[82] Rabelais faisant allusion à cette manière de se procurer des forces pour la lutte amoureuse, dit se frotter le cul au panicaut[83] vrai moyen d’avoir au cul passion.
Extrait du Ducatiana.
Nous ne pouvons nous refuser au plaisir d’ajouter encore une preuve aux observations de Meibomius, en faisant part à nos lecteurs d’une anecdote, non-seulement étroitement liée au sujet que nous traitons, mais encore intéressante par la réputation de celui qui en est le héros. Il s’agit d’un chevalier romain, gouverneur d’Egypte, ami d’Auguste et de tous les beaux esprits de son temps ; d’un poëte charmant qui a servi de modèle aux Barth…, aux Dorat, aux Parny, aux Chabanon, enfin de Cornelius Gallus, l’ami de Virgile, Horace, Tibulle et Catulle, qui, comme ces derniers, a chanté l’amour, au milieu de ses extases, et qui, au rapport de Pline, mourut d’une douce mort, ou plutôt s’endormit pour toujours sur le sein de celle qui faisoit le bonheur de sa vie. M. de Lignac nous apprend que ce favori des Grâces ne devoit les transports et les faveurs enivrantes d’une jeune fille passionnée pour lui, qu’au fouet qu’elle recevoit fréquemment d’un père rigoureux qui, croyant la punir par ce châtiment, des fautes que lui faisoit commettre un tempéramment trop lascif, ne travailloit au contraire qu’à l’augmenter, et servoit ainsi, sans le savoir, les vues du voluptueux poëte.
Ce trait m’en rappelle un autre dont j’ai été le témoin. Un écolier de rhétorique, et mon condisciple, menacé du fouet par le régent, trouva le moyen de s’y soustraire par cette réponse hardie et indécente. « Vous me rendriez un grand service, je n’osois vous le demander, mais vous devriez savoir qu’à mon âge on ne le craint plus. »
[83] Le Panicaut est une espèce de chardon qu’on appelle à cent têtes, en latin eryngium. Ses feuilles sont bonnes à manger, lorsqu’elles sont tendres et confites dans le sel. Elles sont aromatiques, et deviennent en croissant, épineuses et piquantes.
Voilà mon avis, mon cher Cassius ; mais, direz-vous, cet expédient honteux n’est mis en usage que par les libertins dont vous m’avez parlé, afin que remediant à l’extinction de leurs facultés, fruit de leurs excès de débauche, ils puissent les continuer, et se vautrer de plus belle dans la fange du crime. Je demande donc maintenant si cette fustigation ne devient pas un remède aussi innocent que quantité d’autres employés tous les jours, et si la conservation de l’espèce ne le rend pas non-seulement excusable, mais même nécessaire, lorsqu’il s’agit d’un homme qui, voulant savourer les voluptés d’une jouissance permise, et se reproduire dans un second lui-même, n’éprouveroit avec une épouse aimable et tendrement aimée, que le désespoir de l’impuissance, et dont tous les efforts seroient vains pour consommer le mariage, par la foiblesse et le défaut de chaleur des parties que nous avons détaillées ci-dessus, et qui seroit précisément le coursier dont parle Virgile, liv 3 de ses géorgiques.
Trad. de l’abbé de Lille.
De sorte qu’il ne pourroit, je ne dis pas s’acquitter totalement envers sa créancière, mais même payer la moitié de la dette. Pourquoi non, mon cher Cassius ? Je sais que vous n’êtes aucunement dans le cas de recourir à un remède de cette nature, et je suis prêt à l’affirmer par serment et sous peine de privation des plaisirs de l’amour pendant la cinquantaine. Je sais depuis long-temps, comme votre médecin, et je ne me trompe pas, que vous êtes pourvu des plus brillantes qualités pour remplir les devoirs d’époux ; les règles infaillibles de mon art, et la connaissance qu’il me donne de votre constitution physique, me permettent et me font même un devoir d’en juger. J’ai d’ailleurs pour garant de la vérité de mes conjectures, un témoin irrécusable et au-dessus de toute exception, qui depuis peu commence à se remuer dans les entrailles de votre douce et tendre moitié, et pour qui j’implore les faveurs de Lucine, au temps marqué pour son élargissement. Pour ce qui est de communiquer à d’autres le remède que je vous indique, s’il en est qui aient besoin du ministère d’un homme qui d’un bras vigoureux leur décharge sur le dos une ample provision de coups de verge, je ne le défends à personne, et ne leur envie pas ce plaisir. Non-seulement ceux qui habitent le temple des Muses, comme on le dit ordinairement des savans, doivent être inaccessibles à la jalousie, mais plus encore les médecins.
L’envie, dit Scribonius Largus, dans une lettre à C. Julius Callistus, est un crime affreux qui déshonore les hommes, et doit être en horreur à tout l’univers, et principalement aux médecins ; car si leur ame n’étoit pas le séjour de l’humanité et de la tendre pitié, qui sont le premier devoir, la base et le but de leur profession, ils devroient être l’objet de la haine et du mépris des dieux et des hommes.
C’est uniquement pour vous être agréable, ô l’ami de mon cœur, et satisfaire votre curiosité, que je me suis hasardé de traiter ce sujet et de vous dire mon avis, un peu librement à la vérité. Quel que soit son sort, tirez-en le meilleur parti possible, continuez-moi l’amitié dont vous m’honorez, pardonnez à ces plaisanteries innocentes, qui cependant conduisent à des réflexions importantes et sérieuses, et conservez précieusement une santé qui m’est aussi chère que la mienne. Adieu.