[539] Dans l’édition de Méon le Chastoiement des Dames ne s’arrête pas là, non plus que dans le ms. fr. 24301 de la Bibliothèque nationale. Il se termine par une pièce sur l’Amour, qui, dans d’autres manuscrits, est isolée (Romania, XVI, p. 38, nº 13; cf. ib., XVII, p. 283).

En la fin de mon livre vuel
Parler d’amors ou dairien fuel...

Édition synoptique des quatre mss. dans les Sämmtliche Werke de J. Ulrich (II, 103-143).

Ce morceau, de pure description psychologique, se termine par des conseils qu’il n’est pas hors de propos de rapprocher des précédents:

Aprendre vueil a toz amanz 317
Les .II. cortoisies plus granz
C’on puist avoir...

Les deux courtoisies les plus grandes qu’on puisse avoir, c’est aimer et donner.—Mais il faut donner sagement, ou l’on se moque de vous. De même si l’amoureux ne garde pas son secret, s’il se vante, on perd confiance en lui. Les confidences sont permises, mais seulement à un ami sûr.

[540] «Le premier fist de lui meesmes une partie, car la est dit dont il fu, et comment et por quoi il vint deça la mer, et commant il se contint et maintint longuement par la grace Nostre Seignor. Après i a rimes et chançons plusors, que il meïsmes fist, les unes des granz folies dou siecle que l’an apele amors; et assez en i a qu’il fist d’une grant guerre qu’il vit a son tens antre l’ampereor Fredri et le seignor de Barut, mon seignor Jehan de Belin le viel. Et .I. mout biau compe i a il de cele guerre meïsmes dès le commancement jusques a la fin, ou que il sont devisé li dit et li fait et li grant consoil des batailles et des sieges atiriez ordenéement; car Phelipes fu a touz. Après i a chançons et rimes qu’il fist plusors en sa viellesce de Nostre Seignor et de Nostre Dame et des sains et des saintes. Celui livre fist il por ce que ces troveüres et li fait qui furent ou païs a son tens et les granz valors des bons seignors fussent et demorassent plus longuement en remembrance... a tous ces qui les vorront oïr.»

«Il résulte de ce passage, dit très bien G. Paris (Les Mémoires de Philippe de Novare, dans la Revue de l’Orient latin, IX, 1902, p. 165), que le premier des trois livres dont Philippe de Novare se déclare l’auteur devait s’appeler Li livres Phelipe de Novaire et se composait de quatre parties: 1º récit de la jeunesse de Philippe, de son arrivée en Orient et des premiers temps de sa vie dans sa nouvelle patrie; 2º chansons d’amour, composées par lui à cette époque; 3º récit en prose de la guerre des Ibelin contre l’Empereur Frédéric, dans lequel étaient intercalées des chansons de circonstance; 4º chansons pieuses, composées par Philippe dans sa vieillesse.»

[541] Revue de l’Orient latin, l. c., p. 205.

[542] On l’a appelé longtemps, par erreur, «Philippe de Navarre». L’erreur commune sur ce point a été rectifiée par G. Paris dans la Romania, XIX, 99.

[543] C’est-à-dire tient, et non pas tint. On a conclu, bien à tort, de ce texte, que, en 1263-64, Philippe de Novare était mort.

[544] Comparer les Enseignements de Robert de Ho, qui ne sont, presque d’un bout à l’autre, qu’un commentaire de maximes empruntées à la Bible et au pseudo-Caton; et Li Castois dou jouene gentilhomme, par Jehan de Condé (Œuvres..., éd. A. Scheler, I, p. 251), d’où il n’y a rien à tirer.

[545] Joinville vieillissant se mêlait aussi, comme on sait, de donner des consultations sur les bonnes manières. Francesco da Barberino en a conservé quelques-unes (Ant. Thomas, Francesco da Barberino. Paris, 1883, p. 26).

[546] mangeoires.

[547] sales.

[548] ennuyeux.

[549] méchants et capricieux.

[550] Cf. ci-dessous, p. 220, 221.

[551] Cet article est développé par l’auteur d’ «Urbain le courtois» (Romania, XXXII, 1903, p. 68):

...Li bon enfant deit ester* 19
Devant son seigneur a manger.
Il ne se doit point apouuer**
Ne nul membre ne doit grater...
Si hom vous doigne*** petit u grant 27
Tant com vous estes joesne enfant,
En genoillant le recevez
Et doucement lui merciez.

