Note 21, pages 64-65.

Vers 5295-5318. On lit dans un acte de 1377, rapporté par Sauval, qu'à cette époque les boucheries de Saint-Marcel étoient déjà très-anciennes. (Lantin de Damerey.)

Note 22, pages 64-65.

Vers 5296-5317. Pipe: pipeau, chalumeau, paille, fétu. (Voir le Dictionnaire de Furetière.)

Note 23, pages 66-67.

Vers 5324-5346. Nous ferons remarquer ici que, pour la seconde fois, est nommée la Seine. (Voir au début de la partie de Guillaume.)

Pourquoi ces deux auteurs, natifs tous deux des pays arrosés par la Loire, n'ont-ils pas choisi ce fleuve? L'exemple eût été plus frappant encore, la Seine n'étant nommée en ces deux cas que pour sa grandeur. Nous nous croyons autorisé à conclure que nos deux auteurs vivaient à Paris, à la cour sans doute, et que le roman tout entier fut écrit dans la capitale, pour charmer les loisirs des grands seigneurs et des hautes dames de l'aristocratie.

Ainsi s'expliquerait l'absence de manuscrits Orléanais anciens, quand il en subsiste encore un si grand nombre en dialecte picard ou bourguignon.

[p.405]

Note 24, pages 66-67.

Vers 5333-5355. Phisicien. On donnoit autrefois ce nom à ceux qui exerçoient la médecine, parce qu'on les supposoit devoir être habiles dans la science de la nature, en grec Φὑσις.

Les seuls ecclésiastiques se mêloient de médecine en France, et il n'y eut point de médecins mariés dans ce royaume avant l'an 1452. Par une ordonnance de Philippe de Valois, il ne devoit y avoir en cour qu'un physicien, à 20 sous tournois par jour. (Pasquier, liv. VIII, chap. 26.)

Ce poste, quoique fort beau, seroit moins recherché, si on agissoit à l'égard du physicien comme Gontran, roi d'Orléans, qui fit mourir les deux médecins de la reine Austregisilde, sa femme, qui le lui avoit recommandé en mourant, parce qu'elle croyoit mourir par leur faute. (Du Tillet, Recueil des rois de France.)

Il paroît, par ce que dit Jehan de Meung de l'avidité des médecins et des avocats de son temps, qu'elle approchoit fort de celle que l'on remarque aujourd'hui parmi quelques-uns de ceux qui professent ces deux arts. Ceux qui les exercent avec honneur et désintéressement ne prendront point pour eux ce distique d'un ancien:

Vulpes amat fraudem, lupus agnum, femina laudem;
Vulnus amat medicus, praesbyter interitus.

Je remarquerai en passant qu'il étoit défendu par la loi Cincia, à ceux qui avoient soutenu en justice le droit des parties, de recevoir de l'argent ni des présents; dans la suite, Néron leur permit de déroger à cette loi. (Lantin de Damerey.) [p.406]

Note 25, pages 68-69.

Vers 5349-5371.

Cil qui por vaine gloire tracent:
La mort de lor ames porchacent,

M. Francisque Michel traduit:

Ceux qui pourchassent vaine gloire
La mort de leurs âmes procurent.

Vraiment, c'est s'en tirer par trop cavalièrement.

Si tracer veut dire généralement: suivre à la trace, traquer, il signifie aussi: aller, marcher, courir de çà de là, sens qu'il a conservé jusqu'à nous dans la langue populaire de l'Orléanais, et même dans la langue classique (voir Littré). Quant à pourchasser, il n'a jamais signifié: procurer.

La traduction littérale de ces deux vers est:

Ceux qui voyagent pour une vaine gloire:
La mort de leurs âmes ils pourchassent.



Note 26, pages 68-69.

Vers 5351-5372. De plus, M. Francisque Michel a commis une erreur des plus graves. Il écrit:

La mort de lor ames porchacent
Decéus et tex decevierres.

Méon met:

La mort de lor ames porchacent.
Decéus est tex decevierres.

