Les savants ne sont bons que pour prêcher en chaise.
(Fem. sav. V. 3.)

«Chaise n’est point une erreur de Martine. Autrefois, on appelait ainsi ce que nous nommons aujourd’hui chaire; on disait: une chaise de prédicateur, de régent. Vaugelas préférait en ce sens le mot chaise, mais il n’excluait pas le mot chaire. Ce dernier ne se dit plus que des siéges ordinaires.»

(M. Auger.)

La note de M. Auger est fort juste; mais il y faut ajouter quelques développements, car ce point touche à l’une des circonstances les plus singulières de l’ancienne langue; c’est l’habitude de grasseyer et de zézayer. Jacques Dubois (Sylvius) et Charles Bouille en font le caractère du parler parisien au XVIe siècle; mais je suis persuadé que la chose est beaucoup plus ancienne et plus générale, au moins en ce qui touche le grasseyement. En effet, les preuves de l’r supprimée, ou transformée en l, se rencontrent partout dans les manuscrits du moyen âge. L’amure pour l’armure, dans la chanson de Roland; quatier, mabre, paller, bone, pour quartier, marbre, parler, borne, dans le Roman de la Rose; asi pour arsi (brûlé), dans les Rois; coupe pour coulpe, dans le Roman du châtelain de Coucy; mellan, huller, supellatif, etc., etc., dans des auteurs de toutes provinces et des plus anciennes époques.

«Item, un estuy à corporaulx, tout ouvré de pelles

(Invent. de la Ste.-Chapelle, de 1363.)

«Les entrechamps de grosses pelles fines.»

(Texte de 1336.)

(Voyez Du Cange, au mot Chaste.)

Bouille et Dubois se trompent donc en prenant un abus contemporain pour un abus moderne. C’est une erreur, du reste, assez commune.

Cette précaution prise, voici leur témoignage:

«Je ne veux point oublier ici un autre vice de la prononciation parisienne: c’est la confusion des lettres R et S. Les exemples en sont innombrables, tant en latin qu’en vulgaire. Ils disent Jeru Masia, pour Jesu Maria; misesese, pour miserere; cosona, pour corona. Ma mèse, mon frèse, pour mère, frère; et au rebours, courin, pour cousin; de l’oreille, pour de l’oseille. Et ils ne se contentent pas de pécher de la sorte en parlant, mais c’est qu’ils écrivent comme ils prononcent; et les doctes même ont toutes les peines du monde à se préserver de cette mauvaise habitude, dont les enseignes des rues de Paris rendent témoignage à tous les passants, car on y lit: Au gril cousonné; à l’estelle (l’étoile) cousonnée, au bœuf cousonné.» (De vitiis vulg. ling., p. 36.)

J. Dubois est aussi explicite; il ajoute seulement cette remarque, que les Latins pratiquaient la même confusion, disant indifféremment: Fusius, Valesius, ou Furius, Valerius; arbos, labos, ou arbor, labor; comme les Grecs, θαῤῥέιν et θαρσέιν. (Isagoge in ling. gall., p. 52.)

De cathedram, la première forme française a été chayère ou kayère, d’où par resserrement chaire. Les Picards d’aujourd’hui disent encore une kayelle.

Et chaire, par le zézayement, est devenu chaise, comme hure était devenu huse.

«En la mesme feuille ont mis aussi la figure de la divine infante, couronnée en royne de France, comme vous, vous regardants huze à huze l’un l’autre[42]

(Sat. Ménippée, p. 104, éd. Charp.)

Nous avons repris la forme hure, mais nous avons gardé la forme chaise, créée par un abus, tout en retenant aussi la forme primitive et légitime chaire; mais comme il est convenu qu’il ne peut y avoir dans une langue deux mots synonymes, on s’est empressé d’attacher à chacune de ces formes une nuance de valeur différente.

Combien de mots subsistent honorablement au cœur de notre langue, qui ne sont, comme le mot chaise, que des parvenus sans titres? Par exemple, fauxbourg, chambellan, qui devraient être forsbourg, chamberlan; et bien d’autres!

(Voyez SUS.)

CHALEUR DE, empressement à:

Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,
On s’expose à jouer de mauvais personnages.
(Mis. I. 2.)

