«En quel oncques liu que je soie.»
(La Violette, p. 44.)
«Avis li fu qu .I. angle de par Dieu li disoit
«Qu’aler lessast Flourence quel part que ele voudroit.»
(Le dit de Flourence de Rome.)

Froissart parlant de la cour du comte de Foix:

«Nouvelles de quel royaume ni (et) de quel pays que ce feust là dedans on y apprenoit.»

(Chron. liv. III.)

Quelque... que est une locution dont il est impossible de rendre compte; elle échappe à toute analyse par son absurdité. Pourquoi ces deux que l’un sur l’autre, et quel invariable? Il appartenait à Molière de maintenir au milieu du XVIIe siècle la forme primitive.

Il serait bien à souhaiter qu’on reprît l’ancien usage, et qu’on purgeât notre langue de cet affreux quelque... que.

Nous avons vu Froissart, à la fin du XVe siècle, employer encore la vraie locution. A la même époque, je trouve déjà la mauvaise forme installée dans un chef-d’œuvre, dans la farce de Pathelin:

A moy mesme pour quelque chose
Que je te die ne propose........
Dictes hardiment que j’affole
Se je dis huy aultre parole
A vous n’a quelque aultre personne,
Pour quelque mot que l’en me sonne,
Fors Bée que vous m’avez aprins.
(Pathelin.)

Ainsi, dès la fin du XVe siècle, les deux locutions étaient en présence, et luttaient. Selon la marche des choses d’ici-bas, la pire devait l’emporter, et son triomphe ne se fit pas attendre. Le XVIe siècle, tant ses ardeurs de grec, de latin, d’italien et d’espagnol lui brouillaient la cervelle, n’entendait plus rien du tout à la première langue française; je ne suis donc pas surpris de voir la forme quelque que mentionnée seule, et consacrée comme une règle dans la grammaire de Palsgrave (1530); c’est au folio 114 (recto), où l’auteur expose que l’on emploie indifféremment quelque et quelconque. Voici ses exemples:

«Quelconque ou quelque excusation que vous alleguez, elle ne vous servira de rien.»

«Quelques dieux, ou quelconques dieux que ils soient.»

«O deesse specieuse, quelque tu soies, si m’engarderay à faire à aultruy mencion quel conques

Ces exemples sont pris dans quelque traduction du latin, faite par un célèbre écrivain de l’époque.

Vous observerez que Palsgrave recommande bien surtout de ne jamais faire accorder quel dans quelque ni quelconque. Si l’on trouve parfois dans les livres quelle que, quelsconques ou quellesconques, c’est, dit-il, par une grosse méprise des imprimeurs: «that was done by the errour of the printers.» Il fait de cette invariabilité une règle formelle, que l’âge suivant, avec son inconséquence ordinaire, a gardée pour quelconque, et violée pour quelque. Nous écrivons: une femme quelconque, sans faire accorder quel, et en le faisant accorder: quelle que soit cette femme. Notre grammaire moderne ressemble à un écheveau mêlé.

QUELQUE SOT, locution elliptique:

LÉLIE.
Tu te vas emporter d’un courroux sans égal.
MASCARILLE.
Moi, monsieur? quelque sot! la colère fait mal.
(L’Ét. II. 7.)

C’est-à-dire, quelque sot s’emporterait; mais moi, non!

Certes je t’y guettois!—Quelque sotte, ma foi!
(Tart. II. 2.)

Quelque sotte y serait prise; mais non pas moi!

Hé, quelque sot! je vous vois venir.

(G. D. II. 7.)

QUÊTE, recherche; LA QUÊTE DE QUELQU’UN:

Si bien qu’à votre quête ayant perdu mes peines...
(L’Ét. V. 14.)

A votre recherche.

C’est le sens primitif du mot: la quête du S. Graal.

QUI, se rapportant à un nom de chose, au lieu de lequel, que Molière et ses contemporains paraissent avoir évité autant que possible:

J’ai conçu, digéré, produit un stratagème
Devant qui tous les tiens, dont tu fais tant de cas,
Doivent sans contredit mettre pavillon bas.
(L’Ét. II. 14.)
Et pourvu que tes soins, en qui je me repose...
(Ibid. III. 5.)
Et contre cet assaut je sais un coup fourré,
Par qui je veux qu’il soit de lui-même enferré.
(Ibid. III. 6.)
Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure
Des visages humains offusque la figure.
(Éc. des mar. I. 1.)
Je veux une coiffure, en dépit de la mode,
Sous qui toute ma tête ait un abri commode.
(Ibid.)
O trois ou quatre fois béni soit cet édit
Par qui des vêtements le luxe est interdit!
(Ibid. 9.)

Ce n’est pas que Molière ait sacrifié au besoin de la mesure:

Oui, oui, votre mérite, à qui chacun se rend....
(Ibid.)

Il ne lui en eût pas coûté davantage de mettre auquel, si ce terme eût été alors plus juste et plus conforme à l’usage.

Vous donner une main contre qui l’on enrage.
(Fâcheux. I. 5.)

Cette liberté pour qui j’avois des tendresses si grandes...

(Princ. d’Él. IV. 1.)

Une de ces injures pour qui un honnête homme doit périr.

(D. Juan. III. 4.)

C’est un art (l’hypocrisie) de qui l’imposture est toujours respectée.

(Ibid. V. 2.)
L’honneur vous apprend-il ces mignardes douceurs
Par qui vous débauchez ainsi les jeunes cœurs?
(Mélicerte. II. 4.)
Mais les gens comme nous brûlent d’un feu discret,
Avec qui pour toujours on est sûr du secret.
(Tart. III. 3.)

Qui se rapporte à feu, et non pas à gens: avec lequel feu.

N’oublie rien..... de ces caresses touchantes à qui je suis persuadé qu’on ne sauroit rien refuser.

(L’Av. IV. 1.)
De grâce, souffrez-moi, par un peu de bonté,
Des bassesses à qui vous devez la clarté.
(Fem. sav. I. 1.)

QUI relatif, séparé de son sujet:

Sans ce trait falot,
Un homme l’emmenoit, qui s’est trouvé fort sot.
(L’Ét. II. 14.)
Ah! sans doute, un amour a peu de violence,
Qu’est capable d’éteindre une si foible offense.
(Dép. am. IV. 2.)
La tête d’une femme est comme une girouette
Au haut d’une maison, qui tourne au premier vent.
(Ib. IV. 2.)
N’allez point présenter un espoir à mon cœur,
Qu’il recevroit peut-être avec trop de douceur.
(Mélicerte. II. 3.)
Nous perdons des moments en bagatelles pures,
Qu’il faudroit employer à prendre des mesures.
(Tart. V. 3.)

Il me faut aussi un cheval pour monter mon valet, qui me coûtera bien trente pistoles.

(Scapin. II. 8.)

C’est le cheval qui coûtera trente pistoles, et non le valet.

Vous avez notre mère en exemple à vos yeux,
Que du nom de savante on honore en tous lieux.
(Fem. sav. I. 1.)
Nos pères sur ce point étoient gens bien sensés,
Qui disoient qu’une femme en sait toujours assez...
(Ibid. II. 7.)

Cette construction était une des plus usitées:

«On ne parloit qu’avec transport de la bonté de cette princesse, qui, malgré les divisions trop ordinaires dans les cours, lui gagna d’abord tous les esprits.»

(Bossuet. Or. fun. de la duch. d’Orl.)

Qui ne se rapporte pas à la princesse, mais à sa bonté, qui lui gagnait tous les esprits.

«Il a eu raison d’interdire un prêtre pour toute sa vie, qui, pour se défendre, avoit tué un voleur d’un coup de pierre.»

(Pascal, 14e Prov.)

«Votre père Alby fit un livre sanglant contre lui (le curé de St.-Nizier de Lyon), que vous vendites vous-même, dans votre propre église, le jour de l’Assomption.»

(Id. 15e Prov.)

QUI, répété disjonctivement pour celui-ci, celui-là:

Ils n’ont pas manqué de dire que cela procédoit qui du cerveau, qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie.

