Note 69, pages 238-239.

Vers 8070-8110.

Seu ludat numerosque manu jactabit eburnos,
Tu male jactato, tu male jacta dato.
[p.428] Seu jacies talos, victam ne paena sequatur,
Damnosi facito sient tibi saepe ranes.
Sive latrocinii sub imagine calculus ibit,
Fac pereat vitro miles ab hoste tuus.
(Ovid., De Arte am., lib. II, 203.)

Note 70, pages 240-241.

Vers 8085-8126.

In gremium pulvis si fortè puellae
Deciderit, digitis excuctentus erit.
Et si nullus erit pulvis, tamen excute nullam.
(Ovid., Ibid., lib. I, carm. 149.)

Note 71, pages 246-247.

Vers 8170-8210. Roland, neveu de l'empereur Charles-Magne, se rompit une veine en sonnant de son cor, que l'on entendoit à plus de sept lieues, ce qui contribua autant à sa mort que la soif ardente qu'il ne put étancher, ayant trouvé que le ruisseau dans lequel il alloit puiser de l'eau avec son armet étoit tout rouge de sang. (Suite de Roland-le-Furieux.) Il mourut dans la vallée de Roncevaux, entre Pampelune et Saint-Jean-Pied-de-Port, dans le royaume de Navarre. (Lantin de Damerey.)

Note 72, pages 246-247.

Vers 8172-8212. Guenelon, Ganelon, ou Ganes. C'est dans les romans le nom d'un traître qui, pour de l'argent, livra l'armée des François à Marsille, [p.429] roi des Sarrazins, et fut cause de leur défaite à Roncevaux.

Charles-Magne, informé de cette trahison, envoya Ganelon à Aix-la-Chapelle, où il fut écartelé. (Du Haillan, Histoire des rois de France.)

Du Tillet, dans son Recueil des rois de France, page 261, édition de 1618, «raconte autrement l'avanture de Ganelon, dont il fait un archevêque de Sens, qui prit, par grande ingratitude, et contre son serment de fidélité, le parti de Louis, roi de Germanie, en l'invasion qu'il fit du royaume de France contre Charles-le-Chauve. Celui-ci l'accusa du crime de lèze-majesté au Concile de l'Eglise gallicane, assemblé de douze provinces au forsbourg de Toul en Lorraine, l'an 859, et de lui est tournée en proverbe «la trahison de Ganelon,» non de la défaite de Roncevaux, qui, comme récite Éghinard en la vie de Charles-Magne, advint par la charge que les Basques (lors appelés Gascons), étant en embûche, donnèrent à l'arrière-garde de l'armée de Charles-Magne, où véritablement moururent: Anséaume, maire du Palais; Eghard, grand-maître de France, et Rutland, amiral de Bretagne, lequel n'était neveu dudit Charles-Magne, car il n'eut qu'une soeur, madame Gisle de France, dès sa jeunesse religieuse. N'eurent les Basques que leur cupidité pour guide, sans intelligence dans l'armée des François; la surprinse fut pour l'avantage du lieu que lesdits Basques choisirent. La postérité ignorant l'infidélité dudit archevêque, et ayant le proverbe ancien, a composé la fable de Gannez, écrite ès romans.» (Lantin de Damerey.)

[p.430]

Note 73, pages 254-255.

Vers 8296-8337.

Non habet undé suum paupertas pascat amorem.
(Ovid., Remed, am., V. 749.)

Note 74, pages 256-257.

Vers 8314-8354.

Felix quem faciunt aliena pericula cautum.

Note 75, page 256.

Vers 8315.

Vaillans hons suel estre clamés.
Vaillant homme j'ai coutume d'être nommé.

Évidemment la version de Méon est mauvaise. Suel est la première personne de l'indicatif présent. La suite de la phrase prouve qu'il faudrait l'imparfait. Aussi préférons-nous la version des éditeurs des XVe et XVIe siècles, qui mettent:

Vaillans soulois estre clamés.

Note 76, pages 264-265.

