[93] M. Chappe fut nommé ingénieur des télégraphes avec les appointemens de lieutenant du génie.

[94] De Bruxelles à Paris, le télégraphe pouvait transmettre les avis en 25 minutes. Il fut décidé que le comité d’instruction publique nommerait deux commissaires pour suivre les opérations, et qu’il serait alloué 6000 fr. pour les frais de cet essai. Plus tard [1797], MM. Breguet et Betencourt soumirent un projet de télégraphe. Les Anglais, qui ont une espèce de signaux de ce genre, les avaient déjà établis sur leurs côtes, d’où ils répondaient tous à Londres.

[Moniteur.]

[95] La prise de Condé.

[96] On l’appela Nord-Libre.

Ce résultat ne laissa rien à désirer sur l’utilité d’un procédé si merveilleux. Il serait même difficile de décrire la sensation que produisit, non-seulement en France, mais par toute l’Europe, la découverte d’une machine dont les formes sont visibles, les mouvemens simples et faciles, qui peut être transportée et placée partout, qui résiste aux plus grandes tempêtes, donne assez de signaux primitifs pour faire de ces signes une application exacte aux idées, qui les transmet dans tous les lieux et à quelque distance que ce soit.

Elle n’exige qu’un signe par idée et jamais plus de deux ; ce qui est très-remarquable, dit le rapport décennal (1810), comme ayant donné naissance à une langue nouvelle, simple et exacte, qui rend l’expression d’une phrase par un seul signe.

La poste télégraphique, qui se compose de toutes les lignes qui, partant de Paris[97], vont aboutir aux points extrêmes du royaume, est dirigée par trois administrateurs qui sont : MM. le comte de Keresperts, Chappe Chaumont et Chappe d’Arcis. Il y a un directeur et un inspecteur à chaque point principal, et des employés à chaque station pour exécuter, sans les comprendre, tous les mouvemens ordonnés d’une direction à l’autre.

[97] L’administration des télégraphes est rue de l’Université. Paris compte cinq télégraphes : l’un à l’hôtel de l’administration, l’autre au ministère de la marine, un troisième à l’église des Saints-Pères, les deux derniers sur les tours de Saint-Sulpice. Les nouvelles de Calais arrivent à Paris, en trois minutes, par 27 télégraphes ; de Lille, en deux minutes, par 22 télégraphes ; de Strasbourg, en 6 minutes, par 46 télégraphes ; et de Brest, en 8 minutes, par 80 télégraphes.

Les télégraphes dépendans de la direction de Saint-Malo, par exemple, sont au nombre de sept[98] du côté de Paris, et de trois[99] du côté de Brest. De l’instant où se fait le dernier signal à Saint-Malo, jusqu’à l’arrivée de la réponse de Paris, il s’écoule 14 ou 15 minutes.

[98] Saint-Medon, Mondoc, la Masse, le Mont-Saint-Michel, Avranches, la Bruyère, la Rivière, la Tournerie, les Hébreux, la Chapelle-Riche, Landigère.

[99] Tertre-Guérin, Saint-Caast, Villeneuve.

On sait jusqu’à quel point on a multiplié les lignes télégraphiques, et avec quelle facilité on applique ce moyen suivant les lieux et les circonstances. A toute heure, à toute minute, des points les plus importans du royaume, on peut transmettre à la capitale et en recevoir instantanément les avis les plus intéressans.

La ligne télégraphique[100] de Paris à Lille fut établie en 1794.

[100] Elle fut prolongée jusqu’à Dunkerque en 1799. A cette époque, des travaux semblables eurent lieu sur Strasbourg et Huningue, Brest et Saint-Brieux. En 1803, on communiqua, par ce moyen avec Bruxelles ; avec Boulogne, Flessingue et Anvers, en 1809 ; et, un an plus tard, avec Amsterdam. En 1805 Milan correspondait avec Paris par le télégraphe. Cette ligne fut étendue, vers 1810, sur Venise et Mantoue. L’année de la restauration, Lyon fut en relation avec Toulon. La guerre d’Espagne, arrivée en 1823, nécessita l’établissement d’une ligne de télégraphes de Paris à Bayonne. [Moniteur.]

Le port[101] des lettres est augmenté et porté, en 1795, pour celles dites simples, ne pesant pas un quart d’once, à cinq sous dans l’intérieur du même département ; extérieurement jusqu’à 20 lieues, à six sous ; et, pour les autres distances, dans une progression réglée par le tarif.

[101] Plus tard, la taxe des lettres, dans toute l’étendue de la France, réglée sur les distances, est réduite à 4 sortes ; savoir : dix sous pour une distance de cinquante lieues, à compter du point de départ ; quinze sous à cent lieues, vingt sous à cent cinquante, vingt-cinq sous pour toute distance au-delà de 150 lieues.

Le port des lettres, pour l’intérieur des villes, est fixé à trois sous.

Une administration générale[102], composée de douze membres, est établie pour remplacer les trois agences supprimées de la poste aux lettres, de la poste aux chevaux, des messageries. Elle nécessite la création d’une place de caissier-général des postes.

[102] MM. Caboche, Rouvière, Gauthier, Déaddé, Baudin, Boulanger, Joliveau, Sompron, Tirlemont, Vernissy, Rose et Catherine Saint-Georges.

Les tarifs de la poste aux lettres et de la poste aux chevaux éprouvent des changemens provoqués par la dépréciation du papier-monnaie. On paie pour la lettre simple, par exemple, jusques et compris 50 lieues, deux livres dix sous. Chaque maître de poste reçoit cent cinquante livres en assignats par poste et par cheval, et chaque postillon cinquante francs.

La taxe[103] des lettres varie encore en 1796.

[103] Les lettres du poids de demi-once ne paient que trois décimes dans la distance de cinquante lieues et au-dessous ; cinq décimes jusqu’à cent ; sept décimes jusqu’à cent cinquante ; et neuf décimes au-dessus de cent cinquante lieues de distance.

Afin, dit le Conseil des Cinq Cents dans son arrêté, d’encourager la libre communication des pensées entre les citoyens, et d’augmenter les revenus publics, le prix des journaux présentés à l’affranchissement ne sera que de quatre centimes par feuilles, et celui des livres brochés de cinq centimes.

Le tarif[104] du port des lettres subit encore des modifications : il rappelle plusieurs articles de celui de 1759.

[104] Le prix de la lettre dite simple, au-dessous de demi-once, est de deux décimes dans l’intérieur du même département ; d’un département à un département, de vingt-cinq centimes.

Les lettres adressées aux militaires sous les drapeaux, par une exception bien entendue, ne paient que quinze centimes, quelles que soient les distances.

La facilité accordée aux particuliers de pouvoir charger leurs lettres et paquets, à la condition d’en payer le double du port ordinaire, imposait l’obligation à l’administration responsable de fixer l’indemnité due en cas de perte des lettres : elle était précédemment de trois cents francs, et se trouve réduite à cinquante.

Un nouveau décret supprime, en 1797, le droit de franchise des lettres par contre-seing. Il est accordé une indemnité de 68 mille francs par mois au conseil des Anciens et à celui des Cinq-Cents pour remplacer ce privilége.

Une société anonyme est formée, à Paris[105], pour l’entreprise générale des messageries.

[105] Rue Notre-Dame-des-Victoires.

Les frais d’administration des postes pour la présente année s’élèvent à neuf millions, dans lesquels la taxe d’entretien des routes figure pour 600,000 fr.

Le décret qui ordonne l’établissement des postes dans les colonies, porte que le produit de la ferme des bacs des passages des rivières et des postes, sera versé au trésor public de chaque colonie.

Les fonctions du commissaire du directoire exécutif, près l’administration des postes, sont déterminées, en 1798, par des instructions.

Les nouveaux arrêtés sur le transport frauduleux des lettres reproduisent les anciens réglemens. Ce n’est pas la première fois qu’après avoir tout détruit on se voit forcé d’édifier sur les bases anciennes.

Il était tems qu’un établissement aussi utile que celui de la poste aux chevaux fût authentiquement reconnu par une loi dans toute l’étendue de la France. Il est suivi, en 1799, d’un réglement sur ce service.

La poste aux lettres, par suite de l’annulation du bail, est administrée par une régie intéressée, à laquelle il est accordé huit millions pour les dépenses d’exploitation. Les cinq membres qui la composent sont MM. Anson, Forié, Auguié, Sieyes et Bernard, près desquels M.r La Forêt est placé comme commissaire du gouvernement.

M. Duvidal est nommé inspecteur général près l’administration des postes, au lieu des deux substituts du commissaire du gouvernement, qui avaient été précédemment établis.

Les lettres sont taxées[106] en francs et en décimes, et il ne doit être fait usage que des nouveaux poids.

[106] A cette époque, une lettre de Lyon coûtait onze sous ; de Grenoble, 12, et de Bayonne et Marseille, 13.

La taxe[107] des lettres est fixée en raison des distances à parcourir par la voie la plus courte, d’après les services des postes aux lettres existans.

[107] Pour la lettre dite simple, au-dessous du poids de 7 grammes jusqu’à la distance de 100 kilomètres inclusivement, deux décimes, etc.

Les administrateurs jouissent enfin, en 1800, du privilége de nommer à tous les emplois : les inspecteurs ne peuvent être choisis que parmi les employés des postes et sur la présentation du commissaire.

Le ministre des finances arrête tous les états de dépense.

Les abus qui s’introduisent de nouveau dans le transport frauduleux des lettres, provoquent encore, en 1801, la mise en vigueur des anciens réglemens.

On est forcé, après tant d’essais infructueux, de rentrer dans la voie régulière dont on n’aurait pas dû s’écarter ; la licence était réprimée ; et on sentait, en 1802, le besoin de ramener l’ordre dans une partie d’où il semblait être banni par les changemens successifs qu’on y avait opérés dans l’espace de quelques années.

Nous remarquons aussi que c’est de cette époque que la poste aux lettres semble avoir été dans une dépendance plus directe du ministère des finances.

Le poids des lettres est modifié : elles ne sont plus considérées comme simples lorsqu’elles pèsent 6 grammes, et la progression relative est établie par des tarifs.

M. Benezet remplace M. Duvidal dans la place d’inspecteur général près l’administration des postes.

On sait qu’il existait dans toutes les villes, et particulièrement dans les ports de mer, des établissemens sous la dénomination de petite-poste destinés aux correspondances locales et à celles d’outre-mer. Le public y déposait ses lettres, et elles étaient expédiées avec soin par chaque bâtiment partant. Les capitaines à leur retour transmettaient par la même voie celles qu’ils rapportaient des colonies.

Cette poste maritime, si active et si utile avant les jours orageux de notre révolution, devait nécessairement rentrer dans les attributions d’une administration qui seule pouvait exploiter un service de cette nature avec la sécurité réclamée par la société. Il ne s’agissait pour cela que d’user exclusivement du privilége dont on ne pouvait contester la légitimité à une institution toute royale, et d’en régulariser l’organisation. On rappela de nouveau la défense faite de tout tems aux personnes étrangères aux postes de s’immiscer dans le transport des lettres et paquets ; et on obligea les capitaines de faire connaître aux directeurs des postes, dans les ports où leurs bâtimens seraient en chargement, au moins un mois à l’avance, l’époque présumée de leur départ, afin de ne pouvoir appareiller que munis d’un certificat de cet agent, qui constatât qu’ils avaient reçu les malles destinées pour les lieux où ils déclaraient devoir se rendre. Les mêmes formalités exigées au retour ont suffi pour donner depuis plus de garantie à cette nouvelle branche de correspondance. Divers articles ont réglé l’indemnité accordée aux capitaines qui déposent leurs dépêches aux bureaux de poste, et le port, toujours perçu d’avance, auquel le public est assujetti. On sent que la régularité et l’accélération d’un pareil service dépendent de l’activité du commerce d’une nation. Elles sont telles, en ce moment pour la France, que les relations des colonies avec la métropole n’éprouvent pas la moindre interruption ; et il arrive fréquemment que des distances[108] de plus de 2400 lieues sont franchies en moins de trois mois.

[108] Une des traversées les plus remarquables est celle de la frégate française la Méduse qui s’est rendue de France aux Indes en 86 jours.

La correspondance par mer n’était cependant pas nouvelle. Elle avait eu lieu de tout tems avec l’Angleterre, par le moyen de paquebots[109] destinés à transporter les dépêches. Les communications avec les diverses îles de la Méditerranée et de la Manche ne pouvaient être entretenues que d’après ce mode.

[109] En anglais packet boot qui signifie bateau à paquets. Chacune des deux nations faisait le transport de ses dépêches. L’Angleterre, par la suite, en fut chargée exclusivement ; mais Louis XVI rétablit le mode de transport comme dans l’origine.

Lorsque nous avons parlé d’un bateau mécanique, appelé poste par eau, nous ne prévoyions pas qu’on verrait plus tard des bâtimens, mis en mouvement par le feu, refouler le courant de nos fleuves les plus rapides, et multiplier les communications avec une régularité surprenante.

Un bateau à vapeur fait le service de Douvres à Calais. Les entreprises de ce genre se répandent chaque jour, soit pour le transport des voyageurs, soit pour celui des marchandises sur la Garonne, la Loire, la Charente, l’Adour, la Gironde et la Seine. On a établi sur le canal des Deux Mers, des bateaux à vapeur à une seule roue derrière substitués aux bateaux de poste, qui feront le trajet de Toulouse à Agde en moins de 36 heures. Un service de transport pour les marchandises rendra régulièrement celles-ci, partant de Toulouse pour Beaucaire en moins de six jours. On organise également un service de ce genre de Lyon à Beaucaire. Bientôt on communiquera aussi à nos possessions d’outre-mer par ce moyen rapide et ingénieux. Le bateau à vapeur de l’état, la Caroline, primitivement le Galibi, est destiné à naviguer de Cayenne à Lamana.

