«Je vois son sourire, à travers le brouillard des 730 jours passés depuis que je l'ai vu, et par-dessus les 10 000 kilomètres qui nous séparent.

Maintenant je vis dans une petite campagne, dans une chétive maison, avec ma femme et mon chien. Je plante des légumes, j'arrache la mauvaise herbe, qui repousse sans cesse. Toute mon énergie et toutes mes journées se dépensent à arracher, arracher, arracher... Peut-être cela tient-il à ma nature d'esprit, peut-être à ce temps imparfait. Mais je suis, pleinement heureux... Seulement, c'est bien triste, quand on ne sait qu'écrire, dans une occasion pareille!...»

Le petit Japonais a su, par ces simples lignes d'une humble vie heureuse, de sagesse et de labeur, réaliser beaucoup mieux l'idéal de Tolstoy et parler à son cœur que tous les doctes collaborateurs au livre du Jubilé[346].

*
*   *

En sa qualité de Russe, Tolstoy avait de nombreuses occasions de connaître les mahométans,—puisque l'empire de Russie en comptait vingt millions de sujets. Aussi tiennent-ils une large place dans sa correspondance. Mais ils n'y apparaissent guère avant 1901. Et ce fut, au printemps de cette année, sa réponse au Saint-Synode et son excommunication qui les lui conquirent. La haute et ferme parole traversa le monde musulman comme le char d'Élie. Ils n'en retinrent que l'affirmation monothéiste, où leur semblait se répercuter la voix de leur Prophète, et ils tâchèrent naïvement de l'annexer. Des Baschkirs de Russie, des muftis indiens, des musulmans de Constantinople lui écrivent qu'ils ont «pleuré de joie», en lisant le démenti public infligé par sa main à toute la chrétienté; et ils le félicitent de s'être enfin délivré «de la sombre croyance à la Trinité». Ils l'appellent leur «frère» et s'efforcent de le convertir tout à fait. Avec une comique inconscience, l'un d'eux, un mufti de l'Inde, Mohammed Sadig, de Kadiam, Gurdaspur, se réjouit de lui faire connaître que son nouveau Messie islamique (un certain Chazrat Mirza Gulam Achmed) vient d'anéantir le mensonge chrétien de la Résurrection en retrouvant au Kaschmir le tombeau de «Ijuz Azaf» (Jésus), et il lui en envoie une photo, avec le portrait de son saint réformateur.

On ne saurait imaginer l'admirable tranquillité, à peine teintée d'ironie (ou de mélancolie), avec laquelle Tolstoy reçoit ces étranges avances. Qui ne l'a point vu dans ces controverses ne connaît point la souveraine modération où sa nature impérieuse était arrivée. Jamais il ne se départit de sa courtoisie et de son calme bon sens. C'est l'interlocuteur mahométan qui s'emporte, qui lui prête, irrité, «un reste des préjugés chrétiens du moyen age[347]» ou qui, à son refus de croire en le nouveau Messie musulman, lui oppose la classification menaçante que le saint homme fait, en trois compartiments, des hommes recevant la lumière de la vérité:

«... Les uns la reçoivent par leur propre raison. Les autres par les signes visibles et les miracles. Les troisièmes par la force de l'épée. (Exemple: le Pharaon, à qui Moïse a dû faire boire la mer Rouge, pour le convaincre de son Dieu.) Car «le Prophète envoyé par Dieu doit enseigner au monde entier[348]...»

Tolstoy ne suit pas ses correspondants agressifs sur le terrain de combat. Son noble principe est que les hommes, aimant la vérité, ne doivent jamais appuyer sur les différences entre les religions et sur leurs manques, mais sur ce qui les unit et ce qui fait leur prix.—«C'est à quoi je m'efforce, dit-il, envers toutes les religions, et notamment envers l'Islam[349].»—Il se contente de répondre au bouillant mufti que «le devoir de quiconque possède un sentiment vraiment religieux est de donner l'exemple d'une vie vertueuse.» C'est là tout ce dont nous avons besoin[350]. Il admire Mahomet, et certaines de ses paroles l'ont ravi[351]. Mais Mahomet n'est qu'un homme, comme le Christ. Pour que le Mahométisme ainsi que le Christianisme deviennent une religion juste, il faudra qu'ils renoncent à la croyance aveugle en un homme et un livre; qu'ils admettent seulement ce qui est en accord avec la conscience et la raison de tous les hommes.—Même sous la forme mesurée dont il revêt sa pensée, Tolstoy s'inquiète toujours de ne pas froisser la foi de celui qui lui parle:

«Pardonnez si j'ai dû vous blesser. On ne peut pas dire la vérité à moitié. On doit la dire toute, ou pas du tout[352].»

Inutile d'ajouter qu'il ne convainc point ses interlocuteurs.

Du moins, il en trouve d'autres, mahométans éclairés, libéraux, qui sympathisent pleinement avec lui:—au premier rang, le célèbre grand-mufti d'Égypte, le cheikh réformateur Mohammed Abdou[353], qui lui adresse, du Caire, en 1904 (le 8 avril), une noble lettre, le félicitant de l'excommunication dont il était l'objet: car l'épreuve est la divine récompense pour les élus. Il dit que la lumière de Tolstoy réchauffe et rassemble les chercheurs de vérité, que leurs cœurs sont dans l'attente de tout ce qu'il écrit. Tolstoy répond, avec une chaude cordialité.—Il reçoit aussi l'hommage de l'ambassadeur de Perse à Constantinople, prince Mirza Riza Chan, délégué à la première conférence de la Paix, à La Haye, en 1901.