Nous ferons remarquer combien le moindre changement [p.407] dans la ponctuation et l'orthographe est souvent dangereux. En effet, Méon fait dire à Jehan de Meung: Ils (ces prêcheurs) pourchassent la mort de leur âme; mais ces trompeurs se trompent eux-mêmes. M. Francisque Michel dit: Trompeurs et trompés, chacun poursuit la mort de son âme. Il rend ainsi responsables, vis-à-vis de Dieu, les malheureux égarés par des imposteurs. Or, dans la bouche de Jehan de Meung, cette parole serait une monstruosité, une réfutation inexplicable de son oeuvre tout entière.

Note 27, pages 74-75.

Vers 5439-5463.

Dives divitias non congregat absque labore
Non tenet absque metu, non desinit absque dolore.

Note 28, pages 80-81.

Vers 5550-5574. Aides, aide, secours; par extension: aides, impôts.

Nous saisissons l'occasion de montrer une fois de plus combien, pour juger un ouvrage, il est nécessaire de l'étudier à fond, et qu'un mot mal compris peut entraîner à de graves erreurs.

Nous avons sous les yeux la Satire au moyen âge de M. Lenient. Jehan de Meung, classé comme écrivain du XIVe siècle, y est jugé en quatorze pages. Ce chapitre commence ainsi:

«Au XIIIe siècle, la satire n'a rien encore de menaçant; elle se joue autour de la société; elle secoue en riant sa marotte devant les grands seigneurs, les abbés mitrés, les moines bien nourris, [p.408]les béguines aux larges robes, mais sans colère, sans passion de détruire; elle peut dire aussi:

En moi n'a ne venin ne fiel.

«Dans l'âge suivant, elle devient plus provocante et plus audacieuse; elle ne se contente plus de railler ce monde qui l'entoure; elle lui déclare la guerre. L'oeuvre de Jehan de Meung est moins une suite qu'une contre-partie de celle de Guillaume de Lorris. Guillaume écrit pour plaire à sa dame, Jehan pour servir la politique envahissante et novatrice de Philippe-le-Bel. Héritier de Guyot et de Ruteboeuf, il joint à la vieille malice gauloise l'humeur querelleuse et hautaine d'un libre-penseur moderne. Le droit d'insurrection et la célèbre théorie du refus de l'impôt, ressuscité de nos jours par M. de Genoude, n'y est pas moins clairement enseignée.

....Quant il vodront
Lor aides au roi toldront.
....Quand ils voudront
Les impôts au roi refuseront

Il n'est guère possible d'accumuler plus d'erreurs en si peu d'espace.

Pour faire un travail aussi considérable que l'Histoire de la satire en France du XIe au XVIe siècle, pour étudier et connaître à fond tous les ouvrages de notre ancienne littérature, la vie d'un homme ne saurait suffire, et nous ne sommes point étonné que que M. Lénient n'ait pu en faire qu'une étude superficielle. Son ouvrage ne doit donc être consulté qu'à titre de curiosité littéraire; mais admettre comme articles de foi toutes ses conclusions serait au moins imprudent.

[p.409] En effet, M. Lénient nous montre Jehan de Meung comme l'héritier de Ruteboeuf, qui écrivit sous saint Louis et Philippe III, et vécut même, dit-on, jus-qu'en 1310, sous Philippe-le-Bel.

Ces deux auteurs seraient, selon nous, contemporains. De plus, nous ne saurions admettre que l'oeuvre de Jehan de Meung fût la contre-partie de celle de Guillaume de Lorris. A peine quelques contradictions de détail pourraient-elles être relevées.

Quant à ce fameux refus de l'impôt, c'est probablement une chimère de M. Lénient. Nous avouons que l'emploi de ce mot au pluriel doit être considéré comme un arme à deux tranchants, et que plus d'un contemporain dut être tenté de le traduire selon sa fantaisie. Mais nous ne croyons pas que Jehan de Meung, un noble, eût osé, de son temps, ériger en système une pareille maxime. Aussi nous ne voulons y voir que le mot aide, assistance, terme plus large, qui laisse plus de marge à l'interprétation, et ne pouvait passer pour séditieux.

Enfin le Roman de la Rose est antérieur de quelques années au règne de Philippe-le-Bel, puisqu'il fut écrit entre 1270 et 1280, et l'on conviendra que prêcher le refus de l'impôt eût été bien mal servir la politique de ce roi toujours à court d'argent.

Note 29, pages 102-103.

