Notes
[1] Romulus partagea les Romains en trois tribus. Tribus Ramnensium, Tatientium, Lucerum; et chaque tribu en dix curies. Les comices, ou assemblées de la nation, étoient convoquées par tribus ou par curies, comicia tributa, comicia curiata. Chaque tribu et chaque curie avoit sa place marquée dans le champ de Mars et dans la place publique. Tarquin l’ancien doubla le nombre des tribus. Rome continuant de jour en jour à s’étendre, Servius Tullius fit une nouvelle distribution des citoyens. Il partagea la ville en quatre quartiers, et son territoire en quinze ou dix-sept. Les tribus de la ville furent d’abord les plus considérables; mais l’an de Rome 450, le censeur Fabius y incorpora les affranchis, les gens du marché, &c. ce qui les avilit, et l’on transporta les familles considérables dans les tribus de la campagne. Les tribus furent successivement multipliées jusqu’au nombre de trente-cinq; celui des curies demeura toujours fixé à trente.
[2] Romulus n’avoit d’abord fait que cent sénateurs, il en créa encore cent nouveaux après que les Sabins se furent incorporés à sa nation. On les nommoit par respect pour leur âge, patres, d’où leurs descendans prirent le nom de patricii, patriciens. Patres certè ab honore, patriciique progenies eorum appellati. Tit. Liv.
[3] Les Romains mettoient une différence entre les familles des premiers sénateurs, et celles à qui Tarquin l’ancien ouvrit le sénat; ces dernières étoient appelées, Nobiles minorum gentium.
[4] Tous les historiens nous parlent de l’excessive dureté des riches à l’égard de leurs débiteurs. Les emprunts se faisoient chez les Romains à un pour cent d’intérêt par mois. On sent aisément qu’une usure aussi forte dans un état aussi pauvre que le leur, devoit faire passer toutes les richesses entre les mains de quelques citoyens.
[5] Comicia centuriata, dont il est si souvent parlé dans l’histoire Romaine.
[6] Toutes les affaires se décidant à la pluralité des suffrages, il étoit inutile de recueillir les voix des dernières centuries, dès que les cent premières étoient d’accord sur un objet.
[7] La couronne de Rome étoit élective. Voyez Tite-Live et Denys d’Halicarnasse.
[8] Cet événement arriva l’an de Rome 244.
[9] Eo nuncio erecti patres; erecta plebs; sed patribus nimis luxuriosa ea fuit lætitia: plebi, cui ad eam diem summâ ope inservitum erat, injuriæ à primoribus fieri cœpere. Tit. Liv. L. 2. Dum metus à Tarquinio, æquo et modesto jure agitatum. Dein, servili imperio patres plebem exercere, de vita atque tergo, regio more consulere; agro pellere et cæteris ex partibus soli in imperio agere, quibus sævitiis, et maximè fœnoris onere oppressa plebs, &c. Sal. in Frag.
[10] Le consul Valerius étoit fort attaché aux intérêts du peuple, ce qui lui mérita le surnom glorieux de Publicola. Pendant la guerre de Tarquin, il se tint plusieurs comices par tribus, et c’est dans une de ces assemblées que Valerius fit un jour baisser ses faisceaux pour faire entendre que c’étoit dans l’assemblée du peuple que résidoit la puissance publique. Il porta aussi une loi par laquelle il étoit permis d’interjeter appel devant le peuple des sentences des magistrats; cette loi s’appela la loi Valeria.
[11] C’est le premier des Romains qui ait aspiré à la tyrannie. Ayant été fait consul avec Proculus Virginius, l’an de Rome 268, il proposa la loi agraire, c’est-à-dire, une loi par laquelle il étoit ordonné qu’après avoir fait un dénombrement des terres conquises dont les nobles s’étoient emparés, ou qu’ils s’étoient fait adjuger à vil prix, on les partageroit également entre tous les citoyens. En portant une loi, disent les historiens, qui devoit causer tant de troubles, Cassius n’avoit d’autre objet que de se rendre le maître de Rome. Le peuple, qui pénétra ses intentions, non-seulement ne le seconda pas, mais l’abandonna même au ressentiment de la noblesse qui le fit périr, sans avoir l’attention de détourner avec adresse sur la loi de Cassius la haine qu’on portoit à son auteur.
[12] Il faut principalement attribuer ce respect à l’usage des cliens établi par Romulus. Après que ce prince eut créé un sénat, il voulut que chaque plébéïen s’y choisît un patron qui étoit obligé de lui accorder sa protection. Les cliens rendoient de grands honneurs à leur protecteur; ils l’accompagnoient dans les rues, et ne pouvoient lui refuser leur suffrage quand il se mettoit sur les rangs pour quelque magistrature. Si le patron étoit pauvre, ses cliens s’imposoient eux-mêmes une taxe pour marier ses filles, acquitter ses dettes, ou payer sa rançon lorsqu’il avoit été fait prisonnier de guerre. Un patron et son client ne pouvoient comparoître en justice pour déposer l’un contre l’autre. Ces devoirs étoient sacrés chez les Romains et l’usage n’en fut pas même entièrement aboli depuis la création des tribuns.
[13] Ce fut l’an 259, c’est-à-dire, quinze ans après l’exil des Tarquins, que le peuple se retira sur le Mont-Sacré.
[14] Les Observations sur l’histoire de la Grèce. Voyez le premier livre.
[15] Reges non liberi solum impedimentis omnibus, sed domini rerum temporumque, trahunt conciliis cuncta non sequuntur. Tit.-Liv. l. 9.
[16] Concitati homines, veluti ad prœlium se expediunt: apparebatque omne discrimen adesse, nihil cuiquam sanctum, non publici fore, non privati juris. Huic tantæ tempestati cum se consules obtulissent, facile experti sunt parum tutam majestatem sine viribus esse. Violatis lictoribus, fascibus fractis; è foro in curiam compelluntur, incerti quatenus volere exerceret victoriam. Tit.-Liv. l. 2.
[17] Sous le consulat de Genucius et de C. Curtius, l’an de Rome 309, le peuple demanda une loi qui l’autorisât à concourir avec les nobles pour le consulat. On convint par accommodement que les plébéïens pourroient jouir de tous les honneurs de cette magistrature sous le nom de tribuns militaires, et non pas sous celui de consuls.
[18] Machiavel a prouvé dans ses discours politiques sur Tite-Live, que la liberté ne peut subsister long-temps dans une république où il y a des nobles. La noblesse se croit destinée à gouverner. C’est une vermine, dit-il, qui carie insensiblement la liberté.
[19] Ce fut l’an 300 de Rome, c’est-à-dire, 56 ans après l’exil des Tarquins, que les décemvirs publièrent les lois des douze tables. C’est le premier code que les Romains aient eu.
[20] L’opposition d’un tribun à la demande de son collègue, en suspendoit l’activité, et l’empêchoit d’aller plus avant. La noblesse eut quelquefois l’habileté de mettre quelqu’un de ces magistrats populaires dans ses intérêts.