L’Angleterre s’attribue en vain l’honneur de cette découverte, parce qu’un nommé Jonathas Hulls, dit M. Marestier, auteur d’un mémoire sur les bateaux à vapeur, prit, en 1736, un brevet pour l’application de ce moteur à la remorque des vaisseaux. Il paraît que rien n’était préparé pour un essai, et que l’inventeur et l’invention tombèrent dans l’oubli. Les droits des Français, à la même découverte, sont plus authentiques ; ce sont des ouvrages imprimés, des essais encore défectueux, mais qui mettaient sur la voie et qui promettaient déjà quelques succès.

James Watt en Angleterre, et Robert Fulton[110] aux Etats-Unis, ont les premiers perfectionné ce procédé. Mais la supériorité, dont l’Angleterre est si fière de nos jours, est encore due à un ingénieur français, M. Brunel.

[110] En 1803, Fulton, qui se trouvait à Paris, construisit et fit manœuvrer sur la Seine un bateau qui remonta la rivière avec une vitesse de plus de cinq quarts de lieue par heure.

L’affranchissement des lettres et paquets, pour les pays conquis, est réglé, en 1803, par divers arrêtés.

Les produits de l’administration des postes, jusqu’à la concurrence de 10 millions, seront versés directement à la caisse d’amortissement pour être employés aux opérations dont cette caisse est chargée, et l’excédant au trésor public.

M. Lavalette est nommé commissaire du gouvernement près les postes, place que MM. La Forêt et Gaudin avaient remplie avant lui.

L’uniforme des postillons et autres employés des relais, se distingue par une broderie ou galons or et argent, suivant les grades : la veste bleue, la culotte chamois et les boutons blancs sont exigés pour tous.

Une loi règle les époques de l’ouverture et du brûlement des rebuts, ainsi que du dépôt, au trésor public, des objets de valeur[111].

[111] Par la loi du 7 nivose, an 10, les uns seront ouverts de suite et les autres au bout de six mois, un an et même deux ans. Tous seront brûlés de suite, s’ils sont sans intérêt. Les délais de garde pour les objets importans, à dater du mois de leur mise à la poste, n’excéderont pas cinq ans. On transmettra, à cette époque, au trésor royal, ceux qui auront de la valeur.

Le produit des postes, en 1804, est évalué 10 millions.

Les postes, jusqu’à cette époque sous la surveillance d’un commissaire du gouvernement, prennent une forme nouvelle par la suppression de cette place et la création de celle de directeur-général, dont les attributions, plus étendues, rappellent davantage l’ancienne organisation du service des postes. C’est à M. Lavalette que cette importante direction est confiée.

Les priviléges accordés aux maîtres de poste n’avaient eu d’autre but que de maintenir un établissement tant de fois compromis par des mesures inconsidérées. On est forcé de reconnaître la légitimité de ces droits, si anciens, en cherchant enfin à opposer des entraves aux entreprises multipliées qui s’élèvent de toutes parts. C’est encore d’après l’expérience qu’il est décidé, en 1805, que tout entrepreneur de voitures publiques et de messageries, qui ne se servira pas des chevaux de la poste, sera tenu de payer, par poste et par cheval, à chacune de ses voitures, vingt-cinq centimes au maître du relais dont il n’emploiera pas les chevaux.

Il paraît un réglement sur les relais.

Les routes sur lesquelles les maîtres de poste sont chargés du transport des malles, tant à l’aller qu’au retour, sont déterminées par un décret.

En 1806, il est établi une nouvelle progression pour la taxe des lettres et paquets, calculée par tableaux qui remplacent l’ancien tarif, intitulé Copie de Nomenclature Matrice.

Après les désordres introduits par suite des événemens politiques, il n’est peut-être pas indifférent de faire remarquer la décision ministérielle qui attribue, en 1807, la franchise aux mandemens que nosseigneurs les archevêques et évêques adressent aux ecclésiastiques de leurs diocèses.

Il est défendu, en 1808, d’admettre dans les malles aucun voyageur, s’il ne s’est conformé au décret qui change le papier fabriqué spécialement pour les passeports.

Les divers changemens survenus dans l’organisation des postes nécessitent de nouveaux réglemens qui donnent lieu à la rédaction de la deuxième instruction générale sur ce service[112].

[112] Après une nouvelle période de seize ans, une troisième instruction deviendrait d’une grande utilité pour suppléer à l’interprétation des nombreuses circulaires qui ont modifié la deuxième. La stabilité qui semble attachée aux mesures récemment adoptées dans toutes les parties du système administratif des postes, ne laisserait plus la moindre incertitude sur l’application de tant d’élémens épars.

La société anonyme, formée à Paris, rue Notre-Dame-des-Victoires, pour l’entreprise des messageries, est autorisée, en 1809, à continuer d’exister jusqu’au 31 décembre 1840. Cet établissement est spécialement chargé du transport des fonds du gouvernement.

Les articles d’argent, jusqu’à la concurrence de cinquante francs, sont payés à vue aux militaires et autres personnes attachées aux armées.

Il est accordé des remises aux directeurs sur leurs versemens d’espèces dans les caisses des receveurs du trésor, et la permission, en outre, de les faire en traites à deux usances.

L’affranchissement des lettres simples destinées aux militaires de tous grades sous les drapeaux, porté, jusqu’à ce jour, à quinze centimes, est élevé, en 1810, à vingt-cinq centimes, et n’a lieu seulement que pour celles adressées aux sous-officiers et soldats.

Aucun livre imprimé à l’étranger ne peut entrer en France sans la permission du directeur-général de la librairie et de l’imprimerie.

Le tarif subit de nouvelles modifications.

La correspondance entre la France et la colonie de Batavia, est établie régulièrement deux fois par mois.

Toute relation avec l’Angleterre est suspendue en 1811, et le brûlement des lettres est ordonné, tant pour celles qui en proviennent, que pour celles qu’on y expédie.

Quelques mois plus tard, cette interdiction fut levée avec restriction. Cette facilité dura peu, et toute communication fut encore suspendue.

L’année 1812 n’offre rien de remarquable sur les postes. En 1813, on établit un service régulier de postes françaises en Turquie.

L’invasion du territoire français, par les puissances alliées de l’Europe, en 1814, nécessite la suspension des correspondances avec les pays conquis, et provoque des dispositions relatives à l’évacuation des bureaux de poste à leur approche.

M. de Bourienne, ancien conseiller-d’état, succède à M. Lavalette dans la place de directeur-général des postes.

Il règne une grande confusion dans cette administration. Les employés qui avaient été forcés de suspendre leurs fonctions, sont prévenus de les reprendre.

Toutes les lettres restées au rebut depuis trois ans, par suite des événemens, sont expédiées pour leur destination. Le service ne souffre pas d’interruption pendant l’invasion de la France. Le baron de Saken, gouverneur-militaire de Paris, assure, au nom des puissances alliées, une protection spéciale aux relais et aux bureaux de poste.

Tels sont les actes qui préparent le retour de l’autorité légitime en France.

Les relations interrompues avec les diverses nations reprennent peu à peu leur ancienne activité.

M. de Bourienne, nommé directeur-général des postes sous le gouvernement provisoire, est remplacé par M. le comte Ferrand, ministre-d’état. C’est la première nomination faite aux postes depuis le rétablissement de la maison de Bourbon.

M. le comte de la Prunarède est nommé adjoint aux inspecteurs des postes et relais.

Le paiement des reconnaissances à vue, aux militaires, n’a plus lieu.

Quelques mesures réglementaires signalent, en 1815, la courte administration de M. le comte Ferrand. Une catastrophe inouïe devait ramener M. Lavalette à la tête des postes, en même tems que le trône de nos rois était usurpé une seconde fois.

Cet interrègne de cent jours jette une nouvelle confusion dans les postes. Mais, au retour de l’ordre, M. le comte Beugnot, ministre-d’état, appelé à leur tête, s’exprime ainsi :

C’est dans son sein (du souverain légitime) qu’il faudrait se réfugier quand la providence n’y aurait pas placé le cœur d’un père. Il parle ensuite de l’ancienne sagesse, de la probité, et surtout de l’attachement au roi qui a signalé de tout tems l’administration des postes. Cet établissement, ajoute-t-il, dont la France a l’honneur d’avoir donné l’exemple au reste de l’Europe, est tout royal. C’est à la protection spéciale de nos souverains qu’il est redevable des développemens et de l’espèce de perfection qu’il semble avoir obtenue.

Tels sont les principes rassurans que professent les hommes d’état chargés de diriger une des branches les plus importantes de l’administration publique sous le règne doux et paternel des Bourbons.

Les Directeurs adressaient, à la caisse générale des postes à Paris, les fonds provenant de leurs recettes : ce mode est remplacé par celui des versemens de ces produits aux caisses des receveurs particuliers du trésor.

