[1] Il prépare en ce moment une étude beaucoup plus développée sur le génie de Keats et sur le mouvement littéraire de l'Angleterre entre 1800 et 1820.

[2] Page 53.

[3] Page 181.

[4] A mon frère George. Epître. Page 66. A mes frères. Sonnet. Page 73.

[5] A Haydon. Sonnet. Page 77.

[6] A Leigh Hunt. Dédicace de son premier volume. Page 51.

[7] A Felton Mathew. Epître. Page 61.

[8] A Cowden Clarke. Epître. Page 69.

[9] Reynolds. Réponse à un sonnet. Page 101.

[10] A Byron. Sonnet. Page 56. Quelles que fussent leurs divergences, il savait, lui, apprécier Byron.

[11] Lamia. Page 318.

[12] Endymion. Page 221.

[13] Sonnet. Page 67. On supprime parfois ce sonnet dans des éditions récentes! Pour quelle cause?

[14] Hypérion. Page 323.

[15] Page 281.

[16] Page 148.

[17] Page 113.

[18] Page 58.

[19] Sur les marbres d'Elgin. Sonnet. Page 87.

[20] Après une lecture de l'Episode de Paolo et Francesca, Sonnet. Page 164.

[21] D'après Ronsard. Fragment d'un sonnet. Page 123.

[22] Le premier a écrit: «L'homme dans la lune» et le second «Le berger fidèle», deux poèmes que Keats avait étudiés de près avant de commencer Endymion.

[23] Imitation de Spenser. Page 53. Sonnet à Spenser. Page 59.

[24] Avant de relire le roi Lear. Sonnet. Page 100.

[25] Dans Hypérion Keats a réussi à s'assimiler le style de l'auteur du Paradis perdu.

[26] La veille de Sainte Agnès a plus d'une ressemblance avec le Christabel de Coleridge, mais l'art de ce dernier est plus suggestif, celui de Keats plus pictural et plus plastique.

[27] Dante. Page 164.

[28] A Chatterton. Sonnet. Page 57. Il lui a dédié Endymion.

[29] Où est le poète? Page 106.

[30] Sur la sauterelle et le grillon. Sonnet. Page 80.

[31] Sonnet. Page 59.

[32] Je me haussais sur la pointe du pied. Page 98.

[33] Id. Page 92.

[34] Sur la mer. Page 89.

[35] Ode à un Rossignol. Page 142.

[36] Pour n'effaroucher personne, il est urgent de constater qu'il n'est naturaliste ni par ses sujets, ni par sa forme—mais sans alléguer l'impersonnalité de son art,—surtout pour la franchise de ses impressions.

[37] Hypérion. Page 332.

[38] Ode à un Rossignol. Page 142.

[39] Réponse à un sonnet de Reynolds. Page 101.

[40] Hypérion. Page 359.

[41] Ceci était plutôt la pratique des peintres d'autrefois, Rembrandt par exemple. De nos jours, Carrière employa principalement la méthode du ton fondamental, et finit même par négliger tous les autres.

[42] La veille de Sainte Agnès. Page 299. Deep-damasked, littéralement damassées en creux, incisées. Le poète veut évoquer à chaque vers l'idée de blason.

[43] La veille de Sainte Agnès. Page 279. Le substantif Pensée eût été préférable, mais eût semblé un jeu de mots.

[44] Ode sur une Urne grecque. Page 148.

[45] Sonnet. Page 62.

[46] Page 235.

[47] Les rimes ne sont pas combinées de la même façon chez Chaucer et chez Keats. Le premier fait rimer ensemble les lignes 1 et 3, les 2, 4, 5, 7, les 6, 8, et Keats les 1, 3, 5, les 2, 4, 6, les 7, 8.

[48] Page 265.

[49] Page 288.

[50] Page 323.

[51] Hypérion. Page 327.

[52] Fantaisie. Page 126.

[53] Endymion. Page 206.

[54] Sonnet. Page 171.

[55] Rappels de phrases: pages 126 et 129; 166 et 168; 187; 227 et 228; 239; 261 et 263; 332.

[56] Dans Lamia.

[57] Endymion, Chant I.

[58] Keats avait trouvé cette ballade dans les œuvres de Chaucer auquel en est attribuée la traduction anglaise, et il s'imaginait que c'était une ballade provençale (voir la Veille de Sainte-Agnès). Elle a été composée par Alain Chartier, secrétaire de Charles VI. Page 164.

[59] Endymion. Pages 218, 219 et suivantes. Strophe XXXI.

[60] Isabelle ou le Pot de basilic. Page 249.

[61] A Fanny. Page 135.

[62] Page 83.

[63] A George Felton Matthew. Page 61.

[64] Premier vers d'Endymion.

[65] Sommeil et poésie. Page 196.

[66] A mes frères. Sonnet. Page 73.

[67] O Solitude. Sonnet. Page 65.

[68] Teignmouth. Page 121.

[69] A Chatterton. Sonnet. Page 189.

[70] Sonnet. Page 114.

[71] Sonnet. Page 31.

[72] Sommeil et Poésie. Page 189.

[73] Littéralement, mûrissant.

[74] Son dernier sonnet. Page 181.

[75] Page 130.

[76] Ode à une urne grecque. Page 148.

[77] C'est ce qui lui attira la haine de Byron, féru d'admiration pour l'auteur de l'Essai sur l'homme.

[78] Sommeil et Poésie. Page 194.

[79] Voir l'Appendice bibliographique.

[80] Hypérion. Page 350.

[81] Sonnet. Page 68.

[82] Adressé à Haydon. Sonnet. Page 78.

[83] Lamia. Page 295.

[84] La Veille de Sainte Agnès. Page 278. Remarquer qu'il ne joue pas sur le double sens du mot, comme l'auteur français connu. Le mot anglais, blush, signifie que la couleur semble aller et venir.

[85] Depuis quelques années les édiles romains ont entrepris de changer de place le cimetière protestant; Shelley a été transporté dans une nouvelle sépulture loin de son ami et Keats n'a plus pour compagnon dans la mort que son fidèle Severn qui avait assisté à ses derniers moments.

[86] Voir la bibliographie à l'appendice.

 


POÉSIES DIVERSES

 

 

DÉDICACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

A Leigh Hunt.

Gloire et Beauté ont disparu;
Car si nous errons aux premières heures du matin,
Nous ne voyons aucun encens en spirales s'élever
Vers l'Est au devant du jour qui sourit:
Aucune troupe de nymphes à la douce voix, jeunes et gaies,
Apportant des épis de froment en des couronnes tressées,
Des roses, des œillets et des violettes, pour orner
L'autel de Flora au début de son mois de Mai.
Mais il reste encore d'autres joies aussi hautes,
Et je bénirai éternellement ma destinée,
De ce qu'à une époque où sous les arbres plaisants
Pan n'est plus imploré, je ressente un plaisir libre,
Un plaisir touffu, en constatant que je pourrais plaire,
Avec cette pauvre offrande, à un homme tel que toi.

Mars 1817.

 


 

IMITATION DE SPENSER

I

Maintenant le matin émergeant de son oriental séjour,
Dès ses premiers pas rencontra une verdoyante colline;
Il couronna de flammes ambrées sa crête dénudée,
Puis argenta les limpides cascatelles de son ruisseau;
Oui, jaillissant pur de sa source moussue, suintait goutte à goutte,
Et après un adieu à son lit de fleurs des champs,
Divisé en maints ruisselets, formait un petit lac;
Celui-ci, le long de ses rives, reflétait des berceaux de ramures entrelacées,
Et dans l'espace central, un ciel qui jamais ne s'abaisse.

II

Là le martin-pêcheur voyait son éclatant plumage
Rivaliser avec les brillantes colorations du poisson,
Dont les soyeuses nageoires et les légères écailles d'or
Dardaient au-dessus de lui, à travers les ondes, un rayon vermeil;
Là le cygne voyait la courbe neigeuse de son cou
Et majestueusement se promenait en ramant;
Ses yeux de jais étincelaient; ses pattes se montraient
Sous les vagues, semblables à l'ébène d'Afrique,
Et sur son dos une fée reposait voluptueusement.

III

Ah! comment décrire les enchantements d'une île
Placée au centre de ce merveilleux lac;
Je pourrais plutôt distraire Didon de sa douleur,
Ou chasser du vieux Lear son amère tristesse:
Certes on ne vit jamais plus admirable site
Parmi tous ceux qui charmèrent les yeux romantiques;
L'île semblait une émeraude scintillant dans l'argent
Des eaux éblouissantes; de même au plus haut de l'éther,
Transperçant les nuées d'un blanc floconneux, rit le ciel céruléen.