CHALEUR POUR QUELQUE CHOSE:

La chaleur qu’ils ont pour les intérêts du ciel.

(Préf. de Tartufe.)

CHAMAILLER et SE CHAMAILLER:

Nous irons bien armés; et si quelqu’un nous gronde,
Nous nous chamaillerons. . . . . . . . . .
Moi, chamailler! bon Dieu, suis-je un Roland, mon maître?
(Dép. am. V. 1.)

Sur les verbes réfléchis qui prennent ou laissent le pronom, Voyez ARRÊTER et PRONOM RÉFLÉCHI.

CHAMP, par métaphore pour occasion:

Et l’aigreur de la dame, à ces sortes d’outrages
Dont la plaint doucement le complaisant témoin,
Est un champ à pousser les choses assez loin.
(Éc. des mar. I. 6.)

Le ressentiment fournit l’occasion de pousser les choses assez loin; l’idée est claire, mais la métaphore est incohérente: une aigreur ne peut être un champ.

ALLER AUX CHAMPS, aller à la campagne:

Votre maître de musique est allé aux champs, et voilà une personne qu’il envoie à sa place pour vous montrer.

(Mal. im. II. 4.)

CHAMPIONNES, féminin de champion:

Tous viennent sur mes pas, hors les deux championnes.
(L’Ét. V. 15.)

CHANGE; DONNER POUR CHANGE A, c’est-à-dire, en échange de:

C’est ce qu’on peut donner pour change
Au songe dont vous me parlez.
(Amph. II. 2.)

CHANGÉ DE:

Vous me voyez bien changé de ce que j’étois ce matin.

(D. Juan. IV. 9.)

Quantum mutatus ab illo.

CHANGER DE NOTE:

Je te ferai changer de note, chien de philosophe enragé!

(Mar. for. 8.)

Changer de langage, changer de ton. La Fontaine a dit changer de note pour changer de tactique:

«Leur ennemi changea de note,
«Sur la robe du dieu fit tomber une crotte:
«Le dieu, la secouant, jeta les œufs à bas.»
(L’Aigle et l’Escarbot.)

CHANGER UNE CHOSE A UNE AUTRE:

Et, des rois les plus grands m’offrît-on le pouvoir,
Je n’y changerois pas le bien de vous avoir.
(Mélicerte. II. 3.)
«Cependant l’humble toit devient temple, et ses murs
«Changent leur frêle enduit aux marbres les plus durs.»
(La Font. Philémon et Baucis.)
«Peut-être avant la nuit l’heureuse Bérénice
«Change le nom de reine au nom d’impératrice.»
(Racine. Bér. I. 3.)

CHANSONS, REPAÎTRE QUELQU’UN DE CHANSONS:

Il faut être, je le confesse,
D’un esprit bien posé, bien tranquille, bien doux,
Pour souffrir qu’un valet de chansons me repaisse.
(Amph. II. 1.)

CHANTER DES PROPOS:

Au nom de Jupiter, laissez-nous en repos,
Et ne nous chantez plus d’impertinents propos.
(L’Ét. I. 8.)

CHANTER MERVEILLE, promettre monts et merveilles:

Nous en tenons, madame; et puis prêtons l’oreille
Aux bons chiens de pendards qui nous chantent merveille!
(Dép. am. II. 4.)

CHARGER; CHARGER UN COURROUX, y donner de nouveaux motifs:

Mon courroux n’a déjà que trop de violence,
Sans le charger encor d’une nouvelle offense.
(Sgan. 6.)

CHARGER, métaphoriquement, en bonne part:

L’honneur de cet acte héroïque
Dont mon nom est chargé par la rumeur publique.
(D. Garcie. V. 5.)

La figure en ce sens ne paraît pas heureuse. On dit cependant le poids d’un grand nom; et Regnard a dit aussi, ironiquement, il est vrai:

«C’est un pesant fardeau qu’avoir un gros mérite.»
(Le Joueur. II. 8.)

CHARGER LE DOS à quelqu’un, le battre:

Vous n’avez pas chargé son dos avec outrance?
(L’Ét. III. 4.)

