Ne voyez-vous pas qu’il tire à soi toute la nourriture, et qu’il empêche ce côté-là de profiter?
Tout le XVIIe siècle a ainsi parlé. Les grammairiens se sont perdus en distinctions et en subtilités pour régler quand il fallait soi, et quand lui. Tout cela est chimérique. Les grands écrivains du temps de Louis XIV se sont guidés bien plus sûrement sur un seul point: partout où le latin mettrait se, ils ont mis soi,
Pro se ipso, et non pro illo.
Timet se ipsum.
Post se, et non post illum.
«Il n’ouvre la bouche que pour répondre...... Il crache presque sur soi.»
«Idoménée, revenant à soi, remercia ses amis.»
«Tant de profanations que les armes traînent après soi!»
«Dieux immortels, dit-elle en soi-même, est-ce donc ainsi que sont faits les monstres?»
On voit qu’il n’est pas besoin de tant raffiner, à la suite de Vaugelas, d’Olivet et les modernes.
SOIENT, monosyllabe:
SOIS-JE, dans une formule de souhait:
Forme excellente, au lieu de puissé-je être.
SOLÉCISMES EN CONDUITE:
SOLLICITER DE QUELQUE CHOSE:
J’ai cru faire assez de fuir l’engagement dont j’étois sollicitée.
Ne me refusez point la grâce dont je vous sollicite.
SON, SA, SES, se rapportant à un autre mot que le sujet de la phrase:
Son retour, c’est le retour de Lélie; riche en vertus se rapporte aussi à Lélie, quoique la construction de la phrase semble appliquer ces mots au retour. Il n’y a pas moyen d’excuser cette faute, source d’équivoques.
(La prudence de don Louis.)
(L’enfance de don Alphonse.)
(Les destins d’Alphonse.)
(L’audace du tyran.)
(La place d’Alphonse.)
(Le zèle d’Alphonse.)
(La fausse équité du tyran.)
Il est difficile d’écrire avec plus de négligence.
On dit bien la surveillance de l’État, mais non les yeux de l’État. L’État est une abstraction, une idée complexe, qui ne saurait être personnifiée jusqu’à prendre des yeux ni des oreilles.
—SON, SA, rapportés à un nom de chose:
LYSIDAS (parlant de sa pièce). Tous ceux qui étoient là doivent venir à sa première représentation.
—SON avec sentir. (Voyez SENTIR, p. 370.)
SONGER, actif, pour imaginer, méditer:
J’avois songé une comédie où il y auroit eu un poëte, etc...
—SONGER DE (un infinitif); songer à:
(Voyez p. 99, DE remplaçant A.)
SONT pour font, en style d’arithmétique:
Je crois que deux et deux sont quatre.
L’édition d’Amsterdam a corrigé, selon sa coutume, et mis font.
—SONT-CE:
Sont-ce encore des bergers?—C’est ce qu’il vous plaira.
Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire?
Sont-ce des visions que je me mets en tête?
(Voyez CE SONT.)
SORTILÉGE; DONNER UN SORTILÉGE A QUELQU’UN, lui jeter un sort:
C’est un sortilége qu’il lui a donné.
SORTIR HORS:
SOT, terme adouci pour exprimer ce qu’ailleurs Molière appelle crûment un cocu:
—SOT, passionné au point d’en perdre le sens:
—ÊTRE SOT APRÈS QUELQU’UN, en être assotté:
SOUCIER, verbe actif, comme affliger, chagriner:
SOUFFRIR, absolument; SOUFFRIR DE QUELQU’UN:
—SOUFFRIR QUELQUE CHOSE A QUELQU’UN:
«Mais le père Lemoine a apporté une modération à cette permission générale; car il ne le veut point du tout souffrir aux vieilles.»
SOUFFRIR A QUELQU’UN DE (un infinitif), lui permettre:
Me est ici au datif, et non à l’accusatif.
SOUPÇON; HORS DE SOUPÇON:
Qui soit à l’abri du soupçon, qui ne soit suspect.
—SOUPÇONS DE QUELQU’UN:
Ce n’est pas d’aujourd’hui, Nicole, que j’ai conçu des soupçons de mon mari.
Molière dit soupçons de quelqu’un, comme l’hymen, la vengeance, la jalousie de quelqu’un, c’est-à-dire, relativement à quelqu’un.
—SOUPÇON ENTRE DEUX PERSONNES, qui porte sur deux personnes:
SOUPÇONNER, suspecter:
SOUS, au lieu de par ou avec:
Ne prétendez pas vous sauver sous cette imposture.
—SOUS COULEUR, sous prétexte:
—SOUS DES LIENS:
—SOUS DES SOINS:
L’idée de protection, enfermée dans le verbe nourrir, sauve cette métaphore:
—SOUS L’APPAT DE..., sous le prétexte de:
—SOUS SA MOUSTACHE:
On n’est point bien aise de voir, sous sa moustache, cajoler hardiment sa femme ou sa maîtresse.
—SOUS TANT DE VRAISEMBLANCE:
—SOUS UN DON DE FOI:
Dans toutes ces locutions, sur serait aussi bien venu que sous. Molière, pour l’emploi de l’un et de l’autre, paraît n’avoir suivi que le hasard, et l’usage l’y autorisait. (Voyez au mot SUR, où l’origine de cette confusion est exposée.)
SOUTENIR LE COURROUX, y persévérer:
SPIRITUELLE, substantif; UNE SPIRITUELLE:
(Voyez RIDICULE, substantif.)
SUBJONCTIF qui en commande un autre, dans une place où nous mettrions aujourd’hui l’indicatif:
J’aurois assez d’adresse pour faire accroire à votre père que ce seroit une personne riche, outre ses maisons, de cent mille écus en argent comptant; qu’elle seroit éperdument amoureuse de lui, et souhaiteroit de se voir sa femme.
Il est clair qu’en effet la forme conditionnelle est la meilleure dans tout ce passage, qui n’expose qu’une hypothèse.
—Construit avec un présent de l’indicatif:
On dirait en style moderne: on prétend qu’a reçue. Il est manifeste que le conditionnel est plus juste, puisqu’il s’agit encore ici d’une hypothèse.
(Voyez CONDITIONNELS, FUTURS.)
SUCCÉDER, arriver, réussir, contingere:
SUCCÈS, issue d’une affaire, dans le sens du latin exitus, sans impliquer l’idée de bien ni de mal:
SUCRÉE (FAIRE LA), faire la prude, la renchérie:
—Qui, moi?—Oui; vous ne faites point tant la sucrée.
SUFFISANCE, en bonne part; HOMME DE SUFFISANCE:
Homme de suffisance, homme de capacité.
Dans le XVIIe siècle, suffisant et suffisance se prenaient en bonne part, au sens de qui suffit à quelque chose. Voici les exemples que donne Furetière: «Le roi a des ministres qui sont d’une grande suffisance, d’une grande capacité, d’une grande pénétration.» Et au mot SUFFISANT: «Se dit d’un grand mérite et de la sotte présomption. Le roi cherche des gens qui soient suffisants, et capables de remplir les prélatures et les grandes charges.»
—SUFFISANT DE (un infinitif), qui suffit; qui suffit à, capable de:
SUFFIT QUE, suivi d’un verbe à l’indicatif:
Il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver.
Nous savons ce que nous savons, cela suffit, c’est en dire assez. Il suffit que nous sachions présenterait un sens tout autre.
SUITE; EN SUITE DE. (Voyez ENSUITE DE.)
—SUITE, développement:
Don Alphonse dit à dona Elvire, qui vient de réciter trente-cinq vers sans interruption:
—D’UNE LONGUE SUITE, très-suivi:
—SUITE, conséquence:
SUIVRE LE COURROUX DE QUELQU’UN, s’y associer:
—SUIVRE QUELQU’UN AU DESSEIN DE (un infinitif):
Pour vous imiter dans ce dessein.
—SUIVRE SA POINTE:
Quel diable d’étourdi, qui suit toujours sa pointe!
SUJET à la première personne, et le verbe à la troisième. (Voyez PRONOM.)
SUJET SOUS-ENTENDU autre que le sujet exprimé:
Elle n’est point d’âge à ce qu’on puisse lui donner.
Le besoin de brièveté, joint à la clarté de l’expression, paraît plus que suffisant à excuser cette légère inexactitude.
SUPERFLU DE LA BOISSON (LE), périphrase qui s’entend de reste:
Je m’étois amusé dans votre cour à expulser le superflu de la boisson.
SUPPORT, dans le sens moral; appui:
SUPPORTER QUELQU’UN DANS, comme nous disons soutenir dans:
Nous ne sommes point gens à la supporter dans de mauvaises actions.
SUPPRESSION; A MA SUPPRESSION, en me supprimant, m’excluant:
Comme on dit à mon profit, à mon dam.
Bossuet a dit: «Au grand malheur des hommes ingrats.»
SUR LE FIER; SE TENIR SUR LE FIER:
SUR PEINE DE, sous peine de:
Mais à condition......... que vous n’en ouvrirez la bouche à personne du monde, sur peine de la vie.
«Madame, qui de tous poins veoit le seigneur de Saintré à combattre meu et desliberé, feloneusement luy dist: Sire de Saintré, nous voulons et vous commandons, sur peine d’encourir nostre indignacion, que incontinent tous deux vous desarmez.»
«Les seigneurs du Carthage, voyants que leur pays se despeuploit peu à peu, feirent desfense expresse, sur peine de mort, que nul n’eust plus à aller par là.»
«Si mon fils a jamais des enfants, je veux qu’ils étudient au collége de Clermont, sur peine d’être déshérités.»
«Est-ce un article de foi qu’il faille croire, sur peine de damnation?»
On écrivait originairement sor et soz; quand la consonne finale était muette, comme l’o sonnait le plus souvent ou, la prononciation confondait pour l’oreille sour et souz; de là l’emploi indifférent de l’un ou de l’autre dans certaines locutions consacrées, comme sur peine et sous peine.
(Voyez des Var. du lang. fr., p. 430.)
—SUR LE PIED DE (un infinitif):
Sous prétexte qu’elles nous sont fidèles; s’appuyant sur ce qu’elles nous sont fidèles.
—SUR UN SEMBLANT:
Mauvaise leçon. L’édition originale de 1669 porte: sous un beau semblant. (voy. la Préface.)
SURPRENDRE AU DÉPOURVU:
SURSÉANCE; FAIRE SURSÉANCE A... surseoir:
SUS; SUS DONC:
Sus n’est autre chose que sur. La consonne finale étant inarticulée dans l’origine, il arrivait souvent que l’écriture notât une consonne pour une autre. Courir sus à quelqu’un, c’est courir sur quelqu’un; mais sur, dans la première de ces locutions, est aujourd’hui employé comme adverbe; il est préposition dans la seconde. Sus, sus, c’est-à-dire, Allons, debout!
Mais pourquoi n’a-t-on pas dit courir sus à quelqu’un? l’euphonie y trouvait aussi bien son compte. Voyez, à l’article CHAISE, ce qui est dit du zézayement parisien.
Nicot: «Sus ou SUR, super.»
Le langage de la jurisprudence a conservé susanner, qui est une autre prononciation de suranner, réduit lui-même aujourd’hui à son participe passé.
«Une prise de corps ne se susanne jamais.»
C’est-à-dire, ne perd pas sa vertu, faute d’avoir été exécutée dans l’année; ne se suranne pas, non antiquatur.
Vous observerez que les Latins employaient déjà sus pour super en composition. Suspendere est pour superpendere.
SUSPENS SI (ÊTRE EN)...: (Voyez SI répondant au latin an, utrùm.)
SYLLEPSE qui suppose un nominatif non exprimé: