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VOYAGE
DANS
LA MARMARIQUE ET LA CYRÉNAÏQUE.
IMPRIMERIE DE FIRMIN
DIDOT,
IMPRIMEUR DU ROI ET DE L’INSTITUT,
RUE JACOB, No 24.
ACCOMPAGNÉE
DE CARTES GÉOGRAPHIQUES ET TOPOGRAPHIQUES,
ET DE PLANCHES
REPRÉSENTANT LES MONUMENTS DE CES
CONTRÉES.
Par M. J. R. Pacho.
Ouvrage publié sous les auspices de S. E. le Ministre de l’Intérieur.
Dédié au Roi.
PARIS.
LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT PÈRE ET
FILS,
RUE JACOB, No 24.
MDCCCXXVII.
Au Roi.
Sire,
Parmi les contrées illustrées par d’antiques souvenirs, la Cyrénaïque, une des plus interessantes à connaître, restait néanmoins peu connue. La géographie et l’histoire demandaient dès long-tems un voyageur assez heureux, pour soulever le voile qui la dérobait à la curiosité européenne ; plusieurs l’avaient tenté, aucun n’y avait complétement réussi, j’osai à mon tour l’entreprendre. Sire, vous avez accueilli, avec votre royale et indulgente bienveillance, mes faibles travaux, et vous avez bien voulu leur accorder une brillante récompense, en agréant la Dédicace de l’ouvrage dans lequel j’ai réuni leurs résultats. Cette haute faveur est le plus puissant encouragement que j’aie pu ambitionner, et le gage le plus sûr du succès de mes efforts.
Daignez agréer, Sire, l’hommage de ma reconnaissance, et celui du profond respect avec lequel
Je suis,
Sire,
De Votre Majesté,
Le très-humble et très-obéissant Serviteur
et fidèle Sujet,
J. R. Pacho.
PREMIÈRE PARTIE.
MARMARIQUE.
CARTE
DE LA MARMARIQUE ET DE LA CYRÉNAÏQUE
COMPRENANT
les Oasis voisines de ces
Contrées ;
Dressée par M. J.R. PACHO, d’après ses
observations Astronomiques et ses Itinéraires,
et appuyée en plusieurs points, sur les Cartes et les observations
les plus récentes.
1826.
(T. grande : partie gauche, partie droite.)
Par M. DE
LARENAUDIÈRE,
SECRÉTAIRE-GÉNÉRAL DE LA COMMISSION CENTRALE
DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE.
Les dernières lignes du voyage dans la Cyrénaïque étaient tracées ; quelques jours encore, et M. Pacho allait jouir de toute sa gloire. Mais l’inflexible destin en avait autrement ordonné. Une mort déplorable dans l’âge où la mort est lointaine est venue tout à coup arrêter dans sa course ce voyageur accoutumé depuis long-temps à lutter contre les obstacles, à se roidir contre les difficultés et les mauvais jours. Il avait déja beaucoup fait pour captiver les suffrages de l’Europe éclairée, et son zèle promettait encore de nouvelles découvertes. Nous étions loin de nous attendre à faire précéder son premier ouvrage d’un tribut à sa mémoire.
Jean-Raimond Pacho naquit à Nice le 23 janvier 1794, de Joseph Pacho, négociant riche et estimé, dont les ancêtres étaient d’origine suisse. Orphelin à huit ans, dans l’âge où l’on a besoin des soins maternels et de la vigilante tendresse d’un père, il fut placé au collége de Tournon, département de l’Ardêche. Là, son goût pour le dessin et la botanique se développa tout à coup, et n’eut d’autre rival que son penchant pour la poésie. C’était d’assez mauvaises dispositions pour l’aride étude des lois à laquelle on le destinait. Le cours de droit qu’il suivit à Aix, en 1812, ne fut pas terminé ; il l’abandonna, en 1814, pour retourner dans sa patrie, où il recueillit la part qui lui revenait dans l’héritage de ses parents. Maître d’une fortune toute mobilière à cette époque de la vie où le soin de l’avenir n’occupe guère, où le besoin de conserver est le dernier de ceux qu’on éprouve, M. Pacho alla voyager en Italie et séjourna quelque temps à Turin. Ce voyage n’enrichit que son esprit, n’accrut que ses connaissances, et n’augmenta que son enthousiasme pour les beaux-arts et les monuments de l’antiquité. Sa fortune en souffrit. Il vint à Paris, en juillet 1817, dans le dessein de l’améliorer. Il crut que la peinture pouvait le conduire à l’aisance, et le genre d’Isabey fut celui qu’il adopta. Il s’essayait dans l’imitation périlleuse d’un grand modèle, lorsque son frère négociant à Alexandrie l’appela près de lui. Il s’y rendit avec toutes les illusions de l’espérance ; elles se dissipèrent promptement ; et, après une année de séjour sans résultat, il revint à Paris reprendre ses pinceaux. Quelques portraits faiblement payés, quelques articles de journaux moins lucratifs encore, étaient loin de suffire à son existence. Il s’inquiétait de son avenir lorsque son frère l’engagea à se rendre une seconde fois en Égypte. Il arriva au Caire le 12 février 1822. Pendant les premiers mois de son séjour, il s’occupa à dessiner quelques-uns des monuments de cette grande cité et des environs. Il soumit ses essais à M. Jumel, alors directeur d’une des filatures de coton du Pacha, qui s’engagea à lui