Vers 8463-8509. Pyrithoüs, fils d'Ixion, fut roi des Lapithes; il étoit ami intime de Thésée. Étant allé, accompagné de ce héros, pour enlever la femme du roi des Molossiens, ce prince, qui n'entendoit pas raillerie sur cet article, le fit dévorer par ses chiens.

[p.431]

J'ai vu Pyrithoüs, triste objet de mes larmes,
Livré par ce barbare à des monstres cruels
Qu'il nourrissoit du sang des malheureux mortels.
(Racine, Phèdre, acte III; scène V.)

(Lantin de Damerey.)

Note 77, pages 266-267.

Vers 8501-8547. Ce que Jehan de Meung remarque sur la foi qu'on doit ajouter aux témoignages des mendians est tiré du Digeste:

Testium fides diligenter examinanda est, ideoque explorandum est si conditio, etc. An locuples, vel egens sit velucri causâ quid facile admittat. (Lib. XXII, tit. 5, lege Julia.) Cavetur ne in reum testimonium dicere liceret qui, etc.; et qui palam quoestum faciet fuerit ve. (Lege eâdem.)

Lucri causa moveri egenus facile praesumitur. (Cicero pro Fonteio.)

En effet, une personne dans l'indigence est plus facile à corrompre que celle qui est riche. (Lantin de Damerey.)

Note 78, pages 268-269.

Vers 8515-8562. Les galans qui ne voudront pas se ruiner auprès des femmes trouveront ici de quoi leur faire des présents à bon marché. Ovide, qui étoit un vieux routier en fait d'amour, apprend la manière de donner beaucoup et à peu de frais:

Nec dominam jubeo pretioso munere dones;
Parva, sed è parvis callidus apta dato
Dum bené dives ager, dum rasni pondere nutant,
Afferat in calatho rustica dona pucri:
[p.432] Rure suburbano poteris tibi dicere missa,
Illa tibi in sacrâ sint licet emptu viâ.
Afferat aut uvas, aut quas Amaryllis habebat;
At nunc castantas, nunc amat illa nuces.
(De Art. am., lib. II, 261.)

Voilà les présens de l'été. Il y a apparence que ceux de l'hiver n'étoient pas plus considérables. (Lantin de Damerey.)

Note 79, pages 268-269.

Vers 8532-8578. Jorroises. Je crois qu'il ne faut point mettre de virgule après beloces ni après d'avesnes; en ce cas-là, le sens seroit: bouquet d'avoine qui vient dans les terres appelées jorroises. Les paysans en Bourgogne donnent le nom de boulée à des raisins attachés en boule, dont ils font des présens, pendant la vendange, aux gens de leur connoissance qui n'ont point de vignes; ainsi beloces, d'avesne, ou boulaces, comme je l'ai lu dans un manuscrit, signifieroit une poignée d'avoine avec sa paille, ramassée en une espèce de bouquet ou de boule. Les anciens disoient une boulée de clés, parce qu'alors elles étoient attachées par un cordon à une boule de bois. Cette explication de beloces n'est qu'une conjecture, mais je la crois soutenable, en ce que Jehan de Meung ayant parlé de prunes au vers 8528, il étoit fort inutile d'en parler quatre vers plus bas.

A l'égard de jorroises, où le manuscrit Bouhier met jorreuses, qui se rapporte à avoine, Du Cange, au mot joria, donne à entendre que c'est le nom d'une terre destinée à rapporter de la graine; ainsi, [p.433] avesnes, jorroises ou jorreuses seroient des avoines crues dans un champ propre pour cette espèce de graine. (Lantin de Damerey.)

Note 80, pages 270-271.

Vers 8548-8594.

Biaux dons soustienneat maint bailli
Qui fussent ore mal bailli.

Traduction littérale: «Beaux dons soutiennent maints baillis qui seraient aujourd'hui mal gardés ou mal-lotis.» Le jeu de mots est intraduisible. On peut interpréter ces vers de deux manières: «1° Beaux dons soutiennent maints baillis, maints juges, qui, sans eux, ne pourraient mener si grand train qu'ils font d'ordinaire;» «2° Beaux dons soutiennent les juges prévaricateurs qui, sans eux, seraient dès longtemps punis comme ils le méritent.» (P.M.)

