Chapiteaux de marbre blanc trouvés parmi les ruines de Beit-Tamer, ancien temple de Vénus, situé auprès de la station d’Aphrodisias.
Fig. 5.
Chapiteaux faisant partie des ruines du temple de Ptolémaïs.
Fig. 6.
Chapiteau d’un édifice de Teuchira.
Nota. On a oublié de mettre sur cette planche l’échelle de proportion des monuments qu’elle contient. La colonne de la fig. 1 a 6 mètres 2 décimètres de hauteur, y compris la base et le chapiteau ; le diamètre du fût est de 7 décimètres. On peut se servir de cette donnée pour connaître comparativement les dimensions et proportions de l’autre colonne et des divers chapiteaux contenus dans cette planche : ils ont été dessinés sur une échelle commune.
RUINES DU QUAI D’APOLLONIE.
Ce quai, dont il ne reste à peu près que les trois quarts, fut construit en demi-cercle composé de trente à quarante marches ; il formait par conséquent un vaste et magnifique amphithéâtre, sur les gradins duquel on montait les marchandises pour les introduire dans la ville. La situation d’Apollonie sur des rochers taillés en falaises motiva cette belle construction, qui devait dans l’antiquité présenter un coup d’œil fort agréable. Les édifices, qui entouraient le quai et le quart au moins de ses propres gradins, se sont écroulés à ses pieds et ont comblé le bassin semi-circulaire autrefois occupé par les eaux, dont il ne reste plus que de petites flaques. Les figures placées, dans la planche, au sommet de cet édifice, peuvent servir d’échelle comparative pour en connaître les dimensions.
GROUPE D’HYPOGÉES, SITUÉS ENTRE CYRÈNE ET APOLLONIE.
Cette façade est remarquable en ce qu’elle offre une disposition architectonique qu’on ne retrouve point ailleurs en Cyrénaïque, même parmi la Nécropolis de Cyrène. Cette disposition consiste dans une série de cadres monolithes, ornés de pilastres et d’une frise en triglyphes, placés chacun au-dessus de l’entrée d’un caveau sépulcral, et figurant ensemble un grand entablement. Ces cadres, dont il ne reste qu’un seul debout, étaient destinés à contenir des inscriptions relatives aux personnes ensevelies dans le caveau qu’ils surmontaient ; quelques lettres très-frustes s’aperçoivent encore sur ceux de ces cadres qui sont renversés au-devant du monument.
VUES DES GROTTES DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.
Ces dessins offrent collectivement la réunion des divers styles d’architecture employés successivement par les habitants de Cyrène à orner leurs tombeaux. Le dorique en forme le type principal, et l’imitation de l’architecture égyptienne s’y rencontre souvent, mais toujours dans les détails et jamais dans l’ensemble du monument. Le style propre à chacune des façades dessinées dans ces planches se trouve exactement répété, dans cette belle et vaste Nécropolis, sur une infinité d’autres façades de grottes sépulcrales plus ou moins détruites : il a paru suffisant de dessiner séparément les mieux conservées.
COUPES ET DÉTAILS DES FAÇADES DES GROTTES DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.
Ces coupes, ainsi que les profils d’architecture qui les accompagnent, correspondent aux dessins en perspective des planches précédentes. Leur titre indique suffisamment celles des grottes auxquelles ils appartiennent, pour rendre toute autre explication superflue.
COUPES DE QUELQUES AUTRES FAÇADES DES GROTTES DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.
Quoique ces façades soient d’un style différent de celles des planches précédentes, et qu’elles en complètent même la série, il a paru suffisant d’en donner un simple dessin au linéament, sans augmenter le nombre des vues en perspective qui offrent entre elles, dans cette Nécropolis, trop de monotonie de situation.
VUE D’UN TOMBEAU, SITUÉ A L’EXTRÉMITÉ EST DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.
Même observation que pour la XXXIXe et la XLVIIe planche.
1. Coupe du tombeau situé à l’extrémité orientale de la Nécropolis de Cyrène.
2. Façade d’un autre tombeau.
Voir à la XXXIXe.
Plans de diverses grottes de la Nécropolis de Cyrène.
PEINTURE TROUVÉE DANS L’INTÉRIEUR D’UNE GROTTE DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.
Elle est taillée dans le flanc d’un ravin de la Nécropolis de Cyrène ; elle offre plus de richesses monumentales à elle seule que toutes les autres ensemble. Cette grotte, sans niches ni sarcophages, contient au milieu un puits sépulcral, et ses quatre parois sont couvertes de peintures qui paraissent représenter des jeux funéraires. La mieux conservée, comme la plus remarquable, est celle-ci : elle occupe toute la longueur d’une paroi : elle est composée d’une série de figures dont les unes, revêtues de riches costumes, exécutent une marche solennelle, et les autres, divisées en plusieurs groupes et couvertes d’une simple draperie, donnent l’idée du peuple de Cyrène qui assiste à la cérémonie et s’attroupe auprès des principaux personnages. En tête du tableau est une espèce de meuble, auprès duquel des jeunes gens sont occupés à préparer des mets, emblème sans doute des repas qui suivaient, dans l’antiquité, les fêtes populaires ; une table couverte de couronnes et de palmes le termine. Là se trouvent trois personnages mitrés, debout chacun sur un piédestal. L’un d’entre eux est appuyé sur une massue, l’autre paraît consacrer les palmes et les couronnes, et le troisième, dans l’attitude d’orateur, semble attirer l’attention du peuple groupé auprès de lui.
Tel est l’effet, qu’indépendamment de toute induction scientifique, produit au premier coup d’œil cette peinture intéressante.
PEINTURE TROUVÉE DANS L’INTÉRIEUR D’UNE GROTTE DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.
Un berger y est représenté la houlette à la main, entouré d’un troupeau, et portant un mouton sur les épaules. On reconnaît bien là le bon pasteur de la chrétienté, d’autant plus que la roideur des draperies et le mauvais goût du dessin indiquent le moyen âge, époque de la décadence des arts. Mais voici encore autour du tableau des poissons de différentes espèces posés en offrande, intention tellement évidente, qu’ils sont trois fois au moins plus grands que les moutons et le berger, et que l’artiste les a détachés du fond du tableau par une forte ombre, comme s’il avait voulu les y représenter suspendus en ex-voto.
PEINTURES TROUVÉES DANS L’INTÉRIEUR D’UNE GROTTE DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE. 1 Paroi D ; 2 Paroi DX.
Elle représente une chasse et un cirque. La première surprend au premier aspect, à cause du cerf qui en forme le principal sujet, et contre lequel un chasseur anime le soulouc, qu’il retient d’une main par un lien, et de l’autre agite un fouet pour stimuler son ardeur. Or, le cerf, comme Hérodote a pris soin de l’affirmer, et malgré l’erreur commise par les Maronites dans la géographie nubienne, ne se trouve nulle part en Afrique. Il fut donc apporté par les Grecs dans la Pentapole libyque ; cette peinture semble l’attester, de même que la cause de la naturalisation dans cette contrée peut être expliquée par d’autres monuments. Il faut sans contredit l’attribuer au culte de Diane, une des principales divinités des Cyrénéens.
La seconde est fort bizarre, en ce qu’on y voit confondus des animaux féroces, tels que le lion, le léopard s’élançant sur un taureau, avec un bouc, des gazelles et des chiens lévriers, que l’on reconnaît de suite pour les souloucs indigènes de l’Afrique septentrionale.
PEINTURES TROUVÉES DANS L’INTÉRIEUR D’UNE GROTTE DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE. 1 Paroi c ; 2 Paroi a.
On y remarque une scène représentant la lutte et le pugilat. Certes voilà des formes athlétiques bien prononcées, et exposées dans tout leur jour : pas même une simple feuille de vigne ! D’une part les efforts, et de l’autre l’aplomb, sont assez bien indiqués. Le sang coule des blessures et rougit le sol ; une des malheureuses victimes gît étendue sur l’arène ; du moins c’est là l’intention de l’artiste ; car, bien que l’athlète soit peint au-dessus du tableau comme s’il nageait dans les airs, il est censé placé sur un plan horizontal ; mais cette inexpérience de perspective est trop connue dans les peintures antiques, pour que nous soyons surpris de la retrouver ici. La même réflexion s’applique à la position aérienne de deux vases contenant l’huile et les pinceaux qui servaient à oindre le corps : ces détails n’offrent aussi rien que de très-connu. Il n’en est pas de même d’un scorpion suspendu à une main isolée, et ainsi représenté à côté du tableau. J’ignore si ce reptile dépourvu de venin peut devenir, comme tant d’autres, l’antidote du mal ; mais il est remarquable que les habitants actuels de la Cyrénaïque se servent, disent-ils, du scorpion pour arrêter la putréfaction des blessures.
La paroi suivant celle décrite plus haut était entièrement occupée par un combat de gladiateurs dont il ne reste malheureusement qu’un fragment. Les combattants, couverts de cuirasses, ont la figure garantie par un masque, et la tête ornée de grands panaches de diverses couleurs. Cette dernière particularité est remarquable en ce qu’elle n’existe, que je sache, dans aucun des sujets antiques analogues à celui-ci ; ce qui permet de croire que cet usage était local. Un homme à tête découverte, sans armure, et ayant seulement une baguette à la main, arrête le vainqueur ; tout porte à croire que ce personnage représente un héraut du camp. Quant aux détails de cette peinture relatifs aux diverses parties de l’armure et des gladiateurs, ils n’offrent rien qui ne soit connu par d’autres monuments anciens funéraires de l’antiquité, et notamment par les sculptures du tombeau de Scaurus, découvert aux ruines de Pompéi.
PEINTURES TROUVÉES SUR LA FRISE D’UN TOMBEAU, A Cyrène.
Ces peintures sont dans une petite salle dont les parois, très-unies et peintes d’un vert tendre, lui donnaient plutôt l’air d’un riant cabinet aérien que d’une excavation sépulcrale. Le fond de cette jolie grotte en rappelle seul la destination ; il est occupé par un sarcophage creusé dans le roc, et couronné d’une frise en triglyphes, contenant dans chaque métope une peinture élégamment miniée, et d’une conservation parfaite. Mais ce qui augmente la surprise, c’est de reconnaître dans la série de ces petits tableaux les principales phases, ou les diverses occupations de la vie d’une esclave noire ; du moins telle est l’induction que j’ai tirée de ces charmantes peintures. J’ai cru y distinguer successivement les entretiens de l’amitié, l’éducation de jeune fille, l’ambition de la parure, les délassements figurés par l’exercice de la balançoire, le bain si nécessaire dans la brûlante Libye, et enfin le triste lit de mort sur lequel la négresse est étendue, les yeux éteints, et paraît être regrettée de son maître, le blanc Cyrénéen, que l’on voit à côté d’elle dans une attitude de douleur.
La coiffure et le costume de ces miniatures ne sont pas moins remarquables, tant par la forme que par la couleur. Les longues robes bleues sans agrafes, et les schalls rouges entrelacés avec les cheveux, ou couvrant la tête en guise de turban, offrent une analogie frappante avec l’habillement des modernes Africaines, et principalement avec celles qui habitent le Fezzan.