fournir les fonds nécessaires pour explorer la Basse-Égypte. Il la parcourut depuis le mois de décembre 1822 jusqu’en avril 1823, époque à laquelle une disgrace essuyée par M. Jumel lui enleva les moyens de soutenir cette entreprise scientifique. Sa mort, arrivée peu de mois après, renversa toutes les espérances de M. Pacho, et l’obligea à garder en portefeuille un grand nombre de dessins, plus ou moins curieux, de sites, de monuments et d’objets d’histoire naturelle. A côté de ces stériles richesses, il languissait inoccupé et sans appui dans la ville du Caire ; les soucis de l’inaction, si puissants sur les imaginations ardentes, altéraient sa santé ; l’épuisement de ses forces amenait le découragement ; il allait y succomber, lorsqu’il eut le bonheur de rencontrer dans M. Célestin Guyenet du canton de Neuchatel en Suisse, fondateur et directeur de la manufacture d’indiennes du vice-roi, un protecteur et un ami. M. Pacho en lui peignant sa position précaire, l’intéressa vivement à ses projets d’exploration ; il obtint de ce négociant, ami des sciences, les fonds nécessaires pour continuer ses recherches et entreprendre le voyage des cinq Oasis. Parti du Caire le 17 novembre 1823, il visita successivement le Fayoum, les Oasis de Syouah, el Arachièh, et Faredghah. Il regretta que les circonstances ne lui permissent pas d’explorer trois villages isolés à quatre journées nord-ouest de Faredghah, qu’on lui annonçait comme devant renfermer de nombreuses ruines d’anciens édifices. Il revint de Faredghah à Syouah, à l’Oasis du Fayoum, au temple Keroum, puis se dirigea sur Béni-Hassan et Siout, et se rendit à Béni-Ali où il resta treize jours pour obtenir d’Hamed Bey, l’ancien Kiahya du Caire, quelques Arabes destinés à lui servir de guides. Il visita avec eux la vallée Ruinée ou des ruines, l’Oasis d’El Karghèh, Gainah, Boulac, Dakakim, Berys et leurs environs. Il revint sur ses pas, puis se porta à l’ouest et atteignit l’Oasis de Dhakel, en passant par Aïn Amour, Ballat et Themida ; il examina l’Ouadi El Gharb, qui contient neuf villages, et le Bahr Be-la-ma qui traverse l’Oasis. Il reprit la route du nord, qui le conduisit à Farafrah, puis à Siout, d’où il revint au Caire dans le courant d’août 1824. Cette exploration des Oasis de l’Égypte, résultat de neuf mois de peines et de fatigues, ne satisfit point l’active curiosité de M. Pacho. Depuis long-temps un projet d’une tout autre importance occupait sa pensée. Pendant son premier voyage à l’Oasis d’Ammon, les Arabes Aoulad-Aly l’avaient souvent entretenu du Djebel-Akhdar, nom moderne de la Pentapole Cyrénaïque. Les descriptions qu’ils lui firent de leur ancien domaine, de ses vertes collines, de la fraîcheur de ses sources et des merveilles de ses ruines ravit son imagination, et fit naître chez lui le plus vif désir d’explorer cette terre riche de vieux souvenirs et presque inconnue. Il fit part de son projet à M. Henry Salt, consul général d’Angleterre, qui, tout en ne lui laissant ignorer aucun des dangers qui l’attendaient dans cette périlleuse excursion, lui remit le programme de la société de géographie, relatif à un voyage dans la Cyrénaïque. Ce programme, fruit de la proposition de M. Alex. Barbié du Bocage, éclairait une partie des recherches de M. Pacho, comme il le dit lui-même. Son influence sur sa détermination fut décisive. Il traçait déja son itinéraire, lorsqu’il découvrit une difficulté de nature à modérer un peu les élans d’un premier enthousiasme. Il s’aperçut que le voyage serait fort cher et qu’il était sans argent. Ses démarches, pour s’en procurer, furent d’abord sans succès ; il obtint des éloges et rien de plus. Son inquiétude était grande ; elle fut heureusement de courte durée. M. Guyenet ne lui manqua pas, il fit tous les frais de l’entreprise avec ce désintéressement qui trouve plus d’approbateurs que d’imitateurs. Les consuls généraux de France et d’Angleterre, et même, ce qui est digne de remarque, celui des états Barbaresques, s’intéressèrent vivement au sort de ce voyage, et cherchèrent à en assurer le succès par des lettres de recommandation les plus pressantes. M. Müller, jeune orientaliste dont les connaissances dans la langue arabe avaient été déja fort utiles à M. Pacho dans les Oasis, et qui le servirent mieux encore dans la Cyrénaïque, voulut partager les périls et l’honneur de cette nouvelle exploration. Elle se présentait avec un attrait d’autant plus vif qu’elle avait en grande partie le caractère de la nouveauté. La Cyrénaïque n’avait pas encore été visitée dans son ensemble. Le Français Granger, sous la protection d’un chef de voleurs, avait pénétré jusqu’à Cyrène, et copié de nombreuses inscriptions antiques. Mais le récit