CHARGER QUELQU’UN, courir sur lui pour le battre:

ALAIN.
... Si quelque affamé venoit pour en manger,
Tu serois en colère et voudrois le charger.
(Éc. des fem. II. 3.)
Je veux.....
. . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . .
Que tous deux à l’envi vous me chargiez ce traître.
(Ibid. IV. 9.)

CHARGER SUR QUELQU’UN:

D’abord il a si bien chargé sur les recors...
(L’Ét. V. 1.)

Molière s’en est servi pareillement au sens figuré:

Sur mon inquiétude ils viennent tous charger.
(Amph. III. 1.)

CHARITÉS, par antiphrase, imputations médisantes ou calomnieuses; PRÊTER DES CHARITÉS A QUELQU’UN:

Une de ces personnes qui prêtent doucement des charités à tout le monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en passant.

(Impromptu. I.)

CHARITÉ SOPHISTIQUÉE:

Ces faux monnoyeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistiquée.

(1er Placet au roi.)

CHAT, ACHETER CHAT EN POCHE:

Vous êtes-vous mis en tête que Léonard de Pourceaugnac soit homme à acheter chat en poche....?

(Pourc. II. 7.)

Acheter un chat dans la poche du marchand, acquérir un objet sans l’examiner.

«Elles (les filles qui se marient) acheptent chat en sac

(Mont. III. 5.)

CHATOUILLANT (adj. verbal), au sens figuré:

... Par de chatouillantes approbations vous régaler de votre travail.

(B. gent. I. 1.)

CHATOUILLER UNE AME:

J’aime à te voir presser cet aveu de ma flamme:
Combattant mes raisons, tu chatouilles mon âme.
(Pr. d’Él. I. 1.)

Racine a dit dans le style noble chatouiller un cœur:

«Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce
«Chatouilloient de mon cœur l’orgueilleuse foiblesse.»
(Iphigénie. I. 1.)

La Fontaine emploie chatouiller sans complément:

«Sa sœur se croyant déjà entre les bras de l’amour, chatouillée de ce témoignage de son mérite....»

(Psyché, livre II.)

CHAUDE, L’AVOIR CHAUDE, avec l’ellipse du mot alerte ou alarme:

Mon front l’a, sur mon âme, eu bien chaude pourtant.
(Sgan. 22.)

CHAUSSÉ D’UNE OPINION (ÊTRE):

Chose étrange de voir comme avec passion
Un chacun est chaussé de son opinion.
(Éc. des fem. I. 1.)

CHER, précieux:

Et la plus glorieuse (estime) a des régals peu chers.
(Mis. I. 1.)
Otez-moi votre amour, et portez à quelque autre
Les hommages d’un cœur aussi cher que le vôtre.
(Fem. sav. V. 1.)

Ce n’est pas à dire un cœur si chéri, mais de si haut prix.

Comme on chérit ce qui est précieux, il est clair que, dans bien des cas, les deux nuances se confondent; mais il en est d’autres aussi où elles sont bien distinctes. Par exemple: des régals peu chers, un cœur aussi cher que le vôtre. Cher ici ne signifie que précieux; car Henriette ne chérit pas le cœur de Trissotin, non plus que Phèdre ne chérit la tête de Thésée.

Tenir cher, dans la vieille langue, apprécier, estimer à haut prix. Les gens de Nevers, quand leur duc Gérard les a quittés, ne tiendront plus rien cher, ni le son de la musique, ni le ramage des oiseaux:

«Son de note, ne cri d’oisiel,
«N’ierent mais chaiens chier tenu
(La Violette. p. 71.)

L’italien emploie de même caro: questo m’è caro! quanto m’è caro!

CHERCHER DE (un infinitif), chercher à:

Vous ne trouverez pas étrange que nous cherchions d’en prendre vengeance.

(D. Juan. III. 4.)

Molière, conformément au génie de la vieille langue, évite l’hiatus avec un soin extrême; c’est pourquoi il remplace souvent à par de: commencer de pour commencer à; chercher de, obliger de, etc.... A en prendre révolterait l’oreille.

(Voyez DE, remplaçant à entre deux verbes.)

CHÈRE, FAIRE BONNE CHÈRE, dans le sens d’un traiteur qui fait une bonne cuisine, chez qui l’on fait bonne chère:

Comment appelez-vous ce traiteur de Limoges qui fait si bonne chère?

