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La Bretagne. Paysages et Récits.

Chapter 52: V
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About This Book

A series of travel essays and sketches depicting Brittany's landscapes, religious life, monuments, costumes, language, and changing customs under modernization. The author describes coastal scenery, tombs and crosses, parish rituals, church art, and local piety, emphasizing how Catholic faith shapes regional identity. He notes the persistence of traditional costumes and Breton language in rural areas alongside encroaching modernity like railways and urban influence, and reflects on the melancholic survival of ancestral customs. Through descriptive vignettes and reflections, the work blends antiquarian observation with poetic feeling to register both material details and the region's spiritual character.





Première partie. — Archéologie.


1. Compléter et rectifier, s'il y a lieu, la statistique monumentale d'Ille-et-Vilaine :

1° Monuments celtiques.

2° Voies et établissements romains (villes, camps, villas, etc.).

3° Monuments religieux du moyen âge et de la Renaissance.

4° Monuments de l'architecture militaire des mêmes périodes.

5° Monuments civils, tels que bâtiments claustraux, beffrois ou horloges, maisons anciennes, etc.

6° Mobilier des églises.

7° Meubles et objets anciens existants soit dans les collections publiques, soit chez des particuliers.

II. Signaler spécialement les maisons anciennes de la province qui portent une date certaine, et en donner des descriptions ou des dessins.

III. Monographie historique et descriptive de l'abbaye et de l'église Saint-Sauveur de Redon.

IV. Monographie du château de Blain.

V. Recueillir tous les documents relatifs à l'histoire de la ville de Redon.

VI. Indiquer les meilleures mesures à prendre pour assurer la conservation de la chapelle gallo-romaine de Langon.

VII. La marche de l'architecture ogivale en Bretagne à ses différentes périodes d'origine, de développement et de décadence, concorde-t-elle, sous le rapport des dates, avec le mouvement architectural qui s'est opéré dans le centre et dans le nord de la France ?

VIII. Quelles données peuvent fournir l'histoire, la tradition et les monuments de toute sorte, statues, bas-reliefs, tableaux, gravures, vitraux, etc., pour la représentation des principaux personnages de l'histoire de la Bretagne ?

IX. Faire connaître les documents concernant les artistes bretons, architectes, peintres, sculpteurs, orfèvres, etc., depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.

X. Recueillir les inscriptions de l'antiquité, du moyen âge et de la Renaissance, existant en Bretagne et particulièrement dans l'Ille-et-Vilaine.






Deuxième partie — Histoire.


XI. Comparer les différents systèmes auxquels a donné lieu jusqu'à ce jour l'émigration des Bretons insulaires dans l'Armorique.

XII. A quelle époque remonte l'origine des diocèses de Nantes, de Vannes et de Rennes ?

XIII. Déterminer, s'il est possible, le lieu précis de la naissance de saint Hilaire ; existe-t-il quelques traditions relatives à ce grand évêque dans les environs de Redon, spécialement dans la paroisse de Blain ?

XIV. Rechercher, à l'aide des textes, des dénominations topographiques et des traditions, le lieu où se livra, en 845, la bataille de Ballon.

XV. Les principaux documents publiés ou mis en œuvre dans l'Histoire de Bretagne de dom Morin et dom Taillandier, ont-ils été l'objet d'une critique suffisante ?

XVI. Quelle valeur historique faut-il attribuer aux vers de Marbode sur la ville de Rennes et ses habitants ?

XVII. Recueillir les documents relatifs à l'histoire de l'agriculture et du commerce de la Bretagne.

XVIII. Recueillir les documents concernant l'histoire des chemins et canaux de Bretagne.


Nota. La classe d'archéologie, consacrera l'une des journées à une excursion monumentale, dont le but sera déterminé dans une des premières séances du congrès.






III


Tout le monde connaît le Barzaz-Breiz, chants populaires de la Bretagne, publiés par M. de la Villemarqué. Nous en détachons une seule pièce, les Fleurs de mai, douce et touchante élégie, composée par deux jeunes sœurs paysannes, et traduite avec naïveté et grâce en vers français par M. Émile Grimaud.

« Un poétique et gracieux usage (dit M. de la Villemarqué), existe sur la limite de la Cornouaille et du pays de Vannes : on sème de fleurs la couche des jeunes filles qui meurent au mois de mai. Ces prémices du printemps sont regardées comme un présage d'éternel bonheur pour celles qui en peuvent jouir, et il n'est pas une jeune malade dont les vœux ne hâtent le retour de la saison des fleurs, si les fleurs sont près d'éclore, ou l'instant de sa délivrance, si elles doivent bientôt se flétrir. »






LES FLEURS DE MAI.