de ses travaux avait disparu. Paul-Lucas et Bruce n’offrirent que des indications superficielles. Les notices recueillies et publiées par Della-Cella, se présentaient comme les premiers renseignements intéressants sur les monuments de l’ancienne Pentapole ; malheureusement le savant Italien ne les dessina pas, et ne soulevant qu’une partie du voile excita la curiosité sans la satisfaire entièrement. Le Père Pacifique avait ajouté peu de faits aux faits déja connus. Le général Minutoli s’était arrêté au pied du mont Catabathmus, et les grands travaux du capitaine Beechey, depuis Tripoli jusqu’à Derne, n’étaient pas alors connus. Le but de M. Pacho était d’examiner d’une manière complète toute la partie maritime comprise entre Alexandrie et les côtes de la grande Syrte. Nous allons essayer d’esquisser ici les principaux traits de cette longue exploration. Elle commence le 3 novembre 1824, par la vallée Maréotide, célèbre dans l’antiquité par ses vignobles. Le voyageur voit ensuite les ruines d’Abousir l’ancienne Taposiris, où il cherche en vain des vestiges de la Vieille-Égypte ; il s’arrête au château-fort de Lamaïd, construction des Sarrazins du moyen âge, de ceux qui se mesuraient avec les chevaliers de l’Occident. Il séjourne à Dresièh, visite les citernes de Djammernèh, et s’étonne de la solitude de ces lieux, jadis couverts de villages et d’habitants ; il franchit les collines de l’Akabah-El Soughaïer, premier échelon des hauteurs qui s’élèvent progressivement jusqu’aux montagnes de la Pentapole ; il aperçoit ici, pour la première fois, en grand nombre les tentes brunes des Arabes, et son pinceau trace le premier tableau général des mœurs de ces nomades. Il s’arrête aux ruines de Kassaba-Zarghah, puis au port de Berek, le célèbre Parætonium des anciens géographes, et l’entrepôt du commerce des Aoulad-Aly, avant qu’ils eussent cédé au génie entreprenant du vice-roi d’Égypte. Il traverse le retoutable Akabah-El-Soloum, gardé par des tribus indépendantes qui forcèrent le général Minutoli à s’arrêter au pied de ces hauteurs ; il parcourt le grand plateau de Za’rah et la célèbre et fertile vallée de Daphenèh, coupée de mille canaux et habitée par les Harâbi, guerriers courageux et cruels. Au sortir de l’Ouadi-El-Sedd, sa marche le conduit sur le rivage en face de l’île rocailleuse de Bomba, l’Aedonia de Scylax, voisine de la fameuse Platée d’Hérodote. L’aspect de l’Ouadi Temmimèh lui confirme la description que les anciens ont laissée d’Aziris. Après avoir franchi une lagune que forme le golfe de Bomba, il arrive sur les premiers échelons boisés des monts cyrénéens, et les Nubiens et les Égyptiens qui l’accompagnent, s’émerveillent de cette végétation si riche et si nouvelle pour leurs yeux habitués à la nudité du désert. Derne, tant désirée par les hommes de sa caravane et par lui-même, le reçoit enfin dans ses murs. Il y trouve d’abord un repos nécessaire, puis des contrariétés désespérantes. Il les surmonte, et reprend enfin sa route par le château de Zeïtoum, et les vallées profondes et pittoresques de Betkaât et de Tarakenet ; il se rend aux ruines de Massakhit (la ville des statues), ancien séjour des chrétiens. Il voit les débris imposants de Tammer, qui lui semblent les ruines mêmes du temple de Vénus, comme toutes celles de cette contrée lui indiquent qu’il se trouve dans l’un des cantons les plus florissants de la Pentapole. Il pénètre dans les grottes sepulcrales, et s’arrête sur le bord des réservoirs de Lameloudèh, peut-être l’ancienne Limniade. Il quitte le dromadaire pour le cheval de Barcah, et sur cette agile monture il se hasarde à parcourir les bords des sommités du plateau cyrénéen et les sentiers difficiles de ses pentes abruptes. Il va chercher les restes de Natroun, la ville de la mer des Arabes. Il reconnaît dans le Ras el Hal-al le célèbre Naustathmus de Strabon. Sans s’effrayer de la guerre qui règne alors entre les tribus de ces contrées, il multiplie ses recherches, il les poursuit dans la vallée des figuiers, séjour de paix et de bonheur, où l’attend l’accueil le plus hospitalier. Djaus, Téreth, Saffnèh, Ghernès le voient successivement explorer leurs sites agrestes et les restes d’une autre civilisation. Il fait halte au port de Sousa, aux ruines et aux grottes sépulcrales de Tolometa ou Ptolémaïs, de Tokrah ou Teuchira, et d’Adrianopolis ; il essaie de déterminer la position du jardin des Hespérides ; et, à la suite de cette intéressante excursion, il revient à Sousa, l’Apollonie de Strabon, l’ancien port de Cyrène. Il s’approche de la Grennah moderne, et se trouve enfin au milieu des ruines de la capitale de la Pentapole. Il les examine en détail, descend dans les tombeaux vides, dans