[108] Le docteur Armand Trousseau était un des médecins les plus distingués de l'époque. Il avait siégé en 1848 comme député à l'Assemblée constituante. Homme du monde par excellence, passionné pour les arts, causeur plein d'esprit, il était très recherché dans les salons.
[109] On remarquera que plus loin Delacroix énonce une idée à peu près opposée à celle-ci.
Lundi 7 février.—Aujourd'hui, l'insipide et indécente cohue de la fête du Sénat. Aucun ordre, tout le monde pêle-mêle, et dix fois plus d'invités que le local n'en peut contenir. Obligé d'arriver à pied et d'aller de même retrouver la voiture à Saint-Sulpice... Que de gueux! que de coquins s'applaudissent dans leurs habits brodés! Quelle bassesse générale dans cet empressement!
Vendredi 4 mars.
...Cui lecta potenter erit res, Nec facundia deseret liunc, nec lucidus ordo.
Mardi 15 mars.—Je retrouve sur un chiffon de papier les lignes suivantes que j'ai écrites il y a longtemps; j'étais alors plus misanthrope que je ne suis. J'avais plus de raisons d'être heureux, puisque j'étais plus jeune. Je ne laissais pas d'être attristé du spectacle auquel nous assistons et dont nous sommes nous-mêmes les acteurs et les victimes.
Voici la boutade: «Comment ce monde si beau renferme-t-il tant d'horreurs! Je vois la lune planer paisiblement sur des habitations plongées, en apparence, dans le silence et dans le calme... les astres semblent se pencher dans le ciel sur ces demeures paisibles, mais les passions qui les habitent, les vices et les crimes ne sont qu'endormis ou veillent dans l'ombre et préparent des armes; au lieu de s'unir contre les horribles maux de la vie mortelle, dans une paix commune et fraternelle, les hommes sont des tigres et des loups animés les uns contre les autres pour s'entre-détruire. Les uns laissent un libre cours aux détestables emportements qu'ils ne peuvent maîtriser: ce sont les moins dangereux. Les autres renferment, comme dans des abîmes sans fond, les noirceurs, la bile amère qui les anime contre tout ce qui porte le nom d'homme. Tous ces visages sont des masques, ces mains empressées qui serrent votre main sont des griffes acérées prêtes à s'enfoncer dans votre cœur. À travers cette horde de créatures hideuses, apparaissent des natures nobles et généreuses. Les rares mortels qui ne semblent laissés à la terre que pour témoigner du fabuleux âge d'or, sont les victimes privilégiées de cette multitude de traîtres et de scélérats qui les entourent et les pressent. Le sort s'unit aux passions de mille monstres pour conspirer la perte de ces hommes innocents, et presque tous rendent à ce ciel ingrat une détestable vie, en maudissant un présent si funeste, et presque également leur inutile vertu, but des attaques et des haines, fardeau volontaire, et qu'ils n'ont traîné que pour leur malheur, à travers mille maux.»..................
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Vendredi 18 mars.—Vu, après le conseil, l'admirable Saint Just[110] de Rubens. Le lendemain, en essayant de me le rappeler, au moyen d'une esquisse d'après la gravure, j'ai pu m'assurer que l'emploi du pinceau, au lieu de la brosse, a déterminé l'exécution lisse et plus achevée, c'est-à-dire sans plans heurtés, de Rubens. Ce mode mène à une exécution plus ronde, comme est la sienne, mais qui, en même temps, donne plus vite l'expression du fini. D'ailleurs, l'emploi des panneaux force pour ainsi dire à se servir de pinceaux. La touche lisse et un peu molle laisse moins d'aspérités. Avec les martres et les brosses ordinaires, on arrive à une dureté, à une difficulté de fondre les couleurs qui est presque inévitable; les traces de la brosse laissent des sillons impossibles à dissimuler.
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Dimanche 27 mars.—Aux partisans exclusifs de la forme et du contour.
Les sculpteurs vous sont supérieurs... En établissant la forme, ils remplissent toutes les conditions de leur art. Ils recherchent également, comme les partisans du contour, la noblesse des formes et de l'arrangement. Vous ne modelez pas, puisque vous méconnaissez le clair-obscur qui ne vit que des rapports de la lumière et de l'ombre établis avec justesse. Avec vos ciels couleur d'ardoise, avec vos chairs mates et sans effet, vous ne pouvez produire la saillie. Quant à la couleur qui est partie de la peinture, vous faites semblant de la mépriser, et pour cause...