{*} se tenir debout.

{**} appuyer.

{***} si on vous donne

[552] A rapprocher d’un sermon anonyme du XIIIe siècle (B. Hauréau, Notices et Extraits de quelques manuscrits latins de la Bibliothèque nationale, IV, p. 95). Au dire de ce prédicateur, l’éducation des jeunes nobles était moins douce que celle des enfants des vilains, plus gâtés par la tendresse et la vanité des parents: «Rustici filios suos, quando parvuli sunt, sublimant et faciunt eis tunicas rudicatas, et, quando sunt adulti, mittunt eos ad aratrum. Econtra nobiles viri primo ponunt filios suos sub pedibus et faciunt eos comedere cum garcionibus; quando sunt magni, tunc sublimant eos.»

[553] coureuses.

[554] Tel est aussi l’avis qu’exprime l’auteur d’ «Urbain le courtois» (Romania, XXXII, 1903, p. 68):

Si femme volez esposer 59
Pensez de tei, mon filz chier.
Pernez nule por sa beauté
Ne ki soit en livre lettrié;
Car sovent sunt decevables...

Le Ménagier de Paris (éd. de 1846, I, p. 75), qui écrivait à la fin du XIVe siècle, admet que les femmes sachent lire, mais il se fait l’écho, à ce sujet, d’un bruit singulier qui courait: «Est a noter sur ce, si comme j’ay oy dire, que, puisque les roynes de France sont mariées, elles ne lisent jamais seules lettres closes, si elles ne sont escriptes de la propre main de leur mary..., et aux autres elles appellent compaignie et les font lire par autres devant elles.... Et leur vient de bonne doctrine...»

[555] Cf. le De regimine principum de Gilles de Rome, où il est dit qu’il faut empêcher les jeunes filles de courir à droite et à gauche (cohibendæ a discursu), de peur de les exposer au mal et à la tentation (Histoire littéraire, XXX, p. 521).

Comparer les préceptes du chevalier de La Tour Landry à ses filles [1372]: «En disanz vos heures a la messe ou ailleurs, ne samblés pas a tortue ne a grue; celles semblent a la grue et a la tortue qui tournent le visaige et la teste par dessus et qui vertillent de la teste comme une belette... Soiez ferme comme de regarder devant vous tout droit plainement, et, si vous voulés regarder de costé, virez visaige et corps ensemble; si en tendra l’en vostre estat plus seur et plus ferme, car l’on se bourde de celles qui se ligierement brandellent et virent le visaige ça et la» (Le Livre du chevalier de La Tour, éd. A. de Montaiglon, 1854, p. 24).

[556] peu.

[557] Il semble que la douleur de l’exil hors du pays natal ne soit pas chose à considérer en cette affaire. Même sentiment dans le Petit Plet de Chardri (éd. J. Koch, v. 495-540):

Se francs estes, duz et gentiz,
Tutes terres vus sunt païs...

[558] Il a été dit plus haut qu’on ne sait pourquoi ni comment Philippe de Novare, en sa jeunesse, avait quitté son pays natal. Mais il me paraît clair que l’auteur pense ici à son cas personnel.

[559] joyeux.

[560] Cf. le Mireour du monde (éd. F. Chavannes, p. 91), d’un anonyme contemporain: «Tous ceux qui font leurs pechiés coiement ne sont mie ypocrites... quar, qui son pechié choile et cuevre, pour ce que il ne corrumpe ses prochains par mauvais essample, en ce fait il bien.»

[561] mettent à rançon.

[562] affaiblit.

[563] C’est l’histoire du roi annuel de Barlaam et Josaphat; cf. Romania, I, p. 425, et les Gesta Romanorum, éd. Œsterley, nos 74 et 224. Thème développé aussi par Robert de Blois, Sämmtliche Werke, éd. Ulrich, III, p. 112.

[564] sous aucun prétexte.

[565] Les «Mémoires» de Philippe de Novare étaient, comme ses «Quatre âges», entrecoupés de chansons. Sur ces chansons, très distinguées pour un homme du monde qui n’était pas rimeur de profession, voir G. Paris, dans la Revue de l’Orient latin, IX, p. 196.

[566] Philippe ne déconseille pas, pourtant, de se «rendre»; mais il faut le faire à temps et avoir la vocation. Cf. § 152; et ci-dessus, p. 83.

[567] L’idéal de la correction mondaine, pour un homme bien né, a été souvent esquissé au XIIe et au XIIIe siècle. Il l’a été par Robert de Ho (Enseignements, éd. M. V. Young, v. 1105 et suiv.): bien monter à cheval, s’entendre au fait des chiens et des oiseaux, parler avec mesure, être «estable», et versifier comme il faut. Il l’est dans le Doctrinal Sauvage (au t. II du Nouveau Recueil... d’A. Jubinal, p. 150 et suiv.)[568]: «Bien garder sa parole et son sens»; ne blâmer ni reprendre personne «car vous ne savez mie quanqu’il vous avendra»; ne donner de conseils qu’à qui en demande et, «s’il ne vous veut croire, tout qoi si le lessier»; se tenir soigneusement à l’écart des «fous melancoliques» qui pourraient vous dire ou vous faire vilainie; ne jamais quereller en public ni sa femme ni sa maisnie (ses domestiques). La vaillance ne suffit pas: «Honiz soit hardemens ou il n’a gentillece». Ne point faire des économies de bouts de chandelle:

Quar poi de chose fet un despens embelir
Dont li espargnemens fet grant blasme venir;
Et si n’en puet l’en pas durement enrichir...

Telles étaient encore exactement, à la fin du XIVe siècle, les recommandations du chevalier de La Tour Landry.

[568] Liste des manuscrits du Doctrinal Sauvage dans les Notices et Extraits des Manuscrits, XXXIII, 1, p. 45.

[569] Cf. plus bas, p. 219.

[570] Ces blasphèmes des «desesperés» que Philippe de Novare connaissait font penser naturellement à ce passage célèbre des Vers de la Mort d’Hélinant, composés entre 1194 et 1197 (éd. Fr. Wulff et E. Walberg. Paris, 1905, p. 32; cf. ib., p. XXXIII):

Mais li fol dient: «Nos que chaille
De quel eure Morz nos assaille?
Prendons or le bien qui nos vient!
Après, que puet valoir si vaille:
Mors est la fins de la bataille
Et ame et cors noient devient».

Voir aussi le Mireour du Monde (éd. F. Chavannes, p. 51): «N’est-ce mie grant orguel quant un vilain ou une vieille... cuide plus savoir de divinitei que tous les clers de Paris... et ne veut croire que Dieu sache faire chose que il ne puist entendre?» Cf. ibidem, p. 48; et le Livre de Mandevie (Bibl. nat., fr. 1002, fol. 31): «Telz y a qui ne croient point que soient paradis ne enffer ne qu’ilz aient ame en corps...»

Les témoignages surabondent, d’ailleurs, qui font voir que, à toutes les époques du moyen âge, en France, les libres-penseurs de tout genre n’ont pas manqué. On se fait aujourd’hui une idée si conventionnelle de ces temps-là que cela surprend toujours, au premier abord, quiconque rencontre, pour la première fois, des témoignages sur ce point. L. Petit de Julleville, par exemple, fut très étonné de voir dans Gautier de Coinci que, parmi les contemporains dudit Gautier, beaucoup ne respectaient guère le clergé et ne croyaient pas aux miracles; et il a jugé à propos de manifester sa surprise (Histoire de la langue et de la littérature françaises au moyen âge, I, 1896, p. 35, note; cf. p. 37).

[571] L’auteur du Dit moral intitulé Chatepleure ou Pleurechante (p. p. A. Jubinal, dans les notes aux Œuvres de Rutebeuf, éd. elzévirienne, III, p. 91; cf. Romania, XIII, 510) a entrepris aussi de refuter les «bougres», qui «riens ne croient». Mais sa réfutation est très faible, et c’est sur l’Inquisition qu’il compte surtout:

Bien nos eüst deables feru a descouvert
Se Diex n’eüst sor terre tramis(?) frere Robert.

Ce frère Robert est, bien entendu, l’inquisiteur Robert le Bougre, et non pas Robert de Sorbon, comme le croit l’éditeur.

[572] Le singulier usage, que blâme ici Philippe de Novare, de sortir de l’église après l’Évangile en laissant le prêtre achever seul sa messe, était jadis très répandu. Lecoy de la Marche (La chaire française du moyen âge, 1886) a recueilli à cet égard des textes curieux et probants: «J’ai vu, dit le prédicateur Jacques de Vitri, un chevalier qui n’avait jamais assisté au sermon; il ne savait pas ce qu’est le saint sacrifice; il se figurait qu’on le célèbre uniquement pour recevoir l’offrande» (p. 209). Un chancelier de l’église de Paris reproche en 1273 aux bourgeois de Paris de tourner le dos et de sortir sitôt qu’ils voient le prédicateur monter en chaire: «Ainsi font les boteriaus (crapauds) quand la vigne fleurit; le parfum de la fleur les chasse ou les tue, comme la douceur de la parole de Dieu met en fuite ces bourgeois» (p. 215). Cet usage était déjà en vigueur au temps de saint Césaire d’Arles et a persisté, paraît-il, jusqu’à nos jours en certains lieux (ib.). Le désir de ne pas être sollicité à l’offrande y était sans doute pour quelque chose.

[573] Sur l’historiette de la Dame aux petits couteaux, voir P. Meyer dans la Romania, XIII, p. 595.

[574] Comparer une pièce anonyme sur ce thème: Cument les foles genz se affient trop de testamenz, dans la Romania, XIII, p. 525.

[575] le Diable.

[576] Avez-vous mal?

[577] convenables, ragoûtantes.

[578] décaties.

[579] Voir le portrait idéal de la bonne vieille grande dame, d’après nature—d’après madame Olive de Belleville, dame de la Galonnière—dans le Livre du chevalier de La Tour Landry (éd. A. de Montaiglon), p. 274. Cf. la comtesse de Hereford, ci-dessus, p. 27.

[580] L’auteur s’exprime ainsi au § 195. Il établit, au contraire, plus loin (§ 222), une concordance entre chacune de ces «choses» et chacun des quatre âges (Soffrance-Enfance, Servise-Jovent, Valour-Moien aage, Honors-Viellesce).

[581] Cf. l’Enseignement des princes de Robert de Blois (éd. Ulrich), v. 156.

[582] Cf. plus haut, p. 170.

[583] Ib., p. 169, note 2.

[584] effacée.

[585] A.-G. van Hamel, Les Lamentations de Matheolus... (Paris, 1892-1905, 2 vol. in-8). Fasc. 95 et 96 de la «Bibliothèque de l’École des Hautes Études».

[586] M. Ch. Haskins a dépouillé naguère, sur mon conseil, les sermons des Chanceliers de l’Université de Paris au XIIIe siècle; il en a tiré les éléments d’un intéressant tableau de la vie des écoliers à cette époque (The University of Paris in the sermons of the XIIIth century, dans l’American Historical Review, oct. 1904).

Un sermon de Gautier de Château-Thierry jette, par ailleurs, le jour le plus cru sur la vie à la Villon qui était alors celle d’un grand nombre de clercs étudiants à l’Université de Paris. Ces Gastebien, dit Gautier, viennent dépenser joyeusement à Paris l’argent de leurs pères usuriers ou des églises qui leur ont octroyé des bourses. «Sunt etiam qui accipiunt bursas suas a mulieribus quas tenent...; conveniunt de denario nocturno ad litteram, id est de nocte turpiter per luxuriam acquisito» (B. Hauréau, Notices et Extraits de quelques manuscrits latins, VI, p. 210).

[587] M. van Hamel a très bien démontré (p. CXXIX) que Mahieu a dû envoyer à tous ses correspondants le poème entier, tel qu’il est dans le ms. d’Utrecht, avec le livre IV, c’est-à-dire avec la collection de toutes ses épitres dédicatoires. Ces épitres, dont quelques-unes ressemblent à des satires déguisées, sont, du reste, bourrées d’allusions et d’intentions qui restent, pour nous, inintelligibles.

[588] Les personnages nommés au livre IV des Lamenta ont été identifiés avec soin, pour la plupart, par M. V.-J. Vaillant dans son mémoire sur Maistre Mahieu, satirique boulonnais du XIIIe siècle. Boulogne-sur-Mer, 1894.

[589] M. van Hamel se demande s’il est possible de préciser davantage, et répond par l’affirmative.—Mahieu fait allusion à une querelle célèbre entre l’épiscopat et les Ordres Mendiants, et au protagoniste de la campagne du côté épiscopal, Guillaume de Mâcon, évêque d’Amiens. Or, c’est une bulle de Martin IV, du 10 janvier 1282, qui ouvrit cette querelle. Comme Mahieu dit que, présentement (diebus istis), l’évêque Guillaume «brille partout comme le soleil», et comme c’est vers 1298 que Guillaume paraît avoir été au comble de sa faveur en cour de France[?], M. van Hamel estime que «c’est en 1298 ou dans les années environnantes que maître Mahieu a écrit les Lamentations» (p. CXXVII).—Cf. plus loin, p. 249.

[590] M. Vaillant s’exprime ainsi (o. c., p. 13): «L’absence de dates dans les nécrologes tant de Thérouanne que de Boulogne a rendues futiles les recherches entreprises pour identifier le Johannes de Vassonia du rubricateur.»

[591] En 1289, on trouve, parmi les clercs de l’hôtel du roi qui reçoivent des «manteaux» (pallia): «Archidiaconus Brugiarum, Johannes de Vassonia» (Ludewig, Relliquiæ manuscriptorum, XII, p. 20, c. 2).

Le 30 juin 1289, Nicolas IV réserve un canonicat dans l’église de Boulogne à Jehan de Vassogne, déjà chapelain du pape, archidiacre de Bruges, prébendé dans les églises de Laon, de Beauvais, de Soissons, de Troyes, de Montfaucon (Journal des Savants, 1890, p. 499). C’est évidemment à cause de sa qualité de chanoine de Boulogne que Mahieu s’est adressé à lui.

[592] Voir A. d’Herbomez, Philippe le Bel et les Tournaisiens (Bruxelles, 1893-97), p. 11-12.

[593] La littérature antiféministe du moyen âge, en latine et en langue vulgaire, est immense, comme on sait. Elle a été de nos jours, l’objet de plusieurs travaux, pour la plupart médiocres. Voir notamment Th. Lee Neff, La satire des femmes dans la poésie lyrique française du moyen âge (Paris, 1900; cf. Romania, XXX (1901), p. 158); et C. Pascal, Misoginia medievale, dans les Studi medievali, II (1906), p. 242.

[594] Il est à noter que plusieurs des dignitaires de l’église de Thérouanne à qui Mahieu adressa son ouvrage avaient été ou étaient membres ordinaires de la cour judiciaire du roi, c’est-à-dire des «parlements» ou du Parlement, à Paris (Jacques de Boulogne, Jehan de Vassogne, etc.). Il paraît probable que c’est pour ce motif qu’un exemplaire en circulait encore, soixante-dix ans plus tard, dans le cercle de parlementaires lettrés dont Jehan le Fèvre faisait partie.

[595] L’ouvrage du Bigame a été désigné, depuis le XVe siècle, sous le nom de «Matheolus», abréviation du diminutif «Matheolulus», adopté par l’auteur lui-même (Liber lamentationum Matheoluli). Voir, sur ce point, van Hamel, o. c., p. CLVII, note.

[596] Amplifications dues, pour la plupart, à des réminiscences du Roman de la Rose (Jehan de Meun), dont Jehan le Fèvre était un lecteur assidu.

[597] II, 1673; II, 1702; etc.

[598] je n’avais l’habitude de.

[599] La première description comme d’un «chalivali» (charivari), «et même», d’après G. Paris, «la plus ancienne mention de ce mot» se trouve dans les additions de Chaillou au second roman de Fauvel (v. plus loin, p. 288). Ce passage, curieux pour l’histoire des mœurs au XIVe siècle, est reproduit dans l’Histoire littéraire, XXXII, p. 146:

Desguisez sont de grant maniere.
Li uns ont ci devant darriere[600]
Vestuz et mis leur garnemenz;
Li autres ont fait leur paremenz
De gros saz et de froz[601] a moinnes.
Li uns tenoit une grant poelle,
L’un le havet[602], le greïl, et le
Pesteil[603], et l’autre un pot de cuivre
Et tuit contrefesoient l’ivre...
Li uns avoit tantins[604] a vaches
Cousuz sus cuisses et sus naches[605],
Et au dessus grosses sonnetes
Au sonnier et hochier claretes;
Li autres tabours et cimbales
Et granz estrumens orz et sales
Et cliquetes et macequotes[606]
Dont si hauz brais et hautes notes
Fesoient que nul ne puet dire...

Dans le ms. fr. 146, des miniatures illustrent ces scènes grotesques. Elles ont été reproduites en fac-simile par P. Aubry, La musique et les musiciens d’Église en Normandie au XIIIe siècle d’après le Journal des Visites pastorales d’O. Rigaud (Paris, 1906, gr. in-8), qui a négligé d’en indiquer la provenance et la destination.

[600] Ed.: le devant d’arrière.

[601] frocs.

[602] croc.

[603] pilon.

[604] clochettes.

[605] fesses.

[606] instrument de musique mal défini.

[607] Cf. v. 1269. «S’il veult pois, elle fait porée—De raves ou de cicorée.»

[608] fait la lessive.

[609] quenouille.

[610] hanche.

[611] Historiettes bien connues. Les contes analogues de la littérature du moyen âge sont indiqués par van Hamel, «Notes», p. 150.

[612] farce.

[613] veau.

[614] il convient.

[615] Légende célèbre. Voir A. Héron, Œuvres de Henri d’Andeli (Paris, 1881), p. XXVIII.

[616] Mahieu revient souvent sur ce chapitre: l’âge a annulé sa vigueur. D’autre part, on a vu que Perrette est représentée comme âgée. Comment donc a-t-elle un jeune enfant? «La présence de la nourrice qui allaite le bébé de l’auteur, dit sagement M. van Hamel (p. 156), s’accorde assez mal avec la vieillesse de Perrette et l’impuissance du mari». La scène de la nourrice est-elle «une expérience ancienne» de Mahieu ou un simple morceau de littérature (cf. Perse, Sat., V, 132)?—Rappelons que l’auteur se maria nécessairement à la fin de 1274 au plus tôt et qu’il écrit vers la fin de 1290.

[617] labourer.

[618] entendras.

[619] j’y vais.

[620] désormais.

[621] qu’il aille.

[622] Plus haut, p. 91.

[623] Cette référence, qui n’est pas dans l’original, appartient au traducteur (à moins que le traducteur ait travaillé sur un ms. plus complet que celui d’Utrecht). «Les histoires du peintre, dit M. van Hamel, sont sans doute des peintures murales, des vitraux, ou bien des miniatures dans le genre de celles que contient notre ms. M.» (O. c., II, p. 157). Mais il me paraît certain qu’il s’agit de Pierre le Peintre, chanoine de Saint-Omer au XIIe siècle, auteur de vives et plaisantes satires; on a de lui, entre autres écrits antiféministes, un poème De muliere mala (B. Hauréau, Notices et Extraits de quelques mss. latins de la Bibliothèque nationale, V, p. 219).

[624] La contre-partie de cette thèse se trouve dans d’innombrables invectives contre les femmes libres ou vénales. La plus énergique, vraiment belle, est le Dit de Chastie Musart (publié parmi les Notes aux Œuvres... de Rutebeuf, éd. elzévirienne, III, p. 382; cf. Zeitschrift für romanische Philologie, IX, 330 et Romania, XV, 604), dont il existe au moins deux rédactions, mais pas d’édition convenable.

Voir aussi Wilham de Wadington (Histoire littéraire, XXVIII, p. 191), parce qu’il donne une note qui n’a pas souvent été donnée au moyen âge:

E le cors mettent a nient,
Car leprus devenent sovent:
Las! tant est a vilté doné
Feme qe est a tuz liveré.

[625] châsses.

[626] reliques.

[627] «Sainte Geneviève, Notre-Dame des Champs, Saint-Maur corrompent ainsi nos dames de Paris (nostras dominas parisienses)», dit Mahieu. Le traducteur ajoute de son chef une longue liste d’autres églises parisiennes (p. 72).

[628] Le témoignage du Bigame sur l’importance du rôle joué dans la vie galante des femmes du moyen âge par les églises et les pèlerinages est confirmé par cent autres. Voir, plus haut, celui d’Etienne de Fougères (p. 24). Cf. les notes de l’édition Van Hamel, II, p. 166.

[629] Est-ce une addition du traducteur, ou bien le passage correspondant à cet endroit de la traduction manque-t-il dans le seul ms. connu du poème original? Voir sur ce point van Hamel, o. c., II, p. LV. Le traducteur, en tout cas, connaissait certainement la scène analogue qui se trouve dans le Roman de la Rose (v. 17326 et suiv.).

[630] tout ce que.

[631] souviennes.