[35] Chap. 17, vers. 10.
[36] Chap. 2, vers. 20.
[37] Ps. 26, vers. 2.
« Brûlez nos reins et nos cœurs, ô mon dieu, du feu de l’esprit saint, afin que nous vous servions purs et chastes de corps et de cœur, et que nous nous rendions dignes de votre amour par l’innocence de notre vie. »
On voit dans l’exode XII, V. 2, qu’il étoit prescrit aux Israélites qui mangeoient l’agneau pascal, de ceindre leurs reins, et tous les théologiens s’accordent à entendre par-là qu’ils devoient se garder de toute action et pensée charnelle.
Ausonne, épigramme 13, dit, se servir de ses reins, pour se livrer à la volupté. « Sers-toi de tes reins. » On dit chez nous, en badinant, que ceux qui sacrifient à la déesse de Cythère, purgent leurs reins.
Hyppocrate, dans son traité des maladies internes, Aristote dans ses problêmes[38], Galien[39], Aëtius[40], dans son Tetrabiblos, Avicenne[41], (R) et quantité d’autres médecins, nous apprennent que les jouissances trop fréquentes ruinent les reins ; ce qui a fait dire à Fulgence (S) dans sa mythologie[42] que les reins sont consacrés à Vénus. Fulgence, liv. 5 de sa mythologie, dit dans la fable de Thétis et Pelée, d’après la physiologie de Démocrite, que les payens avoient consacré chaque partie de notre corps à une divinité particulière : la tête à Jupiter, les bras à Junon, les yeux à Minerve, la poitrine à Neptune, la ceinture à Mars, les reins à Vénus, et les pieds à Mercure[43].
[38] Section IV, probl. 2.
[39] Lib, VI, comment. VI.
[40] Disc. 3, c. VIII, lib. I.
[41] Liv. III, fen. XII. trait. II. c. XI.
[42] Liv. III.
[43] C’est ainsi que les anciens mettoient la morale à la portée de tout le monde, par des emblêmes ingénieux, et sous le manteau du culte religieux.
Varron, celui des Romains qui avoit le plus d’érudition, au jugement de Quintilien[44], si vous voulez remonter à la source pour trouver la véritable étymologie du mot, fait dériver Renes du grec Upo tou rein, c’est-à-dire, ruisseaux d’où coule l’humeur obscène, nom qu’il donne au fluide séminal, ne vous y trompez pas, si nous devons en croire Isidore[45] et Lactance[46]. Il ne faut donc pas entendre par humeur obscène, cette sérosité saline contenue dans la vessie, ainsi que plusieurs l’ont cru. Isidore expliquant Varron, dit que les veines et la moëlle de l’épine, filtrent dans les reins une liqueur claire et subtile qui, détachée et provoquée par la chaleur que communique l’acte vénérien, descend des reins dans les testicules, et personne ne peut, avec un peu de bon sens, imaginer qu’il s’agisse ici de l’urine.
[44] Institut. orator. lib. 10, cap. I.
[45] Orig. lib. 10. chap. I.
[46] Ouv. de dieu, chap. 14.
Les Hébreux, par le mot reins, désignant la concupiscence, emploient deux mots qui signifient en français desirer ardemment. Les reins étant situés dans les lombes, vers les parties latérales de la région supérieure du bas-ventre, on les a crus nécessaires à la génération.
Dans Ovide, livre I des amours, Elégie XII, la plus chaste des femmes, ou du moins qui passoit pour telle, voulant éprouver la vigueur de ses prétendans, leur montre un arc et leur ordonne d’essayer de le bander.
« Pénélope éprouvoit la force de ses amans en les défiant de bander un arc de corne, afin de voir celui d’entr’eux qui avoit les reins les plus forts. »
Pénélope le dit elle-même, dans l’épigramme 69 du Priapeia, où le poëte la fait parler ainsi à ses galans assemblés.
« Personne ne bandait mieux que mon cher Ulysse, l’arc que je vous présente, soit l’effet de la force des reins (laterum) ou de l’adresse. Puisque je l’ai perdu, essayez de le bander, et celui que je trouverai vraiment homme, mâle et vigoureux, et digne de le remplacer, sera mon époux. » Martial, liv. VII, épig. 57, dit, essayer ses reins, pour éprouver ses forces aux combats de Vénus.
Ovide, liv. II, élégie 10 des amours, dit : donner de la force aux reins pour exciter à la volupté.