Mais il est surtout attiré par le mouvement Béhaïste (ou Bâbiste), dont il entretient constamment ses correspondants. Il entre en relations personnelles avec certains Béhaïstes, comme le mystérieux Gabriel Sacy, qui lui écrit d'Égypte (1901), et qui aurait été, dit-on, un Arabe de naissance, converti au Christianisme, puis passé au Béhaïsme. Sacy lui expose son Credo, Tolstoy répond (10 août 1901) que le «Bâbisme l'intéresse depuis longtemps et qu'il a lu tout ce qui lui était accessible à ce sujet»; il n'attache aucune importance à sa base mystique et à ses théories; mais il croit à son grand avenir en Orient, comme enseignement moral: «tôt ou tard, le Béhaïsme se fondra avec l'anarchisme chrétien.» Ailleurs, il écrit à un Russe qui lui envoie un livre sur le Béhaïsme qu'il a la certitude de la victoire «de tous les enseignements religieux rationalistes, qui surgissent actuellement des diverses confessions: Brahmanisme, Bouddhisme, Judaïsme, Christianisme». Il les voit allant toutes «vers le confluent d'une religion unique, universellement humaine[354]».—Il a le contentement d'apprendre que le courant béhaïste a pénétré en Russie, chez des Tatares de Kazan, et il invite chez lui leur chef, Woissow, dont l'entretien avec lui a été noté par Gussev (février 1909)[355].

Dans le livre du jubilé, en 1908, l'Islam est représenté par un juriste de Calcutta, Abdullah-al-Mamun-Suhrawardy, qui élève à Tolstoy un majestueux monument. Il l'appelle yogi et souscrit à ses enseignements de la Non-Violence, qu'il ne juge pas opposés à ceux de Mahomet; mais «il faut lire le Coran, comme Tolstoy a lu la Bible, sous la lumière de la vérité, et non dans la nuée de la superstition». Il loue Tolstoy de n'être pas un surhomme, un Uebermensch, mais le frère de tous, non pas la lumière de l'Occident ou de l'Orient, mais lumière de Dieu, lumière pour tous. Et, dans une lueur prophétique, il annonce que la prédication de Tolstoy pour la Non-Violence, «mêlée aux enseignements des sages de l'Inde, produira peut-être en notre temps de nouveaux Messies».

*
*   *

C'était de l'Inde en effet que devait sortir le Verbe agissant, dont Tolstoy fut l'annonciateur.

L'Inde était, en cette fin du XIXe siècle, et au début du XXe, en plein réveil. L'Europe ne connaît pas encore,—à part une élite de savants bien renseignés, qui ne sont pas très pressés de dispenser leur science au commun des mortels et se cantonnent volontiers dans leur coque linguistique, où ils se sentent à huis clos[356]—l'Europe est encore loin d'imaginer la prodigieuse résurrection du génie indien qui s'annonça dès les années 1830[357] et resplendit vers 1900. Ce fut une floraison éclatante et soudaine dans tous les champs de l'esprit. Dans l'art, dans la science, dans la pensée. Le seul nom de Rabindranath Tagore a, détaché de la constellation de sa glorieuse famille, rayonné sur le monde. Presque en même temps, le Vedantisme était rénové par le fondateur de l'Arya-Samâj (1875), Dayananda Sarasvati, celui qu'on a nommé le «Luther hindou»; et Keshub Chunder Sen faisait du Brahmâ-Samâj un instrument de réformes sociales passionnées et un terrain de rapprochement entre la pensée chrétienne et la pensée d'Orient. Mais, surtout, le firmament religieux de l'Inde s'illuminait de deux étoiles de première grandeur, subitement apparues,—ou réapparues après des siècles, pour parler selon le grand style de l'Inde, au sens profond[358]—ces deux miracles de l'esprit: Ramakrishna (1836-1886), le fou de Dieu, qui embrassait dans son amour toutes les formes du Divin, et son disciple, plus puissant encore que le maître, Vivekananda (1863-1902), dont la torrentielle énergie a, pour des siècles, réveillé dans son peuple épuisé le Dieu d'action, le Dieu de la Gitâ.

La vaste curiosité de Tolstoy ne les ignora point. Il lut les traités de Dayananda, que lui envoya le directeur de The Vedic Magazine (Kangra, Sakaranpur), Rama Deva. Dès 1896, il s'était enthousiasmé des premiers écrits parus de Vivekananda[359], et il savourait les Entretiens de Ramakrishna[360].—C'est un malheur pour l'humanité que Vivekananda, lors de son voyage d'Europe en 1900, n'ait pas été orienté vers Iasnaïa Poliana. Celui qui écrit ces lignes ne peut se consoler, en cette année de l'Exposition Universelle où le grand Swami passait à Paris, si mal entouré, de n'avoir pas été celui qui relie les deux voyants, les deux génies religieux de l'Europe et de l'Asie.

Ainsi que le Swami de l'Inde, Tolstoy était nourri de l'esprit de Krishna, «seigneur de l'Amour[361]». Et plus d'une voix de l'Inde le saluait comme un Mahâtmâ, un ancien Rishi réincarné[362]. Gopal Chetti, directeur de The New Reformer, qui se voua dans l'Inde aux idées de Tolstoy, le rapproche, en son écrit pour le Livre du Jubilé (1908), de Bouddhâ le prince qui renonça; et il dit que, si Tolstoy était né aux Indes, il eût été tenu pour un Avatara, un Purusha (incarnation de l'Ame universelle), un Sri-Krishna.