INTÉRIEUR D’UNE GROTTE SÉPULCRALE CHRÉTIENNE : NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.
Lors même que les peintures qui en couvrent les parois n’offriraient pas le témoignage certain de cette époque religieuse, une inscription cursive, précédée de la croix, la prouverait irrécusablement. Mais il convient de donner auparavant une idée de l’architecture et de la distribution de ce nouvel hypogée. Le fond a un aspect vraiment monumental : un sarcophage s’y trouve creusé avec un art infini dans la paroi ; il est orné de guirlandes et de têtes de bouc, et couronné d’une petite voûte en plein cintre, sculptée en coquille : latéralement au sarcophage sont deux niches décorées chacune d’un vase d’une forme très-élégante. Les autres côtés de l’hypogée qui forment angle droit avec celui du fond, contiennent aussi des sarcophages et des cintres, dont les uns sont couverts de peintures, et les autres offrent les mêmes détails que le précédent. Ces irrégularités qui choquent dans la description, ne déplaisent pas à la vue du monument, puisqu’elles en varient l’aspect, et qu’elles correspondent d’ailleurs symétriquement entre elles. Quant aux peintures qui le bariolent bien plus qu’elles ne l’embellissent, voici quels en sont les emblèmes.
Celui qu’on y a le plus souvent reproduit est la vigne du Seigneur ; mais ce symbole des premières époques de la chrétienté, n’imite pas mal ici, par sa disposition, le thyrse de Bacchus. La voilà avec ses longues lianes, ses grappes pourprées, et ses larges feuilles grimpant autour de longs bâtons placés à côté des sarcophages. Autre part elle couvre des treillages figurés dans l’intérieur des cintres, ou bien elle forme une frise de festons tout autour du monument. Après cet emblème, le paon, accompagné de poissons, est celui qui frappe plusieurs fois les yeux. Dans d’autres grottes de la Nécropolis, je l’ai rencontré quelquefois peint isolément au-dessus de sarcophages, et je le vois ici formant le sujet principal d’un tableau qui occupe toute l’étendue d’un cintre. Il est placé dans un panier à anses, déployant circulairement la queue au milieu de bouquets de fleurs, parmi lesquelles il n’est point superflu de nommer des soucis et des pensées, qu’on aperçoit parmi des touffes de roses. L’oiseau de Cérès est sans doute représenté dans ces lieux funèbres en guise d’offrande ; j’en ignore la cause allégorique.
VUE D’UN SARCOPHAGE, DANS L’INTÉRIEUR D’UNE GROTTE A CYRÈNE.
Elle est située à l’ouest de la Nécropolis de Cyrène ; le sarcophage qui s’y trouve est magnifique, il est en marbre blanc avec son couvercle. Cette grotte, dont l’entrée et l’intérieur sont très-détériorés, formait une pièce ayant trois subdivisions, dont deux latérales à l’entrée, et la troisième au fond. Elles contenaient chacune un sarcophage en marbre de styles différents. Celui-ci est le seul conservé ; il a sur sa façade quatre cariatides, dont deux figures de filles et deux de garçons. Ces figures, ainsi que tous les autres dessins, sont sculptées en bas-relief ; elles soutiennent des guirlandes composées de feuilles de différentes espèces, de fleurs et de fruits. Au milieu et entre la guirlande soutenue par les figures de filles, est une tête de grandeur naturelle ; au milieu du cou est un nœud avec deux ganses. Entre les deux autres guirlandes, soutenues de chaque côté par deux cariatides de deux sexes, sont des têtes d’enfant. Les figures sont d’un bon style ; les draperies sont bien ménagées, et nouées à la grecque au-dessous du sein. Des trous ont été pratiqués en différents endroits sur cette façade, par les Arabes, dans le but de connaître ce que contenait le sarcophage avant qu’ils aient pu remuer le couvercle, qui se trouve maintenant un peu détourné. Aux deux côtés qui forment les extrémités du sarcophage est un simple réseau, au milieu d’une guirlande de même nature que celles de la façade, mais le dessin est brut. Il a sept pieds cinq pouces de long sur trois pieds huit pouces de large ; la hauteur de la caisse est de trois pieds trois pouces, et celle du couvercle d’un pied trois pouces.
FRAGMENTS DE SARCOPHAGES EN MARBRE.
Dans une chambre voisine de celle où j’ai trouvé le sarcophage décrit plus haut, je fis déblayer différents blocs de marbre ; un beau fragment m’offrit un guerrier armé de sa cuirasse, paraissant prêt à immoler une mère dont le fils est étendu à ses pieds. Ce même fragment, qui est la base mutilée du sarcophage, offre à son grand côté des restes d’une scène de même nature, des chevaux et des chiens pêle-mêle, fuyant précipitamment. Ce bas-relief permet de croire que le sarcophage a dû contenir un guerrier, ou une victime des fureurs de la guerre.
SARCOPHAGE SITUÉ DANS L’INTÉRIEUR D’UNE GROTTE, PRÈS DE LA FONTAINE D’APOLLON, A CYRÈNE.
Il est en marbre blanc, ayant deux griffons sur un des grands côtés en bas-relief. Ils appuient une pate sur une espèce de vase long ou candelabre, d’où sort de la flamme ; les trois autres côtés du même dessin ont une frise en guirlandes, au sommet, suspendue à des têtes de bouc ; à leur base est une autre guirlande, et au fond un dessin en lignes contournées en S.
TORSE COLOSSAL EN MARBRE, PARMI LES RUINES DE CYRÈNE.