(Pourc. I. 6.)

Chère est l’italien ciera, visage. Il s’est pris par extension pour une nourriture abondante et recherchée, parce qu’une telle nourriture procure un bon visage. C’est dans ce sens que le traiteur de Limoges faisait une bonne chère à ses habitués; mais il est important de retenir l’étymologie du mot chère, pour comprendre l’ancienne acception figurée qui se trouve dans la Fontaine: faire bonne chère à quelqu’un, lui faire bon accueil, bonne mine. Chère d’homme fait vertu, dit un vieux proverbe; c’est face d’homme.

CHEVILLES:

Je ne vous parle point, pour devoir en distraire,
Du don de tout son bien, qu’il venoit de vous faire.
(Tart. V. 7.)

Pour devoir en distraire, signifie probablement pour avoir dû vous détourner d’une telle action. Il serait difficile d’être plus obscur. Ce passage, et bien d’autres, font voir que Molière suivait en versifiant la méthode de Boileau, de commencer par le second vers, et d’y renfermer toute l’énergie de la pensée dans les termes les plus propres. Le premier se faisait ensuite du mieux qu’on pouvait, ajusté sur le second. Molière a dû, comme Virgile, laisser souvent des hémistiches vides, qu’il remplissait à la hâte au dernier moment.

Quoi! vous ne pouvez pas, voyant comme on vous nomme,
Vous résoudre une fois à vouloir être un homme?
(Fem. sav. II. 8.)

Le second vers, ferme, compacte, énergique, était certainement fait avant le premier. Voyant comme on vous nomme n’est que la paraphrase affaiblie et peu claire du mot être un homme.

Pour moi, je ne tiens pas. . . . . . . . . . .
Que la science soit pour gâter quelque chose.
(Ibid. IV. 3.)

Voilà la pensée complète, comme elle s’est présentée à Molière. Mais il a fallu remplir l’hémistiche:

Pour moi, je ne tiens pas, quelque effet qu’on suppose, etc.

Plus loin:

Et c’est mon sentiment que. . . . . . . . . .
La science est sujette à faire de grands sots!

Quelle petite phrase incidente remplira le premier hémistiche en faits comme en propos?

Et c’est mon sentiment qu’en faits comme en propos,
La science est sujette à faire de grands sots.
(Ibid. IV. 3.)

CHEVIR DE....:

M. Dimanche.—Nous ne saurions en chevir.

(D. Juan. IV. 3.)

La racine de ce vieux mot est chef, que l’on prononçait ché, comme clef se prononce encore clé[43]; ainsi chevir de..., c’est être chef ou maître de....

La même racine est celle du vieux mot chevestre, licou, capistrum; d’où il nous reste enchevêtré, qui a le chef pris.

CHÈVRE; PRENDRE LA CHÈVRE, pour s’alarmer; se fâcher:

D’un mari sur ce point j’approuve le souci;
Mais c’est prendre la chèvre un peu bien vite aussi.
(Sgan. 12.)

Nicole. Notre accueil de ce matin l’a fait prendre la chèvre.

(B. gent. III. 10.)

On dit, par une figure analogue, prendre la mouche.

(Voyez MOUCHE.)

CHOISIR DE... (un infinitif):

Choisis d’épouser, dans quatre jours, ou monsieur ou un couvent.

(Mal. im. II. 8.)

CHOIX (LE) DE..., le choix entre:

Le choix d’elle et de nous est assez inégal.
(Mélicerte. I. 5.)

Le choix entre elle et nous.

CHOQUER, v. act., avec un nom de chose, contrarier, contredire:

Vous prétendez choquer ce que j’ai résolu?
(Sgan. I.)

Ce dessein, don Juan, ne choque point ce que je dis.

(Don Juan. V. 3.)

CHOSE ÉTRANGE DE (un infinitif):

Chose étrange de voir comme avec passion
Un chacun est chaussé de son opinion!
(Éc. des fem. I. 1.)

De est pour que de: Chose étrange que de voir.....

Chose étrange d’aimer!...
(Ibid. V. 4.)

CHRÉTIEN, PARLER CHRÉTIEN:

Il faut parler chrétien, si vous voulez que je vous entende.

(Préc. rid. 7.)