Mais le courant fatal du fleuve de l'histoire allait porter Tolstoy, du Rêve en Dieu des yogis au seuil de la grande action de Vivekananda et de Gandhi,—de l'Hind-Swaraj.

Détours étranges du destin! Le premier qui l'y conduisit fut l'homme qui, plus tard, devait devenir le meilleur lieutenant du Mahâtmâ indien, mais qui, en ce temps, était encore, comme Paul avant le chemin de Damas, le violent ennemi de ces pensées: C.-R. Das[363]... Est-il permis d'imaginer que la voix de Tolstoy a pu contribuer à le ramener à sa vraie mission?—A la fin de 1908, C.-R. Das était dans le camp de la Révolution. Il écrivit à Tolstoy, sans lui rien voiler de sa foi violente; il combattait, à visage découvert, la doctrine tolstoyenne de la Non-Résistance; et cependant, il lui demandait un mot de sympathie pour son journal, Free Hindostan. Tolstoy répondit une très longue lettre, presque un traité, qui, sous le titre de Lettre à un Indien, 14 décembre 1908, se répandit dans le monde entier. Il proclamait énergiquement la doctrine de la Non-Résistance et de l'Amour, en encadrant chaque partie de son argumentation dans des citations de Krishna. Il n'apportait pas moins de vigueur dans son combat contre la nouvelle superstition de la science que contre les anciennes superstitions religieuses. Et il faisait aux Indiens un reproche véhément de renier leur sagesse antique pour épouser l'erreur d'Occident.

«On pouvait espérer, disait-il, que, dans l'immense monde brahmano-bouddhiste et confucianiste, ce nouveau préjugé scientifique n'aurait point place, et que les Chinois, les Japonais, les Hindous, ayant compris le mensonge religieux qui justifie la violence, arriveraient directement à concevoir la loi de l'amour, propre à l'humanité, qui fut promulguée avec une force si éclatante par les grands maîtres de l'Orient. Mais la superstition de la science, qui a remplacé celle de la religion, envahit de plus en plus les peuples de l'Orient. Elle subjugue déjà le Japon et lui prépare les pires désastres. Elle se répand sur ceux qui, en Chine et dans l'Inde, prétendent, comme vous, être les meneurs de vos peuples. Vous invoquez, dans notre journal, comme un principe fondamental qui doit guider l'activité de l'Inde, l'idée suivante:

«Resistance to agression is not simply justifiable, but imperative; non-resistance hurts both altruism and egoism.»

«... Eh quoi! vous, membre d'un des peuples les plus religieux, vous allez, d'un cœur léger et confiant en votre instruction scientifique, abjurer la loi de l'amour, proclamée au sein de votre peuple, avec une clarté exceptionnelle, dès l'antiquité reculée!... Et vous répétez ces stupidités que vous ont suggérées les champions de la violence, les ennemis de la vérité, les esclaves de la théologie d'abord, ensuite de la science,—vos maîtres européens!

«Vous dites que les Anglais ont asservi l'Inde, parce que l'Inde ne résiste pas assez à la violence par la force?—Mais c'est tout juste le contraire! Si les Anglais ont asservi les Hindous, ce n'est que pour cette raison que les Hindous reconnaissaient et reconnaissent encore la violence comme principe fondamental de leur organisation sociale; ils se soumettaient, au nom de ce principe, à leurs roitelets; au nom de ce principe, ils ont lutté contre eux, contre les Européens, contre les Anglais... Une Compagnie commerciale—trente mille hommes, des hommes plutôt faibles—ont asservi un peuple de deux cents millions! Dites cela à un homme libre de préjugés! Il ne comprendra pas ce que ces mots peuvent signifier... N'est-il pas évident, d'après ces chiffres mêmes, que ce ne sont pas les Anglais, mais les Hindous eux-mêmes qui ont asservi les Hindous?...

«Si les Hindous sont asservis par la violence, c'est parce qu'eux-mêmes ont vécu de la violence, vivent à présent de la violence et ne reconnaissent pas la loi éternelle de l'amour, propre à l'humanité.

«Digne de pitié et ignorant l'homme qui cherche ce qu'il possède et ignore qu'il le possède! Oui, misérable et ignorant l'homme qui ne connaît pas le bien de l'amour qui l'entoure et que je lui ai donné!» (Krishna).

«L'homme n'a qu'à vivre en accord avec la loi de l'amour, qui est propre à son cœur et qui recèle en soi le principe de Non-Résistance, de Non-Participation à toute violence. Alors, non seulement une centaine d'hommes ne pourraient asservir des millions, mais des millions ne pourraient asservir un seul. Ne résistez pas au mal et ne prenez pas part à ce mal, à la contrainte de l'administration, des tribunaux, des impôts, et surtout de l'armée!—Et rien, ni personne au monde ne pourra vous asservir!»

Une citation de Krishna termine (comme elle a commencé) cette prédication de la Non-Résistance faite par la Russie à l'Inde:

«Enfants, levez plus haut vos regards aveuglés, et un monde nouveau, plein de joie et d'amour, vous apparaîtra, un monde de Raison, créé par Ma Sagesse, le seul monde réel. Alors, vous connaîtrez ce que l'amour a fait de vous, ce dont il vous a gratifiés et ce qu'il exige de vous.»