I.

Si vous aviez vu Jeff passer sur le rivage,

Avec ses yeux brillants, avec son frais visage,


Et vu Jeff au pardon danser, belle d'ardeur,

Vous en auriez été réjoui dans le cœur.


Mais de pitié votre âme aurait été pressée,

A voir la pauvre fille en son lit affaissée ;


Le mal avait rongé ses membres affaiblis,

Et sa joue était pâle, oh ! pâle comme un lis.


Ses compagnes venaient s'asseoir près de sa couche ;

Or, elle leur disait, d'une voix qui les touche :


 — « Mes compagnes, cessez, si vous m'aimez un peu,

De répandre des pleurs, cessez, au nom de Dieu.


« A la mort, vous savez, on ne peut se soustraire :

Dieu lui-même est bien mort, en croix, sur le Calvaire ! »


II

A la fontaine, un soir, j'allais puisser de l'eau,

Le rossignol de nuit chantait sur un rameau :


 — « Voilà le mois de mai qui passe, et sur les routes

Voilà que des buissons les fleurs s'effeuillent toutes ;


« Les regrets sont moins vifs à l'aurore des ans :

Heureuses celles-là qui meurent au printemps !


« De même qu'une rose abandonne la branche,

Ainsi vers le tombeau la jeunesse se penche ;


« Avant huit jours passés celles qui vont mourir,

Des plus nouvelles fleurs on viendra les couvrir,


« Et du sein de ces fleurs, ouvrant de blanches ailes,

Elles s'élèveront aux sphères éternelles. »


III

Jeffik, le rossignol chantait hier au soir ;

Jeffik, ce qu'il disait, voulez-vous le savoir ?


 — « Voilà le mois de mai qui passe, et sur les routes

Voilà que des buissons les fleurs s'effeuillent toutes. »


Lorsque la pauvre fille entendit cette voix,

Elle mit ses deux mains sur sa poitrine, en croix :


 — « Pour que Dieu, votre fils, ait pitié de mon âme,

Je vais en votre honneur, Marie, ô sainte Dame,


« Je vais dire un Ave, pour que j'aille bientôt

Attendre auprès de vous mes compagnes, là-haut. »


La prière venait, — sur sa lèvre muette, — 

A peine de finir, qu'elle pencha la tête :


Elle pencha la tête et puis ferma les yeux ;

Alors on entendit un son mélodieux :


Dans le courtil c'était le rossignol encore :

 — « Heureuses, disait-il en sa langue sonore,


« Les vierges qu'au printemps le bon Dieu fait mourir,

Et que de fraîches fleurs on se plaît à couvrir ! »






IV


A la pièce charmante que l'on vient de lire, et que signerait un vrai poëte, nous en joindrons une autre d'un caractère différent, et où, à défaut de l'élégance du langage, dit le P. A. Martin (Pèlerinage de Sainte-Anne d'Auray), des marins bretons ont su laisser une empreinte de la mâle énergie de leur foi. C'est un cantique composé par des matelots de la paroisse d'Arzon qui eurent le bonheur d'échapper presque seuls au massacre de l'équipage, grâce à leur confiance en sainte Anne.

« Ce cantique, dont l'air caractéristique est de ceux que les peuples n'oublient jamais, est encore solennellement chanté par la paroisse entière, lorsque au jour anniversaire de la délivrance de ses anciens enfants, elle vient en pèlerinage renouveler à la sainte ses sentiments de reconnaissance et d'amour. »






CANTIQUE D'ARZON.

Sainte mère de Marie,

Par un miraculeux sort,

Vous nous conservez la vie

Dans le danger de la mort.


Avec actions de grâce,

Nous venons en ce saint lieu

Honorer en cette place

La sainte Aïeule de Dieu.


Sainte mère de Marie, etc.


Nous avons été de bande

Quarante et deux Arzonnois,

A la guerre de Hollande,

Pour le plus grand de nos Rois.


Sainte mère de Marie, etc.


Ce peuple de notre côte

Vint ici à grand concours,

Les fêtes de Pentecôte,

Implorer votre secours.


Sainte mère de Marie, etc.


Pendant que l'ordre nous mande

Qu'il nous falloit faire état

De voguer vers la Hollande,

Pour leur livrer le combat.


Sainte mère de Marie, etc.


Ce fut de Juin le septième,

Mil six cent septante et trois,

Que le combat fut extrême

De nous et des Hollandois.


Sainte mère de Marie, etc.


Les boulets comme la grêle,

Passoient parmi nos vaisseaux

Brisant mâts, cordages, voile,

En mettant tout en lambeaux.


Sainte mère de Marie, etc.


La merveille est toute sûre


Que pas un homme d'Arzon

Ne reçut la moindre injure,

De mousquet, ni de canon.


Sainte mère de marie, etc.


Un d'Arzon changeant de place,

Un boulet vint à passer,

Brisant de celui la face

Qui venoit de s'y placer.


Sainte mère de Marie, etc.


L'Arzonnois la sauvant belle,

Eut l'épaule et les deux yeux

Tout couverts de la cervelle

De ce pauvre malheureux.


Sainte mère de Marie, etc.


De Jésus la sainte Aïeule,

Par un bienfait singulier,

Nous connaissons que vous seule

Nous gardiez en ce danger.


Sainte mère de Marie, etc.


Par humble reconnaissance,

Nous fléchissons les genoux,

Adorant votre puissance

Qui a paru envers nous.


Sainte mère de Marie, etc.


Recevez toutes nos classes,

Pour tout le temps à venir ;

Sous l'asile de vos grâces,

Nul ne pourra mal finir.


Sainte mère de Marie, etc.






V


Parmi les pièces de M. Stéphane Halgan frappées au vrai type breton, nous citerons particulièrement les Crêpes et le Retour du Pardon : on y trouvera des détails de mœurs du pays, en même temps qu'un spécimen du style vif, pittoresque et un peu âpre du poëte armoricain.





LES CRÊPES.

Dans le seigle ou dans le froment

Aux fleurs légères,

Naissent tes fleurs, bleuet charmant,

La paille ombrage obligeamment

Ces étrangères.


Des colzas jaunis au printemps,

Moissons superbes,

Les souffles d'avril palpitants

Courbent en flots d'or éclatants

Les hautes gerbes.


Le trèfle a diverses couleurs,

. . . . . . . . . . . . . . . . .


Mieux que toutes ces fleurs, celles que j'aime à voir,

A l'automne, ce sont les grappes de blé noir

Balançant leurs fleurettes blanches ;

Le paysan joyeux, contemplant son labour,

Bravement mis, le cœur léger, se rend au bourg

Pour les offices des dimanches.


Il se plaît à compter le nombre de setiers

Qui, la moisson battue, empliront ses greniers.

Sous le vent du matin qui passe,

Sous le soleil qui jette à flots ses gais rayons,

Une senteur de miel, s'exhalant des sillons,

Remplit sa poitrine et l'espace.


C'est ce blé sarrasin, aux triangles noircis

Qui doit de l'an qui vient éloigner les soucis,

Et nourrir toute la famille.

Eh ! oui, l'ami, qui vas tout le long des buissons,

Comme le beau reflet de ces blanches moissons,

L'espérance en ton âme brille.


Tous les tiens mangeront des crêpes ; tous les tiens

Sans se gêner en bons parents, en bons chrétiens,

Pourront piocher à la gamelle ;

Et, bénissant le ciel qui lui fait ce présent,

Chacun prendra sa part au bassin reluisant

Où la crêpe au caillé se mêle.


Le poëte, surpris par un orage, entre dans une chaumière, et assiste à la confection des crêpes :

Je voyais près de moi la servante au bras nu

Faisant fumer la poêle.


La pâte s'étalait ; son flot moins transparent

S'arrondissait en crêpe ;

Et le gâteau cuisait, cuisait — en susurrant

Ainsi qu'un vol de guêpe.


Lorsque la crêpe était bien blonde d'un côté,

D'une batte légère

Voici qu'un tour de main leste et précipité

La tournait tout entière.


Les crêpes se pliant, s'entassant à foison,

La maie en était pleine ;

Car c'est là l'aliment de toute la maison

Pour toute la semaine.


L'orage s'éloignait vers Quimper reporté,

Roulement monotone,

Et, sous un ciel baigné de vapeurs, je quittai

La chaumière bretonne.


Je rentrai dans ma barque. . . . . . . .


Et dans ces grands vallons qui s'en viennent mourir

Au bord des eaux superbes,

Voyant les sarrasins finissant de fleurir,

Bientôt mûrs pour les gerbes,


Je demandais au ciel. . . . . . . . . .


... Que la sombre nue aux funestes lueurs,

Planant sur la campagne,

Épargnât les blés noirs, les blés aux blanches fleurs,

Ce pain de la Bretagne !




Voici le début de la pièce le Retour du Pardon :


LE VOYAGEUR.


Je vois d'où vous venez : bonjour, la brave femme ;

Pieds nus, bâton en main, votre fille avec vous ;

Vous venez de prier sainte Anne, notre Dame,

Qui tient plus sainte encor qu'elle sur ses genoux.

Bonjour ! ménagez bien votre monture blanche,

Car déjà vers la terre elle a le front courbé ;

Nous sommes à jeudi, mais ce n'est que dimanche

Que vous arriverez bien tard à Pont-l'Abbé.



LA FILLE.


Sont-ils donc des sorciers, ces messieurs de la ville,

Pour voir d'où nous venons, où nous allons ainsi ?



LA MÈRE.


Savoir d'où nous venons n'est pas bien difficile,

Puisque c'était hier le jour de grand'merci,

Et que, de Pluneret à Quimper, la grand'route

Est couverte en entier de pèlerins lassés,

Qui viennent de quérir là-bas, quoi qu'il leur coûte,

Les pardons accordés à tous ces jours passés.



LE VOYAGEUR.


Savoir où vous allez est encor plus commode

Les femmes de Quimper ont des fichus plissés

Et tout raidis au bleu ; je connais bien leur mode ;

Leurs coiffes vont au vent tant que c'en est assez.

Vous, sur un justaucorps qui ne va qu'à la taille

Vous cousez deux beaux rangs de galons couleur d'or ;

Autour de votre cou, sous ce gilet qui bâille,

Un autre plus étroit s'aperçoit bien encor.

Un ruban pareil tourne au bas de votre robe,

Et d'un rouge cordon relevés avec goût,

Vos cheveux, que devant le bonnet nous dérobe,

Ressortent en arrière et chargent votre cou.

Je reviens du pays dont c'est là la coiffure ;

Je reviens de Kersaint et Tremeané.

Vous ne voudriez pas me tromper, je le jure : — 

Dites, — vous qui riez, — n'ai-je pas deviné ?





V



Un fragment de la jolie pièce intitulée Nos Buissons
montrera avec quelles fraîches et jeunes inspirations
M. E. Grimaud a écrit le volume de poésies qu'il a si
justement appelées Fleurs de Vendée.


Voici la saison chérie :

L'épine noire est fleurie,

Saluez le gai printemps !


L'aubépine s'est couverte

D'une robe blanche et verte

Qui fait le vent embaumé,

Comme la déesse antique

Dont la robe balsamique

Laisse un souffle parfumé.


Que ton destin s'accomplisse,

Fleur de la ronce, calice

D'où sort ce fruit savoureux,

La mûre, la noire perle,

Pour qui l'enfant et le merle

Ont des regards amoureux.


O senteurs du chèvrefeuille,

Sucs que l'abeille recueille,

Que boivent les papillons !

O l'arome qui s'épanche

Du troëne à grappe blanche,

Ce lilas de nos vallons !


Le liseron court, s'enlace,

Et jamais il ne se lasse

De grimper, de festonner !

A voir sa cloche argentine,

Lorsque le zéphyr l'incline,

On pense : elle va sonner !


Le sureau dresse sa tige,

La demoiselle y voltige,

Sachant que son miel est doux ;

Le lézard vert dans la haie,

Au moindre bruit qui l'effraye,

Se glisse à travers les houx.


L'araignée industrieuse

Tend sa toile captieuse

Entre deux brins d'églantier ;

Plus fine que la dentelle,

D'un sylphe on dirait une aile

Dont il perdit la moitié.


Et plus bas maintes fleurettes

Découpent leurs collerettes

D'azur et d'argent et d'or :

 — La primevère hâtive,

La violette craintive

Qui dérobe son trésor,


La véronique céleste,

Et la bruyère modeste,

Au calice délié ;

Le myosotis qu'on donne

A l'ami qu'on abandonne,

Pour n'en pas être oublié !








TABLE DES MATIÈRES.


PREFACE

I. Foi et poésie des Bretons
II. Foi et poésie des Bretons (suite)
III. Les pierres
IV. Quiberon
V. Les Rochers — Combourg
VI. Saint-Ilan
VII. La mer
VIII. Saint-Florent
IX. Les vieilles villes — Les vieilles maisons
X. Saint-Nazaire
XI. Les lutteurs
XII. Les monuments
XIII. Quériolet
XIV. Du mouvement intellectuel en Bretagne
XV. Paysages


APPENDICE