[21] Les décemvirs portèrent cette loi dans leur dernière table, et leur intention avoit été d’établir plus facilement leur tyrannie, en empêchant que les deux ordres de la république ne se rapprochassent l’un de l’autre. Denys d’Halicarnasse dit judicieusement qu’il falloit abolir cette loi tyrannique et injurieuse au peuple pour assurer le repos public. Mais ce repos n’est point ce que désiroient les tribuns; il étoit de leur intérêt de tenir toujours le peuple également animé contre les patriciens. C’étoit donc une imprudence de leur part de proscrire la loi des décemvirs, avant que d’avoir ôté à la noblesse tous ses priviléges. Je remarquerai en passant, que la noblesse n’aperçut point dans cette occasion la faute des magistrats du peuple. Lorsqu’elle auroit dû cacher sa joie et ne se défendre que par politique, et précisément autant qu’il falloit pour faire croire au peuple qu’elle lui accordoit une grâce, son orgueil s’effaroucha. S’il en faut croire les paroles que Tite-Live met dans la bouche du Tribun Canuléius, les patriciens trouvoient étrange que la nature eût donné à la populace les mêmes organes qu’à eux; quod spiratis, quod vocem mittitis, quod formas hominum habetis, indignantur. Cette sotte vanité de la noblesse fut cause qu’un réglement qui lui étoit si avantageux, commença par lui être extrêmement funeste; car le peuple, pour se venger du mépris qu’on lui marquoit, osa aspirer au consulat, et fit porter une loi par laquelle il lui étoit permis de posséder cette magistrature sous le nom de tribunat militaire.
[22] Un certain Volscius accusa Ceson Quintius d’avoir assassiné son frère. Cette calomnie, que les tribuns avoient un grand intérêt de ne point laisser dévoiler, parce qu’elle étoit leur ouvrage, devint une espèce de bouclier pour les patriciens. Dès que les tribuns proposoient une loi nouvelle, les consuls, dit Tite-Live, demandoient la condamnation de Volscius, et chaque partie se tenoit en échec; eodem modo consules legem, tribuni judicium de Volscio impediebant. l. 3. Les patriciens eurent encore la mal-adresse de faire punir Volscius pendant la dictature de Quintius Cincinnatus.
[23] Ce fut l’an de Rome 255, quatre ans avant la retraite du peuple sur le Mont-Sacré, que fut fait le premier dictateur.
[24] Le peuple se retira sur le Mont-Sacré l’an de Rome 259, et parvint au consulat l’an 388.
[25] L. Sextius fut le premier plébéïen qui parvint au consulat. C. Martius Rutilus, aussi plébéïen, fut fait dictateur l’an de Rome 397, et nomma pour son général de la cavalerie, un autre plébéïen, appelé C. Plantius. Le même Rutilus fut censeur. L. Philo fut le premier plébéïen élevé à la préture.
[26] Voyez dans mes Observations sur l’histoire de la Grèce ce que j’ai dit du gouvernement de Lycurgue, des précautions que ce législateur prit pour faire aimer la pauvreté aux Spartiates, et comment Lysandre les corrompit à la fin de la guerre du Péloponèse.
[28] L’an de Rome 621, c’est-à-dire, 233 ans après que les Plébéïens furent parvenus au consulat.
[29] Alii sicuti jura populi defenderent, pars quo senatus auctoritas maxima foret, bonum publicum simulantes, pro suâ quisque potentiâ certabant. (Sal. in Bel. Cat.)
[30] C. Marium consulem moleste tulisse traditur, quod sibi asperimum in Africa bellum gerenti, tam delicatus quæstor sorte obvenisset. (Sal. in Bel. Jug.)
[31] Pour entendre ceci, il faut se rappeler ce que j’ai dit dans mon premier livre, que dans les assemblées du champ de Mars et de la place publique, chaque tribu formoit un suffrage, et que c’étoit à la pluralité des suffrages que tout se décidoit.
[32] Id quoque accessit ut sævitiæ causam avaritia præberet, et modus culpæ ex pecuniæ modo constitueretur, et qui locuples fuisset, fieret nocens, suique quisque periculi merces foret. (Vell. Pat. L. 2.) Namque uti quisque domum aut villam, postremô aut vas, aut vestimentum alicujus concupiverat, dabat operam ut is in proscriptorum numero esset, neque priùs finis jugulandi fuit, quàm Sylla omnes suos divitiis implevit. (Sal. in Bel. Cat.) Ce fut l’an de Rome 671 que Sylla fut fait dictateur perpétuel, cinquante ans après la mort de Tibérius Gracchus, et quarante après celle de Caïus.
[33] Doleo, quod nunquam in ullâ civitate accidit, non unà cum libertate rempublicam recuperatam... O dii boni! vivit tyrannis, tyrànnus occidit. (L. 14. Epist. 4. et 9.)
[34] Claudius porta une loi par laquelle il n’étoit permis aux censeurs de retrancher du sénat ou de l’ordre des chevaliers, que les personnes qui seroient accusées devant leur tribunal, encore ne pouvoient-ils les juger et les condamner que conjointement. L’an de Rome 667, les tribuns s’opposèrent à l’élection des censeurs, et la république fut privée de ces magistrats jusqu’en 683.
[35] Nostri autem principes digito se cœlum putant attingere, si mulli barbati in piscinis sint, qui ad manum accedant. (Ad Att. Epist. 1, l. 2.) Ita sunt stulti ut amissâ republicâ, piscinas suas fore salvas sperare videantur. (Epist. 18. l. 1.)
[36] Ille (Cato) optimo animo utens et summâ fide, nocet interdùm reipublicæ. Dicit enim tanquam in Platonis republicâ, non tanquam in Romuli fæce sententiam. (Ad Att. Epist. 1, l. 2.) Unus est qui curet constantiâ magis et integritate quam, ut mihi videtur, consilio aut ingenio, Cato. (Ad Att. Epist. 18, l. 1.)
[37] Voyez dans Plutarque les détails de la guerre que Pompée fit en Espagne; et comment Sertorius périt par la trahison des siens.
[38] Les pirates causoient de grands maux aux Romains; mais rien n’étoit plus aisé que d’exterminer ces brigands. Voyez dans les historiens quelle vaste puissance on donna à Pompée.
[39] Nihil prætermisi, quantum facere nitique potui, quin Pompeium à Cæsaris conjunctione avocarem, in quo Cæsar felicior fuit: ipse enim Pompeium à meâ familiaritate disjunxit... Illud te scire volo, Sampsiceranum nostrum amicum, vehementer status sui pœnitere, restituique in eum locum cupere ex quo decidit. (Ad Att. Epist. 23. l. 2.)
[40] Tanta erat in illis crudelitas, tanta cum barbaris conjunctio, ut non nominatim, sed generatim proscriptio esset informata; ut jam omnium judicio constitutum esset, omnium vestrum bona prædam esse illius victoriæ. (Ad Att. Epist. 6. l. 11.) Pompée, voyant qu’il s’étoit trompé quand il avoit espéré que les Romains lui déféreroient la dictature perpétuelle, étoit résolu à ne plus rien ménager. S’il eût vaincu César, il eût été un tyran.
[41] Adhuc certe, nisi ego insanio, stulte omnia et incaute Ad Att. (Epist. 10. l. 7.) Quid Pompeius agat, ne ipsum quidem scire puto; nostrum quidem nemo. (Epist. 12. l. 7.) Cnæus autem noster; ô rem miseram et incredibilem, ut totus jacet! Non animus est, non consilium, non copiæ, non diligentia. (Epist. 21. l. 7.) Malas causas semper obtinuit, in optima concidit, quid dicam, nisi illud eum scisse! Neque enim erat difficile hoc nescisse; erat enim ars difficilis recte rempublicam regere. (Epist. 23. l. 7.)
[42] L’an de Rome 706, c’est-à-dire, 451 ans après la création des tribuns, 318 ans après le tribunat de Licinius Stolon, 95 ans après le meurtre de Tibérius Gracchus, 35 ans après que Sylla eut été fait dictateur perpétuel.
[43] Scis mihi semper placuisse, non rege solum, sed regno liberari rempublicam, tu Lenius; sed quid melius fuerit, magno dolore sentimus, magno periculo sentimus. (Cic. ad Brut. Epist. 7.) Quod si clementes esse volumus, nunquam deerunt bella civilia. (Epist. 16.) Post interitum Cæsaris quid ego prætermissum à vobis, quantumque impendere reipublicæ tempestatem dixerim, non es oblitus. Magna pestis erat depulsa per vos, magna populi romani macula deleta; vobis vero parta divina gloria. Sed instrumentum regni delatum ad Lepidum et Antonium. (Epist. 23.) Acta enim illa res est animo virili, consilio puerili. Quis enim hoc non vidit, regni heredem relectum! Quid autem absurdius hoc metuere, alterum in metu non ponere. (Cic. ad Att. Epist. 21. l. 14.) Animis enim usi sumus virilibus, consiliis, crede mihi, puerilibus. Excisa enim est arbor, non evulsa, itaque quam fruticetur vides. (Ad Att. Epist. 4. l. 16.)
[44] Statuo nil nisi hoc, senatûs aut populi romani judicium esse de iis civibus qui pugnantes non interierint. At hoc ipsum, inquies, inique facis, qui hostilis animi in rempublicam homines, cives appelles. Imo justissimè, quid enim nondum senatus censuit; nec populus romanus jussit, id arroganter non præjudico, neque revoco ad arbitrium meum. (Epist. Brut. ad Cic.) Brutus rend raison de toute sa politique par ces paroles. Ce principe doit être la règle de tout citoyen qui vit dans une république; mais malheureusement la république Romaine ne subsistoit plus, quand Brutus parloit ainsi.
[45] Non aliud discordantis patriæ remedium fuisse quam ab uno regeretur. (Tac. Ann. I. 2.) Tous les historiens anciens parlent le même langage; je me contenterai d’ajouter ici ce que dit Florus en parlant d’Auguste. Sapientia sua atque solertia perculsum undique et perturbatum ordinavit imperii corpus, quod ita haud dubio nunquam coire et consentire potuisset, nisi unius præsidis nutu, quasi anima et mente regeretur. l. 4.
[46] Le président de Montesquieu, dans ses considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains.
[47] Nihil enim tam absurdum quam tyrannicidas in cœlo esse, tyranni facta defendi. Sed vides consules, vides reliquos magistratus si isti magistratus; vides languorem bonorum. (Cic. ad Att. Epist. 13. l. 14.)
[48] Omnia facta, scripta, dicta, promissa, cogitata Cæsaris plus valent, quam si ipse viveret. (Ad Att. Epist. 10 l. 14.) Quæ enim Cæsar nunquam neque fecisset, neque passus esset, ea nunc ex falsis ejus commentariis proferuntur. Epist. 14 l. 14.
[49] Prorsus dissolutum offendi navigium (Rempublicam) vel potius dissipatum, nihil consilio, nihil ratione, nihil ordine. (Ad Att. Epist. 11 l. 15.)
[50] Si multum possit Octavianus, multo firmius acta tyranni comprobatum iri, quam in telluris: atque id contra Brutum fore: sin autem vincitur, vides intolerabilem Antonium, ut quem velis, nescias. (Ad Att. Epist. 14. l. 16.)
[51] Non recordor unde ceciderim, sed unde surrexerim, fratrem mecum et te si habebo, per me ista pedibus trahantur. Vobis simul philosophari possum. Locus ille animi nostri, stomachus ubi habitabat, olim, concalluit. Privata modo et domestica nos delectant. (Ad Att. Epist. 16 l. 4.)
[52] Ita temperata tota ratio est, ut Reipublicæ constantiam præstem, privatis rebus meis, propter infirmitatem bonorum, iniquitatem malivolorum, odium in me improborum, adhibeam quandam cautionem. (Ad Att. Epist. 19. l. 1.) Ecrivant à Atticus, après la mort de César, sur le parti qu’il jugeoit à propos de prendre, il dit: assentior tibi, ut nec duces simus, nec agmen cogamus, faveamus tamen. (Epist. 13. l. 15.)
[53] Quæ facit, non dominationem, non, sed dominum Antonium, timentis sunt... ô magnam stultitiam timoris, id ipsum quod verearis, ita cavere, ut cum vitare fortasse potueris, ultro arcesses et attrahas: nimium timemus mortem, et exilium, et paupertatem, hæc videntur Ciceroni ultima esse in malis, et dum habeat à quibus impetret quæ velit, et à quibus colatur et laudetur; servitutem, honorificam modo, non aspernatur. Eo tendit, id agit, ad eum exitum properat vir optimus, ut sit illi Octavius propitius. (Epist. Brut. ad Att.) Cicéron méritoit ces reproches offensans, puisqu’il avoue lui-même à Atticus qu’il ne se trouvoit point mal de la domination de César. Il écrivoit peu de temps après la mort du dictateur; ita graciosi eramus apud illum, (Cæsarem) quem dii mortum perduint, ut nostræ ætati, quoniam interfecto domino, liberi non sumus, non fuerit dominus, ille fugiendus. Rubor, mihi crede, sed jam scripseram, delere nolui. (Epist. 4. l. 15.)
[54] Nullum enim, bellum civile fuit in nostrâ Republicâ omnium quæ memoriæ nostræ fuerunt, in quo bello non, utracumque pars vicisset, tamen aliqua forma esset futura Reipublicæ; hoc bello victores, quam Rempublicam sumus habituri, non facile affirmarim, victis certe nulla unquam erit. (Epist. ad Brut.)
[55] Dans le temps de la république, il n’étoit pas nécessaire, pour obtenir le triomphe, de battre les ennemis; il suffisoit d’être général de l’armée victorieuse; de sorte qu’on a vu des consuls triompher pour des victoires que leurs lieutenans avoient remportées pendant leur absence. C’est par une suite de cet usage, que les empereurs, sous les auspices desquels toutes les armées combattoient, triomphèrent seuls, ou du moins n’accordèrent que très-rarement le triomphe à leurs généraux.
[56] Dictaturam magnâ vi offerente populo, genu nixus, dejecta ab humeris toga, nudo pectore, deprecatus est. (Suet. in vit. Aug.)
[57] Domini appellationem ut maledictum et opprobrium, semper exhorruit. (Suet. in vit. Aug.)
[58] Pharsale, Philippe, Actium.
[59] Fœdusve, cum quibus volet, facere liceat, ita uti licuit D. Augusto, Tiberioque et Claudio. Utique, ei senatum habere, relationem facere, remittere senatus consulta per relationem discessionemque facere liceat; ita uti licuit D. Augusto, Tiberioque et Claudio. Utique, cum ex voluntate, autoritateve, jussu, mandatuve ejus, præsenteve eo, senatus habebitur; omnium rerum jus perinde habeatur, servetur, ac si è lege senatus edictus esset habereturque. Utique, quæcumque ex usu Reipublicæ, majestate divinarum, humanarum, publicarum, privatarumque rerum esse censebit, ei agere facere jus potestasque sit, ita uti D. Augusto, Tiberioque et Claudio fuit. Utique quibus legibus, plebeive scitis scriptum fuit, ne D. Augustus, Tiberius et Claudius tenerentur; iis legibus plebisque scitis, imperator Cæsar, Vespasianus Augustus solutus sit. C’est par un décret que le sénat revétissoit les empereurs de la puissance impériale. De toutes ces pièces, qu’il seroit si curieux de connoître, il ne nous reste qu’un fragment de celle qui fut faite pour Vespasien; mais il suffit pour nous apprendre quelle étoit l’étendue et la nature du pouvoir d’Auguste et de ses successeurs.
[60] Nec unquam satis fida potentia, ubi nimia est. (Tac. Hist. l. 2.)
[61] Tout le monde connoît le goût effréné des Romains pour les spectacles de l’amphithéâtre.
[62] Omnium primum avidum novæ libertatis populum, ne post modum flecti precibus aut donis regiis posset, jurejurando adegit neminem Romæ passuros regnare. (T. L. l. 2.)
[63] Principatum quamvis neque occupare confestim, neque agere dubitasset, et statione militum, hoc est, vi et specie dominationis assumpta, diu tamen recusavit impudentissimo animo. (Suet. in vit. Tib.)
[64] Tiberio etiam in rebus quas non occuleret, seu natura, sive adsuetudine, suspensa semper et obscura verba: tunc verò, nitenti ut sensus suos penitus abderet, in incertum et ambiguum magis implicabantur. (Tac. Ann. l. 1.)
[65] Tandem quasi coactus, et quærens miseram et onerosam injungi sibi servitutem, recepit imperium, nec tamen aliter, quam ut depositurum se quandoque spem faceret. Ipsius verba sunt hæc: dum veniam ad id tempus quo vobis æquum possit videri, dare vos aliquam senectuti meæ requiem. (Suet. in vit. Tib.)
[66] Dixi et nunc, et sæpe alias, Patres Conscripti, bonum et salutarem principem, quem vos tanta et tam libera potestate instruxistis, senatui servire debere, et universis civibus sæpe, et plerumque etiam singulis: neque id dixisse me pœnitet, et bonos, et æquos, et faventes vos habui dominos et adhuc habeo. (Suet. in vit. Tib.)
[67] Neque enim eminentes virtutes sectabatur, et rursum vitia oderat. Ex optimis periculum sibi; à pessimis dedecus publicum metuebat. Quâ hæsitatione postremo eo provectus est, ut mandaverit quibusdam provincias quos egredi urbe non erat passurus. (Tac. Ann. l. 1.) Libertatem metuebat, adulationem oderat. (L. 2.) Illum qui libertatem publicam nosset, tam projectæ servientium patientiæ tædebat. (L. 2.)
[68] Aliquoties prædicabat (Tiberius) exitio suo omniumque Caium vivere: et se natricem, serpentis id genus, populo romano, phaetontem orbi terrarum educere. (Suet. in vit. Cal.)
[69] Néron faisoit promener dans les rues de Rome ses chevaux couverts d’une robe de sénateur. Il arriva de-là que le peuple ne regarda plus ce vêtement auguste, que comme un caparaçon de cheval.
[70] Dans le temps de la république, le peuple croyoit que les arts ne devoient occuper que des esclaves. En perdant sa liberté, il conserva cette manière de penser, parce que les citoyens qui aspiroient à la tyrannie, lui faisant de grandes libéralités pour l’attacher à leur intérêts, il ne sentit ni sa misère, ni la nécessité de travailler. Les empereurs suivirent cet usage, et ils employèrent une partie de leurs rapines à lui donner des spectacles et des gratifications.
[71] Nec ulli genti sine justis et necessariis causis bellum intulit (Augustus) tantumque abfuit à cupiditate quoquo modo imperium vel bellicam gloriam augendi, ut quorumdam barbarorum principes in æde Martis ultoris jurare coegerit, mansuros se in fide ac pace quam peterent. A quibusdam verò novum obsidum genus, fœminas exigere tentaverit; quod negligere Marium pignora sentiebat. (Suet. in vit. Aug.) Addideratque consilium coercendi intrà terminos imperii. (Tac. Ann. l. 1.)
[72] Tous les historiens anciens sont pleins des vexations que les officiers des empereurs faisoient dans les provinces, d’où ils rapportoient des fortunes immenses. Dion Cassius parle d’un certain Licinius, affranchi de César et gouverneur des Gaules sous le règne d’Auguste, qui imagina de partager l’année en quatorze mois, au lieu de douze, parce que les Gaulois payoient un certain tribut par mois. C’étoit une maxime de la politique de ce temps-là, qu’un peuple heureux est indocile, et que pour tenir la multitude dans la soumission, il falloit l’appauvrir.
[73] Multa seditionis ora vocesque; suâ in manu sitam rem romanam, suis victoriis augeri Rempublicam in suum cognomentum adcisci imperatores..... fuere etiam qui legatam à divo Augusto pecuniam reposcerent, faustis in Germanicum omnibus, et si vellet imperium promtos ostentavere. (Tac. Ann. l. 1.)
[74] Voyez dans Tacite comment ces généraux se comportèrent pour appaiser la révolte de leurs armées, tandis qu’ils pouvoient en profiter pour usurper l’empire.
