[86] Eugène Durieu, administrateur et écrivain, chargé, après la révolution de Février, de la direction générale de l'administration des cultes; il institua une commission des arts et édifices religieux, et créa le service des architectes diocésains pour la conservation des monuments affectés au culte.
[87] Jean-Pierre Dantan, statuaire et caricaturiste, dit Dantan jeune.
[88] C'est la première fois qu'une épithète louangeuse pour Dumas paraît dans ce Journal. On lira plus loin les jugements les plus sévères sur l'œuvre du romancier.
[89] Delacroix évoque ici des souvenirs d'enfance et de jeunesse. A ce propos, M. Riesener dit dans ses notes: «A Valmont, en Normandie, nous avons passé quelques vacances. Tantôt il était tout feu pour le travail, et faisait des aquarelles délicieuses qui ont été vues à sa vente; tantôt, ne pouvant s'y mettre, il se mettait à mouler avec passion des figurines qui ornent les tombeaux des moines d'Estouteville, fondateurs de l'abbaye de Valmont.»
[90] Possoz, ancien maire de Passy, membre du conseil municipal de Paris.
[91] L'église Saint-Ouen, de Rouen.
[92] Voir notre Étude, p. XI, XII. A rapprocher du fragment de Baudelaire: «Sans doute il avait beaucoup aimé la femme aux heures agitées de sa jeunesse. Qui n'a pas trop sacrifié à cette idole redoutable? Et qui ne sait que ce sont justement ceux qui l'ont le mieux servie qui s'en plaignent le plus? Mais longtemps déjà avant sa fin, il avait exclu la femme de sa vie. Musulman, il ne l'eût peut-être pas chassée de la mosquée, mais il se fût étonné de l'y voir entrer, ne comprenant pas bien quelle sorte de conversation elle peut tenir avec Allah.» (BAUDELAIRE, L'Art romantique. L’Œuvre et la vie d'Eugène Delacroix.)
[93] C'étaient les prodromes de cette maladie de larynx qui devait s'aggraver sous l'influence du tabac et l'emporter dix ans plus tard. Il avait toujours été extrêmement délicat de la gorge, et dans ses Souvenirs, Mme Jaubert, qui le rencontrait chez Berryer à Augerville, rapporte que cette excessive délicatesse le condamnait à des accoutrements souvent bizarres.
Samedi 2 octobre.—Tous ces jours-ci malade, et pourtant je sortais le soir, malgré la bise, pour conserver encore quelques forces. Aujourd'hui, par le conseil de Jenny, et presque poussé par les épaules, j'ai été faire une promenade au milieu du jour sur la route de Saint-Ouen et Saint-Denis; je suis revenu fatigué, mais, je crois, mieux. La vue de ces collines de Sannois et de Cormeilles m'a rappelé mille moments délicieux du passé. Un omnibus qui va et vient sur cette route de Paris à Saint-Denis m'a inspiré l'idée d'y aller m'y promener quelquefois. J'ai une envie démesurée d'aller à la campagne, et je suis cloué par cette indisposition.
Je lis le soir les Mémoires de Balsamo. Ce mélange de parties de talent avec cet éternel effet de mélodrame vous donne envie quelquefois de jeter le livre par la fenêtre; et dans d'autres moments, il y a un attrait de curiosité qui vous retient toute une soirée sur ces singuliers livres, dans lesquels on ne peut s'empêcher d'admirer la verve et une certaine imagination, mais dont vous ne pouvez estimer l'auteur en tant qu'artiste. Il n'y a point de pudeur, et on s'y adresse à un siècle sans pudeur et sans frein.
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Dimanche 3 octobre.—Sorti aussi, plaine Monceau. Beau ciel: monuments de Paris dans le lointain.
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Lundi 4 octobre.—Jenny est partie ce matin pour aller passer quelque temps, le plus qu'elle pourra, auprès de Mme Haro, et moi, je suis souffrant et arrêté dans mon travail.
Haro se sert, pour mater les tableaux, de cire dissoute dans l'essence rectifiée, avec légère addition de lavande (essence); pour ôter ce matage, il emploie de l'essence mêlée à de l'eau. Il faut battre beaucoup pour que le mélange se fasse.
Ce matage, frotté avec de la laine, donne un vernis qui n'a pas les inconvénients des autres.
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Samedi 9 octobre.—Je disais à Andrieu qu'on n'est maître que quand on met aux choses la patience qu'elles comportent. Le jeune homme compromet tout en se jetant à tort et à travers sur son tableau.
Pour peindre, il faut de la maturité; je lui disais, en retouchant la Vénus, que les natures jeunes avaient quelque chose de tremblé, de vague, de brouillé. L'âge prononce les plans. Dans l'exécution des maîtres, des différences qui en amènent dans le genre d'effet. Celle de Rubens, qui est formelle, sans mystères, comme Corrège et Titien, vieillit toujours, donne l'air plus vieux: ses nymphes sont de belles gaillardes de quarante-cinq ans; dans ses enfants, presque toujours le même inconvénient.