« La volupté donnera à mes reins tout ce qui peut ranimer mes forces. »
Apulée, livre VIII, appelle industrie, souplesse des reins, l’avantage précieux d’une vigoureuse construction pour la lutte amoureuse. Parlant des débauches des prêtres de la déesse Syrienne : « Ils amènent, dit-il, souper avec eux, un paysan d’une taille et d’une force de reins extraordinaires. »
Juvenal et Ovide disent : ménager ses reins, s’abstenir des plaisirs de l’amour. Le premier, sat. VI, dit en parlant d’un Catamite[47] :
[47] Les anciens nommoient Catamiti, Ganymedes, Concubini, ces jeunes garçons qui tiroient un grand profit de la prostitution de leurs corps. Pétrone leur a fait donner le nom de Gitons, et depuis, les favoris de nos rois furent appelés Mignons, de mi, qui signifie mon, et de niño, mot Espagnol qui veut dire petit enfant et caressé. (Ménage et Futetière.)
« Que ne laisses-tu dormir auprès de toi, cet enfant soumis, paisible et désintéressé, cet enfant qui jamais ne te reproche d’avoir ménagé tes flancs, et de ne le pas caresser autant qu’il le désireroit. »
Et le second, livre II, de l’art d’aimer.
« Ne ménagez pas vos flancs, c’est d’eux que dépendent la fidélité de votre maîtresse, la paix et le bonheur de vos amours. »
Martial, livre XI, épigramme 105, emploie l’expression de rompre ses reins, pour fournir trop souvent la carrière amoureuse.
« Et tu prolonges jusqu’au grand jour les transports libidineux qui épuisent et rompent tes reins. »
Et plus loin, livre XII, épig. 99.
« Bassus, tu te romps les reins, mais avec des jeunes gens bien fournis de poils. »
Tibulle ou quelqu’autre auteur, dans ses Iambes à Priape, s’exprime ainsi :
Pétrone, dans sa satyre, dit, arracher les flancs. (Je craignois que Giton ne m’arrachât les flancs.)
Il donne en plusieurs endroits, aux flancs de ceux qui se sont ruiné le tempéramment, les épithètes de fatigués, invalides, épuisés, desséchés et morts.
Ovide, livre III, des amours, Elégie X, dit :
« J’ai vu sortir de chez vous, votre adultère épuisé, traînant à peine ses flancs desséchés et sans vie. »
Catulle, Epigramme 7.
« Pourquoi ne nous montres-tu pas tes flancs épuisés. »
Priape, s’exprime ainsi, épigramme 25 du Priapeia, déjà cité :
« Vous voyez comme je suis arrangé et dans quel état déplorable la débauche m’a conduit. Je suis absolument ruiné, pâle et décharné. Mes flancs sont entièrement épuisés, une toux affreuse m’arrache la poitrine et je crains de cracher ma vie avec cette salive dangereuse. »
Suétone, dans la vie de Caligula, chap. 37, dit que Catulle, jeune homme de maison consulaire, reprocha à ce monstre de lubricité « d’avoir assouvi sur lui sa brutale passion et de lui avoir épuisé les reins par ses criminels embrassemens. »
Dans Apulée, livre VIII, le jeune homme qui servoit aux plaisirs infâmes de la déesse Syrienne, dit à l’âne qui venoit le remplacer dans cette fonction :
« Puisses-tu vivre long-temps, plaire à tes nouveaux maîtres, et me donner le temps de réparer mes forces et mes reins qu’ils ont épuisés. »
Tous les passages que j’ai déjà cités rendent la chose aussi claire que les rayons du soleil dans un beau jour d’été, pour me servir ici des expressions de Plaute.
Nous ne pouvons donc regarder comme nouvelle et suspecte, une opinion adoptée et confirmée par le suffrage unanime de toute l’antiquité et le témoignage des saintes écritures, que les lombes, les parties voisines, et les reins sont les instrumens de la génération. Or une chose généralement reconnue et avouée des savans, comme disent vos jurisconsultes, mon cher Cassius, ne peut être absolument fausse. Il n’y a de probable, dit Aristote, liv. 1 de ses topiques, chap. 1, texte 7, que ce qui paroît tel à tout le monde ou au plus grand nombre, et sur-tout à ceux dont on connoît la prudence et le génie, et qui se sont illustrés par les profondes connoissances. Il est donc important d’en chercher la raison avec la plus scrupuleuse attention, et d’établir, quand nous l’aurons trouvée, comment les coups de verges appliqués sur le dos ou sur les lombes, subtilisent, embrâsent les esprits et nous rendent habiles à savourer les délices de la jouissance[48].