les cavernes profondes, dessine les sarcophages et les bas-reliefs dégradés, les statues, les colonnes, les frises mutilées ; le désir de tout connaître le détermine à pénétrer dans l’aquéduc dont les eaux alimentaient jadis la fontaine d’Apollon, et dont les hyènes aujourd’hui gardent souvent l’entrée ; il cherche, à défaut de murailles conservées, dans le seul mouvement des ruines, le plan de Cyrène, sa forme et son étendue. Il l’exhume de ses décombres pour la montrer telle qu’elle fut aux jours de son orgueil. De retour à Ben-Ghazi, qui ne conserve plus rien de l’ancienne Bérénice, il descend au Sud, atteint Ladjedabiah, dépasse près de ce point les limites des terres fertiles, et s’enfonce dans le désert des Syrtes, ancienne patrie des Nasamons. Il entre dans l’Oasis de Maradèh, caché au milieu d’un labyrinthe de monticules de sables mouvants, et dont les eaux pures ou thermales, et la forêt de palmiers, font les délices du voyageur. Il visite Audjelah, Oasis plus stérile, dont l’aspect, la culture et les produits n’ont pas changé depuis les jours d’Hérodote, et à laquelle un destin bizarre a donné pour gouverneur un Français, qui suivit enfant l’expédition d’Égypte. Le voyageur n’oublie aucun des cantons habités dépendants de ces deux groupes ; il passe une troisième fois par l’Oasis d’Ammon, et revient au Caire, par la vallée du lac Natron. Il entre dans la capitale de l’Égypte, le 17 juillet 1825.
Une telle entreprise périlleuse et difficile ne peut être soutenue que par un vif amour de la science, et disons-le, par la légitime ambition des éloges des hommes éclairés. Ce sentiment naturel explique l’empressement que mit M. Pacho à réunir ses matériaux et à se rendre en France ; et la même année, qui l’avait vu sur les ruines de Cyrène, dans les sables du désert, et sous les tentes arabes, le vit au milieu de la capitale du monde civilisé. Il arriva à Paris, le 12 novembre 1825, et s’empressa de soumettre à la Société de géographie l’ensemble de ses travaux. Elle les fit examiner, et, sur le rapport de Malte-Brun, elle lui décerna le prix proposé. Cette honorable récompense avait été précédée des suffrages de l’Académie des inscriptions, accordés particulièrement à la partie archéologique du voyage. Cette compagnie avait pour interprète le savant M. Letronne. Les deux rapporteurs manifestèrent le vœu de la prompte publication du voyage de M. Pacho. Tous deux réclamèrent en sa faveur l’appui du gouvernement. Leurs voix furent entendues de quelques amis des sciences. M. le comte Chabrol de Volvic, préfet de la Seine, qui les protége comme un homme qui leur doit une partie de sa renommée, répondit à ce noble vœu, et MM. Firmin Didot se chargèrent avec empressement de cette publication dispendieuse. Elle parut sous les auspices de S. M., qui daigna en agréer la dédicace. L’ensemble de ce grand travail a été mis sous les yeux du public, et ce juge suprême a ratifié les décisions des Académies. Il a reconnu que le talent de l’observateur était de niveau avec la tâche qu’il s’était imposée, et digne de la célébrité des lieux parcourus. On a été frappé de l’importance des faits relatifs à la géographie physique et à la distribution des plantes, et, bien que ces faits soient peu nombreux, et n’embrassent pas toutes les localités, ils permettent déja de comparer la végétation de la Cyrénaïque avec celle des terres voisines ou des zones correspondantes. On suit avec un vif intérêt les détails topographiques et archéologiques nombreux, nouveaux et empreints du cachet de l’exactitude. Les dessins de ruines, les copies d’inscriptions antiques méritent les mêmes éloges. M. Pacho sait l’art de transporter son lecteur sur les sites mêmes, par des descriptions vivantes, et de l’initier aux mœurs des habitants, par des tableaux pleins de fraîcheur, de mouvement et de vérité. Tout ce qui tient à la géographie comparée décèle le savant consciencieux, lors même qu’il se trompe, et toujours l’implacable ennemi des systèmes. M. Pacho aime à peindre les masses, à grouper les objets analogues ou dissemblables, seul moyen de les faire bien connaître. Son style généralement nerveux et brillant, s’anime sous l’influence des lieux et des souvenirs. S’il manque quelquefois de souplesse, s’il n’a pas encore toute cette pureté classique, toute cette grace flexible, heureux présent de la nature, ou dernière conquête de l’étude, c’est que les travaux de l’érudition, auxquels M. Pacho soumettait comme par force sa poétique imagination, ne lui permettaient pas d’accorder d’assez longues heures aux méditations du littérateur. Difficile à l’excès, il traitait ses propres compositions avec une rigueur que les seuls gens de goût regardent comme un