Sur la fin de 1815[113], M. le marquis d’Herbouville, pair de France, est élevé à la place de directeur-général des postes. Il se montre pénétré de l’importance de l’administration qu’il est appelé à diriger, en cherchant à l’entourer d’une grande considération.

[113] Octobre.

Il avait beaucoup à réformer après les désordres causés par deux invasions si rapprochées ; et son premier soin est de régulariser toutes les mesures temporaires, nécessitées par des circonstances si impérieuses.

Il établit, en 1816, une division de comptabilité centrale, chargée de décrire, d’une manière précise, la situation de tous les agens de l’administration sur toutes les parties du service, et de pouvoir la faire connaître tous les jours, ainsi que celle de l’administration elle-même.

C’est à ses soins prévoyans qu’on doit le maintien de la caisse des pensions, qui avait éprouvé un déficit considérable par suite des désordres passés. Il y parvient au moyen d’une augmentation sur la retenue des appointemens, qui, de 3 francs 50 centimes, devait être portée temporairement à 5 pour cent, taux auquel elle est encore perçue aujourd’hui.

Si l’établissement de la caisse des pensions fut un bienfait, cette mesure conservatrice inspirera une reconnaissance égale à celle attachée à sa création.

Le cautionnement en immeubles, fourni jusqu’à ce jour par les directeurs des postes, est exigé en numéraire.

Les résultats que M. le marquis d’Herbouville se promettait d’atteindre par la marche juste, ferme, et indépendante qu’il suivait avec persévérance, ne devaient pas avoir lieu sous son administration.

M. Dupleix de Mezy est appelé à le remplacer[114].

[114] Novembre 1816.

Les sommes déposées, sous le titre d’articles d’argent, qui circulaient de bureau à bureau pour être remises dans les mêmes espèces aux destinataires, sont expédiées directement à Paris. Cette amélioration remédiait en partie à un mode reconnu vicieux, dès l’origine, par l’inconvénient qu’il entraînait de tenter la cupidité des malfaiteurs. Ces paiemens sont effectuées avec les recettes ordinaires du produit des postes, ou, en cas d’insuffisance, par le moyen des fonds de subvention, c’est-à-dire des sommes que les directeurs sont autorisés à toucher chez les receveurs du trésor.

Des bateaux à vapeur font le transport des dépêches et des voyageurs de Calais à Douvres. Ils sont, comme les anciens paquebots, pour le compte de l’administration des postes, et sous la surveillance du directeur des postes de Calais.

Les administrateurs des postes sont supprimés. Un conseil, auquel on attribue les mêmes pouvoirs, les remplace. Il est composé de trois membres qui sont : MM. Gouin, Boulenger et Molière la Boulaye, chefs de divisions aux Postes. Il ne leur est point accordé de supplément de traitement. Celui du directeur-général est réduit à 60,000 fr.

Les réglemens sur les franchises et contre-seings, que de nombreuses circulaires avaient modifiés au point d’en rendre l’usage nuisible aux produits des postes, sont rétablis, par une ordonnance royale, sur des basses plus conformes à l’administration actuelle du royaume.

Les relais, dont l’exploitation à part coûtait annuellement 800,000 fr., sont réunis aux postes. On supprime les inspecteurs chargés de ce service, connus anciennement sous la dénomination de visiteurs des relais, et les inspecteurs de la poste aux lettres exercent ces nouvelles fonctions. Leur nombre, par suite de cette réduction, est de trente[115] ; ils ont chacun, à quelques exceptions près, trois départemens dans leurs divisions.

[115] Les attributions des inspecteurs des postes, déjà si importantes par elles-mêmes, ont été étendues par là indistinctement à toutes les parties du service. On ne pourrait aujourd’hui, sans danger, apporter de suppression dans le nombre de ces agens, interposés entre l’administration supérieure et ses subordonnés pour exercer une surveillance de tous les jours, de tous les instans. La perfection actuelle du travail nécessiterait même qu’on l’augmentât pour le rendre égal à celui des départemens. L’action des inspecteurs, devenue alors plus directe, serait par conséquent plus rapide, et agirait avec plus d’efficacité sur une étendue réduite à un rayon dont ils pourraient atteindre les extrémités dans un court espace de tems. Ils n’auraient plus de raisons légitimes pour ajourner indéfiniment des déplacemens toujours utiles et souvent urgens. A la tournée annuelle, à laquelle ils sont tenus, se joindraient les vérifications extraordinaires propres à rectifier, à l’instant même, des erreurs qui peuvent se reproduire quelquefois pendant tout le cours d’une année.

L’administration centrale imprime un mouvement continu et réciproque à cette multitude de bureaux répandus sur toute la France ; mais les inspecteurs le dirigent et rétablissent sans cesse l’harmonie que tant de causes accidentelles détruisent constamment. Si quelque désordre s’y introduisait, et que l’on fût privé de ce moyen puissant de répression, que d’inconvéniens prendraient un caractère de gravité avant que le mal fût connu et qu’il eût été possible d’y apporter un remède, peut-être inutile, par suite de tant de retards ? Mais l’inspecteur, sentinelle avancée, est là, toujours prêt à se porter sur tous les points où sa présence l’exige, pour constater la situation des caisses, suivre le travail des bureaux, examiner la tenue des écritures et la régularité des opérations. Les instructions sont-elles mal interprétées, il en éclaircit le sens, il décide les questions douteuses, intervient dans les plaintes et les contestations du public, dont il repousse ou accueille les réclamations ; justifie les employés que l’on taxe d’exigeance lorsqu’ils opposent leurs devoirs à des prétentions souvent injustes et toujours exagérées. Cette intervention donne un caractère plus légal à des mesures qui paraissent arbitraires, rassure des intérêts froissés en apparence, et conserve à l’administration et à ses agens la plus noble de leurs prérogatives, la confiance. L’inspecteur ne borne pas là sa surveillance : il doit s’étudier à connaître les améliorations continuelles à introduire, soit dans la multiplicité des communications, les changemens, la suppression d’anciennes correspondances que le tems a rendues inutiles ou surabondantes, ou l’établissement de nouvelles nécessitées par l’activité du commerce ou les progrès de l’industrie locale ; soit enfin dans l’entretien et la réparation des routes, dont aucun fonctionnaire public ne peut mieux que lui apprécier l’état, ni donner de renseignemens plus positifs pour conserver avec avantage un moyen si puissant de prospérité.

Ses observations sur les relais ne se réduisent pas aux simples formalités d’un procès-verbal, servant à constater que le nombre de chevaux qu’on y entretient est conforme aux réglemens. Il faut qu’il s’assure s’ils sont appropriés aux besoins des localités ; qu’il encourage les maîtres de poste à d’utiles réformes, et qu’il leur soumette des vues que l’expérience a confirmées, afin d’attacher aux relais ce principe conservateur qui fait la sécurité de l’état et l’avantage du maître de poste. Nous sommes persuadé qu’une émulation soutenue suffirait pour leur donner ce caractère d’activité durable, que l’on remarque sur certaines lignes, et qu’on est loin de retrouver sur tant de points. L’inspecteur qui éclairerait constamment le maître de poste sur ses propres intérêts, si intimement liés avec ceux du gouvernement, en lui portant le fruit de ses lumières et en le guidant avec prudence dans l’exploitation de cette branche si féconde d’industrie, atteindrait ce but en peu d’années.

Occupé à faciliter le transport des dépêches, l’inspecteur prévient encore les obstacles qui pourraient en suspendre la circulation ; il réprime les abus de la fraude. Enfin, rien ne doit échapper à ses investigations. Sans cesse en activité, il donne à ses rapports ce haut degré d’utilité et d’exactitude qui ressort de la connaissance approfondie des lieux et des choses propres à éclairer l’administration sur ses véritables intérêts, sur la conduite de ses agens et sur les vœux de la société.

Cette organisation, telle que nous la concevons, loin d’entraîner un surcroît de dépense, produirait une économie qui pourrait s’élever successivement à 150,000 fr., décuplerait en outre les recettes de certains bureaux, donnerait plus d’activité au service, un degré de confiance de plus au public, et ne nuirait en rien ni aux droits ni aux avantages acquis des titulaires actuels, puisqu’elle s’obtiendrait par extinction.

Dans toute amélioration, la première considération à observer, c’est d’opérer le bien sans secousse, et de ménager, avec délicatesse, des intérêts qu’on est forcé de froisser, en ne les sacrifiant pas trop facilement, par un principe plus spécieux que juste, à l’avantage général.

Il est aisé de se convaincre, par ce faible exposé, de l’immensité des charges de l’inspecteur, et de la responsabilité morale qui pèse sur lui. Son travail demande autant de lumières que de conscience. Juge intègre, il ne peut ni céder aux sollicitations, ni s’abandonner à ses préventions. La justice est son guide. Le sort des employés est dans ses mains. Pénétré de l’importance de fonctions aussi délicates, on sent que l’expérience n’est pas la moindre qualité qu’on soit en droit d’exiger de lui.

Si la prospérité à laquelle les postes sont parvenues est due en partie aux inspecteurs, la reconnaissance attachée à leurs services serait un titre suffisant pour les maintenir, lors même que l’impérieuse nécessité n’en ferait pas une loi. Cette vérité est encore consacrée par le tems. Un agent spécial, revêtu de semblables attributions, tient donc essentiellement à l’ensemble de tout bon système administratif ; et si, par cas fortuit, une seule raison pouvait être opposée à ce principe conservateur, mille s’élèveraient en leur faveur pour plaider leur cause et maintenir leurs droits.

Il est accordé à chaque directeur une remise de sept huitièmes pour cent sur le deuxième net de sa recette, et celle de demi pour cent sur les articles d’argent acquittés avec les fonds de sa recette, ou par le moyen de ses ressources particulières. Ils jouissaient déjà de celle de deux et demi pour cent sur la recette des produits des places des voyageurs dans les malles-postes.

La nécessité d’améliorer le sort des employés des postes a toujours été reconnue ; et les mesures temporaires qu’on a prises à diverses époques semblent faire espérer qu’en cherchant à parvenir à ce but, on l’atteindra. Le mode des remises est celui qui a prévalu jusqu’à ce jour pour les directeurs[116].

[116] Ne pourrait-on admettre des bases plus fixes. L’importance des produits, celle des localités, serviraient, entr’autres considérations, à établir la progression convenable pour chaque direction. D’ailleurs, n’aurait-on pas égard à la responsabilité à laquelle est soumis l’employé des postes dans un travail de cette nature, et à l’assiduité si constante qu’il exige et qui devient telle, qu’elle ne lui laisse aucun jour, aucun moment même dans le jour dont il puisse disposer. N’est-il pas, en outre, des obligations sociales auxquelles assujettit naturellement une administration dont le rang élevé doit être soutenu dignement. Cependant, nous ne croyons pas qu’on observe à l’égard des agens des postes la proportion établie pour ceux des autres parties. Par exemple, le directeur d’un bureau placé dans une ville dont la population est de 80,000 ames, et celui où elle n’est que de 5000 habitans, qui touchent, le premier, 4000 fr., et le second 1200 fr., ont-ils un traitement comparativement égal à celui des autres fonctionnaires. Une question de cette importance, que nous ne faisons qu’indiquer, nous semble de nature à donner lieu à d’utiles réflexions.

Espérons qu’après les résultats importans obtenus par les diverses améliorations qui ont eu lieu et que nous remarquons encore, l’administration qui exerce une sollicitude si paternelle sur ses nombreux agens, remplira le vœu qu’ils forment tous de voir enfin leur traitement éprouver une augmentation proportionnelle.

Le service du transport des dépêches et des voyageurs a lieu, en 1818, par le moyen de malles-postes d’une construction élégante et commode. Cette mesure, tout entière dans l’intérêt des maîtres de poste, très-coûteuse dans son principe, est provoquée par la diminution successive des voyageurs, qui préféraient aux malles établies en 1791 les voitures publiques perfectionnées de plus en plus.

Pendant les années 1819, 1820, 1821, les changemens successifs opérés dans toutes les branches de l’administration y apportent d’heureuses améliorations. Elles sont tout à la fois dans l’intérêt du trésor, auquel elles offrent plus de garantie ; et, dans celui des comptables, dont elles tendent encore à accroître la sécurité.

La poste aux lettres, par la nature de ses produits, avait un système de comptabilité qui n’était nullement en rapport avec celui des administrations financières. Les directeurs n’arrêtaient leurs comptes mensuels et d’années, qu’après la réception des dernières dépêches[117] expédiées par leurs correspondans pendant le cours de la même période mensuelle, quoiqu’elles ne leur parvinssent le plus ordinairement que dans les premiers jours qui suivaient le mois auquel elles se rapportaient. On avait tenté infructueusement divers moyens pour remplacer ce mode peu conforme aux nouvelles mesures introduites dans les opérations des postes. Une transition heureuse, longtems cherchée, y conduisit. Elle consista à substituer tout simplement la date de réception des envois à celle d’expédition. Alors l’irrégularité apparente, qu’on ne considérait comme telle que parce qu’elle consistait dans une exception (conséquence de l’exception que forment elles-mêmes les postes à l’égard des autres administrations), disparut. Mais l’ancien mode de comptabilité, très-ingénieux dans son ensemble, puisqu’il avait lieu par le moyen du contrôle réciproque des états tenus contradictoirement dans chaque bureau, était également très-satisfaisant dans ses résultats. Il est vrai de dire que le nouveau, en offrant la même exactitude, a l’avantage, si c’en est un, de rendre l’interprétation des écritures plus facile aux personnes étrangères aux postes ou peu familiarisées avec leur pratique.