[48] Nous ne pouvons mieux faire pour appuyer les observations faites jusqu’ici par Meibomius, sur l’utilité de la flagellation, que de citer M. l’abbé Chappe d’Auteroche, de l’académie des sciences. Ce savant abbé mourut en Californie, quelques jours après son observation du passage de Vénus sur le soleil, en 1760. Il avoit accompagné dans cette importante mission, MM. de la Condamine, l’abbé de la Caille, Joseph de Jussieu, Godin des Odonnais, Couplet, Lemonnier, Bougues, Verguin, Morainville, Clairaut et le Camus. Il remarque dans son voyage en Sibérie, fait par ordre du Roi en 1761, tome 1, page 339, que les coups de verges que l’on donne dans les bains de vapeurs, en Russie, donnent de l’activité aux fluides et du ressort aux organes. La flagellation, dit-il, anime les passions ; et nous devons en croire cet estimable littérateur, qui voyageant en philosophe, ami de l’humanité, s’est attaché à observer tout ce qui peut influer sur la population.
Le lecteur qui désireroit de plus grands détails sur cette matière, peut consulter l’excellent ouvrage de l’abbé Boileau, qui a pour titre : Histoire des flagellans, où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations, etc. Amsterdam 1701, in-12.
Marsilius Cagnatus et Montuus attribuent tout aux lombes, puisqu’ils sont composés des parties ci-devant détaillées, c’est-à-dire, des vertèbres, des muscles, des reins, des veines, des artères et des nerfs, en donnant néanmoins le premier rang aux veines et aux artères spermatiques qui fournissent la matière de la semence, contiennent le fluide qui commence à blanchir et à s’épaissir, est déjà sperme, ou va le devenir, et de-là le transmettent dans les testicules. Ce fluide étant trop abondant dans les veines et les artères, s’y trouvant gêné, et cherchant à se répandre au-dehors, excite des picotemens agréables, le prurit vénérien, des irritations, le besoin de s’en décharger et des pollutions nocturnes, sur-tout chez les personnes qui se couchant sur le dos, communiquent trop de chaleur aux parties génitales. Barth. Montagnana[49], le philosophe Nemesius[50], (T) Joh. Matthæus[51], Garyopontus, médecin latin moderne[52], et Sennert, (U) notre professeur et notre ami, homme respectable, lorsqu’il vivoit[53], Pierre Lauremberg, in procestriis annotat. anat. lib. 1. cap. IV, et enfin Gaspard Hoffmann, disent tous la même chose, quoiqu’ils ne s’expliquent pas de la même manière.
[49] Consil. med. 37.
[50] De la nature de l’homme, chap. 27.
[51] Quæst. medic. 90.
[52] Pract. lib. 3. cap. 34.
[53] Pract. lib. 3. c. 1. sect. 1. part. VII.
B. Montagnana, dit en examinant un passage d’Avicenne[54], qu’il faut remarquer pourquoi ce médecin attribue l’impuissance à la foiblesse des reins ; et après avoir dit que la matière séminale acquéroit le dernier degré de perfection, en raison du degré de chaleur et de force répandues dans les testicules, il ajoute qu’elle doit nécessairement être préparée dans les régions supérieures, dans les parties où la digestion se fait le plus promptement, comme dans le foie et les reins, et par conséquent ou plus éloignée ou plus rapprochée, suivant la constitution de chaque individu. Il conclut enfin qu’il est impossible que la véritable semence se forme et acquierre toutes les qualités requises, si les parties où elle doit s’élaborer, c’est-à-dire le foie et les reins, sont vicieuses, mal organisées et n’ont pas entr’elles un ordre et une connexion uniformes.
[54] Lib. XIX. Fen. 3. c. de renibus et ren. calc.
Némésius croit que les reins n’épanchent dans les testicules qu’une sérosité saline qui n’excite seulement dans ces parties que le prurit et la chaleur du désir, et remplissent ainsi leur ministère dans l’acte de la génénération. « Les reins, dit-il, servent à épurer le sang, et ne sont dans le coït qu’une cause irritante et secondaire. » Les veines qui se rendent dans les didimes, puisent dans les reins un acide qui irrite le désir, de même que les humeurs acres qui se glissent entre cuir et chair, y causent des démangeaisons. L’enveloppe de ces corps glanduleux étant plus tendre et plus délicate que la peau du reste du corps, cet acide irrite et aiguillonne plus vivement les organes de la volupté, et c’est cette âcreté mordicante qui procure les pensées lascives, provoque la fureur amoureuse et opère l’éjaculation de la semence. Voilà mot pour mot ce que dit Isidore ci-dessus cité, et Joh. Matthæus ne diffère de lui, qu’en ce qu’il attribue plus de faculté au rein gauche qu’au droit : « la veine gauche séminaire, dit-il, étant placée avec l’émulgente, près du rein gauche, fournit un sang mêlé d’une substance aqueuse et salée, qui occasionne le prurit et sert de stimulant à la jouissance. » Laurenberg donne aux reins l’emploi de la génération, et ne s’explique pas autrement que Garyopontus.
Il définit les reins un tissu de muscles et de nerfs étroitement liés aux corps caverneux qui contiennent la liqueur séminale. Il leur attribue l’opération de la spermatose, et croit que c’est en eux que le fluide régénérateur est contenu et élaboré. C’est aussi l’opinion de Sennert, quoiqu’il en donne une toute autre raison, en s’expliquant plus clairement et d’une manière qui approche plus de la vérité anatomique, que celle de Garyopontus, qui ne paroît pas la connoître beaucoup. Sennert dont l’exemple est suivi par Hoffmann, prétend que les reins ne servent pas seulement à communiquer une irritation voluptueuse aux parties de la génération, mais encore à perfectionner le fluide séminal et à le transmettre. Il infère de-là, premièrement, que les reins ont un parenchyme particulier, qui ne diffère pas beaucoup de la substance du cœur et du foie, et c’est aussi le sentiment d’Arétée[55].
[55] Lib. 2. c. III. de morbis diut.
On ne peut refuser à ce parenchyme particulier la faculté que lui donne Galien[56] d’élaborer le sang : faculté qui lui est commune avec le parenchyme de tous les autres vaisseaux. Kariesatos et Jean Beverovicius, chap. 2 de son livre sur la pierre de la vessie, l’ont démontré d’une manière évidente. La veine émulgente étant la plus considérable de celles qui prennent naissance dans la veine cave, et voiturant dans les reins plus de sang qu’il n’en faut pour les alimenter, et l’artère étant aussi trop grande pour filtrer et dépurer les sérosités, il est vraisemblable que la nature qui ne fait rien sans dessein, n’a donné tant de capacité à ces vases, que pour les faire concourir à ses vues, dans une opération particulière. Il conclut donc que cette opération n’a d’autre but que de porter dans les reins le sang des artères, qui se mêlant ensuite, dans leur substance, avec le sang des veines, et y changeant de nature, forme la base de la composition de la semence qui descend ensuite dans les testicules. Ce qui confirme l’opinion de Sennert, c’est que des diverses conformations des reins et des vases dans lesquels la nature se plaît à créer des bizarreries, pour s’amuser, il résulte qu’il y a des hommes plus amoureux les uns que les autres, et d’une complexion beaucoup plus vigoureuse. Salomon Albert et Jean Riolan[57] nous en offrent des exemples. Tous deux faisant la dissection d’un criminel, disent lui avoir trouvé trois émulgentes et les veines spermatiques dans chaque côté, qui sortoient des émulgentes. Sal. Albert infère de-là que cette prodigieuse abondance de vaisseaux et de semence devoit nécessairement opérer chez cet homme l’insatiable salacité et les desirs sans cesse renaissans dont il se plaignoit encore quelques instans même avant son supplice. Riolan écrit que le sien fut pendu pour trigamie, parce que son trop plein d’existence et de force l’avoit contraint à épouser trois femmes à la fois[58].
[56] Lib 6. de decret. Hippocr. et Plat.
[57] Antrop. liv. 2. chap. 27.
[58] Tel étoit de nos jours Mirabeau l’aîné, député à l’assemblée constituante. (Note de l’éditeur.)