Bailli, c'est-à-dire gardien. Le grand bailli et le sénéchal étaient une même chose, tous deux gardiens et conservateurs des biens du peuple, contre les vexations des juges ordinaires. On disoit aussi bail, et dans Ville-Hardouin on trouve bals, dans le même sens. Bailli vient de bajulus, par corruption de bailus et balius. (Lantin de Damerey.)

Note 81, pages 270-271.

Vers 8556-8602.

Omnia sumpta ligant.

[p.434]

Note 82, pages 272-273.

Vers 8579-8624.

Nec minor est virtus, quam quaerere, parta tueri.
(Ovid., De Art. am., lib. II, 13.)

Note 83, page 272.

Vers 8595. Mal-feu, mal-fu, mah-flambe. «Que le mal-feu vous arde! que le mal-feu vous brûle!» Imprécation fort usitée dans les XIIe, XIIIe et XIVe siècles, qui a tiré son origine d'une maladie épidémique dont les Parisiens furent attaqués sous Louis VI, en 1131, et que l'on nomma la maladie des ardents, et ensuite le charbon. Ceux qui en étoient attaqués mouroient sur le champ. On eut recours aux prières, et on porta processionnellement la châsse de sainte Geneviève à l'église de Notre-Dame; tous les historiens sont d'accord que cette relique, étant dans la rue Neuve-Notre-Dame, cette maladie cessa. En mémoire de ce miracle, on édifia au même endroit une église sous le nom de Sainte-Geneviève-des-Ardents, qui fut érigée en paroisse. Elle fut détruite en 1747 et réunie en la paroisse de la Magdelaine, en la Cité. On fait la fête de la commémoration de ce miracle le 26 novembre. (Lantin de Damerey.)

[p.435]

Note 84, pages 274-275.

Vers 8605-8649.

Unus Iberinoe vir sufficit? Ocyus illud
Extorquebis, ut haec oculo contenta sit uno.
(Juvénal, Satyre VI, v. 53.)

Note 85, pages 276-277.

Vers 8664-8708. Besans, besens. C'étoient des pièces d'or de la valeur de dix sols, suivant l'évaluation faite par Du Cange, en parlant de la rançon de saint Louis, où il dit que le marc d'argent valoit huit besans en or, et quatre livres, ou quatre-vingt-dix sous en argent, d'où il résulte que chaque besant valoit dix sous. Cette monnoie étoit appelée ainsi parce qu'elle avoit commencé d'avoir cours dans la ville de Byzance. (Lantin de Damerey.)

Note 86, pages 276-277.

Vers 8669-8712. A partir de ce vers jusqu'au vers 10011, ce passage a évidemment été rajouté après coup. Le lecteur est assez embarrassé, du reste, en retrouvant la suite des préceptes d'Ami, après 1331 vers de leçons buissonnières. On ne saurait attribuer ce passage à des copistes, puisque nous y trouvons le fameux distique qui faillit, suivant Thévet, coûter si cher à notre poète. Si cette anecdote n'est pas prouvée, elle fait supposer que jamais personne n'a songé à contester à Jehan de Meung la paternité de cette partie du Roman. Il en est de même du passage signalé à la note 31 du présent [p.436] volume. On verra, par ces deux exemples, combien maître Jehan mettait de négligence dans ces rajustements; nous verrons dans le volume suivant qu'il a poussé le sans-gêne jusqu'à intercaler un passage, à peu près de la taille des deux ci-dessus, au milieu même d'une phrase!

Note 87, page 278.

Vers 8701. Luz, brochet, du latin lucius. C'est le tyran des poissons; car il dévore, non seulement ceux d'une espèce différente de la sienne, mais les brochetons ses confrères n'échappent point à sa voracité.

Lucius est piscis, rex aique tyrannus aquarum,

dit l'école de Salerne.