(Méd. m. lui. II. 9.)
«Qui lance un pain, un plat, une assiette, un couteau;
«Qui pour une rondache empoigne un escabeau.»
(Regnier. Le Festin.)

QUITTER SA PART A (un infinitif):

La mienne (ma main), quoiqu’aux yeux elle semble moins forte,
N’en quitte pas sa part à le bien étriller.
(Éc. des fem. IV. 9.)

JE LE QUITTE:

Ho! poussez. Je le quitte, et ne raisonne plus.
(Dép. am. II. 1.)

Oh! je le quitte.

(B. gent. IV. 5.)

Ah! je le quitte maintenant, et je n’y vois plus de remède.

(G. D. III. 13.)

C’est-à-dire, je donne quittance du surplus; j’en ai assez, j’y renonce. Le est ici au neutre, sans relation grammaticale.

«La police feminine a un train mystérieux; il fault le leur quitter

(Montaigne. III. 5.)

Le leur abandonner, ne s’en point mêler.

«Mon père, lui dis-je, je le quitte, si cela est.»

(Pascal. 7e Prov.)

QUITTER A QUELQU’UN LA PLACE, LA PARTIE, la lui abandonner:

Ma présence le chasse,
Et je ferai bien mieux de lui quitter la place.
(Tart. II. 4.)
Mettez dans vos discours un peu de modestie,
Ou je vais sur-le-champ vous quitter la partie.
(Ibid. III. 2.)

—«Adrian l’empereur, débattant avecques le philosophe Favorinus de l’interpretation de quelque mot, Favorinus luy en quitta bientost la victoire

(Mont. III. 7.)

On disait aussi quitter quelqu’un de quelque chose.

Le baron de la Crasse, de Raymond Poisson, se vante de son talent à jouer la comédie; et pour en donner sur-le-champ un échantillon:

«Autrefois j’ai joué dans les fureurs d’Oreste:
«Tiens, tiens, voilà le coup...—Nous vous quittons du reste.»

Et le pelletier vantant ses fourrures à Patelin:

«N’en payez ne denier ne maille,
«Se vous en trouvez qui les vaille;
«Je vous en quitte
(Le Nouv. Pathelin.)

QUOI, adjectif neutre, pour lequel:

Le grand secret pour quoi je vous ai tant cherché.
(Dép. am. I. 2.)
Ce n’est pas le bonheur après quoi je soupire.
(Tart. III. 3.)

Ces disputes d’âges, sur quoi nous voyons tant de folles.

(Am. magn. I. 2.)
Voici de petits vers pour de jeunes amants,
Sur quoi je voudrois bien avoir vos sentiments.
(Fem. sav. III. 5.)

.... La dissection d’une femme, sur quoi je dois raisonner.

(Mal. im. II. 6.)

Il est remarquable avec quel soin Molière fuit ce mot lequel.

(Voyez LEQUEL évité.)

«Selon Vaugelas, quoi, pronom relatif, est d’un usage fort élégant et fort commode pour suppléer au pronom lequel en tout genre et en tout nombre. Et de ces deux locutions: le plus grand vice à quoi il est sujet, ou bien auquel il est sujet, il préférait la première.»

(M. Auger.)

Vaugelas ne faisait ici que réduire en maxime l’usage de son temps. Pascal aime beaucoup à se servir de quoi:

«C’est donc la pensée qui fait l’être de l’homme, et sans quoi on ne le peut concevoir.»

(Pensées. p. 43.)

«Elles tiennent de la tige sauvage sur quoi elles sont entées.»

(Ibid. p. 153.)

«Une base constante sur quoi nous puissions édifier.»

(Ibid. p. 296.)

«Je manque à faire plusieurs choses à quoi je suis obligé.»

(Ibid. p. 355.)

RACCROCHER (SE), absolument:

Cet homme me rompt tout!—Oui, mais cela n’est rien;
Et de vous raccrocher vous trouverez moyen.
(Éc. des fem. III. 4.)

RAGE; FAIRE RAGE, faire l’impossible:

Notre maître Simon.... dit qu’il a fait rage pour vous.

(L’Av. II. 1.)

Ou au pluriel:

C’est un drôle qui fait des rages!
(Amph. II. 1.)

RAGOUT, figurément:

Je voudrois bien savoir quel ragoût il y a à eux?

(L’Av. II. 7.)

Un amant aiguilleté sera pour elle un ragoût merveilleux.

(Ibid.)

Cette métaphore est mise dans la bouche de Frosine.

RAISON; LA RAISON, pour la justice, ce qui est raisonnable:

Je pense, Dieu merci, qu’on vaut son prix comme elles;
Que, pour se faire honneur d’un cœur comme le mien,
Ce n’est pas la raison qu’il ne leur coûte rien.
(Mis. III. 1.)

Nous en usons honnêtement, et nous nous contentons de la raison.

(G. D. II. 1.)

RAISON EN DÉBAUCHE, c’est-à-dire, égarée comme on l’est par la débauche:

Une raison malade, et toujours en débauche.
(L’Ét. II. 14.)

FAIRE RAISON, venger équitablement:

Une bonne potence me fera raison de ton audace.

(L’Av. V. 4.)

Faire raison, dans le langage bachique, tenir tête à un buveur qui vous provoque:

«Tous trois burent d’autant: l’ânier et le grison
Firent à l’éponge raison.
(La Font. L’Ane chargé d’éponges.)

RAISONNANT, adjectif, raisonneur:

Je vous trouve aujourd’hui bien raisonnante!

(Mal. im. II. 7.)

RAJUSTER (SE), se raccommoder:

Ils goûtent le plaisir de s’être rajustés.
(Amph. III. 2.)

RAMASSER (SE) EN SOI-MÊME, au sens moral:

Lorsque, me ramassant tout entier en moi-même,
J’ai conçu, digéré, produit un stratagème...
(L’Ét. II. 14.)

«Je prie Dieu, lorsque je sens que je m’engage dans ces prévoyances, de me renfermer dans mes limites; je me ramasse dans moi-même, et je trouve que je manque à faire plusieurs choses..... etc.»

(Pascal. Pensées. p. 67.)

RAMENTEVOIR, archaïsme, remettre en l’esprit, rappeler:

Ne ramentevons rien, et réparons l’offense.
(Dép. am. III. 4.)

Le présent de l’indicatif est je ramentois, tu ramentois, etc.

«Ceste opinion me ramentoit l’experience que nous avons.»

(Montaigne. II. 12.)

Les racines sont ad mentem habere, précédées du re itératif.

«Ménage le tire de ramentaire.» (Trévoux.) Mais d’où tire-t-on ramentaire, et où le trouve-t-on?

RANGER QUELQU’UN, avec ou sans complément indirect:

Il faut avec vigueur ranger les jeunes gens.
(Éc. des fem. V. 7.)

Et que je ne sache pas trouver le moyen de te ranger à ton devoir?

(Méd. m. lui. I. 1.)

Ne vous mettez pas en peine: je la rangerai bien.

(Mal. im. II. 8.)

RANGER AU DESTIN, réduire au destin:

Et ne me rangez pas à l’indigne destin
De me voir le rival de monsieur Trissotin.
(Fem. sav. IV. 2.)

RAPATRIAGE et RAPATRIER:

Veux-tu qu’à leur exemple ici
Nous fassions entre nous un peu de paix aussi,
Quelque petit rapatriage?
(Amph. II. 7.)
Pour couper tout chemin à nous rapatrier,
Il faut rompre la paille.
(Dép. am. IV. 4.)

RAPPORTER; SE RAPPORTER, pour s’en rapporter:

Je veux bien aussi me rapporter à toi, maître Jacques, de notre différend.

(L’Av. IV. 4.)

RATE; DÉCHARGER SA RATE:

Il faut qu’enfin j’éclate,
Que je lève le masque et décharge ma rate.
(Fem. sav. II. 7.)

REBOURS; CHAUSSÉ A REBOURS, métaphoriquement:

Tout ce que vous avez été durant vos jours,
C’est-à-dire, un esprit chaussé tout à rebours.
(L’Ét. II. 14.)

Rebours est un substantif comme revers; aussi dit-on, au rebours de... A rebours est une sorte d’adverbe composé, et, en cette qualité, ne reçoit point de complément.

Rebours était aussi un adjectif, faisant au féminin rebourse:

«Madame, je vous remercie
«De m’avoir esté si rebourse
(Marot.)

De m’avoir été si farouche, si intraitable.

Enfin il y avait le verbe rebourser, qui existe encore sous la forme rebrousser; et je ne doute même pas qu’on ne l’ait toujours prononcé de la sorte, comme on a toujours dit du fromage et des brebis, lorsqu’on écrivait du formage et des berbis, à cause de forma et verveces. On a fini par transposer sur le papier l’r qu’on transposait dans la prononciation, pour éviter la double consonne. Ce point est développé dans les Variations du langage français, p. 30.

Mais rebourser ou rebrousser, d’où vient-il?

Je conjecture que l’r y est parasite, comme on en a des exemples dans plusieurs mots[75]; et que rebrousser est le même que reboucher, qui signifie, dans la vieille langue, émousser, au propre et au figuré:

«Puisse être à ta grandeur le destin si propice,
«Que ton cœur de leurs traits rebouche la malice!»
(Regnier.)

Que ton cœur émousse leurs traits; que leurs traits rebroussent sur ton cœur.

«Rechignée estoit, et froncé
«Avoit le nez et rebourcé
(Roman de la Rose.)

Elle avait le nez rebroussé et comme émoussé.

Il peut être curieux d’observer que cette métaphore de la bouche, appliquée au tranchant de l’acier ou à la pointe d’une flèche, nous vient des Grecs:

Στόμα, bouche et tranchant du fer; στομόω, ouvrir la bouche et tremper le fer; στόμωμα et στόμωσις, ouverture de bouche, trempe de fer, le fil d’une lame tranchante.

Le sens propre et le figuré se trouvent réunis dans ces vers d’Œdipe à Créon:

Τὸ σὸν δ’ ἀφῖκται δεῦρ’ ὑπόβλητον στόμα,
πολλὴν ἔχον στόμωσιν.
(Οἰδ. ἐπὶ Κολ. v. 828.)

«Et tu viens ici avec ta langue bien affilée.....»

Les outils qui n’avaient plus de taillant étaient autrefois des outils sans bouche, des outils rebouchés:

«Kar rebuchie furent lur hustils de fer.»
(Rois. p. 44.)

Un outil rebouché rebrousse, et en rebroussant il va à rebours.

RECEVOIR, pour souffrir:

Cela ne reçoit point de contradiction.

(L’Av. I. 7.)
Ne voulant point céder, ni recevoir l’ennui
Qu’il me pût estimer moins civile que lui.
(Éc. des fem. II. 6.)

Quoi donc! recevrai-je la confusion....

(Impromptu. 9.)

RECONNU DE (ÊTRE)..... pour récompensé:

Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins.

(D. Juan. III. 2.)

RECULER A QUELQUE CHOSE:

Dès demain?—Par pudeur tu feins d’y reculer.
(Éc. des mar. II. 15.)

Hé bien, oui, puisqu’il veut te choisir pour juge, je n’y recule point.

(L’Av. IV. 4.)

RÉDUIT; AME RÉDUITE, soumise, résignée à son sort, comme on dit réduire un cheval:

Il faut jouer d’adresse, et, d’une âme réduite,
Corriger le hasard par la bonne conduite.
(Éc. des fem. IV. 8.)

RÉDUIT EN UN SORT:

Que vous fussiez réduite en un sort misérable.
(Mis. IV. 3.)

RÉGAL, au sens propre, fête, plaisir:

D’où vient qu’il n’est pas venu à la promenade?—Il a quelque chose dans la tête qui l’empêche de prendre plaisir à tous ces beaux régals.

(Am. magn. II. 3.)

DONNER UN RÉGAL:

Il m’a demandé si vous aviez témoigné grande joie au magnifique régal que l’on vous a donné.

(Am. magn. II. 3.)

RÉGALS, au sens figuré:

Et la plus glorieuse (estime) a des régals peu chers,
Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers.
(Mis. I. 1.)

(Voyez CHER.)

Il faut avouer que cette expression, a des régals peu chers, manque de naturel, et laisse trop voir le besoin de préparer une rime à univers; nouvelle preuve que Molière commençait par faire son second vers. (Voyez CHEVILLES.)

«Une estime glorieuse est chère, mais elle n’a point des régals chers. Il fallait dire des plaisirs peu chers, ou plutôt tourner autrement la phrase. On dit, dans le style bas: cela est un régal pour moi; mais non pas il a des régals pour moi

(Voltaire.)

RÉGALE, substantif féminin:

Mais quoi! partir ainsi d’une façon brutale,
Sans me dire un seul mot de douceur pour régale!
(Amph. I. 4.)

La racine est gale, en italien gala. (Voyez p. 352, RÉGALER D’UNE PEINE.)

RÉGALER QUELQU’UN D’UN BON VISAGE:

Je vous recommande surtout de régaler d’un bon visage cette personne-là.....

(L’Av. III. 4.)

RÉGALER D’UNE PEINE, indemniser de cette peine:

Mais, pour vous régaler
Du souci qui pour elle ici vous inquiète,
Elle vous fait présent de cette cassolette.
(L’Ét. III. 13.)

Régaler est la forme itérative de galer, qui signifiait se réjouir, prendre du bon temps; ce qu’on dit en italien far gala. Nous avions aussi en français le substantif gale, racine de régal. Mener gale, ou galer:

«Lesquieulx respondirent qu’ils danceroient et meneroient grant gale

(Lettres de rémission de 1380.)

«Icelle femme dit à son mary: Vous ne faites que aler par pays, et galer par les tavernes..... Le suppliant s’en ala jouer et esbattre à la taverne, où il demoura buvant, mengeant et menant gale avec les aultres.»

(Lettres de rém. de 1409.)

(Voyez Du Cange, au mot Galare.)

Galer était aussi un verbe actif; galer quelqu’un, le faire danser, le réjouir.

«Çà, là, galons-le en enfant de bon lieu.»
(La Fontaine. Le Diable de Papefig.)

REGARDER; NE REGARDER RIEN, ne regarder à rien:

Pour moi, je ne regarde rien quand il faut servir un ami.

(B. gent. III. 6.)

REGARDS CHARGÉS DE LANGUEUR:

Ces longs soupirs que laisse échapper votre cœur,
Et ces fixes regards, si chargés de langueur,
Disent beaucoup sans doute à des gens de mon âge.
(Pr. d’Él. I. 1.)

RÉGLER A... régler sur, d’après:

Que sur cette conduite à son aise l’on glose;
Chacun règle la sienne au but qu’il se propose.
(D. Garcie. II. 1.)
Le douaire se règle au bien qu’on nous apporte.
(Éc. des fem. IV. 2.)
Vous savez mieux que moi qu’aux volontés des cieux,
Seigneur, il faut régler les nôtres.
(Psyché. II. 1.)

REGRETS; FAIRE DES REGRETS, comme faire des cris:

Nous voyons une vieille femme mourante, assistée d’une servante qui faisoit des regrets....

(Scapin. I. 2.)

RÉGULARITÉS, comme règles:

Je traiterai, monsieur, méthodiquement, et dans toutes les régularités de notre art.

(Pourc. I. 10.)

RELATION au sens particulier d’un mot employé dans une locution faite:

Ayons un cœur dont nous soyons les maîtres.

(D. Juan. III. 5.)

Qu’avez-vous fait pour être gentilhomme? Croyez-vous qu’il suffise d’en porter le nom et les armes?

(Ibid. IV. 6.)

Corneille, à qui Molière a emprunté la pensée et presque l’expression de ce passage, a mis le verbe à l’indicatif après que:

«Croyez-vous qu’il suffit d’être sorti de moi?»