Il se trouve à soixante et dix mètres, vers l’ouest, du temple de César. Il est d’une grandeur colossale, en marbre blanc, représentant un guerrier. La cuirasse, enrichie de sculptures d’un travail fini, est d’une belle conservation ; on y distingue les emblèmes suivants : au milieu du poitrail une figure de femme ailée, la tête couverte d’un casque, et tenant d’une main un glaive, et de l’autre un bouclier, se tient debout sur une louve : il est presque inutile de dire que c’est là l’emblème de Rome la guerrière, portée par l’animal qui allaita son premier roi. Deux autres figures également ailées, sculptées latéralement à la précédente, paraissent représenter les génies qui présidaient aux destins de la ville héroïque. Les écailles semi-sphériques de la cuirasse, qui couvrent les bandelettes libyennes, contiennent aussi chacune des sculptures en relief, disposées symétriquement, parmi lesquelles on remarque des dauphins, les têtes de Mercure et d’Apollon, les aigles de Rome, et autres symboles qui contribuent à orner ce beau torse sans trop le charger.
Si l’on se rappelle maintenant la situation de ce précieux monument, si l’on observe ses dimensions colossales et le fini du travail, il est hors de doute qu’on ne manquera pas de reconnaître en lui la statue de l’empereur César, que les Barbares, en dépit de son apothéose, ont chassée de la superbe enceinte, et fait rouler dans ce champ avec les colonnes et les voûtes qui en relevaient autrefois l’éclat.
(Portant par erreur le no LIX à double.)
Fig. 1.
Plan des ruines d’un temple situé à Ptolémaïs.
a. Pronaos qui contient encore trois colonnes debout avec leurs chapiteaux (Voyez pl. LXVIII).
b. Ouvertures qui communiquent à un souterrain voûté, divisé en neuf corridors, et destiné probablement à contenir de l’eau, usage qu’il offre encore maintenant.
Fig. 2.
Plan d’une ancienne caserne de la même ville.
a. Côté du mur où se trouve le rescrit d’Anastase Ier. Voyez Relat., page 179.
b. Pièce contenant encore les anciens fourneaux de la caserne.
c. Escalier pratiqué dans l’intérieur du mur et tout le long de l’enceinte.
d. Entrées voûtées.
e. Soupirail.
Fig. 3.
Plan d’un château sarrasin, situé sur la route qui conduit de Cyrène à Ptolémaïs.
BAS-RELIEF ET TÊTES EN MARBRE, PARMI LES RUINES DE CYRÈNE.
Parmi les débris du temple d’Apollon, on trouve ce bas-relief en marbre, représentant une jeune femme nue jusqu’à la ceinture, sans attribut de déesse, et paraissant couronner un buste dont il manque la tête.
Ces deux têtes ont été trouvées parmi les ruines de Cyrène ; elles sont de marbre blanc. L’une est d’une dimension colossale, et l’autre de grandeur naturelle.
PLAN D’UN HYPOGÉE, DIT KENNISSÈH (LES ÉGLISES) FAISANT PARTIE DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.
C’est au fond de cet hypogée que se trouvent les deux grottes de la planche XXXIX. Il est situé à peu près au milieu de la Nécropolis de l’Est, et est le plus remarquable de tous par sa grandeur et ses distributions.
INSCRIPTIONS TROUVÉES A CYRÈNE.
INSCRIPTIONS TROUVÉES DANS L’INTÉRIEUR D’UN SANCTUAIRE, A CYRÈNE.
INSCRIPTIONS TROUVÉES A CYRÈNE.
VUE DU CHATEAU DE BÉNÉGDEM, SITUÉ SUR LA ROUTE DE CYRÈNE A PTOLÉMAÏS.
Il est situé à l’ouest de Cyrène, et à une journée de chameau de la mer ; il a vingt-deux mètres et vingt centimètres de longueur, sur quarante-trois mètres quatre-vingt-cinq centimètres de largeur, formant un carré oblong. Sa longueur est de l’Est à l’Ouest. Ses deux grands côtés ont au milieu de leur longueur une tour carrée de six mètres quarante-cinq centimètres de largeur. Ces tours attenantes au mur d’enceinte forment deux ailes au monument, se projetant en dehors ; elles ont chacune une pièce voûtée ; le tout construit en dalles calcaires, liées entre elles par du ciment.
VUE DES RUINES D’UN TEMPLE A PTOLÉMAÏS.
Le premier plan de cette vue représente le parvis du temple, formé par une espèce de stuc, dans lequel sont enchâssés des cailloux roulés. Plusieurs ouvertures sont pratiquées sur la surface du parvis, qui en quelques endroits conserve encore des restes d’une mosaïque grossière, dont il était généralement revêtu. Les trois colonnes encore debout sont probablement le reste du propylée. On voit sur le massif de construction qui leur sert de base générale, deux inscriptions grecques dont une est renversée.
(Portant par erreur le no LXVIII à double.)
VUE DES RUINES DE LA PORTE OCCIDENTALE DE PTOLÉMAÏS.
Deux grands massifs d’une égale dimension, ayant à leur côté Est une ouverture carrée à mi-distance de leur hauteur, portent à croire qu’ils peuvent être les restes de l’ancienne porte de Ptolémaïs, à l’extrémité Ouest de laquelle ils se trouvent. Les ruines du temple, qui est l’objet de la vue précédente, se voient à l’Est.
VUE DES MONUMENTS FUNÉRAIRES, SITUÉS A L’OUEST DES RUINES DE PTOLEMAÏS.
Le principal de ces tombeaux est construit sur un rocher taillé carrément. Il est orné à son sommet d’une frise du même style que celles que nous avons observées dans la Nécropolis de Cyrène. Il forme intérieurement une galerie, ayant de chaque côté cinq caisses ou caveaux dont les entrées sont ornées de frises simples, mais d’un bon goût. Au-dessus des caveaux est un second étage divisé en plusieurs pièces. Les autres tombeaux ou masses carrées que l’on aperçoit auprès de celui dont nous venons de parler, sont formés par des rochers isolés, dans l’intérieur desquels on a taillé une ou plusieurs chambres. L’extérieur est taillé à peu près en carré d’une manière assez grossière.
PLAN, COUPE INTÉRIEURE ET DÉTAILS DU GRAND TOMBEAU, SITUÉ A L’OUEST DE PTOLÉMAÏS.
Voyez Relation, pages 180 et 181.
INSCRIPTION GRAVÉE SUR UNE CASERNE ANTIQUE A PTOLÉMAÏS.
(Cette dernière porte par erreur le no LXXIX.)
INSCRIPTIONS DE PTOLÉMAÏS.
INSCRIPTIONS GRAVÉES SUR LES TOMBEAUX DE PTOLÉMAÏS.
INSCRIPTIONS TROUVÉES A TEUCHIRA.
ENCEINTE DE L’ANCIENNE VILLE DE TEUCHIRA.
Les ruines de cette ville sont entourées d’une muraille d’enceinte, formant un carré irrégulier de deux milles environ de circonférence. Cette muraille, d’une belle conservation, et flanquée de tours à ses angles, a été redressée avec des matériaux d’édifices anciens.
a. Bassins taillés dans la roche et creusés à leurs parois en grottes sépulcrales.
b. Grande tour au centre de laquelle est un puits.
c. Tours quadrangulaires qui servaient à défendre la ville.
d. Côté de l’enceinte qui côtoie les bords de la mer ; il est presque totalement détruit.
VUE D’UNE GROTTE SÉPULCRALE, APPARTENANT AU MOYEN AGE, ET FAISANT PARTIE DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.
RUINES D’UN GRAND MONUMENT SARRASIN A LADJEDABIAH.
VUE D’UN CHATEAU SARRASIN A LADJEDABIAH.
On trouve ces ruines à treize lieues du cap Carcora, à trois des bords de la mer. Voyez Relation, pages 268 et 269.
VUE D’UN VILLAGE EN BRANCHES DE PALMIERS, A L’OASIS DE MARADÈH.
A peu près au centre de Maradèh proprement dite est un rocher sur lequel sont les ruines d’un village, ayant un mur d’enceinte, et construit en pierres et terre : de ce point, on aperçoit toute l’étendue de l’Oasis au Nord de ces ruines ; derrière une petite chaîne de monticules ou rochers, qui divisent cette Oasis en deux parties, sont les ruines d’un autre hameau construit de la même manière que le précédent, ayant au milieu une espèce de tour carrée, comblée maintenant, et qui a dû servir de lieu de défense aux anciens habitants. Les nomades des environs de la Syrte viennent chaque année y recueillir les dattes ; mais n’osant résider dans les villages ruinés, livrés au pouvoir des esprits, ils se sont construit séparément des habitations en branches de palmiers.
VUE DE L’OASIS DE LECHKERRÈH, VOISINE D’AUGILES.
Dans cette Oasis, de même qu’à Maradèh, il n’y a point de village bâti, ce sont des huttes en branches de palmiers, entourées d’une enceinte de même nature. Les Arabes de Barcah y viennent séjourner en été avec leurs bestiaux, y sèment un peu d’orge, et recueillent les dattes, pour lesquelles ils paient un tribut au pacha de Tripoli. Je n’y ai trouvé qu’une dixaine d’hommes qui y sont domiciliés, et dont les ressources consistent en quelques chèvres. Ces habitants sont loin d’offrir l’aspect malheureux de ceux de Maradèh. On voit à Lechkerrèh un grand carré, ou enceinte fermée par un mur peu élevé, construit en pierres et terre, et ayant intérieurement à chaque angle une espèce de tour dont l’entrée est au-dessus du niveau du sol. Cette bâtisse et une autre d’une moins grande dimension qui est à côté, quoique toutes les deux fort ruinées, m’ont paru avoir été faites par les Arabes.
NÉGRESSE DU SOUDAN.
Cette planche représente un groupe de jeunes négresses du Soudan, contrée de l’Afrique intérieure, avec lesquelles j’ai eu l’occasion de traverser des zones de sable : la régularité de leurs traits, la douceur animée de leurs grands yeux noirs, et la svelte souplesse de leur taille sont loin de présenter ces difformités du nez et des lèvres qui caractérisent la plupart des africaines.
DROMADAIRE BICHARIÈH, AVEC SES HARNAIS NUBIENS.
Céraste.
Geranium uniflorum (n. s.).
Ornithogalum sessile.
Senecio orientalis.
Echium cyrenaïcum.
Stachis latifolia.
Euphrasia cyrenaïca.
Ranunculus asiaticus.
Nouveau genre de la famille des cyprès ; il croît auprès de la fontaine d’Apollon.
FIN DE L’EXPLICATION DES PLANCHES.
[393]L’auteur de la Relation n’a d’autre mérite, pour la plupart des planches, que d’avoir pris sur les lieux, aussi fidèlement qu’il lui a été possible, les croquis qui ont servi, sous sa direction, à MM. Courtin et Adam fils à faire les dessins qui composent cet Atlas.
PAR M. LETRONNE.