[75] Néron ne fit aucune attention aux nouvelles qui lui apprirent la révolte de son armée; il se contenta de mettre à prix la tête de Vindex. Il assembla dans ces circonstances le sénat, et ne lui fit part que d’une découverte qu’il avoit faite, et qui devoit faire rendre à l’hydraule des sons plus forts et plus harmonieux. Voyant ensuite que les légions de Germanie se joignoient à celles des Gaules, il désespéra de conserver l’empire, et médita, dit-on, de se retirer en Egypte, espérant d’y gagner sa vie, en montrant à jouer de la lyre.
[76] Evulgato imperii arcano, posse principem alibi quam Romæ fieri. (Tac. Hist. l. 1.)
[77] Sententiam militum secuta patrum consulta. (Tac. Ann. l. 12.) Indè raptim appellatis militibus ad curiam delatus est. (Suet. in vit. Ner.)
[78] Nunc demum redit animus, et quamquam primo statìm beatissimi sæculi ortu Nerva Cæsar res olim dissociabiles miscuerit, principatum ac libertatem, augeatque quotidiè facilitatem imperii Nerva Trajanus. (Tac. in vit. Agric.)
[79] Naturâ infirmitatis humanæ, tardiora sunt remedia quam mala, et ut corpora lente augescunt, citò extinguuntur. Sic ingenia studiaque oppresseris facilius, quam revocaveris. Subit quippe etiam ipsius inertiæ dulcedo: et invisa primo desidia postremò amatur. (Tac. in vit. Agric.)
[80] Suscepere duo manipulares imperium populi romani transferendum, et transtulerunt. (Tac. Hist. l. 1.)
[81] Dioclétien s’associa Maximien, depuis surnommé Hercule. Ces deux empereurs partagèrent l’empire; l’un eut l’Orient, et l’autre l’Occident; mais ils gouvernoient ensemble, et aucun d’eux ne se regarda comme le maître particulier des provinces dont il avoit l’administration. Sentant ensuite combien il leur étoit encore difficile d’avoir l’œil sur toutes les armées, et de garantir à la fois l’empire contre les incursions des Barbares, et leur personne contre les entreprises des armées, ils se créèrent chacun un César. Dioclétien choisit Maximien Galère, à qui il confia le gouvernement de la Thrace et de l’Illyrie. Maximien élut Constance Chlore, et lui abandonna l’Espagne, les Gaules et la Bretagne.
[82] Voyez les Observations sur l’histoire de la Grèce.
[83] Voyez dans Tite-Live, l. 1. les réglemens de ce prince, au sujet des déclarations de guerre. L’esprit de ces réglemens tendoit à rendre les guerres plus rares, en les faisant précéder d’une espèce de négociation, et de certaines formalités qui empêchoient qu’on ne se livrât à ses premiers mouvemens.
[84] Il ne suffisoit pas d’être citoyen Romain pour avoir l’honneur d’être soldat. Ceux qui n’avoient pas quatre cents dragmes de bien, et que pour cette raison, on nommoit capite censi, qui ne faisoient que nombre dans le cens, ne servoient que dans les extrêmes nécessités. On les employa sur mer l’an 489 de Rome que la république commença à avoir des flottes. Quand le luxe eut avili la profession de soldat, on remplit les armées de ces citoyens; Marius en donna l’exemple, en allant faire la guerre à Jugurtha.
[85] On ne pouvoit demander une magistrature, qu’après avoir servi dix ans.
[86] On commençoit à servir à l’âge de 17 ans jusqu’à 45. Après qu’on avoit fait quinze campagnes, on étoit vétéran, c’est-à-dire, qu’on n’étoit obligé de prendre les armes que pour la défense de la ville, et dans les occasions où la république auroit été en danger.
[87] Le nombre des soldats d’une légion a varié, même dans le temps de la république. Il a été, suivant les circonstances, de trois mille, de quatre mille, de cinq mille et même de six mille hommes. Sous les empereurs, la légion étoit composée de dix à onze mille hommes.
[88] L’histoire Romaine en offre plusieurs exemples, et l’on voit entr’autres que Marius, pour occuper son armée, détourna une rivière, et lui fit creuser un nouveau lit. Je place ici un passage remarquable des Tusculanes de Cicéron; il est très-propre à donner une idée juste des légions, et à faire connoître toute l’utilité des exercices militaires. Nostri exercitus primum unde nomen habeant, vides, deinde qui labor, quantus agminis: ferre plus dimidiatis mensis cibaria. Ferre si quid ad usum velint: ferre vallum. Nam scutum, gladium, galeam, in onere nostri milites non plus numerant, quam humeros, lacertos, manus; arma enim membra militis esse dicunt. Quæ quidem ita geruntur apte, ut, si usus foret, abjectis oneribus, expeditis armis, ut membris pugnare possint. Quid exercitatio legionum? Quid ille cursus, concursus; clamor, quanti laboris est! Ex hoc ille animus in prœliis paratus ad vulnera, adhuc pari animo inexercitatum militem, mulier videtur. Cur? Tantum interest inter novum et veterem exercitum, quantum experti sumus. Ætas tironum plerumque melior: sed ferre laborem, contemnere vulnus, consuetudo docet. Quin etiam videmus ex acie afferri sæpe saucios, et quidem rudem illum, et inexercitatum, quamvis levi ictu, ploratus turpissimos edere. At vero ille exercitatus et vétus, ob eamque rem fortior, Medicum modo requirens à quo obligatur. Voyez sur le même sujet ce que dit Polybe, l. 6, ch. 4, 5, 6 et 7. Voyez aussi Vegèce, l. 2, ch.
[89] La république fournissoit des armes aux soldats. Leur bouclier étoit haut de quatre pieds. Leur casque et leur cuirasse étoient à l’épreuve de l’épée, du javelot et de la pique. Un soldat Romain se seroit déshonoré, qui, sous prétexte de bravoure, eût combattu sans quelqu’une de ses armes défensives.
[90] Ce serment se prêtoit avant que les légions sortissent de Rome. Quand elles étoient venues à leur premier rendez-vous, le soldat faisoit un second serment entre les mains des tribuns, par lequel il promettoit de ne rien dérober, de ne rien s’approprier du butin pris sur les ennemis, et de porter aux tribuns tout ce qu’il trouveroit.
[91] Le consul avoit seul droit de punir de mort. Les tribuns condamnoient à la bastonnade, et ils prononçoient leur jugement, en touchant d’un bâton le coupable. Alors tous les soldats le frappoient, et souvent il en mouroit. On subissoit ce châtiment, non-seulement, comme je l’ai dit, pour avoir manqué à une fonction militaire, mais pour s’être attribué la gloire d’une action dont un autre étoit auteur, pour avoir abandonné ou perdu ses armes, ou fait quelque larcin.
[92] Piscatores, aucupes, dulciarios, linteones, omnesque qui aliquid tractasse videbuntur ad Gynecea pertinens, longe arbitror pellendos à castris, fabros ferrarios, carpentarios, macellarios, et cervorum aprorumque venatores convenit sociare militiæ. (Veg. l. 1, ch. 7.)
[94] Cet événement arriva sous le règne de Tarquin.
[95] Plures prope de Gallis triumphi quam toto orbe terrarum acti sunt. (L. 38.)