Philippe Salmuth ayant fait la dissection de deux hommes morts du mal vénérien, trouva que les reins du dernier étoient trois et même quatre fois plus grands que ceux des hommes ordinaires. Sennert demande ensuite, dans le cas où cette opinion seroit rejettée, d’où proviennent les sels volatils qui affectent l’odorat à l’approche de plusieurs animaux non-châtrés, qui s’exhalent de toutes les parties de leur corps, mais dont la perception est beaucoup plus sensible dans les reins et sur-tout des adultes, ce qui ne se rencontre pas dans les individus de l’âge le plus tendre, ou qui n’ont pas encore été accouplés. Il ajoute encore, d’après Oiribase[59], que la surabondance de liqueur séminale trop long-temps retenue dans les vaisseaux nuit aux reins ; que les médecins regardent comme la preuve de l’excessive chaleur de ces parties, le penchant au libertinage, les songes lascifs et les pollutions nocturnes qui en sont le résultat. Les physiciens disent de plus que la qualité de la semence dépend de la constitution des reins. De même qu’une érection fréquente marque la chaleur des reins, de même une longue continence et l’éloignement des plaisirs de l’amour désignent leur température glacée.
[59] Lib. 6, cap. XXXIX. collect.
Alex. Trallien[60] et Arétée[61] nous apprennent que dans la gonorrhée simple, on diminue la force et la quantité du fluide séminal, en appliquant des remèdes qui ont cette vertu, sur les lombes, vers la région des reins.
[60] Médecin et philosophe du sixième siècle. Liv 2. chap. 9.
[61] Liv. 2. de ses Chroniq. chap. 7.
Pline[62] vient encore à l’appui de Sennert, et dit que des lames de plomb attachées sur les lombes et les reins, tempèrent par leur fraîcheur les transports de la passion amoureuse, et il cite à ce sujet l’exemple de l’orateur Licinius Calvus qui se servit avec succès de ce remède pour arrêter un flux involontaire de semence.
[62] Liv. 34. chap. 18.
Galien[63] rapporte que les athlètes ceignoient pareillement leurs reins de ces lames de plomb, pour empêcher les pollutions nocturnes et amortir les feux de l’amour ; il ne trouve pas de meilleur remède au priapisme qu’un emplâtre d’huile rosat épaissi avec de l’eau froide et appliqué sur les lombes.
[63] Liv. 5 de tuendâ valet. c. ult. lib 6. de loc. adf. c. ult. et lib. 14. method. medic. cap. 7.
Cœlius Aurelianus[64], outre les lames de plomb, ordonne des éponges imbibées à froid avec le marre de raisin.
[64] Liv. 5. Tard. pass. cap. 5.
Aëce[65] et Théodore Priscien[66] recommandent non-seulement l’application des lames de plomb sur les lombes et les rafraîchissans, mais encore défendent de se coucher sur le dos, pour ne pas augmenter le mal, par l’extrême chaleur que cette position communique à ces parties.
[65] Tetrabiblos I. disc. III. chap. 32 et 37.
[66] Liv. 2. c. XI.
Oribase[67] (V) et Paul Eginæte[68] sont du même avis. Ce dernier défend même dans la gonorrhée simple, tout médicament qui provoque les urines, comme très-nuisible aux reins qui sont placés dans la région des lombes.
[67] Synops. Lib. 9. c. 39 et 40.
[68] Lib. 3. c. 55 et 56.
Avicenne[69] l’a prouvé, et cite entr’autres symptômes de l’épuisement et de la défection des reins, le défaut d’érection dans le coït. Il donne pour cause de la foiblesse de ces parties, la trop fréquente émission des molécules organiques, et nous apprend[70] que le seul moyen de leur rendre toute leur vigueur, est l’abstinence des plaisirs qui les en ont privés.
[69] Lib. 3. Fen. XIX. c. IX.
[70] Cap. XI.
Aaron, médecin célèbre, cité par Rhasès[71] dit aussi qu’il faut attribuer le défaut d’érection, au foie et aux reins.
Aristote[72] dit, qu’excepté l’homme, aucun des animaux n’est sujet au flux involontaire de la semence, parce qu’ils ne se couchent point sur le dos. On en excepte pourtant les chevaux de course dont les lombes et les reins échauffés par le mouvement que leur communique le cavalier, les rendent plus enclins à l’acte vénérien. Voilà l’origine de la coutume qu’observoient les dames d’Athènes, pendant les Thesmophories[73] d’éviter les carresses de leurs époux, et de coucher seules.
[71] Liv. 2. de la Continence.
[72] Problêm. Sect. 10. Prob. 19.
[73] Les Thesmophories étoient des sacrifices et des fêtes en l’honneur de Cérès Thesmophore ou Législatrice, pendant toute la durée desquelles on s’envoyoit par toute la Sicile des gâteaux faits avec du miel et de la graine de Sésame. On donnoit à ces gâteaux la figure des parties naturelles de la femme, pour lesquelles les Syracusains avoient tant de vénération et d’amour qu’ils les portoient en cérémonie à ces fêtes célèbres. Les Romains, lorsque leurs mœurs furent dépravées, firent construire des vases dont ils se servoient à leurs repas et auxquels ils donnoient la figure de la partie virile pour laquelle ils avoient tant de passion. Ce qui a fait dire à Juvenal, satire 2 : Vitreo bibit ille Priapo : Celui-là boit dans un Priape de cristal.
Le Sésame est une espèce de bled, selon Pline, et de légume, selon Columela, que les apothicaires d’Italie nomment Gingeoline. Il ressemble au millet. Son huile est fort estimée et a la vertu de rendre stérile. Pline dit qu’il fut apporté des Indes. Ses feuilles sont rouges et ses fleurs vertes. Sa graine est blanche et renfermée dans de petits boutons, comme celle du pavot et sa racine est blanche pareillement. On n’en sème guère, parce qu’on prétend qu’il rend la terre stérile. Son nom en latin est Sesamum.
Ovide en parle ainsi, livre II de ses métamorphoses, fable IX. « Elles mettoient au nombre des choses defendues les plaisirs de l’amour, et les attouchemens des hommes dont elles se sevroient pendant neuf jours. »
Elles dressoient leurs lits avec les branches et les feuilles de l’agnus-castus[74]. Le Vitex est un arbrisseau dont l’odeur combat les pensées amoureuses et écarte les songes lascifs. C’est pourquoi elles jonchoient leurs couches solitaires, des feuilles de cet arbrisseau, pour altérer la force et la chaleur du fluide séminal, rafraîchir leurs reins et les parties voisines, et émousser les aiguillons de l’amour. Voyez à ce sujet Dioscoride[75], Pline[76], Ælien[77] et Galien[78].
[74] L’agnus-Castus, nommé par les Grecs chaste, par les Latins, Vitex, est un arbrisseau qui ressemble beaucoup à notre Saule d’Amérique. Il croît sur le bord des rivières et des torrens. Ses branches sont noueuses, longues et flexibles, ses feuilles assez ressemblantes à celle de l’olivier, ce qui l’a fait nommer par Mathiole olivæ agnus, mais plus molles. Ses fleurs sont purpurines et quelquefois blanches. Son fruit est comme le poivre, chaud et astringent. Il y en a de blanc et de noir.
Arnaud de Villeneuve exagère les propriétés de l’agnus-castus avec une confiance qui étonne dans un homme instruit. Il assure que le moyen le plus sûr de conserver sa chasteté, est de porter habituellement un couteau dont le manche seroit fait avec le bois de cet arbrisseau. Le préjugé des anciens sur ce végétal s’est perpétué jusqu’à nous, et l’on fait encore dans les monastères, usage intérieurement et extérieurement des semences et des feuilles de cet arbrisseau, en se faisant une ceinture de ses branches ou une émulsion de sa semence avec l’eau de nénufar. Voyez ce que rapporte à ce sujet M. de Lignac dans son traité de l’homme et de la femme, considérés physiquement dans l’état du mariage… Lille 1773. in-12. tom. premier, pages 102 et suivantes.
[75] Liv. 1. Chap. CXVI.
[76] Lib. XXIV. cap. IX.
[77] De anim. lib. IX. c. XVI.
[78] Lib. VI. de Simp. med. fac. chap. 34.
On emploie aussi pour donner la vigueur nécessaire aux exercices de Vénus, les reins de certains animaux, et principalement du bouc.
Aëce, déjà cité, recommande l’usage de la chair du seine-marin[79], prise de ses reins ou des environs, comme très-propre à opérer l’érection de la verge. Peut-être est-ce une espèce d’analogie et une conformation semblable à ceux de l’homme, qui a fait attribuer aux reins de cet animal la propriété de les aider et de les exciter à remplir le devoir de la génération ; de même que l’on ordonne à ceux qui sont inhabiles à s’en acquicter, entr’autres médicamens, les frictions, les emplâtres chauds, non-seulement sur les parties honteuses, mais encore aux reins, les diurétiques violens, comme les cantharides, et le soin de se coucher sur le dos, pour maintenir la région des lombes dans un degré de chaleur nécessaire pour rappeller les forces languissantes, rendre la semence prolifique, et précipiter sa descente dans les testicules. Rhasès[80] dit que toutes les fois que l’on se frottera les reins avec des médicamens chauds, le membre viril augmentera de grosseur et de fermeté, et l’érection sera complette.
[79] Le Seine-marin est une espèce de petit crocodile terrestre, que sa qualité anti-vénéneuse a fait entrer dans le fameux Mithridate, et sa vertu aphrodisiaque dans l’électuaire Diasatyrion. Ce lézard en Egypte et en Arabie, ne se nourrit que de plantes aromatiques. Les paysans d’Egypte portent de ces lézards au Caire, d’où par Alexandrie, on les transporte à Venise et à Marseille, pour les disperser dans toutes les pharmacopées de l’Europe. Les Arabes et les Egyptiens s’en servent pour s’exciter à l’amour. Les Européens le rejettent, parce qu’il rend maniaque ; au reste le seine-marin résiste au vénin, et augmente la semence. Dioscoride recommande la chair qui est autour de ses reins. Galien dit que ce sont les reins mêmes qu’il faut employer. Pline veut que ce soit la dépouille et les pattes. M. Lemery s’est déterminé pour l’usage des reins, qu’il ordonne de réduire en poudre, il en fixe la dose à 72 grains. On ne sauroit enfin être trop en garde contre la violence de ce remède.
[80] Lib. XI, Contin. c. V.
Misish, médecin arabe, dans sa somme de Rhasès, dit aussi que le seul moyen de s’exciter aux plaisirs de l’amour, est de donner beaucoup de chaleur au dos, comme celui de diminuer la fougue d’un tempéramment lascif, est, en prenant cette sage précaution en sens inverse, de l’en priver, en se couchant sur des feuilles froides. Nous concluons donc de tout ceci, que les lombes sont les premiers instrumens de la génération, selon leur constitution et l’emploi que la nature leur a confié ; et suivant Cagnati, les veines et les artères y portent la matière et les esprits ; que le premier organe des reins est le parenchyme[81], où le fluide séminal commence à s’élaborer, à devenir prolifique et recevoir enfin dans les vases séminaires le degré de perfection qui lui est nécessaire : c’est l’opinion de Sennert et la nôtre. Il ne faut pourtant pas rejetter celle de Némésius, d’Isidore, de Matthæus et de Laurenberg, qui prétendent qu’il se mêle à ce fluide une certaine sérosité saline, une humeur mordicante filtrée des reins dans les testicules, et dont l’effet est de causer le prurit vénérien et l’érection avec de violens desirs de la jouissance. Ce que le grammairien Papias a répété, sur leur autorité, dans son vocabulaire.
[81] Mot grec qui signifie engendré par la masse et l’épaississement d’un suc. Le foie est le premier de tous les parenchymes.
Nous avons, je crois, suffisamment prouvé que la flagellation sur le dos ou sur les lombes est du plus grand effet pour rendre la vigueur éteinte par les excès de la volupté, et vous ne devez plus être surpris que ces hommes, que la débauche a mis au rang des bêtes, ces monstres épuisés de luxure, et victimes d’un honteux désordre, ayant cherché dans l’opération douloureuse de la flagellation, un remède à l’épuisement, à la foiblesse de leurs reins, et à la perte totale de leurs forces, sans parler de ceux qui, moins coupables à la vérité, ne doivent ces accidens qu’à un trop violent amour pour une épouse, ou à un physique froid, vicieux et mal organisé. Il est probable que la flagellation donne aux parties relachées et refroidies, une commotion violente, une irritation voluptueuse qui les embrâse et se communique à la semence, ajoutez à celà que le sentiment aigû de la douleur des parties frappées, subtilise et précipite le sang avec plus d’abondance, attire les esprits, et fournissant aux parties de la génération une chaleur excessive, procure à l’homme libidineux qui cherchoit en vain le plaisir, le moyen de consommer l’acte de la génération, malgré la nature même, et de multiplier ses jouissances criminelles au-delà des bornes qu’elle a assignées à ses forces[82].