Albert-le-Grand prétend que le brochet ne fait point de mal à la perche, à cause que les écailles de son dos sont trop piquantes; il veut même qu'il y ait entre ces deux poissons une espèce de sympathie, et que, lorsque le brochet a reçu quelque blessure, il va auprès de la perche qui le guérit en le touchant. (In: Commentario scholae Salernae.) (Lantin de Damerey.)

Note 88, pages 278-279.

Vers 8704-8748. Graine. M. Francisque Michel traduit: cochenille. Ce qu'on appelle «graine de cochenille,» encore aujourd'hui, est l'insecte employé pour la teinture. Quoiqu'il existe, de tout temps, un insecte de la même famille (kermès) dont les Orientaux [p.437] et les Provençaux teignent les étoffes, l'usage de la cochenille ne fut importé du Mexique en Europe qu'au XVIe siècle, et nous pensons que la traduction de graine par cochenille, si savante qu'elle soit, est plus qu'aventurée ici.

Note 89, page 280.

Vers 8714-8716. Ces deux vers sont faux; ils ont un pied de trop. Du temps de Jehan de Meung «avoient» comptait pour trois pieds dans le corps du vers.

Note 90, pages 282-283.

Vers 8769-8811.

Non bene conveniunt, nec in unâ sede movantur
Majestas et amor.
(Ovide, Métamorph., lib. II, v. 8 et 9.)

Note 91, pages 284-285.

Vers 8796-8836. Male-semaine. C'est l'époque des menstruations de la femme.

Note 92, pages 286-289.

Vers 8831-8877.

A cui parés-vous ces chastaignes?

Il nous a été impossible de rien découvrir sur l'origine et le sens de ce proverbe. Un instant cependant nous avons eu une lueur d'espoir, en lisant [p.438] la note de M. Francisque Michel, qui nous renvoyait au mot Chastaigne, dans ses Études de philologie comparée sur l'argot. Vite nous faisons l'acquisition de ce volume, et nous lisons: «Peler chastaignes, avoir du bien-être. Puis, ajoute l'auteur, l'expression: parer chastaignes, qui est peut-être plus ancienne, paraît avoir un autre sens.» Suivent, sans plus, les deux vers du Roman de la Rose où figure ce proverbe!

Note 93, pages 288-289.

Vers 8855-8899. Nous avons eu un instant l'idée de conserver chapel et appel. Nous nous sommes, en fin de compte, arrêté à chapeau et appeau. En effet, chapel et chapeau sont à peu près synonymes, tandis qu'appel et appeau ont un sens trop tranché aujourd'hui pour pouvoir se mettre indifféremment l'un pour l'autre.

Note 94, pages 290-291.

Vers 8867-8911. (Voir la note 18 du tome I.)

Note 95, pages 290-291.

Vers 8886-8932. (Voir la note 39 du présent tome.)

Note 96, pages 290-291.

Vers 8887-8935. Théophraste, natif d'Erèse. Il étoit fils de Mélanthe le Foulon. Il fut disciple de Leucippe, puis de Platon, et enfin d'Aristote. Il [p.439] s'attacha à ce dernier, et il devint son successeur au Lycée. Aristote lui changea son nom de Tyrtame en celui de Théophraste, à cause de son éloquence, qui avoit quelque chose de divin. Théophraste composa près de deux cents volumes, dont la plupart sont perdus. Voilà à peu près ce qu'en dit Diogène Laërce.

L'ouvrage le plus connu de Théophraste est son Traité des caractères, traduit par La Bruyère; ce sont eux qui ont servi de modèle à ceux qu'il a donnés sous le titre: Caractères de ce siècle, qui sont autant de satires contre les François, à l'imitation de Théophraste, qui n'avoit point épargné les Athéniens dans les portraits qu'il en avoit faits.