[96] Cum Gallis pro salute, non pro gloria certare. (In Bel. Jug.)
[97] La lame de l’épée romaine étoit courte et extrêmement large. Végèce dit que les Romains ne frappoient jamais que d’estoc, parce qu’en frappant de taille on ne fait que des blessures légères. Non de pugnâ, sed de fugâ cogitant, qui in acie nudi exponuntur ad vulnera...... Necesse est enim ut dimicandi acriorem sumat audaciam, qui munito capite, vel pectore non timet vulnus. (Veg. l. 1, ch. 20.)
[98] Les Gaulois qui combattirent à Cannes sous les ordres d’Annibal, étoient nuds. Il falloit que les Gaulois fussent des hommes bien inconsidérés, puisque leurs défaites, l’exemple des Romains et les conseils d’Annibal ne les avoient pas corrigés.
[99] Quid aliud exitio Lacedemoniis et Atheniensibus fuit, quanquam armis pollerent, nisi quod victos pro alienigenis arcebant? At conditor noster Romulus tantum sapientia valuit, ut plerosque populos eodem die hostes dein cives habuerit. (Ann. l. 2.)
[100] Romulus porta une loi, par laquelle il étoit défendu de tuer, ou même de vendre un ennemi qui se rendoit. Les Sabins vaincus devinrent Romains, et ce prince admit dans le sénat cent des plus nobles citoyens de cette nation. Tullus Hostilius ayant ruiné la ville d’Albe, en transporta les habitans à Rome, et ils y jouirent de tous les droits des anciens Romains. Ancus Martius, après avoir détruit quelques bourgades des Latins, eut la même politique. Ainsi, il ne faut point être surpris que Rome, d’abord si foible, eût sous ses derniers rois plus de quatre-vingt mille hommes en état de porter les armes.
[101] Qui beneficio quam metu obligare homines malit, exterasque gentes fide ac societate junctas habere quam tristi subjectas servitio. (Tit. Liv. l. 26.) Plus pene parcendo victis, quam vincendo imperium auxisse. (L. 30.)
[102] En même temps que les consuls formoient à Rome quatre légions pour servir pendant leur magistrature, ils mandoient aux villes alliées de la république, dont c’étoit le tour de fournir un contingent, de préparer leurs milices, et de les tenir prêtes à marcher au premier ordre. Ces auxiliaires formoient quatre légions; d’où il faut conclure que les Italiens ont contribué pour la moitié à tous les succès des Romains.
[103] Les Romains soumirent successivement les Sabins, les Eques, les Volsques, les Fidenates, les Falisques, &c. Ils n’eurent jamais affaire à la fois à deux de ces peuples. Ils étoient tous subjugués et alliés des Romains, quand la première guerre contre les Samnites commença. Ceux-ci étant épuisés et contraints de demander la paix, les Latins prirent les armes et furent vaincus. Les Samnites essayèrent alors de se venger, mais leur défaite donna le temps aux Romains de soumettre les Toscans; après quoi recommença la troisième guerre contre les Samnites.
[104] Elle finit l’an de Rome 510. On voit par-là que les Romains firent continuellement la guerre pendant près de cinq siècles.
[105] L’an de Rome 347. Ce siége dura dix ans.
[106] Voyez la différence que les Romains mettoient entre le triomphe et l’ovation. Causæ ovationis hæ traduntur, si non penitus debellati essent hostes.... si fusi essent, fugati, percussi, consternati, non tamen magnis cladibus affecti..... denique si incruento prœlio pugnatum esset. Il falloit que les ennemis eussent perdu au moins cinq mille hommes dans un combat, pour que le consul obtînt les honneurs du grand triomphe. Quelle grossièreté!
[107] Une armée Romaine passa sous le joug, l’an de Rome 431.
[108] Neque superbia obstabat quominus instituta aliena, si modo proba erant, imitarentur Majores nostri. Arma atque tela militaria ab Samnitibus, insignia magistratuum ab Tuscis pleraque sumpserunt; postremò quod utique apud socios aut hostes idoneum videbatur, cum summo studio domi exsequebantur, imitare quam invidere bonis malebant. Sall. in Bel. Cat.
[109] Ces magistrats du peuple étoient au nombre de 105. Les auteurs latins les appellent centum-viri, centum-virs; ils étoient les juges de toutes les affaires civiles.
[110] L’avarice des Carthaginois étoit une passion basse et sordide; ils ne savoient pas jouir de leur fortune. Huet, dans son histoire du commerce, et de la navigation des anciens, Chap. 15, dit que les Romains appeloient par dérision les Carthaginois, mangeur de bouillie.
[111] Chez les Carthaginois, le commandement des armées n’étoit attaché à aucune magistrature. Le sénat ou le peuple faisoit général un officier qui s’étoit distingué, ou qui savoit mieux briguer la faveur publique.
[112] Voyez Vegèce, l. 5, ch. 10, 11 et 13.
[113] L’an de Rome 481, la république commença à avoir quelque monnoie d’argent, et la première guerre Punique commença l’an 489.
[114] Agathocles, tyran de Syracuse, étant vivement pressé par les Carthaginois qui assiégeoient sa ville, s’embarqua avec ses principales forces, et fit une descente en Afrique. Il s’approcha de Carthage même, la menaça d’en former le siége, et par cette heureuse diversion, la contraignit à rappeler les troupes qu’elle avoit en Sicile.
[115] Xantippe, Lacédémonien, étoit venu au secours de Carthage, et ayant pris le commandement de son armée, battit Régulus. Les Carthaginois le firent périr, pour s’épargner le soin de lui témoigner leur reconnoissance.
[116] L’intervalle de la première à la seconde guerre Punique, est de vingt-cinq ans: l’une finit l’an de Rome 510, et l’autre commença en 535.
[117] Neque hostem acriorem bellicosioremque secum congressum, nec rem romanam tam desidem unquam fuisse atque imbellem. Sardos, Corsosque, et Istros atque Illyrios, lacessisse magis quam exercuisse romana arma; et cum Gallis tumultuatum verius quam belligeratum. Pœnum, hostem veteranum, trium et vigenti annorum militiâ durissimâ inter Hispanas gentes semper victorem, primum Amilcare, deindè Asdrubale, nunc Annibale duce acerrimo assuetum, recentem ab excidio opulentissimæ urbis Iberum transire: trahere secum tot excitos Hispanorum populos: conciturum avidas semper armorum Gallicas gentes: cum orbe terrarum bellum gerendum in Italia ac pro mœnibus romanis esse. (Tit. Liv. l. 21.)
[118] Nec quidquam eorum, quæ apud hostes agebantur, eum fallebat.... omnia ei hostium haud secus quam sua nota erant. (Tit. Liv. l. 22.)
[119] Maharbal præfectus equitum minime cessandum ratus, imo, ut quid hac pugna sis actum scias, die quinto, inquit, victor in capitolio epulaberis: sequere, cum equite, ut prius venisse, quam venturum sciant, præcedam. Annibali nimis læta res est visa, majorque, quam ut eam statim animo capere posset. Itaque voluntatem se laudare Maharbalis ait: ad consilium pensandum, temporis opus esse. Tum Maharbal, non omnia nimirum eidem Dii dedere; vincere scis, Annibal; victoria uti nescis. Mora ejus diei satis creditur saluti fuisse urbi atque imperio. (Tit. Liv. l. 22.)
[120] Audita vox Annibalis fertur, potiundæ sibi urbis Romæ modo mentem non dari modo fortunam. (Tit. Liv. l. 26.) Ferunt Annibalem respexisse sæpe Italiæ littora, deos, homines, accusantem, in se quoque ac suum ipsius caput execratum, quod non cruentum ab Cannensi victoria militem Romam duxisset. (l. 50.)
[121] La terreur des Romains fut si grande en apprenant cette déroute, qu’ils abandonnèrent leur ville. Les Gaulois y entrèrent sans trouver aucune résistance, et toute l’espérance des Romains fut réduite à défendre le capitole.
[122] Ils exerçoient sur leurs sujets un empire très-dur, et en tiroient des contributions très-considérables; aussi les villes soumises aux Carthaginois étoient-elles toujours prêtes à se révolter.
[123] Ils s’engagèrent à payer aux Romains dix mille talens dans l’espace de cinquante années, somme immense! car le talent pesoit 90 marcs de notre poids. Ils livrèrent leurs vaisseaux, et renoncèrent au droit de faire la guerre, en consentant de n’armer qu’avec la permission de la république Romaine.
[124] Je passe légèrement sur la situation où se trouvoit la Grèce quand la seconde guerre Punique fut terminée. Je ne pourrois que répéter ici ce que j’ai exposé avec beaucoup de détail dans mes Observations sur l’histoire de la Grèce. On y verra aussi ce qui regarde les intérêts des successeurs d’Alexandre, les uns à l’égard des autres.
[125] Sciat Regum majestatem difficilius ab summo fastigio ad medium detrahi, quam à mediis ad ima præcipitari. (Tit. Liv. l. 37.) Si Scipion l’Africain tint en effet ce discours aux ambassadeurs d’Antiochus, il ne le donnoit sans doute que pour un sophisme. Ce grand homme savoit que le désespoir d’un peuple qu’on veut ensevelir sous ses ruines, renferme tout ce que les vertus ont de plus sublime. En se rappelant la situation malheureuse des Carthaginois pendant la troisième guerre Punique, et tout ce qu’ils firent d’héroïque et de merveilleux pour échapper à leur perte, qu’on juge s’il eût été aisé à Scipion de les détruire dans le temps qu’ils avoient encore Annibal parmi eux.
[126] Sæpe postea ferunt Scipionem dixisse, Tit. Claudii primum cupiditatem, deinde Cn. Cornelii fuisse in mora, quo minus id bellum exitio Carthaginis finiret. (Tit. Liv. l. 30.)
[127] Voyez mes Observations sur l’histoire de la Grèce.
[128] Cette guerre commença l’an de Rome 553, deux ans après que celle d’Annibal eut été terminée.
[129] Elle commença l’an de Rome 563.
[130] Nunquam isti populi, nisi cum deerit ad quem desciscant, à nobis non deficient. (Tit. Liv. l. 31.) Il est bien surprenant que les Romains, instruits du changement que la seconde guerre Punique avoit produit dans la manière de penser des Italiens, n’aient pas songé à y remédier; rien n’étoit plus facile après qu’Annibal eut abandonné l’Italie, il ne s’agissoit que d’imaginer en leur faveur quelque titre et quelque distinction particulière. J’ajoute même que rien n’étoit plus important, et on n’en doutera pas après avoir lu l’entreprise qu’Annibal proposoit à Antiochus, et dont les suites pouvoient être si dangereuses. Il faut encore se rappeler ce que j’ai dit au commencement de cet ouvrage, au sujet des désordres que causa dans la république Romaine l’ambition qu’eurent les peuples d’Italie, de se faire donner le titre de citoyens Romains. Tout cela devoit se prévoir, et c’est une faute que de ne l’avoir pas fait.
[131] Les Romains se servoient dans leurs discours familiers du nom d’Annibal, comme d’un mot proverbial, pour exprimer un homme méchant, dangereux et terrible; il est employé de la sorte dans Plaute, et dans quelques autres auteurs anciens. Voyez chez les historiens avec quelle lâcheté les Romains poursuivirent la perte d’Annibal. Ce grand homme, voyant que Prusias, chez qui il s’étoit retiré en abandonnant la cour d’Antiochus, ne pouvoit se dispenser de le livrer à ses ennemis, prit le parti de s’empoisonner lui-même. Délivrons, dit-il, les Romains de la terreur que je leur inspire; ils eurent autrefois la générosité d’avertir Pyrrhus de se précautionner contre un traître qui vouloit l’empoisonner; et les lâches sollicitent aujourd’hui Prusias à trahir les droits de l’hospitalité, et à me faire périr.
[132] Divitiarum tanta fama erat, ut victor gentium populus, et donare regna consuetus, socii vivique Regis confiscationem mandaverit. (l. 3. c. 9.)
[133] Delphos, quondam commune humani generis oraculum, umbilicum orbis terrarum, Galli spoliaverunt: nec ideo populus romanus his bellum indixit aut intulit. (Tit. Liv. l. 38.)
[134] Acarnanes adversus Ætolos auxilium Romanorum implorantes, obtinuerunt à romano senatu, ut legati mitterentur, qui denonciarent Ætolis, præsidia ab urbibus Acarnaniæ deducerent, paterenturque esse liberos, qui soli quondam adversus Trojanos auctores originis suæ, auxilia Græcis non miserint. (l. 28.)
[135] Dans le troisième livre.
[136] Caracalla recherchoit l’amitié des soldats par les flatteries les plus basses. Ce fut le premier des empereurs qui autorisa par des lois expresses le relâchement de la discipline.
[137] A Romanis quoque, trinis bellis, per maximos Duces, florentissimis temporibus, soli ex omnibus gentibus non pares solum, verum etiam victores fuere. (Just. l. 41.)
[138] Finito Hispaniensi bello, cum in Syriam ad componendum Orientis statum venisset (Augustus), metum Phrahati incussit, ne bellum Parthiæ vellet inferre. Itaque tota Parthia captivi ex Crassiano sive Antonii exercitu recollecti, signaque cum is militaria Augusto remissa sed et filii nepotesque Phrahatis obsides Augusto dati: plusque Cæsar magnitudine nominis sui fecit, quam armis alius imperator facere potuisset. (Just. l. 42.)
