Aïe, par l’introduction du d, aïde ou aide, selon la prononciation moderne, syncope d’adjutorium. Aye, aye! c’est-à-dire, à l’aide, à l’aide!
BABYLONE; LA TOUR DE BABYLONE, comme qui dirait la tour du babil:
«Le Père Caussin, jésuite, dit, dans sa Cour sainte, que les hommes ont fondé la tour de Babel, et les femmes la tour de babil. Ce quolibet du jésuite n’aurait-il pas donné l’idée de celui que Molière met dans la bouche de madame Pernelle? et le père Caussin ne serait-il pas le docteur dont parle la vieille dévote?»
BAIE:
Cette expression, payer d’une baie, nous reporte à la farce de Pathelin, dont la première édition est de 1490. Le prodigieux succès de ce Pathelin fit passer en proverbe plusieurs mots de cette pièce; nous disons encore: revenir à ses moutons. Payer d’une baie est une allusion à cette autre scène excellente, où le berger, acquitté du meurtre des moutons, paye son avocat en lui disant Bée, comme il a fait au juge; et la fourberie retombe sur son auteur.
—BAIE (DONNER LA):
BAILLER, archaïsme, donner:
Un sergent baillera de faux exploits, sur quoi vous serez condamné sans que vous le sachiez.
Bailler un exploit était le terme consacré en style d’huissier; Molière n’avait garde de changer le mot technique.
BAISSEMENT DE TÊTE:
Quelque baissement de tête, un soupir mortifié, deux roulements d’yeux, rajustent dans le monde tout ce qu’ils (les scélérats) peuvent faire.
BALANCER QUELQUE CHOSE:
Un homme qui..... et ne balance aucune chose.
Qui ne pèse rien.
BALLE, RIMEUR DE BALLE:
«Balle, en termes d’agriculture, est une petite paille, capsule ou gousse, qui sert d’enveloppe au grain dans l’épi.»
Si balle est ici dans ce sens, rimeur de balle serait une métaphore prise d’un objet qui, devant être rembourré de plume ou de crin, ne l’est que de balle, et ainsi d’une valeur réelle très-inférieure à l’apparence; mais cela paraît forcé.
Trévoux explique rimeur de balle, par allusion à la balle des marchands forains: «On appelle rimeur de balle un poëte dont les vers sont si mauvais, qu’ils ne servent qu’à envelopper des marchandises.» C’est ainsi qu’on dit poëte des halles.
BARBARISMES DE BON GOUT, en matière de bon goût:
Des incongruités de bonne chère et des barbarismes de bon goût.
(Voyez Solécismes en conduite.)
BARGUIGNER:
A quoi bon tant barguigner et tant tourner autour du pot?
Barguigner signifie marchander en vieux français; racine bargain, que les Anglais nous ont pris et conservent encore.
«Estagiers de Paris puent barguignier et achater bled, ou marchié de Paris.»
Le sire de Coucy, déguisé en mercier ambulant, ouvre sa balle; toute la maison y accourt, et la châtelaine de Fayel elle-même:
Elle marchandait les joyaux;—et quand on ne marchanda plus rien...;—il répond sans marchander. Barguigner n’a plus aujourd’hui que le sens figuré de marchander.
BASTE, de l’italien basta, suffit:
Baste! laissons là ce chapitre.
BATIR SUR DES ATTRAITS....:
C’est l’abrégé d’une expression métaphorique: bâtir, fonder un espoir sur.....
BATTEUR:
BEAU, au sens métaphorique de pur:
SGANARELLE.
Vous vous taisez exprès, et me laissez parler par belle malice!
BEAUCOUP devant un adjectif ou un partic. passé:
Je vous suis beaucoup obligé.
BÉCARRE; DU BÉCARRE, terme technique, aujourd’hui inusité:
Ah! monsieur, c’est du beau bécarre!
Et là-dessus vient un berger, berger joyeux, avec un bécarre admirable, qui se moque de leur foiblesse.
Cela veut dire que la musique passe du mode mineur au majeur.
BÉCASSE BRIDÉE:
Ma foi, monsieur, la bécasse est bridée; et vous avez cru faire un jeu qui demeure une vérité.
«Cela se dit figurément, à cause d’une chasse que les paysans font aux bécasses avec des lacets et collets qu’ils tendent, où elles se brident elles-mêmes.»
BEC CORNU, ou mieux BECQUE CORNU:
Que maudit soit le bec cornu de notaire qui m’a fait signer ma ruine!
Becque est formé de l’italien becco, un bouc, mot qui reçoit deux sens métaphoriques, injurieux l’un et l’autre. Becco est un lourdaud, ou un homme que déshonore l’inconduite de sa femme ou de sa sœur (Trésor des trois langues). L’épithète cornu s’explique d’elle-même.
BÉJAUNE, erreur grossière:
C’est fort bien fait d’apprendre à vivre aux gens, et de leur montrer leur béjaune.
Monsieur, souffrez que je lui montre son béjaune, et le tire d’erreur.
Les jeunes oiseaux ont le bec garni d’une sorte de frange jaune. Ainsi, par métaphore, avoir le bec jaune, c’est manquer d’expérience, être dupe. Molière a écrit aussi bec jaune; conformément à l’étymologie:
Oui, Mathurine, je veux que monsieur vous montre votre bec jaune.
Dans l’origine, les consonnes finales étant muettes lorsque suivait une consonne; on prononçait pour bec, mer, fer, bé, mé, fé.
BESOIN, FAIRE BESOIN, être nécessaire:
Aussi bien nous fera-t-il ici besoin pour apprêter le souper.
BIAIS, dissyllabe:
—Monosyllabe:
—SAVOIR LE BIAIS DE FAIRE QUELQUE CHOSE:
Mais, encore une fois, madame, je ne sais point le biais de faire entrer ici des vérités si éclatantes.
BICÊTRE, voyez BISSÊTRE.
BIEN; AVOIR LE BIEN DE... le plaisir, l’avantage de...:
BIEN ET BEAU:
Remarquez beau, employé comme adverbe. C’était originairement le privilége de tous les adjectifs. Il nous en reste encore de nombreux exemples: voir clair, frapper ferme, parler haut, partir soudain, parler net, etc., etc., pour clairement, fermement, hautement, soudainement, nettement.
BIENSÉANCE; ÊTRE EN LA BIENSÉANCE DE QUELQU’UN, c’est-à-dire, à sa disposition:
BISSÊTRE; malheur résultant d’une fatalité. FAIRE UN BISSÊTRE:
L’orthographe est bissêtre, et non bicêtre; le mot primitif est bissexte. Du Cange, au mot Bissextus, l’explique infortunium, malum superveniens. La mauvaise influence de l’an et du jour bissextile était proverbiale au moyen âge:
«Cette année-là étoit bissextile, et le bissexte tomba de fait sur les traistres.»
«Cette tumultueuse année fut bissextile.... et le bissexte tomba sur le roi et sur son peuple, tant en Angleterre qu’en Normandie.»
C’était une locution populaire: le bissexte est tombé sur telle affaire, pour dire qu’elle avait mal tourné. Nous voyons déjà paraître la forme corrompue bissextre dans Molinet:
L’x s’éteignait dans la prononciation, et laissait prévaloir le t, par la règle des consonnes consécutives. On prononçait donc bissête, et, par l’intercalation euphonique de l’r, bissêtre.
La superstition du jour bissextile remontait aux Romains. Voyez là-dessus le témoignage de Macrobe, au livre Ier, chapitre 13, des Saturnales.
Molière rappelle donc ici, par l’emploi du mot bicêtre, une expression et une superstition du moyen âge.
Le vice d’orthographe tendrait à confondre le bissêtre avec le château de Bicestre ou de Bicêtre. Celui-ci a une tout autre origine: la grange aux Gueux, qui appartenait, en 1290, à l’évêque de Paris, passa plus tard à Jean, évêque de Wincestre, dont le nom, transformé en Bicestre, est resté attaché à cette demeure.
Le peuple dit d’un enfant méchant et tapageur: C’est un bicêtre; ah! le petit bicêtre! Trévoux veut que ce soit par allusion à la prison de Bicêtre; mais ne serait-ce pas plutôt un vestige de la superstition du bissêtre? Ah! le maudit enfant! le petit malheureux! né le jour du bissêtre, sur qui est tombé le bissêtre!
On lit dans le Roman bourgeois, de Furetière:
«Si j’ai fait ici quelque bissêtre;»
Et dans la Noce de village, de Brécourt:
«Avant, je veux faire bissêtre.»
BLANCHIR, NE FAIRE QUE BLANCHIR; au sens métaphorique:
LE MARQUIS.—Voilà des raisons qui ne valent rien.
CLIMÈNE.—Tout cela ne fait que blanchir.
Bien que cette expression se trouve dans la bouche de Climène, il ne s’ensuit pas que Molière ait prétendu la blâmer.
Voici comment Furetière expose l’origine de cette métaphore:
«Blanchir se dit aussi des coups de canon qui ne font qu’effleurer une muraille, et y laissent une marque blanche. En ce sens, on dit, au figuré, de ceux qui entreprennent d’attaquer ou de persuader quelqu’un, et dont tous les efforts sont inutiles, que tout ce qu’ils ont fait, tout ce qu’ils ont dit, n’a fait que blanchir devant cet homme ferme et opiniâtre.»
BOIRE LA CHOSE; métaphoriquement, se résigner:
Molière a dit, par la même figure: Avaler l’usage des galants.
—BOIRE SUR LE RESTE DE QUELQU’UN:
BON, BONNE, ironiquement:
Hé, la bonne effrontée!
Parbleu! le voilà bon, avec son habit d’empereur romain!
D’où viens-tu, bon pendard?
Taisez-vous, bonne pièce!
Oses-tu bien paroître devant mes yeux, après tes bons déportements?
—BON A FAIRE A....:
—BON ARGENT (PRENDRE POUR DE), prendre au sérieux:
Quoi! tu prends pour de bon argent ce que je viens de dire?
Métaphore tirée de la fausse monnaie.
—AVOIR LE CŒUR BON, c’est-à-dire, en style moderne, bien placé:
Sachez que j’ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi.
—LE BON DU CŒUR, substantivement:
Du meilleur de mon cœur.
—BONS JOURS, jours de fête, jours solennels:
BOUCHE. BOUCHE COUSUE, adverbialement, pour recommander la discrétion:
Adieu. Bouche cousue, au moins! Gardez bien le secret, que le mari ne le sache pas!
—LAISSER SUR LA BONNE BOUCHE:
Vous n’en tâterez plus, et je vous laisse sur la bonne bouche.
—DANS MA BOUCHE, DANS LEURS BOUCHES, c’est-à-dire d’après mes paroles, à les entendre:
Il n’y a pas moyen d’approuver cette façon de parler.
Ascagne veut dire qu’elle se fit passer pour Lucile, parla comme si elle eût été Lucile. Cette expression étrange paraît tenir à l’inexpérience de Molière, quand il fit le Dépit; mais on est surpris de la retrouver, mieux construite, il est vrai, dans la préface du Tartufe. Il s’agit des hypocrites:
Le Tartufe, dans leur bouche, est une pièce qui offense la piété.
Molière s’exprimerait-il autrement s’il voulait dire que les hypocrites, par leur manière de réciter Tartufe, d’en accentuer les vers, dénaturent la pensée de l’auteur, et font d’un ouvrage innocent un ouvrage impie?
(Voyez Métaphores vicieuses.)
BOUCHON ET BOUCHONNER:
Bouchon est ici le diminutif de bouche. Il ne faut pas s’arrêter à ce que cette terminaison on, one, est en italien la marque d’un augmentatif; il est certain qu’en français elle a reçu un emploi opposé, comme de Pierre, Pierron ou Pierrot; de Charles, Charlon ou Charlot, de Gothe, Gothon; de Marie, Marion, etc. Et dans les noms communs, bestion (de beste), valeton (valet), luiton (lutin), tetton (tette), peton (pied), chaton (chat), poupon (poupe, poupée, etc.)
Voici l’article de Furetière: «Bouchon est aussi un nom de cajollerie qu’on donne aux petits enfants, aux jeunes filles de basse condition: Mon petit cœur, mon petit bouchon.»
BOUGER (SE), verbe réfléchi, pour bouger, neutre:
BOURLE, de l’italien burla, moquerie, FAIRE UNE BOURLE:
Une certaine mascarade..... que je prétends faire entrer dans une bourle que je veux faire à notre ridicule.
C’est la leçon de l’édition de 1670, qui est la première. Les éditions modernes mettent bourde, qui est la forme corrompue, aujourd’hui adoptée. Bourle n’est dans aucun dictionnaire; ils donnent tous bourde.
BRANLER LE MENTON, manger:
BRAS, SE METTRE...... SUR LES BRAS:
Voudriez-vous, madame, vous opposer à une si sainte pensée, et que j’allasse, en vous retenant, me mettre le ciel sur les bras?
Qui en touche un (hypocrite), se les attire tous sur les bras.
—SE JETER.... SUR LES BRAS, même sens;
BRAVADE, FAIRE BRAVADE A QUELQU’UN:
Sans vous insulter.—Bravade d’un discours:
BRAVE en ajustements:
Est-ce que tu es jalouse de quelqu’une de tes compagnes que tu voies plus brave que toi?
BRAVERIE, parure:
LA GRANGE.—Vite, qu’on les dépouille sur-le-champ.
JODELET.—Adieu, notre braverie!
Pour moi, je tiens que la braverie, que l’ajustement est la chose qui réjouit le plus les filles.
BRIDER D’UN ZÈLE:
BRILLANTS; qualités brillantes:
—LES BRILLANTS DES YEUX:
—LES BRILLANTS D’UNE VICTOIRE:
BROUILLER:
Que nous brouilles-tu ici de ma fille?
—DESTIN BROUILLÉ, embrouillé:
BRUIRE. FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX, métaphoriquement, faire tapage:
Le vin émétique fait bruire ses fuseaux.
BRUIT. Bruit répandu, ouï-dire:
J’ai rencontré un orfévre qui, sur le bruit que vous cherchiez quelque beau diamant en bague....
—AVOIR UN BRUIT DE, avoir la réputation de:
«Elle eut le bruit, à la cour, de n’avoir pas sa pareille.»
On disait de même, donner un bruit à quelqu’un.
Bonnivet, au témoignage de la reine de Navarre,
«Estoit des dames mieulx voulu que ne feut oncques François, tant par sa beauté, bonne grace et parole, que pour le bruit que chacun luy donnoit d’estre l’un des plus adroits et hardis aux armes qui feust de son tems.»
«Elle connoissoit le contraire du faux bruit que l’on donnoit aux François, car ils estoient plus sages, etc.»
(Voyez la note au mot Donner un crime.)
—A PETIT BRUIT:
Je me divertirai à petit bruit.
BRULER SES LIVRES A QUELQUE CHOSE:
J’y brûlerai mes livres, ou je romprai ce mariage.
Chicaneau dit pareillement:
BRUTALITÉ DE SENS COMMUN ET DE RAISON:
Un homme qui, avec une impétuosité de prévention, une roideur de confiance, une brutalité de sens commun et de raison, donne au travers des purgations et des saignées.
BUTER A QUELQUE CHOSE, prendre cette chose pour but:
BUTIN, au lieu de proie, dans le sens métaphorique:
Je ne crois pas qu’on trouve en français un second exemple de cette façon de parler bizarre. Dans une métaphore consacrée, on n’a pas le droit de substituer un synonyme au mot qui fait la figure; autrement cet Anglais aurait bien parlé, qui écrivait à Fénelon: «Monseigneur, vous avez pour moi des boyaux de père,» car entrailles et boyaux sont synonymes, comme proie et butin.
CABALE, pour signifier le parti des faux dévots:
Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toute la cabale.
Pascal, dans les Provinciales, emploie ce mot dans le même sens.
CACHE, cachette:
On n’est pas peu embarrassé à inventer dans toute une maison une cache fidèle.