IV

Tout autour, le lac baignait luxurieusement
Des pentes de verdure à travers ses vagues miroitantes,
Qui, ainsi qu'en une gentille amitié
Se ridaient avec délices sur le bord fleuri,
Comme si elles s'efforçaient de recueillir les rougeoyantes larmes
Qui tombaient en profusion des tiges de rosiers!
Peut-être était-ce l'œuvre de son orgueil
Luttant pour jeter sur la grève un joyau
Qui surpassât tous les bourgeons sertis dans le diadème de Flora.

1813–14.


 

A BYRON

Byron que ta mélodie est suave et triste!
Prêtant à l'âme des accords de tendresse,
Comme si la douce Pitié, avec une force inaccoutumée,
Avait touché son luth plaintif, et que toi à ses côtés,
Tu eusses saisi les sons et ne leur eusses pas permis de mourir.
La douleur qui couvre tout ne te rend pas moins
Séduisant: bien que tes chagrins soient revêtus
D'un brillant halo, d'un éblouissant éclat,
Comme lorsqu'un nuage voile la lune dorée,
Et que ses bords sont colorés d'une lumière resplendissante;
A travers la sombre robe, souvent percent des rayons transparents
Qui s'infiltrent comme de jolies veines dans le marbre noir.
Chante encore, cygne agonisant! refais encore le récit,
Le récit enchanteur, le récit du plaisant pitoyable.

1815.


 

A CHATTERTON

O Chatterton! que ton destin fut triste!
Cher enfant du chagrin—fils de la misère!
Combien prématurément les ténèbres de la mort ont éteint tes yeux,
Où le génie mettait une douce lueur et un haut dessein!
Combien prématurément ta voix, majestueuse et inspirée,
Se dissolvait en vers mourants! Oh! combien proche
Fut la nuit de ton admirable matin. Tu mourus
Fleurette à demi épanouie frappée par les souffles glacés.
Mais c'est le passé: te voilà parmi les astres
Au plus haut du ciel: aux sphères qui tourbillonnent
Tu chantes harmonieusement; rien ne gâte tes hymnes,
Au-dessus du monde ingrat et des humaines épouvantes.
Sur terre, l'homme juste défend contre les vils détracteurs
Ton illustre nom et l'abreuve de larmes.

1815.


 

EN OUVRANT POUR LA PREMIÈRE FOIS L'HOMÈRE DE CHAPMANN

J'ai beaucoup voyagé à travers les royaumes dorés,
Et vu maints florissants états et maintes nations;
Autour de maintes îles occidentales j'ai vogué
Dont les bardes restent fidèles au culte d'Apollon.
Souvent on m'avait parlé de la vaste étendue
Qu'Homère au front ridé gouvernait comme son domaine;
Mais jamais encore je n'avais respiré son souffle pur
Avant que Chapman fît résonner son haut et fier langage:
Alors, je me sentis comme un veilleur des cieux
Lorsqu'une nouvelle planète surgit à portée de sa vue,
Ou comme le vaillant Cortez, quand de ses yeux d'aigle
Il fixait le Pacifique—alors que tous ses hommes
Se regardaient avec un étrange soupçon—
Silencieux, du haut d'un pic du Darien.

Août 1815.


 

SONNET

O combien j'aime, par un beau soir d'été
Lorsque des torrents de lumière déversent l'or à l'Occident
Et que sur les zéphyrs embaumés reposent immobiles
Les nuages argentés, loin, très loin, laisser
Les pensées vulgaires, et m'accorder un doux répit
Contre les menus soucis; découvrir après une paisible recherche,
Une solitude parfumée, parée des beautés de la Nature,
Et là, faire délicieusement illusion à mon âme:
Là m'échauffer le cœur avec des chansons de ma patrie,
Méditant sur le sort de Milton—sur le cercueil de Sidney—
Jusqu'à ce que leurs formes austères se dressent devant moi:
Peut-être prendre mon essor sur l'aile de la Poésie,
Très souvent verser une larme délicieuse
Lorsque quelque mélodieuse tristesse enchante mes yeux.


 

A SPENSER

Spenser, un de tes fervents admirateurs,
Qui a pénétré au plus profond des arbres de ta forêt,
Me fit promettre, l'autre soir, de ciseler
Quelques vers dont le charme pût séduire ton oreille.
Mais, Poète Elfe! il est impossible
A un habitant de cette terre hivernale
De s'élever, tel Phœbus, muni d'une plume d'or,
Avec des ailes de flamme et de faire surgir une aube en sa joie.
Il est impossible d'échapper au labeur
Tout d'un coup, et de recevoir ton inspiration;
La fleur doit absorber la nature du sol
Avant de pouvoir s'épanouir:
Sois avec moi dans les jours d'été, et je
Ferai une tentative en ton honneur et pour plaire à cet ami.


 

ÉPITRE A GEORGES FELTON MATTHEW

Douces sont les joies que procure la poésie,
Et doublement douces quand elle chante une fraternité;
Aucun souvenir, Matthew, ne peut évoquer à nos yeux
Un destin plus plaisant, une jouissance plus vraie
Que celui dans lesquels s'ébattent deux Poètes frères,
Qui, en combinant leurs inspirations, emploient leur talent
A élever un trophée aux muses du drame.
La pensée de cette grande association infuse
Dans le cœur aimant du génie, la divination
De tout ce qui est haut, grand, bon et calmant.
.    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .
Novembre 1815.


 

SONNET

Combien de bardes dorent le cours du temps!
Quelques uns d'entre eux furent toujours la nourriture
De mon imagination charmée—Je pouvais longuement méditer
Sur leurs beautés, terrestres ou célestes:
Et souvent, lorsque je m'asseois pour rimer,
Elles font en foule irruption dans mon cerveau:
Mais ni confusion, ni trouble grossier
Elles n'apportent; c'est un harmonieux accord.
Ainsi les innombrables sonorités qui sont l'apanage du soir;
Les chants des oiseaux—le bruissement des feuilles—
La voix des eaux—la grande cloche qui se balance
En résonnant solennellement—et des milliers d'autres encore,
Que la distance empêche de reconnaître,
Forment non un vacarme incohérent, mais une délicieuse symphonie.

Avril 1816.


 

A G. A. W.

Nymphe du sourire en dessous et du coup d'œil de côté,
Dans quels plus divins moments de la journée
Es-tu la plus séduisante? Est-ce lorsque, t'écartant des droits chemins,
Tu t'engages dans les labyrinthes des douces paroles?
Ou lorsque avec sérénité tu vagabondes en un ravissement
De pensée plus raisonnable? Ou lorsque, partant au loin
En costume désordonné pour affronter les rayons du matin,
Tu jettes les fleurs éparses dans ta danse vertigineuse?
Peut-être est-ce lorsque tes lèvres de rubis s'entrouvrent délicieusement,
Et restent ainsi parce que tu écoutes:
Mais tu as été éduquée si exclusivement en vue de plaire
Qu'il m'est impossible de dire jamais quelle disposition est la meilleure.
J'aurai aussi vite jugé quelle Grâce plus élégamment
Danse devant Apollon, que résolu cette question.

Avril 1816.


 

O SOLITUDE

O Solitude! si je dois habiter avec toi,
Que ce ne soit pas parmi les entassements confus
De sombres masures! Gravis avec moi le pic escarpé,—
Observatoire de la nature,—d'où le vallon
Avec ses pentes fleuries et le gazouillis cristallin de sa rivière,
Puisse sembler un empan[1]; que je passe tes veillées
Sous des voûtes de branches où le daim, par ses bonds rapides,
Ecarte l'abeille sauvage de la digitale à clochettes.
Mais, quoique je sois heureux d'assister à ces scènes en ta compagnie,
Pourtant, l'aimable causerie avec un esprit naïf,
Dont les propos sont des images de pensées délicates
Est la joie de mon âme; et, sûrement ce doit être
A peu près la plus haute félicité de la race humaine,
Lorsque dans tes retraites se réfugient deux âmes sœurs.

Mai 1816.

[1] C'est-à-dire puisse sembler de la taille de la main.


 

ÉPITRE A MON FRÈRE GEORGES

.    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .    .
Tels sont les plaisirs qui échoient au poète vivant:
Mais plus riche est la récompense de la postérité.
Que murmurera-t-il dans son dernier soupir,
Lorsque ses fiers regards perceront les ténèbres de la mort?
.    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .    .
Quant à mes sonnets, quoique personne n'y ait fait attention,
Je me réjouis, cependant, à l'idée que vous les lirez.
Depuis peu, aussi, j'ai éprouvé un grand et paisible plaisir,
Etendu sur le gazon, occupé à ce que j'aime par dessus tout:
A griffonner ces lignes pour vous. Voilà ce que je pensais
Tandis que sur mon visage je sentais la brise la plus fraîche.
En ce moment, je repose sur un lit de fleurs
Qui couronne une falaise élevée; et celle-ci domine fièrement
Les vagues de l'Océan. Les pédoncules, les brins d'herbe
Strient ma table de leurs ombres tremblotantes.
D'un côté est un champ d'avoines penchées,
Que les coquelicots émaillent de leurs folioles écarlates.
Si choquantes et si inutiles, puisqu'elles rappellent à l'esprit
Les vêtements rouges que déteste l'humanité,
Et de l'autre côté, se déploie devant mes yeux
Le manteau bleu de l'Océan avec des raies pourpres et vertes.
Tantôt j'aperçois un navire avec ses voiles, et tantôt
Je remarque le remous, brillant comme de l'argent, qui enveloppe sa proue.
Je vois l'alouette redescendant vers son nid,
Et la mouette, aux vastes ailes, qui jamais ne se repose;
Car, lorsqu'elle n'étale plus largement ses ailes,
Sa poitrine danse sur la mer inlassablement agitée
.    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .    .

Août 1816.


 

ÉCRIT PENDANT UNE SOIRÉE D'ÉTÉ

Les cloches de l'église font résonner les alentours de leur mélancolie,
Elles invitent les fidèles à prier encore,
A se plonger encore dans le noir, dans de plus redoutables soucis,
A écouter plus souvent l'affreuse éloquence d'un prédicateur.
A coup sûr l'esprit de l'homme est étroitement envoûté
Par quelque sombre ensorcellement; on voit chacun fuir
Les joies du foyer, et les airs Lydiens,
Et les entretiens élevés avec ceux que la gloire a couronnés.
Toujours, toujours les cloches sonnent, et j'en sentirais un froid humide
Un frisson comme celui qui émane de la tombe, si je ne savais
Qu'elles vont mourir, comme une lampe dont l'huile est consumée,
Que c'est leur dernier soupir, leur lamentation avant de rentrer
Dans l'oubli—si je ne savais que de fraîches fleurs écloront
Et de nombreuses gloires marquées au sceau de l'immortalité.

1816.


 

ÉPITRE A CHARLES COWELEN CLARKE

.    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .    .
D'après ce qui précède, ami Charles, vous pouvez clairement concevoir
Pourquoi je ne vous ai jamais adressé de vers:
Parce que mes pensées n'étaient jamais nettes ni précises,
Et qu'elles étaient peu dignes de plaire à une oreille classique;
.    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .    .
Aussi ne le ferais-je pas maintenant si je ne vous connaissais depuis longtemps;
Si vous ne m'aviez le premier appris tous les charmes du chant:
Le grand, le doux, l'élégant, le libre, le délicat;
Celui qui s'enfle pathétiquement et celui qui va divinement droit;
Les voyelles Spensériennes qui prennent leur essor en toute aisance,
Et flottent comme les oiseaux sur les mers estivales;
Les tempêtes Miltoniennes, et plus encore, la tendresse Miltonienne;
Michel en armes, et plus encore la charmante gracilité de la tendre Eve.
Qui a lu pour moi le sonnet s'enflant bruyamment
Jusqu'à son apogée, puis mourant fièrement?
Qui a exalté pour moi la grandeur de l'ode,
Tirant, comme Atlas, sa vigueur de son propre poids?
Qui m'a fait goûter plus qu'une liqueur forte
La tranchante épigramme à la pointe aiguisée?
Et m'a prouvé que, de tous, l'épique était le roi,
Sphérique, grandiose, enserrant tout comme l'anneau de Saturne?
.    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .    .

Septembre 1816.


 

SONNET

Piquantes, tumultueuses, les raffales sifflent çà et là
A travers les buissons desséchés, à demi dénudés;
Les étoiles semblent gelées, suspendues dans le ciel,
Et j'ai de nombreux milles à parcourir à pied.
Cependant je m'inquiète peu du froid de la bise glacée,
Ou du lugubre frémissement des feuilles mortes,
Ou de ces lampes d'argent allumées au-dessus de moi,
Ou de la distance qui me sépare du doux repos du home;
Car je suis tout imprégné de l'amitié
Que j'ai trouvée dans le petit cottage,
De l'éloquente détresse de Milton aux cheveux si beaux,
Et de toute son affection pour le gentil Lycidas noyé,
De la charmante Laura dans sa légère robe verte,
Et du fidèle Pétrarque couronné par la gloire.


 

MÊME SONNET TRADUIT PAR SAINTE-BEUVE

Piquante est la bouffée à travers la nuit claire;
Dans les buissons séchés la bise va sifflant;
Les étoiles au ciel font froid en scintillant,
Et j'ai, pour arriver, bien du chemin à faire.
Pourtant je n'ai souci ni de la bise amère,
Ni des lampes d'argent dans le blanc firmament,
Ni de la feuille morte à l'affreux sifflement,
Ni même du bon gîte où tu m'attends, mon frère!
Car je suis tout rempli de l'accueil de ce soir,
Sous un modeste toit où je viens de m'asseoir,
Devisant de Milton, l'aveugle au beau visage,
De son doux Lycidas par l'orage entraîné,
De Laure en robe verte en l'avril de son âge,
Et du féal Pétrarque en pompe couronné.


 

A MES FRÈRES

De petites flammes agitées traversent le charbon dont on vient d'emplir l'âtre,
Et leur léger pétillement se fait entendre au milieu de notre solitude,
Tels des chuchotements de dieux familiers qui gardent
Un affectueux empire sur nos fraternelles âmes.
Et pendant qu'à la recherche de rimes je voyage jusqu'aux pôles,
Vos regards sont fixés, comme en un sommeil poétique,
Sur la légende si abondante et si profonde
Qui toujours, à la tombée de la nuit, apaise nos soucis.
C'est votre jour de naissance, Tom, et je me réjouis
Qu'il se passe ainsi en une reposante quiétude.
Bien des veillées semblables de doux chuchotement
Puissions-nous passer ensemble, et ressentir dans le calme
Ce que sont les vraies joies d'ici-bas—avant que la grande voix
De la céleste bouche, ordonne à nos esprits de prendre notre vol.

18 novembre 1816.


 

SONNET

Pour celui qui a longtemps été parqué dans la ville,
Quelle joie de promener ses regards sur la sereine
Et libre étendue du ciel,—d'exhaler une prière
Sous le plein sourire du firmament azuré!
Qui peut être plus heureux que lui, lorsque d'un cœur satisfait
Il enfonce ses membres lassés dans quelque moelleux tapis
D'herbe drue, et lit une débonnaire
Et poétique histoire d'amour et de langueur?
Quand il rentre chez lui, le soir, son oreille
Perçoit les plaintes de Philomèle, ses yeux
Surveillent la brillante course des nuées qui voguent dans l'espace;
Il se lamente de ce que ce jour se soit si vite écoulé:
Comme la chute d'une larme d'ange
Qui tombe dans le lumineux éther, silencieusement.

1816.


 

EN QUITTANT QUELQUES AMIS DE BONNE HEURE

Qu'on me donne une plume en or, et qu'il me soit permis de m'appuyer
Sur un monceau de fleurs, en des régions claires et lointaines;
Qu'on m'apporte une tablette plus blanche qu'une étoile,
Ou la main d'un ange chantant un hymne, lorsqu'on l'aperçoit
Entre les cordes d'argent d'une harpe céleste;
Qu'ici s'avancent sur de nombreux chars ornés de perles,
Des robes roses, des cheveux flottants, des corbeilles de diamants,
Des ailes à demi découvertes, et des regards perçants.
En même temps, que la musique bourdonne autour de mes oreilles,
Et chaque fois qu'arrivera quelque délicieuse Coda,
Que j'écrive un vers d'une somptueuse tonalité,
Plein des multiples émerveillements des sphères:
Jusqu'à quelle hauteur en effet mon esprit prétend-il s'élever!
Il n'est pas satisfait de demeurer si tôt seul.

1816.


 

ADRESSÉ A HAYDON

Hauteur d'esprit, jalousie pour tout ce qui est bien,
Une ardente tendresse pour la renommée d'un grand homme,
Habitent çà et là au milieu de cette foule sans nom,
Dans la ruelle infecte, dans le bois inextricable;
Et là où nous pensons que la vérité est la moins comprise,
Très souvent nous trouvons la «sincérité du but»
Qui devrait épouvanter jusqu'à se cacher de honte
Une pitoyable engeance, affamée d'argent.
Combien glorieuse est cette affection pour la cause
Du génie inébranlable, peinant vaillamment!
Qu'arrive-t-il lorsqu'un intrépide champion fait rentrer
L'Envie et la Malice dans leur taudis natal?
D'innombrables âmes font retentir de discrets applaudissements,
Fières de le contempler dans les yeux de sa patrie.

1816.


 

ADRESSÉ A HAYDON

De grands esprits habitent en ce moment sur terre;
Celui du nuage, de la cataracte, du lac,
Qui sur le sommet d'Helvellyn, les yeux ouverts,
Reçoit sa fraîcheur des ailes de l'Archange:
Celui de la rose, de la violette, du printemps,
Du sourire social, du lien pour le salut de la Liberté:
Et là!—de celui dont la fermeté jamais ne devrait prendre
Un son plus humble que le chuchotement de Raphaël.
D'autres esprits se tiennent ici à l'écart
Sur le seuil de l'âge qui vient;
Ceux-là, ceux-là donneront au monde un autre cœur
Et d'autres pulsations. N'entends-tu pas le ahan
De puissants travaux dans les humaines entreprises?
Ecoutez un instant, nations, et soyez muettes!

20 novembre 1816.


 

SONNET

Heureuse est l'Angleterre! je me contenterais
De ne pas voir d'autre verdure que la sienne;
De ne pas sentir d'autres brises que celles qui soufflent
A travers ses imposantes futaies confondues avec les grandioses légendes;
Et cependant, parfois, je sens que je languis
Pour le ciel Italien, que je gémis intérieurement
De ne pas prendre assiette sur une Alpe comme sur un trône,
Et que j'oublie à demi ce que signifient monde et mondanité.
Heureuse est l'Angleterre! suaves sont ses filles dénuées d'artifice;
Suffisant pour moi est leur simple charme,
Suffisants sont leurs bras blancs vous enlaçant en silence:
Et cependant, je brûle souvent, avec ardeur, de voir
Des beautés au regard énigmatique, d'entendre leurs chants,
Et de voguer avec elles sur les eaux estivales.

1816.


 

SUR LA SAUTERELLE ET LE GRILLON

La poésie de la terre ne meurt jamais:
Quand tous les oiseaux abattus par la chaleur du soleil
Se cachent sous la fraîcheur des arbres, une voix courra
De haie en haie le long des prés nouvellement fauchés;
C'est celle de la Sauterellle—qui conduit le concert
Dans la volupté de l'été; inépuisables
Sont ses délices; et, lorsqu'elle est lassée de ses jeux
Elle se repose à l'aise, abritée sous quelque roseau hospitalier.
La poésie de la terre ne cesse jamais:
Par une solitaire soirée hivernale, quand la gelée
A imposé un silence général, dans l'âtre grince
Le cri du Grillon, dont la chaleur augmente l'acuité;
Il semble au dormeur à moitié assoupi
La voix de la Sauterelle parmi les collines herbues.

30 décembre 1816.


 

SONNET

Après que de sombres vapeurs ont pesé sur nos montagnes
Pendant une longue et triste saison, survient un jour
Enfant de l'aimable Sud, qui purge
Les cieux malades de toutes malsaines souillures.
Le mois anxieux, délivré de ses tourments,
Prend comme un droit longtemps perdu le contact de Mai,
Les paupières se jouent avec la fraîcheur qui passe,
Comme les feuilles de rose avec les gouttes des pluies d'été.
Les pensées les plus calmes flottent autour de nous:—les feuilles
Qui bourgeonnent—le fruit mûrissant dans le silence—les soleils d'automne
Souriant le soir sur les paisibles javelles—
La joue duvetée de Sapho—la respiration d'un enfant endormi—
Le sable qui parcourt grain par grain une horloge—
Un ruisselet sous bois—une mort de Poète.

Janvier 1817.


 

CALIDORE

.    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .
Douces les brises arrivaient de la forêt,
Douces elles soufflaient de côté la flamme de la bougie;
Claire venait la chanson du berceau lointain de Philomèle;
Agréable l'encens de la fleur du tilleul;
Mystérieux, farouche le son de la trompette résonnant au loin;
Adorable la lune dans l'éther, toute seule;
.    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .     .    .    .    .

1817.


 

FEMME! LORSQUE JE TE VOIS

Femme! lorsque je te vois bavarde, vaine,
Inconstante, puérile, orgueilleuse et pleine de caprices;
Dénuée de cette modeste langueur qui rehausse le charme
Des yeux baissés, repentants des blessures
Causées par leur douce lueur et les guérissant aussitôt:
Aussitôt mon esprit enfiévré s'exalte et bondit,
Aussitôt mon âme tressaute et se réjouit
De ce que si longtemps je sois resté fermé à l'amour.
Mais quand je te discerne bonne, charitable et tendre,
O ciel! avec quel acharnement j'adore
Ta grâce enchanteresse;—je brûle d'être
Ton défenseur—d'être ton Calidore—
Un vrai Chevalier de la Croix Rouge—un vaillant Léandre—
Pourvu que je sois aimé de toi comme ces héros de jadis!
Pieds agiles, yeux violet foncé, cheveux bien séparés.
Mains potelées, cou de neige, poitrine blanche,
Sont choses qui stupéfient les sens éblouis
Au point que les yeux fascinés, fixes, oublient qu'ils regardent.
D'un tel spectacle, o Ciel! je n'ai pas le courage
De détourner mon admiration, si dépourvu
Soit-il de ce qui mérite le respect, si dépouillé
De l'adorable modestie et des rares vertus.
Cependant, aussi insouciant que l'alouette, je me dégage
De ces leurres et les oublie immédiatement—même avant d'y avoir goûté
Ou d'avoir trois fois humecté mon palais; mais lorsque je remarque
Que de pareils charmes unissent leur éclat avec celui d'une bienveillante intelligence,
Mon oreille s'entrouvre, telle la gueule rapace d'un requin,
Pour se repaître des accents d'une voix divine.

Ah! qui peut oublier jamais une créature si parfaite?
Qui peut oublier ses attraits à demi dissimulés?
Dieu! elle est comme l'agneau d'un blanc de lait, qui bêle
Pour que l'homme le protège. Assurément Celui qui voit tout,
Qui est heureux de nous savoir satisfaits de ses dons,
Ne donnera jamais d'ailes au criminel qui entraîne
Tant d'innocence à sa ruine—qui vilement dupe
Un cœur naïf de colombe. Pour dire vrai, rien ne peut libérer
Nos pensées d'une telle beauté: lorsque j'entends
Un lai dont j'ai vu une fois sa main évoquer le rythme,
Son contour me semble flotter palpable et proche;
L'eussé-je jamais vue cueillir d'un berceau
Une fleur trempée de rosée, souvent cette main m'apparaîtrait,
Et sur mes yeux secouerait les perles tremblotantes de l'humidité.


 

A UN AMI QUI M'AVAIT ENVOYÉ DES ROSES

Comme j'errais à travers les champs en liesse,
Alors que l'alouette secoue la tremblante rosée
Qui perle sur le trèfle, son abri—quand à nouveau
Les chevaliers d'aventure se saisissent de leurs boucliers bossués:—
Je vis la fleur la plus délicate que produise la sauvage nature,
Une rose musquée fraîchement épanouie; c'était la première qui distillât
Son parfum sur l'été: gracieuse elle croissait
Semblable à la baguette que manie la reine Titania.
Et comme je me régalais de son odeur,
Je pensais qu'elle surpassait de beaucoup la rose des jardins:
Mais quand, o Wells! tes roses me parvinrent
Mes sens furent délicieusement charmés:
Elles avaient de douces voix, qui plaidaient tendrement
Murmurant les mots de paix, de sincérité et d'amitié indomptable.


 

SUR LES MARBRES D'ELGIN

Mon esprit est trop faible; la hantise de la mort
Pèse lourdement sur moi comme un invincible sommeil,
Et tout pinacle que j'imagine, tout abîme
De divine souffrance me dit que je dois mourir,
Tel un aigle blessé qui regarde le ciel.
Cependant c'est une exquise jouissance de pleurer
De ce que je n'ai pas les vents des nuées à maintenir
Frais pour les yeux qui s'ouvrent au matin.
De telles gloires vaguement conçues dans le cerveau
Font affluer au cœur une ineffable haine.
Ainsi causent une vertigineuse souffrance ces merveilles
Dans lesquelles on trouve mélangée la grandeur Grecque avec la rude
Destruction du vieux Temps—avec une masse agitée
Un soleil, une ombre d'une magnitude.

1817.


 

CONCLUSION DU PRÉCÉDENT SONNET

Haydon! pardonne-moi de ne pouvoir parler
En termes définitifs de ces hauts chefs-d'œuvre.
Pardonne-moi de ne pas avoir les ailes de l'aigle,
De ne pas savoir où je dois chercher ce qui me fait défaut;
Et pense que je ne voudrais pas être par trop naïf
En faisant résonner des roulements de tonnerre répétés
Jusque sur les escarpements d'où jaillissent les sources de l'Hélicon.
Eussé-je un souffle assez puissant pour une tâche aussi fantastique.
Pense aussi que toutes ces harmonies seraient tiennes;
A quel autre seraient-elles? Qui, sur ce sujet, atteint le bord de ton manteau?
Car lorsque les hommes regardaient ce qu'il y a de plus divin
Avec une idiotie écervelée et une suffisance phlegmatique,
Tu avais déjà contemplé le plein éclat Hespérien
De leur splendeur orientale, et tu étais allé les adorer!