devoir ; et, bien qu’au début de sa carrière littéraire, on voyait déja son talent grandir avec rapidité. Depuis le jour de son arrivée à Paris, jusqu’au jour de sa mort, M. Pacho travailla sans relâche à la rédaction de son voyage. Vivant dans une retraite profonde, il consacrait toutes les heures du jour, et souvent celles de la nuit, à ce qu’il regardait comme son plus beau titre à l’estime du monde savant. Cette tension continuelle d’esprit, cet isolement complet de la société, cette absence de toute distraction, développèrent rapidement chez lui une misantropie d’autant plus funeste qu’elle se nourrissait à chaque instant de toutes les contrariétés inséparables d’une vie littéraire et d’une position incertaine. Le même M. Guyenet, qui avait fait les frais de ses voyages, lui continuait à Paris l’appui de ses moyens. Trop fier pour solliciter les dons du pouvoir, et se croyant en droit de les obtenir, M. Pacho s’indignait de n’être pas prévenu. Peut-être des récompenses, qui n’eussent pas été des faveurs, auraient-elles exercé une heureuse influence sur son moral, et triomphé de sa noire mélancolie. Il en vint bientôt à ce point déplorable de soupçonner la foi et l’attachement de ses amis, et d’en restreindre le cercle chaque jour. Il couvrait de nuages un avenir qui n’aurait eu rien d’inquiétant pour un tout autre caractère. En descendant en lui, il aurait vu qu’il n’avait besoin de personne pour assurer sa destinée. Toutefois, au milieu de laborieuses occupations, sa santé s’altérait, et le régime excitant qu’il avait adopté, en ranimant momentanément ses forces, le replongeait bientôt dans une faiblesse plus grande. Des pensées de mort vinrent enfin l’agiter. Celui qui écrit ces lignes eut quelquefois le bonheur de rendre des instants de calme à son esprit troublé. Mais le souvenir de telles consolations disparaissait rapidement, et le désespoir s’acharnait de nouveau sur sa victime. Dans cette lutte affreuse la raison de M. Pacho succomba. Il cessa de vivre, ou plutôt de souffrir, le 26 janvier 1829, à l’âge de 35 ans et trois jours.
Ce savant voyageur appartenait à la commission centrale de la Société de géographie. C’est là que sa perte, doublement sentie, devait inspirer de plus vifs regrets, ils n’ont pas manqué à sa mémoire. Une souscription proposée, et aussitôt remplie, a été destinée à élever sur sa tombe un modeste monument. Tous ceux qui ont vécu dans son intimité démêlaient facilement à travers quelques inégalités de caractère la bonté de son cœur, et son extrême obligeance. Les hommes du désert lui avaient fourni le modèle de l’homme indépendant, il avait bien profité à leur école. Toute réserve prudente lui semblait de la tyrannie, il la repoussait. Comme l’Arabe, dont il aimait les vertus, la reconnaissance était le seul pouvoir qui le rendit partial. Ce noble sentiment est empreint dans tous ses écrits. Quelques-uns d’entre eux n’ont pas vu le jour. Parmi ces derniers se trouve un tableau des tribus Nomades anciennes et modernes, dont il avait lu plusieurs fragments dans les séances générales de la Société de géographie. C’était son ouvrage de prédilection, celui qui lui souriait le plus. Ce qu’on en connaît a déja mérité de nombreux suffrages. Ils ont été donnés au caractère original de cette composition, à la nouveauté de ses points de vue, à la variété de ses détails, et surtout à l’alliance d’un style élégant et d’une consciencieuse érudition. M. Pacho laisse encore inédit le journal de son voyage dans les Oasis, ainsi qu’une collection de dessins recueillis sur les terres habitées du désert Lybique. Le travail de M. Pacho peut faire la matière d’une intéressante publication, et compléter l’ensemble des grands ouvrages qui nous ont fait connaître les monuments d’architecture de l’Égypte et des contrées environnantes.
Durant mon premier voyage à l’Oasis d’Ammon[1], les Arabes Aoulâd-Aly m’entretinrent souvent du Djebel-Akhdar, nom moderne de la Pentapole cyrénaïque. Les descriptions qu’ils me firent de leur ancien domaine[2], de ses vertes collines, de la fraîcheur de ses sources et du merveilleux de ses ruines, quoique je les supposasse exagérées, s’accordaient assez avec les traditions historiques et les récits des voyageurs, pour augmenter le désir que j’avais formé de parcourir cette contrée célèbre. Néanmoins, selon le plan que je m’étais fait, je voulus auparavant connaître les autres Oasis du désert libyque, et ce ne fut qu’à mon retour de Dakhel, que je songeai à mettre mon projet en exécution.
Ce nouveau voyage me parut d’autant plus attrayant, que, de toutes les personnes qui l’avaient entrepris, les unes ne l’avaient exécuté qu’en partie, et les autres y avaient complétement échoué.