[139] Exercitum non ut aliæ gentes liberorum, sed majorem partem servorum habent.... Hos equitare et sagittare magna industria docent.... nec pugnare diù possunt: cæterum intolerandi forent, si quantus his impetus est, vis tanta et perseverentia esset.... carne non nisi Venatibus quæsita vescuntur.... ingenia genti tumida, seditiosa, fraudulenta, procacia... semper aut in externos, aut in domesticos motus inquieti. Principibus metu non pudore parent. (Just. l. 41.)
[140] Cette révolution arriva sous le règne de l’empereur Alexandre Sévère, l’an de J. C. 226.
[141] Je ne parle pas de Julien, qui, pour rétablir l’idolâtrie et ruiner le christianisme, fit tout ce que peut imaginer la politique la plus adroite. Constante favorisa l’arianisme, et Jovien la doctrine du concile de Nicée. Valens fait la guerre aux catholiques; et Gratien, de même que Valentinien, aux hérétiques, &c.
[142] Les Goths ne formèrent qu’une nation jusqu’au temps de l’irruption des Huns en Europe. Ceux qui habitoient les provinces Orientales de leur domination s’appelèrent Ostrogoths, c’est-à-dire, Goths d’Orient. Ceux des provinces Occidentales se nommoient Visigoths, c’est-à-dire, Goths d’Occident. Ils composèrent deux nations séparées et indépendantes, depuis que les premiers furent subjugués par les Huns, et que les seconds se furent réfugiés dans la Moésie; mais se souvenant toujours de leur origine commune, ils se regardèrent comme frères et alliés.
[143] J’aurois pu faire ici cent argumens pour justifier Stilicon; mais ce que j’ai dit suffit, si je ne me trompe, pour les personnes sensées. Cette fameuse irruption des Vandales dans les Gaules arriva l’an de J. C. 406.
[144] Stilicon, au rapport des historiens, prétendoit que Théodose, surnommé le Grand, l’avoit nommé régent des deux empires: il avoit dessein, dit-on, d’aller en Orient pour y faire reconnoître ses droits et déposséder Rufin.
[145] Attila partagea d’abord la couronne avec son frère Bleda; il se défit de ce prince en 444 pour régner seul.
[146] Votre maître et le mien, disoient les ambassadeurs d’Attila, en parlant aux empereurs. Théodose II, s’engagea à payer à Attila un tribut de mille livres d’or par an.
[147] Jornandès met au nombre de ces alliés plusieurs tribus de Francs et de Sarmates: les Armoritains, les Litiens, les Bourguignons, les Saxons, les Riparioles, les Ibrions, les Celtes, les Allemands.
[148] On compte 503 ans de l’époque où Octave fut reconnu Auguste, jusqu’au temps qu’Augustule perdit l’empire... Cet événement arriva l’an de J. C. 476.
[149] La monarchie des Erules ne subsista que quatorze ans. Théodoric fonda la monarchie des Goths en Italie. Ces Goths avoient recouvré leur indépendance à la mort d’Attila.
[150] C’est avec ces couleurs que Procope peint Justinien dans son histoire secrète, tandis qu’il lui donne ailleurs de grands éloges. Le président de Montesquieu, dans ses considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains, chap. 20, se déclare en faveur de l’histoire secrète de Procope, que quelques écrivains ne regardent que comme un recueil de calomnies. Après avoir lu les réflexions de ce critique, dont le génie éclaire et guide toujours l’érudition, on ne peut s’empêcher de croire avec lui que la législation de Justinien ne fût un vrai brigandage, et que pour de l’argent, il ne vendît des lois à tous ceux qui en avoient besoin.
[151] Grégoire de Tours nous peint les Goths comme des lâches. Ut Gotthorum pavor mos est... Cum secundum consuetudinem Gotthi terga vertissent. Ils n’étoient point tels quand ils s’établirent dans les provinces de l’empire.
[152] Procope dit que Genseric enleva aux principaux citoyens d’Afrique leurs terres et leurs esclaves, que les biens des Vandales furent exempts de toute charge, et qu’il exigea, au contraire, des contributions si fortes des naturels du pays, que ces malheureux, en travaillant beaucoup, pouvoient à peine les acquitter. Les Ostrogoths s’étoient emparés en Italie d’un tiers des terres. Dans les Gaules, les Visigoths prirent deux tiers des terres, et les Bourguignons la moitié, avec un tiers des esclaves.
[153] Les Barbares, en s’établissant sur les terres de l’empire, détruisoient la forme de gouvernement établie par les empereurs. Elle étoit trop compliquée pour des hommes qui n’avoient presque point encore d’idées de politique. Il n’y a au monde que l’abbé du Bos qui ait pu se persuader que Clovis, en s’emparant des Gaules, ne fit que se mettre au lieu et place des empereurs, sans rien changer à la forme du gouvernement, et que les Gaulois conservèrent leurs sénats, leurs officiers, leur administration; que les cités eurent le droit de se faire la guerre, qu’on y leva toujours les mêmes impositions que sous les empereurs, etc.; mais ne n’est pas ici le lieu de réfuter cet auteur.
[154] Par les lois des Visigoths, il leur étoit défendu de contracter des alliances par le mariage avec les Romains. On peut se rappeler comment les Français traitèrent les peuples des Gaules. Si quis ingenus Francum aut hominem Barbarum occiderit qui lege Salica vivit, sol. 200, culpabilis judicetur. Si Romanus homo possessor, id est qui res in pago ubi commanet proprias possidet, occisus fuerit, is qui eum occidisse convincitur, sol. 30 culpabilis judicetur. Si autem Francus Romanum ligaverit sine causa, sol. 15. culpabilis judicetur. (Leg. Sal. Tit. 34.) Si quis Ripuarius advenam Francum interfecerit, sol. 200. culpabilis judicetur. Si advenam Burgundionem, 160. sol. advenam Romanum, 100. sol. advenam Alamanum, seu Fresionem, vel Bajuvarium, aut Saxonem, 160 sol. culpabilis judicetur. (Leg. Rip. Tit. 36.)
[155] Mahomet mourut en 632. Héraclius régnoit alors à Constantinople depuis vingt ans. Abubècre, beau-père de Mahomet, lui succéda; son règne ne dura que deux ans, et il eut pour successeur Omar, calife, dont le courage et l’habileté étendirent la réputation des Arabes.
[156] Les Arabes sont nommés sarrasins d’une contrée de l’Arabie heureuse, appelée Saraca ou Saracène.
[157] Les empereurs prétendoient que les croisés leur prêtassent hommage pour les terres qu’ils se préparoient à conquérir sur les infidelles.
[158] Il ne faut pas douter que la religion ne soit entrée pour beaucoup dans l’entreprise des croisés sur l’empire. Voyez les lettres que Beaudoin, comte de Flandres, et élu empereur, adresse, l’une à tous les chrétiens, et l’autre au pape. Manus domini hæc operatur, dit-il dans la première; mais il prend un ton plus emphatique dans la seconde. Amantissime pater, vocate cœtum, congregate populum, coadunate senes et sugentes ubera, sanctificate diem acceptabilem domino, diem stabiliendæ unitatis et pacis.