DEUXIÈME PARTIE.
DES POSTES EN FRANCE.

La décadence de la puissance romaine fit négliger une institution qui ne reparaît qu’en France, sous Charlemagne, digne héritier des conquêtes de cette nation célèbre. La domination de ce prince, qui s’étendait en Allemagne, en Italie et en Espagne, lui rendait l’usage des postes d’une grande nécessité ; mais, si elles ne paraissent avoir servi d’abord qu’aux affaires publiques, les Français, dit Mezeray, les employèrent bientôt à satisfaire l’impatience curiosité qui leur était si naturelle. César, qui l’avait observée comme un trait distinctif de leur caractère, dit encore qu’ils aimaient si fort les nouvelles, qu’ils se tenaient sur les grands chemins pour arrêter les passans et surtout les étrangers, afin de savoir ce qu’il y avait de nouveau hors de leur pays.

On donnait aux courriers le nom de Veredarii, comme sous les empereurs Romains. La même considération avait été conservée aux officiers commis à la direction de cette importante branche administrative, toujours sous la surveillance des premiers dignitaires ou des hommes les plus recommandables de l’état.

Ce fut encore Charlemagne qui, le premier de nos rois, fit travailler aux grands chemins. Il releva d’abord les voies militaires romaines ; et, à l’exemple d’Auguste, il employa à ce travail, et ses troupes et ses sujets.

Louis-le-Débonnaire et quelques-uns de ses successeurs rendirent aussi des ordonnances sur cette matière ; mais les troubles des X.e et XI.e siècles firent perdre de vue la police des grands chemins. On s’en tint à quelques réparations de ponts, de chaussées et de cours d’eau, qui pouvaient offrir des obstacles à l’entrée des villes.

Philippe-Auguste s’occupa aussi des grands chemins, et fut le premier qui entreprit de paver la capitale. Il était très-jeune lorsqu’il fit exécuter ce projet. L’odeur des boues qui encombraient les rues de Paris, parvenant jusqu’à son palais, le déterminèrent à une opération qui joignait l’agrément à la salubrité.

Un financier, nommé Gérard de Boissy, fit à cette occasion, une action bien rare, et qui a prouvé l’amour qu’il portait à son pays. Ce citoyen, en voyant que son roi n’épargnait ni soins, ni dépenses, pour embellir Paris, contribua de la moitié de son bien, évaluée 11,000 marcs d’argent[35], pour en faire paver les rues.

[35] Ce qui équivaut à peu près à 559,000 fr. de notre monnaie actuelle.

Philippe-Auguste confia l’inspection des routes, comme du tems de Charlemagne, à des commissaires-généraux appelés Missi : ils ne dépendaient que du Roi. Henri II et Henri IV rendirent des édits à ce sujet. Henri IV créa, en 1579, un office de grand-voyer, auquel il attribua la surintendance des grands chemins. Louis XIII supprima cette charge et en fit rentrer les attributions dans celles des trésoriers de France. Il en reconnut bientôt l’importance, et la rétablit sous la dénomination de direction générale des ponts-et-chaussées, à laquelle il attacha des inspecteurs et des ingénieurs. Cette administration, à quelques modifications près, est restée la même depuis cette époque[36].

[36] Ces courtes observations, quoique interrompant la suite des faits, ne nous ont point semblé déplacées ici. Nous aurons encore l’occasion de présenter diverses considérations qui se rattachent, d’une manière plus ou moins directe, au sujet que nous traitons. Nous croyons cette méthode plus convenable : elle a l’avantage de réunir des faits, qui n’offriraient pas le même intérêt, isolés et classés d’après l’ordre des dates que nous cherchons à suivre, avec exactitude, dans cet ouvrage.

Nous n’entrerons pas dans les considérations qui ont retardé, pendant si long-tems, l’établissement régulier des postes en France ; mais nous arriverons à cette heureuse époque après avoir cherché à saisir quelques-unes des traces légères qu’elles ont laissées de loin en loin.

Charlemagne, dont le nom est attaché aux entreprises les plus remarquables de la monarchie, acquit, en fondant l’Université, de nouveaux droits à l’immortalité. Cette institution, destinée à conserver le germe des sciences, ne pouvait se propager qu’à l’aide d’une autre non moins importante ; aussi les Postes, qui ne servaient qu’aux affaires du Roi, prirent-elles un grand degré d’intérêt par la nouvelle direction qu’elles reçurent. C’est donc avec raison qu’un des premiers génies du siècle[37] a dit que les postes et messageries, perfectionnées par Louis XI, furent d’abord établies par l’Université de Paris.

[37] M. le vicomte de Châteaubriand.

Ce fut, en effet, le moyen que le public employa pour la correspondance, et le seul même dont il se servit, pendant long-tems. Les nombreux élèves, que l’Université attirait des provinces pour les former à l’étude des belles-lettres, multipliaient de plus en plus les relations qu’elle y entretenait, en expédiant, à des époques indéterminées à la vérité, pour les principales villes de France, des messagers qui marchaient à ses frais.

