Dans cette joie...—Aye, ay! doucement, je vous prie.
(L’Ét. V. 15.)

Aïe, par l’introduction du d, aïde ou aide, selon la prononciation moderne, syncope d’adjutorium. Aye, aye! c’est-à-dire, à l’aide, à l’aide!

«Certes, nous ne vous faudrons mie:
«Tous jours serons en vostre aïe
(R. de Coucy. v. 766.)
«... Quant ele vit Arabis si cunfundre,
«A halte voix s’escrie: Aïez nous, mahum!»
(Roland. st. 266.)

BABYLONE; LA TOUR DE BABYLONE, comme qui dirait la tour du babil:

C’est véritablement la tour de Babylone,
Car chacun y babille, et tout du long de l’aune.
(Tart. I. 1.)

«Le Père Caussin, jésuite, dit, dans sa Cour sainte, que les hommes ont fondé la tour de Babel, et les femmes la tour de babil. Ce quolibet du jésuite n’aurait-il pas donné l’idée de celui que Molière met dans la bouche de madame Pernelle? et le père Caussin ne serait-il pas le docteur dont parle la vieille dévote?»

(M. Auger.)

BAIE:

C’est une baie
Qui sert sans doute aux feux dont l’ingrate le paie.
(Dép. am. I. 5.)

Cette expression, payer d’une baie, nous reporte à la farce de Pathelin, dont la première édition est de 1490. Le prodigieux succès de ce Pathelin fit passer en proverbe plusieurs mots de cette pièce; nous disons encore: revenir à ses moutons. Payer d’une baie est une allusion à cette autre scène excellente, où le berger, acquitté du meurtre des moutons, paye son avocat en lui disant Bée, comme il a fait au juge; et la fourberie retombe sur son auteur.

Messire JEHAN.
«Et comme quoi?
PATHELIN.
«Pour ce qu’en bée
«Il me paya subtilement.»
(Le Testament de Pathelin.)

BAIE (DONNER LA):

Le sort a bien donné la baie à mon espoir.
(L’Ét. II. 13.)

BAILLER, archaïsme, donner:

Un sergent baillera de faux exploits, sur quoi vous serez condamné sans que vous le sachiez.

(Scapin. II. 8.)

Bailler un exploit était le terme consacré en style d’huissier; Molière n’avait garde de changer le mot technique.

BAISSEMENT DE TÊTE:

Quelque baissement de tête, un soupir mortifié, deux roulements d’yeux, rajustent dans le monde tout ce qu’ils (les scélérats) peuvent faire.

(D. Juan. V. 2.)

BALANCER QUELQUE CHOSE:

Un homme qui..... et ne balance aucune chose.

(Mal. im. III. 3.)

Qui ne pèse rien.

BALLE, RIMEUR DE BALLE:

Allez, rimeur de balle, opprobre du métier.
(Fem. sav. III. 5.)

«Balle, en termes d’agriculture, est une petite paille, capsule ou gousse, qui sert d’enveloppe au grain dans l’épi.»

(Trévoux.)

Si balle est ici dans ce sens, rimeur de balle serait une métaphore prise d’un objet qui, devant être rembourré de plume ou de crin, ne l’est que de balle, et ainsi d’une valeur réelle très-inférieure à l’apparence; mais cela paraît forcé.

Trévoux explique rimeur de balle, par allusion à la balle des marchands forains: «On appelle rimeur de balle un poëte dont les vers sont si mauvais, qu’ils ne servent qu’à envelopper des marchandises.» C’est ainsi qu’on dit poëte des halles.

BARBARISMES DE BON GOUT, en matière de bon goût:

Des incongruités de bonne chère et des barbarismes de bon goût.

(B. gent. IV. 1.)

(Voyez Solécismes en conduite.)

BARGUIGNER:

A quoi bon tant barguigner et tant tourner autour du pot?

(Pourc. I. 7.)

Barguigner signifie marchander en vieux français; racine bargain, que les Anglais nous ont pris et conservent encore.

«Estagiers de Paris puent barguignier et achater bled, ou marchié de Paris.»

(Livre des mestiers. p. 17.)

Le sire de Coucy, déguisé en mercier ambulant, ouvre sa balle; toute la maison y accourt, et la châtelaine de Fayel elle-même:

«Iluec trouverent le mercier,
«E lor dame qui remuoit
«Les joiaus, et les bargignoit.
«Aulcuns aussy de la mesnie
«Ont mainte chose bargignie....
«Et quant rien plus ne bargigna,
«Sa marchandise appareilla,
«Et prist son fardel à trousser.....
(Roman de Coucy.)
«La dame dist à son valet:
«Faites demourer sans long plait
«Ce povre home, marchand estragne.
«Cilz respont, sans faire bargagne:
«Gentilz dame, Dieus le vous mire.»
(Ibid.)

Elle marchandait les joyaux;—et quand on ne marchanda plus rien...;—il répond sans marchander. Barguigner n’a plus aujourd’hui que le sens figuré de marchander.

BASTE, de l’italien basta, suffit:

Baste! songez à vous dans ce nouveau dessein.
(L’Ét. IV. 1.)

Baste! laissons là ce chapitre.

(Méd. m. lui. I. 1.)

BATIR SUR DES ATTRAITS....:

Mon cœur aura bâti sur ses attraits naissants.
(Éc. des fem. IV. 1.)

C’est l’abrégé d’une expression métaphorique: bâtir, fonder un espoir sur.....

BATTEUR:

Oui, je te ferai voir, batteur que Dieu confonde,
Que ce n’est pas pour rien qu’il faut rouer le monde.
(L’Ét. II. 9.)

BEAU, au sens métaphorique de pur:

SGANARELLE.

Vous vous taisez exprès, et me laissez parler par belle malice!

(D. Juan. III. 1.)

BEAUCOUP devant un adjectif ou un partic. passé:

Je vous suis beaucoup obligé.

(Pourc. III. 9.)
Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire!
(Fem. sav. IV. 3.)

BÉCARRE; DU BÉCARRE, terme technique, aujourd’hui inusité:

Ah! monsieur, c’est du beau bécarre!

(Le Sicilien. 2.)

Et là-dessus vient un berger, berger joyeux, avec un bécarre admirable, qui se moque de leur foiblesse.

(Ibid.)

Cela veut dire que la musique passe du mode mineur au majeur.

BÉCASSE BRIDÉE:

Ma foi, monsieur, la bécasse est bridée; et vous avez cru faire un jeu qui demeure une vérité.

(Am. méd. III. 9.)

«Cela se dit figurément, à cause d’une chasse que les paysans font aux bécasses avec des lacets et collets qu’ils tendent, où elles se brident elles-mêmes.»

(Trévoux.)

BEC CORNU, ou mieux BECQUE CORNU:

Et sans doute il faut bien qu’à ce becque cornu
Du trait qu’elle a joué quelque jour soit venu.
(Éc. des fem. IV. 6.)

Que maudit soit le bec cornu de notaire qui m’a fait signer ma ruine!

(Méd. m. lui. I. 2.)

Becque est formé de l’italien becco, un bouc, mot qui reçoit deux sens métaphoriques, injurieux l’un et l’autre. Becco est un lourdaud, ou un homme que déshonore l’inconduite de sa femme ou de sa sœur (Trésor des trois langues). L’épithète cornu s’explique d’elle-même.

BÉJAUNE, erreur grossière:

C’est fort bien fait d’apprendre à vivre aux gens, et de leur montrer leur béjaune.

(Am. méd. II. 3.)

Monsieur, souffrez que je lui montre son béjaune, et le tire d’erreur.

(Mal. im. III. 16.)

Les jeunes oiseaux ont le bec garni d’une sorte de frange jaune. Ainsi, par métaphore, avoir le bec jaune, c’est manquer d’expérience, être dupe. Molière a écrit aussi bec jaune; conformément à l’étymologie:

Oui, Mathurine, je veux que monsieur vous montre votre bec jaune.

(D. Juan. II. 5.)
«Ce sont six aulnes.... ne sont mie?
«Et non sont; que je suis bec jaulne
(Pathelin.)

Dans l’origine, les consonnes finales étant muettes lorsque suivait une consonne; on prononçait pour bec, mer, fer, , , .

(Des variations du langage français, p. 44.)

BESOIN, FAIRE BESOIN, être nécessaire:

Aussi bien nous fera-t-il ici besoin pour apprêter le souper.

(L’Av. III. 5.)

BIAIS, dissyllabe:

Nous n’aurions pas besoin maintenant de rêver
A chercher les biais que nous devons trouver.
(L’Ét. I. 2.)
Des biais qu’on doit prendre à terminer vos feux.
(Ibid. IV. 1.)
Il faut voir maintenant quel biais je prendrai.
(Ibid. IV. 8.)
Pour tâcher de trouver un biais salutaire.
(Ibid. V. 12.)
Et du biais qu’il faut vous prenez cette affaire.
(Sgan. 21.)
Le pousser est encor grande imprudence à vous,
Et vous deviez chercher quelque biais plus doux.
(Tart. V. I.)

—Monosyllabe:

J’ai donc cherché longtemps un biais de vous donner
La beauté que les ans ne peuvent moissonner.
(Fem. sav. III. 6.)

SAVOIR LE BIAIS DE FAIRE QUELQUE CHOSE:

Mais, encore une fois, madame, je ne sais point le biais de faire entrer ici des vérités si éclatantes.

(Ép. dédic. de la Critique de l’Éc. des fem.)

BICÊTRE, voyez BISSÊTRE.

BIEN; AVOIR LE BIEN DE... le plaisir, l’avantage de...:

... J’ai le bien d’être de vos voisins.
(Éc. des mar. I. 5.)
Il s’est dit grand chasseur, et nous a prié tous
Qu’il pût avoir le bien de courir avec nous.
(Fâcheux. II. 7.)

BIEN ET BEAU:

Cependant arrivé, vous sortez bien et beau,
Sans prendre de repos ni manger un morceau.
(Sgan. 7.)

Remarquez beau, employé comme adverbe. C’était originairement le privilége de tous les adjectifs. Il nous en reste encore de nombreux exemples: voir clair, frapper ferme, parler haut, partir soudain, parler net, etc., etc., pour clairement, fermement, hautement, soudainement, nettement.

«Le fermier vient, le prend, l’encage bien et beau,
«Le donne à ses enfants pour servir d’amusette.»
(La Fontaine. Le Corbeau voulant imiter l’Aigle.)

BIENSÉANCE; ÊTRE EN LA BIENSÉANCE DE QUELQU’UN, c’est-à-dire, à sa disposition:

Cette maison meublée est en ma bienséance;
Je puis en disposer avec grande licence.
(L’Ét. V. 2.)

BISSÊTRE; malheur résultant d’une fatalité. FAIRE UN BISSÊTRE:

Eh bien! ne voilà pas mon enragé de maître?
Il nous va faire encor quelque nouveau bissêtre.
(L’Ét. V. 7.)

L’orthographe est bissêtre, et non bicêtre; le mot primitif est bissexte. Du Cange, au mot Bissextus, l’explique infortunium, malum superveniens. La mauvaise influence de l’an et du jour bissextile était proverbiale au moyen âge:

«Cette année-là étoit bissextile, et le bissexte tomba de fait sur les traistres.»

(Orderic Vital. lib. XIII. p. 882.)

«Cette tumultueuse année fut bissextile.... et le bissexte tomba sur le roi et sur son peuple, tant en Angleterre qu’en Normandie.»

(Id. lib. XIII. p. 905.)

C’était une locution populaire: le bissexte est tombé sur telle affaire, pour dire qu’elle avait mal tourné. Nous voyons déjà paraître la forme corrompue bissextre dans Molinet:

«Pour ce que bissextre eschiet,
«L’an en sera tout desbauchiet.»
(Le Calendrier.)

L’x s’éteignait dans la prononciation, et laissait prévaloir le t, par la règle des consonnes consécutives. On prononçait donc bissête, et, par l’intercalation euphonique de l’r, bissêtre.

La superstition du jour bissextile remontait aux Romains. Voyez là-dessus le témoignage de Macrobe, au livre Ier, chapitre 13, des Saturnales.

Molière rappelle donc ici, par l’emploi du mot bicêtre, une expression et une superstition du moyen âge.

Le vice d’orthographe tendrait à confondre le bissêtre avec le château de Bicestre ou de Bicêtre. Celui-ci a une tout autre origine: la grange aux Gueux, qui appartenait, en 1290, à l’évêque de Paris, passa plus tard à Jean, évêque de Wincestre, dont le nom, transformé en Bicestre, est resté attaché à cette demeure.

Le peuple dit d’un enfant méchant et tapageur: C’est un bicêtre; ah! le petit bicêtre! Trévoux veut que ce soit par allusion à la prison de Bicêtre; mais ne serait-ce pas plutôt un vestige de la superstition du bissêtre? Ah! le maudit enfant! le petit malheureux! né le jour du bissêtre, sur qui est tombé le bissêtre!

On lit dans le Roman bourgeois, de Furetière:

«Si j’ai fait ici quelque bissêtre

Et dans la Noce de village, de Brécourt:

«Avant, je veux faire bissêtre

BLANCHIR, NE FAIRE QUE BLANCHIR; au sens métaphorique:

Les douceurs ne feront que blanchir contre moi.
(Dép. am. V. 9.)
Et nos enseignements ne font là que blanchir.
(Éc. des fem. III. 3.)

LE MARQUIS.—Voilà des raisons qui ne valent rien.

CLIMÈNE.—Tout cela ne fait que blanchir.

(Crit. de l’Éc. des fem. 7.)

Bien que cette expression se trouve dans la bouche de Climène, il ne s’ensuit pas que Molière ait prétendu la blâmer.

Voici comment Furetière expose l’origine de cette métaphore:

«Blanchir se dit aussi des coups de canon qui ne font qu’effleurer une muraille, et y laissent une marque blanche. En ce sens, on dit, au figuré, de ceux qui entreprennent d’attaquer ou de persuader quelqu’un, et dont tous les efforts sont inutiles, que tout ce qu’ils ont fait, tout ce qu’ils ont dit, n’a fait que blanchir devant cet homme ferme et opiniâtre.»

BOIRE LA CHOSE; métaphoriquement, se résigner:

Mon frère, doucement il faut boire la chose.
(Éc. des mar. III. 10.)

Molière a dit, par la même figure: Avaler l’usage des galants.

BOIRE SUR LE RESTE DE QUELQU’UN:

Vous buviez sur son reste, et montriez d’affecter
Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.
(L’Ét. IV. 5.)

BON, BONNE, ironiquement:

Hé, la bonne effrontée!

(Sgan. 6.)

Parbleu! le voilà bon, avec son habit d’empereur romain!

(D. Juan. III. 6.)

D’où viens-tu, bon pendard?

(G. D. III. 11.)

Taisez-vous, bonne pièce!

(Ibid. I. 6.)

Oses-tu bien paroître devant mes yeux, après tes bons déportements?

(Scapin. I. 4.)

BON A FAIRE A....:

Refuser ce qu’on donne est bon à faire aux fous.
(Dép. am. I. 2.)

BON ARGENT (PRENDRE POUR DE), prendre au sérieux:

Quoi! tu prends pour de bon argent ce que je viens de dire?

(D. Juan. V. 2.)

Métaphore tirée de la fausse monnaie.

AVOIR LE CŒUR BON, c’est-à-dire, en style moderne, bien placé:

Sachez que j’ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi.

(L’Av. V. 5.)

LE BON DU CŒUR, substantivement:

Et du bon de mon cœur à cela je m’engage.
(Mis. III. 1.)

Du meilleur de mon cœur.

BONS JOURS, jours de fête, jours solennels:

Que d’une serge honnête elle ait son vêtement,
Et ne porte le noir qu’aux bons jours seulement.
(Éc. des mar. I. 2.)

BOUCHE. BOUCHE COUSUE, adverbialement, pour recommander la discrétion:

Adieu. Bouche cousue, au moins! Gardez bien le secret, que le mari ne le sache pas!

(G. D. I. 2.)

LAISSER SUR LA BONNE BOUCHE:

Vous n’en tâterez plus, et je vous laisse sur la bonne bouche.

(Ib. II. 7.)

DANS MA BOUCHE, DANS LEURS BOUCHES, c’est-à-dire d’après mes paroles, à les entendre:

Dans ma bouche, une nuit, cet amant trop aimable
Crut rencontrer Lucile à ses vœux favorable.
(Dép. am. II. 1.)

Il n’y a pas moyen d’approuver cette façon de parler.

Ascagne veut dire qu’elle se fit passer pour Lucile, parla comme si elle eût été Lucile. Cette expression étrange paraît tenir à l’inexpérience de Molière, quand il fit le Dépit; mais on est surpris de la retrouver, mieux construite, il est vrai, dans la préface du Tartufe. Il s’agit des hypocrites:

Le Tartufe, dans leur bouche, est une pièce qui offense la piété.

Molière s’exprimerait-il autrement s’il voulait dire que les hypocrites, par leur manière de réciter Tartufe, d’en accentuer les vers, dénaturent la pensée de l’auteur, et font d’un ouvrage innocent un ouvrage impie?

(Voyez Métaphores vicieuses.)

BOUCHON ET BOUCHONNER:

Hai, hai, mon petit nez, pauvre petit bouchon!
(Éc. des m. II. 14.)
Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai.
(Éc. des fem. V. 4.)

Bouchon est ici le diminutif de bouche. Il ne faut pas s’arrêter à ce que cette terminaison on, one, est en italien la marque d’un augmentatif; il est certain qu’en français elle a reçu un emploi opposé, comme de Pierre, Pierron ou Pierrot; de Charles, Charlon ou Charlot, de Gothe, Gothon; de Marie, Marion, etc. Et dans les noms communs, bestion (de beste), valeton (valet), luiton (lutin), tetton (tette), peton (pied), chaton (chat), poupon (poupe, poupée, etc.)

Voici l’article de Furetière: «Bouchon est aussi un nom de cajollerie qu’on donne aux petits enfants, aux jeunes filles de basse condition: Mon petit cœur, mon petit bouchon

BOUGER (SE), verbe réfléchi, pour bouger, neutre:

Et personne, monsieur, qui se veuille bouger
Pour retenir des gens qui se vont égorger!
(Dép. am. V. 7.)

BOURLE, de l’italien burla, moquerie, FAIRE UNE BOURLE:

Une certaine mascarade..... que je prétends faire entrer dans une bourle que je veux faire à notre ridicule.

(Bourg. gent. III. 14.)

C’est la leçon de l’édition de 1670, qui est la première. Les éditions modernes mettent bourde, qui est la forme corrompue, aujourd’hui adoptée. Bourle n’est dans aucun dictionnaire; ils donnent tous bourde.

BRANLER LE MENTON, manger:

MASCARILLE.
Oh! tu seras ainsi tenu pour un poltron.
—Soit, pourvu que toujours je branle le menton.
(Dép. am. V. 1.)

BRAS, SE METTRE...... SUR LES BRAS:

Voudriez-vous, madame, vous opposer à une si sainte pensée, et que j’allasse, en vous retenant, me mettre le ciel sur les bras?

(D. Juan. I. 5.)

Qui en touche un (hypocrite), se les attire tous sur les bras.

(Ib. V. 2.)

SE JETER.... SUR LES BRAS, même sens;

Et je me jetterois cent choses sur les bras.
(Mis. V. 1.)

BRAVADE, FAIRE BRAVADE A QUELQU’UN:

Moi, je serois cocu?—Vous voilà bien malade!
Mille gens le sont bien, sans vous faire bravade,
Qui, de mine, de cœur, de biens et de maison,
Ne feroient avec vous nulle comparaison.
(Éc. des fem. IV. 8.)

Sans vous insulter.—Bravade d’un discours:

Je ne sais qui me tient qu’avec une gourmade
Ma main de ce discours ne venge la bravade.
(Éc. des fem. V. 4.)

BRAVE en ajustements:

Ta forte passion est d’être brave et leste.
(Éc. des fem. V. 4.)

Est-ce que tu es jalouse de quelqu’une de tes compagnes que tu voies plus brave que toi?

(Am. méd. I. 2.)

BRAVERIE, parure:

LA GRANGE.—Vite, qu’on les dépouille sur-le-champ.

JODELET.—Adieu, notre braverie!

(Préc. rid. 16.)

Pour moi, je tiens que la braverie, que l’ajustement est la chose qui réjouit le plus les filles.

(Am. méd. I. 1.)

BRIDER D’UN ZÈLE:

D’un zèle simulé j’ai bridé le bon sire.
(L’Ét. IV. 1.)

BRILLANTS; qualités brillantes:

Comme par son esprit et ses autres brillants
Il rompt l’ordre commun et devance le temps....
(Mélicerte. I. 4.)

LES BRILLANTS DES YEUX:

Mais, voyant de ses yeux tous les brillants baisser.
(Tart. I. 1.)
Et si je rends hommage aux brillants de leurs yeux,
De leur esprit aussi j’honore les lumières.
(Fem sav. III. 2.)

LES BRILLANTS D’UNE VICTOIRE:

Ne vous enflez donc point d’une si grande gloire,
Pour les petits brillants d’une faible victoire.
(Mis. III. 5.)

BROUILLER:

Que nous brouilles-tu ici de ma fille?

(L’Av. V. 3.)

DESTIN BROUILLÉ, embrouillé:

Fut-il jamais destin plus brouillé que le nôtre?
(L’Ét. IV. 9.)

BRUIRE. FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX, métaphoriquement, faire tapage:

Le vin émétique fait bruire ses fuseaux.

(D. Juan. III. 1.)

BRUIT. Bruit répandu, ouï-dire:

J’ai rencontré un orfévre qui, sur le bruit que vous cherchiez quelque beau diamant en bague....

(Mar. for. 5.)

AVOIR UN BRUIT DE, avoir la réputation de:

Hé! là, là, madame la Nuit,
Un peu doucement, je vous prie;
Vous avez dans le monde un bruit
De n’être pas si renchérie.
(Amph. prol.)

«Elle eut le bruit, à la cour, de n’avoir pas sa pareille.»

(La Reine de Nav. Hept. nouv. 15.)

On disait de même, donner un bruit à quelqu’un.

Bonnivet, au témoignage de la reine de Navarre,

«Estoit des dames mieulx voulu que ne feut oncques François, tant par sa beauté, bonne grace et parole, que pour le bruit que chacun luy donnoit d’estre l’un des plus adroits et hardis aux armes qui feust de son tems.»

(Heptaméron. nouvelle 14e.)

«Elle connoissoit le contraire du faux bruit que l’on donnoit aux François, car ils estoient plus sages, etc.»

(Ibidem.)

(Voyez la note au mot Donner un crime.)

A PETIT BRUIT:

Je me divertirai à petit bruit.

(D. Juan. V. 2.)

BRULER SES LIVRES A QUELQUE CHOSE:

J’y brûlerai mes livres, ou je romprai ce mariage.

(Pourc. I. 3.)

Chicaneau dit pareillement:

CHICANEAU.
«Vous plaidez?
LA COMTESSE.
Plût à Dieu!
CHICANEAU.
J’y brûlerai mes livres!»
(Les Plaideurs. I. 7.)

BRUTALITÉ DE SENS COMMUN ET DE RAISON:

Un homme qui, avec une impétuosité de prévention, une roideur de confiance, une brutalité de sens commun et de raison, donne au travers des purgations et des saignées.

(Mal. im. III. 3.)

BUTER A QUELQUE CHOSE, prendre cette chose pour but:

Toutes mes volontés ne butent qu’à vous plaire.
(L’Ét. V. 3.)

BUTIN, au lieu de proie, dans le sens métaphorique:

D. ELVIRE.
On ne me verra point le butin de vos feux.
(D. Garcie. III. 3.)

Je ne crois pas qu’on trouve en français un second exemple de cette façon de parler bizarre. Dans une métaphore consacrée, on n’a pas le droit de substituer un synonyme au mot qui fait la figure; autrement cet Anglais aurait bien parlé, qui écrivait à Fénelon: «Monseigneur, vous avez pour moi des boyaux de père,» car entrailles et boyaux sont synonymes, comme proie et butin.

CABALE, pour signifier le parti des faux dévots:

Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toute la cabale.

(D. Juan. V. 2.)

Pascal, dans les Provinciales, emploie ce mot dans le même sens.

CACHE, cachette:

On n’est pas peu embarrassé à inventer dans toute une maison une cache fidèle.