(Pascal. 10e Provinc.)

«Je ne laissai pas de compter avec plaisir l’argent que j’avois dans mes poches, bien que ce fût le salaire de mes assassinats.»

(Le Sage. Gil Blas. II. 6.)

Dans cette façon de parler, laisser représente omettre. On dit omettre de, et non pas omettre que de. Les Italiens disent pareillement: «Egli non lascia di dire il suo parer,» et non pas non lascia che di dire.

Si cette locution nous vient d’eux, il est clair que nous l’avons altérée; s’ils l’ont au contraire prise de nous, c’est la preuve que dans l’origine le que n’y figurait pas.

Thomas Corneille, dans ses notes sur Vaugelas, blâme l’introduction du que parasite dans cette façon de parler; un dictionnaire moderne ne laisse pas de l’autoriser, c’est celui de M. Napoléon Landais.

LANGUE; AVOIR DE LA LANGUE, être bavard:

C’est avoir bien de la langue que de ne pouvoir se taire de ses propres affaires!

(Scap. III. 4.)

LANGUE qui FAIT UN PAS DE CLERC:

Ce mariage est vrai?—Ma langue en cet endroit
A fait un pas de clerc, dont elle s’aperçoit.
(Dépit am. I. 4.)

Il faut observer que cette métaphore bouffonne est placée dans la bouche de Mascarille.

LA PESTE SOIT, telle ou telle chose. (Voyez PESTE.)

LAS! hélas:

Où voulez-vous courir?—Las! que sais-je?
(Tart. V. 1.)

Il faut observer que cet adjectif, depuis longtemps passé à l’état d’interjection, n’était pas primitivement immobile. Une femme s’écriait, hé, lasse! comme en latin me lassam! Dans hélas, l’interjection est , comme dans hémi: «Hémi, où arai-je recours? (R. de Coucy.Hei mihi,—hei lassum.

LATIN pour latiniste:

Vous êtes grand latin et grand docteur juré.
(Dépit am. II. 7.)

On dit de même familièrement un grand grec, pour helléniste.

LÉGER; DE LÉGER, légèrement:

Mon Dieu! l’on ne doit rien croire trop de léger.
(Tart. IV. 6.)

Au XIIe siècle on disait de legerie, c’est-à-dire, avec légèreté. Roland dit à Charlemagne que ses conseillers l’ont conseillé un peu de léger sur le fait des ambassadeurs de Marsile:

«Loerent vous alques de legerie
(Chanson de Roland, st. 14.)

De léger comme de vrai. Les Italiens disent de même di leggiero.

LÉGER D’ÉTUDE:

Et, de nos courtisans les plus légers d’étude,
Elle (la fresque) a pour quelque temps fixé l’inquiétude.
(La Gloire du Val de Grâce.)

LEQUEL:

Molière paraît avoir eu pour ce mot une antipathie si prononcée, il l’emploie si rarement, que j’ai pensé intéressant de recueillir les passages où il se trouve, et ceux ou il est visiblement évité.

Les premiers sont au nombre de huit; les autres sont à peu près innombrables: aussi je me contenterai des principaux de ces derniers.

Ma bague est la marque choisie
Sur laquelle au premier il doit livrer Célie.
(L’Ét. II. 9.)
Il n’a pas aperçu Jeannette, ma fillole,
Laquelle a tout ouï, parole pour parole.
(Ibid. IV. 7.)
Car goûtez bien, de grâce,
Ce raisonnement-ci, lequel est des plus forts.
(Dépit am. IV. 2.)
Le malheureux tison de ta flamme secrète,
Le drôle avec lequel...—Avec lequel? poursui.
(Sgan. 6.)

J’ai appris cette nouvelle d’un paysan qu’ils ont interrogé, et auquel ils vous ont dépeint.

(D. Juan. II. 8.)
En vertu d’un contrat duquel je suis porteur.
(Tart. V. 4.)
Est-ce que.....
Et que du doux accueil duquel je m’acquittai
Votre cœur prétend à ma flamme
Ravir toute l’honnêteté?
(Amph. II. 2.)