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Lundi 28 mars.—À Irène:
«Je suis le premier puni de mon horrible paresse à écrire, puisqu'elle me prive de recevoir souvent de vos nouvelles et de renouveler, en m'entretenant avec vous, le charme des souvenirs d'enfance. Je suis en cela d'autant plus coupable et ennemi de moi-même, qu'isolé comme je suis, je vis bien plus souvent dans mon esprit avec le passé qu'avec ce qui m'entoure. Je n'ai nulle sympathie pour le temps présent; les idées qui passionnent mes contemporains me laissent absolument froid; mes souvenirs et toutes mes prédilections sont pour le passé, et toutes mes études se tournent vers les chefs-d'œuvre des siècles écoulés. Il est heureux, au moins, qu'avec ces dispositions, je n'aie jamais songé au mariage: j'aurais certainement paru à une femme jeune et aimable infiniment plus ours et plus misanthrope que je ne le parais à ceux qui ne me voient qu'en passant.»
À Andrieu:
«Je n'ai pas autant de mérite qu'on pourrait, le penser, à travailler beaucoup, car c'est la plus grande récréation que je puisse me donner... J'oublie, à mon chevalet, les ennuis et les soucis qui sont le lot de tout le monde. L'essentiel dans ce monde est de combattre l'ennui et le chagrin. Sans doute, parmi les distractions qu'on peut prendre, je pense que celui qui les trouve dans un objet comme la peinture, doit y trouver des charmes que ne présentent point les amusements ordinaires. Ils consistent surtout dans le souvenir que nous laissent, après le travail, les moments que nous lui avons consacrés. Dans les distractions vulgaires, le souvenir n'est pas ordinairement la partie la plus agréable; on en conserve plus souvent du regret, et quelquefois pis encore. Travaillez donc le plus que vous pourrez: c'est toute la philosophie et la bonne manière d'arranger sa vie[111].»
[110] Voir Catalogue Robault, n° 1942.
[111] Confidence rapportée par Baudelaire à qui Delacroix l'avait faite: «Autrefois, dans ma jeunesse, je ne pouvais me mettre au travail que quand j'avais la promesse d'un plaisir pour le soir, musique, bal, ou n'importe quel autre divertissement. Mais aujourd'hui je ne suis plus semblable aux écoliers, je puis travailler sans cesse et sans aucun espoir de récompense.» (Art romantique. L'Œuvre et la vie d'Eugène Delacroix.)
1er avril.—J'ai usé pour la première fois de mes entrées aux Italiens... Chose étrange! j'ai eu toutes les peines du monde à m'y décider; une fois que j'y ai été, j'y ai pris grand plaisir; seulement j'y ai rencontré trois personnes, et ces trois personnes m'ont demandé à venir me voir. L'une est Lasteyrie[112], qui veut bien m'apporter son livre sur les vitraux; la seconde est Delécluze[113], qui m'a frappé sur l'épaule avec une amabilité qu'on n'attendrait guère d'un homme qui m'a peu flatté, la plume à la main, depuis environ trente ans qu'il m'immole à chaque Salon. Le troisième personnage qui m'a demandé à venir me voir est un jeune homme que je me rappelle avoir vu, sans savoir où et sans connaître son nom; cette distraction est fréquente chez moi.
Le souvenir de cette délicieuse musique (Sémiramis)[114] me remplit d'aise et de douces pensées, le lendemain 1er avril. Il ne me reste dans l'âme et dans la pensée que les impressions du sublime, qui abonde dans cet ouvrage. À la scène, le remplissage, les fins prévues, les habitudes de talent du maître refroidissent l'impression, mais ma mémoire, quand je suis loin des acteurs et du théâtre, fond dans un ensemble le caractère général, et quelques passages divins viennent me transporter et me rappellent en même temps celui de la jeunesse écoulée.
L'autre jour, Rivet[115] vint me voir, et, en regardant la petite Desdémone aux pieds de son père[116], il ne put s'empêcher de fredonner le Se il padre m'abandonna, et les larmes lui vinrent aux yeux. C'était notre beau temps ensemble. Je ne le valais pas, au moins pour la tendresse et pour bien d'autres choses, et combien je regrette de n'avoir pas cultivé cette amitié pure et désintéressée! Il me voit encore, et, je n'en doute pas, avec plaisir; mais trop de choses et trop de temps nous ont séparés. Il me disait, il y a peu d'années, en se rappelant cette époque de Mantes et de notre intimité: «Je vous aimais comme on aime une maîtresse.»
Il y a aux Italiens, qui jouent maintenant dans le désert, une Cruvelli[117] dont on parle très peu dans le monde et qui est un talent très supérieur à la Grisi, qui enchantait tout le monde quand les Bouffes étaient à la mode.