Parler chrétien, c’est parler le chrétien, comme parler turc, parler français, c’est parler le français, le turc. Parler chrétiennement, c’est tout autre chose: on peut parler chrétien, c’est-à-dire la langue des chrétiens; sans parler chrétiennement, en chrétien, avec des sentiments chrétiens.

CHROMATIQUE, substantif féminin:

Il y a de la chromatique là-dedans.

(Préc. rid. 10.)

Il paraît très-raisonnable de dire la chromatique, comme on dit la rhétorique au féminin. On disait autrefois la mathématique, et les Italiens le disent encore: la matematica. Ce sont autant d’adjectifs devant lesquels on sous-entend, comme en grec, d’où ils sont tirés, le mot science, τέχνη.

CLARTÉ, flambeau:

Monsieur le commissaire,
Votre présence en robe est ici nécessaire:
Suivez-moi, s’il vous plaît, avec votre clarté.
(Éc. des mar. III. 5.)

RECEVOIR LA CLARTÉ, naître:

Mais où vous a-t-il dit qu’il reçut la clarté?
(L’Ét. IV. 3.)

CLARTÉS, renseignements, éclaircissements:

Et j’ai vécu depuis, sans que de ma maison
J’eusse d’autres clartés que d’en savoir le nom.
(Ibid. V. 14.)
Et je prétends me faire à tous si bien connoître,
Qu’aux pressantes clartés de ce que je puis être
Lui-même soit d’accord du sang qui m’a fait naître.
(Amph. III. 5.)
Le voici,
Pour donner devant tous les clartés qu’on désire.
(Ibid. III. 9.)
Don Louis du secret a toutes les clartés.
(D. Garcie. V. 5.)
Mais ces douces clartés d’un secret favorable
Vers l’objet adoré me découvrent coupable.
(Ibid. V. 6.)

CLARTÉS, lumières, au sens moral:

Aspirez aux clartés qui sont dans la famille.
(Fem. sav. I. 1.)
Je consens qu’une femme ait des clartés de tout.
(Ibid. I. 3.)
On en attend beaucoup de vos vives clartés,
Et pour vous la nature a peu d’obscurités.
(Ibid. III. 2.)

CŒUR BON, AVOIR LE CŒUR BON. Voy. BON.

COIFFER (SE) LE CERVEAU, s’enivrer:

Quel est le cabaret honnête
tu t’es coiffé le cerveau?
(Amph. III. 2.)

COIFFER (SE) DE, au sens figuré, s’entêter de:

Faut-il de ses appas m’être si fort coiffé!
(Éc. des fem. III. 5.)

COIN, TENIR SON COIN PARMI....:

Il peut tenir son coin parmi les beaux esprits.
(Fem. sav. III. 5.)

COLLET-MONTÉ, antique, suranné comme la mode des collets montés:

Il est vrai que le mot est bien collet-monté.
(Fem. sav. II. 7.)

Molière souligne cette façon de parler, pour en faire sentir l’affectation ridicule.

COLORÉ, EXCUSES COLORÉES:

Vous nous payez ici d’excuses colorées.
(Tart. IV. 1.)

(Voyez COULEUR, métaphoriquement.)

COMBLÉ; UN CARROSSE COMBLÉ DE LAQUAIS:

Quand un carrosse, fait de superbe manière,
Et comblé de laquais et devant et derrière...
(Fâcheux. I. 1.)

COMÉDIE, dans le sens général de représentation dramatique:

Et j’ai maudit cent fois cette innocente envie
Qui m’a pris, à dîner, de voir la comédie.
(Fâcheux. I. 1.)

Le père Bouhours fait une remarque pour établir le sens général de ce mot, et qu’on doit dire aller à la comédie, les comédies de M. Corneille, les comédies de M. Racine; après quoi il introduit cette exception assez singulière: «Il n’y a qu’une occasion où l’on doit se servir du mot tragédie, c’est quand on parle des pièces de théâtre qui se représentent dans les colléges. Ce seroit mal dit: J’ai esté à la comédie du collége de Clermont; il faut dire à la tragédie

(Remarques nouvelles, p. 93.)

Le collége de Clermont était dirigé par les jésuites; c’est probablement l’unique motif de l’exception du père Bouhours, jésuite.

COMME, lié à un adjectif, en qualité de; COMME CURIEUX:

... Ce gentilhomme françois qui, comme curieux d’obliger les honnêtes gens, a bien voulu, etc...

(Sicilien. II.)

Latinisme: Utpote curiosus.

COMME SAGE:

Comme sage,
J’ai pesé mûrement toutes choses.
(Tart. II. 2.)

Comme un homme sage, en homme sage que je suis.

COMME, pour comment:

Les auteurs de traités des synonymes, s’engageant à découvrir partout des différences ou des nuances de valeur, n’ont pas manqué d’en signaler entre comme et comment: «L’un est objectif ou relatif à l’effet; l’autre est subjectif ou relatif à l’action.... Dans les Provinciales, Pascal, ayant rapporté en propres termes certaines opinions de Jansénius, ajoute: «Voilà comme il parle sur tous ces chefs,» c’est-à-dire, voilà de quelle sorte sont ses paroles. Et, quelques lignes plus loin, il écrit: «Voilà comment agissent ceux qui n’en veulent qu’aux erreurs.» Comment et non pas comme, parce qu’il s’agit ici d’un fait, et non d’une chose[44].» Je ne comprends rien, je l’avoue, à cette distinction subtile. Ce qui paraît beaucoup plus clair, c’est que ni Molière, ni Pascal, ne mettaient aucune différence entre comme et comment[45]. Sans davantage m’arrêter à discuter la théorie de M. Lafaye, je vais rapporter les exemples de Molière, laissant à d’autres le soin d’y reconnaître le subjectif ou l’objectif:

Qui sait comme en ses mains ce portrait est venu?
(Sgan. 6.)
Non, mais vous a-t-on dit comme on le nomme?—Enrique.
(Éc. des fem. I. 6.)
Comme est-ce que chez moi s’est introduit cet homme?
(Ibid. II. 2.)

Je ne comprends point comme, après tant d’amour et tant d’impatience témoignée, il auroit le cœur de pouvoir manquer à sa parole.

(D. Juan. I. 1.)

Cela se peut-il souffrir à un homme comme vous, qui savez comme il faut vivre?

(Ibid. IV. 7.)
DUBOIS.
... Attendez!... comme est-ce qu’il s’appelle?
(Mis. IV. 4.)
J’ai peine à concevoir, tant ma surprise est forte,
Comme un tel fils est né d’un père de la sorte.
(Mélicerte. I. 2.)
Qu’est-ce qu’on fait céans? comme est-ce qu’on s’y porte?
(Tart. I. 5.)

Oui, il faut qu’une fille obéisse à son père; il ne faut point qu’elle regarde comme un mari est fait.

(L’Av. I. 9.)

Je suis bien aise d’apprendre comme on parle de moi.

(L’Av. III. 5.)

Voilà, mon gendre, comme il faut pousser les choses.

(G. D. I. 8.)

J’ai en main de quoi vous faire voir comme elle m’accommode.

(Ibid. II. 9.)

Voilà un de mes étonnements, comme il est possible qu’il y ait des fourbes comme cela dans le monde.

(Pourc. II. 4.)

Qu’importe comme ils parlent, pourvu qu’ils me disent ce que je veux savoir?

(Ibid. II. 12.)

Là, voyons un peu comme vous ferez.

(Ibid. III. 2.)

Jamais il n’a été en ma puissance de concevoir comme on trouve écrit dans le ciel jusqu’aux plus petites particularités de la fortune du moindre des hommes.

(Am. mag. III. 1.)

ÊTRE EN PEINE COMME IL FAUT FAIRE, en peine de savoir comment il faut faire:

On n’est pas en peine sans doute comme il faut faire pour vous louer.

(Ép. dédic. de l’École des fem.)

(Voyez COMMENT.)

COMME, combien:

Vous ne sauriez croire comme elle est affolée de ce Léandre!

(Méd. m. lui. III. 7.)

COMME.... ET QUE...:

Comme vous êtes un fort galant homme, et que vous savez comme il faut vivre.....

(Mar. for. 4.)

Prince, comme jusqu’ici nous avons fait paroître une conformité de sentiments, et que le ciel a semblé mettre en nous, etc.