C’est ainsi qu’à son exemple, sous le titre de messagers-royaux, des courriers portèrent, plus tard, les dépêches, des principaux fonctionnaires de l’état, relatives au service du Roi, dont les grands courriers du royaume ne pouvaient être chargés.

Quoique les communications ne fussent pas encore très-fréquentes entre les particuliers, parmi lesquels l’écriture était fort peu répandue et dont les liaisons d’intérêt ou de famille, avec les diverses provinces, ne devaient pas être multipliées, on profita des facilités qui se présentaient de les entretenir ou de les étendre. Les messagers durent les favoriser de tout leur pouvoir par les avantages qu’ils en retiraient.

Mais combien cette ressource était insuffisante. D’abord il fallait connaître l’époque de leur passage, toujours indéterminée ; borner ensuite sa correspondance aux lieux seuls qu’ils fréquentaient ; enfin, compter sur les lenteurs incalculables qu’entraînait ce mode de relations. Ainsi, pour une lettre qu’on écrit aujourd’hui et dont on reçoit une réponse en quatre jours, on mettait alors plus de deux mois. Que de raisons, d’un autre côté, s’opposaient à ce que ces divers services eussent un mouvement régulier, et à ce qu’ils prissent un accroissement rapide. La France était divisée en petites souverainetés dont les princes, souvent en opposition d’intérêt, ne devaient multiplier les communications entr’elles que lorsque leur sûreté le commandait. Il y avait, en général, peu de grandes routes dans toute l’étendue du royaume, et la plupart encore mal entretenues. Les guerres civiles, les invasions retenaient les citoyens dans les villes : les relations commerciales étaient sans activité ; elles se bornaient, le plus ordinairement, aux localités : un voyage d’une province à une autre présentait tant de difficultés, qu’il fallait des circonstances impérieuses pour le réaliser. On remonterait très-loin dans les siècles passés pour voir combien ces déplacemens offraient d’obstacles. Les historiens rapportent qu’on faisait des vœux avant de les entreprendre, et qu’on prenait les mêmes dispositions que pour les voyages d’outre-mer.

Il est donc incontestable que l’Université avait acquis le droit exclusif de transporter les lettres des particuliers ; et qu’un service, établi primitivement dans ses intérêts privés et indépendant de celui de l’état, devint, presqu’en même tems, aussi avantageux pour la société.

Voilà, du moins le pensons-nous, les seuls élémens de correspondance que présente une suite de plusieurs siècles. On se contentait d’un mode que l’instruction bornée de ces tems-là ne forçait pas à perfectionner ; mais la découverte de l’imprimerie et les lumières que l’université avait répandues peu à peu, en firent connaître l’insuffisance.

Nos rois, en maintenant les postes dans l’état où Charlemagne les avait laissées, les négligeaient ou les rétablissaient sur le même pied, selon que les circonstances l’exigeaient ; mais ils conservaient toujours, près de leur personne, un grand maître des postes, titre qu’on voit reproduit sous tous les règnes, entr’autres sous celui de Louis VI.

Cependant, tout incomplets que sont ces documens, ils nous prouvent non-seulement l’utilité des postes à toutes les époques, mais encore l’importance qu’on y attachait, en les entourant d’une grande considération.

Louis XI est regardé, à juste titre, comme le fondateur des postes en France[38] : l’histoire est là pour appuyer un fait de cette importance. Quant à la cause qui y donna lieu, il serait difficile de se rendre au témoignage de quelques auteurs qui prétendent l’attribuer à la sollicitude paternelle. Louis XI, disent-ils, inquiet de la maladie grave du Dauphin, duquel il était éloigné, établit les postes afin de connaître, presqu’à chaque instant, l’espoir ou la crainte que son état pouvait inspirer. Cette assertion est d’un bien faible poids, lorsqu’il s’agit d’un prince de ce caractère. Habitué à la dissimulation, Louis XI fit naître ce bruit ou l’accrédita, afin de détourner l’attention du but qu’il se proposait. Ce ne serait pas la première fois que le prétexte le plus respectable eût servi à déguiser la vérité.

[38] Les postes, disent MM. Saur et Saint-Geniès, dans leur ouvrage sur les aventures de Faust et sa descente aux enfers, la machine pneumatique, d’autres inventions non moins importantes et dont la première idée appartient à Faust, attestent la fécondité inépuisable de son imagination : il a surtout consacré son nom à l’immortalité par la découverte de l’imprimerie. Les mêmes auteurs prétendent qu’un jeune Suisse, à qui il avait communiqué ses idées sur les moyens de rétablir en France les postes telles qu’elles étaient du tems des Romains, en fit part à Louis XI, qui les suivit et l’en récompensa. Ils ajoutent que Faust, dans l’entretien qu’il eut avec le monarque, auquel il fut présenté comme inventeur de l’imprimerie, n’était pas moins frappé de la supériorité de son esprit, de l’étendue de ses connaissances, que touché de son langage doux, caressant et presque flatteur. Louis XI, en instituant les postes, dut s’entourer de tous les moyens propres à faire réussir son entreprise ; et, parmi les nombreux projets qui sans doute lui furent soumis, il est possible que celui de Faust ait eu l’avantage d’être préféré.

Nous ne doutons point que les auteurs cités n’aient eu de fortes raisons pour adopter ce sentiment, et pour attribuer également à Faust des faits que les biographes modernes regardent comme devant concerner deux individus, Faust et Fust.

La vie agitée de ce monarque ; ses démêlés avec les grands vassaux de la couronne, et particulièrement avec le duc de Bourgogne ; ses intrigues dans les principales cours de l’Europe ; tout explique assez le besoin qu’il avait d’un moyen qui pût satisfaire à la fois, et son esprit ombrageux et rusé, et ses vues ambitieuses et perfides.

Mais écoutons les historiens sur l’origine de cette institution. Le Roi, dit Commines[39], qui avoit jà ordonné postes en ce royaume, et par n’y en avoit jamais eu, fut bientôt adverty de cette déconfiture du duc de Bourgogne, et à chaque heure en attendoit des nouvelles, pour les advertissements qu’il avoit eu par avant de l’arrivée des Allemands, et de toute autre choses qui en dépendoient ; et y avait beaucoup de gens qui avoient les oreilles bien ouvertes pour les ouïr le premier et les luy aller dire ; car il donnoit volontiers quelque chose à celuy qui le premier luy apportoit quelques grandes nouvelles, sans oublier les messagers ; et si prenoit plaisir à en parler, avant qu’elles fussent venues, disant : je donneray à celui qui m’apportera des nouvelles. M. Dubouchage et moy eusmes (estant ensemble) le premier message de la bataille de Morat, et ensemble le dismes au Roy, lequel nous donna à chacun 200 marcs d’argent. Monseigneur du Lude, qui couchoit hors du plessis, sceut le premier l’arrivée du chevaucheur qui apporta les lettres de cette bataille de Nancy, dont j’ai parlé ; il demanda au chevaucheur qui apporta les lettres, qui ne lui osa refuser, pourquoi il estoit en grande autorité avec le Roy. Ledit seigneur du Lude vint fort matin (il estoit à grande peine jour) heurter à l’huis plus prochain du Roy : on lui ouvrit ; il bailla les dites lettres qu’envoyoit monseigneur de Craon et autres ; mais aucuns disoient qu’on l’avait veu fuir, et qu’ils s’estoit sauvé.

[39] Dans ses Mémoires.

Varillas[40] ajoute : Les intrigues du duc de Bretagne n’auraient pu être découvertes à point nommé, si Louis XI ne se fut avisé d’une invention qui dure encore, tant elle a été trouvée convenable à la commodité du public. Comme il changeoit souvent les ordres qu’il avoit donnés, et qu’il prétendoit qu’on les exécutât avec une extrême promptitude, il se trouvoit sujet à des inconvéniens où ses prédécesseurs n’avoient point été exposés. Il n’avoit point un assez grand nombre de courriers, et ses courriers ne faisoient point assez de diligence, et ils ne trouvoient point à propos les hôtelleries et les choses propres à leur rafraîchissement. On n’y pouvoit remédier par les voies ordinaires sans qu’il en coûtât beaucoup ; et Louis entreprenait tant d’affaires en même tems, que, s’il n’eût ménagé sa bourse, elle n’aurait pas suffi pour toutes. Il lui vint en pensée d’établir des postes dans son royaume, et les règlements qu’il fit là-dessus les garantirent à l’avenir de la meilleure partie des frais qu’il faisait auparavant, et lui attirèrent de plus un avantage qu’il n’avait pas prévu, et qui consistait à ce que ses intriques s’acheminoient avec plus de secret.

[40] Histoire de Louis XI.

Son activité, dit Lenguet[41], alloit au-delà de tout ce qu’on peut dire : on voit par ses lettres écrites de presque tous les endroits du royaume, qu’il doit en avoir fait le tour deux ou trois fois. Il vouloit, avance encore le même auteur, tout connoître par lui-même, et il exigeoit souvent que les particuliers lui écrivissent ; c’est le moyen qu’il avoit trouvé pour éviter les tromperies que lui auroient pu faire ses ministres. Malgré ses précautions, il ne laissoit pas d’être quelque fois trompé.

[41] Préface des Mémoires de Commines.

Il employa, suivant Varillas[42], la plupart des quatre millions sept cent mille livres qu’il exigeoit tous les ans de ses sujets, à acheter des espions et des créatures dans les états voisins du sien, et dans les cours de ses principaux feudataires.

[42] Histoire citée.

Le duc de Lorraine, dit Hainaut[43], accompagné des Suisses, vint au secours de la place (Nancy), le 5 janvier, attaque et défait le duc Charles qui y perdit la vie, ayant été trahi par Campobosso, Napolitain. Il ne laissa d’autre héritier que Marie, sa fille unique. En lui finit la deuxième maison de Bourgogne, qui avoit duré cent vingt ans sous quatre princes. Le roi Louis XI qui, le premier, avoit établi l’usage des postes, jusqu’alors inconnu en France, est bientôt informé de cet événement, et en profite pour reprendre plusieurs villes en Picardie, en Artois et en Bourgogne.

[43] Histoire chronologique de France.

Ainsi que dans l’antiquité, la guerre, fruit si funeste de l’ambition de quelques souverains, devint la cause d’une institution tellement utile aux peuples, qu’ils n’ont pas cessé depuis de la faire tourner au profit de la société.

Pour perpétuer le souvenir d’un événement si remarquable, on frappa une médaille destinée à le rappeler[44]. Nous voyons, dans Mezeray, qu’elle était en bronze. Cet établissement de la poste Decursio[45], dit-il, est désigné par deux courriers bien montés (dont l’un porte une malle en croupe) avec cette legende : qui pedibus volucres ante irent cursibus auras, afin que, pour ainsi dire, ils passent les oiseaux et les vents à la course.

[44] Ce n’est pas la seule fois qu’on ait consacré des médailles à rappeler des événemens remarquables dans les postes. Nous voyons entr’autres exemples, dans une histoire d’Ecosse, que lorsque Wallace combattait pour conserver ses anciens souverains à son pays, Bruce ayant reçu de lui un avis important apporté par un messager fidèle, donna à l’envoyé une médaille où l’on voyait une colombe avec cette légende, fidèle comme ce premier messager, faisant allusion à la colombe envoyée par Noë hors de l’arche.

[45] Au bas de l’exergue.

Louis XI rendit cette institution authentique par son édit en date du 19 juin 1464[46].

[46] Nous le rapportons à la fin de cet essai.

C’est dans cette pièce importante que nous trouvons la preuve évidente que les postes ont été établies pour servir à la politique de Louis XI, et que leur usage, étendu presqu’en même tems aux besoins de la société, n’en étant que la conséquence, n’a pas eu pour but d’accroître les revenus de l’état en imposant la pensée, comme on semble le croire dans ce siècle calculateur.

Ce prince était si loin d’en considérer la création comme une ressource que, pour la consolider, il se vit dans l’impérieuse nécessité d’augmenter les charges qui pesaient sur ses peuples, et d’accorder des gages et de grands priviléges aux maîtres de poste auxquels il confiait ce service.

Il paraît que son édit fut mis de suite à exécution, puisqu’on comptait déjà jusqu’à deux cent trente courriers à ses gages qui portaient ses ordres sur tous les points du royaume, ainsi que les lettres des particuliers, quoiqu’il n’en fut pas fait mention lors de la création des postes.

Ces messagers couraient à cheval et changeaient de chevaux à chaque relais, à l’instar des anciens, qui employaient aussi des courriers à pied comme nous le pratiquons[47]. Ces derniers étaient appelés hémérodromes par les Grecs, c’est-à-dire, courriers de jour.

[47] En France, partout où il n’y a pas de bureau de poste, il se trouve des courriers sous diverses dénominations ; les uns desservent les communes dépendantes de chaque bureau de poste, les autres sont employés à la correspondance réciproque des préfets et des maires. Ces messagers font régulièrement deux courses par semaine dans leurs arrondissemens respectifs. On peut évaluer le nombre de lieues qu’ils parcourent ainsi pendant la durée de l’année à plus de 2500 ; ce qui équivaut à une marche moyenne de 7 lieues par jour. Il est à remarquer que ces individus résistent long-tems à un exercice aussi soutenu, qui n’est interrompu ni par les obstacles qu’opposent les localités, ni par l’intempérie des saisons.

On pourrait citer beaucoup d’exemples de courses extraordinaires. Il est même certaines provinces du royaume dont les habitans se distinguent par leur agilité à la marche.

La mode des coureurs était très en usage autrefois, surtout à Paris. Ils précédaient ordinairement les coursiers de la voiture des personnes de distinction. On a renoncé à ce luxe dangereux, en employant à leur place des postillons à cheval.

Les coureurs, chez les anciens, faisaient 20, à 30 lieues par jour, et même 40 dans le cirque pour remporter les prix. On lit dans Pline, qu’Autiste et Félonide, coureurs d’Alexandre, parcoururent un espace de 1200 stades, à peu près 44 lieues, en 24 heures. Il ajoute qu’un jeune homme, nommé Mathias-Athas, fit 75 milles, 25 lieues, de midi jusqu’à la nuit. Plutarque dit qu’un certain Anchide fit 1000 stades, 37 lieues de 2000 toises, en un jour.

On a vu, de nos jours, des courses aussi remarquables. En 1767, un coureur de la duchesse de Weymar fit 76 lieues en 24 heures, et ne se reposa que le tems nécessaire à la réponse des dépêches dont il était porteur.

M.r Cochrane, capitaine de la marine anglaise, exécute une entreprise des plus périlleuses et des plus étonnantes, celle de traverser à pied toute l’Asie. Il se propose ensuite de parcourir ainsi l’Amérique.

Un anglais, nommé Aberthemy, vient de faire tout récemment à pied, malgré un tems constamment mauvais, 560 milles en 8 jours, ce qui fait 37 lieues par jour.

Il existe en Irlande un homme âgé de 142 ans qui, après avoir voyagé dans toutes les parties du monde, a continué de s’exercer à faire de longues marches en parcourant régulièrement chaque jour un espace de 10 lieues.

Un autre individu, nommé Wert, a parcouru, en 4 jours et 4 heures, pour un pari de 7200 fr., 320 milles, environ 150 lieues de France.

Le coureur Charles Quize vient de faire, en 7 quarts d’heure, le trajet de Bruxelles à Volvurde, sans paraître fatigué ni même échauffé. Il est maigre et de petite stature. Sa manière accoutumée de courir est de tenir d’une main un mouchoir dont un des coins est dans ses dents, et de l’autre il agite sans cesse un petit fouet.

Le nommé Rumel, âgé de 16 ans, est remarquable par sa force et son agilité. Il a fait à pied le chemin de Francfort à Hanau et retour, qui est de 8 lieues, en 2 heures 15 minutes : des cavaliers qui le suivaient ne purent faire la même diligence et restèrent en arrière.

M.r Danwers paria dernièrement 5000 fr. de se rendre de Chettenham à Bayswaters, 94 milles, en 22 heures. Il mit 10 minutes de moins que le tems convenu, et fit sa course avec des souliers très-épais.

Aux courses de Montrose, qui ont eu lieu il y a peu de tems, après que les chevaux eurent fourni leurs courses, il se présenta deux coureurs à pied, l’un appartenant à lord Kennedey, et l’autre au major Hay. L’espace à parcourir était d’un demi-mille. Le premier atteignit le but en 2 minutes 5 secondes ; l’autre en une minute de plus. Un montagnard écossais, dans le costume de son pays, et quoique revêtu de ses armes et de tout son équipage, arriva au terme de la course en même tems que le vainqueur.

Nous bornerons là ces exemples, qu’il serait facile de multiplier.

Louis XI, disent les historiens, fit payer bien chèrement le bienfait des postes, en augmentant considérablement les tailles.

La dépense était le moindre des obstacles[48] à surmonter dans une entreprise de cette nature ; mais on prévoit tout ce que pouvait la volonté ferme d’un monarque qui avait mis tous les rois hors de page, et dont tout le conseil, suivant Commines, était dans sa tête. Le code qu’on lui doit sur l’institution des postes, montre assez combien cette vaste conception avait été l’objet de ses profondes méditations, par l’éclat dont elles brillèrent dès leur origine.

[48] Delandine rapporte qu’un prédicateur, nommé Maillard, ayant avancé quelque chose de choquant contre Louis XI, ce monarque lui fit dire qu’il le ferait jeter dans la rivière. Le roi est le maître, reprit-il, mais dites-lui que je serai plutôt en paradis par eau, qu’il n’y arrivera par ses chevaux de poste.

C’est de cette époque, ainsi que le porte l’édit déjà cité, que date la création de la charge de conseiller, grand-maître des coureurs du Roi. Elle fut donnée à l’un des conseillers de la cour. Il se tenait près de la personne du monarque, comme investi de toute sa confiance. Les officiers qui dépendaient de lui, étaient appelés chevaucheurs de l’écurie du Roi : leur emploi était de surveiller ce service naissant. Des agens, sous le titre de maîtres coureurs, furent établis de traite en traite sur les grandes routes, désignées par les édits. Ils conduisaient, ou faisaient conduire par leurs chevaux et leurs postillons, les voyageurs et les dépêches du roi.

La distance d’une traite à l’autre, dénomination remplacée plus tard par celle de relais ou poste, était de quatre lieues ou environ, suivant les localités. Le prix de chaque cheval[49], fourni et entretenu par le maître de la traite, ne s’élevait qu’à 10 sous, y compris le guide.

[49] Le nombre en était fixé ; mais il ne pouvait pas être moindre de quatre.

Les maîtres coureurs et les autres agens des postes jouissaient de priviléges, dont nous parlerons plus tard.

Louis XI, pour donner à cette organisation plus de force et de régularité, créa, en 1479, une charge de contrôleur des chevaucheurs, cette mesure était devenue nécessaire par les abus qui s’introduisaient dans ce service, et auxquels les chevaucheurs du Roi n’avaient pu remédier autant par négligence que par ignorance de leurs attributions.

L’intermédiaire d’un agent spécial fut déjà reconnue indispensable entre l’administration supérieure et les nombreux emplois qui en complétaient le système : on l’a maintenue comme la seule mesure conservatrice de toute bonne institution.

On s’occupa, pendant tout le règne de Louis XI, des moyens propres à régulariser un établissement qui prospérait au-delà des espérances de son fondateur.

Les bases en étaient jetées, il ne s’agissait plus que de les modifier suivant les tems, les besoins et les lieux.

Charles VIII consolida l’ouvrage de son père. La correspondance paraissait déjà si bien établie, que les lettres mêmes de l’étranger parvenaient par la voie des Postes. Il est vrai de dire que l’édit autorisait le Pape et les princes avec lesquels Louis XI était en bonne intelligence d’expédier des courriers, à la condition de se servir des chevaux de la poste. Mais, dans la crainte que quelques lettres ne continssent des principes contraires à la pragmatique sanction, que Charles VIII soutenait de tout son pouvoir, il fut défendu aux courriers, pendant quelque tems, sous peine de la hart, de se charger des missives que les particuliers leur confiaient sans doute, puisque les postes n’avaient été créées originairement que pour le service d’un Roi qui n’avait pas cru que l’état de la société en réclamât en même tems les avantages.

Depuis cette époque et pendant près d’un demi-siècle les postes n’offrent rien de remarquable. Louis XII, François I.er, Henri II et François II les maintinrent telles que Louis XI les avait créées.

L’agitation qui se manifesta sous ces derniers règnes, fut un obstacle à l’introduction de toute mesure utile ; car nous ne considérerons pas comme améliorations quelques arrêts rendus en faveur des maîtres de poste, auxquels on contestait des droits si bien établis.

Charles IX, dès 1563, remit en vigueur l’édit de Louis XI, et défendit surtout de fournir des chevaux pour les routes de traverse. Les peines[50] les plus graves étaient portées contre les agens des postes qui changeraient les directions des dépêches, lesquelles ne pourraient être transportées que sur les routes où les postes étaient en activité.

[50] Entr’autres une amende de 100 livres tournois et la dépossession des charges.

On sentait que, pour conserver à ce service toute sa prééminence et sa sécurité, il fallait repousser, dès leur naissance, les mesures arbitraires introduites sans doute par un zèle très-louable, mais que l’expérience n’éclairait pas encore.

Les noms des conseillers grands-maîtres des courriers de France et des contrôleurs généraux, depuis Robert Paon, qui le premier porta ce titre, jusqu’à Jean Dumas, qui remplit cette charge en 1565, ont échappé à nos recherches. Ces deux emplois, d’abord distincts, ne tardèrent pas à être réunis en un seul. La dénomination de contrôleur général des Postes, qui prévalut, varia bientôt après comme nous aurons occasion de le remarquer.

La juridiction des contrôleurs généraux, quoique bien établie par les édits, devenait l’objet de contestations sans cesse renaissantes : le Roi rendit divers arrêts à ce sujet, qui tous maintenaient l’indépendance des postes, dont les contrôleurs généraux plaidaient la cause avec autant de force que de succès.

Les routes sur lesquelles les postes n’étaient pas établies se trouvant privées des avantages de correspondre avec régularité, il fut décidé, en 1576, qu’on emploierait des messagers-royaux, à l’instar de ceux de l’université. Le nombre en fut successivement étendu à toutes les villes où il y avait un parlement. Ils faisaient le service des dépêches dont les entrepreneurs des routes d’embranchement sont chargés aujourd’hui.

Hugues Dumas, qui succéda en 1585, à son frère, est confirmé dans les mêmes prérogatives par Henri III. Il fut remplacé, en 1595, par Guillaume Fouquet[51].

[51] Sieur de la Varenne, commissaire ordinaire des guerres et capitaine de la ville et du château de la Flèche.

Henri IV, toujours guidé par l’amour du bien public, ordonna, en 1597, l’établissement des chevaux de louage de traite en traite sur les grands chemins, traverses et bords de rivières, comme un nouveau moyen d’adoucissement à la misère de son peuple. Considérant, disait-il, la pauvreté et nécessité à laquelle tous nos sujets sont réduits à l’accroissement des troubles passés, que la plupart d’iceux sont destituez de chevaux, non-seulement pour le labourage, mais aussi pour voyager et vacquer à leurs négoces accoutumez, n’ayant moyen d’en achepter, ni de supporter la despense nécessaire pour la nourriture et entretien d’iceux ; pour raison de quoi, et pour la crainte que nos dits sujets ont des courses et ravages de gens de guerre, comme aussi les commerces accoustumez cessent et sont discontinuez en beaucoup d’endroicts, et ne peuvent nos dits sujets librement vacquer à leurs affaires, sinon en prenant la poste, qui leur vient en grande cherté et excessive despense etc. A quoi désirant pourvoir, et donner moyen à nos dits sujets de voyager, et commodément continuer le labourage, etc., avons ordonné et ordonnons que par toutes les villes, bourgs et bourgades de ce dit royaume, et lieux qui seront jugez nécessaires seront establis des maistres particuliers pour chacune traite et journée. Déclarant, ajoute ce prince, n’avoir entendu préjudicier aux droits, priviléges et immunitez des postes.

Ce nouveau service donna lieu à la création de deux offices de généraux des chevaux de relais et de louage.

La distance entre chaque relais fut calculée sur la journée commune de 15 à 16 lieues, et portée à 7 ou 8 lieues. Le prix de ferme fut basé sur le nombre de chevaux de chaque relais et fixé à 10 francs par tête. On arrêta celui de la journée de chaque cheval, tant pour l’aller que le retour, à 20 sous tournois et 25 sous pour chaque bête d’amble, malliers et chevaux de courbes, c’est-à-dire, employés au tirage des voitures par eau.

Le Roi, pour soutenir cet établissement et prévenir tous les abus, ordonna en outre que les chevaux des relais seraient considérés comme lui appartenant et marqués à cet effet sur la cuisse droite d’un H surmonté d’une fleur de lys ; et sur la cuisse gauche, de la lettre initiale du lieu où ils seraient entretenus.

Les voyageurs ne pouvaient faire galoper les chevaux sous peine de dix écus d’amende ; Ains, était-il ordonné, d’en user et s’en servir ainsi que l’on a accoustumé de faire des chevaux louez à la journée[52].

[52] M. de la Varenne, dit Sully, ne voulait pas introduire de chevaux de louage au préjudice des relais et des postes.

Telles sont à peu près les dispositions fondamentales d’un établissement que Henri IV crut utile à ses sujets. Mais les postes ne tardèrent pas à se ressentir des funestes effets que leur causait une semblable concurrence. Menacées d’une destruction prochaine, elles n’échappèrent à leur ruine totale que par une mesure qui concilia à la fois, et la sollicitude paternelle du prince, et l’intérêt public.

Les relais furent réunis aux postes, et firent dès lors partie des attributions du contrôleur général des postes. Le roi releva par là une institution dont il aurait entraîné la perte par des vues de bienfaisance, et satisfit aussi son cœur en conservant à son peuple une plus grande facilité de voyager, quoique forcé, par un sentiment de justice, de la restreindre. A cet effet, le contrôleur général des postes fut tenu de fournir des chevaux de relais à ceux qui ne voudraient pas courir la poste, en ne payant que demi-poste par chaque cheval, et se conformant à ce qui avait été ordonné pour les relais, entr’autres obligations, de ne mener les chevaux qu’au pas ou au trot.

Henri IV, en élevant les postes au rang des institutions les plus notables de son royaume, crut y ajouter un nouvel éclat par le titre de général qui remplaça, en 1603, celui de conseiller contrôleur général des Postes. Le soin, dit ce Prince, que nous avons voulu prendre depuis un certain tems de savoir bien au vrai en quoy consiste la charge de contrôleur des postes de nostre royaume, nous a fait entrer dans une fort particulière connaissance du mérite d’icelle, et juger de quelle façon elle importe au bien de nos affaires. Et aprez avoir mûrement considéré jusqu’où elle s’estend, combien elle est honorable et avec quelle authorité elle se peut dignement exercer par un homme qui s’en acquittera fidellement, comme nous avons toute occasion de recevoir un entier contentement de nostre ami féal sieur de la Varenne, conseiller en nostre conseil d’estat, sans qu’au changement que nous n’apportions autre prix qu’une marque d’honneur que nous entendons être faite à la dite charge.

Sully dit qu’il fut fait, en 1608, un règlement général, adressé aux trésoriers de l’épargne des menus, des lignes suisses, de l’artillerie, de l’extraordinaire des guerres, de l’extraordinaire de deçà les monts, et autres, qui leur prescrivait une forme plus exacte pour leurs comptes.

Il ajoute que, parmi d’autres règlemens généraux, il en avait proposé un sur les postes, dans lequel étaient compris les maîtres et contrôleurs des postes, les chevaucheurs d’écurie du Roi, les courtiers et banquiers, et leurs commis, les coches, les messagers à pied et à cheval, et tous chariots et voitures par eau et par terre. Lorsque je lisais cet article au Roi, il me dit : je vous recommande à la Varenne et à tous les chevaucheurs ; je vous les enverrai tous.

Ce ministre, toujours occupé du bien public, sous un Roi qui lui accordait une confiance si entière, dit encore dans ses mémoires : Je médite sur la manière de rétablir et de recommencer les ouvrages publics comme chemins[53], ponts, levées et autres bâtimens qui ne font pas moins d’honneur au souverain que la magnificence de ses propres maisons, et qui sont d’une utilité générale.

[53] Une somme de 4,855,000 y fut destinée.

Si tous les actes qui ont signalé le règne de Henri IV, sont empreints, en quelque sorte, de l’amour que son peuple lui inspirait, on ne peut s’empêcher d’y reconnaître aussi cet esprit de justice et cette sagacité qui le portaient à élever ce qui était grand et à honorer tout ce qui était digne d’être respecté. Nos rois ont toujours reconnu l’importance des postes ; mais il est un de ceux qui ont le plus contribué à les affermir.

Le règne de Louis XIII apporta de nouvelles améliorations à cette institution. La vigueur avec laquelle les prérogatives en furent encore maintenues, et les heureux changemens qui s’y opérèrent, en rendirent l’organisation plus fixe et plus régulière.

Pierre d’Alméras[54], nouveau général des postes, soutient la cause des maîtres des courriers envers lesquels, dans ces tems de guerre civile et de désordre, on avait exercé de grandes violences.

[54] Seigneur de St-Remy et de Saussaye, conseiller du Roi en ses conseils.

C’est dans cette vue que divers arrêts sont rendus, en 1612, pour les mettre à l’abri du retour de pareils excès, et que le prix de la ferme des relais porté à 10 francs par cheval et par an, est réduit à 6 francs.

Nos Rois, en abandonnant au général des postes les produits de la taxe des lettres pour le dédommager des frais qu’entraînait ce transport et le droit exigé pour en exercer le privilége exclusif, n’avaient pris aucune mesure propre à régler les bases sur lesquelles le port devait en être perçu, en raison du poids et des distances à parcourir. Les généraux eux-mêmes, trop occupés d’une organisation qui réclamait toute leur surveillance, négligeaient de porter leur attention sur un point qui touchait de si près à leurs intérêts. Les particuliers, profitant de la facilité qu’on leur laissait, s’étaient attribués seuls le droit de taxer leurs lettres. Il est à croire que, primitivement, un grand esprit de justice présidait à cette opération, puisqu’on ne leur en avait pas contesté la liberté. Mais ils le firent plus tard avec si peu de réserve, que le général des postes s’en plaignit en les engageant à le faire plus libéralement et n’abusant pas d’une facilité qui les portoit à ne mettre que demi-port de ce qu’ils souloient faire ci-devant.

La plainte était d’autant plus juste, que les dépenses augmentaient en raison de la régularité qui avait lieu dans le service des postes. Les courriers arrivaient et partaient à des jours fixes de la semaine ; et le public comptait déjà assez sur l’exactitude de leur marche pour entretenir des relations suivies, dont il faisait dépendre les intérêts de sa fortune.

Afin de mettre un terme à des mesures arbitraires, tout-à-fait contraire à la prospérité des postes, le général avait autorisé les commis à surtaxer les lettres et paquets pour les remettre au taux originel. Mais, craignant de faire naître d’injustes réclamations qui eussent porté atteinte à l’honneur des officiers des postes, il établit un tarif qui fut rendu public et qui servit de base à la taxe des lettres, sauf que le plus grand port y fut volontairement apposé par ceux qui les enverraient, est-il dit à cette occasion. Ce furent ces raisons de délicatesse et de justice qui, en 1627, 163 ans après l’établissement des postes, donnèrent lieu au premier tarif connu.

A cette époque où la police intérieure du royaume ne pouvait remédier à tous les brigandages qu’enfantent toujours les dissentions intestines, les routes étaient peu sûres. La poste, comme tenant au service du Roi, semblait être à l’abri des tentatives les plus coupables. La sécurité que le public trouvait à correspondre par cette voie, le porta à l’étendre à l’envoi de l’argent, des bijoux, des pierreries et aux autres objets précieux, en les insérant dans les lettres. Ces abus éveillèrent l’attention du général des Postes : comme ils tendaient à compromettre la sûreté des dépêches en servant d’appât aux malfaiteurs, il fut fait défense expresse de rien introduire de semblable dans les missives. L’argent monnoyé, par un sentiment de bienveillance, fut seul excepté de cette mesure, soit pour en favoriser la circulation, soit afin de soustraire le peuple à la dépendance d’individus qui se chargeaient de ces transports à un taux usuraire. On permit de recevoir l’argent ayant cours à découvert jusqu’à la concurrence de cent francs, moyennant un prix calculé sur les distances à parcourir. Le montant de ces sommes était inscrit sur des livres tenus à cet effet dans chaque bureau de poste.

Telle fut l’origine des articles d’argent déposés, connus encore aujourd’hui sous ce titre.

L’expérience avait assez fait connaître la confiance que les postes devaient inspirer, tant par la célérité que par la sécurité qu’elles offraient. L’époque était venue de faire cesser les expéditions extraordinaires de courriers que multipliaient les gouverneurs des provinces ou autres personnages titrés, afin de correspondre d’une manière plus éclatante avec la cour. Cet usage, non-seulement onéreux pour la poste, par les frais qu’il occasionnait, pouvait nuire à la sécurité qu’elle inspirait. Le général, pour remédier aux abus que ces exceptions n’auraient pas manqué d’entraîner par la suite, obtint du Roi, qu’à dater de 1629, tous les paquets adressés à sa majesté, au chancelier et au surintendant des finances, ne parviendraient plus que par son intermédiaire, et seraient remis aux officiers des postes qui les enregistreraient sur des livres destinés à cet effet, en marquant toujours sur l’enveloppe le jour et l’heure du départ des courriers, afin d’établir leur responsabilité. Cette formalité reçut le nom de chargement de lettres de service. On l’a étendue depuis aux particuliers, mais à des conditions dont nous parlerons plus tard.

Ou reconnut cependant qu’il était des circonstances où la gravité des affaires ne permettrait pas d’attendre le départ plus ou moins prochain des courriers ; dans ce cas seulement, les frais qu’occasionnait l’envoi de ces dépêches tombaient à la charge des ministres auxquels elles étaient destinées. Ces expéditions instantanées ont été appelées estafettes. Elles conservent encore ce nom, et on y a souvent recours dans le même but.

René d’Alméras, frère du précédent, occupe le dernier la charge de général des postes, que Louis XIII supprima ; celle de surintendant-général des postes la remplaça en 1630. Nous voyons dans cette nouvelle dénomination, sinon de plus grandes prérogatives attachées aux postes, du moins une organisation particulière qui tendait dès-lors à leur donner une forme plus régulière, et qui a servi de base au système administratif adopté généralement de nos jours. En effet, cette charge, exercée annuellement par chacun des trois conseillers[55] nommés par le Roi, rentre absolument dans les attributions actuelles des directeurs-généraux, dont les fonctions sont partagées par les administrateurs qui forment leur conseil. Les modifications apportées par la suite, dans le nom ou dans le nombre de ces emplois supérieurs, sont subordonnées à des causes accidentelles qui n’ont rien changé au principe.