Une chose dont on ne s'est pas douté, à l'apparition de Rossini, et pour laquelle on a oublié de le critiquer, parmi tant de critiques, c'est à quel point il est romantique. Il rompt avec les formules anciennes illustrées jusqu'à lui par les plus grands exemples. On ne trouve que chez lui ces introductions pathétiques, ces passages souvent très rapides, mais qui résument, pour l'âme, toute une situation, et en dehors de toutes les conventions. C'est même une partie, et la seule, dans son talent, qui soit à l'abri de l'imitation. Ce n'est pas un coloriste à la Rubens. J'entends toujours parler de ces passages mystérieux. Il est plus cru ou plus banal dans le reste, et, sous ce rapport, il ressemble au Flamand; mais partout la grâce italienne, et même l'abus de cette grâce.
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Dimanche 3 avril.—Retourné aux Italiens: le Barbier. Tous ces motifs charmants, ceux de la Sémiramis et du Barbier sont continuellement avec moi.
Je travaille à finir mes tableaux pour le Salon, et tous ces petits tableaux qu'on me demande. Jamais n'y a eu autant d'empressement. Il semble que mes peintures sont une nouveauté découverte récemment[118].
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Lundi 4 avril.—Vu le soir Mme de Rubempré dans sa nouvelle maison. J'ai été enchanté de l'habitation: il y aura de quoi s'y plaire. J'en suis heureux pour cette bonne amie. Elle raffole des curiosités, des ameublements, et elle se trouve servie à souhait. Elle me faisait, ou plutôt nous faisions ensemble, cette réflexion: que tout le bonheur vient tard. C'est comme ma petite vogue auprès des amateurs; ils vont m'enrichir après m'avoir méprisé.
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Vendredi 8 avril.—Sorti d'assez bonne heure pour aller voir les artistes qui m'avaient prié de les visiter. Que de tristes plaies, que d'incurables maladies de cerveau! Je n'ai eu qu'une compensation, mais elle a été complète: j'ai vu un véritable chef-d'œuvre: c'est le portrait que Rodakowski[119] vient de rapporter d'après sa mère. Cet ouvrage confirme le précédent qui m'avait tant frappé à l'Exposition.
Rentré très fatigué, et, après un sommeil presque léthargique et insurmontable, reposé tout à fait, et dîné avec Mme de Forget. Nous avons été voir les Cerfbeer aussitôt après, et promené un peu sur les boulevards.
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Mardi 12 avril.—Dîné chez Riesener avec Gautier[120], qui a été aimable; il me boudait depuis quelque temps.
J'ai été voir en revenant le dernier acte de Sémiramis.
Dans la journée, Mme Villot, Mme Barbier et Mme Herbelin sont venues voir mes tableaux. Cette dernière s'est affolée des Pèlerins d'Emmaüs[121], et veut l'avoir au prix que j'avais demandé.
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Mercredi 13 avril.—Il faut toujours gâter un peu un tableau pour le finir. Les dernières touches destinées à mettre de l'accord entre les parties ôtent de la fraîcheur. Il faut paraître devant le public en retranchant toutes les heureuses négligences qui sont la passion de l'artiste. Je compare ces retouches assassines à ces ritournelles banales qui terminent tous les airs et à ces espaces insignifiants que le musicien est forcé de placer entre les parties intéressantes de son ouvrage, pour conduire d'un motif à l'autre ou les faire valoir. Les retouches pourtant ne sont pas aussi funestes au tableau qu'on pourrait croire, quand le tableau est bien pensé et a été fait avec un sentiment profond. Le temps redonne à l'ouvrage, en effaçant les touches, aussi bien les premières que les dernières, son ensemble définitif.
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Jeudi 14 avril.—Dîné chez M. Fould[122]. Le Moniteur[123] a envie d'avoir de ma prose: cela tombe mal au milieu de mes occupations.
Été chez R... finir la soirée pour entendre la répétition et le choix que Delsarte fait des morceaux de son concert. Cette éternelle musique primitive, sans interruption, est bien monotone; un air de Cherubini risqué au milieu de tout cela m'a paru un foudre d'invention.
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Vendredi 15 avril.—Le préfet nous dit ce matin à notre comité, où on débattait une question de cimetière, qu'à propos de l'insuffisance des cimetières de Paris il existait un projet d'un sieur Lamarre ou Delamarre, qui proposait sérieusement d'envoyer les morts en Sologne, ce qui aurait l'avantage de nous en débarrasser et de fortifier le terrain.