Or, cette lettre de Tolstoy tombe dans les mains d'un jeune Indien, qui était «homme de loi», à Johannesburg, en Sud-Afrique. Il se nommait Gandhi. Il en fut saisi. Il écrivit à Tolstoy, vers la fin de 1909[364]. Il lui annonçait la campagne de sacrifice, qu'il dirigeait depuis une dizaine d'années, dans l'esprit évangélique de Tolstoy[365]. Il lui demandait l'autorisation de traduire en langue indienne la lettre à C.-R. Das.

Tolstoy lui envoya sa bénédiction fraternelle, dans le «combat de la douceur contre la brutalité, de l'humilité et de l'amour contre l'orgueil et la violence». Il lut l'édition anglaise de l'Hind Swarâj, que Gandhi lui fit parvenir; et il pénétra aussitôt toute l'importance de cette expérience religieuse et sociale:

«La question que vous traitez, de la Résistance passive, est de la plus haute valeur, non seulement pour l'Inde, mais pour toute l'humanité.»

Il se procura la biographie de Gandhi par Joseph J. Doke[366], et il fut captivé. Malgré la maladie, il tint à lui adresser quelques lignes affectueuses (8 mai 1910). Et lorsqu'il se sentit rétabli il lui adressa, de Kotschety, le 7 septembre 1910,—un mois avant sa fuite vers la solitude et la mort,—une lettre d'une telle importance que, malgré sa longueur, je tiens à la reproduire, presque entière, à la fin de cette étude. Elle est et restera, aux yeux de l'avenir, l'Évangile de la Non-Résistance et le testament spirituel de Tolstoy. Les Indiens du Sud-Afrique la publièrent en 1914, dans le Golden Number of Indian Opinion, consacré à la Résistance passive en Sud-Afrique[367]. Elle fut associée au succès de leur cause, à la première victoire politique de la Non-Résistance.

Par un contraste saisissant, l'Europe, à la même heure, y répondait par la guerre de 1914, où elle s'entre-dévora.

Mais quand la tempête fut passée et que sa clameur sauvage, par degrés, s'éteignit, on entendit de nouveau, par delà le champ de ruines, monter comme une alouette la voix pure et ferme de Gandhi. Elle redisait, sur un mode plus clair et plus mélodieux, la grande parole de Tolstoy, le cantique d'espoir d'une nouvelle humanité.

R. R.

Mai 1927.





LETTRE ÉCRITE PAR TOLSTOY, DEUX MOIS AVANT SA MORT, A GANDHI

«A M. K. Gandhi, Johannesburg, Transvaal, Sud-Afrique.


«7 septembre 1910, Kotschety.

«J'ai reçu votre journal Indian Opinion et je me suis réjoui de connaître ce qu'il rapporte des Non-Résistants absolus. Le désir m'est venu de vous exprimer les pensées qu'a éveillées en moi cette lecture.

«Plus je vis—et surtout, à présent, où je sens avec clarté l'approche de la mort—plus fort est le besoin de m'exprimer sur ce qui me touche le plus vivement au cœur, sur ce qui me paraît d'une importance inouïe: c'est à savoir que ce que l'on nomme Non-Résistance n'est, en fin de compte, rien autre que l'enseignement de la Loi d'amour, non déformé encore par des interprétations menteuses. L'amour, ou, en d'autres termes, l'aspiration des âmes à la communion humaine et à la solidarité, représente la loi supérieure et unique de la vie... Et cela, chacun le sait et le sent au profond de son cœur (nous le voyons le plus clairement chez l'enfant). Il le sait aussi longtemps qu'il n'est pas encore entortillé dans la nasse de mensonge de la pensée du monde.

«Cette loi a été promulguée par tous les sages de l'humanité: hindous, chinois, hébreux, grecs et romains. Elle a été, je crois, exprimée le plus clairement par le Christ, qui a dit en termes nets que cette Loi contient toute loi et les Prophètes. Mais il y a plus: prévoyant les déformations qui menacent cette loi, il a dénoncé expressément le danger qu'elle soit dénaturée par les gens dont la vie est livrée aux intérêts matériels. Ce danger est qu'ils se croient autorisés à défendre leurs intérêts par la violence, ou, selon son expression, à rendre coup pour coup, à reprendre par la force ce qui a été enlevé par la force, etc., etc. Il savait (comme le sait tout homme raisonnable) que l'emploi de la violence est incompatible avec l'amour, qui est la plus haute loi de la vie. Il savait qu'aussitôt la violence admise, dans un seul cas, la loi était du coup abolie. Toute la civilisation chrétienne, si brillante en apparence, a poussé sur ce malentendu et cette contradiction, flagrante, étrange, en quelques cas, voulue, mais le plus souvent inconsciente.

«En réalité, dès que la résistance par la violence a été admise, la loi de l'amour était sans valeur et n'en pouvait plus avoir. Et si la loi d'amour est sans valeur, il n'est plus aucune loi, excepté le droit du plus fort. Ainsi vécut la chrétienté durant dix-neuf siècles. Au reste, dans tous les temps, les hommes ont pris la force pour principe directeur de l'organisation sociale. La différence entre les nations chrétiennes et les autres n'a été qu'en ceci: dans la chrétienté, la loi d'amour avait été posée clairement et nettement, comme dans aucune autre religion; et les chrétiens l'ont solennellement acceptée, bien qu'ils aient regardé comme licite l'emploi de la violence et qu'ils aient fondé leur vie sur la violence. Ainsi, la vie des peuples chrétiens est une contradiction complète entre leur confession et la base de leur vie, entre l'amour, qui doit être la loi de l'action, et la violence, qui est reconnue sous des formes diverses, telles que: gouvernement, tribunaux et armées, déclarés nécessaires et approuvés. Cette contradiction s'est accentuée avec le développement de la vie intérieure, et elle a atteint son paroxysme en ces derniers temps.

«Aujourd'hui, la question se pose ainsi: oui ou non; il faut choisir! Ou bien admettre que nous ne reconnaissons aucun enseignement moral religieux, et nous laisser guider dans la conduite de notre vie par le droit du plus fort. Ou bien agir en sorte que tous les impôts perçus par contrainte, toutes nos institutions de justice et de police, et avant tout l'armée, soient abolis.

«Le printemps dernier, à l'examen religieux d'un institut de jeunes filles, à Moscou, l'instructeur religieux d'abord, puis l'archevêque qui y assistait ont interrogé les fillettes sur les Dix Commandements, et principalement sur le Cinquième: «Tu ne tueras point!» Quand la réponse était juste, l'archevêque ajoutait souvent cette autre question: «Est-il toujours et dans tous les cas défendu de tuer par la loi de Dieu?» Et les pauvres filles, perverties par les professeurs, devaient répondre et répondaient: «—Non, pas toujours. Car dans la guerre et pour les exécutions, il est permis de tuer.»—Cependant une de ces malheureuses créatures (ceci m'a été raconté par un témoin oculaire) ayant reçu la question coutumière: «—Le meurtre est-il toujours un péché?»—rougit et répondit, émue et décidée: «—Toujours!» Et à tous les sophismes de l'archevêque elle répliqua, inébranlable, qu'il était interdit toujours, dans tous les cas, de tuer,—et cela déjà par le Vieux Testament: quant au Christ, il n'a pas seulement défendu de tuer, mais de faire du mal à son prochain. Malgré toute sa majesté et son habileté oratoire, l'archevêque eut la bouche fermée, et la jeune fille l'emporta.

«Oui, nous pouvons bavarder, dans nos journaux, sur le progrès de l'aviation, les complications de la diplomatie, les clubs, les découvertes, les soi-disant œuvres d'art, et passer sous silence ce qu'a dit cette jeune fille! Mais nous ne pouvons pas en étouffer la pensée, car tout homme chrétien sent comme elle plus ou moins obscurément. Le socialisme, l'anarchisme, l'Armée du Salut, la criminalité croissante, le chômage, le luxe monstrueux des riches, qui ne cesse d'augmenter, et la noire misère des pauvres, la terrible progression des suicides, tout cet état de choses témoigne de la contradiction intérieure, qui doit être et qui sera résolue. Résolue, vraisemblablement, dans le sens de la reconnaissance de la loi d'amour et de la condamnation de tout emploi de la violence. C'est pourquoi votre activité, au Transvaal, qui semble pour nous au bout du monde, se trouve cependant au centre de nos intérêts; et elle est la plus importante de toutes celles d'aujourd'hui sur la terre; non seulement les peuples chrétiens, mais tous les peuples du monde y prendront part.

«Il vous sera sans doute agréable d'apprendre que chez nous aussi, en Russie, une agitation pareille se développe rapidement, et que les refus de service militaire augmentent d'année en année. Quelque faible que soit encore chez vous le nombre des Non-Résistants et chez nous celui des réfractaires, les uns et les autres peuvent se dire: «Dieu est avec nous. Et Dieu est plus puissant que les hommes.»

«Dans la profession de foi chrétienne, même sous la forme de christianisme perverti qui nous est enseigné, et dans la croyance simultanée à la nécessité d'armées et d'armements pour les énormes boucheries de la guerre, il existe une contradiction si criante qu'elle doit, tôt ou tard, probablement très tôt, se manifester dans toute sa nudité. Alors il faudra ou bien anéantir la religion chrétienne, sans laquelle pourtant, le pouvoir des États ne pourrait se maintenir, ou bien supprimer l'armée et renoncer à tout emploi de la force, qui n'est pas moins nécessaire aux États. Cette contradiction est sentie par tous les gouvernements, aussi bien par le vôtre Britannique que par le nôtre Russe; et, par esprit de conservation, ils poursuivent ceux qui la dévoilent, avec plus d'énergie que toute autre activité ennemie de l'État. Nous l'avons vu en Russie, et nous le voyons par ce que publie votre journal. Les gouvernements savent bien d'où le danger le plus grave les menace, et ce ne sont pas seulement leurs intérêts qu'ils protègent ainsi avec vigilance. Ils savent qu'ils combattent pour l'être ou le ne-plus-être.

«LÉON TOLSTOY.»





LISTE CHRONOLOGIQUE DES ŒUVRES DE TOLSTOY[368]

=====1852=====

L'Enfance (1851-2).—L'Incursion.—Les Cosaques (terminé en 1862).

=====1853=====

Le Journal d'un marqueur.

=====1854=====

L'Adolescence.—La Coupe en forêt.

=====1855=====

Sébastopol en décembre 1854.—Sébastopol en mai 1855.—Sébastopol en août 1855.

=====1856=====

Deux hussards.—Une tourmente de neige.—Une rencontre au détachement.—La matinée d'un seigneur.—Adolescence.

=====1857=====

Albert.—Lucerne.

=====1858=====

Trois morts.

=====1859=====

Bonheur conjugal.

=====1860=====

Polikouchka.

=====1861=====

Le fileur de lin.