Parmi les inscriptions rapportées par M. Pacho, il n’en est qu’un petit nombre qui présentent de l’intérêt sous le rapport de l’histoire ou de la langue. Le reste n’offre que des noms propres. Un travail assez étendu sur ces inscriptions, que j’avais remis à M. Pacho, quelque temps avant sa mort, ne s’est point retrouvé. Dans les instans de trouble et d’égarement d’esprit qui ont précédé cette horrible catastrophe, cet infortuné voyageur a brûlé indistinctement, à ce qu’il paraît, un grand nombre de papiers, et mon manuscrit y a passé avec d’autres choses sans doute plus importantes. N’en ayant pas gardé de copie, je devrais le recommencer ; mais le temps me manque. On ne trouvera donc ici que le fragment que j’en avais détaché et publié dans le Journal des Savans, mars et mai 1828, et qui heureusement concerne les plus intéressantes de ces inscriptions. Pour les autres, comme elles ne renferment le plus souvent que des noms propres, on voudra bien se contenter d’une indication sommaire. Il en est même que je passerai tout-à-fait sous silence, parce que les copies de M. Pacho m’ont paru pouvoir suffire au lecteur instruit : on aura donc à peu près tout ce que mon travail pouvait offrir de réellement utile ; on ne perdra que quelques rapprochemens paléographiques ou chronologiques d’un médiocre intérêt.
No 1. Cette inscription est la seule qui soit en vers ; c’est une épitaphe en vers élégiaques qui, par son sujet et son mérite, peut enrichir l’anthologie grecque.
En voici le texte restitué et la traduction[394] :
L. ΚΘ. Τῖτος Πετρώνιος
Καπίτων, ἐτῶν ΔΚ.
Βαιόν σοι τὸ μεταξὺ βίου θανάτοιό τ’ ἔθηκε
καὶ τύμβου, Καπίτων, καὶ θαλάμοιο, Τύχη,
Νύκτα μίαν ψεύϛιν, καὶ ἀνηλέα, τὴν ἄνις αὐλῶν,
τὴν δίχα σοι παϛῶν, τὴν ἄτερ εἰλαπίνης·
Αἲ, Αἲ τὴν ἐπὶ πέπλα, καὶ εἰς ἀμύριϛα πεσοῦσαν
ϛέμματα, καὶ βίβλους σεῖο, πρόμοιρε, τέφρην.
Οἲ θρήνοισι βοητὸν ὑμήναον· οἲ προκελεύθους
λαμπάδας ὑϛατίου καὶ κενεοῖο λέχους.
L’an XXIX. Titus Petronius Capiton, âgé de 24 ans.
La Fortune, Capiton, n’a mis pour toi, entre la vie et la mort, entre l’hymen et la tombe, que l’intervalle d’une seule nuit, trompeuse, impitoyable, sans instrumens de fête, pour toi sans lit nuptial, sans festin. Infortuné jeune homme ! La poussière est tombée sur tes vêtemens de noce, tes bandelettes non encore parfumées, tes couronnes de biblus. Ah ! des gémissemens ont été ton chant d’hyménée ! Ah ! Hélas ! les flambeaux t’ont conduit à la couche dernière, que personne ne doit partager.
Selon l’usage des inscriptions funéraires qu’on trouve en Cyrénaïque, on a exprimé la date de la mort en années du règne du prince, mais sans indiquer le nom de ce prince. Cet usage singulier, et dont je ne puis m’expliquer le but, jette beaucoup d’obscurité sur l’époque de ces monumens. Ici, il n’y a point d’incertitude ; les noms Titus Petronius annoncent l’époque romaine, et l’année 29 ne peut convenir qu’à Auguste, puisque le règne d’aucun autre empereur n’a duré 29 ans. Le monument est donc de l’an 3 de notre ère.
L’épitaphe suit l’énoncé de la date. Les lettres numérales ΔΚ sont placées en sens inverse, comme dans les inscriptions de Syrie. J’en ai vu plusieurs exemples parmi celles de la Cyrénaïque ; je n’en connais pas un seul sur les monumens de l’Égypte. Si j’en ai bien compris les détails, Titus Petronius Capiton est mort la nuit même qui devait être celle de ses noces. De là une opposition assez touchante entre les cérémonies nuptiales et les cérémonies funèbres. Il y a dans l’Anthologie une épigramme de Méléagre sur une jeune fille, morte aussi la veille de son mariage[395] ; elle l’emporte en grace et en correction ; mais je ne sais si l’inscription de Cyrène n’est pas d’une tournure plus ingénieuse.
Il n’y eut qu’une seule nuit (νὺξ μία), faible intervalle (βαιὸν τὸ μεταξὺ) entre l’hymen et la tombe (θαλάμου καὶ τύμβου) : les épithètes ψεύϛιν [trompeuse] et ἀνηλέα [impitoyable] semblent convenir mieux à la fortune, auteur du mal, qu’à la nuit, qui n’en a été que le témoin. La forme ψεῦϛις, pour le féminin de ψεύϛης, n’est pas connue ; on ne trouve que ψεύϛρια ou ψεύϛειρα. Cette nuit malheureuse fut ἄνις αὐλῶν sine tibiis, c’est-à-dire, qu’on n’entendit pas retentir le son des flûtes (αὔλημα τὸ γαμήλιον) qui accompagnait la marche des jeunes époux le jour de la noce[396] ; aussi la veille de ce jour s’appelait-elle προαύλια[397] ; et c’est pour cela que Philippe de Thessalonique dit de Vénus qu’elle aime λιγυρῶν αὐλῶν ἡδυμελεῖς χάριτας[398].
Τὴν δίχα σοι παϛῶν. Le παϛὸς était proprement l’alcôve du lit, ou l’ensemble des rideaux qui l’enveloppaient[399] ; ce mot est ici pris comme synonyme de θάλαμος ; et δίχα παϛῶν est pour δίχα παϛοῦ : le pluriel est commun en ce cas. Ainsi, Méléagre, dans son épigramme déja citée : καὶ θαλάμων ἐπλαταγεῦντο θύραι[400] ; dans une adespote, on lit : πρόσθεν ἐμῶν θαλάμων[401] ; dans une de Persès : ὡραίους ἤγαγεν εἰς θαλάμους[402] ; ailleurs les deux mots sont réunis : ἐκ δ’ ἐμὲ παϛῶν νύμφην κἀκ θαλάμων ἥρπασ’ ἄφνως Ἀΐδας[403] ; enfin, dans une épigramme d’Agathias le scholastique : οὐδ’ ἐπὶ παϛοὺς ἠγάγετο[404]. C’est ce vers qui montre que Capiton était mort avant d’avoir conduit sa nouvelle épouse au domicile conjugal où se donnait le banquet de noces.
Αἲ, αἲ τὴν... τέφρην. Ainsi Méléagre : Αἲ, αἲ τὰς μαϛῶν ψευδομένας χάριτας[405] ; et Philippe de Thessalonique : αἲ, αἲ πέτρον ἐκεῖνον[406]. Les leçons πεσοῦσαν et βίβλους pour βίβλου me semblent certaines ; et le pronom σεῖο se rapporte aux mots qui précèdent, et non pas à τέφρην.
Voilà pour la syntaxe de ces deux vers ; mais les mots et le sens présentent plus d’une difficulté. Qu’est-ce que la cendre tombée sur ses voiles, ses bandelettes ou guirlandes, etc. Cela se rapporte-t-il à quelque usage inconnu ! Je ne le pense pas. Il n’y a là, je crois, qu’une impropriété d’expression.
D’abord, il me semble que πέπλα, ϛέμματα et βίβλοι σεῖο, désignent les vêtemens et les ornemens que portait Capiton. Nous voyons dans Chariton[407], que Callirhoé, nouvelle mariée, fut mise dans la tombe, couverte de toute sa parure de noce et de la couronne qui avait orné son front le jour de son mariage ; ce qui rappelle l’usage encore subsistant en Épire, où les époux sont parés, le jour de l’enterrement, de leurs couronnes nuptiales, quand ils n’ont pas changé de lien[408]. C’est, je pense, la parure de noce de Capiton que désignent les mots πέπλα, ϛέμματα et βίβλοι. Le premier désigne, par une expression spécifique, le vêtement en général, la ϛολὴ ou ἐσθὴς νυμφικὴ de Chariton, la γαμικὴ χλανὶς d’Aristophane[409], la robe préparée pour la noce, et que Chariton n’avait pu revêtir. Admète, dans Euripide, emploie le même mot, quand, après les funérailles d’Alceste, il rentre seule dans son palais : il compare les habits de deuil, μέλανες ϛολμοὶ, qu’il porte maintenant, aux vêtemens blancs, λευκὰ πέπλα, qui le paraient le jour qu’il y conduisit son épouse chérie[410]. Les ϛέμματα pourraient être des guirlandes ; je crois plutôt que ce sont les bandelettes (λημνίσκοι, infulæ coronarum) des couronnes qui devaient parer la tête de Capiton ; et βίβλοι doit désigner ces couronnes elles-mêmes : les mots ταινίαι et ϛέφανοι se trouvent souvent ensemble[411]. Il y avait une espèce de biblus appelée ϛεφανωτρὶς, dont on tressait des couronnes. Agésilas, en Égypte, s’en était servi au témoignage de Théopompe[412] ; et Appien dit de Pharnace : βίβλον τις πλατεῖαν φέρων ἐξ ἱεροῦ ἐϛεφάνωσεν αὐτὸν ἀντὶ διαδήματος[413]. La fleur du biblus était-elle, en Cyrénaïque, employée spécialement aux couronnes nuptiales ? je l’ignore. Βίβλοι signifie donc ϛέφανοι ἐκ βίβλου, comme λωτοὶ, dans Méléagre[414], signifie des flûtes, αὐλοὶ ἐκ λωτοῦ, parce qu’on faisait avec le lotus une espèce de flûtes qu’Euripide appelle λίβυς λωτὸς[415], et qu’il nomme ailleurs λίβυς αὐλός[416]. L’épithète ἀμύριϛα jointe à ϛέμματα annonce qu’on n’avait pas eu le temps de parfumer ni les bandelettes, ni les couronnes ; ce qui s’explique par un passage d’Aristophane, où l’on voit qu’on ne les parfumait qu’au moment de conduire la mariée.... οὔτε μύροισιν μυρίσαι ϛακτοῖς ὁπόταν νύμφην ἀγάγησθον[417].
Maintenant que signifie : « Hélas ! la cendre tombée sur les vêtemens, les bandelettes, etc. ! » Cela ferait-il allusion à quelque usage inconnu, pour nous, de jeter de la cendre sur le linceul et les ornemens du mort ! L’expression πεσοῦσα me fait croire que τέφρη, cendre, par une impropriété d’expression peu surprenante dans cette épitaphe, a le sens de κόνις, employé souvent pour γῆ ou χθών. Ainsi : κούφη τοι γὰρ ἐμοὶ πέλεται κόνις[418] ; et ἀλλὰ τὰ [sc. ὀϛέα] μὲν κεύθει μικρὰ κόνις ἀμφιχυθεῖσα[419]. Le mot κόνις étant un synonyme de τέφρη, dans l’acception de cendre, le poète a cru que τέφρη pouvait se prendre pour un synonyme de κόνις dans le sens de poussière. Si τέφρη est pris ici pour κόνις, on voit que ἡ ἐπὶ πέπλα πεσοῦσα τέφρη revient à ἡ ἐπὶ π. πεσ. χθὼν ou γῆ et se rapporte à la terre, à la poussière qui tombe, que l’on jette sur le cadavre du mort, ce qui est exactement analogue à l’expression d’Euripide : κούφα σοι | χθὼν ἐπάνω ΠΈΣΕΙΕ, γύναι[420] ; et à cet autre du même : κακοῖς δ’ ἔφ’ ἔρμα ϛερεὸν ῈΜΒΆΛΛΟΥΣΙ γῆς[421]. Je crois que c’est là le sens que notre poète a donné à ces deux vers.
Οἲ θρήνοισι βοητὸν ὑμήναον : le poète, ayant besoin d’un dactyle, a suivi ; pour ce mot, une orthographe singulière, en écrivant ὑμήναον au lieu de ὑμέναιον. On peut citer, pour son excuse, un passage de Sapho, cité par Héphestion, où de bons critiques ont laissé ὑμήναον[422]. On ne connaît que les composés ἀμφιβόητος, διαβόητος, ἐπιβόητος, περιβόητος et ἀβόητος[423]. Le simple βοητὸς ne s’est encore trouvé nulle part ; mais il n’a rien d’illégitime. L’expression rappelle le βοάσατ’ εὖ τὸν ὑμέναιον, ὦ, | μακαρίαις ἀοιδαῖς | ἰακχαῖς τε νύμφαν d’Euripide[424]. Quant à la pensée, on en retrouve l’équivalent dans le θρῆνος ὀ ὑμέναιος d’Achilles Tatius[425], le εἰς δὲ γόους ὑμέναιος ἐπαύσατο de Parménion[426] et le θρῆνος δ’ εἰς ὑμέναιον ἐκώμασεν de Philippe[427]. Mais ici la tournure est plus vive et plus expressive. L’hyménée se chantait surtout après le festin de noce, lorsque les deux époux étaient conduits dans l’appartement conjugal[428] ; et de là, cette ingénieuse expression, dans l’épitaphe d’une jeune fille : οὐ δ’ ὑμέναιον | ᾖσέ τις οἰνοχαρὴς πρόσθεν ἐμῶν θαλάμων[429]. Capiton, conduit, non pas au lit nuptial, mais à la tombe, a eu des gémissemens pour chant d’hyménée.
Il y a encore dans la dernière phrase une dilogie ingénieuse qui repose sur ce que la marche des jeunes époux, comme le cortége funéraire, était précédée par des flambeaux, désignés ici d’une manière pittoresque par les mots προκέλευθοι λαμπάδες λέχους. Les flambeaux d’hymen conduisaient au lit nuptial ; les flambeaux funèbres, à la couche dernière, idée exprimée dans l’épigramme de Méléagre : αἱ δ’ αὐταὶ καὶ φέγγος ἐδᾳδούχουν παρὰ παϛῷ | πεῦκαι, καὶ φθιμένᾳ νέρθεν ἔφαινον ὁδόν.
Il se pourrait que κενὸν (λέχος) signifiât simplement vain, inutile, stérile, comme κενεαὶ ὠδῖνες dans Méléagre[430], et κενεὸς τάφος dans Grégoire le théologien[431]. Mais je crois que l’auteur lui a donné le sens propre de vide, désert, solitaire ; Euripide fait dire à Admète : πέμπουσί μ’ ἔσο λέκτρων κοίτας ἐς ἐρήμους[432] ; et à la place du mot ἔρημος, il emploie κενὸς, un peu plus bas, γυναικὸς εὐνὰς εὖτ’ ἂν εἰσίδω κενάς[433]. Au lieu d’être conduit au lit nuptial, où devait se trouver la jeune mariée, Capiton est porté au lit funèbre qu’il occupe tout seul. D’ailleurs, s’il avait été marié, ce lit funèbre aurait été partagé un jour par sa femme, parce que la femme et le mari étaient le plus souvent renfermés dans le même tombeau : mais la couche dernière de Capiton est et sera toujours solitaire. C’est ce double sens qui me paraît compris dans le mot κενός.
No 2. C’est la seule peut-être de toute la collection qui soit antérieure aux Lagides ; elle ne contient malheureusement que des noms propres, sans même qu’on sache à quelle affaire ils se trouvent liés, et quel est l’objet du monument.
No 1. Fragment d’inscription latine destinée, à ce qu’il paraît, à mentionner la dédicace ou l’érection d’un portique faisant partie d’un Cesareum, ou monument consacré à Jules César : l’inscription doit être du règne d’Auguste. (V. le voyage, p. 219 et suiv.)
No 2. Cette inscription est placée au-dessus d’une fontaine d’Apollon ; il faut la lire :
L. ΙΓ Διονύσιος Σώτα, ἱερειτεύων[434] τὰν κράναν ἐπεσκεύασε. « L’an XIII. Dionysius, fils de Sotas, exerçant la prêtrise, a réparé la fontaine. »
Cette fontaine est tout près de ruines considérables qui ont appartenu à un temple. Ce sont la fontaine et le temple d’Apollon, si célèbres à Cyrène[435] ; les doutes à cet égard sont levés par le fragment de dédicace impériale. (no 10 de cette même pl.) M. Pacho l’a copié d’après sur une bande de marbre blanc, courbée comme l’arc d’un hémicycle et dont il occupe la courbe intérieure. Je soupçonne que ce bloc faisait partie du dossier d’un exèdre qui a dû être fort grand ; car le bloc qui a deux pieds de long, est très-légèrement courbé. Cet édifice fut élevé en face du temple d’Apollon, avec l’argent fourni par les prêtres, comme le dit l’inscription dont il ne reste que ceci.