Dans l'édition de 1613, faite à Leyde, des oeuvres de Théophraste, on ne trouve point le Traité des noces, où Jehan de Meung a puisé la meilleure partie de ce qu'il a dit sur cette matière: c'est apparemment un de ces ouvrages qui ont été perdus. Jean de Sarrisbery, évêque de Chartres, en a fait mention dans son Polycraticon, lib. VIII, cap. XI, où il dit: Fertur authore Hieronimo, aureolus Theophrasti liber de Nuptiis, in quo quaerit an vir sapiens ducat uxorem; et cum dissinisset, si pulchra esset, si bene morata, si honestis parentibus orta; si ipse sanus et dives, sic sapientem aliquando inire matrimonium, statim intulit: Haec autem raro in nuptiis amcordant universa. Non est igitur uxor amenda sapienti. Théophraste en allègue les raisons, que l'auteur du Roman de la Rose a fort bien expliquées dans ce qu'il dit contre le mariage.

Les Romains, les Spartiates, les Grecs et Lycurgue ont pensé sur cet article tout autrement que Théophraste, puisque parmi eux il y avoit des récompenses pour ceux qui se marioient, et des peines [p.440] contre ceux qui passoient leur vie dans le célibat. (Voyez Alexandrum in Alexandro.) (Lantin de Damerey.)

Note 97, pages 294-295.

Vers 8958-9004. Il est curieux de rapprocher ici Voltaire de son devancier. Dans le roman de l'Ingénu, la belle Saint-Yves meurt de douleur, ne pouvant surmonter la honte d'avoir obtenu la délivrance de son amant au prix de sa vertu. Elle lui avoue sa faute au moment d'expirer, et il s'écrie: «Qui? vous coupable! Non, vous ne l'êtes pas! Le crime ne peut être que dans le coeur; le vôtre est à la vertu et à moi.»

Note 98, pages 300-301.

Vers 9038-9084.

Rara avis in terris, nigroque simillima cygno.
(Juvénal, Satyr. VI, carm. 164.)

Note 99, pages 300-301.

Vers 9043-9089.

....Tarpeium limen adora
Pronus, et auratum Junoni coede juvencam;
Si tibi contigerit capitis matrona pudici.
(Ibit., carm. 47.)

Vache dorée. Avant de la conduire au sacrifice, les anciens lui doroient les cornes, sans doute pour la rendre plus précieuse à leurs divinités. (Lantin de Damerey.)

[p.441]

Note 100, pages 302-303.

Vers 9069-9115.

....Uxorem, Posthume, ducis?
Die quâ Tisiphone, quitus exagitare colubris?
Ferre potes dominam salvis tot restibus ullam,
Cùm pateant altae caligantesque fenestrae,
Cùm tibi vicinum se praebeat Aemilius pons.
(Satyra VI, vers. 28 et seq.)

Note 101, pages 302-303.

Vers 9077-9123. Phoronée, second roi d'Argos, succéda à son père Inachus l'an du monde 1228, 1807 ans avant J.-C. Ce fut lui qui rassembla dans la ville d'Argos les Argiens dispersés, et leur donna des lois.

Le déluge d'Ogygès arriva de son temps. C'est le plus ancien roi grec dont l'histoire nous apprend quelque chose de certain. (Moréri.)

Note 102, pages 302-303.

Vers 9091-9137. Pierre Abailart. Ses amours avec Héloïse n'ont pas moins contribué à le rendre célèbre dans l'histoire que sa profonde érudition, qui l'a mis au nombre des plus grands docteurs du XIIe siècle. Innocent II l'appeloit Magistrum Petrum, à cause de sa science.

Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, fit pour honorer la mémoire de ce savant homme une épitaphe dont voici les deux derniers vers:

[p.442]

Est satis in titulo, Petrus jacet Abeilardus,
Cui soli patuit scibile quicquid erat.

Victime infortunée de l'amour et de ses ennemis, il mourut l'an 1142, le 21 avril, âgé de 63 ans. Il fut enterré à Saint-Marcel, abbaye située près de Châlons-sur-Saône. (Lantin de Damerey.)

NOTA. Son tombeau a été transféré de cette abbaye au Musée français, dans l'an VIII. (MéON.)

Note 103, pages 308-309.

Vers 9164-9210. Saint Julien, surnommé l'Hospitalier, vivoit au IVe siècle; les pèlerins s'adressoient à lui pour avoir un bon gîte. La Fontaine, dans le conte intitulé: l'Oraison de saint Julien, a mis heureusement en oeuvre la confiance qu'on avoit en ce saint. (Lantin de Damerey.)

Note 104, pages 308-309.

Vers 9166-9212. Saint Léonard, vulgairement appelé saint Liénard, mort vers le milieu du VIe siècle, près de Limoges, employoit à racheter les captifs le produit de la terre que lui avoit donnée Théodebert, roi d'Austrasie, à qui le Limousin obéissoit alors.

Note 105, page 308.

Vers 9177. Ataïne, querelle, chagrin, fâcherie, jalousie, animosité. Ataïneux, querelleur. Ataïner, quereller, chagriner, faire de la peine. Vient du grec ατη,[p.443] qui est le nom d'une déesse que l'on nomme en françois Atè. Elle est de l'invention d'Homère. C'est à elle qu'étoit confié le soin d'exciter parmi les hommes les noises et les querelles.

Rabelais s'en est souvenu dans ses Fanfreluches antidatées:

Maugré Até à la cuisse héronnière.

En Bourgogne, les paysans disent étener pour fatiguer jusqu'à l'excès, ce qui est une corruption d'ataïner. (Lantin de Damerey.)

Note 106, page 308.

Vers 9193. Druerie. Drue, au masculin dru, se prenoit autrefois pour féale, amie; mais du temps de saint Louis on prit ce terme en mauvaise part, et on l'appliqua aux amours déshonnêtes. On en fit autant du substantif druerie, qui signifioit: fidélité, amitié, courtoisie, amour, galanterie. Druë ou druhe, étoit aussi la même chose que jeune femme. Si quis puellam quae druhie dicitur, ad maritum in viâ adsalierit, et cum ipsa violenter Maechatus fuerit, viij denar. culpabilis judicetur. (Tit. 14, legis salicae, art. 10.) (Lantin de Damerey.)

Note 107, pages 314-315.

Vers 9273-9321. Alcibiade, un des grands capitaines de la Grèce. Il fut le plus bel homme de son siècle; voilà pourquoi Jehan de Meung en fait mention. Ce qu'il en dit est pris du troisième livre de la Consolation de Boëce,[p.444] son auteur favori. Quod si ut Aristoteles ait linceis oculis homines uterentur, ut eorum visus obstentia penetrarent. Nonne introspectis visceribus illud Alcibiadis superficie pulcherrimum corpus, turpissimum videretur? (Lantin de Damerey.)

Note 108, pages 314-315.

Vers 9288-9336.

Lis est formâ magna pudicitiae.
(Ovid., Épist. XVI, carm. 288.)

Note 109, page 316.

Vers 9310. A vertus, traduction littérale, à force. M. Francisque Michel met à vertus une majuscule. On serait donc forcé de traduire: «Forcent Chasteté de servir à Vertu leur dame, qui a en horreur les honnêtes femmes.» Ce serait un contre-sens et une absurdité.

Note 110, pages 320-321.

Vers 9364-9416.

Spectatum veniunt, veniunt specientur ut ipsae.
(Ovid., De Art. am., lib. I, carm. 99.)

Note 111, pages 326-327.

Vers 9465-9525. Saint Arnoult. Baillet, au tome II de la Vie des Saints, en admet trois qui portèrent ce nom. Le premier, contemporain de saint Remi, au VIe siècle, laissa, dit-on, sa femme vierge; elle étoit [p.445] nièce de Clovis. Saint Arnoult fit plusieurs pèlerinages, et fut enfin assassiné par des anciens valets de sa femme, irrités de ce qu'il lui avoit fait prendre le voile des vierges consacrées à Dieu. D'autres traditions portent que des voleurs, fâchés de ne lui avoir point trouvé d'argent, l'avoient battu cruellement, et qu'il étoit mort de ses blessures. On l'a mis au rang des martyrs, et l'Église célèbre sa fête, dans le diocèse de Reims, le 18 de juillet.

L'autre saint Arnoult, qui fut marié, vivoit vers l'an 580. Il avoit épousé une fille nommé Dode, dont il eut deux enfants. Elle prit dans la suite le voile dans un monastère de Trèves, et saint Arnoult mourut évêque de Metz, environ l'an 640.

Je ne prétends pas décider lequel de ces deux saints doit être le Seigneur des coux ou cocus. Peut-être Jehan de Meung a-t-il cru qu'il suffisoit d'être marié pour être de cette confrairie, et qu'en réduisant à l'acte la possibilité, une pareille hypothèse n'auroit rien d'absurde. Cet auteur étoit d'ailleurs assez prévenu contre le beau sexe, pour ne point aller chercher bien loin des explications à son passage.

Coquillart a pensé ainsi que Jehan de Meung sur le compte de saint Arnoult; voici comment il s'en explique au monologue des perruques:

Coquins, niays, sots, joquesus,
Trop tost mariéz en substance,
Seront tous menés au-dessus
Le jour Sainct Arnoult à la dance.

Saint Vincent Ferrières n'adopte point le sentiment de Jehan de Meung sur le patron des cocus; car dans son sermon sur la luxure, il fait mention de deux autres en ces termes:

[p.446] Fuit mercator; et cùm ejus uxor esset mortua, venerunt amici et parentes ut darent sibi uxorem. Dixit eis quod nolebat, quia vel dabitis uxorem juvenem vel antiquam. Si juvenem habeam, spernet me cùm sim antiquus, et timeo quod faceret me de confratriâ sancti Cuculli: si autem antiquam accipiam, ego sum antiquus et calvus, et sic unus non poterit juvare aliam. Dixerunt amici: Compater, non curetis quia non dabimus vobis uxorem antiquam, sed juvenem; et si faciat vos de confratriâ cucullorum, facietis de confratriâ sancti Lucae. (Lantin de Damerey.)

Note 112, pages 326-327.

Vers 9470-9530. Hurtebillier. Ce mot, dont le sens n'échappera à personne, ne pouvait se traduire que par un mot emprunté à l'argot de la populace. Nous avons cru prudent de le reproduire simplement. Au surplus, la racine en est fort douteuse. Doit-on voir dans hurtebillier un composé de hurter et de bille, hurter du bâton, de la verge? Cette version nous avait séduit tout d'abord, et nous avions mis: «Toutes se font recheviller.» Mais au dernier moment nous nous sommes décidé à conserver le mot de Jehan de Meung.

Note 113, pages 326-327.

Vers 9478-9540. Rafaitier. Il y a de l'apparence que le métier que Juvénal appelle refattier est far l'atto venereo. Cet acte, selon le même auteur cité par Jehan de Meung, est le moindre des crimes que la force du tempérament fait commettre aux femmes.

[p.447] Faciunt graviora coactae
Imperio sexus, minimunque libidine peccant.
(Satyra VI, carm. 134 et 135.)

Une autre raison en faveur de mon explication, c'est que la Vieille, qui raconte à Bel-Accueil comment un homme qu'elle aimait éperdument la battoit et la maltraitait, dit:

Jà tant dit honte ne m'éust,
Que de pez ne m'amonestast,
Et que lors ne me rafaistast
Si r'avions et pez et concorde.

Ovide, qui étoit maître en l'art d'aimer, nous apprend que c'est là le moyen le plus sûr pour apaiser une femme irritée.

Pax omnis in uno concubitu
Cùm bene saevierit, cum certa videbitur hostis,
Tunc pete concubitus foedera, mitiserit.

(Lantin de Damerey.)

Nous avons traduit rafaitier par forniquer. Que le lecteur nous pardonne l'emploi de ce mot un peu trop ... comment dire? un peu trop sacré ... non, un peu trop liturgique; mais nous avons pensé que le mot péché, qui se trouve à la ligne suivante, nous y autorisait dans une certaine mesure. (P.M.)

