[117] On conçoit qu’une dépêche expédiée le 31 du mois d’un bureau pour un autre éloigné de 100 lieues, ne peut y parvenir que le 2.e jour du mois suivant (en ne supposant aucune cause de retard), et qu’on ne pouvait y arrêter aucune écriture avant ce terme.

Il y a loin de cette théorie, que donne la science des chiffres, à ces connaissances positives qui sont le fruit de l’expérience, qui seule peut servir de guide au milieu des nombreux détails d’une administration si compliquée[118].

[118] Telle est la raison pour laquelle toute suppression d’un agent spécial devient impossible. Quel que soit le système qu’on adopte à l’avenir, les opérations des postes seront toujours assez multipliées pour exiger une surveillance active et continue. La vérification des caisses n’est qu’une mesure de pure forme, et même surabondante, puisqu’à l’inconvénient d’être assujettissante pour le comptable, elle est sans but d’utilité pour l’administration supérieure qui pourrait connaître la situation journalière de ses agens par les contrôleurs, par prévision même, si les bordereaux mensuels ne l’établissaient pas avec une rigoureuse exactitude.

Une organisation qui tendrait à changer la véritable destination des postes, ne pourrait prévaloir long-tems sans entraîner de funestes résultats.

On comptera parmi les mesures utiles introduites par M. de Mezy, l’établissement des malles-postes à 4 places (dont nous avons parlé plus haut), montées sur ressorts et sur 4 roues, et menées par 4 chevaux. C’est avec ces malles que s’exécute le service des postes sur les principales routes du royaume. Le public trouve à la fois les moyens de voyager avec rapidité et sans fatigue dans ces voitures de nouvelle construction, qui, sans avoir aucun des inconvéniens des anciennes, réunissent des avantages inappréciables.

Des réglemens ont fixé l’organisation du service des voyageurs dans les malles-postes.

Nous empruntons à l’ouvrage de M. Gouin, auquel nous avons déjà eu recours pour le prix des baux des postes, un des motifs qui ont amené ces heureux changemens dans la forme des voitures en activité aujourd’hui.

Frappé, dit-il[119], des inconvéniens toujours renaissans de la construction vicieuse des malles, en 1791, l’administration des postes, dont M. de Mezy était directeur-général, s’occupa avec lui, en 1818, du soin de faire construire d’autres malles : une considération de la plus haute importance les y engagea : c’était le désir de remplir les intentions du Roi à cet égard.

[119] Auteur cité.

Sa Majesté, à son retour en France, avait aperçu sur la route de Calais la malle du courrier, et la comparant aux malles-postes d’Angleterre, elle fut frappée du mauvais goût qui avait présidé à sa construction, et parut désirer qu’elle fût changée. Ce fut un ordre pour M. de Mezy, qui s’empressa de faire faire le dessin d’un nouveau modèle de malle, et le présenta au Roi, qui daigna l’approuver. Lorsque la première malle fut exécutée, Sa Majesté permit qu’on la lui fît voir à son relais de Besons, au retour de sa promenade. Sa Majesté en témoigna sa satisfaction, en ajoutant qu’elle la trouvait de meilleur goût que les malles anglaises, et surtout plus commode pour les voyageurs. J’étais au nombre des personnes qui accompagnaient la nouvelle malle, et je fus l’heureux témoin de ce qui s’est passé à ce sujet.

La retenue proportionnelle sur les appointemens des employés des postes cesse d’avoir lieu.

M. le duc de Doudeauville, ministre d’Etat, pair de France, succède, en 1822[120], à M. de Mezy, dans la place de directeur-général des postes.

[120] 1.er janvier.

Les attributions de cet emploi sont définies ainsi : Le directeur-général dirige et surveille, sous les ordres du ministre des finances, toutes les opérations relatives au service. Il travaille, seul, avec le ministre des finances. Il correspond, seul, avec les autorités militaires, administratives et judiciaires.

Il a, seul, le droit de recevoir et d’ouvrir la correspondance. Il signe, seul, les ordres généraux de service.

Mais le privilége d’être admis à travailler seul avec Sa Majesté, dont ont joui de toute ancienneté les conseillers grands-maîtres des coureurs de France, les contrôleurs-généraux, les généraux, les surintendans et les intendans-généraux des postes, a été conservé aux directeurs-généraux des postes.

Les places d’inspecteurs-généraux sont supprimées et remplacées par celles d’administrateurs-généraux, qu’occupent MM. le marquis de Bouthillier, Gouin et le vicomte de Rancogne.

Le ministre des finances assigne à chacun le travail qu’il doit diriger sous l’autorité et la surveillance du directeur-général.

Les agens supérieurs des finances sont spécialement chargés de vérifier la comptabilité et la caisse des directeurs des postes.

L’envoi des sommes d’argent déposées dans les bureaux de poste, qui, après avoir eu lieu de bureau à bureau, avait été restreint à Paris seulement, cesse également d’avoir ce cours ; les directeurs restent chargés de cette recette, et s’en débitent journellement. L’excédant des produits accrus par cette mesure continue à être versé dans les caisses des receveurs particuliers des finances.

Il est fait défense aux étrangers et particulièrement aux Anglais résidant en France, d’expédier leurs lettres par l’intermédiaire de leurs ambassadeurs. Nous avons déjà remarqué combien un abus de cette nature avait nui aux recettes des postes.

Une convention est conclue, par la médiation de M. le duc de Doudeauville, entre les maîtres de poste et les entrepreneurs des messageries, rue Notre-Dame-des-Victoires, à Paris[121]. Elle a pour objet de rendre ces derniers exempts du droit de 25 centimes envers les premiers, à la condition d’employer les chevaux de la poste à la conduite de leurs voitures.

[121] Un semblable traité n’a pu être encouragé qu’à cause des avantages qui doivent en résulter pour les maîtres de poste. On a dû chercher à compenser la privation des priviléges qui leur avaient été accordés originairement, et qui leur ont été retirés en 1790. Les exemples passés, et celui plus récent de la perte de trois cents chevaux occasionnée par le poids des voitures établies en 1791 ; l’état des routes ; les ressources présumées des maîtres de poste pour conduire avec un égal succès les nouvelles malles et les messageries qui en diffèrent, tant par leur pesanteur que par leur surcharge ; la réduction (au moins d’un tiers) des recettes sur les voyageurs, suite naturelle d’une concurrence tout au désavantage de l’administration, causée par l’infériorité des prix des messageries ; tout, dis-je enfin, a dû être subordonné à une expérience de plus de trois siècles, pour assurer à ce nouveau mode d’organisation la stabilité qui réalisera les espérances tant de fois déçues des maîtres de poste.

En établissant les malles-postes sur les principales routes du royaume, M. le duc de Doudeauville s’est proposé, sans doute, d’étendre le bienfait de cette mesure à toutes celles où le besoin des relais le commande si impérieusement.

Il est aisé de prévoir les avantages qui en résulteraient pour les maîtres de poste, dont les chevaux seraient constamment employés à leur véritable destination, pour le public qui verrait plus de sécurité dans le transport des dépêches confiées aux seuls agens de l’administration ; enfin, pour les entrepreneurs mêmes de ces services, qui, séduits par les prix toujours réduits à chaque bail qu’ils en retirent, cherchent à s’opposer, par ce faible avantage, aux concurrences qui s’élèvent continuellement. Elles cesseraient dès l’instant que l’administration userait de son privilége exclusif, et la ruine d’un grand nombre d’individus, qui ne savent sur quelle branche d’industrie porter leurs capitaux, serait arrêtée par l’effet de cette mesure aussi politique que morale.

La guerre entreprise en 1823, pour la délivrance de l’Espagne, exige de nouveau que le paiement à vue des reconnaissances adressées aux militaires de terre et de mer soit rétabli.

Elle donne lieu à une instruction réglementaire sur l’organisation des postes d’armée, dont le service ne pouvait être assujetti aux mêmes mesures que celui des postes civiles. De tout tems, dans des circonstances semblables, elles subirent diverses modifications ; mais elles furent toujours maintenues sous la dépendance de l’administration générale.

Leur composition est réglée d’après les bases suivantes : Un agent supérieur, sous le titre de commissaire[122], est chargé de les diriger. Il réside au grand quartier-général, travaille ou correspond seul avec l’intendant-général, pour tout ce qui concerne le service des postes militaires. Il a sous ses ordres des inspecteurs, des directeurs, des contrôleurs, des employés et sous-employés : on comprend sous cette dénomination les courriers et les postillons.

[122] M. le marquis de Regnon.

Il était facile de prévoir les dépenses[123] que devait occasionner la création d’un service de cette importance dans un pays où les libérateurs faisaient eux-mêmes les frais de leurs victoires ; elles se sont élevées à 2,422,167 fr. Les estafettes journalières ont beaucoup contribué à l’augmentation de ces frais.

[123] L’établissement de la ligne télégraphique de Paris à Bayonne a coûté 300,000 francs.

En 1824, ce service a subi des modifications qui ont été reglées par les conventions faites, au nom des deux puissances, par le marquis de Talaru, ambassadeur de France, et le comte Ofalia, premier secrétaire-d’état, surintendant-général des courriers et postes d’Espagne et des Indes.

On y remarque, entr’autres articles, que toutes les lettres de service de l’armée française, qui seront contresignées, seront reçues aux bureaux ordinaires de poste, et remises franches de port ;

Que les estafettes, courriers et voyageurs militaires paieront les chevaux et autres rétributions de poste sur le même pied que les courriers espagnols : ils seront, ainsi que les convois militaires, transports de vivres, équipemens et munitions, exempts des droits de chaîne établis pour l’entretien des routes ;

Que pour la sûreté des communications et de la correspondance, le gouvernement espagnol fera placer des postes qui seront disposées de manière à pourvoir au service des escortes, pour les convois, expéditions d’effets ou approvisionnemens, officiers en mission et courriers de l’armée française ;

Que les employés des postes de l’armée française seront chargés de l’expédition et de la réception de la correspondance française ; le transport des dépêches closes sera exécuté par les courriers ordinaires du service espagnol, sur toutes les routes où il n’y aura point de malle française établie. Il sera ouvert un livret d’émargement pour constater la remise qui sera faite des dépêches, tant pour le départ que pour l’arrivée, entre les deux offices français et espagnol ;

Enfin, que dans les petites garnisons et cantonnemens où il n’y aurait pas d’employés de la poste française, la correspondance pour le service arrivera contresignée, et elle sera remise, franche de port, par le directeur de la poste civile.

Plus tard, l’armée d’occupation ayant été considérablement réduite, le service des postes françaises en Espagne a été supprimé. Le transport des dépêches a lieu par l’entremise des postes espagnoles, et les payeurs de l’armée française sont chargés de les expédier et de les recevoir.

M. le comte de Kerespert est nommé administrateur des lignes télégraphiques.

Une nouvelle instruction pour la poste aux chevaux était devenue indispensable, tant pour éclairer les maîtres de poste sur leurs obligations, que les voyageurs sur leurs droits. Les nombreuses modifications apportées par les circulaires en rendaient l’interprétation sujette à des contestations sans cesse renaissantes et auxquelles il était tems de mettre un terme. Tous ces élémens rassemblés dans un nouvel ordre ne laisseront plus d’incertitude sur l’application des mesures réglementaires relatives à la poste aux chevaux.

On voit combien les heureuses réformes introduites par M. le marquis d’Herbouville, continuées avec le même succès par M. de Mezy, ont reçu de développemens par les soins de M. le duc de Doudeauville[124], sous la direction duquel l’organisation des Postes a atteint un grand degré de perfection.

[124] Il est juste de dire aussi qu’il a été parfaitement secondé, dans ces utiles améliorations, par les lumières, le zèle et l’expérience de MM. de Bouthillier, Gouin et de Rancogne, administrateurs des Postes, qui ont concouru de tout leur pouvoir à en assurer le succès.

Tout prouve que l’administration de M. le marquis de Vaulchier[125], appelé à succéder à M. le duc de Doudeauville, nommé ministre de la maison du Roi, dans cette charge aussi élevée qu’importante, ne sera pas moins remarquable que celle de ses prédécesseurs.

[125] 18 août 1824.

M. Barthe-Labastide remplace, presqu’à la même époque, M. de Bouthillier, nommé directeur général des eaux-forêts.

On a pu juger, au milieu des variations que les Postes ont subies depuis leur création, que les bases sur lesquelles elles reposent n’ont pu être renversées.

D’après l’édit de leur fondation, des relais étaient établis de quatre lieues en quatre lieues sur les grands chemins, où on entretenait des chevaux propres à courir le galop pendant leur traite ; chaque relais était dirigé par un maître chargé de conduire ou faire conduire les courriers porteurs des dépêches et munis d’un ordre du grand-maître, ainsi que les voyageurs ayant des passeports : tous les courriers devaient suivre les routes où les relais étaient montés, afin de faire constater leur activité et leur ponctualité à remettre les paquets qui leur étaient confiés.

Certes, dans ce peu de mots, il serait impossible de ne pas reconnaître l’organisation actuelle des postes. Les maîtres ont conservé leur dénomination primitive, les relais leurs distances, les courriers la même responsabilité constatée par le port d’aujourd’hui[126].

[126] Feuille signée par les agens des Postes, qui indique le nombre des dépêches que le courrier reçoit pour les remettre sur les divers points de la route qu’il doit parcourir.

Que restait-il à faire pour étendre les bienfaits de cette institution toute politique ? Il ne fallait qu’établir les relais suivant les localités, et multiplier le nombre des bureaux de poste à mesure que les relations augmentaient. Les progrès furent si rapides, qu’en moins de deux siècles on comptait plus de mille relais occupés par des maîtres de Poste, qui entretenaient des chevaux pour le service public des dépêches et des voyageurs qu’ils conduisaient en voitures ; neuf cents bureaux, où le travail des lettres dirigées avec ordre sur tous les points de la France se faisait, sous la surveillance d’inspecteurs, par des directeurs, des contrôleurs, des commis, des facteurs et des distributeurs. Tout était déjà si bien ordonné, que des cartes géographiques indiquaient la position des bureaux sur lesquels les lettres devaient être acheminées ; que des tarifs en fixaient la taxe, et que la marche des courriers n’éprouvait aucun retard, même dans la saison la plus rigoureuse de l’année.

Quels changemens remarque-t-on aujourd’hui ? Une augmentation dans les relais, qu’on peut porter à 1463 ; dans le nombre des bureaux de poste[127], qui est de 1371, non compris les distributions ; un accroissement dans les produits ; une activité aussi merveilleuse dans le travail, mais facilitée par des moyens plus perfectionnés. Quelques variations dans les dénominations attachées aux emplois supérieurs, auxquels les mêmes attributions étaient dévolues, constatent-elles une création ? Ces légères modifications ne peuvent en avoir le caractère. Mais tout ce qui tient à l’organisation des Postes se reproduit ici comme il y a plus d’un siècle. Les surintendans généraux et leurs conseils sont remplacés par les directeurs généraux et les administrateurs ; les inspecteurs remplissent les mêmes fonctions ; les directeurs chargés des mêmes opérations, ont la même responsabilité ; les contrôleurs exercent encore la même surveillance sur ce travail auquel les commis participent comme par le passé ; les facteurs, les distributeurs portent et remettent les missives de la même manière ; les courriers employés au transport des dépêches sont toujours responsables de celles qu’ils reçoivent ; les maîtres de Poste fournissent exclusivement des chevaux au terme des réglemens ; et les postillons conduisent, comme dans l’origine, les voitures, ou accompagnent les voyageurs qui courent à cheval.

[127] Il était de 1541 ; mais ce nombre a été réduit depuis plusieurs années.

Le mouvement journalier et continu qui a lieu entre Paris et les provinces, peut donner une idée du travail et des opérations des Postes.

Le nombre des lettres taxées, qui circulent annuellement par la Poste, est de 60 millions ; celles expédiées en franchise peuvent être portées à pareil nombre ; ce qui forme un total de 120 millions de lettres ou paquets transportés par la Poste.

La petite Poste perçoit annuellement, à Paris seulement, quatre millions et demi environ[128], à peu près le sixième des produits que rendent les Postes. Le maximum des recettes a lieu en janvier, et le minimum, en septembre. On jette tous les jours dans les boîtes de la capitale 25 ou 30 mille lettres, dont 8 ou 10 mille pour la petite-poste, et 35 mille feuilles périodiques ou prospectus. On met en rebut, chaque année, près de 144,000 paquets pour Paris seulement.

[128]

Les registres, états et autres imprimés[129] destinés spécialement aux opérations, soit journalières, soit mensuelles, sont multipliés à l’infini. Les réglemens, les circulaires, les ordonnances, modifiés sans cesse par de nouvelles instructions, sont aussi très-nombreux ; et, malgré tous ces détails, le travail doit être d’une célérité extrême et d’une exactitude rigoureuse dans les calculs.

[129] Ceux qui sont employés pour toutes les opérations relatives aux Postes, s’élèvent à plus de 1200.

Qu’on juge, par cet exposé d’un pareil service, de l’ordre, du soin, de la scrupuleuse attention des agens des Postes à classer, taxer et diriger ces innombrables missives, afin de leur faire suivre la seule direction convenable pour éviter le moindre retard dans la réception ; de l’intelligence nécessaire pour interpréter le code si étendu qui leur sert de guide dans ces opérations aussi délicates que rapides. Nous ne parlerons point des états et des pièces qui servent à établir une comptabilité de cette nature, et qui leur rendent la science des chiffres si familière. Il y a dans tout cela plus qu’une simple manipulation de lettres, et moins que de la routine.

L’accroissement du produit des Postes a été prompt dans l’espace d’un siècle ; mais on n’y remarque plus d’amélioration dans les époques suivantes. La comparaison des trois périodes des Postes, qui embrassent le tems où elles sont devenues profitables aux revenus du Roi, fera naître les réflexions de l’observateur.

En 1663, la ferme des Postes rapporte, pour la première fois
1,200,000
fr.
En 1788,
12,000,000
 
En 1825, régies pour le compte du Roi
12,690,000
[130].

[130] Les produits bruts des postes ont été, en 1823, de 25,350,000 fr., et sont portés, par prévision, à la même somme pour 1825. La dépense est de 12,660,000 fr. ; la taxe fictive des paquets qui circulent en franchise, peut être portée à 18,000,000.

La progression de la première à la deuxième offre une amélioration sensible, et dans l’organisation et dans les produits ; mais aucune différence notable ne paraît exister de la deuxième à la troisième, malgré les innovations qu’on a introduites dans les Postes, la surveillance qu’on exerce sur toutes les parties qui les composent, le système de comptabilité opposé à la gestion des fermiers-généraux, enfin, l’augmentation du port des lettres qu’on peut évaluer à moitié.

Si l’on voulait en chercher la cause, on la trouverait peut-être dans les moyens de correspondre qui n’ont pas multiplié les relations en les rendant plus fréquentes ; dans les frais pour faire parvenir les lettres sur les points les plus reculés du royaume, soit trois fois la semaine, soit même tous les jours, et avec une accélération telle, qu’elles mettent à peine 40 heures pour parcourir une distance de 100 lieues et être remises aux destinataires ; dans la facilité de voyager plus promptement et à bas prix, ce qui a porté la plupart des négocians et des fabricans à expédier des commis qui entretiennent ainsi les liaisons ou en forment de nouvelles. Cette facilité de se transporter rapidement d’un lieu à un autre est si remarquable, qu’où l’on mettait autrefois dix jours, il ne faut plus aujourd’hui que soixante-dix heures. Il en est de même des distances qui n’étaient parcourues qu’en trois jours et qui le sont actuellement en douze heures. Il y a, comme on le voit, économie de tems et de dépense, et par conséquent, diminution de correspondance. Ne doit-on pas aussi conclure de là que le transport frauduleux des lettres et paquets n’ait pris encore de l’extension par la fréquence des occasions moins coûteuses que la Poste.

Mais la principale raison, n’en doutons nullement, est dans l’état actuel de la société dont les postes ont étendu successivement les relations, satisfait les besoins, multiplié les ressorts, et établi, par un concours réciproque et régulier, ce mouvement nécessaire à sa conservation. Tant que ce but n’a pas été atteint, les avantages qu’elles lui procuraient ont dû être en proportion de la perfection vers laquelle tendait cet établissement. Il y semble parvenu, et on ne doit pas raisonnablement espérer de voir les produits des postes subir d’augmentation notable.

Ce qui appartient essentiellement à notre époque, c’est l’ordre introduit dans les recettes et les dépenses par des hommes habiles qui ont perfectionné les nouveaux systèmes de comptabilité ; c’est cet ensemble de tant de rouages et d’opérations portées à l’infini et ramenées, avec un art surprenant, au point central d’où tout émane ; ce sont, enfin, ces bases larges sur lesquelles repose une administration tellement importante que rien ne peut en entraver la marche rapide et régulière, ni en suspendre, sans danger pour la société, le mouvement continu.

Cette institution, n’en doutons point, reprendra toute son influence primitive sous un Roi qui, à l’exemple de ses prédécesseurs, est si digne de la faire fleurir dans l’intérêt de la morale publique ; et les postes, enfin, seront moins considérées par leurs produits que par leurs rapports politiques et sociaux.