=====1862=====

Sur l'instruction du peuple.—Méthodes pour apprendre à lire et à écrire.—Projet d'un plan général pour les Écoles élémentaires.—Éducation et Instruction.—Progrès et définition de l'instruction.—Qui doit enseigner à écrire.—L'école d'Iasnaïa Poliana en novembre et décembre.—Sur la libre initiative et le développement des écoles du peuple.—Sur l'activité sociale dans le domaine de l'instruction du peuple.—Tikhon et Malanya (œuvres posthumes).—Idylle.

=====1863=====

Les Décembristes (extraits d'un roman projeté).

1864-1869

Guerre et Paix.

=====1872=====

Syllabaire (Traductions de fables d'Ésope, Hindoues, américaines, etc., contes de fées, récits de physique, zoologie, botanique, histoire; nouvelles (Le prisonnier du Caucase, Dieu voit la vérité); courtes histoires; poèmes épiques; arithmétique; notes et guide pour le maître).

Les deux voyageurs (œuvres posthumes).

=====1873=====

Au sujet de la famine de Samara (Lettre à l'éditeur de «Moscow Vedomosty»).

=====1874=====

Sur l'instruction du peuple. (Lettre à J. U. Shatiloff).—Rapport au Comité littéraire de Moscou.

=====1875=====

Nouveau Syllabaire. Quatre livres russes de lecture.—Quatre vieux livres slaves de lecture.

=====1876=====

Anna Karenine (1873-1876).

=====1878=====

Premiers souvenirs (fragment).—Les Décembristes (second fragment).—Les Décembristes (troisième fragment).

=====1879=====

Qui suis-je? (archives Tchertkoff).—Les Confessions (addition en 1882).

=====1880=====

Critique de la Théologie dogmatique.—Chapitres d'une nouvelle du temps de Pierre Ier.—Défense d'une petite fille.—En essayant une plume.—Comment meurt l'amour.—Commencement d'un conte fantastique.—Sur Rousseau.—Oasis.—Un cosaque fugitif.

=====1881=====

Concordance et traduction des Quatre Évangiles.—Abrégé de l'Évangile.—De quoi vivent les hommes.

=====1882=====

L'Église et l'État.—La Non-Résistance au mal.—Article sur le recensement.

=====1884=====

En quoi consiste ma Foi (Ma Religion).—Préface à l'œuvre de Bondareff: «Le triomphe de l'agriculteur, ou le travail et la paresse.»—Le journal d'un fou.

=====1885=====

Légendes pour l'imagerie populaire: (Les deux frères et l'or; Les petites filles plus sages que les vieux; L'ennemi résiste, mais Dieu persiste; Les trois ermites; Tentation du Christ; Souffrances du Christ; Ilias; Comment un diablotin racheta un morceau de pain; Le pécheur repentant; Le fils de Dieu; Pour une peinture de la Cène; Histoire d'Ivan l'Imbécile).

Récits populaires: (Les deux vieillards; Le cierge; Où l'amour est, Dieu est; Laisse le feu flamber, tu ne pourras l'éteindre).

L'enseignement des douze apôtres.—Socrate.—La vie de Pierre le Publicain.—Pietr Hlebnik (Scènes dramatiques).

=====1886=====

La Puissance des Ténèbres.—La mort d'Ivan Iliitch.—Que devons-nous faire?—Que sommes-nous?—Le premier bouilleur.—Légendes pour l'imagerie populaire: (Faut-il beaucoup de terre pour un homme?—Un grain gros comme un œuf de poule).—Nicolas Palkine.—Calendrier avec proverbes.—Sur la charité.—Sur la foi.—Sur la lutte contre le mal (lettre à un Révolutionnaire).—Sur la religion.—Sur les femmes.—A la jeunesse.—Le royaume de Dieu (fragment).—Préface à une collection «Florilège».—Ægée (scènes dramatiques).

=====1887=====

De la vie.—Sur le sens de la vie (Rapport lu devant la Société de Psychologie de Moscou).—Sur la vie et la mort (Lettre à Tchertkoff).—Marchez pendant que vous avez la lumière.—Entretiens de gens qui ont des loisirs (Introduction à la nouvelle précédente).—L'ouvrier Emelian et le tambour vide.—Les trois fils (parabole).—Pour le tableau de Makovsky: «l'Acquitté.»—Le travail manuel et l'activité intellectuelle (Lettre à Romain Rolland).

=====1888=====

Sur Gogol (article non terminé).

=====1889=====

Le Diable (œuvres posthumes).—Histoire d'une ruche.—La Sonate à Kreutzer.—Sur l'amour de Dieu et du prochain.—Appel aux hommes-frères.—Sur l'Art (à propos de la conférence de Goltsev: La beauté dans l'art).—Les Fruits de l'instruction (comédie).—Il est temps de se ressaisir.—Préface à l'œuvre de Yershoff: «Souvenirs de Sébastopol».—La fête des lumières en janv. 12.

=====1890=====

Pourquoi les hommes s'étourdissent-ils?—«Quarante ans», légende de Kostomaroff.—Postface à la Sonate à Kreutzer.—Sur Bondareff.—Sur les relations entre les sexes.—Sur le projet d'Henry George.—Mémoires d'un chrétien.—Vies des Saints.—Première épître de Jean.—«Notre Père», annoté.—La sagesse chinoise (Grand enseignement; Livre de la Voie de la Vérité).—Seulement le bien-être pour tous.—Il vivait dans un village un homme nommé Nicolas.—Préface à l'œuvre de Tchertkoff: «Un mauvais divertissement.»—Sur le suicide («Ce que signifie cet étrange phénomène»).

=====1891=====

Mémoires d'une mère (Œuvres posthumes).—«Ça coûte cher» (d'après Maupassant).—Sur la Famine.—Sur ce qui est l'Art et ce qui n'est pas l'Art; quand l'Art est une chose importante, et quand il est une chose inutile (fragment).—Sur les tribunaux (œuvres posthumes).—Le premier échelon.—Un horloger.—Une terrible question.—«Le Café de Surate» (d'après Bernardin de Saint-Pierre).—Sur les moyens de venir en aide à la population, au cas de mauvaise récolte.

=====1892=====

Aide à ceux qui sont frappés par la famine.—Chez ceux qui sont dans le besoin (Deux articles).—Rapport sur les secours à ceux qui sont frappés par la famine.—Sur la Raison et la Religion (lettre au baron Rosen).—Lettre sur le Karma.—«Françoise» (d'après Maupassant).

=====1893=====

Rapports sur les secours à ceux qui sont frappés par la famine.—Le Salut est en vous (Le Royaume de Dieu est en vous) (1891-3).—Christianisme et service militaire (Chapitre éliminé par la censure de «Le Royaume de Dieu est en vous»).—La Religion et la Morale.—Le Non-Agir.—Ce que veut l'amour.—Préface au Journal d'Amiel.—L'esprit chrétien et le patriotisme.—Sur la question du Libre-Arbitre.

=====1894=====

Karma (conte bouddhiste, d'après l'anglais).—Le jeune tsar (œuvres posthumes).—Sur les relations avec l'État.—Lettre sur l'Immortalité.—Préface aux œuvres de Maupassant.—Préface aux contes de Semyonoff.—Aux Italiens.

=====1895=====

Maître et Serviteur.—Trois paraboles.—Honte!—Postface au livre: «La vie et la mort de B. N. Drojgine.»—Postface à l'article de P. J. Birukoff: «La persécution des chrétiens en 1895.»—Lettre à un Polonais.—Lettre à P. V. Veriguin (sur les livres et l'imprimerie).—Sur les rêves insensés.

=====1896=====

Comment lire les Évangiles et où réside leur essence.—«Carthago delenda est» (premier article).—Au peuple chinois (inachevé).—Sur la Non-Résistance.—Sur la supercherie de l'Église.—Le patriotisme et la paix.—Lettre aux libéraux.—Les rapports avec l'ordre existant du gouvernement.—L'approche de la fin.—L'enseignement chrétien.—Postface à l'appel: «Au secours!»

=====1897=====

Qu'est-ce que l'art?—Lettre à l'éditeur d'un journal suédois, pour que le prix Nobel soit attribué aux Doukhobors.—J'ai vécu plus de cinquante ans de vie consciente.

=====1898=====

Appel pour l'aide aux Doukhobors.—Les deux guerres.—Famine ou non-famine.—«Carthago delenda est» (deuxième article).—Le père Serge (œuvres posthumes).—Préface à l'article de Carpenter: «La Science contemporaine.»—A l'éditeur de Russkiya Vedomosty (avec une lettre de Sokoloff).

=====1899=====

Résurrection.—Sur l'éducation religieuse.—Lettre à un officier.—Lettre à un Suédois, au sujet de la Conférence de la Paix, à la Haye.

=====1900=====

Où est l'issue?—L'esclavage de notre temps.—Le cadavre vivant.—Tu ne tueras point.—Lettre aux Doukhobors émigrés au Canada.—Le faut-il ainsi?—Le patriotisme et le gouvernement.—Deux versions différentes du conte de la Ruche (œuvres posthumes).—Préface au livre: «Anatomie de la pauvreté.»

=====1901=====

L'unique moyen.—Qui a raison?—Aux jeunes gens oisifs.—Un appel du peuple travailleur russe à l'autorité.—Sur la tolérance religieuse.—Raison, foi, prière (trois articles).—Réponse au Synode.—Carnet de l'officier.—Carnet du soldat.—Sur l'Alliance franco-russe (lettre).—Au tsar et à ses conseillers (premier article).—Sur l'éducation (lettre à P. J. Birukoff).—Lettre à un journal bulgare.—Préface au conte de Polenz: «Le paysan.»

=====1902=====

Appel au clergé.—La lumière luit dans les ténèbres, drame (œuvres posthumes).—Qu'est-ce que la religion, et en quoi consiste son essence.—La destruction de l'enfer et son rétablissement.—Aux travailleurs.

=====1903=====

Sur Shakespeare et le Drame.—Après le Bal (œuvres posthumes).—Le roi assyrien Assarhadon.—Le travail, la mort et la maladie.—Trois questions.—Aux réformateurs politiques.—Sur la conception d'une source spirituelle (corrigé en 1908).—Sur le travail physique.—Lettre sur le Karma (à Sysuyeff).—«C'est vous!» (adaptation de l'allemand).

=====1904=====

Souvenirs d'enfance (1903, 1904, et quelques pages en 1906).—Hadji-Mourad (1896-8, 1901-4) (œuvres posthumes).—Le faux coupon (1903-4).—Harrison et la non-résistance au mal par la violence.—Qui suis-je?—Pensées d'hommes sages.—Ressaisissez-vous! (corrigé à nouveau en 1906-7).—Postface au livre de Tchertkoff: «Notre révolution.»

=====1905=====

Cycles de lectures.—Buddhâ.—Divin et humain.—Lamennais.—Pascal.—Pierre Heltchitsky.—Le procès de Socrate.—Korney Vassiliyeff.—Prière.—Nouvelle préface à l'enseignement des Douze Apôtres.—Préface au «Bien-Aimé» de Tchertkoff.—Une seule chose est nécessaire.—Alexis le Pot (œuvres posthumes).—La fin d'un monde.—Le grand Crime.—Sur le mouvement social en Russie.—Comment et pourquoi devons-nous vivre.—La baguette verte (deux versions).—La vraie liberté (lettre à un paysan,—corrigé en 1907).

=====1906=====

Le père Vassily (œuvres posthumes).—Sur le sens de la Révolution Russe.—Appel au peuple russe (gouvernement, révolutionnaires et masses).—Sur le service militaire.—Sur la guerre.—Une seule solution possible de la question de la terre.—Sur le catholicisme (à Paul Sabatier).—Lettre à un Chinois.—Préface aux «Problèmes sociaux» de Henry George.—Notes posthumes de l'ermite Theodor Kouzmich (œuvres posthumes).—Ce que j'ai vu en rêve (œuvres posthumes).—Qu'y a-t-il à faire?—Au tsar et à ses conseillers (deuxième article).

=====1907=====

Conversations avec des enfants sur les questions morales.—Préface aux Pensées choisies de La Bruyère, La Rochefoucauld, Vauvenargues, Montesquieu, et courtes esquisses biographiques.—Aimez-vous les uns les autres.—Tu ne tueras personne.—Sur les compréhensions de la vie.—Première rencontre avec Ernest Crosby.—Pourquoi les nations chrétiennes, et le peuple Russe en particulier, sont actuellement dans une situation misérable.

=====1908=====

Je ne puis plus me taire.—Cycle de lectures (corrigé et amplifié).—Aphorismes pour son portrait.—Bienfaits de l'amour.—Le loup (conte pour les enfants).—Souvenirs du procès d'un soldat (lettre à P. J. Birukoff).—La loi de violence et la loi d'amour.—Qui sont les meurtriers? (œuvres posthumes).—Sur l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche.—Réponse aux félicitations du Jubilé.—

Lettre à un Hindou.—Préface à l'Album des Peintures d'Orloff.—Préface au conte de V. Morozoff: «Pour une parole.»—Préface à la nouvelle de A. J. Ertel: «Jardinage.»—«Pouvoir de l'enfance» (d'après Victor Hugo).—Sur le procès de Molochnikoff.—L'enseignement du Christ adapté pour les enfants.

=====1909=====

Il n'y a pas de coupable, au monde (première version).—Isidore le prêtre régulier (œuvres posthumes).—Où est la principale tâche d'un éducateur (conversations avec les instituteurs des Écoles élémentaires).—Sagesse des enfants (œuvres posthumes).—Lettre au Congrès de la Paix.—Le seul commandement.—Sur l'arrêt de Gusseff.—Pour tous les jours.—Sur l'éducation (lettre à V. F. Bulgakoff).—Charge inévitable.—Sur la pendaison.—Sur les «points de repère».—Sur Gogol.—Sur l'État.—Sur la Science.—Sur la jurisprudence.—Réponse à une femme Polonaise.—Arrêtez, et pensez, pour l'amour de Dieu!—Sur un article de Struve.—Lettre à un Vieux-Croyant.—Lettre à un Révolutionnaire.—Au sujet de la visite du fils d'Henry George.—Il est temps de comprendre.—Salut à ceux qui ont souffert pour l'amour de la Vérité.—Le passant et le paysan.—Les chants du village.—Entretien du père et du fils (adaptation de l'allemand).—Conversation avec un voyageur.—L'hôtellerie (parabole pour les enfants).—Article aux journaux, sur les lettres d'abus.—La peine capitale et la chrétienté.

=====1910=====

Trois jours au village.—La voie de la vie.—Hodynka.—«Toutes les qualités viennent d'elle», comédie.—Sur la folie.—Au Congrès Slave, à Sofia.—Terre fertile.—Non prémédité.—Supplément à la Lettre au Congrès de la Paix.—Il n'y a pas de coupable au monde (deuxième version).—Conte pour les enfants.—Philosophie et Religion (réminiscences de N. Y. Grot).—Sur le socialisme (inachevé).—Les moyens efficaces.





TABLE DES MATIÈRES
Pages.
La lumière qui vient de s'éteindre 1
Histoire de mon Enfance22
Les récits du Caucase25
Les Cosaques27
Récits de Sébastopol35
Trois Morts50
Bonheur Conjugal54
Guerre et Paix61
Anna Karénine71
Les Confessions et la crise religieuse81
La crise sociale: Que devons-nous faire?96
La critique de l'Art111
Les Contes Populaires132
La Puissance des Ténèbres134
La Mort d'Ivan Iliitch137
La Sonate à Kreutzer139
Résurrection148
Les idées sociales de Tolstoï156
Sa figure avait pris les traits définitifs175
Le combat était terminé194
 
NOTES SUR LES ŒUVRES POSTHUMES
Les œuvres posthumes de Tolstoy206
La réponse de l'Asie à Tolstoy214
Lettre écrite par Tolstoy, deux mois avant sa mort, à Gandhi    232
Liste chronologique des Œuvres de Tolstoy236

COULOMMIERS
IMPRIMERIE
PAUL BRODARD
11541-1-29.


NOTES: