cette sottise atroce est fondée sur un bruit populaire qui courut à la mort du marquis de Louvois. Ce ministre prenait des eaux (de Balaruc) que Séron, son médecin, lui avait ordonnées, et que La Ligerie, son chirurgien, lui fesait boire. C’est ce même La Ligerie qui a donné au public le remède qu’on nomme aujourd’hui la poudre des Chartreux. Ce La Ligerie m’a souvent dit qu’il avait averti M. de Louvois qu’il risquait sa vie s’il travaillait en prenant des eaux. Le ministre continua son travail: il mourut presque subitement le 16 juillet 1691, et non pas en 1692, comme le dit l’auteur des faux Mémoires. La Ligerie l’ouvrit, et ne trouva d’autre cause de sa mort que celle qu’il avait prédite. On s’avisa de soupçonner le médecin Séron d’avoir empoisonné une bouteille de ces eaux. Nous avons vu combien ces funestes soupçons étaient alors communs. On prétendit qu’un prince voisin (Victor-Amédée, duc de Savoie), que Louvois avait extrêmement irrité et maltraité, avait gagné le médecin Séron. On trouve une partie de ces anecdotes dans les Mémoires du marquis de La Fare, chapitre x. La famille même de Louvois fit mettre en prison un Savoyard qui frottait dans la maison; mais ce pauvre homme très innocent fut bientôt relâché. Or, si l’on soupçonna, quoique très mal à propos, un prince ennemi de la France d’avoir voulu attenter à la vie d’un ministre de Louis XIV, ce n’était pas certainement une raison pour en soupçonner Louis XIV lui-même.

Le même auteur, qui, dans les Mémoires de Maintenon, a rassemblé tant de faussetés, prétend, au même endroit, que le roi dit «qu’il avait été défait la même année de trois hommes qu’il ne pouvait souffrir, le maréchal de La Feuillade, le marquis de Seiguelai, et le marquis de Louvois.» Premièrement, M. de Seignelai ne mourut point la même année 1691, mais en 1690. En second lieu, à qui Louis XIV, qui s’exprimait toujours avec circonspection et en honnête homme, a-t-il dit des paroles si imprudentes et si odieuses? à qui a-t-il développé une ame si ingrate et si dure? à qui a-t-il pu dire qu’il était bien aise d’être défait de trois hommes qui l’avaient servi avec le plus grand zèle? Est-il permis de calomnier ainsi, sans la plus légère preuve, sans la moindre vraisemblance, la mémoire d’un roi connu pour avoir toujours parlé sagement? Tout lecteur sensé ne voit qu’avec indignation ces recueils d’impostures, dont le public est surchargé; et l’auteur des Mémoires de Maintenon mériterait d’être châtié, si le mépris dont il abuse ne le sauvait de la punition.—On a prétendu que ce médecin Séron était mort empoisonné lui-même peu de temps après, et qu’on l’avait entendu répéter plus d’une fois pendant son agonie: «Je n’ai que ce que j’ai mérité.» Ces bruits sont dénués de preuves; et si le prince qui en était l’objet eut souvent une politique artificieuse, jamais il ne fut accusé d’aucun crime particulier. Mais la crainte d’être empoisonné par l’ordre du roi, que La Beaumelle attribue à Louvois, est une véritable absurdité. Louis XIV était fatigué du caractère dur et impérieux de Louvois; et l’ascendant qu’il avait laissé prendre à ce ministre lui était devenu insupportable. L’indignation que les violences ordonnées par Louvois, et surtout le deuxième incendie du Palatinat, avaient excitée en Europe contre Louis XIV, lui avaient rendu odieux un ministre dont les conseils le fesaient haïr. On a dit aussi que Louis XIV avait promis à Louvois, confident de son mariage, de ne jamais reconnaître madame de Maintenon pour reine; qu’il eut la faiblesse de vouloir oublier sa parole, et que Louvois la lui rappela avec une fermeté et une hauteur que ni le roi ni madame de Maintenon ne purent lui pardonner. Le chagrin et l’excès du travail accélérèrent sa mort. K.

[132] Cette lettre est authentique, et l’auteur l’avait déjà vue en manuscrit avant que le fils du grand Racine l’eût fait imprimer.

[133] Voyez, dans ce volume, le Supplément au Siècle de Louis XIV, troisième partie. B.

[134] Voyez, tome XXI, le chapitre XII du Précis du Siècle de Louis XV. B.

[135] Il est dit, dans les Mémoires de Maintenon, que Racine, voyant le mauvais succès d’Esther dans le public, s’écria: «Pourquoi m’y suis-je exposé? pourquoi m’a-t-on détourné de me faire chartreux? Mille louis le consolèrent.»

1º Il est faux qu’Esther fût alors mal reçue.

2º Il est faux et impossible que Racine ait dit qu’on l’avait empêché alors de se faire chartreux, puisque sa femme vivait. L’auteur, qui a tout écrit au hasard et tout confondu, devait consulter les Mémoires sur la vie de Jean Racine par Louis Racine, son fils; il y aurait vu que Jean Racine voulait se faire chartreux avant son mariage.

3º Il est faux que le roi lui eût donné alors mille louis. Cette fausseté est encore prouvée par les mêmes Mémoires. Le roi lui fit présent d’une charge de gentilhomme ordinaire de sa chambre, en 1690, après la représentation d’Athalie, à Versailles. Ces minuties acquièrent quelque importance quand il s’agit d’un aussi grand homme que Racine. Les fausses anecdotes sur ceux qui illustrèrent le beau siècle de Louis XIV sont répétées dans tant de livres ridicules, et ces livres sont en si grand nombre, tant de lecteurs oisifs et mal instruits prennent ces contes pour des vérités, qu’on ne peut trop les prémunir contre tous ces mensonges. Et si l’on dément souvent l’auteur des Mémoires de Maintenon, c’est que jamais auteur n’a plus menti que lui.

[136] Cette phrase est de 1751, et me paraît dirigée contre Crébillon. B.

[137] Comment le marquis de La Fare peut-il dire dans ses Mémoires que «depuis la mort de Madame ce ne fut que jeu, confusion, et impolitesse?» On jouait beaucoup dans les voyages de Marli et de Fontainebleau, mais jamais chez madame de Maintenon; et la cour fut en tout temps le modèle de la plus parfaite politesse. La duchesse d’Orléans, alors duchesse de Chartres, la princesse de Conti, madame la Duchesse, démentaient bien ce que le marquis de La Fare avance. Cet homme, qui dans le commerce était de la plus grande indulgence, n’a presque écrit qu’une satire. Il était mécontent du gouvernement: il passait sa vie dans une société qui se fesait un mérite de condamner la cour; et cette société fit d’un homme très aimable un historien quelquefois injuste.

[138] Louis XV. Cette phrase existe dès 1751. B.

[139] Louis XIV allait à la chasse le jour qu’il avait perdu quelqu’un de ses enfants, a dit Voltaire: voyez tome XXXVII, page 61. B.

[140] L’auteur des Mémoires de madame de Maintenon, tome IV, dans un chapitre intitulé: Mademoiselle Chouin, dit que «Monseigneur fut amoureux d’une de ses propres sœurs, et qu’il épousa ensuite mademoiselle Chouin.» Ces contes populaires sont reconnus pour faux chez tous les honnêtes gens. Il faudrait être non seulement contemporain, mais être muni de preuves, pour avancer de telles anecdotes. Il n’y a jamais eu le moindre indice que Monseigneur eût épousé mademoiselle Chouin. Renouveler ainsi, au bout de soixante ans, des bruits de ville si vagues, si peu vraisemblables, si décriés, ce n’est point écrire l’histoire, c’est compiler au hasard des scandales pour gagner de l’argent. Sur quel fondement cet écrivain a-t-il le front d’avancer, page 244, que madame la duchesse de Bourgogne dit au prince son époux: «Si j’étais morte, auriez-vous fait le troisième tome de votre famille?» Il fait parler Louis XIV, tous les princes, tous les ministres, comme s’il les avait écoutés. On trouve peu de pages dans ces Mémoires qui ne soient remplies de ces mensonges hardis qui soulèvent tous les honnêtes gens.

[141] Le récit du marquis de Canillac ne prouve ni de près, ni de loin, l’innocence du duc d’Orléans. L.—Ce fut pour cette note que La Beaumelle fut mis à la Bastille: voyez ci-après ma Préface du Supplément. B.

[142] Voltaire a écrit Humbert. Guillaume Homberg, né à Batavia, le 3 janvier 1652, mort le 24 septembre 1715, était de l’académie des sciences, où Fontanelle a fait son Éloge. C’est du même Homberg que Voltaire parle dans ses lettres à Moussinot de juin et juillet 1737. B.

[143] L’auteur de la Vie du duc d’Orléans est le premier qui ait parlé de ces soupçons atroces: c’était un jésuite nommé La Motte, le même qui prêcha à Rouen contre ce prince pendant sa régence, et qui se réfugia ensuite en Hollande sous le nom de La Hode. Il était instruit de quelques faits publics. Il dit, tome I, page 112, que «le prince, si injustement soupçonné, demanda à se constituer prisonnier;» et ce fait est très vrai. Ce jésuite n’était pas à portée de savoir comment M. de Canillac s’opposa à cette démarche trop injurieuse à l’innocence du prince. Toutes les autres anecdotes qu’il rapporte sont fausses. Reboulet, qui l’a copié, dit après lui, page 143, tome VIII, que «le dernier enfant du duc et de la duchesse de Bourgogne fut sauvé par du contre-poison de Venise.» Il n’y a point de contre-poison de Venise qu’on donne ainsi au hasard. La médecine ne connaît point d’antidotes généraux qui puissent guérir un mal dont on ne connaît point la source. Tous les contes qu’on a répandus dans le public en ces temps malheureux ne sont qu’un amas d’erreurs populaires.

C’est une fausseté de peu de conséquence dans le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon, de dire que «le duc du Maine fut alors à l’agonie;» c’est une calomnie puérile de dire que «l’auteur du Siècle de Louis XIV accrédite ces bruits plus qu’il ne les détruit.»

Jamais l’histoire n’a été déshonorée par de plus absurdes mensonges que dans ces prétendus Mémoires. L’auteur feint de les écrire en 1753. Il s’avise d’imaginer que le duc et la duchesse de Bourgogne, et leur fils aîné, moururent de la petite-vérole; il avance cette fausseté pour se donner un prétexte de parler de l’inoculation qu’on a faite au mois de mai 1756. Ainsi, dans la même page, il se trouve qu’il parle, en 1753, de ce qui est arrivé en 1756.

La littérature a été infectée de tant de sortes d’écrits calomnieux, on a débité en Hollande tant de faux Mémoires, tant d’impostures sur le gouvernement et sur les citoyens, que c’est un devoir de précautionner les lecteurs contre cette foule de libelles.