Vers 5846-5872. Virginie, fille de Lucius Virginius, tribun militaire à Rome. Elle avoit été fiancée à Lucius Icilius, autrefois tribun du peuple; mais Appius Claudius, le décemvir, étant devenu amoureux de cette fille, suborna un certain M. Claudius [p.410] pour la revendiquer comme une esclave qui étoit née dans une de ses maisons, et qui avoit été vendue à la femme de Virginius. Le décemvir, devant qui la contestation fut portée, ne manqua pas d'adjuger Virginie à celui qui la redemandoit, et qui devoit la lui remettre ensuite. Virginius voulant prévenir la honte de sa fille, lui plongea un couteau dans le sein. Cet accident souleva le peuple, et fut cause qu'on abolit la puissance des décemvirs, l'an de la fondation de Rome 304, pour établir le gouvernement consulaire. Appius fut mis en prison; mais il échappa au supplice qu'il méritoit, en avalant une dose de poison. (Lantin de Damerey.)

Note 30, pages 106-107.

Vers 5922-5948. Marcus Anneus Lucanus, poète de Cordoue en Espagne, auteur de la Pharsale.

Note 31, pages 110-111.

Vers 5996-6022. M. Francisque Michel traduit commans-ge par commencé-je. C'est une erreur; le sens est commandé-je.

Nous ferons remarquer ici que tous les vers compris entre le 5986e et le 7216e ont été rajoutés après coup. L'apostrophe de l'Amant à Raison pour lui reprocher ce fameux mot «si mal placé en bouche à courtoise pucelle,» est évidemment coupé en deux par un hors-d'oeuvre de 1230 vers qui n'ajoute aucun intérêt à l'action.

[p.411] Note 32, pages 110-111.

Vers 6000-6026.

Dum vitant stulti vitia, in contraria currunt.
(Horat., Satyr., II, lib. 22.)

Note 33, pages 118-119.

Vers 6109-6137. Socrates eut pour père Sophonisques, tailleur de pierres, et pour mère Phenecrate, qui étoit sage-femme. Il naquit sur la fin de l'an 114 de l'ère philosophique; il fut disciple d'Archelaüs. La philosophie dont il fit profession fut souvent mise à l'épreuve, par la mauvaise humeur de Xantipe et de Myrthon, ses deux femmes. Plusieurs traits de modération, qui ne peuvent être placés ici, lui méritèrent ce glorieux témoignage de la part d'Apollon, qu'il étoit le seul de tous les hommes à qui l'on pût donner le nom de Sage.

Mortalium unus Socrates vere sapit.

Cette justice rendue à Socrates lui coûta la vie, comme on peut le voir dans Diogenes Laërce, livre second. (Lantin de Damerey.)

Note 34, pages 118-119.

Vers 6119-6147. Jules Solin, grammairien latin, a composé un ouvrage intitulé: Polyhistor, qui est un recueil des choses mémorables que l'on voit dans divers pays. (Lantin de Damerey.)

[p.412]

Note 35, pages 120-121.

Vers 6131-6159. Héraclite fut un philosophique qui ne pouvoit sortir de sa maison sans que les sottises des hommes lui fissent verser des larmes; bien différent de Démocrite son contraste, pour qui ces mêmes sottises étoient un divertissement. Héraclite, si l'on en croit Suidas, fut dévoré par des chiens pendant qu'il dormoit au soleil. (Lantin de Damerey.)

Note 36, page 124.

Vers 6193. Cotissent, brisent. On dit encore, en Beauce et dans l'Orléanais, cotir pour meurtrir un fruit.

Note 37, page 124.

Vers 6203. Doutable veut dire redoutable. C'est sans doute pour qu'on ne s'y trompe pas que M. Francisque Michel a écrit redoutable, faisant un vers faux.

Note 38, pages 134-135.

Vers 6370-6398. A l'exemple des Orientaux, nos ancêtres attribuaient aux pierres précieuses des vertus plus ou moins efficaces. Marbode, évêque de Rennes, mort en 1123, a composé un poème latin, dans lequel il décrit soixante et une de ces pierres, et parle de leur nature, de leurs qualités et des propriétés qu'on leur accordait alors. Il l'annonce comme la version d'un traité d'Evax, roi d'Arabie, [p.413] qui l'avait composé pour Néron, empereur romain. (Francisque Michel.)