J'avais été, avant la séance, voir les peintures de Courbet[124]. J'ai été étonné de la vigueur et de la saillie de son principal tableau[125]; mais quel tableau! quel sujet! La vulgarité des formes ne ferait rien; c'est la vulgarité et l'inutilité de la pensée qui sont abominables; et même, au milieu de tout cela, si cette idée, telle quelle, était claire! Que veulent ces deux figures? Une grosse bourgeoise, vue par le dos et toute nue sauf un lambeau de torchon négligemment peint qui couvre le bas des fesses, sort d'une petite nappe d'eau qui ne semble pas assez profonde seulement pour un bain de pieds. Elle fait un geste qui n'exprime rien, et une autre femme, que l'on suppose sa servante, est assise par terre, occupée à se déchausser. On voit là des bas qu'on vient de tirer: l'un d'eux, je crois, ne l'est qu'à moitié. Il y a entre ces deux figures un échange de pensées qu'on ne peut comprendre. Le paysage est d'une vigueur extraordinaire, mais il n'a fait autre chose que mettre en grand une étude que l'on voit là près de sa toile; il en résulte que les figures y ont été mises ensuite et sans lien avec ce qui les entoure. Ceci se rattache à la question de l'accord des accessoires avec l'objet principal, qui manque à la plupart des grands peintres. Ce n'est pas la plus grande faute de Courbet. Il y a aussi une Fileuse[126] endormie, qui présente les mêmes qualités de vigueur, en même temps que d'imitation... Le rouet, la quenouille, admirables; la robe, le fauteuil, lourds et sans grâce. Les Deux Lutteurs montrent le défaut d'action et confirment l'impuissance dans l'invention. Le fond tue les figures, et il faudrait en ôter plus de trois pieds tout autour.
O Rossini! O Mozart! O les génies inspirés dans tous les arts, qui tirent des choses seulement ce qu'il faut en montrer à l'esprit! Que diriez-vous devant ces tableaux? Oh! Sémiramis!... Oh! entrée des prêtres, pour couronner Ninias!
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Samedi 16 avril.—Dans la matinée, on m'a amené Millet[127]... Il parle de Michel-Ange et de la Bible, qui est, dit-il, le seul livre qu'il lise ou à peu près. Cela explique la tournure un peu ambitieuse de ses paysans. Au reste, il est paysan lui-même et s'en vante. Il est bien de la pléiade ou de l'escouade des artistes à barbe qui ont fait la révolution de 1848, ou qui y ont applaudi, croyant apparemment qu'il y aurait l'égalité des talents, comme celle des fortunes. Millet me paraît cependant au-dessus de ce niveau comme homme, et, dans le petit nombre de ses ouvrages, peu variés entre eux, que j'ai pu voir, on trouve un sentiment profond, mais prétentieux, qui se débat dans une exécution ou sèche ou confuse.
Dîné chez le préfet avec les artistes qui ont peint à l'Hôtel de ville récemment et tutti quanti. Germain Thibaut[128] qui était là, je ne sais pourquoi, me parlait à table de peinture, et me disait qu'il n'avait jamais pu comprendre la peinture de Decamps[129]: il est parti de là pour faire, au contraire, un éloge magnifique de la Stratonice, d'Ingres.
Ensuite chez Mme Barbier. Riesener retournait prendre sa femme, et nous avons été à pied. M. Bourée, l'ancien consul à Tanger, me disait que les Yacoubs, quand ils se font mordre par les serpents, lesquels sont venimeux, à ce qu'il m'a affirmé, appliquent vivement sur leur bras, par exemple, la gueule ouverte du serpent, de manière à aplatir les crochets qui contiennent le poison. J'aime mieux croire qu'ils ne risquent pas à ce point de devenir victimes d'une maladresse, et que ces serpents sont moins venimeux qu'on ne le suppose.
J'ai travaillé toute la journée aux habits du portrait de M. Bruyas. J'aurai une séance demain, qui, j'espère, sera la dernière.
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Dimanche 17 avril.—Sur l'École anglaise[130] d'il y a trente ans: Lawrence, Wilkie.—Les Mille et une Nuits, Reynolds, Gainsborough.
Sur Oudry[131] et les Discours de Reynolds[132] à l'occasion: sa prédilection pour les dessinateurs.—Lettres du Poussin.
Sur la différence de l'ébauche et de l'esquisse avec objet fini; sur l'effet en général de ce qui n'est pas complet et du manque de proportions pour contribuer à agrandir.
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Lundi 18 avril.—Le jour des opérations du jury. J'ai vu, après le jury, ce pauvre Vieillard; il était au lit. Je le trouve bien affaibli et j'ai beaucoup de craintes. Quand je l'ai quitté, il m'a serré fortement la main et m'a accompagné d'un regard comme je ne lui en ai jamais vu.
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Mercredi 20 avril.—Après la journée fatigante du jury, qui est la troisième, et réveillé à grand'peine d'un terrible sommeil après mon dîner, je suis parti vers dix heures pour aller chez Fortoul[133], que j'ai trouvé au moment où son salon se vidait, et quoiqu'il fût alors près de onze heures, je n'ai pas hésité à aller voir la princesse Marcellini.
Je suis arrivé à temps pour avoir encore un peu de musique. Mme Potocka y était, et assez à son avantage. En revenant avec Grzymala, nous avons parlé de Chopin. Il me contait que ses improvisations étaient beaucoup plus hardies que ses compositions achevées. Il en était pour cela, sans doute, comme de l'esquisse du tableau comparée au tableau fini. Non, on ne gâte pas le tableau en le finissant! Peut-être y a-t-il moins de carrière pour l'imagination dans un ouvrage fini que dans un ouvrage ébauché. On éprouve des impressions différentes devant un édifice qui s'élève et dont les détails ne sont pas encore indiqués, et devant le même édifice quand il a reçu son complément d'ornements et de fini. Il en est de même d'une ruine qui acquiert quelque chose de plus frappant par les parties qui manquent. Les détails en sont effacés ou mutilés, de même que dans le bâtiment qui s'élève on ne voit encore que les rudiments et l'indication vague des moulures et des parties ornées. L'édifice achevé enferme l'imagination dans un cercle et lui défend d'aller au delà. Peut-être que l'ébauche d'un ouvrage ne plaît tant que parce que chacun l'achève à son gré. Les artistes doués d'un sentiment très marqué, en regardant et en admirant même un bel ouvrage, le critiquent non seulement dans les défauts qui s'y trouvent réellement, mais par rapport à la différence qu'il présente avec leur propre sentiment. Quand le Corrège dit le fameux: Anch'io son'pittore, il voulait dire: «Voilà un bel ouvrage, mais j'y aurais mis quelque chose qui n'y est pas.» L'artiste ne gâte donc pas le tableau en le finissant; seulement, en fermant la porte à l'interprétation, en renonçant au vague de l'esquisse, il se montre davantage dans sa personnalité, en dévoilant ainsi toute la portée, mais aussi les bornes de son talent.
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Jeudi 21 avril.—A la vente de Decamps[134]... J'ai éprouvé une profonde impression à la vue de plusieurs ouvrages ou ébauches de lui qui m'ont donné de son talent une opinion supérieure à celle que j'avais. Le dessin du Christ dans le prétoire, le Job, la petite Pêche miraculeuse, des paysages, etc. Quand on prend une plume pour décrire des objets aussi expressifs, on sent nettement, à l'impuissance d'en donner une idée de cette manière, les limites qui forment le domaine des arts entre eux. C'est une espèce de mauvaise humeur contre soi-même de ne pouvoir fixer ses souvenirs, lesquels pourtant sont aussi vivaces dans l'esprit après cette imparfaite description que l'on fait à l'aide des mots. Je n'en dirai donc pas davantage, sinon qu'à cette exposition, comme le soir au concert de Delsarte, j'ai éprouvé, pour la millième fois, qu'il faut, dans les arts, se contenter, dans les ouvrages même les meilleurs, de quelques lueurs, qui sont les moments où l'artiste a été inspiré.
Le Josué, de Decamps, m'a déplu au premier abord, et quand je le regardais de près, c'était une mêlée confuse et des indications de formes lâches et tortillées; à distance, j'ai compris ce qui faisait beauté dans ce tableau: la distribution des groupes et de la lumière touche au sublime.
Le soir, dans le trio de Mozart, pour alto, piano et clarinette, j'ai senti délicieusement quelques passages, et le reste m'a paru monotone. En disant que des ouvrages comme ceux-là ne peuvent donner que quelques moments de plaisir, je n'entends pas du tout que ce soit toujours la faute de l'ouvrage, et, quant à ce qui concerne Mozart, je suis persuadé que c'était de la mienne. D'abord, certaines formes ont vieilli, été ressassées et gâtées par tous les musiciens qui sont venus après lui, première condition pour nuire à la fraîcheur de l'ouvrage. Il faut même s'étonner que certaines parties soient restées aussi délicieuses après tant de temps (le temps marche vite pour les modes dans les arts), et après tant de musique bonne ou mauvaise calquée sur ce type enchanteur. Il y a une autre raison pour qu'une création de Mozart saisisse moins par cette abrupte nouveauté que nous trouvons aujourd'hui à Beethoven ou à Weber: premièrement, c'est qu'ils sont de notre temps, et en second lieu, c'est qu'ils n'ont pas la perfection de l'illustre devancier. C'est exactement le même effet que celui dont je parlais à la page précédente: c'est celui que produit l'ébauche comparée à un ouvrage fini, de la ruine d'un monument ou de ses premiers rudiments, au monument terminé. Mozart est supérieur à tous par sa forme achevée. Les beautés comme celles de Racine ne brillent point par le voisinage de traits de mauvais goût ou d'effets manqués; l'infériorité apparente de ces deux hommes les consacre pourtant à jamais dans l'admiration des hommes, et les élève à une hauteur où il est le plus rare d'atteindre.