Je viens, mon fils, avant que de sortir, vous donner avis d’une chose à laquelle il faut que vous preniez garde.

(Mal. im. II. 10.)

(Voyez LEQUEL évité, et OU.)

NOTA. On lit dans l’École des maris:

Sganarelle (sortant de l’accablement dans lequel il étoit plongé.)

(Éc. des Mar. III. 10.)

Cette indication scénique n’est pas de Molière. On ne la trouve point dans les éditions de 1692 ni de 1710; mais elle se montre dans l’édition de 1774, chez la veuve David. P. Didot (1821) l’a reproduite. C’est style du XVIIIe siècle.

LEQUEL évité:

En bonne foi, ce point sur quoi vous me pressez....
(Dépit am. II. 1.)
Le foudre punisseur
Sous qui doit succomber un lâche ravisseur.
(D. Garcie. I. 2.)

Il eût été facile de mettre,

Sous lequel doit tomber un lâche ravisseur,

si Molière n’avait pris à tâche d’éviter lequel.

Outre que je pourrois désavouer sans blâme
Ces libres vérités sur quoi s’ouvre mon âme.
(Ibid. II. 1.)
Cet hymen redoutable
Pour qui j’aurois souffert une mort véritable.
(Ibid. IV. 4.)

Et ce sont particulièrement ces dernières (qualités) pour qui je suis.

(Ép. dédic. de l’Éc. des fem.)
C’est un supplice, à tous coups,
Sous qui cet amant expire.
(Sicilien. 9.)

Vous avez des traits à qui fort peu d’autres ressemblent.

(Ibid. 12.)

..... De ces galanteries ingénieuses à qui le vulgaire ignorant donne le nom de fourberies.

(Scapin. I. 2.)

L’éducation des enfants est une chose à quoi il faut s’attacher fortement.

(Ibid. II. 1.)

C’est la puissance paternelle, auprès de qui tout le mérite ne sert de rien.

(Scapin. III. 1.)

Voyez aux mots QUI, DE QUI,—QUOI,—,—d’autres exemples, en grand nombre, qui ne permettent pas de douter que Molière n’évitât de propos délibéré l’emploi de lequel. Apparemment il réservait ce mot pour marquer le sens du latin uter, c’est-à-dire, l’alternative.

Au surplus, la même remarque s’applique, plus ou moins absolue, à tous les écrivains du XVIIe siècle en général. C’est du siècle suivant que date le fréquent usage de ces formes, duquel, auquel, par lequel, dans lequel, à la faveur duquel, etc., etc., dont le grand siècle exprimait ordinairement la valeur par ce simple monosyllabe .

Les écrivains de la renaissance avaient fait abus de lequel, mais d’une autre façon, en l’employant à relier les deux parties d’une phrase.

LES UNS DES AUTRES:

Nous devons parler des ouvrages les uns des autres avec beaucoup de circonspection.

(Crit. de l’Éc. des fem. 7.)

Ici l’on voit la première partie de l’expression invariable; c’est la seconde qui subit l’influence de la construction: parler des ouvrages les uns des autres.

Bossuet maintient l’expression entière invariable, comme un seul mot qui ne se modifierait point au milieu:

«Auparavant l’on mettoit la force et la sûreté de l’empire uniquement dans les troupes, que l’on disposoit de manière qu’elles se prêtassent la main les unes les autres

(Bossuet. Hist. un. IIIe p. § 6.)

Et non: les unes aux autres.

LESTE, au figuré; BRAVE ET LESTE:

Ta forte passion est d’être brave et leste.
(Éc. des fem. V. 4.)
Vous souffrez que la vôtre aille leste et pimpante!
(Éc. des mar. I. 1.)

LEVER UN HABIT, c’est-à-dire, de quoi faire un habit:

C’est que l’étoffe me sembla si belle, que j’en ai voulu lever un habit pour moi.—Oui, mais il ne falloit pas le lever avec le mien.

(B. Gent. II. 8.)

LIBERTÉS au pluriel:

Ma sœur, je vous demande un généreux pardon,
Si de mes libertés j’ai taché votre nom.
(Éc. des mar. III. 10.)

LIBERTIN:

C’est être libertin que d’avoir de bons yeux.
(Tart. I. 6.)
Je le soupçonne encor d’être un peu libertin:
Je ne remarque pas qu’il hante les églises.
(Ibid. II. 2.)
Laissez aux libertins ces sottes conséquences.
(Ibid. V. 1.)

Libertin, aujourd’hui restreint à la débauche des femmes, signifiait dans l’origine un esprit fort, un libre penseur, et n’emportait pas nécessairement une idée désavantageuse.

«Ce mot, dit Bouhours, signifie quelquefois une personne qui hait la contrainte, qui suit son inclination, qui vit à sa mode, sans s’écarter néanmoins des règles de l’honnêteté et de la vertu. Ainsi l’on dira d’un homme de bien qui ne sauroit se gêner, et qui est ennemi de tout ce qui s’appelle servitude: Il est libertin. Il n’y a pas au monde un homme plus libertin que lui. Une honnête femme dira même d’elle, jusqu’à s’en faire honneur: Je suis née libertine. Libertin et libertine, en ces endroits, ont un bon sens et une signification délicate.»

(Remarques nouvelles sur la langue françoise, p. 395, édition de 1675.)

LIBERTINAGE, indépendance d’esprit poussée jusqu’à la témérité:

Mon frère, ce discours sent le libertinage.
(Tart. I. 6.)

«Il y en a bien qui croient, mais par superstition; il y en a bien qui ne croient pas, mais par libertinage

(Pascal. Pensées. p. 227.)

Ainsi le libertinage était l’excès opposé à la superstition; ce que le néologisme dévot de la Harpe, de Mme de Genlis et autres tels apôtres, appelait, au XIXe siècle, le philosophisme.

(Voyez LIBERTIN.)

LICENCIER (SE) A (un infinitif), se donner licence jusqu’à...:

Quoi! ta bouche se licencie
A te donner encore un nom que je défends?
(Amph. III. 7.)

LIEU comme endroit:

Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voilà, qui s’amuse à couper du bois.

(Méd. m. lui. I. 5.)

LOGIS DU ROI, c’est-à-dire, donné par le roi, la prison:

J’ai peur, si le logis du roi fait ma demeure,
De m’y trouver si bien dès le premier quart d’heure,
Que j’aye peine aussi d’en sortir par après.
(L’Ét. III. 5.)

LONGUEUR, pour durée de temps, lenteur, délais:

Vous pourriez éprouver, sans beaucoup de longueur,
Si mon bras sait encor montrer quelque vigueur.
(Sgan. 1.)
Et la grande longueur de son éloignement
Me le fait soupçonner de quelque changement.
(Ibid. 2.)

Allons donc, messieurs et mesdames, vous moquez-vous avec votre longueur?

(Impromptu. 1.)

LOUP-GAROU, employé comme une sorte d’adjectif invariable:

Il a le repart brusque et l’accueil loup-garou.
(Éc. des mar. I. 6.)

LUI, que nous employons au datif pour le masculin et le féminin, est souvent, dans Molière, remplacé par à lui, à elle, qui permettent de distinguer les genres:

Venez avec moi, je vous ferai parler à elle.

(G. D. II. 6.)

LUI, où Molière met ordinairement soi:

Mais il (l’amour) traîne après lui des troubles effroyables.
(Mélicerte. II. 2.)

Je voudrois bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre et ce ciel que voilà là-haut; et si tout cela s’est bâti de lui-même.

(D. Juan. III. 1.)

Je pense qu’il faut dans ces deux passages après soi et de soi-même, comme on lit dans les passages suivants:

Oui, madame, on s’en charge; et la chose, de soi...
(Tart. IV. 5.)
Le choix du fils d’Oronte est glorieux, de soi.
(Éc. des fem. V. 7.)

La noblesse, de soi, est bonne.

(G. D. I. 1.)