En effet, vers l’an 1760, Granger, chirurgien français, connu par son voyage en Égypte, se rendit à Cyrène, conduit par un chef de voleurs, à qui il avait promis une haute récompense à son retour. Sous les seuls auspices de ce dangereux protecteur, l’intrépide voyageur put néanmoins visiter les ruines de Cyrène, et copier un grand nombre d’inscriptions. Mais ces peines, ces travaux devinrent infructueux ; le Mémoire de son voyage s’égara après être parvenu en France[3].
Je ne m’arrêterai point aux notions superficielles fournies sur ce pays par Paul Lucas et le fameux Bruce. En 1812, le pacha de Tripoli, voulant punir la révolte de son fils, gouverneur de Derne, envoya une armée dans cette province ; le médecin Cervelli accompagna cette expédition, et recueillit, en traversant la Pentapole, quelques notions intéressantes. Une seconde expédition du même pacha contre les Arabes de Barcah, faite en 1817, fournit à un autre Européen l’occasion de parcourir cette contrée ; M. Della Cella, personne fort instruite, publia la relation de son voyage, et eut la gloire d’avoir soulevé le premier une partie du voile qui nous dérobait Cyrène ; toutefois, ses nombreuses indications de monuments qu’il ne dessina point, ses aperçus ingénieux mais vagues, très-intéressants mais insuffisants, excitèrent bien plus qu’ils ne satisfirent la curiosité du monde savant[4].
Le voyage à Cyrène, fait en 1819 par le P. Pacifique, préfet apostolique à Tripoli, ajouta peu aux notions données par M. Della Cella. En général, ces voyageurs, dont la position personnelle avait limité les recherches, nous ont plutôt transmis leur admiration pour ce pays qu’ils ne nous l’ont fait connaître. Les monuments d’une contrée qui fut successivement occupée par des peuples de mœurs et d’origine différentes ne pouvaient être connus par de légères descriptions, il fallait les reproduire par le dessin ; les erreurs géologiques, de fausses notions accréditées, et surtout l’intérêt de la géographie, demandaient un long examen et des observations positives ; mais ce résultat exigeait une réunion d’hommes éclairés, et il allait être obtenu.
Le général Minutoli forma le projet, en 1820, de visiter complétement la Cyrénaïque et tous ses environs. Ce général était accompagné de savants et d’artistes qui assuraient à son entreprise des résultats de la plus haute importance. Malheureusement les vœux des amis de la science furent de nouveau déçus. A peine le général prussien fut-il arrivé au pied du mont Catabathmus, que, déplorant la perte de trois Européens parmi ceux qui l’avaient accompagné[5], et rebuté par les obstacles que lui opposèrent les Arabes, il se vit obligé de retourner à Alexandrie.
Tel était, à ma connaissance, l’état où se trouvaient les notions que l’on possédait sur la Cyrénaïque, lorsque je me proposai de contribuer à mon tour à en reculer les limites. Trop peu éclairé, je ne pouvais aspirer qu’à remplir une bien faible partie de la grande lacune laissée dans la connaissance des monuments, de l’histoire et de la géographie de cette contrée. Mais avec une volonté ferme d’opposer un examen réfléchi aux préventions de l’enthousiasme, et la patience aux obstacles, j’osai espérer que je parviendrais peut-être à jeter quelque lumière sur tant de faits laissés dans l’obscurité.
Avant mon départ, j’ignorais qu’un officier anglais, M. Beechey, eût exploré, en 1822, tout le littoral de la Pentapole libyque ; je ne l’appris qu’à Cyrène même, et j’ignore encore le résultat de ses travaux. Les talents distingués de M. Beechey m’étant particulièrement connus, j’aurais sans doute renoncé à mon projet, si j’eusse eu connaissance de son voyage. Toutefois je ne regrette point les peines que j’ai essuyées ; nos recherches pourront se compléter réciproquement, et seront surtout susceptibles d’offrir un avantage précieux pour le public, celui qui résulte du contrôle qu’il sera à même d’établir entre deux relations sur un pays aussi peu connu.
Affermi dans mon dessein, je le communiquai à M. Müller. Ce jeune Orientaliste, qui avait failli périr à Syouah, victime du fanatisme des habitants, désira néanmoins partager encore avec moi les chances de ce nouveau voyage ; ses connaissances dans la langue arabe m’avaient été très-utiles dans les Oasis, et elles le furent davantage dans la Cyrénaïque.
Plusieurs personnes voulurent bien s’intéresser au succès de mon entreprise.
M. C. Guyenet, habile mécanicien, résidant au Caire, m’offrit les dispositions les plus bienveillantes pour seconder l’exécution nécessairement très-dispendieuse de mon voyage.
M. Osman Nourreddin Effendi[6], qui propageait en Égypte les lumières qu’il avait acquises en Europe, s’intéressa vivement à mon projet, et il eut la bonté de le recommander à la protection du pacha.
Je trouvai chez les consuls-généraux de France et d’Angleterre ce zèle empressé à favoriser les entreprises hasardeuses pour lesquelles ils pouvaient m’offrir à-la-fois et l’exemple et d’utiles conseils. Ils essayèrent, par tous les moyens qui étaient en leur pouvoir, de me rendre plus praticable le rude sentier que j’allais suivre.
Eu égard aux démarches de M. Drovetti, j’obtins des lettres très-officieuses de Mohammed-el-Gharbi, personnage très-puissant dans la province de Ben-Ghazi, et consul-général des états barbaresques auprès du vice-roi d’Égypte.
M. Salt me recommanda avec chaleur à M. Waringhton, chargé d’affaires du roi d’Angleterre à Tripoli, et à M. Rossoni, vice-consul de la même puissance à Ben-Ghazi. Ce fut encore par les soins de M. Salt que j’eus connaissance d’un programme de la Société de Géographie de Paris, relatif à un voyage dans la Cyrénaïque : ce programme, fruit de la proposition de M. Alex. Barbié du Bocage[7], éclaira fort à propos une partie de mes recherches, et me fit même envisager l’espoir d’obtenir les suffrages de cette savante société.
Enfin, soutenu par l’appui de tant de personnes recommandables, j’entrai avec confiance dans la carrière que j’avais devant moi ; quelques dangers qu’elle présentât, j’ai eu le bonheur de les surmonter.
Guidé par les souvenirs de l’antiquité, j’espérais offrir au monde savant une abondante moisson de documents précieux ; j’espérais que le résultat de mes recherches parviendrait non seulement à intéresser les arts, mais à éclaircir quelques pages obscures de l’histoire. Le temps, le climat, et surtout la barbarie, ont en partie déçu mon attente : mais si je n’ai pu retracer les belles époques de Cyrène autonome, j’ai du moins essayé d’offrir l’image fidèle de ce qu’elle est de nos jours. J’ai eu l’avantage, n’importe par quelles chances, de séjourner long-temps dans la Pentapole, et j’ai pu mesurer, dessiner et décrire tout ce qui m’a paru digne d’intérêt.
C’est de la réunion de ces matériaux que se compose l’ouvrage que je livre au public : dire qu’il est le résultat des recherches d’un seul voyageur et de ses connaissances à peine élémentaires, c’est assez avouer sa faiblesse : cette faiblesse est d’autant plus grande qu’elle ne peut être rachetée, ni d’un côté, par ce haut degré d’intérêt que lui ont presque totalement enlevé et le temps et les hommes, ni de l’autre, par les prestiges du style qui peuvent faire valoir le sujet le moins important en le revêtant de formes agréables.
Ma relation est un canevas décousu dans lequel je passe brusquement d’un sujet à un autre, sans avoir mis entre eux d’autre accord que celui qui résulte des incidents fortuits de mon itinéraire. J’ai écrit comme j’ai voyagé : tantôt lisant, près d’une ruine, une page d’Hérodote ou de Strabon ; tantôt prenant un croquis ou herborisant, ou bien suivant avec un périple les contours de la côte, ou m’arrêtant dans une tente arabe.
Quant à la partie paléographique de cet ouvrage, quoique moins défectueuse peut-être que la première, elle lui ressemble néanmoins en ce qu’elle est inachevée. Dans l’intérêt d’une scrupuleuse fidélité, j’ai dressé moi-même les cartes géographiques et les plans, me faisant toutefois un plaisir de témoigner ma reconnaissance à M. le chevalier Lapie des conseils qu’il a bien voulu me donner. Mes autres dessins ne sont que des croquis ; mais ces croquis, je les crois fidèles ; la vérité du moins n’y a jamais été sacrifiée à des embellissements d’art et à l’effet pittoresque. Pris sur les lieux, à une très-grande échelle, ils ont été réduits avec pureté au format de la publication par un artiste distingué, M. Courtin. M. Adam fils, peintre avantageusement connu, les a ornés de figures que mon crayon inhabile n’avait indiquées que très-imparfaitement ; et M. Adam père a mis autant de soins que d’obligeance à les reproduire par son burin spirituel.
Que si, malgré toutes les imperfections de mes travaux, on les jugeait dignes de quelque attention, je devrais alors avouer que j’ai de grandes obligations à la protection que S. Exc. le Ministre de l’intérieur a bien voulu leur accorder pour en faciliter la publication. Dans cette même supposition, je ne pourrais passer sous silence l’appui que leur a offert M. le comte Chabrol de Volvic.
A ces encouragements je devrais joindre ceux que j’ai reçus de plusieurs de nos principaux savants.
J’ai trouvé chez M. Letronne, dont le nom seul rappelle la plus vaste érudition, ornée des dons brillants de l’esprit ; j’ai trouvé, dis-je, auprès de ce savant célèbre, appui, conseils et bienveillance. Ses doctes interprétations des inscriptions que contient cette relation, et les notes explicatives sur l’archéologie et l’histoire dont il l’enrichira[8], lui donneront, du moins sous ce rapport, un intérêt réel aux yeux des personnes instruites.
Que ne dois-je point aussi à MM. Champollion ! l’Europe connaît leurs importants ouvrages ; elle applaudit à cette haute découverte qui a pu dérober aux ruines de Thèbes et de Memphis les secrets si long-temps impénétrables des âges antiques : mais peu de personnes connaissent autant que moi leur caractère affable, et cette généreuse sollicitude qui prend sa source dans l’amour de la science et s’étend jusqu’à ceux qui ne lui rendent que de faibles services. Il est aussi flatteur qu’agréable pour moi de dire que, malgré les secours du ministère et les honorables rapports des académies, si mes travaux ne sont point restés enfouis dans un portefeuille, je dois cet avantage, en majeure partie, au savant auteur des Lagides. Grace à ses obligeantes démarches, à ses pressantes recommandations, M. A. Firmin Didot a consenti, dans le seul intérêt des arts qu’il cultive et propage à-la-fois, à se charger d’une publication très-dispendieuse.
Je m’honore de même des obligations que j’ai envers M. Eyriès. Ce profond et modeste géographe, par une inappréciable bonté, a bien voulu interrompre souvent ses doctes travaux pour faciliter mes essais, tant en m’indiquant des sources à consulter, qu’en m’expliquant des auteurs écrits en des langues modernes qui me sont étrangères.
Cette relation contient plusieurs inscriptions arabes traduites par M. A. Jaubert : ces services ne sont point les seuls que je dois à ce savant Orientaliste : ses utiles conseils sur tout ce qui concerne la langue arabe auraient amélioré mon ouvrage, si j’avais su en profiter.
Lecteur, si je me suis autant étendu sur des détails qui me sont personnels, vous ne vous tromperez point sur mon intention ; vous ne croirez point que j’aie voulu attacher à mes excursions une importance dont le premier je reconnaîtrais le peu de fondement ; mais j’ai dû d’abord offrir un tribut de gratitude aux personnes qui ont bien voulu aider à l’exécution de mon entreprise ; quel que soit le jugement que vous portiez sur son résultat, ce jugement peut annuler mon faible mérite, mais il ne saurait influer sur les devoirs de ma reconnaissance. Ensuite, autorisé par ma propre expérience, et pénétré de respect pour ces hommes éminents chez qui l’on trouve, dans le plus grand savoir la plus grande indulgence, et dans la plus haute célébrité l’appui le plus généreux ; j’ai désiré les signaler à ceux qui se dévouent isolément à la carrière pénible des voyages ; à cette carrière dans laquelle, luttant sans cesse contre les fatigues et les souffrances, on succomberait bientôt, si l’on n’était soutenu par l’imagination, et si l’imagination ne l’était elle-même par l’amour pur et désintéressé de la vérité.
[1]D’après l’accueil que l’on fera à mon ouvrage sur la Cyrénaïque, j’en publierai un second, sur les cinq Oasis de l’Égypte ; résultat de neuf mois de peines et de fatigues dans le désert libyque.
Le jugement favorable porté sur la partie paléographique de ce second ouvrage par un célèbre archéologue, par un savant, ami sincère et défenseur généreux de la vérité, par M. Letronne, en un mot ; ce jugement, publié en plusieurs occasions et sous diverses formes (voyez Journal des Savants, mars 1826 ; Bullet. des Scienc. histor., avril et novembre même année), prouve du moins mon exactitude scrupuleuse dans cette branche de mes recherches.
Quelque obscur que soit un pareil mérite, toutefois, si l’on songe à l’importance du sujet et au théâtre de l’exploration, il est susceptible d’acquérir de l’intérêt. J’ajouterai que, fruit de la persévérance, ce faible mérite ne peut l’être aussi que de cette époque de la vie où l’on a l’avantage de réunir la force physique à la force morale ; âge heureux de ces stimulantes illusions que la froide expérience décolore bientôt et dissipe sans retour.
[2]Les Aoulâd-Aly, avant d’être soumis par Mohammed-Aly, occupaient la majeure partie du Djebel-Akhdar, désert verdoyant, ainsi nommé à cause de sa belle végétation, comparée à l’aridité des lieux qui l’entourent.
[3]Hist. de l’Acad. des Inscript. t. XXXVII, p. 389.
[4]Viag. da Trip. di Barber. alle front. occi. del Egit. Genova, 1819.
Cette intéressante relation a été traduite en français par le savant M. Eyriès, et insérée dans les Nouvelles Annales des Voyages, t. XVII et XVIII.
[5]Ces accidents, qui en rappellent tant d’autres ayant la même cause, devraient servir d’exemple aux voyageurs européens. Plusieurs d’entre eux consultant plutôt l’impulsion de leurs généreux désirs que la juste mesure de leurs forces, entreprennent inconsidérément de longs voyages en Afrique avant de s’être graduellement habitués à son funeste climat, et surtout aux fatigues et aux privations que ses déserts occasionnent. Si ces Européens succombent alors, victimes d’une aussi brusque transition, ils accomplissent la prédiction d’un proverbe arabe : Le désert dévore les hommes qu’il ne connaît pas.
[6]Actuellement bey et major-général des armées du vice-roi d’Égypte.
[7]Voyez les Bulletins de la Société de Géogr. nos 6, 12.