Après ces ouvrages, ou à côté si l'on veut, sont ceux qui réellement offrent des négligences considérables ou des défauts qui les déparent peut-être, mais ne nuisent à la sensation qu'à proportion du plus ou moins de supériorité des parties réunies. Rubens est plein de ces négligences ou choses hâtées. La sublime Flagellation d'Anvers, avec ses bourreaux ridicules; le Martyre de saint Pierre, de Cologne, où on trouve le même inconvénient, c'est-à-dire la figure principale admirable et toutes les autres mauvaises. Rossini est un peu de cette famille.
Après la nouveauté qui fait souvent tout accepter d'un artiste, ainsi qu'on l'a fait avec lui, après le temps de lassitude et de réaction où l'on ne voit presque que ses taches, arrive celui où la distance consacre les beautés et rend le spectateur indifférent aux imperfections. C'est ce que j'ai éprouvé avec Sémiramis.
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26 avril.—Je disais hier à R..., au bal des Tuileries, à propos du mariage d'un auguste personnage, que l'un des plus grands inconvénients du caractère français, celui qui a plus contribué peut-être que quoi que ce soit aux catastrophes et déconfitures dont notre histoire abonde, c'est l'absence, chez toutes les têtes, du sentiment du devoir. Il n'y a pas un homme ici qui soit exact à un rendez-vous, qui se regarde comme lié absolument par une promesse; de là, cette élasticité de la conscience dans une foule de cas. L'imagination place l'obligation dans ce qui nous plaît ou nous porte intérêt. Chez la race anglaise, au contraire, qui n'a pas au même degré cette force d'impulsion qui entraîne à tout moment, la nécessité du devoir est sentie par tout le monde. Nelson, à Trafalgar, au lieu de parler à ses matelots de la gloire et de la postérité, leur dit simplement dans sa proclamation: «L'Angleterre compte que chaque homme fera son devoir.»
En sortant de chez Boilay, ce soir à minuit et demi, je cours jusqu'aux Italiens pour trouver une glace, car tous les cafés étaient fermés. J'en trouve au café du Passage de l'Opéra, sur le boulevard. J'y vois M. Chevandier[135], qui m'accompagne chez moi; il me raconte, entre autres particularités sur Decamps, d'abord son impossibilité de travailler d'après le modèle dans ses tableaux; en second lieu, ce qui me paraît la conséquence de cette disposition, sa timidité extrême, quand il travaille d'après nature. L'indépendance de l'imagination doit être entière devant le tableau. Le modèle vivant, en comparaison de celui que vous avez créé et mis en harmonie avec le reste de votre composition, déroute l'esprit et introduit un élément étranger dans l'ensemble du tableau.
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Mercredi 27 avril.—Dîné chez la princesse Marcellini avec Grzymala. Délicieux trio de Weber, qui a malheureusement précédé un trio de Mozart: il fallait intervertir cet ordre. J'avais une grande envie de dormir, qui a été tenue en respect par le premier morceau; mais je n'ai pas pu tenir devant le second. La forme de Mozart, moins imprévue et, j'ose le dire, plus parfaite, mais surtout moins moderne, a vaincu mon attention, et la digestion a triomphé.
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Jeudi matin 28 avril.—Il faut une foule de sacrifices pour faire valoir la peinture, et je crois en faire beaucoup, mais je ne puis souffrir que l'artiste le montre. Il y a pourtant de fort belles choses qui sont conçues dans le sens outré de l'effet: tels sont les ouvrages de Rembrandt, et chez nous, Decamps. Cette exagération leur est naturelle et ne choque point chez eux. Je fais cette réflexion en regardant mon portrait de M. Bruyas[136]; Rembrandt n'aurait montré que la tête; les mains eussent été à peine indiquées, ainsi que les habits. Sans dire que je préfère la méthode qui laisse voir tous les objets suivant leur importance, puisque j'admire excessivement les Rembrandt, je sens que je serais gauche en essayant ces effets. Je suis en cela du parti des Italiens. Paul Véronèse est le nec plus ultra du rendu, dans toutes les parties; Rubens est de même, il a peut-être dans les sujets pathétiques cet avantage sur le glorieux Paolo, qu'il sait, au moyen de certaines exagérations, attirer l'attention sur l'objet principal, et augmenter la force de l'expression. En revanche, il y a dans cette manière quelque chose d'artificiel qui se sent autant et peut-être plus que les sacrifices de Rembrandt, et que le vague qu'il répand d'une manière marquée sur les parties secondaires. Ni l'un ni l'autre ne me satisfait, quant à ce qui me regarde. Je voudrais,—et je crois le rencontrer souvent,—que l'artifice ne se sentît point, et que néanmoins l'intérêt soit marqué comme il convient; ce qui, encore une fois, ne peut s'obtenir que par des sacrifices; mais il les faut infiniment plus délicats que dans la manière de Rembrandt, pour répondre à mon désir.
Mon souvenir ne me présente pas dans ce moment, parmi les grands peintres, un modèle parfait de cette perfection que je demande. Le Poussin ne l'a jamais cherchée et ne la désire pas; ses figures sont plantées à côté les unes des autres comme des statues; cela vient-il de l'habitude qu'il avait, dit-on, de faire de petites maquettes pour avoir des ombres justes? S'il obtient ce dernier avantage, je lui en sais moins de gré que s'il eût mis un rapport plus lié entre ses personnages, avec moins d'exactitude dans l'observation de l'effet. Paul Véronèse est infiniment plus harmonieux (et je ne parle ici que de l'effet), mais son intérêt est dispersé. D'ailleurs, la nature de ses compositions, qui sont très souvent des conversations, des sujets épisodiques, exige moins cette concentration de l'intérêt. Ses effets, dans ses tableaux où le nombre des personnages est plus circonscrit, ont quelque chose de banal et de convenu. Il distribue la lumière d'une manière à peu près uniforme, et, à ce sujet, on peut chez lui, comme chez Rubens et chez beaucoup de grands peintres, remarquer cette répétition outrée de certaines habitudes d'exécution. Ils y ont été conduits sans doute par la grande quantité de commandes qui leur étaient faites; ils étaient beaucoup plus ouvriers que nous ne croyons, et ils se considéraient comme tels. Les peintres du quinzième siècle peignaient les selles, les bannières, les boucliers, comme des vitriers. Cette dernière profession était confondue avec celle du peintre, comme elle l'est aujourd'hui avec celle des peintres en bâtiment.
C'est une gloire pour les deux grands peintres français, Poussin et Lesueur, d'avoir cherché, avec succès, à sortir de cette banalité. Sous ce rapport, non seulement ils rappellent la naïveté des écoles primitives de Flandre et d'Italie, chez lesquelles la franchise de l'expression n'est gâtée par aucune habitude d'exécution, mais encore ils ont ouvert dans l'avenir une carrière toute nouvelle. Bien qu'ils aient été suivis immédiatement par des écoles de décadence, chez lesquelles l'empire de l'habitude, celle surtout d'aller étudier en Italie les maîtres contemporains, ne tarda pas à arrêter cet élan vers l'étude du vrai, ces deux grands maîtres préparent les voies aux écoles modernes, qui ont rompu avec la convention, et cherché, à la source même, les effets qu'il est donné à la peinture de produire sur l'imagination. Si ces mêmes écoles qui sont venues ensuite n'ont pas exactement suivi les pas de ces grands hommes, elles ont du moins trouvé chez eux une protestation ardente contre les conventions d'école, et par conséquent contre le mauvais goût. David, Gros, Prud'hon, quelque différence qu'on remarque dans leur manière, ont eu les yeux fixés sur ces deux pères de l'art français; ils ont, en un mot, consacré l'indépendance de l'artiste en face des traditions, en lui enseignant, avec le respect de ce qu'elles ont d'utile, le courage de préférer, avant tout, leur propre sentiment.
Les historiens du Poussin,—et le nombre en est grand,—ne l'ont pas assez considéré comme un novateur de l'espèce la plus rare. La manie au milieu de laquelle il s'est élevé et contre laquelle il a protesté par ses ouvrages, s'étendait au domaine entier des arts, et, malgré la longue carrière du Poussin, son influence a survécu à ce grand homme. Les écoles de la décadence en Italie donnent la main aux écoles des Lebrun, des Jouvenet, et plus loin encore, à celle des Vanloo et de ce qui les a suivis. Lesueur et Poussin n'ont pas arrêté ce torrent. Quand le Poussin arrive en Italie, il trouve les Carrache et leurs successeurs portés aux nues et les dispensateurs de la gloire... Il n'y avait pas d'éducation complète pour un artiste sans le voyage en Italie, ce qui ne voulait pas dire qu'on l'y envoyait pour étudier les véritables modèles, tels que l'antique et les maîtres du seizième siècle. Les Carrache et leurs élèves avaient accaparé toute la réputation possible, et ils étaient les dispensateurs de la gloire, c'est-à-dire qu'ils n'exaltaient que ce qui leur ressemblait, et ils cabalaient avec toute l'autorité que leur donnait l'engouement du moment contre tout ce qui tendait à sortir de l'ornière tracée. La vie du Dominiquin, issu lui-même de cette école, mais porté par la sincérité de son génie à la recherche des expressions et des effets vrais, devient l'objet de la haine et de la persécution universelles. On alla jusqu'à menacer sa vie, et la fureur jalouse de ses ennemis le força à se cacher et presque à disparaître. Ce grand peintre joignait à la vraie modestie, presque inséparable des grands talents, la timidité d'un caractère doux et mélancolique il est probable que cette conspiration universelle contribua à abréger ses jours.
Au plus fort de cette guerre acharnée de tout le monde contre un homme qui ne se défendait pas, même par ses ouvrages, le Poussin, inconnu encore, étranger aux coteries[137],..............................
Cette indépendance de toute convention se retrouve fortement chez Poussin, dans ses paysages, etc. Comme observateur scrupuleux et poétique en même temps de l'histoire et des mouvements du cœur humain, le Poussin est un peintre unique!...
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Vendredi 29 avril.—Au conseil de bonne heure, pour la sotte affaire du bois de Boulogne. Le préfet me demande de faire tout de suite le rapport. Je l'ai lu à la fin de la séance, et il a été adopté.
Revenu à l'Exposition avec E. Lamy[138] pour informations; de là chez Decamps, que j'ai trouvé dans un atelier bouleversé; il m'a montré des choses admirables.
Il y avait là la répétition plus grande de son Job pour le ministère, aussi beau que le petit, et, je crois, plus avancé. Il m'a fait voir un Samaritain dans l'auberge: le malade est porté pour être introduit dans l'hôtellerie; on emmène sur le devant les chevaux qui ont porté le malade et son bienfaiteur; les gens de la maison mettent la tête à la fenêtre, enfin tous les détails caractéristiques. Effet de soleil toujours le même et toujours séduisant. Cette force constante d'impression dans la monotonie est un des grands privilèges du talent.
Autre tableau ébauché dans ce genre: Intérieur d'un potier en Italie.
Sur le chevalet, une grande Fuite de Loth, que je n'approuve pas autant. Puis, petite esquisse charmante de l'Agonie du Christ, millier de figures, effet charmant.
Mais ce qui passe tout pour moi, aujourd'hui, c'est son David en déroute fuyant devant Saül et rencontré par un partisan de ce dernier égaré dans les solitudes, et qui, de l'autre côté d'un torrent, l'injurie et lui jette des pierres: le site, la composition admirables; la description s'arrête devant mon souvenir.
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Samedi 30 avril.—Ébauché le Christ dans la tempête[139], pour Grzymala.—Avancé le Christ montré au peuple, esquissé Mme Herbelin, et quelques touches à celui de M. Roche; tout cela avec assez succès, quoique dans une mauvaise disposition de corps et d'esprit... Qu'est-ce que cette inquiétude, pour une raison tantôt fondée, tantôt vague, et ne se prenant à rien?
Dîné chez Chabrier avec son ami Chevigné[140], dont il me vante les talents en poésie: il n'a pas celui de l'éloquence, il ne s'exprime point comme tout le monde, et il cherche ses mots pour la moindre phrase. Ce dîner à quatre n'était pas suffisamment animé.
Le soir, Mme L... m'a plu, quoiqu'elle ne soit pas jeune. Elle était près de Mme de F..., en grands frais de toilette. Le mari de Mme de F... est un homme charmant. Il s'étonne que je n'aille pas en Italie[141]; il me cite les lacs du nord de l'Italie comme des merveilles qu'il faut voir absolument, et qu'on voit très facilement; on peut même faire son excursion en deux fois, s'il le faut: une fois, Florence, Rome et Naples; une autre fois, Milan, Venise, etc.
[112] Le comte de Lasteyrie, archéologue et homme politique, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, s'était fait connaître par des travaux d'archéologie et de critique d'art. Il avait écrit des articles sur Delacroix au journal le Siècle.
[113] Nous avons pu, grâce au précieux travail de M. Maurice Tourneux, Delacroix devant ses contemporains, suivre, année par année, les jugements portés par le célèbre adversaire du maître sur ses différentes expositions. En 1822, il écrivait à propos du Dante et Virgile: «La force convient à l'étude. M. Delacroix l'indique par son tableau du Dante et Virgile; ce tableau n'en est pas un; c'est, comme on le dit en style d'atelier, une vraie tartouillade.» En 1855, réunissant ses articles parus dans le Journal des Débats, après avoir dit quelques mots des débuts du jeune homme de talent auquel il n'avait cessé de prodiguer ses conseils, il recommençait «le procès intenté depuis trente ans à l'École moderne». (V. le livre de M. Tourneux.)