Note 39, page 142.

Vers 6487. Maufé. C'est le nom qu'on donnoit au diable dans les vieux romans, soit parce que les peintres représentent les diables horribles et contrefaits, ou à cause de la méchanceté que les diables ont en partage.

Les Pères de l'Église, à l'exemple des premiers chrétiens, avoient une telle horreur pour le diable, qu'ils se faisoient un scrupule de le nommer, ne lui donnant point d'autre nom que celui de malus, qui veut dire mauvais ou malin; de là vient que plusieurs personnes prétendent que le libera nos à malo de l'Oraison dominicale ne signifie autre chose que: délivrez-nous du malin ou du mauvais, qui vient de mauffez, c'est-à-dire qui fait du mal. (Observations sur l'histoire de saint Louis, par du Cange.) Diez et Littré n'acceptent pas cette étymologie de mauvais.

Note 40, pages 150-151.

Vers 6631-6663. Claudius, c'est Claudien (Claudianus), poète latin qui vivoit dans le IVe siècle, sous l'empire de Théodose, et de ses fils Arcadius et Honorius. Ce que Jehan de Meung lui fait dire de l'élévation et de l'abaissement des méchants est tiré des vers de ce poète, faussement attribués à Horace:

Jam non ad culmina rerum
Injustoi crevisse queror. Tolluniur in altum,
Ut lapsu graviare ruant.

(Lantin de Damerey.)

[p.414]

Note 41, pages 156-157.

Vers 6738-6770. Suétone (Tranquille) a écrit la vie des douze Césars; il vivoit sous les empereurs Trajan et Adrien, et fut secrétaire d'État de ce dernier. On a encore de Suétone un livre des grammairiens illustres et un des rhéteurs. (Lantin de Damerey.)

Note 42, pages 158-159.

Vers 6760-6792. L'auteur se trompe ici sur la durée du règne de Néron, qui ne fut que de treize ans sept mois et vingt-sept jours. Cependant cette erreur pourrait bien venir des anciens copistes. (L.D.D.)

Note 43 pages 158-159.

Vers 6769-6801. Crésus, cinquième et dernier roi de Lydie, de la famille des Mermnades; son règne finit l'an 3510 du monde, 544 avant J.-C.

On ne sait point au vrai quand il mourut: l'histoire dit qu'il échappa, par une espèce de prodige, à l'arrêt que Cyrus avoit prononcé contre lui. Il évita aussi la mort que Cambyse vouloit qu'on lui fît souffrir. Hérodote, qui a écrit la vie de Crésus, ne dit pas un mot de sa mort; dès lors, on a raison d'être surpris que Jehan de Meung, qui vouloit donner de l'autorité aux songes, ait si mal fait expliquer par Phanie celui de son père, puisqu'il n'est pas vrai qu'il ait été attaché à une potence, ni qu'il y soit mort.

[p.415]Ce roi de Lydie, qui croyoit être le plus puissant de tous les monarques et le plus heureux des hommes, vantoit son bonheur à Solon; ce sage lui répondit qu'il ne falloit pas juger de la félicité de l'homme par le cours de sa vie, mais qu'il falloit en attendre la fin.

Ultima semper
Expectanda dies hominis, dicique beaius
Ante obitum nemo, supremaque funera debet.
(Ovid., Métamorph., lib. 3.)

(Lantin de Damerey.)

Note 44, page 168.

Vers 6907 et 6908. Le lecteur remarquera que ces deux vers ne sont pas traduits. Ils n'étaient pas du reste bien nécessaires.

Dans tout le cours de cette traduction, nous avons tenu à reproduire l'original vers pour vers. Nous avions même un instant pensé à faire des rimes libres comme nos deux romanciers. Mais, après un essai qui ne nous satisfaisait point, nous avons cru devoir nous conformer aux règles de la versification moderne. Ne pouvant conserver à la vieille langue romane son harmonie incomparable, pour racheter ce défaut, autant que possible, nous avons adopté les rimes croisées, difficulté inouïe, qui nous fit regretter plus d'une fois notre détermination et faillit même nous faire abandonner notre travail. Mais c'était une compensation. Aussi, en maints endroits, soit pour conserver des périodes entières, soit pour réparer des fautes d'inadvertance dans la distribution de nos rimes, avons-nous eu recours à divers [p.416] moyens. Çà et là, mais bien rarement, et quand le sens le permettait, nous avons passé un vers ou deux. Le plus souvent nous avons adopté les transpositions de distiques ou, au mépris de la concision, délayé quelques phrases, de façon à regagner deux vers. La clarté parfois y trouvait son compte, et nous n'en avons jamais abusé, car il n'y a guère que 200 vers de différence entre la traduction et l'original, qui contient plus de 22,500 vers.

Note 45, pages 168-169 et 170-171.

Vers 6921-6951 et 6940-6971. Conradin étoit petit-fils de l'empereur Frédéric II et fils de Conrad, qui avoit laissé la régence du royaume de Sicile à Mainfroy, fils naturel de Frédéric. Le régent usurpa le royaume sur son neveu Conradin. Charles, duc d'Anjou, à qui Urbain IV avoit donné l'investiture, livra bataille à Mainfroi l'an 1266. Cet usurpateur fut vaincu, et on le trouva sur le champ de bataille au nombre des morts.

Conradin, surpris que le pape Urbain et Clément IV, son successeur, eussent disposé d'un bien qui ne leur appartenoit par aucun droit, mit une armée sur pied. Charles vint au devant de lui lorsqu'il entrait dans la Sicile, et lui donna bataille au champ du Lis, l'an 1268. Conradin se sauva avec Frédéric son cousin; mais ils furent arrêtés quelques jours après, et condamnés à mort par les syndics des villes du royaume, comme perturbateurs du repos de l'Église; en conséquence, ils eurent la tête coupée sur l'échafaud, au milieu de la ville de Naples, l'an 1269. (Lantin de Damerey.)

[p.417]

Note 46, pages 170-171.

Vers 6967-6997. Haves, salue, donne le bonjour. On se servoit anciennement de ce terme en jouant aux échecs; et au lieu de dire, comme à présent: échec au roi, on lui disoit: havé.

«Dans la description du bal en forme de tournoi, qui fut donné en présence de la Quinte, lorsque le roi étoit en prise, il n'était point permis de le prendre; mais on devoit, en lui faisant une profonde révérence, l'avertir, en lui disant: Dieu vous garde; et lorsqu'il ne pouvoit être secouru, il n'étoit pour cela pris de la partie adverse, mais salué le genoux en terre, lui disant: bon jour. Là étoit la fin du tournoi.» (Pantagruel, liv. V, chap. 24.) (Lantin de Damerey.)

Note 47, pages 172-173.

Vers 6976-7006. Échecs. Jehan de Meung prétend que ce jeu fut inventé par Attalus, mathématicien dont on ignore le siècle; d'autres attribuent cette invention à Palamède, pendant le siége de Troie. On en fait aussi honneur à un certain Diomède, qui vivoit du temps d'Alexandre. Frère Jean de Vignay, dans son Traité de la moralité de l'échiquier, dit que le jeu des échecs fut inventé par un roi de Babylone, et que depuis, ce jeu fut porté en Grèce, ainsi que Diomède le Grec en fait foi dans ses livres anciens. Jérôme Vida, dans son poème sur les échecs, a feint que l'Océan, qui avoit joué de tout temps sous l'onde avec les Nymphes marines, apprit ce jeu aux Dieux célestes qui assistèrent aux noces de la Terre, et [p.418] que dans la suite Jupiter ayant débauché Scacchide, nymphe d'Italie, il lui enseigna ce jeu pour prix des faveurs qu'elle lui avoit accordées; et qu'enfin cette fille, qui lui donna son nom, l'apprit aux hommes.

Sarrazin, dans sa curieuse dissertation sur ce jeu, croit que les Indiens l'apprirent aux Persans, ceux-ci aux Mahotnétans, et que ce fut par le moyen de ces derniers que ce jeu passa en Europe.

On y jouoit en France du temps de Charles-Magne: on voyoit dans le Trésor de Saint-Denis les échecs de ce prince. A juger par leur taille de la grandeur de l'échiquier, je ne suis point surpris si Charlot, fils de Charles-Magne, en cassa la tête à Beaudoin, fils d'Ogier le Danois, à cause de l'ascendant qu'il avoit sur lui. Cette brutalité de Charlot fut cause d'une guerre qui dura plus de sept ans. (Roman d'Ogier le Danois, chap. 16.)

M. La Mare, auteur de l'excellent Traité de la police, remarque qu'en 1254, saint Louis défendit le jeu des échecs; «peut-être, ajoute-t-il, parce que ce jeu est trop sérieux, et jette le corps en langueur par une trop grande application de l'esprit.» C'est dans les principes de ce prince que Montaigne disoit, en parlant de ce jeu: «Je l'hai haï et fui, de ce qu'il n'est pas assez jeu, et qu'il nous ébat trop sérieusement, ayant honte d'y fournir l'attention qui suffiroit à quelque bonne chose.» (Lantin de Damerey.)

On conservoit au garde-meuble un jeu d'échecs en cristal, garni en or, qui avoit été donné, dit-on, au roi saint Louis par le Vieux de la Montagne; mais ayant été donné en paiement à un fournisseur plus curieux d'argent que d'antiquités, il le fit vendre à l'hôtel de Bullion en 1795. (Méon.)

[p.419]

Note 48, pages 172-173.

Vers 6978-7010. Attalus Asiaticus, si gentilium creditur historiis, hanc ludendi lasciviam dicitur invenisse ab exercito numerorum, paululum deflexa materia. (Joan Saresburiensis, Policraticus, lib. I, cap. V.)

Note 49, pages 174-175.

Vers 7016-7048. Marseille se révolta contre Charles d'Anjou, en 1262, pour la seconde fois. Boniface de Castellane, chef de la révolte, eut la tête tranchée, quoi qu'en dise Gaufredi en son Histoire de Provence. (Lantin de Damerey.)

Note 50, pages 176-177.

Vers 7053-7086. Écuba, c'est Hécube, femme de Priam, roi des Troïens. Après la ruine de la capitale, on la trouva cachée dans l'endroit où ses fils avoient été enterrés. Ulisses la fit arracher de ces lieux, et la fit conduire comme sa prisonnière et son esclave. Avant son départ, elle avala les cendres de son fils Hector, tué par Achilles; et comme la fortune ne lui avoit laissé que des larmes et des cheveux blancs, elle en fit un sacrifice, et les répandit au lieu de fleurs sur le tombeau de son fils.

Jamais infortunes n'égalèrent celles de cette princesse. Elle eut la douleur de survivre à la perte de Priam son époux, de sa fille Cassandre, de son fils Hector. Elle vit tomber son autre fils Polidor sous les coups de Polymnestor, roi de Thrace. Polixène [p.420] sa fille fut sacrifiée aux mânes d'Achilles, que Pâris avoit tué. Pâris, à son tour, mourut des blessures qu'il avoit reçues en se battant avec Ajax, qui avoit eu la témérité de violer la pauvre Cassandre dans le temple de Pallas. (Ovide, Métamorph., liv. XII.) (Lantin de Damerey.)

Note 51, pages 176-177.

Vers 7056-7089. Sisigambis étoit la mère de Darius. Cette princesse étant tombée entre les mains de ses ennemis, après la défaite de son fils, elle fut traitée par Alexandre avec tous les égards qui étoient dus à son rang. Aussi fut-elle plus sensible à la mort de ce conquérant qu'à celle de son propre fils; et cette princesse, qui avoit eu la force de survivre à la perte de Darius, eut honte de voir la lumière après qu'Alexandre en eut été privé. (Lantin de Damerey.)

Note 52, pages 178-179.

Vers 7097-7129. Voyez le 24e livre de l'Iliade, où Achille débite ce conte au bon roi Priam, pour le consoler de la mort de son fils Hector. (Lantin de Damerey.)

Note 53, pages 180-181.

Vers 7107-7139. Piment, boisson composée de miel et de certaines épices (c'est la cannelle); elle ressemble fort à l'hypocras. Il est parlé du piment [p.421] dans le Statut II, fait par Pierre le Vénérable, abbé de Cluny.

Statutum est ut ab omni mellis ac specierum cum vino confectione, quod vulgari nomine pigmentum vocatur coenâ Domini tantum exceptâ quâ die mel atque speciebu vino mixtum antiquitas permisit, omnes Cluniasiensis ordinis fratres abstineant.

Si l'on en croit l'auteur du livre qui a pour titre: Quadragesimal spirituel, cité par Henri Étienne, chapitre 37 de l' Apologie d'Hérodote, le vinum conditum dont il est parlé au livre des Cantiques étoit l'hypocras claré et piment.

Boëce a fait mention du piment ou vin mêlé avec du miel, dans l'endroit où il parle de la sobriété des premiers hommes.

Felix nimium prior oetas.
Contenta fidelibus arvis,
Naec inerti perdita luxu
Facili quae sera solebat
Jejunia solvere glandé
Non bracchica numera norant
Liquido confundere melle.
(Libro 2, metro 5.)

On lit dans les Dialogues de saint Grégoire, liv. III, chap. 14: «Aleiz, si coissiez del polment à noz ovriers.» Ite, et operariis nostris pulmentum coquite. Ce qui prouve qu'on cuisoit cette boisson. (Lantin de Damerey.)

Note 54, page 188.

Vers 7244. Je n'ai trouvé les vers suivants que dans quatre des manuscrits dont j'ai fait usage:

[p.422]

Se verité n'iert si luisans
Qu'el fust contre vertu nuisans,
Sans faille bien l'ai oï dire,
Touz voirs ne sunt pas bons à dire.
Mès qui vuet mauvestié confondre,
Voir dire n'est mie à repondre:
Car vérité, quant vous la dites,
Por cognoistre les ypocrites,
Tel verité n'est pas à teire,
Cele doit-l'en toz jors retreire;
Mes peres, plus que vos, les blasme,
N'il ne het tant nul autre blasme.

(Méon.)

Note 55, pages 194-195.

Vers 7330-7366. C'est Claude Ptolémée, mathématicien célèbre, connu par plusieurs ouvrages, et surtout par son Almageste en XIII livres. Alain Chartier l'attribue à Ptolémée II, roi d'Égypte. Voyez son Traité de l'Espérance. (Lantin de Damerey.)

Note 56, pages 194-195.

Vers 7349-7385.

Virtutem primam esse puta compescere linguam.

Note 57, pages 200-201.

Vers 7435-7471.

Nihil consuetudine majus.
(Ovid., Art. Am., lib. 2.)

[p.423]

Note 58, pages 204-205.

Vers 7520-7556. Dans quelques manuscrits on lit les vers suivants:

Tant l'ain, se vos le saviez;
Que se par force en deviez
Ou morir, ou m'amor avoir,
Ne vos en flaterai jà voir,
Molt seroit corte vostre vie;
Jà n'auroie de vos envie,
Se vos deviez acorer,
Braire, crier, gemir, plorer,
Fondre en lermes por feire duex,
Et fussiez fille à quatre Diex,
Tant sèussiez bien fléuter,
Ge n'en voil or plus disputer;
Mès vodroie morir de mort
Si sen-ge jà qu'ele me mort.

(Méon.)

Note 59, pages 214-215.

Vers 7670-7707. Ce que l'auteur dit ici de la peine portée contre le larron surpris avec son vol est tiré du IVe livre des Instituts de l'empereur Justinien, titulo 1° De obligationibus quae ex delicto nascuntur, où on lit, art. 5: Poena manifesti furti quadrupli est, tam ex servi, quam ex liberi personâ, nec manifesti dupli.

Ainsi, un voleur pris en flagrant délit étoit obligé de rendre la chose dérobée, et le quadruple de sa valeur. S'il n'étoit pas trouvé saisi du vol, et qu'il y eût tant de preuves contre lui qu'il n'en pût disconvenir, outre le larcin, il falloit encore payer le double.

[p.424] Cet usage est aboli en France, où l'action qu'on a contre le voleur est criminelle; et suivant la nature de la chose dérobée et les circonstances, il est puni plus ou moins sévèrement, par la mort, par le bannissement, par les galères, par le fouet ou par la marque d'un fer rouge. (Lantin de Damerey.)

Note 60, pages 216-217.

Vers 7682-7719. Tarse, ancienne capitale de la Cilicie, près de l'embouchure du Cydnus dans la Méditerranée. C'est là qu'Alexandre faillit périr après s'être baigné dans les eaux glacées du Cydnus. Cette ville fait aujourd'hui partie du pachalik d'Adana.

Note 61, pages 218-219.

Vers 7714-7750. Cette comparaison et la pensée qui précède sont assez obscures, ou tout au moins fort mal présentées. L'auteur veut dire: Jalousie prétend garder pour elle seule Bel-Accueil et ses charmes, comme l'avare son or; c'est sottise. En effet, qui obtient les faveurs d'une femme ne fait tort à personne. Allumer sa chandelle à celle d'un autre, est-ce lui faire tort? Pour un peu, Jehan de Meung dirait: Séduire la femme, c'est faire beaucoup d'honneur au mari. Mais il se contente d'affirmer que ce n'est pas lui faire tort, les charmes de la femme n'augmentant point à ne pas servir, pas plus que l'or au fond d'un sac. Petite économie!

[p.425]

Note 62, pages 218-219.

Vers 7737-7771. (Voir la note 17 du tome I.)

Ici Jehan de Meung recommande de donner des chapeaux de fleurs, pour se rendre favorables les geôliers de Bel-Accueil. C'est sans doute de ce bon vieux temps dont parle Clément Marot, Rondeau du siècle antique:

Où un bouquet donné d'amour profonde,
C'étoit donné toute la terre ronde.

Alors, comme le remarque Coquillart dans ses droits nouveaux:

On aimoit pour un tabouret,
Pour un espinglier de velours,
Sans plus pour un petit touret.

Il en coûtoit peu en ce temps-là pour donner à sa maîtresse des marques de galanterie,

Car seulement au coeur on se prenoit,

comme le dit Marot au rondeau déjà cité. (Lantin de Damerey.)

Note 63, pages 220-221.

Vers 7756-7792.

Interdum lacrymae pondera vocis habent.
(Ovid., Epist. ex P., lib. III, I, car. 15B.)

[p.426] Note 64, pages 220-221.

Vers 7760-7796. Voici encore un des conseils d'Ovide, pour tromper les femmes trop crédules:

Et lacrymae prosunt; lacrymis adamenta movebis
Fac madidas videat, si potes, illa genas.
Si lacrymae (neque enim veniunt in tempore semper)
Deficient, udd lumina tange manu.
(Ovid., De Arte amandi, lib. I, 659.)

(Lantin de Damerey.)

Note 65, page 222.

Vers 7800. Je n'ai trouvé dans aucun des manuscrits que j'ai consultés le mot baron, qui se lit dans toutes les éditions de cet ouvrage. (Méon.)

Note 66, page 228.

Vers 7891 et 7892.

C'est li faillir envis peisibles,
Tant est noviaux delis possibles.

Traduction:

On peut échouer, malgré tout, mais paisiblement,
Tant le plaisir qu'on poursuit est possible.

Le sens de ce distique est assez obscur, et il semble que les éditeurs aient pris à tâche de l'obscurcir encore davantage.

En effet, Méon termine le premier vers par envis possibles, et le second par délis peisibles. Dans l'impossibilité où nous nous trouvions de traduire ces [p.427] deux vers d'une façon satisfaisante, nous avons consulté plusieurs éditions. La première en date, Jehan Dupré, de la fin du XVe siècle, termine le premier vers par envis passibles, le second par delis possibles. Le sens est plus obscur que jamais. Marot termine le premier vers par envis peisibles, et le second par delis possibles. Enfin, M. Francisque Michel copie Méon, se contentant de mettre en marge la traduction de envis, malgré eux, et de delis, jouissance. Nous avons adopté la version de Marot comme la plus intelligible. Toutefois, à ceux qui ne partageraient pas notre opinion, nous offrons la variante suivante:

On risque, il est vrai, de faillir,
Mais pour paisiblement jouir.



Note 67, page 234.

Vers 8010. Acertes. Nous ne savons pourquoi M. Francisque Michel écrit à certes.



Note 68, pages 236-237.

Vers 8030-8070.

Arguet, arguito; quicquid probat illa, probato;
Quod dicit, dicas: quod negat illa, neges.
Riserit, arride; si flebit, flere memento.
(Ovid., De Art. am., lib. II, 199.)