Note 114, pages 328-329.

Vers 9490-9552. La réponse que fit Jehan de Meung aux dames de la Cour, offensées avec raison d'une sentence si injuste, est tirée d'un livre italien, intitulé: Cento novelle Antich. A Guilielmo di Bergdam. C'est le Guilhem de Bargemon, gentilhomme [p.448] et poète provençal du temps de Raimond Béranger, et par conséquent plus ancien que Jehan de Meung. Jean de Notre-Dame a fait mention de Guilhem ou Guillem au chapitre 48 des poètes provençaux.

Le mot, que l'on donne à l'un et à l'autre, est une imitation un peu forcée de celui de J.-C. pour sauver la femme adultère. (Voyez le Menagiana de 1715, tome IV.)

Note 115, pages 330-331.

Vers 9530-9592.

Quem non mille ferae, quem non Sthenelius hostis
Non potuit Juno vincere, vincit amor.
(Dejanira Herculi, Heroïdum.)

Note 116, pages 330-331.

Vers 9537-9601. Yolé, fille d'Eurite, roi d'Oecalie. Hercule en devint amoureux, et emmena cette princesse prisonnière, après avoir tué son père qui la lui avoit refusée en mariage. Il la donna dans la suite à son fils Hillus. (Lantin de Damerey.)

Note 117, pages 332-333.

Vers 9555-9619. Pestel, bâton. M. Francisque Michel s'est cru autorisé à remplacer ce mot par pestax, avant-bras, pilon. Nous trouvons cette version beaucoup trop savante, d'autant plus qu'à la fin du présent chapitre, le mari menace sa femme d'un bâton (pestel) et d'une lance, hallebarde, ou simplement broche (haste).

[p.449]

Note 118, page 332.

Vers 9570. Pautonier. Autrefois on appeloit ainsi un homme qui n'a point de profession fixe, qui est prêt à tout faire, qui est employé par le premier venu aux ouvrages les plus abjects, même à faire de mauvaises actions, un bandit, un scélérat, un homme qui court et fréquente les femmes de mauvaise vie, qui les soutient; homme prêt à tous événements, disposé et prêt à maltraiter quelqu'un, même à l'assassiner; un homme de mauvaise vie, de mauvaises moeurs, dérangé dans ses habitudes, un crocheteur, un portefaix, même un bedeau, ou bedel, qui, dans les siècles reculés, étoient des gens préposés pour arrêter les malfaiteurs, qui les conduisoient en prison et au supplice, ce que font aujourd'hui les archers. C'étoit un valet de bourreau.

Note 119, pages 334-335.

Vers 9588-9652. Ce vers et le précédent, ayant été oubliés par le compositeur dans l'édition de M. Francisque Michel, celui-ci, trop scrupuleux, les a intercalés deux pages plus loin, au beau milieu d'une phrase, où ils ne signifient absolument rien.

Note 120, pages 336-337.

Vers 9642-9708. Solers à liens, decopez à las, c'est-à-dire lacés. Benoît Baudoin, d'Amiens, a fait un traité sur les souliers, sous le titre De Calceo antiquo et mystico, où il remarque que Dieu donnant à Adam [p.450] des peaux de bêtes pour se couvir, il ne le laissa point aller les pieds nus; que dans la suite des temps on fit des souliers de genêt, de papier, c'est-à-dire de la plante dont on tiroit le papier qui croissoit en Égypte. Il y avoit des souliers de lin, de soie, de bois, de fer, d'argent et d'or. Ils ont souvent changé pour la figure, pour les ornements et pour la couleur; il y a eu des souliers longs, des souliers unis, et d'autres qui étoient tailladés et découpés.

On lit au livre VII des Antiquités françoises du président Fauchet que les moines de Saint-Martin de Tours, vivant délicieusement, étoient vêtus de soie, et portoient des souliers, vitrei coloris (ce dit l'abbé Odon). Un autre dit des mirouers à leurs souliers, pour contempler leurs beaux habits, même dans l'église. (Lantin de Damerey.)