De lui, d’elle feraient ici le même solécisme qu’en latin per illum au lieu de per se. (Voyez SOI.)

LUMIÈRE; PARLER AVEC LUMIÈRE; c’est la même métaphore que parler clairement:

Et j’en veux, dans les fers où je suis prisonnière,
Hasarder un (avis) qui parle avec plus de lumière.
(Éc. des mar. II. 5.)

DONNER DE LA LUMIÈRE DE; manifester:

Un cœur de son penchant donne assez de lumière,
Sans qu’on nous fasse aller jusqu’à rompre en visière.
(Mis. V. 2.)

OUVRIR DES LUMIÈRES:

Ouvre-nous des lumières.
(L’Av. IV. 1.)

Lumières n’est pas ici dans le sens du latin faces, mais dans celui de fenêtres, ou toute ouverture par où la lumière s’introduit et la vue peut saisir une perspective. Ouvrir des lumières signifie donc, en style moderne, ouvrir des jours.

La lumière d’un canon est une ouverture au canon.

La vieille langue disait, par une de ces apocopes si fréquentes chez elle, un lu, pour une lumière, c’est-à-dire, une fenêtre. Le paysan picard dit encore: freme ch’ lu, ferme cette lumière. De lu s’est formé lucarne, qui est un lu carré.

(Voyez au mot CARNE.)

Chez les Latins, lumina, en termes d’architecture, signifie également des fenêtres, des jours.

PETITES LUMIÈRES, au figuré, capacité étroite:

Et comme ses lumières sont fort petites....

(Pourc. III. 1.)

LUMINAIRE (LE) les yeux:

Oui! je devois au dos avoir mon luminaire!
(L’Ét. I. 8.)

L’UN, en parlant de plus de deux:

Je m’offre à vous mener l’un de ces jours à la comédie.

(Préc. rid. 10.)

Ce n’est ici qu’un bal à la hâte; mais l’un de ces jours nous vous en donnerons un dans les formes.

(Ibid.)
Mais par ce cavalier, l’un de ses plus fidèles,
Vous en pourrez sans doute apprendre des nouvelles.
(Don Garcie. V. 5.)

C’est mal à propos que les grammairiens ont voulu défendre d’employer l’un en parlant de plus de deux. Cet usage du mot l’un date de l’origine de la langue:

«E partid son pople en treis, e livrad l’une partie à Joab, e l’altre à Abisaï, e la tierce à Ethaï.»

(Rois. p. 185.)

«Sa femme commença à devenir l’une des plus belles femmes qui feust en France.»

(Marguerite, Heptam. nouv. 15.)
«Voilà l’un des péchés où mon âme est encline.»
(Regnier. Sat. 12.)
«L’un des plaisirs où plus il dépensa
«Fut la louange: Apollon l’encensa.»
(La Font. Belphégor.)

«J’ai vu les lettres que vous débitez contre celles que j’ai écrites à un de mes amis sur le sujet de votre morale, où l’un des principaux points de votre défense est que.....»

(Pascal. 11e Prov.)

L’UNE par ellipse, pour l’une de vous, l’une ou l’autre:

Non, je veux qu’il se donne à l’une pour époux.
(Mélicerte. I. 5.)

L’UN NI L’AUTRE, pour ni l’un ni l’autre:

Vous n’aurez l’un ni l’autre aucun lieu de vous plaindre.
(Mélicerte. II. 6.)
«Mais, aussitôt que l’ouvrage eut paru,
«Plus n’ont voulu l’avoir fait l’un ni l’autre
(Racine. Épigr. sur l’Iphigénie de Leclerc.)

MACHER CE QUE L’ON A SUR LE CŒUR:

Mme PERNELLE.
Et je ne mâche point ce que j’ai sur le cœur.
(Tart. I. 1.)

Cette métaphore est empruntée des animaux ruminants: je ne rumine point les griefs dont j’ai à me plaindre.

MA COMMÈRE DOLENTE, expression proverbiale:

Et maintenant je suis ma commère dolente.
(Sgan. 2.)