Lundi 11 octobre.—Sur mes figures de la terre, qui étaient trop rouges, j'ai mis des luisants avec jaune de Naples, et j'ai vu, quoique cela me semble contrarier l'effet naturel qui me paraît faire les luisants gris ou violets, que la chair devenait à l'instant lumineuse, ce qui donne raison à Rubens. Il y a une chose certaine, c'est qu'en faisant des chairs rouges ou violâtres, et en faisant des luisants analogues, il n'y a plus d'opposition, partant le même ton partout. Si, par-dessus le marché, les demi-teintes sont violettes aussi, comme c'est un peu mon habitude, il est de nécessité que tout soit rougeâtre. Il faut donc absolument mettre plus de vert dans les demi-teintes dans ce cas. Quant au luisant doré, je ne me l'explique pas, mais il fait bien: Rubens le met partout... Il est écrit dans la Kermesse.
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Mardi 12 octobre.—Aujourd'hui, vu Cinna avec Mlle Rachel. J'y avais été pour le costume de Corinne: je l'ai trouvé à merveille. Beauvallet[94] n'est décidément pas mal dans Auguste, surtout à la fin. Voilà un homme qui fait des progrès; aussi les rides lui viennent, et probablement les cheveux blancs, ce que la perruque d'Auguste ne m'a pas permis de juger.
Comment! l'acteur qui a toute sa vie, ou du moins pendant toute sa jeunesse, dans l'âge de la force et du sentiment, à ce qu'on dit, été mauvais ou médiocre, devient passable ou excellent, quand il n'a plus de dents ni de souffle, et il n'en serait pas de même dans les autres arts! Est-ce que je n'écris pas mieux et avec plus de facilité qu'autrefois? À peine je prends la plume, non seulement les idées se pressent et sont dans mon cerveau comme autrefois, mais ce que je trouvais autrefois une très grande difficulté, l'enchaînement, la mesure s'offrent à moi naturellement et dans le même temps où je conçois ce que j'ai à dire.
Et, dans la peinture, n'en est-il pas de même? D'où vient qu'à présent, je ne m'ennuie pas un seul instant, quand j'ai le pinceau à la main, et que j'éprouve que, si mes forces pouvaient y suffire, je ne cesserais de peindre que pour manger et dormir? Je me rappelle qu'autrefois, dans cet âge prétendu de la verve et de la force de l'imagination, l'expérience manquant à toutes ces belles qualités, j'étais arrêté à chaque pas et dégoûté souvent. C'est une triste dérision de la nature que cette situation qu'elle nous fait avec l'âge. La maturité est complète et l'imagination aussi fraîche, aussi active que jamais, surtout dans le silence des passions folles et impétueuses que l'âge emporte avec lui; mais les forces lui manquent, les sens sont usés et demandent du repos plus que du mouvement. Et pourtant, avec tous ces inconvénients, quelle consolation que celle qui vient du travail! Que je me trouve heureux de ne plus être forcé d'être heureux comme je l'entendais autrefois! À quelle tyrannie sauvage cet affaiblissement du corps ne m'a-t-il pas arraché? Ce qui me préoccupait le moins était ma peinture. Il faut donc faire comme on peut; si la nature refuse le travail au delà d'un certain nombre d'instants, ne point lui faire violence et s'estimer heureux de ce qu'elle nous laisse; ne point tant s'attacher à la poursuite des éloges qui ne sont que du vent, mais jouir du travail même et des heures délicieuses qui le suivent, par le sentiment profond que le repos dont on jouit a été acheté par une salutaire fatigue qui entretient la santé de l'âme. Cette dernière agit sur celle du corps; elle empêche la rouille des années d'engourdir les nobles sentiments.
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Lundi 18 octobre.—J'ai travaillé tous ces jours-ci avec une ténacité extrême, avant d'envoyer mes peintures qu'on colle demain; je suis resté sans me reposer pendant sept, huit et près de neuf heures devant mes tableaux.
Je crois que mon régime d'un seul repas est décidément celui qui me convient le mieux.
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Mardi 19 octobre.—Commencé à coller à l'Hôtel de ville. Tous les jours suivants, j'y serai assidu. Je ne pourrai guère commencer à retoucher que samedi ou dimanche. Je fais faire bonne garde à la porte de ma salle. Haro a renvoyé le préfet[95], qui a approuvé ma résolution de m'enfermer; ce qui me fait étendre la mesure à tout le monde et avec son ordre exprès.
Celte salle est, je crois, la plus obscure de toutes[96]. J'ai été un peu inquiet, surtout de l'effet des fonds des caissons, qu'il faut, je crois, faire clairs.
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Mercredi 20 octobre.—Ce matin, j'ai fait enlever toutes les planches, et la vue de l'ensemble m'a rassuré. Tous mes calculs relatifs à la proportion et à la grâce de la composition totale sont justes, et je suis ravi de cette partie du travail. Les obscurités qui sont l'effet de cette salle et auxquelles il était impossible de s'attendre à ce degré, seront, j'espère, facilement corrigées.
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Vendredi 22 octobre.—En sortant de ma salle, vers dix heures, trouvé le préfet qui m'a promené devant toutes ces maudites peintures. Il m'a fait tomber sur la jambe un cadre de bois, qui m'a fait une entaille qui paraît être, le lendemain, assez légère, mais qui m'a inquiété, par la crainte d'être arrêté dans la terminaison de mon salon.
*
Vendredi 29 octobre.—Vu M. Cazenave[97] le matin.—Travaillé à mes retouches du plafond tous ces jours derniers, avec des chances diverses d'ennui et de joie: ce qu'il y a à faire est gigantesque; mais si je ne suis pas malade, je m'en tirerai.
—Sur la différence du génie français et du génie italien dans les arts: le premier marche l'égal du second pour l'élégance et le style, au temps de la Renaissance. Comment se fait-il que ce détestable style, mou, carrachesque, ait prévalu? Alors, malheureusement, la peinture n'était pas née. Il ne reste de cette époque que la sculpture de Jean Goujon. Il faut, au reste, qu'il y ait dans le génie français quelque penchant plus prononcé pour la sculpture; à presque toutes les époques, il y a eu de grands sculpteurs, et cet art, si on excepte Poussin et Lesueur, a été en avant de l'autre. Quand ces deux grands peintres ont paru, il n'y avait plus de traces des grandes écoles d'Italie: je parle de celles où la naïveté s'unissait au plus grand savoir. Les grandes écoles venues soixante ou cent ans après Raphaël ne sont que des académies où l'on enseignait des recettes. Voilà les modèles que Lesueur et Poussin ont vus prévaloir de leur temps: la mode, l'usage les ont entraînés, malgré cette admiration sentie de l'antique, qui caractérise surtout les Poussin, les Legros[98] et tous les auteurs de la galerie d'Apollon.
J'aime mieux m'entretenir avec les choses qu'avec les hommes: tous les hommes sont ennuyeux; les tics, etc. L'ouvrage vaut mieux que l'homme. Corneille était peut-être assommant; Cousin, de même; Poinsot, etc. Il y a dans l'ouvrage une gravité qui n'est pas dans l'homme. Le Poussin est peut-être celui qui est le plus derrière son œuvre.—Les ouvrages où il y a du travail, etc.
[94] Beauvallet avait débuté à la Comédie-Française le 3 septembre 1830 dans Hamlet, tragédie de Ducis. Le lendemain, M. Charles Maurice écrivait dans le Courrier des théâtres: «Le premier début de M. Beauvallet a été hier des plus insignifiants; il n'y a rien chez cet acteur qui puisse justifier les prétentions qu'annonce cette tentative.»
[95] M. Berger était alors préfet de la Seine. Il ne quitta ce poste qu'en 1853, lorsqu'il fut nommé sénateur.
[96] On sait que toute cette salle (salon de la Paix) a été complètement brûlée dans l'incendie du 24 mai 1871.
[97] Le docteur Cazenave, qui soignait alors Delacroix.
[98] Pierre Legros, sculpteur, né à Paris (1656-1719). Il a passé presque toute sa vie en Italie. Il a pourtant travaillé pour le Louvre ainsi que pour le palais et le parc de Versailles.
Lundi 1er novembre.—Faire des traités sur les arts ex professo, diviser, traiter méthodiquement, résumer, faire des systèmes pour instruire catégoriquement: erreur, temps perdu, idée fausse et inutile. L'homme le plus habile ne peut faire pour les autres que ce qu'il fait pour lui-même, c'est-à-dire noter, observer, à mesure que la nature lui offre des objets intéressants. Chez un tel homme, les points de vue changent à chaque instant. Les opinions se modifient nécessairement; on ne connaît jamais suffisamment un maître pour en parler absolument et définitivement.
Qu'un homme de talent, qui veut fixer les pensées sur les arts, les répande à mesure qu'elles lui viennent; qu'il ne craigne pas de se contredire; il y aura plus de fruit à recueillir au milieu de la profusion de ses idées, même contradictoires, que dans la trame peignée, resserrée, découpée, d'un ouvrage dans lequel la forme l'aura occupé[99]... Quand le Poussin disait, dans une boutade, que Raphaël était un âne, à côté de l'antique, il savait ce qu'il disait: il ne pensait qu'à comparer le dessin, les connaissances anatomiques de l'un et des autres, et il avait beau jeu à prouver que Raphaël était ignorant à côté des anciens.
À ce compte-là, il aurait pu dire aussi que Raphaël n'en savait pas autant que lui même Poussin, mais dans une autre disposition... En présence des miracles de grâce et de naïveté unies ensemble, de science et d'instinct de composition poussés à un point où personne ne l'a égalé, Raphaël lui eût paru ce qu'il est en effet, supérieur même aux anciens, dans plusieurs parties de son art, et particulièrement dans celles qui ont été entièrement refusées au Poussin.
L'invention chez Raphaël, et j'entends par là le dessin et la couleur, est ce qu'elle peut; non pas que j'entende dire par là qu'elle est mauvaise; mais telle qu'elle est, si on la compare aux merveilles en ce genre du Titien, du Corrège, des Flamands, elle devient secondaire, et elle devait l'être; elle eût pu l'être encore beaucoup davantage, sans distraire notablement des mérites qui mettent Raphaël non seulement au premier rang, mais au-dessus de tous les artistes, anciens et modernes, dans les parties où il excelle. J'oserais même affirmer que ces qualités seraient amoindries par une plus grande recherche dans la science anatomique ou le maniement du pinceau et de l'effet. On pourrait presque en dire autant du Poussin lui-même, eu égard aux parties dans lesquelles il est supérieur. Son dédain de la couleur, la précision un peu dure de sa touche, surtout dans les tableaux de sa meilleure manière, contribuent à augmenter l'impression de l'expression ou des caractères.
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Mardi 17 novembre.—L'homme est un animal sociable qui déteste ses semblables. Expliquez cette singularité: plus il vit rapproché d'un sot être pareil à lui, plus il semble vouloir de mal à cet autre malheureux. Le ménage et ses douceurs, les amis voyageant ensemble, qui se supportaient quand ils se voyaient tous les huit jours, qui se regrettaient quand ils étaient éloignés, se prennent dans une haine mortelle, quand une circonstance les force à vivre longtemps face à face.
L'esprit volontaire et taquin qui nous fait nous préférer, nous et nos opinions, à celles de notre voisin, ne nous permet pas de supporter la contradiction et l'opposition à nos fantaisies. Si vous joignez à cette humeur naturelle celle que la maladie ou les chagrins vous donnent dans une plus grande proportion, l'aversion qu'inspire une personne à qui notre sort est lié peut devenir un véritable supplice. Les crimes auxquels on voit se porter une foule de malheureux en l'état de société, sont plus affreux que ceux que commettent les sauvages. Un Hottentot, un Iroquois fend la tête à celui qu'il veut dépouiller; chez les anthropophages, c'est pour le manger qu'ils l'égorgent, comme nos bouchers font d'un mouton ou d'un porc. Mais ces trames perfides longtemps méditées, qui se cachent sous toutes sortes de voiles, d'amitié, de tendresse, de petits soins, ne se voient que chez les hommes civilisés.
—Aujourd'hui, à la séance de la mairie du IVe arrondissement, pour le choix des jurés.
Déjà fort indisposé, je suis rentré après avoir été un instant à l'Hôtel de ville, et ai fait tout le chemin à pied; mais c'est une vaillantise qui ne m'a point réussi. Peut-être eussè-je été plus malade sans cela. Mais à partir de ce jour a commencé l'indisposition qui m'a fort retenu et fort donné à penser sur la sottise de vouloir se crever de travail et compromettre tout par le sot amour-propre d'arriver à temps.
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Vendredi 19 novembre.—Je vois que les élégants font à Pétersbourg des cigarettes de thé vert. Elles n'ont pas du moins l'inconvénient d'être narcotiques.
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Jeudi 25 novembre.—Première promenade hors des barrières avec Jenny. Excellent remède pour l'esprit et le corps. Le froid me ranime au lieu de m'être importun ou insupportable comme d'habitude. Je serais ravi de cette disposition très favorable à la santé.
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Vendredi 26 novembre.—Grande promenade avec Jenny par les boulevards extérieurs, Monceau, la barrière de Courcelles et la place d'Europe, et à travers cette grande plaine où nous étions quasi perdus; cela est excellent pour la santé.
Il faudrait sortir tous les jours avant dîner, s'habiller, voir ses amis et sortir de la poussière du travail.
Se rappeler Montesquieu, qui ne se laissait jamais gagner par la fatigue, après avoir donné à la composition un temps raisonnable. L'expérience, en rendant le travail plus facile et plus ordonné, peut conquérir cette faculté qui est refusée à la jeunesse.
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Samedi 27 novembre.—Il est décidé que mes plafonds et peintures[100] vont être couverts de papier et la salle livrée au public: j'en suis enchanté. J'aurai le temps d'y revenir à loisir.
Je viens d'examiner tous les croquis qui m'ont servi à faire ce travail. Combien y en a-t-il qui m'ont grandement satisfait au commencement, et qui me paraissent faibles ou insuffisants, ou mal ordonnés, depuis que les peintures ont avancé! Je ne puis assez me dire qu'il faut beaucoup de travail pour amener un ouvrage au degré d'impression dont il est susceptible. Plus je le reverrai, plus il gagnera du côté de l'expression... Que la touche disparaisse, que la prestesse de l'exécution ne soit plus le mérite principal, il n'y a nul doute à cela; et encore combien de fois n'arrive-t-il pas qu'après ce travail obstiné, qui a retourné la pensée dans tous les sens, la main obéit plus vite et plus sûrement pour donner aux dernières touches la légèreté nécessaire!
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28 novembre.—Adam et Ève chassés du Paradis (La chute)[101].—Le Christ sortant du tombeau (La mort vaincue).
—Pour l'estomac: prendre du bismuth en petite dose, avec la soupe. Magnésie calcinée: une petite cuillerée avec fleur d'oranger ou sirop de gomme dans un peu d'eau, quelque temps avant le repas, deux fois par jour, s'il est possible. Bicarbonate de soude dans l'eau ou dans l'eau de Vichy, pour la renforcer.
*
30 novembre.—Sur la manière, à propos des peintures de l'Hôtel de ville, comparée à celle de Riesener.—Boucher, Vanloo admirés, imitateurs de Michel-Ange et de Raphaël; même cohue.
[99] C'est un retour à l'idée que nous notions dans notre Étude et dont nous nous servions pour justifier la publication du Journal: «Pourquoi ne pas faire un petit recueil d'idées détachées qui me viennent de temps en temps toutes moulées, et auxquelles il serait difficile d'en coudre d'autres? Faut-il absolument faire un livre dans toutes les règles? Montaigne écrit à bâtons rompus... Ce sont les ouvrages les plus intéressants.» (Voir t, p. IV, V.)
[100] La décoration du Salon de la Paix, à l'Hôtel de ville, se composait de: 1° un plafond circulaire, 2° huit caissons, 3° onze tympans. Le sujet du plafond était: La Paix consolant les hommes et ramenant l'abondance. Ceux des caissons et des tympans étaient des sujets se référant à la mythologie antique: Vénus, Bacchus couché sous une treille, Mars enchaîné, Mercure, dieu du commerce, La Muse Clio, Neptune apaisant les flots, etc.
[101] Voir Catalogue Robaut, nos 832 à 855 et 902.
Sans date[102].—Penser que l'ennemi de toute peinture est le gris: la peinture paraîtra presque toujours plus grise qu'elle n'est, par sa position oblique sous le jour.—Les portraits de Rubens, ces femmes du Musée,—à la chaîne, etc., qui laissent voir partout le panneau Van Eyck, etc.
De là aussi un principe qui exclut les longues retouches, c'est d'avoir pris son parti en commençant... Il faudrait essayer, pour cela, de se contenter pleinement avec les figures peintes sans le fond; en s'exerçant dans ce sens, il serait plus facile de subordonner ensuite le fond.
—Il faut, de toute nécessité, que la demi-teinte, dans le tableau, c'est-à-dire que tous les tons en général soient outrés. Il y a à parier que le tableau sera exposé le jour venant obliquement; donc forcément ce qui est vrai sous un seul point de vue, c'est-à-dire le jour venant de face, sera gris et faux, sous tous les autres aspects.—Rubens outré; Titien de même; Véronèse quelquefois gris, parce qu'il cherche trop la vérité.
Rubens peint ses figures et fait le fond ensuite; il le fait alors de manière à les faire valoir: il devait peindre sur des fonds blancs; en effet, la teinte locale doit être transparente, quoique demi-teinte; elle imite, dans le principe, la transparence du sang sous la peau.
Remarquer que toujours, dans ses ébauches, les clairs sont peints et presque achevés sur de simples frottis pour les accessoires.
À la fin de l'Agenda de 1852, se trouvent les notes après:
27 décbre 1852, reçu pour les tableaux de Bordeaux. 700
27 décembre 1852, reçu de Thomas, pour un
Petit Tigre 300
1er février, reçu de Weill, à compte sur mon
marché de 1,500 fr 500
3 mars, reçu de Thomas, à compte sur mon marché
de 2,100 fr 1.000
10 mars, reçu de M. Didier, pour l'Andromède. 600
22—de Beugniet, pour le Petit Christ,
et le Lion et Sanglier 1.000
4 avril, reçu de Weill un second à compte 500
(reste 500).
10—de Thomas 1.100
(J'ai à lui donner les Lions sur ce marché, et en lui livrant la Desdémone dans sa chambre, il n'aura à me donner que 500 fr.).
10 avril, reçu de Mme Herbelin, pour les Pèlerins
d'Emmaüs 3.000 fr.
10 avril, reçu de Tedesco, pour les Chevaux qui sortent de
de l'eau (deux chevaux gris) 500
1er mai, reçu de Thomas, pour solde (sauf la répétition du
Christ au tombeau) 500
28 juin, reçu de Tedesco, pour le Maréchal marocain 800
1er marché avec Weill:
Vue de Tanger 1.500
Marchand d'oranges 1.500
Saint Thomas 1.500
La Fiancée d'Abydos[103] 1.500
De Weill:
J'ai reçu à compte le 1er février, en lui livrant la Vue de
Tanger 500
Depuis, il m'a demandé Saint Sébastien 500
Répétition du plafond d'Apollon à M. Bonnet[104] 1.000
Marché avec Thomas:
Desdémone aux pieds de son père 400
Ophélia dans le ruisseau 700
2.100 fr.
Deux lions sur le même tableau 500
Michel-Ange dans son atelier 500
(En avril)
Desdémone dans sa chambre 500
La répétition du Christ de M. de Geloës[105] 1.000
Marché avec Beugniet:
Christ en croix, toile de 6...
Lion terrassant un sanglier.
Marché avec Bonnet:
La répétition du plafond d'Apollon 1.000Marché avec le comte de Geloës:
Daniel dans la fosse aux lions[106] 1.000
Portrait de M. Bruyas[107] 1.000
—de Talma 1.500
[102] Sur des notes volantes dans un Agenda portant la date 1852.
[103] La seule Fiancée d'Abydos était en 1874 vendue 32,050 francs (Voir Catalogue Robaut, nos 772-773.)
[104] Cette superbe toile est au Musée de Bruxelles. (Voir Catalogue Robaut, n° 1110.)
[105] La première composition de la Mise au tombeau, ou Christ du comte de Geloës, atteignit à la vente Faure, en 1873, le chiffre de 60,000 francs. Cette répétition est d'un bien moindre format. (Voir Catalogue Robaut, nos 1034 et 1037.)
[106] Ce tableau fut vendu 17,500 francs en 1877. (Voir Catalogue Robaut, n° 1213.)
[107] «Le portrait de M. Bruyas, qui fut connu des Parisiens seulement à l'Exposition posthume de l'œuvre de Delacroix, avait été commencé en mai 1853. M. Bruyas, avec l'aide de Th. Silvestre, avait rédigé un catalogue raisonné et illustré de sa collection de peintures modernes.» (Voir Catalogue Robaut.)
—Au feu à l'aide, l'enfer
s'allume....—Sorcellerie! jetez vous sur lui...
Faust,
tragédie de M. de Goethe, traduite en français par M. Albert Stapfer C.
Motte (Paris) 1828.
2 janvier.—La couleur n'est rien, si elle n'est pas convenable au sujet, et si elle n'augmente pas l'effet du tableau par l'imagination. Que les Boucher et les Vanloo fassent des tons légers et charmants à l'œil, etc.
*
Lundi 10 janvier.—Halévy nous contait, à Trousseau[108] et à moi,—à ce dîner,—qu'entendant parler d'un vieillard battu par son fils, il avait trouvé dans ce prétendu vieillard un homme de cinquante à cinquante-deux ans; mais c'était un homme qui paraissait vingt ans de plus: c'était quelque marchand de vin retiré. Ces natures brutes s'affaissent promptement, quand l'activité physique ne les soutient plus. Nous disions à ce propos que les gens qui travaillent de l'esprit se conservent mieux. Il m'arrive très souvent le matin d'être ou de me croire malade jusqu'au moment où je me mets à travailler. J'avoue qu'il se pourrait qu'un travail ennuyeux ne fît pas le même effet, mais quel est le travail qui n'attache pas l'homme qui s'y consacre? Je disais à Trousseau que je ne ressemblais pas à ces musiciens qui disent du mal de la musique, etc. Il m'a dit qu'il aimait passionnément son métier, qui est un des plus répugnants qu'on puisse embrasser. C'est un homme de plaisir, qui doit aimer ses aises. Tous les jours, dans cette saison, son réveille-matin le fait lever et courir à son hôpital, lever des appareils, tâter le pouls, et pis encore, à des malades dégoûtants, dans un air empesté où il passe la matinée. Quand la disposition ne l'y porte guère, il est à croire que l'amour-propre le fait. Dupuytren n'y a jamais manqué, et il n'est pas probable que ce soit cette assiduité qui l'ait fait mourir prématurément. Au contraire, elle aura peut-être combattu quelque mauvaise influence, qui aura fini par le tuer.
*
15 janvier.—Pour le tableau espagnol dont j'ai fait une esquisse:
Teinte de petit vert, avec très peu de brun rouge et de blanc, comme teinte locale, sur un frottis de bitume par exemple;
Ou simplement: petit vert pour l'ombre, sur lequel on met des tons de vermillon et de brun rouge.
Clairs empâtés avec rose, brun rouge, laque e blanc suivant le besoin.—La terre de Cassel et blanc ou la momie et blanc, suivant le besoin, font des tons violets suffisants: sur cette préparation, les tons dessinés avec beau rouge, laque, vermillon très chaud, sur les saillies, clairs vifs, roses ou jaunâtres.
Pour le berger, dans le même tableau: passé sur les clairs un ton de petit vert, rendu plus foncé avec vert émeraude: ce frottis était du vert pur. Mis le ton laud, avec vermillon et brun rouge purs.
Les clairs ajoutés ensuite, comme aux autres figures, avec tons chauds empâtés analogues, et uniformément aussi tous les endroits colorés, soit dans l'ombre, soit dans les clairs plus prononcés de rouge, comme le bout de nez, les paupières, les mains, aux articulations surtout, et principalement les doigts, les genoux.—Repiqués d'ombre de terre de Sienne brûlée et laque, avec vermillon; et clairs sur les parties saillantes; c'est-à-dire dessiner avec ce rouge de terre de Sienne et laque le contour des oreilles, les narines, etc., et sur les parties saillantes, telles que le bout du nez, les nœuds des mains; la joue, clairs plus ou moins roses, qui font le luisant et le complément.
Ton vert jaune de reflet dans une chair fraîche, indispensable: Terre d'ombre naturelle, jaune de Naples, jaune de zinc brillant, vert émeraude.—Mêlé avec le ton orange transparent de la palette laque jaune, vermillon, cadmium, il donne un ton rompu charmant, analogue à celui de la partie jaune du ciel d'Apollon, et excellent dans les préparations chaudes pour les clairs.
Le ton vert chou ci-dessus fait bien à côté de vermillon, blanc et laque brûlée; également à côté de brun rouge et blanc.
Tête de la femme sous les arbres dans l'ombre: ce qui fait le ton violâtre de l'ombre est brun rouge et blanc, et un peu de terre de Cassel plus foncé que le même ton, pour faire ce qu'il y a de plus violet dans le clair; en un mot, sur le frottis vert, qui est commun au clair comme à l'ombre, mais avec une intensité différente, pour rendre le clair moins participant du ton vert du dessous: brun rouge et blanc. Dans l'ombre sur ce ton vert, pour donner un ton rose, le ton que j'ai dit de brun rouge, blanc et terre de Cassel; ce ton mêlé à celui de terre d'ombre naturelle, bleu de Prusse et blanc, fait admirablement. Ce mélange du vert et du violet, qui caractérise le passage de l'ombre au clair, dans certaines parties, la joue, le jambes couleur de poisson, etc., etc. Pour faire ce ton d'ombre, quand il est plus jaune sur les parties jaunâtres, mettre le ton de terre d'ombre naturelle, bleu de Prusse et un peu d'ocre jaune, mêlé à plus ou moins de brun rouge et blanc. Le ton de bleu de Prusse, terre naturelle et blanc, magnifique ton d'ombre violette, en y mêlant du vermillon (employé, je crois, si je m'en souviens, entre les jambes de la petite Ariane assise—la seconde)—terre d'ombre et cobalt, au lieu de bleu de Prusse, ferait peut-être aussi bien et serait plus solide;—ce ton passé sur les parties rouge prononcé qu'on met sur les genoux, etc.
—Dans le ton vert, dans l'ombre de l'Espagnol en question, surtout de l'enfant vu de dos sous l'arbre;—sur ces tons verdâtres, atténuer aussi avec brun rouge, blanc et noir.
Le ton de terre d'ombre naturelle excellent, avec bleu de Prusse, pour les ombres légères verdâtres qui bordent les cheveux, le cou, la partie jaune du bras, du dos, etc. Exemple: Genoux de l'Andromède (vérifier si je n'ai pas voulu dire l'Ariane).—Bord d'ombre des jambes.
Pour faire une ombre moins fade qu'avec le petit vert, quand elle est un accident et non une teinte à plat, la préparer avec terre d'ombre, cobalt, et vert émeraude, et ensuite vermillon.—Entre-deux des jambes: pour ne pas le faire trop rouge, préparer avec terre d'ombre, vert émeraude, cobalt, et passer le vermillon par-dessus; et, mieux que vermillon, brun rouge qui fait moins ardent; ce ton est le plus sanguine possible pour une ombre intense, réunissant merveilleusement le vert et le violet; mais il est indispensable de passer l'un après l'autre, et non pas de les mêler sur la palette. Le ton de terre d'ombre naturelle, blanc et bleu de Prusse foncé avec brun rouge, magnifique ton d'ombre de chair vigoureuse. Les mettre à côté l'un de l'autre sur la palette;—fait également une demi-teinte locale de chair.—Le vert chou jaune: terre d'ombre naturelle, jaune de Naples, jaune de zinc, vert émeraude, avec brun rouge et blanc, très belle localité de chair (jambe de Talma).
Ton jaune vert, qui règne dans la copie du plafond d'Apollon, le ton clair de terre d'ombre naturelle bleu de Prusse et blanc avec ocre jaune.—Excellent frottis pour préparer des chairs fraîches comme la cuisse de Junon et son pied: Ton orangé de laque jaune, vermillon, cadmium avec laque rouge et blanc, mais assez foncé, pour faire une opposition prononcée; les mettre à côté l'un de l'autre. Jaune de zinc et noir plus ou moins foncé: beau vert rompu.
Tons très fins, analogues du ton jaune du ciel de l'Apollon, propres à placer sur une chair dans le clair comme préparation d'un ton d'ombre, vert chou et le ton orangé transparent.
Autre: Sienne naturelle, vert émeraude, jaune de zinc. Fait ainsi, il est un peu chaud et cru; on le tempère avec le vert chou.
Ton gris violet très joli: Vert chou avec laque et blanc foncé.
Ton d'or clair: Ocre jaune, jaune de Naples.
Autre demi-teinte plaquée d'or: Terre d'Italie seule (fauteuil de Talma).
Ton important de laque rouge et blanc foncé, côté du même ton dans lequel on ajoute de la laque brûlée; mettre l'un et l'autre à côté de jaune indien.
—Ton de jaune indien, Sienne et vert émeraude: opposition toute prête du jaune et du vert au violet.
Laque jaune et jaune de zinc, important.
Main gauche de Talma: Préparée avec des tons très roux et non encore rompus. Sur cette préparation, sèche depuis quelque temps, passé une demi-pâte très transparente avec brun rouge et blanc, et terre d'ombre naturelle, bleu de Prusse et blanc... a donné tout de suite une demi-teinte de chair d'une grande finesse. Les ombres chaudes étant placées et les saillies du clair avec des tons convenables, l'effet était complet. (Pourrait s'appliquer avec succès à toute préparation faite à la Titien avec ton de Sienne ou brun rouge, etc., comme, par exemple, était celle de la petite Andromède.)
Localité de la main appuyée par terre de la femme qui essuie le sang de saint Étienne: ton demi-teinte de terre de Cassel, blanc avec vermillon et laque. Le moindre ton vert (cobalt et émeraude, par exemple) et orangé donne un brillant magnifique, au-dessus peut-être de celui du Sardanapale, qui était analogue, à cause des tons verts ajoutés.
Coulé pour la chair—très fin: le ton de laque jaune et jaune de zinc avec laque rouge dorée.
Le charmant jaune paille (demi-teinte): Ocre jaune, terre de Cassel, blanc avec pointe de vert émeraude et zinc, et peut être sali avec pointe de laque rouge. À côté de beau vermillon et laque rouge,—mêlés ensemble modérément: tons sanguine très beaux.
Autre ton sanguine plus verdâtre: bon coulé, préparation, etc. À côté du ton beau vermillon clair et laque, ton d'ocre jaune et petit vert.—Ces tons très fins seraient d'ailleurs glacés (non essayé) pour remonter du ton des chairs déjà avancées, mais un peu trop blanches.
Beau brun: jaune de Mars et brun de Florence; mettre à côté de la masse des tons verts verdâtres, vert chaud, vert chou, et le ton de terre de Cassel, blanc et laque.
Ton bois violâtre: brun de Florence, blanc avec ocre de ru et une pointe de noir ou autre, pour salir un peu.
—Demi-teinte de cheveux blonds: jaune paille un peu sombre avec brun rouge et blanc sombre; aussi ajouter jaune indien ou ton de terre de Sienne et vert émeraude. Ajouter laque et vermillon clair au ton orangé transparent.
—Beau brun jaune vert: Vert émeraude, terre d'Italie naturelle; en y ajoutant du vermillon, il devient sanguine, sans être rouge.
Vermillon, laque brûlée, blanc, à côté de celui-ci, qui est un peu foncé; faire le même plus clair, mais avec très peu de laque brûlée et plus de laque et vermillon.
Avec ce dernier et vert émeraude, est fait le ton des montagnes les plus lointaines dans le Saint Sébastien.
Le clair du chemin et des montagnes plus rapprochées avec le petit vert et l'orangé decadmium, blanc et vermillon.
Brun de Florence et blanc mêlé à l'orangé de zinc; les mettre à côté l'un de l'autre.
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Jeudi 27 janvier.—Dîné chez Bixio avec d'Argent, Decazes, le prince Napoléon. Après, chez Manceau.
De tout cela, je ne me rappelle que deux ou trois morceaux de la Flûte enchantée, dont nous a régalés Mme Manceau.
Je n'éprouve pas, à beaucoup près, pour écrire, la même difficulté que je trouve à faire mes tableaux[109]. Pour arriver à me satisfaire, en rédigeant quoi que ce soit, il me faut beaucoup moins de combinaisons de composition, que pour me satisfaire pleinement en peinture. Nous passons notre vie à exercer, à notre insu, l'art d'exprimer nos idées au moyen de la parole. L'homme qui médite dans sa tête comment il s'y prendra pour obtenir une grâce, pour éconduire un ennuyeux, pour attendrir une belle ingrate, travaille à la littérature sans s'en douter. Il faut tous les jours écrire des lettres qui demandent toute notre attention et d'où quelquefois notre sort peut dépendre.
Telles sont les raisons pour lesquelles un homme supérieur écrit toujours bien, surtout quand il traitera de choses qu'il connaît bien. Voilà pourquoi les femmes écrivent aussi bien que les plus grands hommes. C'est le seul art qui soit exercé par les indifférentes... Il faut ruser, séduire, attendrir, congédier, en arrivant et en partant. Leur faculté d'à-propos, la lucidité, extrême dans certains cas, trouvent ici merveilleusement leur application. Au reste, ce qui confirme tout cela, c'est que, comme elles ne brillent pas par une grande puissance d'imagination, c'est surtout dans l'expression des riens qu'elles sont maîtresses passées. Une lettre, un billet, qui n'exige pas un long travail de composition, est leur triomphe.