[209]Cette occupation n’a jamais été réalisée. Lorsqu’en 1892 le colonel Monteil a passé à Bilma, l’oasis était toujours encore gouvernée par un chef Tibbou, sous la dépendance des Kel-Ouï d’Aïr.
[210]Voir Barth, Reisen, I, p. 599. La coutume d’engraisser les femmes par une nourriture appropriée est un trait de mœurs nègres, et non berbères.
[212]Ceci semble indiquer que les phénomènes diluviens de ruissellement, qui ont été si intenses dans le Sahara septentrional, n’ont pas non plus fait défaut dans le Sahara méridional. Voir plus loin une observation analogue.
[213]Il s’agit ici d’une fraction des Ifoghas, les N’Iguedadh, restée campée aux environs de son lieu d’origine Tadmekket ou Es-Souk, une des plus anciennes places de commerce du Sahara, aujourd’hui en ruines. Il est curieux de constater que ces Touareg restés en place sont de ceux qui ont gardé l’usage de la tresse berbère. (Voir plus haut, p. 157.)
[214]Taxe de protection.
[215]Cette déférence des nobles pour l’hôte du marabout est très digne de remarque. En somme, E. de Bary a eu affaire dans l’Aïr à trois sortes de pouvoirs différents :
1o Le serki-n-touraoua, représentant du sultan d’Agadès, homme peu estimé, dont le seul rôle était de percevoir la taxe des caravanes pour son maître, et qui, à l’égard du voyageur, s’est conduit en simple brigand ; le chef touareg dont il avait violé l’hospitalité lui aurait certainement fait rendre gorge, si le rusé compère n’avait quitté Agadès pour faire un tour au Soudan ;
2o Le cheikh Bilkhou, sans fonction officielle, mais qui, dans ce monde du désert, où la fonction n’est rien, et où l’ascendant personnel est tout, est devenu, en 1877, le chef le plus influent des Kel-Ouï d’Aïr ; c’est lui qui, en des circonstances critiques, les a menés à la guerre contre les Aouélimiden et les Ouled-Sliman (voir p. 127). Quant à l’amenokal ou sultan légal des Kel-Ouï, qui déjà du temps de Barth n’était que l’ombre d’un prince (« das Schattenbild eines Fürsten »), son rôle, en 1877, est tellement effacé, que de Bary ne le nomme pas une seule fois dans son journal de voyage ; c’est seulement par une de ses lettres que nous apprenons qu’il s’appelle Anastafidet et qu’il réside à Asodi (Verhandl. der Gesellsch. für Erdkunde, 1877, IV, p. 251) ;
3o Les marabouts Kel-Rhezer de Tintarhodé et de Tin-Telloust, qui semblent, en 1877, les personnages les plus influents de tout l’Aïr. C’est chez eux (p. 121) qu’on délibère, après le scandale causé par le serki-n-touraoua ; chez eux qu’on trouve le bien-être et la richesse ; ce sont eux qui, de leur propre mouvement, vont négocier la paix entre Kel-Ouï et Hoggar, et même entre Hoggar et Azdjer. Il serait imprudent de juger la situation politique actuelle d’après ce qui s’est passé il y a vingt et un ans, mais il est probable qu’une mission transsaharienne aura à compter avant tout avec ces marabouts de l’Aïr.
[216]Ce qui indique combien ces pillards invétérés attachent d’importance à rester en bons termes avec le Touât, qui est leur lieu de ravitaillement.
[217]Les Azdjer de leur côté ne faisaient pas preuve de moins d’audace. En décembre 1876, une bande d’Oraghen et d’Imanghasaten alliés s’était avancée jusqu’aux portes d’Insalah, avait attaqué une caravane de Hoggar qui en revenait avec des vivres, tué 15 hommes et enlevé 400 chameaux. Le même mois, une autre bande avait pénétré par Dider dans l’Ahaggar, enlevé 200 chameaux des Taïtoq, et tué 5 hommes, dont un frère de Sidi-eg-Guerradji. Ces 5 hommes s’étaient trouvés en face de 150 Azdjer : ils n’en furent pas moins tués. Dans ces razzias, les vainqueurs ne font pas de prisonniers. (E. de Bary, lettre adressée au président de la Soc. de Géog. de Berlin, Verhandl. der Gesellsch. für Erdkunde, 1877, IV, p. 250.)
[218]Allusion à une information recueillie par Duveyrier au sujet de cette ancienne route de Djerma à l’Aïr : « A Anaï, dit-il, la voie, avec ses anciennes ornières, est encore assez caractérisée pour que des Tébous, mes informateurs, qui en arrivaient, n’aient laissé dans mon esprit aucun doute à ce sujet. D’ailleurs, ajoutaient-ils, les anciens ont pris la peine de buriner dans le roc, sur une des berges de la voie, des tableaux représentant un convoi de chars, avec des roues, traînés par des bœufs à bosse et conduits par des hommes » (Les Touareg du Nord, p. 458.) Duveyrier en concluait que c’était la route carrossable suivie par l’armée romaine lorsqu’elle était allée de Garama à l’Agisymba. Malheureusement, la déclaration du cheikh des Ihadanaren ne permet pas de conclure d’une façon aussi nette. Les Tébous sont des informateurs sujets à caution, et il n’est pas impossible que, pressés de question, ils n’en aient dit plus qu’ils n’avaient vu. De Bary, pas plus que Richardson et Barth, n’a vu de trace du passage des Romains dans l’Aïr. En tout cas, l’exploration de cette route d’Anaï constitue un des plus intéressants desiderata de la géographie ancienne de l’Afrique.
[219]Ce ne serait donc pas le léopard, qui est bien connu dans les pays du Soudan, et qui porte le nom de damousa (pluriel damissa chez les Haoussa du Sokoto). (Staudinger, Im Herzen der Haussaländer, p. 693.)
[220]Sultan du Gober.
[221]Il est impossible de rien déduire de cette description, qui rappelle par certains traits l’hyène, et par d’autres la panthère ou le serval. Staudinger dit qu’en dehors des peaux de léopard les Touareg d’Aïr apportent au Soudan des dépouilles d’autres félins, dont il n’a pas pu déterminer l’espèce : « Quelques-unes m’ont semblé avoir appartenu au lynx du désert, d’autres à une sorte de serval ou de guépard. » (Ouv. cité, p. 693.)
[222]Overweg distinguait toutefois, entre l’oued El-Hassi et l’oued Châti, des grès bruns ferrugineux et des grès à cassure blanche, seulement revêtus d’une mince carapace noire, ferrugineuse, dans les parties exposées à l’air. (Geognostische Bemerkungen auf der Reise von Philippeville über Tunis nach Tripoli, und von hier nach Marzuk in Fezzan, Zeitsch. der d. Geol. Gesellsch. 1851, III, p. 101).
[223]Il y en a de semblables au milieu de la large vallée d’érosion de l’oued Châti (Overweg, art. cité, p. 102).
[224]Publiée par ce dernier dans la Zeitsch. der Gesellsch. für Erdk., 1878, XIII, p. 350. Cette lettre est en quelque sorte la conclusion des observations botaniques faites par l’auteur jusqu’au 11 avril. La netteté de ces vues donne la mesure de ce qu’il aurait pu faire, s’il avait eu le temps de mettre en œuvre ses autres matériaux. Le professeur Ascherson a enrichi le texte de quelques remarques précieuses, que nous reproduisons en les signalant par la lettre A.
[225]D’après Duveyrier (les Touareg du Nord, p. 225) et R. Hartmann (Zeitsch. der Gesellsch. für Erdk., 1868, III, p. 56), fehed, fehad est le nom arabe des guépards (Felis jubata). (A.)
[226]Probablement un Hyrax. Klunzinger (Bilder aus Oberägypten, p. 241) et Schweinfurth ont signalé une espèce de ce genre (Hyrax syriacus Schreb.) dans le désert arabique. (A.)
[227]Je puis certifier la même chose. Jamais je n’ai été incommodé par cet insecte dans les oasis du désert libyque, tandis que c’était trop souvent le cas dans les demeures de la vallée du Nil. (A.)
[228]Le sédra de la Tripolitaine et celui de l’Aïr représentent certainement deux espèces différentes du genre Zizyphus : 1o Zizyphus Lotus Lmk. ; 2o Z. Spina Christi L., déjà connu au Fezzan sous le nom kanori de korna. (A.)
[229]Probablement une Boscia (Boscia senegalensis Lmk. ?) Cf., Schweinfurth, Zeitsch. für allg. Erdk., 1865, XIX, p. 389 et suiv. (A.)
[230]Sans aucun doute le palmier-doum (Hyphaene Thebaïca Mart) dont Barth mentionne la présence dans l’Aïr (I, p. 349, 419). Ce voyageur remarque qu’il n’a pu savoir le nom indigène de l’arbre. Ce nom de Faraoun, qui rappelle d’une façon si évidente (tout au moins dans l’esprit des indigènes) l’origine égyptienne de la plante, est très digne d’attention. (A.)
Si l’on se rappelle, en effet, une autre tradition recueillie par Barth au coude de Bourroum sur le Niger, et d’après laquelle un Pharaon d’Egypte serait venu jusque-là (Reisen V, p. 194), si d’autre part on considère, qu’à la différence des autres peuples nègres, les Sonrhaï établis dans ce coude du Niger embaumaient leurs morts à la manière égyptienne, avant d’être convertis à l’Islam (Ahmed-Baba, Tarikh-es-Soudan, Zeitsch. der deutschen morgenländ, Gesellsch., IX, p. 532) ; que le nom des Atarantes, connus des anciens Égyptiens pour habiter dans le désert à dix journées de marche des Garamantes, rappelle le terme haoussa atara signifiant les « hommes assemblés » (Barth, Sammlung und Bearbeitung central-Afrikanischer Vokabularien, p. c-c II), et que d’après une ancienne tradition le peuple du Gober, premier occupant de l’Aïr, doit son origine à des Coptes d’Égypte (Denham, Voyages et découv., III, p. 202) ; qu’enfin le nom de Tagama, une des cités placées par Ptolémée sur le dix-septième parallèle, se retrouve chez la tribu des Tagama, établie au sud de l’Aïr, on ne peut s’empêcher de voir en ce nom de palmier Faraoun un indice de plus en faveur de l’ancienneté des relations de l’Egypte avec l’Aïr.
[231]Panicum turgidum Forsk., en arabe bou-rekouba (Foureau, Catal., p. 2).
[232]Une Bucerosia ? (A.)