MAIN; LA MAIN HAUTE. (Voyez HAUT LA MAIN.)

A TOUTES MAINS, toujours prêt à tous les partis:

C’est un épouseur à toutes mains.

(D. Juan. I. 1.)

(Voyez DONNER LES MAINS.)

MAINTENIR QUELQU’UN, absolument, le maintenir en joie et prospérité:

Le bon Dieu vous maintienne!
(Dép. am. III. 4.)

MAL, adverbe joint à un adjectif. (Voyez MAL PROPRE.)

MAL DE MORT, VOULOIR MAL DE MORT A QUELQU’UN:

Je me veux mal de mort d’être de votre race!
(Fem. sav. II. 7.)

MAL D’OPINION, qui gît dans l’opinion:

Un mal d’opinion ne touche que les sots.
(Amph. I. 4.)

MALEPESTE DE....:

Malepeste du sot que je suis aujourd’hui!
(L’Ét. II. 5.)

(Que la) male peste (soit) du sot...

(Voyez PESTE.)

MALFAIT, substantif; UN MALFAIT:

Peux-tu me conseiller un semblable forfait,
D’abandonner Lélie et prendre ce malfait?
(Sgan. 2.)

MALGRÉ QUE J’EN AIE ou QU’ON EN AIT:

—Me voulez-vous toujours appeler de ce nom?
—Ah! malgré que j’en aie, il me vient à la bouche.
(Éc. des fem. I. 1.)

Madame tourne les choses d’une manière si agréable, qu’il faut être de son sentiment malgré qu’on en ait.

(Crit. de L’Éc. des fem. 3.)

Cet exemple n’autorise point l’emploi de malgré que. Malgré que vous disiez... pour quoi que vous disiez, sera toujours un solécisme. Voici la différence: dans malgré qu’on en ait, mal gré ou mauvais gré est le complément naturel et direct d’avoir. C’est une espèce d’accusatif absolu: mauvais gré, tel mauvais gré que vous en ayez.

Mais cette explication n’est plus possible dans malgré que vous disiez, fassiez..., parce que gré ne saurait être ici le complément des verbes faire, dire: on ne dit pas, on ne fait pas un gré. Au contraire, quoi (quid) s’allie très-bien aux verbes faire et dire: quoi que vous fassiez, mot à mot quid quod agas.

La faute est venue de ce qu’on a fait de malgré une sorte d’adverbe, en perdant de vue ses racines. Cela ne fût pas arrivé si l’on avait retenu l’usage d’écrire en deux mots mal gré. Personne ne s’est jamais avisé de dire: En dépit que vous fassiez; parce que dépit est resté visiblement substantif.

(Voyez DÉPIT.)

MALHEURE (A LA):

Et bien à la malheure est-il venu d’Espagne,
Ce courrier que la foudre ou la grêle accompagne!
(L’Ét. II. 13.)

A la male ou mauvaise heure: in malora; andate in malora.

«Va-t-en à la malheure, excrément de la terre!»
(La Fontaine. Le Lion et le Moucheron.)

MALITORNE:

Nous avons le fils du gentilhomme de notre village, qui est le plus grand malitorne et le plus sot dadais que j’aie jamais vu.

(B. gent. III. 12.)

Malitorne vient sans doute de male tornatus:

«Et male tornatos incudi reddere versus.»
(Hor. de Art. poet.)

MAL PROPRE A...:

Monsieur, je suis mal propre à décider la chose.
(Mis. I. 2.)

Les comédiens, par la crainte d’une équivoque ignoble, substituent je suis peu propre. Le sens n’est pas le même. On employait autrefois mal et peu à cet office avec des nuances différentes. Mal gracieux, mal habile, étaient des expressions moins fortes que peu gracieux, peu habile. Il est regrettable que l’on ait laissé perdre cet emploi de mal. La prononciation a soudé inséparablement l’adverbe à l’adjectif dans maussade (mal sade), c’est-à-dire qui est mal sérieux, d’un sérieux désagréable, déplaisant, et non peu sérieux[62].

Je me sens mal propre à bien exécuter ce que vous souhaitez de moi.

(Am. magn. I. 2.)
«. . . . . . . Le galant aussitôt
«Tire ses grègues, gagne au haut,
«Mal content de son stratagème.»
(La Font. Le Renard et le Coq.)

MALVERSATIONS, dans le sens étendu de désordres de conduite:

GEORGE DANDIN (à sa femme.)

Vous avez ébloui vos parents et plâtré vos malversations.

(G. D. III. 8.)

L’Académie n’attribue à ce mot qu’une application restreinte:—«Faute grave commise par cupidité dans l’exercice d’une charge, d’un emploi, dans l’exécution d’un mandat.»

L’explication de Trévoux s’accorde avec celle de l’Académie; ainsi Molière s’est servi d’un mot impropre, ou plutôt n’y aurait-il pas une intention comique dans cette impropriété même? Le paysan enrichi se sert du terme le plus considérable qu’il connaisse pour accuser sa femme, et c’est un terme de finances.

MANIÈRE; D’UNE MANIÈRE QUE, avec l’ellipse de TELLE:

Vous tournez les choses d’une manière qu’il semble que vous avez raison.

(Don Juan. I. 2.)

DES MANIÈRES (des espèces) DE...:

Vous n’allez entendre chanter que de la prose cadencée, ou des manières de vers libres.

(Mal. im. II. 6.)

MANQUEMENT DE FOI, DE MÉMOIRE, pour manque:

Et qu’on s’aille former un monstre plein d’effroi
De l’affront que nous fait son manquement de foi?
(Éc. des fem. IV. 8.)

Et n’ai-je à craindre que le manquement de mémoire?

(Impromptu. 1.)

MARCHÉ; COURIR SUR LE MARCHÉ DES AUTRES:

MATHURINE.—Ça n’est pas biau de courir su le marché des autres!

(D. Juan. II. 5.)

De mettre l’enchère à ce qu’ils marchandent.

MARCHER SUR QUELQUE CHOSE, métaphoriquement, traiter un sujet avec circonspection:

Mon Dieu, madame, marchons là-dessus, s’il vous plaît, avec beaucoup de retenue.

(Ctesse d’Esc. 1.)

MARQUIS; LE MARQUIS dans un sens général, et pour désigner toute une classe; DONNER DANS LE MARQUIS:

Vous donnez furieusement dans le marquis!
(L’Av. I. 5.)

Vous vous jetez dans les allures des marquis.

Molière a dit de même:

Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur.
(Mis. II. 5.)

MASQUE, adjectivement, dans le sens d’hypocrite, dissimulée:

La masque, encore après, lui fait civilité!
(Sgan. 14.)

Ah, ah, petite masque, vous ne me dites pas que vous avez vu un homme dans la chambre de votre sœur!

(Mal. im. II. 11.)

MASQUE DE FAVEUR; faveur simulée qui n’a que l’apparence:

D’un masque de faveur vous couvrir mes dédains!
(D. Garc. II. 6.)

MATIÈRE; DES MATIÈRES DE LARMES:

Ah! Myrtil, vous avez du ciel reçu des charmes
Qui nous ont préparé des matières de larmes.
(Mélicerte. II. 6.)

D’ILLUSTRES MATIÈRES A....:

Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville.... pour chercher d’illustres matières à ma capacité.

(Mal. im. III. 14.)

MATRIMONION, mot latin, mariage:

Quelque autre, sous l’espoir du matrimonion,
Aurait ouvert l’oreille à la tentation.
(Dépit am. II. 4.)

Dans l’origine, ces notations om, um, soit en latin, soit en français, soit au commencement ou à la fin des mots, se prononçaient on, et non pas, comme on fait aujourd’hui, ome. Eum se prononçait eon, comme on le voit par l’histoire de ce fanatique du moyen âge qui, entendant chanter à la messe per eum qui venturus est, s’alla persuader qu’il s’agissait de lui, parce qu’il s’appelait Eon[63]. On disait, au XVIIe siècle, de l’opion: